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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 15:11

Le texte qui suit constitue une contribution provisoire , et donc révisable, à un chantier collectif plus vaste. Il n'est sans doute pas d'un accès très facile, mais prétend aller au fond des choses, en se méfiant des évidences, et des acquis jamais questionnés. Il tente de projeter un regard original sur un objet  qui semble intéresser tous les "mécaniciens /réparateurs"  aux prises avec la grande crise des années 2010. Les habitués de ce blog pourront aller plus vite en ne lisant que les paragraphes dont le titre peut laisser la place à une interrogation.

 

Il est difficile, s’agissant de nos banques centrales, de ne pas parler de clef de voûte tant il est vrai que la grande crise des années 2010 les mettent sur le devant de la scène avec cette formule presque magique, d’organismes  qui seraient « un prêteur en dernier ressort ». Avec sa signification première : sans elles tout s’écroulerait. Et sa signification plus mystérieuse : quand plus personne, plus aucun acteur de la scène – pas même l’Etat -  ne se dévoue pour pérenniser le roulement de la dette, il y aurait , en surplomb de la société, une entité appelée banque centrale,  qui pourrait empêcher l’écroulement complet du jeu. C’est cette idée de « prêteur en dernier ressort », idée de plus en plus souvent évoquée au quotidien, que le présent livre se propose de décortiquer. 

Avec une démarche qui se veut proche de celle pratiquée par nombre de disciplines scientifiques : d’abord le refus du normatif, ensuite la seule volonté d’expliquer ce qui se déroule sous nos yeux.

Le refus du normatif en s’abstenant de toute considération morale sur tel ou tel choix effectué par tel ou tel gouverneur ou ministre des finances. Et la volonté d’expliquer en observant les faits , tels qu’ils se sont déroulés. De ce point de vue, nous attacherons beaucoup d’importance à l’histoire qui seule permet de saisir l’enchainement des faits dans toute leur complexité. Et une histoire qui doit remonter le plus loin possible dans le temps -à l’image de l’astrophysique qui tente de remonter le temps jusqu’au « big bang » de la création de l’univers pour comprendre la matière- ici  pour expliquer ce que charrient au quotidien les banques centrales : la monnaie, l’échange, la dette, l’intérêt, etc.

Ces matériaux présentés et expliqués dans la première partie du texte sont ce qui permet à la clef de voûte  d’assurer, plus ou moins bien, sa mission. Mais aussi parce que chargés d’une histoire complexe, ils ne permettront pas, en toutes circonstances de garantir le fonctionnement efficace du « prêteur en dernier ressort ». D’où des crises, voire de véritables bifurcations donnant naissance à de nouveaux mondes.

Et le raisonnement pourra se dérouler en boucle : si les conceptions que se fait  l’humanité de la monnaie , de l’échange, de la dette, de l’intérêt, etc. se modifient , ou si, beaucoup plus encore, l’humanité,  se trompe sur ces matériaux  qu’elle a elle même engendrée, alors le fonctionnement des banques centrales sera lui-même modifié , et entrainera de nouvelles représentations, et surtout de nouvelles réalités économiques. C’est ainsi que pourra être expliqué cette immense boucle du 2Oième siècle qui passe de banques centrales relativement autonomes à des banques centrales qui ne le seront plus du tout, pour voir réapparaitre en fin de siècle des entités considérés comme complètement indépendantes. Avec toutes les réalités économiques et sociales qui vont lui correspondre et qui seront examinées. La clef de voûte est aussi ce qui explique et fait émerger l’architecture de l’édifice et le mode d’habitat ou d’utilisation qu’il autorise . En sorte que l’on pourrait utiliser la formule suivante : "dis moi dans quel ordre  de banque centrale ta vie est organisée  et je pourrais te décrire l’ univers social  qui fait ton quotidien". De quoi aussi dire que les banques centrales constituent  le « logiciel » ou le « système d’exploitation »   d’un monde.

Voilà ce qui constitue le pari de ce premier texte.

Pourquoi des banques centrales ?

              Les choses paraissent simples à comprendre. Au fond la vocation essentielle d’une banque centrale est d’assurer le bon réglage du débit de monnaie qui au final permettra la bonne circulation de toutes les marchandises dans un espace considéré. Si la monnaie se fait trop rare, les marchandises finiront par ne plus circuler et ne plus être produites. Si par exemple les banques de second degré en raison de mesures restrictives imposées par la banque centrale ne financent plus aucun investissement et ne financent plus le Trésor, il est clair que l’on s’achemine vers une spirale dépressive qu’il est inutile de décrire tant elle est connue. Si à l’inverse, la monnaie se fait excessivement abondante et que la confiance qu’on lui accorde s’érode, la préférence pour les biens réels ou des monnaies étrangères  l’emportera sur le désir de rétention de monnaie nationale, et là encore, la bonne circulation des marchandises en sera altérée. On comprend au travers de ce raisonnement sans doute simpliste en quoi les banques centrales sont bien une clef de voûte : la disparition de la capacité de la monnaie à faire circuler les marchandises correspond à un trouble considérable au détriment de la société, lequel nous fait penser que le signe monétaire est un bien public sans lequel le retour à l’état de nature est assuré. Et clef de voûte qui peut devenir bouc émissaire au sens girardien du terme : si la bonne circulation des marchandises n’est pas assurée, cela peut vite s’orienter vers la désignation unanime d’un coupable, celui d’un organisme qui n’assure par les fonctions pour lesquelles il fût construit.

Mais cette apparente simplicité pose de redoutables problèmes.

Tout d’abord on peut se dire que la monnaie n’est  bien public, qu’en raison d’une situation qui est le plus souvent monopolistique. Si, par exemple, la monnaie était émise par des banques privées en concurrence, le risque de pénurie ou de surabondance pourrait être géré au mieux par une logique de marchés concurrentiels.

Ce qui pose la question du statut de cet objet banque centrale. Pourquoi existent –elles dans la configuration qui est celle aujourd’hui constatée ? Si l’on pouvait régler la circulation monétaire par d’autres moyens, pourquoi un monopole partout constaté dans le monde ?

Mais, en supposant que partout dans le monde, l’idée de systèmes monétaires concurrentiels, soit repoussée au profit de l’idée d’un service public, pourquoi fonctionner , selon la règle quasi universellement constatée, d’une délégation de service public qui va jusqu’à inscrire dans le contrat de délégation,  l’indépendance  du délégué vis-à-vis de l’Etat signataire ? Et si la délégation  existe en raison d’une efficacité ou d’une confiance plus grande que celles généralement accordée aux Etats, pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi ne peut –on faire confiance aux Etats ? Et si les Etats ne sont pas efficients ou honnêtes, quelle confiance accorder à la délégation de service public monétaire qu’ils confient aux banques centrales ?

D’autres questions peuvent être posées. Logiquement, la quantité de monnaie disponible, doit varier avec la variation de la quantité de marchandises à faire circuler entre les agents. Et on comprend que la croissance économique exige une quantité croissante de signes monétaires, mais cette variation ne peut-elle s’opérer que par la création monétaire résultant d’un crédit, comme cela se déroule aujourd’hui, ou bien est –il possible d’imaginer un autre type de réglage du débit, telle une création de monnaie s’abstenant de passer par la production d’une dette ? Bref, est-il possible d’imaginer une banque centrale qui ne fabrique pas d’endettés  en augmentant la taille de son bilan ? Et question qui n’est pas très éloignée d’une autre interrogation : Comment se fait-il, que la création monétaire dont le coût est proche de zéro, fasse l’objet d’un prix significativement plus élevé ? Car le plus curieux dans cette affaire de délégation de service public, est que celle -ci s’arrête en chemin : en dessous de la banque centrale, existent des banques dites de second degré, qui elles ne sont pas censées assurer une mission de service public, et qui gèrent le bien public monétaire comme un bien privé dans le cadre, il est vrai,  d’un marché concurrentiel. Pourquoi donc, ces banques en général, ne paient aucune redevance pour l’utilisation lucrative du service public qui est mis à leur disposition ?

Il est impossible de répondre à toutes ces questions sans aborder, au fond, des réflexions sur la nature  profonde de ce qu’on appelle la puissance publique, la dette,  le marché et la monnaie.

 

La puissance publique n’a pas toujours été ce qu’elle est devenue. Il faut donc expliquer son mouvement et sa genèse au sein d’une collectivité humaine. En prenant toute une série de précautions rarement respectées.

Précautions méthodologiques : refus de normativité et d’exogénéité

Tout d’abord, les diverses théories concernant l’approche de la puissance publique sont le plus souvent normatives, et expriment des idées sur ce qu’elle devrait être,  et non sur ce qu’elle est. C’est en particulier ce que l’on trouve chez les encyclopédistes et les philosophes des lumières. C’est aussi ce que l’on trouve massivement chez les utilitaristes, avec les innombrables descendants d’un Jeremy Bentham que l’on rencontre chez les juristes,  politologues, sociologues, ou économistes qui s’en réclament ou en font la critique sur une base tout aussi normative, comme ce sera le cas chez un John Rawls  un Ronald Dworkin et tant d’autres. Cette approche normative, inacceptable sur un plan strictement scientifique, se comprend dans la mesure où -parce que fait empirique- on essaiera, surtout à partir de la naissance de la modernité, de transformer cette puissance publique en la faisant fonctionner sur la base d’un idéal, qui se ramène le plus souvent à la notion de justice ou d’efficacité instrumentale. Il est difficile de questionner l’Etat sans vouloir le transformer. D’où massivement rencontrée dans la littérature un questionnement mené davantage en terme de comment, plutôt qu’en terme de pourquoi.

Les économistes, assez peu soucieux des enseignements de l’histoire, tombent souvent dans le normatif, et iront plus loin, en proposant des visions exogènes de la puissance publique. Celle- ci n’étant expliquée que ce par quoi elle sert, ou devrait servir, du point de vue des résultats de la théorie économique. C’est fondamentalement le cas de la théorie néo classique, qui n’a besoin d’un Etat que là où il y a défaillance des marchés -biens publics, externalités et rendements croissants- et qui donc, sur un plan normatif, doit se limiter à ce seul service de rendre les marchés possibles, là où ils ne fonctionnent pas. Il n’y a donc pas d’historicité, et l’Etat est une pièce extérieure - exogène - que l’on vient rajouter au système social, afin d’en assurer un rendement optimal. La théorie keynésienne, pourtant fort différente, n’apportera pas autre chose, et l’Etat reste la pièce oubliée qu’il faut rajouter au système social,  en exigeant de lui qu’il fonctionne de telle ou telle façon, c'est-à-dire approximativement, faire en sorte que l’équilibre économique général, soit un équilibre de plein emploi, ce que les seuls marchés ne peuvent produire spontanément.

Fonctionnement critiqué par les successeurs, qui verront dans l’Etat interventionniste, la source de tous les maux. Ce sera le cas notamment avec les nouveaux classiques et l’école des choix publics qui malgré les nouveautés conceptuelles introduites resteront normatifs, l’Etat étant surtout ce qu’il ne doit pas être.

Il ne s’agit évidemment pas pour nous, de détailler ces démarches qui ne cherchent pas à comprendre ce qui est, et s’étonnent simplement de la plus ou moins grande congruence de cette pièce appelée puissance publique, ou Etat, et qu’il faut articuler au reste de la machinerie sociale sans en connaitre ni son identité ni sa traçabilité.

Une petite exception pourrait être apportée, en précisant qu’il existe au moins deux paradigmes  beaucoup plus satisfaisant, en ce qu’ils ne sont ni normatifs, ni véritablement exogènes et qu’ils donnent un petit avant goût de l’identité et de la traçabilité du produit puissance publique : il s’agit des paradigmes libertarien et marxiste. Dans ces deux visions, on a au moins l’avantage de la non normativité, caractéristique fondamentale, et surtout un processus endogène, c'est-à-dire que l’objet étudié l’est depuis sa genèse, laquelle est plus ou moins expliquée. De fait,  la traçabilité  de l’objet puissance publique existe , mais sur la base d’explications peu satisfaisante. Avec Marx on connait la nature profonde de l’Etat et de ses  transformations successives, mais l’histoire, et surtout l’ethnologie, nous ont appris que l’économie comme moteur de l’humanité, relevait d’une vision ethnocentrique du monde. Avec les libertariens, on sait que la puissance publique et son devenir, est la conséquence non attendue de l’interaction sociale ; mais l’individualisme méthodologique de la démarche ne correspond pas aux caractéristiques de  « l’état de nature » primitif qu’ils imaginent, lequel est fort étranger à celui imaginé par Hobbes.

Bref, il est difficile d’accrocher à toutes ces théories, une vision correcte de ces institutions en orbite  plus ou moins proches des Etats, que sont les banques centrales et de ce qu’elles produisent. Quelles que soient leurs statuts concrets, Parce qu’émanation plus ou moins directe des Etats, il est difficile de les identifier sans une identification préalable de ces derniers.

Parce que les Etats sont le siège du politique, c’est cette dernière notion qui doit être identifiée, probablement en tant que concept plus général. Expliquons-nous.

L’origine du politique

Dans aucune humanité les individus sont libres de faire ce qu’ils veulent. Partout  existent des règles contraignantes. La nature de ces règles distingue une société d’une autre. Ce sont donc ces règles qui expriment l’idée même de société, donc un sentiment d’identité ou d’appartenance pour les individus qui la vivent.

Vivre ensemble, et donc faire société, c’est  reconnaître qu’il existe au delà de chacun, un tiers ou un extérieur qui est la loi, c’est à dire un pouvoir. De la même façon qu’une œuvre d’art, par exemple une toile, ne prend sens qu’avec un support extérieur -un clou dans un mur, par exemple- On ne fait société, que par rapport à un extérieur qui est la référence commune. Dans la modernité, cette référence commune est par exemple la constitution. Et même dans notre modernité qui avance l’idée que la loi est fabriquée par les hommes et donc, loi manipulable, on ne touche qu’exceptionnellement à la Constitution.

Il en a toujours été ainsi, et ce quelle que soit l’organisation des sociétés. Le lien social n’existe que parce que les agents qui se croient reliés font référence à cet extérieur.

La naissance de ce qu’on appelle puissance publique est donc l’apparition historique de ce type particulier du moyen de vivre ensemble qu’est l’Etat.

Et en affirmant ceci, on cesse déjà d’envisager ce dernier comme autre chose que l’effet involontaire et inattendu de contrats volontaires, ce que nous critiquions plus haut au sein de la théorie libertarienne.

 

Pour nombres d’ethnologues et de sociologues, en particulier, ceux qui approximativement ne sont pas éloignés de l’œuvre ultérieure d’un   Marcel Gauchet, l’Etat est issu de la transformation des religions, elles-mêmes instances d’un extérieur aux diverses humanités.

Les religions sont l’universel de l’humanité, et toutes les sociétés pré-modernes sont imprégnées par le religieux. Or ce religieux n’est vraisemblablement pas que le fait de nos structures mentales, mais la condition d’existence du fait social lui-même. Les sociétés primitives, autant que les nôtres, ont besoin d’un extérieur, et ce dernier est pour elles, non l’Etat, mais la religion. De ce point de vue la thèse girardienne du « meurtre fondateur » est intéressante, parmi d’autres, pour comprendre la genèse de l’extériorité. Ce concept  correspond à l’idée que tous les membres d’un groupe humain quelconque, sont travaillés par le désir mimétique. On connait la suite du raisonnement girardien: la force du mimétisme débouche sur la violence qui elle-même se transforme en désignation unanime du bouc émissaire. Et c’est « l’extériorisation » de ce dernier, c'est-à-dire sa condamnation unanime qui rétablit l’ordre dans la collectivité. Par comparaison avec ce que l’on croit être notre crise, comme si la BCE devenait, au terme de nos troubles monétaires, l’ultime coupable qu’il faudrait condamner pour retrouver la prospérité.

Au terme d’un raisonnement astucieux sur lequel on ne peut que renvoyer à l’auteur, Girard en conclut qu’historiquement, ce serait la violence mimétique qui aurait fait émerger dans l’humanité la déification des boucs émissaires, et surtout l’apparition d’un rite rencontré chez tous les humains : le sacrifice. Nous ne sommes plus très loin de la dette et du préteur en dernier ressort.

René Girard rejoint, avec sa singularité sur l’imitation,  tous les ethnologues qui lisent dans les sociétés primitives l’universalité du sacrifice, laquelle est toute aussi universellement reconnue comme désendettement. Les dieux, extériorité absolue, sont les créanciers des hommes qui considèrent leur vie et leur bien vivre – le jeu du bouc émissaire rétablit un ordre social qui avait été troublé- comme dette vis-à-vis des dieux. Risquons une comparaison intéressante : les dieux sont des prêteurs de vie qu’il faut sans cesse rembourser par l’institution du sacrifice, à ce titre ils sont l’ancêtre des banques centrales elles même prêteuses de ce que personne ne peut produire, c'est-à-dire de la monnaie centrale. Les banques centrales sont devenues prêteuses en dernier ressort comme les dieux eurent le monopole du prêt de vie.

Le moteur de l’aventure étatique

Si l’on en revient au phénomène étatique le schéma de son développement serait le suivant :

- Dans un premier temps la religion est une extériorité radicale : aucun homme ne peut s’emparer de la religion, en prendre son commandement ou en représenter son pouvoir. Le pouvoir religieux existe en ce qu’il permet de faire société, mais ce pouvoir n’est pas pour les hommes, et il ne saurait être question d’une séparation politique dans la société : il n’existe pas d’homme qui puisse se faire extérieur aux autres hommes. Les hommes sont unis et égaux dans leur commune dépossession. Un peu comme les banques centrales aujourd’hui : elles sont crées par les hommes, mais ces derniers en seraient dépossédés puisqu’ils n’ont juridiquement aucun pouvoir sur leurs dirigeants.

- Dans un second temps,  la coupure avec l’au-delà, va correspondre avec une coupure dans la société : d’un côté, certains seront proches des puissances extérieures, tandis que les autres en seront éloignés. L’homme de pouvoir est né, et avec lui, le pouvoir politique et l’Etat. Et peut être avec lui la dette, la monnaie et les premières bribes de la banque centrale… Nous y reviendrons car si certains pourront occuper la place des Dieux, ces créanciers radicaux, cela peut vouloir signifier qu’ils peuvent s’emparer de leurs pouvoirs et devenir eux-mêmes des créanciers sur tous les hommes. De quoi créer une fusion entre les Etats naissants et les germes des futures banques centrales.

-Dés enchâssement  de la religion de l’Etat lui même, ce qui caractérise l’époque actuelle dans nombre de sociétés dites modernes.

D’où il ressort que la religion a été historiquement la condition de possibilité de l’Etat, et que le fondement de l’Etat est le même que celui de la religion.

Resterait pourtant à se poser une grande question : comment est-on passé des premières formes de religion qui excluent l’apparition du phénomène étatique, aux formes transformées qui vont faire naître l’Etat ? En d’autres termes comment est-on passé de l’égale dépossession de tous les hommes par rapport au sacré, à une dépossession inégale qui fera naître le pouvoir politique et l’Etat ? Comment passer de la créance monopolistique sur la vie, à une créance monopolistique sur les hommes qui devront verser l’impôt, voire le sang ? Poser cette question, c’est poser celle des conditions du maintien de la dépossession complète. Dans les sociétés dites primitives, certes il existe toujours un chef. Il existe par conséquent une fonction politique de représentation de la communauté. Sans cette fonction assurée, il n’y aurait, que des individus incapables de faire société car incapables d’édicter une règle commune, c’est-à-dire la Loi, vis-à-vis de laquelle chacun obéit et se reconnaît.

Pour autant, le chef des sociétés primitives voit son pouvoir extrêmement limité. Son travail consiste à répéter inlassablement qu’il faut respecter l’héritage des ancêtres et les règles de toujours, qui viennent d’un au-delà sur lequel les hommes n’ont aucune prise. Il parle de la loi, mais il n’a aucune prise sur elle et ne peut la modifier. Il n’a aucune prise spécifique sur la définition de l’ordre social. Cet ordre dispose certes d’un commencement : l’origine des temps. Mais cette origine est un extérieur, un temps différent de celui où se succèdent les diverses générations d’hommes. Et depuis, puisque la Loi est un point fixe, il ne s’est rien passé, et surtout il ne doit rien se passer, car tout changement signifierait que les hommes, ou certains d’entre-eux, ont prises sur la société.

Les récits cosmogoniques qui disent la naissance du monde, sont infiniment variés, mais tournent inlassablement autour de l’idée que l’origine des temps relève d’une temporalité autre, de quelque chose d’inaccessible. Cela signifie que l’on bannit l’intervention créatrice des hommes dans la Loi qui les régit. Au fond, comme aujourd’hui avec le célèbre TINA ( There is no alternative) ou ce que nous verrons ultérieurement, sous le vocable de loi d’airain de la monnaie . Cette vision est, bien sûr, irréelle, et les hommes primitifs savent qu’ils ont concrètement changé le monde au travers de leurs pratiques. Par exemple, il ne fait pas de doute que l’agriculture est une invention humaine, mais dans les récits, il n’y a pas de mémoire et l’on dira que ce sont les ancêtres qui nous ont appris à cultiver : l’innovation est radicalement effacée et se trouve reportée sur la ligne de l’origine des temps. Ce que les religions primitives interdisent, c’est le droit de se reconnaître comme agent transformateur de la réalité sociale donc agent de la Loi. Un peu comme aujourd’hui où les hommes ne se sentent pas le droit de bousculer le marché.

Et cette institution permet qu’aucun des hommes n’ait prise sur le destin des autres. Puisque tous sont en quelque sorte séparés de ce qui gouverne les hommes (les puissances mystérieuses de l’au-delà), alors personne ne peut prendre le pouvoir parmi les hommes, hommes qui deviendraient dirigés par d’autres hommes. Comme le dira Pierre Clastres dans une formule célèbre : “la société se construit contre l’Etat”.

Seule la dépossession complète des hommes sur l’au-delà, permet le maintien de la vieille égalité primitive, et s’il existe par exemple des chamanes censés entretenir un rapport privilégié avec les puissances de l’invisible, ils ne sauraient devenir des agents censés fonder la société, en ce qu’ils pourraient devenir des délégués, chargés par l’invisible, de régler les affaires humaines.

Ainsi tout le problème de la naissance de l’Etat, revient à analyser comment les puissances du sacré vont se concrétiser, dans des religions installées, avec des agents spécialisés qui vont fonder une scission entre gouvernants et gouvernés.

En la matière, l’apparition des prophètes, est sans doute un fait probablement décisif permettant de passer des premières religions, dans lesquelles l’extériorité est radicale vis-à-vis de tous, à des religions nouvelles dans lesquelles un individu (le prophète) en vient à affirmer qu’il est dans le secret des dieux, ce qui va le séparer radicalement de l’ensemble des autres hommes. Sans doute existait-t-il plusieurs catégories de prophètes, mais certains- notamment ceux plus connus et qui deviendront les pères des grands monothéismes- affirmeront que les dieux ou Dieu ne veulent plus que la société des hommes soit comme elle est, mais qu’elle devienne autre chose dont précisément les prophètes seraient  les garants.

La parole prophétique ouvre ainsi la voie à l’établissement d’un pouvoir révolutionnaire dont le prophète devient progressivement l’unique occupant possible, et donc le possible fondateur des premières formes d’Etat. Forme renouvelée de l’extériorité qui apparait dans le nid de la première. Mais en même temps radicalement nouvelle puisque désormais l’humanité se dirige vers un processus de privatisation de ce qui était commun : les premiers entrepreneurs politiques sont bien tout de suite des entrepreneurs : il s’agit d’utiliser l’extériorité de façon privative et ce sont bien des groupes domestiques, des familles, des clans, etc. qui vont tenter de monopoliser ce qui deviendra les outils de la puissance publique. Et si l’on devait s’acheminer vers l’échange marchand, il faudra peut-être après avoir privatisé la dette de vie, privatisé ce bien public qu’est la monnaie. Privatisation dont l’un des signes apparents sera par exemple l’inscription du visage du prince sur les monnaies.

Cette instance “autre” étant constituée, des événements historiques nouveaux pourront déboucher sur une autonomisation croissante de l’Etat par rapport à la religion. Ainsi pourra-t-on connaître un grand renversement, c’est-à-dire le passage d’un Etat enkysté dans la religion à une religion enkystée dans l’Etat, passage faisant naître une entité porteuse d’un avenir grandiose : l’Etat-Nation.

Ce passage correspond au rameau occidental de l’humanité. L’autonomisation de l’Etat n’est évidemment pas un processus linéaire et complètement déterminé selon une logique rationalisable et chargée de finalité, il n’existe aucun déterminisme historique évident. Dans le cas de l’Europe qui est la région du monde qui historiquement va accoucher de l’Etat-Nation, il existera très longtemps un double mouvement contradictoire, entre une monarchie d’abstraction œuvrant à l’impersonnalisation de l’Etat (le prince peut mourir, mais l’Etat subsiste) et une monarchie d’incarnation qui fait du prince le représentant de Dieu.

Dynamique de l’aventure étatique et dette

A l’extrême, la religion pourra être séparée de l’Etat et le principe extérieur chargé de faire tenir ensemble les hommes pourra n’être que l’Etat, la religion devenant affaire privée intériorisée. Nous avons là la laïcité à la française. On passe ainsi de l’âge du divin, à l’âge complètement politique. Désormais, des communautés humaines affirmeront leurs particularités au-dedans de frontières qu’il faudra jalousement garder. Il ne faut toutefois pas considérer que cette aventure du phénomène étatique, dont le berceau fut historiquement la religion comme fertilisant, permet, en fin de processus, de supprimer l’extériorité. Pour reprendre la comparaison précédente, une œuvre d’art, dans notre exemple une toile, peut changer de support (on peut remplacer un clou par un piton ou une cimaise).Mais le support lui même, donc ce qui est extérieur à la peinture reste indispensable. Et il n’est pas possible de dire que l’œuvre existe indépendamment de son support, car la toile elle-même est support de la peinture et sans toile, ou autre support, il n’y a tout simplement impossibilité d’exprimer une œuvre. Il en va de même des sociétés humaines : on peut changer les outils du lien social et passer des diverses religions aux diverses formes d’Etat, monarchique, totalitaire, démocratique....sans pour autant passer à la dé liaison et à la fin de l’extériorité. De quoi interroger la monnaie unique et la mondialisation aujourd’hui.

 

Même la démocratie ne correspond pas à la fin de l’extériorité et le passage à la centralité. Concrètement, le pouvoir, même démocratique, représente une généralité au-dessus des intérêts particuliers. La loi, même démocratique, est une contrainte extérieure au regard des actions et projets particuliers de chacun des citoyens. En ce sens, le pouvoir est toujours un rapport d’opposition commandé par la scission indispensable entre un dedans et un dehors.  De la même façon que le support de la toile n’est pas contenu dans la toile elle-même : il reste toujours une extériorité. Et cette scission est bien indispensable, sous peine de voir le lien social lui même disparaître. Pour reprendre notre comparaison, si la toile ne connaît plus de support, elle cesse d’exister en tant qu’œuvre à la disposition du regard de ses admirateurs potentiels.

Outre que l’extériorité est probablement une réalité indépassable, elle est aussi jalousement gardée par ceux qui croient pouvoir en bénéficier. Car derrière l’extériorité il y a toujours la dette, désormais privatisée, et qui plus que jamais va intéresser les entrepreneurs politiques et plus tard les entrepreneurs économiques.

D’abord les entrepreneurs politiques. Sur une longue période de temps, plus particulièrement celle où l’Etat est enchâssé dans la religion, on se contentera de la dette de vie transformée en dette de sang : la population asservie à l’extériorité, se doit d’être disponible pour en sauver son principe et les avantages qu’elle procure au monopole privée qui la contrôle. Cela signifie par exemple l’enrôlement obligatoire dans des armées qui vont défendre le territoire. Et logiquement ce monopoleur privé qu’est le prince devra veiller au complet maintien de sa créance sur ses sujets, y compris en les protégeant contre d’autres prédateurs. Ainsi la transformation des sujets en esclaves, c'est-à-dire des individus endettés à vie auprès d’autres individus n’est pas acceptable en ce qu’elle limite le nombre possible de guerriers pouvant se battre pour le  prince. Ainsi le Pharaon- Bakenranef proclame l’annulation des dettes et l’esclavage des endettés vers 720 AJC pour faire face à la menace d’invasion de l’Ethiopie-  en considérant que le corps des sujets appartient à l’Etat et à lui seul, limite voire interdit le comportement prédateur d’autres agents de la société, qui en viendraient à réduire la dette des sujets envers l’Etat. On pourrait multiplier les exemples où l’extériorité annule certaines dettes privées pour maintenir sa créance monopolistique : code d’Hammourabi, réforme de Solon, comportement de certains empereurs romains, etc. Faits intéressants  à resituer et à mettre en comparaison avec notre monde : comme si les Etats en 2008 avaient souverainement annulé   les dettes privées, plutôt que de les transférer dans leurs propres bilans. Ou autre comparaison possible, comme si les Etats aujourd’hui rétablissaient une dépendance stricte des banques centrales en ruinant les fonds de pension qui se nourrissent des dettes publiques. Le prince utilise la violence de l’Etat à titre privé et cette dernière se doit d’être plus grande que d’autres violences privées qui ne peuvent avoir accès à la contrainte publique.

Marchés politiques et dette publique

Ce qui pose tout de suite l’existence d’entrepreneurs économiques qui vivent à l’intérieur de la société et cherchent à opposer leurs  propres intérêts à l’extériorité. Le monopole brutal des outils de la puissance publique par des individus, clans, familles, etc. peut ne pas être le meilleur moyen de maximiser la rente extirpée sur ses victimes. Avant même que la puissance publique ne se transforme en possible démocratie, un marché politique peut apparaitre et déboucher sur un échange mutuellement avantageux. Le monopoleur brutal et violent peut ainsi devenir « éclairé ». Plus simplement exprimé, cela revient à dire qu’il est de l’intérêt du loup que les moutons soient gras. Si le prédateur, en signe de réduction du  niveau de sa violence, distribue des garanties et protections aux entrepreneurs économiques, ceux-ci peuvent prospérer et contribuer idéologiquement à la « puissance du royaume ». Bien des exemples peuvent être évoqués, mais les plus importants concernent notre problématique de la finance et des banques centrales. Alors même que le monopoleur consent à partager, ne se sent plus créancier ultime, et accepte jusqu’à devenir débiteur envers des personnages appelés banquiers, il peut rester violent et se sentir peu engagé dans le remboursement de ses dettes : ce sera le cas de l’Europe jusqu’aux révolutions hollandaise et anglaise. Avec la ruine des banquiers italiens, les Bardi et les Peruzzi, face à un Edward III en 1345. Mais aussi, en raison de la répétition des défauts, la difficulté de plus en plus grande des grandes monarchies à mobiliser des ressources croissantes pour financer la puissance et donc les guerres. A contrario, l’évolution des Etats vers des formes plus démocratiques pourra restaurer la capacité à emprunter, parfois dans des proportions considérables. Ce sera le cas de la petite Hollande qui pourra emprunter pour payer des mercenaires et se libérer des puissants Habsbourg. Mais ce sera surtout le cas de la Grande Bretagne , cas si bien expliqué par James Steuart en 1767, qui insiste sur la confiance entrainée par l’existence d’un parlement capable de faire augmenter les impôts pour payer des intérêts, mais aussi confiance en une banque nouvelle, la première banque centrale officielle du monde – créée en 1694  après la « glorieuse révolution » - qui pourtant privée, reçoit la charge de contrôler le cours d’une dette publique devenue liquide en toutes circonstances, et devient le prêteur en dernier ressort. Et avec le succès que l’on sait, qui fait notamment l’admiration d’un Necker, et aussi probablement d’un Bonaparte qui essaiera lui aussi de construire une banque centrale , mais dans de toutes autres conditions. Il n’est du reste pas inapproprié de penser que c’est avec la dette publique à l’anglaise et la banque centrale correspondante que Napoléon devra sa défaite finale. Sur ces points il est possible de renvoyer aux volumes « les jeux de l’échange » et « le temps du monde » de l’œuvre de Fernand Braudel.

Plus tard les marchés politiques seront- par le miracle de la démocratie- généralisés. Désormais les outils de la contrainte publique ne seront plus appropriés par un seul- qui pourra les utiliser à son profit, et éventuellement  redistribuer une partie des avantages qu’il en retire – mais possiblement par tous. En sorte qu’il n’est pas erroné de dire avec les libertariens , que la démocratie est le stade de la grande aventure étatique, où « tout le monde peut voler tout le monde ». Propos sans doute exagéré, mais qui exprime bien le fait que désormais, les entrepreneurs politiques sont soumis à un processus de sélection/ reconduction, et que les entrepreneurs économiques peuvent être concurrencés et contestés par de simples citoyens, qui peuvent aussi utiliser privativement l’extériorité. L’extériorité existe toujours, mais désormais elle fait l’objet d’une guerre incessante, entre acteurs beaucoup plus nombreux, et beaucoup plus divers. Les banques centrales qui antérieurement à la leur naissance fonctionnaient à l’envers – les Etats sont des créanciers monopolistes et ne prêtent pas – vont apparaitre comme banque des Etats, et des banques de plus en plus soumises aux aléas des marchés politiques. Et en devenant prêteuses en dernier recours, elles finiront par devenir un appendice des Etats, tout en étant également un appendice des banques classiques. Car la grande question sera : certes elles sont prêteuses en dernier recours,  mais au profit de qui ?  Outil parmi les plus fondamentaux de la puissance publique, elles sont au gré des marchés politiques, plus ou moins appropriées par les divers acteurs du jeu social. Avec des situations extrêmes : parfois simple instrument assurant la matérialité de la dépense publique, le stockage des recettes publiques, une  trésorerie obéissante et abondante ; mais parfois  séparation radicale et liens qui ne peuvent s’opérer qu’au traves du voile d’un marché où agiront des intermédiaires chargés de maintenir la séparation. En fonction des situations historiques rencontrées par les marchés politiques, cet outil particulier de la  contrainte publique, peut rester sous le contrôle direct des entrepreneurs politiques, ou à l’inverse plus ou moins cédé aux entrepreneurs de la finance. On comprend qu’à ces situations opposées, correspondra des régimes de dettes fort différents. Nous y reviendrons. Quoi qu’il en soit, et ce sera très  vrai à l’époque moderne, donc à l’âge démocratique des Etats, les banques centrales seront la frontière et un enjeu de négociation fondamental entre les entrepreneurs politiques et les entrepreneurs financiers dans la construction d’un compromis. Les uns et les autres, cherchant des alliés auprès des entrepreneurs de l’économie réelle et aussi des  très nombreux épargnants, lesquels seront parfois sacrifiés et à d’autres époques grandement favorisés. Mais à ces situations opposées correspondront aussi vraisemblablement des réalités monétaires différentes.

 

Monnaie, dette et banque centrale

La monnaie est d’abord la belle fable des économistes qui n’y voient que la résolution contractuelle et efficace des difficultés de l’échange marchand. Avec toutes les caractéristiques qui vont en découler : elle est la réussite d’une marchandise particulière et appartient donc fondamentalement à l’ordre marchand , lequel n’aurait nul besoin d’extériorité pour fonctionner. Ce point de vue qui débouche volontiers sur le concept de neutralité et de « voile monétaire » rassemble aussi bien les néo classiques que les marxistes, et permet à un Hayek d’exiger la privatisation de la monnaie : elle n’appartient pas à la catégorie des extériorités, n’a rien à voir avec les Etats qui eux-mêmes sont illégitimes. Maintenant comme la monnaie va autoriser le crédit, et donc la dette, il pourra être proclamé que la monnaie apparait probablement en même temps que la dette.

L’analyse ethnographique détruit ce raisonnement.

D’abord, historiquement a existé différentes formes de monnaies, non pas différentes quant à leur matérialité physique, mais quant à leur usage social. Il existait en effet au moins 2 sortes de monnaies : celles qui ont une valeur humaine , et symbolisent un lien spirituel ou social difficile à couper, ce sont les monnaies dites primitives qui participent à l’échange de dons ;  et celles qui ont une valeur matérielle – ou dite « moderne » - et permettent lorsque l’on en dispose d’en finir ou de solder une obligation de réciprocité. On pourrait ajouter à ces deux grands types, une forme intermédiaire : les monnaies dites « locales » ou « parallèles », qui bien que moyen de paiement libératoire, ne délient pas vraiment les participants engagés dans un réseau de réciprocité.

Ce qu’il faut noter, est que contrairement aux affirmations des économistes, la monnaie moderne ne fait pas apparaitre le crédit et la dette. La dette est bien antérieure, puisqu’elle commence par la dette de vie, dès l’origine de l’humanité alors que la monnaie moderne apparait entre le 8ième et le 6ième siècle AJC.

Cette dette de vie illimitée envers l’Etat, qui se constitue dans le nid de la religion, se construit sans monnaie. D’une certaine façon nous avons là la première banque centrale en tant que prêteur en dernier ressort, sans l’existence matérielle d’une monnaie.

Lorsque la monnaie moderne apparaitra, notamment sous forme métallique, nous aurons déjà une forme transformée de l’Etat avec naissance d’un nouveau type de banque centrale. Le plus souvent-  ce fût le cas au moyen orient de l’époque de l’antiquité, mais ce fût d’une certaine façon aussi le cas de l’Amérique espagnole au 16ième siècle- le créancier illimité produit de la monnaie à partir de mines d’or et d’argent. Cette industrie est la banque centrale de l’époque qui nourrit le Trésor, lequel se servira de la monnaie ainsi émise pour rémunérer des mercenaires. C’est qu’on évalue- d’après David Graeber dans « Debt : the first 5000 years » - à 500KG/jour de métal argent le, montant des soldes des armées d’Alexandre. On est déjà dans un monde monétaire moderne où le paiement est libératoire. Le mercenaire n’est pas relié à l’Etat par une dette illimitée et les deux « partenaires », si l’on ose dire, sont dans une logique d’échanges marchands.  Il faudra bien sûr, toute la violence de l’Etat, pour imposer au reste de la société, le caractère obligatoire des paiements effectués par les mercenaires, lesquels ont pour finalité d’assurer leur propre subsistance : les marchands accepteront les pièces fabriquées par la banque centrale, marchands qui seront ensuite invités à payer leur propre dette (l’impôt) au Trésor à partir des mêmes pièces mises en circulation. Geoffrey Ingham parle de « complexe militaro monétaire » pour désigner cette situation, qui n’est pas sans rappeler celle des Etats- Unis , dont les dépenses militaires à l’échelle planétaire sont partiellement financées par création immodérée de dollars. Déjà apparait aussi, avec ce dispositif qui remonte à l’antiquité, ce que l’on pourrait appeler le « circuit du Trésor », devenu si célèbre en France au 20ième siècle avec la possibilité qu’il a eu de financer 2 guerres mondiales, autrement plus coûteuse que celles d’Alexandre, mais également de rétablir un spectaculaire redressement du pays après 1945. Et cette extraordinaire efficacité du système « militaro monétaire » du 20ième siècle s’est déroulée sans base métallique : les banques centrales modernes n’étaient plus des mines activées par des esclaves mais de simples émetteurs de papier qui il est vrai obéissaient avec autant de zèle que les esclaves de l’antiquité.

Resterait à se poser la question de la nature de cette banque centrale faite de mines et d’esclaves : pourquoi le métal dit « précieux »  sera choisi, dans un premier temps, comme signe de garantie des échanges?

Mimétisme et sélection d’une norme monétaire

En la matière, le thème de la rivalité mimétique utilisé pour expliquer le principe général d’extériorisation peut être repris. De fait la monnaie du prince fût une imposition, mais une imposition qui fût aussi probablement bien acceptée par les communautés marchandes en formation. Les paragraphes qui suivent s'inspirent largement des positions d'André Orléan et frédéric Lordon.

De fait, un ordre marchand ne peut fonctionner sans monnaie, et la question est de savoir comment peut naitre une monnaie donc une norme monétaire, sur laquelle chaque acteur pourra s’appuyer. Et en parlant de norme, on comprend déjà que la naissance de la monnaie, est logiquement, ce qui ne veut pas dire historiquement, un processus d’extériorisation : elle est la loi de la communauté, comme il existe un ordre divin et un ordre institutionnel précédemment évoqués.

En faisant abstraction de l’ordre politique qui surplombe les communautés marchandes, il faut logiquement comprendre, que chaque échangiste est animé par le désir de se maintenir dans la communauté donc de ne point en être exclu. Cela passe par la volonté d’échanger contre des biens qui seront acceptés par le plus grand nombre pour le présent comme pour le futur, qu’il faut évidemment se contenter d’imaginer. A la rivalité entre échangistes, il faudra ajouter le comportement mimétique : en tant que participant à l’échange, il me faut

pour ne pas me tromper, et ne pas perdre, repérer ou imaginer les comportements dominants en matière de contrepartie. Quelles est la marchandise que je puis accepter et pour laquelle la communauté considère qu’elle est « richesse », c'est-à-dire , en terme moderne parfaitement liquide ? Nous nous retrouvons ainsi devant le « concours de beauté » de Keynes, où l’exercice consiste à découvrir le point de vue dominant et non pas une quelconque objectivité qui ne peut exister : en la matière seules les croyances sociales sont objectives. La richesse qui sera désignée, le sera ainsi au terme d’un processus de convergence, la transformant par un processus d’imitation en condensé de tous les biens : la monnaie est un équivalent général. Sans doute peut-il y avoir des résistants au processus d’imitation, mais ils seront éliminés en ce qu’ils n’ont pas effectué le bon choix.

Ce processus d’autocréation de la norme, processus encore une fois logiquement examiné et non pas empiriquement constaté, est une réalité providentielle pour les entrepreneurs politiques. En raison de leur poids , de leur statut d’extériorité antérieure, ils peuvent- sans même imposer de façon violente - orienter le choix dominant en matière de richesse vers leur propre avantage : choisir une monnaie qui pourra aussi être liquide au regard d’autres entrepreneurs politiques régnant sur d’autres communautés. La définition de la monnaie sur base métallique devient ainsi une nécessité quasi logique.

Ainsi on comprend mieux cette première forme de banque centrale, composée de mines activées par des esclaves : dés la naissance de la monnaie, longtemps après celle de la dette, quelque chose comme un marché politique se met en place. La monnaie ne peut être une brutale imposition comme la loi pourra l’être : elle est à la fois imposée et acceptée, et si le premier terme n’est pas suivi du second il y aura fuite devant une monnaie qui ne correspond pas à la norme, elle-même issue d’une rivalité mimétique. Ce sera le cas de nombre d’expériences malheureuses, comme celle des « Assignats », que même la violence étatique extrême ne pourra imposer.

Observation qui ne fait que confirmer ce que l’on pouvait dire des banques centrales : parce que pièce essentielle d’une norme monétaire, elles sont le lieu de possibles affrontements sur les marchés politiques et peuvent se trouver à certaines époques fort dépourvues pour imposer de nouvelles normes. Avec parfois des tentatives pour masquer contestations, affrontements, voire prise de pouvoir, en mettant en avant l’idée d’indépendance.

 

 

La monnaie qui finalement s’impose dans un ordre marchand qui connait l’aventure étatique, présente des caractéristiques essentielles. En raison des son mode de construction tel que précédemment évoqué, elle est un système centralisé, tout comme l’Etat, et la compétition pour la gérer et la détenir est importante. Le mode de construction désigne aussi son statut : elle est la richesse. Devenue de par le jeu social dans une configuration mariant marché et Etat, équivalent général de toutes les marchandises, elle n’est pas valeur particulière, mais valeur universelle. Elle est donc la richesse. Mais parce que équivalent général, elle est aussi réserve de valeur, ce qui signifiera qu’elle peut être stockée, donc thésaurisée. Cette caractéristique engendre logiquement la loi d’airain de la monnaie : elle n’apparait pas comme réalité conventionnelle, ou simple construction sociale- ce qu’elle est - et se trouve bien être la richesse objective puisque sa rareté, aussi entrainée par la thésaurisation, freine la circulation des marchandises et la richesse réelle. L’humanité va ainsi voir dans la réalité, la confirmation de ce qu’elle croit, et ce même si cette croyance est la résultante d’un comportement. Le métal est donc rare, et comme les tentatives pour y remédier ont très longtemps entrainé des catastrophes – le système de Law ou celui de Palmestruch par exemple – la rareté va apparaitre longtemps indépassable. C’est ce qu’on appelle la loi d’airain de la monnaie. Autre caractéristique complémentaire et essentielle, parce que réserve de valeur rare, à l’inverse de certaines monnaies archaïques, elle engendre de la valeur et autorise intérêt et rente, donc la financiarisation de l’économie avec comme conséquence annexe la naissance possible d’une aristocratie financière, à la fois éloignée et proche de la centralité politique, mais aussi une logique court termiste en matière d’investissements.

Lorsque l’ordre marchand n’est qu’embryonnaire, le système monétaire qui se met en place n’a rein à voir avec ce qui vient d’être décrit. Tout d’abord le troc, comme le rappelle Fernand Braudel dans « les structures du quotidien » au moyen âge, peut rester dominant et le crédit peut s’opérer sans monnaie, en ayant simplement recours à des outils de comptage, ou des monnaies primitives qui à l’inverse des monnaies qui vont finalement s’imposer partout, expriment la solidarité du groupe. Ces monnaies peuvent exister dans des mondes despotiques , sans passer à la centralité : elles ne naissent pas d’un processus d’extériorisation, et l’Etat n’y voit pas toujours une source de rente. Ces monnaies assurent ainsi la simple circulation, et ne sont pas réserve de valeur. Parce que produites et utilisées à l’occasion d’une relation d’échange, elles ne sont pas accumulables , ne sont ni rares ni abondantes , ne développent aucune loi d’airain, et le plus souvent aucune rente. C’est le cas aujourd’hui encore des quelque 5000 monnaies dites complémentaires que l’on trouve dans le monde. Parfois elles sont soumises à l’instar de l’ « ostracon » égyptienne d’avant la conquête romaine, à la « surestarie » c'est-à-dire un taux de l’intérêt négatif qui correspond au service rendu. Ainsi dans le cas de l’ « ostracon », le dépositaire d’une récolte de blé recevait un titre de créance qui « fondait » avec le temps pour ainsi matérialiser le coût du stockage. Curieusement, le taux de l’intérêt négatif a pu ultérieurement se transformer en taux positif,  tout simplement selon  Bernard Lietar par « abus de surestarie » au moyen âge,  dans les ateliers de « Renovatio Monetae » abus qui devenait  progressivement dépréciation pour les monnaies dominantes et captation de rentes : seigneuriage, dilution, bref quelque chose comme des paléo banques centrales.

Conclusions

Le point de départ de notre trop rapide analyse était l’interrogation concernant le pourquoi d’une banque centrale. La recherche ethnographique et historique permet de capitaliser un certain nombre d’acquis.

Tout d’abord, il faut comprendre qu’une absence de banque centrale parait impensable en raison de la nature de la monnaie qui va envelopper les sociétés marchandes. Sans doute venons nous de rappeler qu’il existe plusieurs sortes de monnaies, et au fond 2 catégories, celles qui seront réserve de valeur et celles qui assureront la simple circulation des biens. Parce que ces dernières gèrent des liens de dépendance entre personnes voire entre des groupes, elles mesurent davantage la valeur des personnes que la valeur des choses. Benveniste, dans son « vocabulaire des institutions indo-européennes » précisait d’ailleurs, qu’à l’origine, dans les langues indo-européennes, la notion de valeur désignait d’abord des personnes. A ce titre, ces monnaies   ne sont pas « équivalent général ». Par contre les monnaies dominantes, les monnaies métalliques, désignent des choses, qui parce que devenant de simples marchandises impersonnelles, acquièrent une valeur indépendantes des personnes. La monnaie vient ainsi surplomber la société, se trouve être extériorité, et au final devra être gérée par une autre extériorité qui est banque centrale. Et cette dernière entité peut  se couvrir d’habits institutionnels très divers : Etat lui-même, mines publiques de métal, hôtel de monnaies, etc.

En second lieu, parce que fondamentalement le politique est aussi une extériorité qui fait l’objet d’une vive compétition entre des hommes , lesquels luttent pour l’ accès aux outils de la contrainte publique, l’Etat va lui aussi se couvrir d’habits institutionnels historiquement variés : despotisme radical des entrepreneurs politiques , despotisme hiérarchisé despotisme éclairé, Etat de Droit etc. A ces variation correspondent dans le même ordre un partage croissant des outils de la contrainte publique, outils qui restent le monopole des entrepreneurs politiques mais qu’ils sont amenés à faire fonctionner aussi au profit d’autres entrepreneurs , ceux de la finance ou de l’économie réelle, mais aussi d’autres groupes sociaux.

De cet émiettement, il résulte en contrepartie un émiettement du contrôle monétaire. Très visible dans le cas du despotisme hiérarchisé du moyen âge où à la limite chaque seigneur pouvait « battre monnaie », il l’est également dans les premières formes de l’Etat de Droit où le seigneur se trouve remplacé par le banquier, lequel jouit d’un pouvoir monétaire encore plus grand , puisque « battre monnaie » pourra souvent se faire sans matière première coûteuse. Parce que cet émiettement affaisse la centralité monétaire et ses avantages considérables pour les entrepreneurs politiques, il est des époques où les Etats tentent de reprendre en quasi-totalité le pouvoir monétaire. Cette reprise du pouvoir pourra se faire de manière douce et négociée, ou de façon beaucoup plus brutale. Ainsi L’Etat  britannique  pourra trouver les moyens de sa puissance contestée en créant une banque centrale qui n’est pas dans sa main : le pouvoir monétaire est partagé, et la dette des sujets envers l’Etat se double d’une dette publique gigantesque dans l’autre sens. Mais la douceur peut se transformer en brutalité, lorsque l’Etat transforme la banque centrale en simple annexe du Trésor, comme ce sera le cas de la France au 20ième siècle, essentiellement pour des raisons militaires: dans ce cas le prédateur ne se contente plus de la dette de sang et exige de fait l’annulation de sa propre dette. La situation correspondant à la mondialisation est de fait inverse : la banque centrale retrouve son autonomie, et mieux se met au service des pouvoirs monétaire émiettés, pour ponctionner une structure qui elle-même, mondialisation oblige, se trouve à la diète. La dette publique devenue gigantesque est de moins en moins gagée par la dette des citoyens – ce qu’on appelle les prélèvements publics obligatoires -  envers l’Etat. En sorte que, si naguère les Habsbourg et les Bourbons voyaient la dette publique augmenter pour faits de guerre, en face de prélèvements insuffisants et contestés,  les Etats modernes voient leur dette publique augmenter pour fait de mondialisation , qui elle-même glorifie le mieux disant fiscal. Nous y reviendrons.

Les métamorphoses de la banque centrale sont donc explicables par le contexte dans lesquelles on la fait fonctionner. Ce qui signifie aussi, qu’il n’est pas satisfaisant de la définir par ce qu’elle fait, mais bien plutôt par ce qu’elle est. Ce qu’elle fait est largement connu et expliqué : émission de monnaie légale, fixation des taux directeurs, régulation des marchés etc. Ce qui est inconnu est son identité. Or c’est pourtant l’identité qui seule permet de comprendre, c'est-à-dire de rendre intelligibles, les gestes de l’institution. Risquons une définition :

Une banque centrale est une institution, logée dans l’interface entre pouvoir financier et pouvoir politique, et chargée d’exprimer le rapport de forces entre les deux, par des actions concernant la circulation monétaire , la monnaie elle-même et la dette. La position  relative des deux pouvoirs : absorption plus ou moins complète de l’un par l’autre, séparation radicale/opposition radicale, coopération mutuellement avantageuse, servitude volontaire, etc. est la source ultime de la compréhension des faits monétaires.

Au-delà,  il est intéressant de résumer les développements précédents par un tableau récapitulatif, historiquement orienté depuis le passé lointain vers le futur. Chaque ligne de ce tableau présenté ci-dessous, correspond à une configuration historique, c'est-à-dire une articulation entre formes de l’Etat, de la dette en général, de la monnaie, de l’articulation banque centrale/Etat et de la dette publique. De fait il s’agit davantage d’une configuration logique que d’une configuration historique, aucune date ne figurant dans le tableau. Par contre, plusieurs lignes expriment bien une époque, notamment les trois dernières. La colonne concernant la dette, exprime bien la réalité du monde tel qu’il a toujours été, et le sera probablement toujours : l’humanité est endettée vis-à-vis de son extériorité, et celle ci se manifeste, depuis l’antique institution du sacrifice, jusqu’au moderne impôt. Ce dernier est le sacrifice des modernes, qui doivent payer pour le maintien de l’ordre supérieur dans lequel ils vivent, comme les anciens se livraient à des sacrifices humains, pour se désendetter vis à vis des Dieux.

Lorsque la dette est infinie, ce qui est le cas de la position esclavagiste, les entrepreneurs politiques qui ont remplacé les dieux, ne peuvent eux-mêmes s’endetter : cela signifie que la dette publique est nulle et que de fait les esclaves sont les préteurs en dernier ressort.

Lorsque la société se complexifie et que d’autres endettés peuvent émerger, par exemple des hommes libres qui deviennent esclaves de leurs créanciers, pour non remboursement de la dette, il y a déjà compétition avec le despote qui  voit sa créance infinie se transformer en créance finie : des hommes qui devaient le prix du sang, ne  sont plus disponibles car devenus esclaves d’entrepreneurs économiques. D’où les multiples annulations générales de la dette privée qui maintiennent les capacités  des préteurs en dernier ressort.

Le bourgeonnement des espaces marchands, amplifie la contestation de la dette envers le prédateur public. La régulation historiquement constatée est l’émergence, ci-dessus expliquée, de la monnaie métallique assortie des paléo banques centrales : la mine de métal travaillée par ses infinis endettés que sont les esclaves. La dette publique – au niveau interne bien sûr, et pas entre Etats -n’a toujours pas de sens.

L’humanité restera longtemps, pour les raisons ci-dessus expliquées, victimes de la loi d’airain de la monnaie métallique. Mais les groupes, notamment les entrepreneurs financiers, contestant la monopolisation des outils de la contrainte publique, seront de plus en plus nombreux et puissants. Ils contestent la dette toujours trop grande, alors même que les besoins de la guerre se font de plus en plus importants : le prédateur (Etat) devient lui-même endetté. Nous avons là les premières formes de la dette publique, formes au demeurant assez définitives, et que l’on va retrouver au stade de la démocratie contestée par la mondialisation. Dette publique parfois intelligente avec des banques centrales bien imaginées (Angleterre). Mais dans d’autres cas calamiteuses (France de la période révolutionnaire)

Lorsqu’apparait l’Etat de droit, la contestation se fait plus radicale, et d’autres groupes, ici non financiers, viennent exiger leur part de réduction de dette. Si l’on ajoute à cela des contextes de guerres totales, il est clair que la dette se renverse, et que le prédateur doit se libérer de la loi d’airain, et fonder une banque centrale entièrement soumise : le préteur en dernier ressort, n’est plus l’esclave ou la mine, mais la planche à billets . Et avec elle, la dette publique qui nourrissait les entrepreneurs financiers disparait. Mais à l’inverse, de quoi nourrir de gigantesques investissements publics, venant eux mêmes nourrir la croissance, et la construction d’un compromis fordien.

Enfin, dernière configuration, lorsque les entrepreneurs politiques sont amenés à négocier la fin de la « répression financière » pour répondre aux exigences techniques de la mondialisation, une nouvelle ère s’ouvre : les banques centrales s’éloignent des Etats et se rapprochent de la finance. Les Etats ne disposent plus d’un préteur en dernier ressort, lequel ne fonctionnera comme tel, qu’au seul profit de la finance. Avec une réponse rapide :prédation contestée d’un côté, et cession du privilège de battre monnaie à la finance de l’autre, assureront le possible épanouissement des dettes publiques.

   

 Variations historiques des formes d’Etat et de ses correspondances en termes de dette, de monnaie, de structure des banques centrale et de dette publique

  

     

Formes de l’Etat

Formes de la dette envers l’Etat

Formes de la monnaie

Formes de la banque centrale/Formes d’action de l’Etat

Réalité  et importance de la dette publique

Despotisme

radical

infinie

Absence ou monnaies primitives

Peuple fournisseur infini

Nulle ou interétatique

Despotisme avec émergence du droit : version1

Infinie mais  contestée : dette privée comme externalité négative

Outils de comptage + monnaie de simple circulation

Idem+ annulation régulière des dettes privées pour maximiser la créance publique

Nulle ou interétatique

Despotisme avec émergence du droit : version 2

finie

Norme monétaire métallique = richesse accumulable

Loi d’airain de la monnaie

La mine de métal fonctionne comme banque centrale

Nulle ou interétatique

Etat moderne 

Partage des outils de la contrainte publique

Finie mais contestée et partagée

Norme monétaire métallique= richesse accumulable

Loi d’airain

Hôtel des monnaies surestarie/dépréciation

Premières banques centrales  modernes

Importante et le plus  souvent intra étatique

Marchés politiques actifs et démocratie de moyennisation

(compromis fordien)

finie

Renouvellement de la norme monétaire

Richesse accumulable

Libération vis-à-vis de la loi d’airain

Généralisation des banques centrales  modernes

Rapide réduction

Marchés politiques actifs et démocratie contestée=mondialisation

Finie mais contestée et partagée

Retour à la loi d’airain de la monnaie et privatisation

Richesse accumulable

Séparation des banques centrales vis-à-vis des Etats

Rapide augmentation en intra et/ou en interétatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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commentaires

BA 30/01/2012 17:16

Lundi 30 janvier 2012 :

Pendant que tout le monde regarde la Grèce, le Portugal agonise.

Les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité du Portugal à rembourser sa dette.

Les taux des obligations du Portugal atteignent des niveaux insoutenables.

Portugal : taux des obligations à 2 ans : 21,092 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT2YR:IND

Portugal : taux des obligations à 3 ans : 24,559 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT3YR:IND

Portugal : taux des obligations à 5 ans : 23,002 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT5YR:IND

Portugal : taux des obligations à 10 ans : 17,393 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

D’après le patronat portugais, il va falloir trouver une deuxième aide d’urgence pour sauver le Portugal … et pour sauver les banques privées : il va falloir trouver 30 milliards d’euros
supplémentaires.

BA 29/01/2012 13:08

Samedi 28 janvier 2012 :

Crise de la dette : Berne a envisagé le pire.

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann estime que la zone euro survivra à l'actuelle crise de la dette. Sinon on courrait à une «catastrophe», a déclaré samedi le ministre de l'économie au
Forum économique de Davos (WEF). La Suisse a envisagé tous les scénarios.

Le Conseil fédéral semble préparé à une désintégration de la zone euro. Le gouvernement a officiellement exigé que tous les scénarios soient envisagés, a relevé le Bernois devant quelques
journalistes.

M. Schneider-Ammann s'est entretenu lors de son séjour dans la station grisonne avec plusieurs ministres d'autres pays. L'incertitude est de mise, a-t-il observé à l'issue des échanges. Selon lui,
une certaine psychologie est importante : «Nous ne devons pas parler de la situation de manière plus morose qu'elle ne l'est».

http://www.tdg.ch/economie/Crise-de-la-dette-Berne-a-envisage-le-pire-/story/13527900

BA 27/01/2012 20:26

Vendredi 27 janvier 2012 :

Les taux des obligations du Portugal battent leurs records historiques.

Portugal : taux des obligations à 2 ans : 17,177 %.
Portugal : taux des obligations à 3 ans : 21,111 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 19,822 %.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 15,220 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

L'agence de notation Fitch abaisse la note de la dette souveraine de cinq pays de la zone euro, dont l'Italie et l'Espagne.

L'Italie est ainsi rétrogradée de "A+" à "A-" avec une perspective "négative".

L'Espagne passe de "AA-" à "A", avec une perspective "négative".

La Belgique est abaissée de "AA+" à "AA", perspective "négative".

Chypre passe à "BBB" à "BBB-", la perspective étant aussi "négative".

La Slovénie est rétrogradée de "AA-" à "A", avec une perspective "négative".

L'Irlande est confirmée à "BBB+" avec une perspective "négative".

BA 26/01/2012 11:25

La monnaie est une violence.

Or, l'Etat doit avoir le monopole de la violence physique légitime.

Donc, l'Etat doit avoir le monopole de la monnaie.

Concrètement :

La banque, le crédit, la monnaie doivent devenir des monopoles d'Etat.

La France doit retourner à sa monnaie nationale, le franc.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent nationaliser la Banque de France.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent nationaliser toutes les banques privées.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent nommer le gouverneur de la Banque de France.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent donner des ordres à la Banque de France.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent donner des ordres à la Banque de France et à toutes ses succursales installées dans les villes et dans les villages.

Le chef de l'Etat et le gouvernement doivent donner des ordres à toutes les banques, comme ils donnent des ordres à toutes les armées.

La Défense Nationale est une violence qui est un monopole d'Etat.

De même, la banque, le crédit, la monnaie sont une violence qui doit devenir un monopole d'Etat.

La banque, le crédit, la monnaie sont des choses trop dangereuses pour être laissées indépendantes de l'Etat.

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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