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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 15:34

                                                                                                                                            

                                                                                             

Au moment où les Etats européens s’acharnent à prendre des décisions douloureuses aux fins d’en finir avec la crise des finances publiques, il est intéressant de construire le scénario d’un monde où par décret, loi, voire dispositif constitutionnel, un plafond de dette serait fixé, plafond à partir duquel les ordonnateurs des dépenses publiques devraient cesser leur activité. Ce scénario est évoqué dans le tableau ci-dessous. Les résultats ne sont que prévisionnels, et sont construits à partir des informations et estimations disponibles forcément discutables, et révisables quotidiennement. Ainsi le taux d’intérêt moyen est une notion variable, et les valeurs indiquées sont probablement sous estimées puisque les taux instantanés à 10 ans étaient au 23 février de 8,77% pour l’Irlande, de 7,23% pour le Portugal, ou encore de 5,33% pour l’Espagne. A comparer avec les valeurs retenues, respectivement : 5,7 – 5,4 – 4,2. De la même façon les taux de croissance retenus sont eux-mêmes probablement optimistes en raison des politiques budgétaires restrictives et surtout simultanées dans la plupart des pays européens. Or on sait que le choc budgétaire à envisager, dépend fortement du mouvement de ces deux variables ( cf « Rachat de dette souveraine : ultime étape avant monétisation ? »). Recettes et dépenses publiques aujourd’hui programmées pour 2011, incluent les dépenses et recettes au titre des « Etats providences ». La dernière colonne est établie sur la base de l’hypothèse suivante : la totalité du choc est imputée sur les seules dépenses. On peut évidemment envisager un autre scénario.

 

Estimation du choc budgétaire à envisager pour stopper l’hémorragie de la dette publique

 

 

 

 

 

PIB 2010

En USD*

Dette publique

Fin 2010

En USD*

Déficit

2011

%PIB

Déficit

2010

%PIB

Taux

D’intérêt

moyen

Taux de

Croissance

2011

Dépenses

Publiques

2011

%PIB

Recettes

Publiques

2011

%PIB

Allemagne

3100

2387

-2,7

-4,2

2,7

2,2

47,2

42,5

Belgique

400

408

-4,6

-4,9

3,4

1,8

53,8

48,8

France

2200

1870

-6,3

-7,6

3,1

1,6

55,9

48,6

Italie

1940

2290

-4,3

-5,1

4

1,1

46

45,5

Espagne

1450

957

-6,4

-9,3

4,2

0,7

44,7

35,9

Portugal

250

215

-4,5

-7,3

5,4

-1

50,9

43

Irlande

175

136

-10,3

-17,7

5,7

0,9

46

33,9

Grèce

310

 

384

-7,4

-7,9

9

-3

48,4

38,5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Charge

De la

Dette

%PIB

Solde

Budgétaire

2010

En USD*

Solde de

Stabilité

USD*

choc

budgétaire

En USD*

 

choc

Budgétaire

En %PIB

Choc

(hypothèse

Dépenses)

%dépenses

 

Allemagne

2,7

-130

12

142

4

10

 

Belgique

3,8

-19

6

25

6

11

 

France

2,9

-167

28

195

6

16

 

Italie

4,8

-99

66

165

8

18

 

Espagne

2,6

-134

33

167

11

25

 

Portugal

3,5

-18

11

29

13

22

 

Irlande

3,5

-30

65

95

54

118

 

Grèce

5,8

-24

46

70

13

46

 

 

*En milliards de dollars. Tableau construit à partir des statistiques de l’OCDE (oecd.org) et de la commission européenne (ec.europa.eu)

Les résultats sont éloquents. Ils révèlent des difficultés d’adaptation y compris pour l’Allemagne, pays dont la croissance de l’endettement fût considérable en 2010 (+18% selon l’Office Fédéral des Statistiques, chiffre publié le 21 février) ce qui est historique. L’énormité de cet accroissement fait du reste douter de la possibilité de tenir la règle constitutionnelle d’équilibre budgétaire à compter de 2016. Comme on le sait, cette croissance est due aux structures de défaisance mises en place pour sauver le système bancaire et en particulier l’Hypo Real Estate et la banque de Rhénanie-du-Nord – Westphalie WestLB.

Pour le reste, en dehors de la Belgique, deux groupes semblent devoir se constituer : France et Italie d’une part ; Espagne, Portugal, Irlande et Grèce d’autre part. Compte tenu de la double fonction des Etats (fonction régalienne et fonction sociale) on voit tout de suite que les choix sont extrêmement difficiles. Ainsi pour la France, pays équipé d’un Etat global dont les charges sont approximativement à 40% régaliennes et à 60% sociales, faire supporter le choc sur les seules dépenses, suppose un recul - certes massif- plus ou moins équilibré de son emprise. Tout ne peut être supporté par « l’Etat régalien » par exemple par la défense nationale, fonction régalienne par excellence : l’actuel budget des armées serait très loin d’y suffire. Et tout ne peut être supporté par « l’Etat providence », par exemple les dépenses de santé, dont l’annulation presque complète, serait requise pour satisfaire aux contraintes du choc (Il faudrait économiser environ 160 milliards d’euros sur un total d’environ 165 !). Quels que soient les choix retenus, ils sont douloureux. Eu égard au fonctionnement des marchés politiques, les choix seraient logiquement assez massivement orientés vers la minimisation des dépenses au titre de l’avenir : investissement global en berne, dégradation des équipements collectifs, vétusté des bâtiments publics  etc.

Bien évidemment, les cas irlandais et grecs sont autrement douloureux. Aucune issue n’est -pour ces pays-  envisageable : le texte bornant le plafond de la dette (loi, constitution) devenant le dernier, avant retour à « l’Etat de nature » pour les sociétés correspondantes.

Tout aussi évidemment, ce scénario du pire que l’on vient d’envisager ne se produira pas, et d’autres solutions que le mode marché de gestion de la dette seront mises en place. Toutefois, il faudra encore attendre, car les grandes entreprises politiques européennes, restent encore aujourd’hui, engluées dans le mythe selon lequel la crise de la dette pourra être dépassée avec les moyens classiques, c'est-à-dire aussi sans revisiter l’euro-système.

En attendant les compteurs continuent de tourner….

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Dette
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commentaires

Innocent 08/03/2011 20:42


Un voile pudique a été jeté sur la situation de la Grande Bretagne...
On comprend pourquoi.


BA 08/03/2011 10:38


Mardi 8 mars 2011, vers 10 heures :

Italie : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 4,922 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

Espagne : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 5,420 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

Portugal : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 7,577 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

Irlande : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 9,428 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

Grèce : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 12,593 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND


BA 07/03/2011 13:51


Lundi 7 mars 2011 :

Lundi matin, à quelques jours des grandes réunions politiques à Bruxelles devant se pencher sur un système de consolidation de la zone euro, l’agence de notation Moody’s Investors Service a annoncé
avoir abaissé de trois crans la note souveraine de la Grèce, à B1 contre Ba1 auparavant, et prévenu qu’elle pourrait encore l’abaisser, en raison de difficultés économiques persistantes et du
risque de défaut après 2013.


BA 05/03/2011 14:04


A propos de l'Espagne :

- Emprunt à 3 ans :

Le 3 février 2011, l'Espagne avait lancé un emprunt à 3 ans : elle avait dû payer un taux d'intérêt de 3,254 %.
Le 3 mars 2011, elle a dû payer un taux d'intérêt de 3,592 %.

- Emprunt à 5 ans :

Le 3 février 2011, l'Espagne avait lancé un emprunt à 5 ans : elle avait dû payer un taux d'intérêt de 4,045 %.
Le 3 mars 2011, elle a dû payer un taux d'intérêt de 4,389 %.

http://www.romandie.com/infos/news2/201103031200220AWP.asp

Vendredi 4 mars 2011 :

La note de l'Espagne sanctionnée.

L'agence de notation Fitch a ramené vendredi la perspective de l'Espagne de stable à négative.

L'Espagne conserve cependant sa note AA+, mais la dégradation de sa perspective reflète pour Fitch le coût budgétaire à terme de la restructuration des caisses d'épargne.

Selon l'agence, cette perspective illustre en outre le risque de volatilité dans le cas où aucune "réponse globale crédible" ne sortirait du sommet européen des 24 et 25 mars.

L'euro, qui avait progressé après les propos de Trichet laissant entrevoir la possibilité d'une hausse des taux en Europe, a réduit ses gains par rapport au dollar.

Jeudi, Standard and Poor's, une autre agence, avait annoncé qu'elle prolongeait pour deux mois la mise sous surveillance négative de la dette du Portugal, avertissant qu'elle pourrait l'abaisser de
deux crans, en fonction des résultats des discussions sur le futur mécanisme européen de soutien financier, dont le Portugal pourrait être le prochain bénéficiaire.

http://info.france2.fr/economie/la-note-de-l-espagne-sanctionnee-67662201.html


BA 03/03/2011 15:13


Il semble que le Portugal a dû payer un taux de 2,984 % pour un emprunt à 6 mois. C'est le même taux que le 2 février 2011.

En revanche, le Portugal a dû payer un taux de 4,057 % pour un emprunt à 12 mois : cette fois-ci, le taux est en hausse.

J'ai trouvé cet article :

Le Portugal lève 1 milliard d’euros d’obligations avec des taux en hausse.

02/03/2011 13:56

(obliginfos) - Alors que S&P vient de maintenir la note souveraine portugaise sous surveillance négative, le Portugal a émis, ce mercredi, pour 1 milliard d’euros de titres 6 mois et 1 an avec
des taux en légère hausse.

Le pays, qui se trouve à nouveau sous la pression des marchés et de ses partenaires européens, a ainsi placé le maximum des 750 millions à 1 milliard d’euros de titres que l’IGCP, l’organisme en
charge de la dette portugaise, avait annoncé.

Compte tenu de la petite taille de ces deux émissions, la demande est restée soutenue. Celle à 6 mois a été demandée 2,6 fois (4,8 fois lors de la dernière adjudication sur cette maturité début
février) et celle à 1 an 3,1 fois (contre 1,9 fois mi-février).

Les taux réclamés sont en revanche en hausse pour l’émission à 1 an puisqu’ils passent de 3,99% en moyenne et 4,045% au plus haut mi-février à 4,06 et 4,09% ce mercredi.

Les taux à 6 mois sont restés inchangés à 2,98% et 3%.

http://www.obliginfos.fr/2011/03/02/le-portugal-leve-1-milliard-deuros-dobligations-avec-des-taux-en-hausse/


BA 03/03/2011 14:05


A propos du Portugal :

- Emprunt à 6 mois :

Le 2 février 2011, le Portugal avait lancé un emprunt à 6 mois : il avait dû payer un taux d'intérêt de 2,984 %.
Le 2 mars 2011, il a dû payer un taux d'intérêt de 2,984 %.

- Emprunt à 12 mois :

Le 2 février 2011, le Portugal avait lancé un emprunt à 12 mois : il avait dû payer un taux d'intérêt de 3,710 %.
Le 16 février 2011, il avait dû payer un taux d'intérêt de 3,987 %.
Le 2 mars 2011, il a dû payer un taux d'intérêt de 4,057 %.

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE72113X20110302

Standard & Poor's prête à sévir sur la Grèce et le Portugal.

L'agence de notation Standard & Poor's annonce qu'elle pourrait abaisser les notes de la Grèce et du Portugal si le Conseil européen du 24-25 mars confirme ses hypothèses : au vu des
discussions actuelles, S&P pense que le futur mécanisme européen, qui remplacera le Fonds de stabilité à partir de 2013, exigera, pour octroyer un prêt à un Etat de la zone euro, qu'il
restructure sa dette afin de la rendre plus « soutenable ».

Une restructuration affecterait les détenteurs d'obligations, qui risquent d'être considérés en outre comme des créanciers de second rang par rapport à la structure que représente le Mécanisme.

Les porteurs de titres grecs seraient en première ligne. Ceux du Portugal ont aussi des chances d'être concernés, car, selon S&P, Lisbonne risque d'être obligé de faire appel à l'aide de ses
partenaires européens et du Fonds monétaire international (FMI).

En attendant les décisions des dirigeants européens fin mars, l'agence de notation maintient la Grèce en catégorie « spéculative » (note « BB+ »). Elle pourrait abaisser cette note de probablement
deux crans maximum.

Actuellement, elle évalue le taux de recouvrement des détenteurs d'obligations helléniques à 30-50 %. Cela veut dire qu'en cas de restructuration ou de défaut, un investisseur ne touchera pas plus
de la moitié de la valeur nominale du titre.

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0201189507116-s-amp-p-prete-a-sevir-sur-la-grece-et-le-portugal.htm


Jean Claude Werrebrouck 03/03/2011 14:22



Je pense qu'il y a une erreur dans le taux portugais à 6 mois: il est aujourd'hui plus élevé.



astrorock 28/02/2011 13:46


Bonjour.

Bon....

Si j'ai bien compris, les situations sont inextricables meme pour l'allemagne et mis a part une repudiation de la dette, pour partie ou en totalite, on ne vouis pas bien comment ou pourras resoudre
le probleme pose.

On pourrais bien sur demander au monde de nous subventionnet mais j'ai bien peur que nous ne devions essuyer un refus poli, dans le meilleur des cas.

Et encore ces tableaux ne prennent pas en compte un eventel nouveau tsunami finnancier.


A-J Holbecq 28/02/2011 09:36


Bonjour jean Claude

Merci pour cette critique.
Peut être aurai-je du insister un peu plus qu'il s'agit simplement d'un (je ne sais comment l'appeler fable ou apologue) montrant l'aspect circuitiste de la monnaie créée par la collectivité. Je
pensais pourtant avoir pris les précautions nécessaires. Merci de ne considérer ce texte que dans cet esprit, comme l'est d'ailleurs l'apologue bien connu de "la dame de condé", qui ne certainement
pas proposer une représentation réelle.

Tout à fait d'accord avec vos objections donc.

Cordialement


Werrebrouck 27/02/2011 15:10


A André jacques Holbecq
Si j'étais habité par l'économicisme courant, je dirai que votre texte relève du keynésianisme hydraulique.Ce qui me gène et c'est ce qui sonna le glas du keynésianisme est que vous oubliez
l'ouverture internationale laquelle ,ne se réduit pas à votre hypothèse d'équilibre de la balance commerciale. Que se passe t'il lorsque les revenus issus des grands travaux se déploient à
l'étrangern non pas pour importer, mais produire voire s'implanter à l'étranger? N'y a t'il pas là une fuite qui empêche la multiplication?
Et donc je ne crois pas à l'efficience conceptuelle de votre hypothèse d'entreprise unique.
A bientôt sans doute.


A-J Holbecq 26/02/2011 21:27


Cher Jean Claude

Je deviens de plus en plus "keynésien circuitiste" ;-)

Vous écrivez " Et tout ne peut être supporté par « l’Etat providence », par exemple les dépenses de santé, dont l’annulation presque complète, serait requise pour satisfaire aux contraintes du choc
(Il faudrait économiser environ 160 milliards d’euros sur un total d’environ 165 !). "

Rien à dire sur ces chiffres, sauf que, et c'est la tendance générale, c'est faire un "arrêt sur image". Bien évidemment les dépenses des uns (l'État ou la SS ici) sont les revenus de toutes les
professions de sante au sens très large, et par conséquence - puisque chacun est sensé dépenser ses revenus - les revenus de plein d'autres acteurs de l'économie.. l'ensemble reviendra, sauf ce qui
va correspondre à une balance extérieure négative ( http://postjorion.wordpress.com/2010/07/23/114-balance-exterieure-de-la-france/ ), à la collectivité ou à l'Etat ou aux créateurs de monnaie lors
des remboursements des crédits.
Je ne veux pas développer ici, mais dites moi donc sans complaisance (si vous le voulez bien) ce que vous pensez de http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=Investissement+Public


Cordialement


Jean Claude Werrebrouck 27/02/2011 09:22



Bonjour André Jacques;


Meci pour votre message. Je vais lire le texte proposé et je compte vous donner mon point de vue.


J'ai posé une question à tous les lecteurs de votre Blog concernant "l'équivalent" de la loi du 3 janvier 1973 dans les autres pays notamment européens. Je pense que c'est fondamental sur un plan
disons "géo politique". Avez-vous des informations là dessus? Excellente journée.



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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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