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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 12:43

Nous publions ici une vidéo de jacques Sapir consacrée une fois de plus aux méfaits de l'euro. Curieusement le Centre de Politique Européenne de Fribourg-en- Brisgau, think tank traditionnellement  européiste a récemment publié une étude consacrée aux effets de l'euro sur les croissances de différents pays de la zone. Cette étude est largement commentée par Jacques Sapir qui y voit confirmation des travaux du FMI concernant les taux de change dévalués pour l'Allemagne et surévalués pour l'Italie et la France. 

Parallèlement , et avec une méthode voisine, l'Institut des Libertés publie une analyse de  Charles Gave allant dans le même sens (https://institutdeslibertes.org/retour-en-terre-de-connaissance-leuro-un-transfert-de-richesse-du-sud-vers-le-nord/. Ce dernier critique la méthode du centre de recherche allemand et mobilise les taux de croissance des différents pays sur une période longue ( 1960-2000) La comparaison étant difficile pour l'Allemagne en raison de la réunification, Charles Gave remplace l'Allemagne par les pays bas. Les résultats confirment les chiffres de la vidéo de Jacques Sapir: perte de 55000 euros par habitant sur 20 ans pour la France ( depuis l'avènement de l'euro et donc la fin des taux de change flexibles), de 75000 euros par habitant pour l'Italie, et gain de 20000 euros par habitant pour la Hollande.

On peut évidemment discuter des méthodologies retenues qui de fait sont assez semblables ( simulation de la croissance à partir d'un groupe de référence pour l'institut allemand, et simple prolongation des croissances en très longue période pour l'Institut français), on notera toutefois la très grande convergence des conclusions. Oui, l'irruption de l'euro est porteuse de la naissance de divergences considérables entre le nord et le sud de la zone.

Il faut toutefois aller plus loin car cette divergence dont la naissance remonte au début des années 2000 doit logiquement entrainer des déformations structurelles à l'intérieur de chaque pays. Une croissance plus élevée, toutes choses égales par ailleurs, entraine des recettes fiscales plus importantes ( l'Etat profite fiscalement du boum des affaires) et des dépenses publiques plus réduites (les dépenses sociales se réduisent avec une situation de l'emploi plus favorable) Globalement, et indépendamment des paramètres culturels de chaque pays, Les comptes publics et extérieurs doivent plutôt s'équilibrer dans le nord de la zone. En revanche dans le sud, avec une croissance plus faible, les déficits publics et extérieurs doivent menacer. 

Si maintenant on ajoute à ces données fondamentales les paramètres culturels, il est évident qu'un pays comme la France s'acheminera logiquement vers des déséquilibres majeurs. Parce que le modèle social repose sur une forte solidarité, la faible croissance entrainera des déficits que l'on ne peut réduire sans mette en cause la nature même du vivre ensemble. Et des déficits qui seront les jumeaux des déficits extérieurs. Symétriquement si le vivre ensemble passe moins par la solidarité et repose davantage sur la responsabilité individuelle ( Allemagne, Hollande, etc.) l'épargne croissante viendra consolider l'équilibre interne et autorisera des excédents extérieurs. On sait aujourd'hui grâce aux travaux de Natixis (Flash eco N°331- 8 mars 2019) que c'est l'épargne exceptionnellement élevée en Allemagne qui explique l'essentiel d'un surplus extérieur devenu mondialement inacceptable.

En conclusion l'euro introduit des divergences majeures en termes d'évolution des PIB. mais surtout il entraine des évolutions structurelles internes qui font qu'au delà de leur taille les différents pays se ressemblent de moins en moins: Etat de plus en plus gros pour la France, Etat beaucoup plus modeste pour le nord de la zone. Le modèle social français était compatible avec celui des autres pays par le biais d'un taux de change flexible. Il n'entrainait pas non plus  mécaniquement un accroissement irrésistible de la taille de l'Etat, un accroissement que l'on tente aujourd'hui de limiter par la réduction des dépenses régaliennes pour mieux faire face à un accroissement des dépenses sociales engendrées par un déficit de croissance du PIB. Si aujourd'hui notre Etat est si gros comme est considérable notre déficit externe, c'est tout simplement parce qu'un taux de change inadapté bloque une croissance qui devrait limiter les dépenses sociales….lesquelles pèseraient moins sur la compétitivité et donc sur le solde extérieur…. Retrouver de la croissance c'est permettre de baisser progressivement des dépenses publiques qui atteignent aujourd'hui près de 57% du PIB. Il existe 2 façons de réduire le poids de l'Etat: des réformes structurelles ( baisse généralisée des couts directs et indirects du travail), baisse dont on sait que le pays ne veut pas, et croissance plus élevée du PIB...qui suppose la fin de la contrainte monétaire...

La solution à la crise des gilets jaunes ne peut logiquement passer par la pérennisation de la baisse généralisée du cout du travail. le paysage politique est donc relativement clair: soit un retour brutal à l'ordre et un affaissement des valeurs solidaristes, soit la restauration de la souveraineté monétaire. 

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BA 13/03/2019 10:40

En cliquant ci-dessous, vous pouvez lire le mensuel HISTORIA, publié en mars 2003 ( il y a 16 ans ! ) : « Partis, syndicats, intellectuels : CIA, les réseaux secrets de la guerre froide ».

La troisième page est intitulée : « La CIA finance la construction européenne ».

Ce dossier commence à la troisième page, et se termine à la onzième page :

http://sa.penchak.free.fr/divers/Historia-CIA.pdf

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