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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 07:34

                                    

Il n’y avait pas de consensus chez les artificiers rassemblés autour de la bombe atomique grecque[1] dans la nuit du 12 au 13 juillet dernier. Certains pensaient pouvoir la faire exploser sans irradiations  (vassaux entrepreneurs politiques de l’Europe du nord n’osant contrarier le suzerain allemand) tandis que d’autres désiraient simplement la désamorcer (certains vassaux du sud, voire des seigneuries plus éloignées comme le FMI et la BCE).

Le résultat n’est ni l’un ni l’autre, et la décision est celle d’un enfouissement permettant une fois encore de gagner un peu de temps.

Trop peu de temps, sans compter celui nécessaire à  un enfouissement à grande profondeur permettant une explosion sans bruit ni danger. Parce que fort pressés par les marchés politiques des uns et des autres l’enfouissement est fort incomplet,  d’où un risque d’explosion avec irradiations.

Parlons du PIB grec : il  va donc encore beaucoup diminuer.

Il était de 242 milliards d’euros en 2008 pour fondre jusqu’ à 179 milliards en 2014 : 26% de baisse et 63 milliards d’euros partis en fumée. Et il faut souligner que l’outil de production de 2015 est autrement moins efficace que celui de 2008 car, dans le même temps, la FBCF est passée de 23,7% à 11,6%, chiffre qui signifie que les investissements nouveaux sont probablement inférieurs aux seules nécessités du simple amortissement. D’où une croissance potentielle probablement proche de zéro…

Cette situation est unique dans la zone euro : les autres pays du sud sont loin d’avoir connu un tel effondrement. Ainsi l’Espagne, toujours entre les mêmes dates, n’a perdu que 42 milliards de PIB[2] et sa FBCF n’est passé que de 22,2% de PIB à 18,9%. Le Portugal a perdu 5 milliards d’euros de PIB[3] avec il est vrai un bel effondrement de sa FBCF : 22,8% de PIB en 2008 et seulement 14,6% de PIB en 2014.

Dans le même temps cet épuisement de la Grèce correspondait à un effort gigantesque dans la gestion des finances publiques. Ainsi les dépenses publiques se montaient à 133 milliards en 2008 et  furent  ramenées à 87 milliards en 2013, soit une chute de 46 milliards….. Dans le même temps, les dépenses publiques au Portugal n’ont pas diminué et celles de l’Espagne ont augmenté d’environ 5 milliards.

D’où une interrogation s’agissant des réformes structurelles que l’on dit menées à bien en Espagne ou au Portugal et qui ne seraient pas intervenues en Grèce. Ce premier examen des chiffres tendrait plutôt à nous suggérer le contraire….

A cet argument, le suzerain allemand et ses vassaux peuvent rétorquer que les réformes ne furent pas les bonnes, qu’il fallait s’attaquer aux rentes des professions libérales, des armateurs, du clergé, des militaires, etc. Argument discutable car des réformes furent entreprises : lutte contre la fraude fiscale, bancarisation des rémunérations pour lutter contre l’économie souterraine…mais il est vrai, combats incertains en raison de la difficulté de faire naitre un authentique Etat de droit se substituant au clientélisme de toujours.

A priori, le pouvoir grec est sommé, cette fois, de gommer les rentes. …mais dans un contexte où les dépenses publiques seront à nouveau abaissées et ce, de façon quasi automatique, ainsi que le prévoit l’accord du 13 juillet.

 Qu’attendre de ce nouvel abaissement et d’un excédent budgétaire primaire qui devrait passer à 3,5% de PIB ?

L’expérience 2008-2014 a montré que les prélèvements fiscaux, malgré la hausse des taux, se sont abaissés de 11,5 milliards. Compte tenu de la baisse des dépenses publiques (46 milliards), l’effet récessif de l’Etat fut de : 46 - 11= 35 milliards. Ce montant est à comparer à la chute du PIB (63 milliards) et donne une appréciation du multiplicateur budgétaire grec : 63/35= 1,8.

Si donc, il est demandé, dans le cadre de l’accord du 13 juillet, une nouvelle baisse de 13 milliards de dépenses publiques, sachant que la hausse des rendements fiscaux restera longuement problématique en raison de la nature même de l’Etat Grec, on peut estimer à environ 25 milliards la nouvelle diminution du PIB. Soit donc un PIB qui passerait de 242 milliards (2008) à 155 milliards en 2018…..soit donc une chute de 36% du PIB en 10 ans. Du jamais vu au moins en temps de paix…

En admettant que les excédents budgétaires exigés permettent de réduire la masse de dette de 3 milliards en 2015 puis de 6 en 2016, puis de 12 en 2017, cela ramènerait la dette globale à 296 milliards au seuil de 2018. Chiffre qu’il faut rapprocher du PIB futur : 155 milliards. Nous arrivons ainsi à un taux d’endettement qui s’élève encore et passe de 177% aujourd’hui à  190% demain, chiffre qui est approximativement confirmé par le FMI (200%).

Le problème du poids de la dette future peut être abordé autrement. Si l’on admet que le respect de l’accord développe une contraction d’environ 4% annuels, et si l’on considère la stabilité des prix (hypothèse hardie), l’équation classique de calcul du solde primaire permettant la soutenabilité de la dette, montre que le dit solde est tout simplement irréaliste. Avec un taux d’intérêt moyen de 2%, nous arrivons à un solde de : 177% ( 2 + 4) = 10,6%  PIB….. Pour maintenir en l’état le stock de dettes il faudrait un excédent primaire de plus de 10% de PIB…dont les effets récessifs seraient bien sûrs massifs.

Nos conclusions sont simples : l’accord du 13 juillet, sur le seul aspect de la technicité, est complètement irréaliste.

Sa réalisation matérielle supposerait :

           - Des investissements en provenance, soit du reste de la zone, soit en provenance du reste du monde, de très grande ampleur, c’est-à-dire gommant les gigantesques effets récessifs de l’accord. Mais pourquoi investir dans une zone aussi déprimée, qui au surplus connait un système de prix dont l’irréalisme s’articule sur un taux de change dénué de tout bon sens ? Dans ce contexte les 35 milliards du plan Junker n’ont aucune crédibilité.

         - Une annulation elle-même gigantesque de la dette pour empêcher la mise en place de la nouvelle dépression programmée. Mais le marché politique allemand s’oppose radicalement à toute forme d’annulation[4].

La solution reste donc l’explosion de la bombe atomique grecque avec la très probable fin de l’Eurozone.

 Hélas, plus les artificiers gesticulent pour gagner du temps, et plus les lendemains de la funeste aventure de l’euro seront humainement difficiles. Et les entrepreneurs politiques, coupables devant l’Histoire de ce qui risque de devenir un crime contre l’humanité, pourront peut-être passer entre les gouttes, tant il est vrai que le processus historique devant accoucher du monstre euro fut complexe et interdit de fait une  claire traçabilité  des responsabilités individuelles.


[2] 1100 milliards en 2008 et 1058 milliards en 2014.

[3] 179 milliards en 2008 et 173 milliards en 2014.

[4] Le marché politique américain a pu tourner vers une forme de messianisme après la seconde guerre mondiale, d’où l’émergence du plan Marshall compensant l’énorme surplus extérieur. Il n’y a rien de tel aujourd’hui en Allemagne et le mercantilisme destructeur est le résultat normal du fonctionnement du marché politique allemand. La très relative prise de conscience de cette réalité par la Chancelière ne pourra rien changer.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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commentaires

JC werrebrouck 29/07/2015 11:33

Allez demander aux allemands s'ils sont solidaires d'Athènes, mais surtout lisez la presse internationale avec les réactions très brutales des pays baltes, de la Slovaquie etc...Il n'y a pas de peuple européen et donc la solidarité est tout simplement impossible..

Blondin 29/07/2015 09:57

tout d'abord merci pour votre réponse et sans vouloir abuser de votre temps, pourquoi les transferts ne se feraient t'ils pas entre Athènes et Berlin comme entre Roubaix et Paris puisque Athènes et Berlin deviendraient deux capitales régionales au sein d'un même pays : l'Europe. Cette solidarité peut exister si les peuples la demande et si nous l'expliquons, de plus cela serait porteur de croissance, des investissements publics, une BCE qui injecte de la monnaie et plus de possibilité (interdiction) d'optimisation fiscale. L'euro peut à ce moment là devenir une monnaie de référence et non un poison.

blondin 27/07/2015 19:48

Constat réaliste et bien pessimiste, ne pensez vous pas que la solution reste la construction d'une Europe fédérale avec une BCE capable de faire du quantitaving easy.?
Certains économistes prônent une monnaie commune à l'ensemble de la zone et un retour au drachme ou aux monnaies nationales à l'intérieur de chaque pays afin de profiter des possibilités de dévaluation, cela me parait bien compliqué et propice à encore plus de concurrence de type néo-libérale au sein de l'UE.

werrebrouck 28/07/2015 14:07

L'Europe fédérale ne change pas le problème: comment accepter des transferts vers les moins performants? On peut comprendre la solidarité entre Paris et Roubaix, mais celle entre Berlin est Athènes n'a aucune chance de se réaliser.
Oui le passage à une monnaie commune est la bonne solution...mais auparavant le vrai problème sera de se débarrasser du poison euro sans trop de casse.entre les nations.

BA 23/07/2015 09:36

Dans l'Union Européenne, il n'y a pas que la Grèce.

Neuf pays de l'Union Européenne sont en faillite.

La Grèce, l’Italie, le Portugal, la Belgique, l’Irlande, Chypre, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni sont en faillite.

Chiffres Eurostat publiés le mercredi 22 juillet 2015 :

1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 301,527 milliards d’euros, soit 168,8 % du PIB.

2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2184,492 milliards d’euros, soit 135,1 % du PIB.

3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 225,924 milliards d’euros, soit 129,6 % du PIB.

4- Belgique : dette publique de 447,843 milliards d’euros, soit 111 % du PIB.

5- Irlande : dette publique de 203,624 milliards d’euros, soit 109,7 % du PIB.

6- Chypre : dette publique de 18,700 milliards d’euros, soit 106,8 % du PIB.

7- Espagne : dette publique de 1046,192 milliards d’euros, soit 98 % du PIB.

8- France : dette publique de 2089,361 milliards d’euros, soit 97,5 % du PIB.

9- Royaume-Uni : dette publique de 1600,020 milliards de livres sterling, soit 88,5 % du PIB.

http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/6923267/2-22072015-AP-FR.pdf/864a048a-c5dd-4eed-a381-c79c8b24ef0b

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