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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:23

 

Dans un article des Echos du 27 décembre dernier Patrick Artus évoque 4 vérités économiques dont tous les programmes de politique économique, en particulier ceux dits populistes, devraient tenir compte. Ces 4 vérités sont l’impossibilité de sortir de l’euro, la non substituabilité des importations par des productions domestiques, la difficulté des appareils productifs à répondre à une hausse de la demande, et une austérité qui ne correspond pas à la réalité.

L’impossible disparition de l’Euro

L’impossible sortie de l’euro se ramène à nier l’Histoire humaine qui, de tout temps, édifie des institutions pour ensuite les voir s’étioler et disparaitre. L’euro est une institution humaine qui comme toutes les autres disparaitra un jour. Toutefois, au-delà de cette maladresse dans l’affirmation, il existe chez Artus un argument de fond, à savoir l’importance de la dette au bénéfice de non- résidents qui s’accroitrait avec la dévaluation et ce, au détriment de l’Etat, des entreprises et des banques. Le raisonnement est bien sûr biaisé par l’importance des actifs en compensation des passifs, mais surtout par le fait que le retour à la souveraineté monétaire passerait par une monétisation massive soucieuse de respecter tous les contrats et de ne nuire à aucun acteur[1]. Nous venons du reste d’avoir une petite idée de ce que signifie le respect des contrats en observant ce que vient de décider le parlement italien : en apportant 20 milliards d’euros aux banques incapables de faire face aux légitimes demandes de remboursements des petits créanciers, 20 milliards que l’Etat italien ne possède pas. Par ce geste, Il est implicitement décidé de respecter les engagements bancaires et ce quelle que soit la situation. Bien évidemment il n’y a pas encore monétisation puisque l’Italie reste dans la zone euro. Mais un départ faciliterait les choses et l’institut d’émission et non l’Etat serait mis à contribution pour une hauteur qui ne souffre aucune limite.

La non substituabilité des importations par des productions domestiques.

Patrick Artus a parfaitement raison d’affirmer que la monnaie unique a entrainé un allongement des chaines de la valeur. D’où des élasticités/prix proches de zéro pour les importations comme pour les exportations. Cela signifie simplement que les premiers temps de la fin de l’euro seront une période difficile. Par contre, à moyen terme, il n’est pas pensable que, face à une augmentation considérable du prix des intrants et à une compétitivité élevée des productions domestiques, il n’y ait pas une redéfinition des chaines de la valeur. L’insensibilité aux prix est une donnée qui ne tient pas sur le moyen terme. Rappelons que cette redéfinition peut aussi être accompagnée par une politique industrielle, mais qui, elle aussi, pourrait être longue à mettre en place tant les experts en la matière sont devenus espèce rare dans les appareils d’Etat.

L’impossible réponse de l’offre à une demande accrue.

Là aussi, Patrick Artus a raison de souligner que la hausse de la demande se solde par une hausse des importations et ce dans de considérables proportions. L’expérience du début de l’année 2016 est à cet égard révélateur : la hausse du pouvoir d’achat français résultant de la baise conjuguée du prix du pétrole, de l’euro et des taux de l’intérêt s’est soldée par une fuite vers les importations au rythme de 80 centimes par euro supplémentaire. Mais là encore il n’en tire pas les conclusions selon lesquelles, c’est l’euro qui a détruit la compétitivité de la France. Lorsque la souveraineté monétaire existe la compétitivité peut en toute circonstance être maintenue ce qui passe aussi par des investissements porteurs de gains de productivité. Aujourd’hui l’investissement n’est pas justifié en raison du mur de la sous compétitivité qui s’est construit tout au long de l’existence d’une monnaie unique dont le taux de change était complètement inadapté et le sera encore davantage tous les jours.

L’absence d’austérité.

L’argument selon lequel d’une part la politique monétaire de la BCE est ultra expansionniste et d’autre part la Commission européenne est laxiste au regard des politiques budgétaires ne tient pas. Les pays du sud sont en situation de sous- investissement public et privé majeur. Ce que refuse de voir Patrick Artus est le creusement de l’hétérogénéité croissante entre les pays du Nord et ceux du sud, avec globalement un excédent extérieur de plus de 3 points de PIB qui fait que globalement la zone se devrait d’envisager une politique d’expansion, une politique interdite en raison de l’architecture retenue pour la construire. Jamais l’Allemagne ne pourra accepter les nécessaires transferts vers le sud.

Au total oui il existe des vérités économiques, mais ces dernières apparaissent dans un cadre construit complètement inadapté. Et la vraie question des programmes politiques est celle du changement de cadre, lequel doit avoir pour base la réappropriation de la souveraineté.

 

[1] Nous avons déjà longuement abordé cette question dans plusieurs articles et sur le blog. Cf notamment : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-les-conditions-d-un-demantelement-reussi-de-la-zone-euro-92063917.html

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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Steve 29/12/2016 19:46

Bonsoir M. Werrebrouck
Bel exposé, fort inquiétant ! Si, en dépit de mon ignorance profonde en matière d'économie, je souscris à vos critiques, il n'en reste pas moins que des considérations de géopolitique peuvent demander une autre voie que celle, logique du point de vue économique et financier, que vous proposez.
a) supprimer l'euro, monnaie unique de l'europe, réintroduirait toutes les spéculations sur les taux de change entre pays de la communauté, avec en plus une forte augmentation de la recette "beggar thy neighbour" que les politiques ne manqueraient pas d'employer au maximum, pour des raisons purement électorales.
b) l'éclatement de l'UE nous laisserait politiquement très affaiblis et dispersés face aux grands blocs - US/Chine/ Russie etc, qui ne manqueraient pas d'user de nos dissensions pour se renforcer et nous asservir davantage.
c) le seul réservoir de croissance de l'europe, c'est l apartie est de l'europe, celle qui s'étend jusqu'à l'oural, et qui est en grand besoin de développement économique. Pour exploiter ce gisement de croissance, il faut être fort et y aller ensemble.
C'est cette croissance seule qui permettrait d'envisager la mise au travail de la prochaine génération.
Certes, les emplois allemands créés depuis 2008 ont été mal payés mais ils ont eu le très grand mérite d'introduire les jeunes dans le monde de l'entreprise et de commencer ainsi leur formation. En France, la fossilisation idéologique des conditions d'emploi nous laisse avec une insupportable part de notre jeunesse vivant hors des réalités de l'entreprise, mal formée et peu apte à s'intégrer rapidement, ce qui accentuera cruellement les écarts de réussite professionnelle, et donc de revenus et donc de ressentiment social.

Bref, votre excellent exposé n'augure rien de bon pour nous ; jene vois aucun programme politique qui manifeste une compréhension réelle et profonde de la tendance de fond du pays.
Veuillez néanmoins accepter mes meilleurs voeux pour l'année qui vient, nous allons tous en avoir bien besoin.

Jacques Payen 27/12/2016 16:00

Admirable clarté qui tombe... de cet exposé magistral !

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