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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 10:33

 

« La solution pour la Grèce ? Une privatisation XXL », titre un article des Echos en date du 26 février dernier. Rédigé par Jacques Delpla, professeur à l’Ecole d’économie de Toulouse, ce texte inquiète par la légèreté  intellectuelle et morale d’une partie du monde académique.

En résumé, le texte précise que le programme grec de privatisations  lancé en 2012 ne fonctionne pas puisqu’il n’a rapporté que 1,5% de PIB. Résultat qui ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé à 25% de PIB pour 2020. La cause de cet échec serait une valeur potentielle des actifs privatisables trop faible en raison d’un taux d’intérêt exceptionnellement élevé en Grèce.

Constatant que les Etats européens, dans leur programme de crédits au Trésor Grec, se contentent de taux exceptionnellement faibles (entre 0 et 1,5%), il serait proposé d’échanger les titres correspondants (dette publique grecque par conséquent) contre les actifs privatisables. De quoi diminuer rapidement la dette publique grecque puisque l’auteur de l’article propose d’échanger -sur la seule année 2015- 150 milliards d’euros détenus par les Etats européens contre l’équivalent en actifs privatisables : Une somme qui représente 75% du PIB, soit aussi près de la moitié de la dette publique du pays. Au total, un projet permettant le redémarrage de la Grèce...

Mais aussi un projet peuplé d’arguments logiques discutables et surtout politiquement insupportables.

La théorie pure…

On sait qu’un titre a pour valeur le gain potentiel qu’il représente, soit la somme des revenus futurs qu’il doit engendrer. Les revenus futurs parce qu’éloignés du présent sont dépréciés par le porteur de titres : très simplement, on considère qu’un euro présent a plus de valeur qu’un euro dans un an. Cela signifie qu’il faut actualiser - rendre présent-  les revenus futurs procurés par le titre. Cette actualisation s’opère techniquement en « rognant » les revenus futurs, c’est à dire en les divisant par un nombre supérieur à l’unité. Le monde académique considère généralement que ce nombre est l’unité à laquelle on ajoute le taux de l’intérêt, en particulier celui qui se forme sur le marché de la dette publique.

….mais macro économiquement décontextualisée….

Jacques Delpla, l’auteur de l’article, explique l’échec des privatisations par le taux très élevé de l’intérêt sur la dette publique grecque : les titres privatisables sont actualisés -les bénéfices potentiels sont « rognés »- par un taux beaucoup trop élevé.

L’argument n’a rien de convaincant :

Choisir  le taux de l’intérêt sur la dette publique est justifié dans les situations classiques, celles où le Trésor éveille généralement moins  de soupçon de défaut que les autres agents économiques. Tel n’est pas le cas du Trésor grec, mis sous perfusion depuis plusieurs années par le FMI, le FESF, et les Etats européens.

En revanche, l’échec des privatisations relève bien plutôt d’une anticipation de revenus futurs d’entités largement déficitaires : entreprises de transports, d’électricité, d’eau, de ports, etc. ….pour lesquels les clients et usagers sont eux-mêmes pour partie en situation d’insolvabilité. Si l’on y ajoute l’illiquidité relative des titres correspondants (quelle profondeur de marché pour des actions d’entreprises d’électricité de taille modeste et dont la clientèle n’honore les factures qu’avec difficulté ?) on comprend mieux l’échec des privatisations.

 Les privatisations sont plus aisées dans un monde qui s’élargit que dans un monde en voie de rétrécissement. Précisément, dans ce dernier type d’univers il faut un acteur public puissant qui inverse le cours des choses  avec détermination et radicalité, plutôt que des acteurs privés en simple quête d’aubaines : ces dernières ne peuvent qu’être rares en Grèce.

Curieusement, selon Delpla,  ce que les acteurs privés ne veulent pas, serait accepté par des Etats qui, loin de se comporter comme de vrais acteurs publics, se comporteraient comme des acteurs privés : ils achèteraient les actifs publics grecs avec les créances qu’ils détiennent sur le Trésor Grec. Ils ne chercheraient pas à inverser le cours de choses et s’adapteraient à la présente situation.

De fait,  il s’agit de fausses privatisations, le capital continuant d’appartenir à un Etat non grec, mais en même temps de fausses  « néo-nationalisations » ou "nationalisations confirmées" puisque les Etats propriétaires, libéralisme oblige, confieraient la gestion du capital à la Banque européenne d’investissements. Notons toutefois, que la dite banque ne pourrait pas revendre les actifs correspondants, puisqu'elle se trouverait en face d'acteurs privés boudants des actifs dont la valeur actualisée serait trop faible. Les actifs en question resteraient ainsi propriétés publiques des autres Etats européens

....et politiquement scandaleux…..

Le véritable problème posé par l’article  est pourtant d’un autre ordre : comment Syrisa, jusqu’ici très populaire, pourrait accepter que des entreprises publiques dont nombre d’entre-elles  assurent un service public, soient juridiquement transférées à d’autres Etats ? Certaines de ces entreprises sont d’ailleurs d’indispensables outils de souveraineté (ports et aéroports très nombreux) permettant à un Etat d’exercer ses missions régaliennes sur une multitude d’iles géographiquement très dispersées.

Déjà en 2010, l’hypothèse scandaleuse d’une vente d’iles à l’Allemagne avait été évoquée jusqu’au  Bundestag. Concrètement appliqué, le projet de Delpla signifierait que telle infrastructure grecque- port ou aéroport par exemple- serait Allemande tandis qu’une autre serait espagnole, une troisième italienne, etc…

Le contexte géographique est tel que la Grèce fait face à un problème de continuité territoriale engendrant des coûts de souveraineté considérables. Que les infrastructures correspondantes soient vendues à des entités  privées est politiquement pensable, en raison de la probable soumission de ces entités à la loi souveraine. Mais qu’elles soient vendues à des Etats étrangers est politiquement impensable même si les dits-Etats étaient soumis à la loi souveraine. Car la loi souveraine risquerait d’être quelque peu « édentée » : un gouvernement souverain pourrait-il ainsi porter atteinte au patrimoine d’un autre Etat souverain beaucoup plus puissant ? Le contribuable/épargnant allemand - et non l'actionnaire privé- accepterait-il, en raison de tel ou tel choix politique en Grèce, une saisie de ses biens ?

Le projet est donc bien celui du dépeçage d’un Etat souverain.

Compte tenu du chiffre proposé (150 milliards de dette publique convertie en capital public approprié par des Etats étrangers) et du patrimoine grec (environ 500% de PIB), cela signifierait un dépeçage du capital national grec d’environ 15% de PIB.

 Jadis, le dépeçage consistait plutôt en une appropriation de territoire et un déplacement de frontières. De ce point de vue, les grecs qui ont une connaissance  des opérations de partage de la Pologne au 18ième siècle, peuvent se déclarer soulagés : leur sort même sous la férule des bonnes idées de Delpla serait moins cruel que celui des polonais......

Parce que la mondialisation est quête de différences, sources de profits et de rentes, la technique du dépeçage laisse intacte les vieilles frontières : Les occupants ne vont pas déployer des armées en Grèce....... La force des "règles" domine celle des "armes". Et ces règles sont « bien vendues »  par une partie du monde académique.

Un tel scénario est-il moralement envisageable ?

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans critique des raisonnements
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BA 09/03/2015 11:03

La montée aux extrêmes.

Lundi 9 mars 2015 :

Elections départementales 2015 : le FN au dessus des 30% ?

Selon un sondage Odoxa, le FN recueillerait 31% des voix lors du premier tour des Départementales, le 22 mars prochain. Le PS pourrait, lui, sauver les meubles au second tour et l'UMP rafler la mise.

Sondages après sondages, la possibilité de voir le FN arriver en tête au soir du dimanche 22 mars se confirme. Selon une enquête réalisée pour "RTL" et publiée ce lundi 9 mars, le Front national obtiendrait 31% des voix. L'UMP et l'UDI réunissent 29% des intentions de vote, le PS est troisième à 20%.

Le Front de gauche recueille 8% des intentions de vote.

Europe-Ecologie-Les Verts est à 4% des intentions de vote et l'extrême gauche 1%. Les autres partis, dont le MoDem, totalisent 7%.

http://www.boursorama.com/actualites/departementales-2015--le-fn-au-dessus-des-30-347abdfd945fc9c8251b13f6f1654dd7

En Europe, il n’y a qu’en Grèce et en Espagne que la montée aux extrêmes profite à l’extrême-gauche.
Dans les autres nations européennes, la montée aux extrêmes profite à l’extrême-droite.
Autrement dit : la dynamique historique est à l’extrême-droite.

Elections européennes du 25 mai 2014 :
Les quatre pays où les extrêmes arrivent en tête :
1- La France : Front National = 24,86 %
2- Le Royaume-Uni : UKIP = 26,60 %
3- Le Danemark : Parti Populaire Danois = 26,60 %
4- La Grèce : l’extrême-gauche Syriza = 26,58 % (pour info : les néonazis d’Aube Dorée = 9,40 %)

Les neuf pays où les extrêmes font une percée :
1- L’Italie : Mouvement 5 Etoiles = 21,15 %
2- L’Autriche : FPO = 19,70 %
3- La Belgique : NVA = 16,35 %
4- La Hongrie : Jobbik = 14,68 %
5- La Finlande : "Les Vrais Finlandais" = 12,90 %
6- La Suède : Sverige Demokraterna = 9,70 %
7- L’Espagne : l’extrême-gauche Podemos = 7,97 %
8- La Pologne : KNP = 7,06 %
9- L’Allemagne : le nouveau parti anti-euro AFD = 7 %

BA 04/03/2015 12:07

Dans l'Union Européenne, les élections en France, les élections en Espagne, les élections en Grèce, etc, ça ne sert plus à rien.

Dans l'Union Européenne, les élections ne servent plus à rien, puisque les nations sont prisonnières des traités européens.

Les élections ne servent plus à rien, puisqu'il n'y a pas d'autre politique possible.

TINA !

There Is No Alternative !

(TINA, c'était le surnom de Margaret Thatcher.)

La construction européenne est anti-sociale.

La construction européenne est anti-populaire.

La construction européenne est anti-démocratique.

Elle doit être détruite.

Mercredi 4 mars 2015 :

Grèce : Tsipras devra expliquer qu'il ne pourra pas tenir toutes ses promesses.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, estime que le Premier ministre grec va devoir expliquer que certaines de ses promesses électorales ne seront pas tenues, les élections ne changeant pas les traités, dans un entretien mercredi au journal El Pais.

Alexis Tsipras a fait un pas fondamental: il a commencé à assumer ses responsabilités. Mais il a un problème: il doit encore expliquer que certaines des promesses avec lesquelles il a remporté les élections ne seront pas tenues, déclare-t-il. Les élections ne changent pas les traités.

Il a posé les bonnes questions, poursuit M. Juncker. Mais n'a jamais donné de réponses. Or, concernant la Grèce et son programme, il y a 19 opinions publiques qui comptent, dans la zone euro. Les élections ne changent pas les traités: il est clair que l'on peut envisager la crise grecque d'une autre manière. On peut faire preuve de davantage de flexibilité, mais la victoire de Tsipras n'ouvre pas le droit à tout changer.

Evoquant le parti grec Syriza, mais aussi son allié espagnol Podemos, M. Juncker estime que ce type de nouveau parti analyse souvent la situation de manière réaliste en soulignant avec précision les énormes défis sociaux. Mais s'ils emportent les élections ils sont incapables de tenir leurs promesses, de transformer leurs programmes en réalité. Les propositions de ces partis ne sont pas compatibles avec les règles européennes: elles conduiraient à une situation de blocage total.

http://www.romandie.com/news/Grece-Tsipras-devra-expliquer-quil-ne-pourra-pas-tenir-toutes-ses-promesses/571625.rom

BA 04/03/2015 10:04

Depuis 41 ans, les élites françaises trahissent la France.

Depuis 41 ans, les élites françaises vendent la France à la découpe aux pays étrangers en général, aux Etats-Unis en particulier.

Dernière trahison : la vente d'Alstom à General Electric.

En clair :

- Les Etats-Unis sont le suzerain.

- Le suzerain place ses vassaux à la tête de ses fiefs.

- La mission de tous ces vassaux : trahir la France pour le plus grand profit du suzerain.

- Dans les années qui viennent, le peuple français punira les élites qui trahissent la France. A la guillotine, tous ces traîtres.

Lisez cet article insupportable :

Vente d'Alstom : le dessous des cartes.

« Oui, il y a bien une corrélation entre l'étrange défaite de 1940, qui vit en quelques semaines l'effondrement de notre pays et celle, plus insidieuse et plus longue, qui voit le délitement de notre appareil industriel. »

http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/01/05/31007-20150105ARTFIG00339-vente-d-alstom-les-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php

BA 02/03/2015 07:23

C'est un petit dessin animé, en pâte à modeler, qui dure 7 minutes 23.

C'est l'histoire de la démocratie française, ou de la démocratie étatsunienne, ou de la démocratie anglaise, ou de la démocratie grecque, etc.

C'est l'histoire de nos démocraties en 2015 :

http://tinyurl.com/od69rpe

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