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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 09:35

                         La prospective ou la recherche d'un avenir disparu.

 

 

 

Les astrophysiciens nous expliquent que pour comprendre le monde physique qui nous entoure au présent, et qui demain évoluera, il faut savoir se plonger dans le passé. Remonter le temps jusqu'au « Big Bang » c'est-à-dire quelque 13,7 milliards d'années serait le plus sûr moyen de percer le mystère de la matière et de son évolution. D'où un « Hubble » qui, depuis une orbite terrestre, et déjà une quinzaine d'années,  tente inlassablement de saisir dans son télescope des images et de la lumière émise , il y a si longtemps et qui vient de si loin, qu'elles révèlent  un morceau  de la « soupe primitive » de l'univers. D'où , sous terre, à la frontière entre la France et la Suisse, l'installation d'un accélérateur de particules géant , censé par collisions de protons lancés à très grande vitesse nous rapprocher des conditions du « Big Bang ».


Les sciences humaines, à peine de déclassement, se doivent d'observer la même démarche : saisir le temps présent des hommes, le sens de ce qui se fait ou de ce qui se défait, de ce qui se noue, ou de ce qui se dénoue, suppose que l'on comprenne le fonctionnement des ensembles humains. Et pas seulement des ensembles humains présents mais des ensembles humains de toujours. Il n'y a de science que dans l'universalisable disait Kant, alors comprendre le temps présent des hommes, c'est comprendre « la soupe primitive  humaine» c'est-à-dire les sociétés les plus reculées, qu'on appelle encore les société primitives. Et c'est bien sûr comprendre comment elles se sont transformées, comment elles se sont plongées dans le futur pour aboutir jusqu'à nous, hommes du présent.  Et comprendre notre façon de nous repérer dans le temps aujourd'hui  passe par les façons dont nos ancêtres se sont eux même posés la question de l'appropriation du temps.

 

1)      La machinerie humaine et le temps


Sur la base du critère temps , sur la base de la durée, il semble bien que depuis la « soupe primitive » plusieurs étapes aient été traversé : celui de la négation du temps et donc de tout futur ; celui de l'histoire et donc de la saisie du temps orienté depuis le passé vers le futur ; enfin celui de l'histoire qui en arrive à se passer de l'avenir en concevant un futur complètement écrasé sur le présent.


1      la « soupe primitive » ou le présent écrasé par le passé.


La première étape correspond à celle de la « soupe primitive » où tous les hommes sont exclus du pouvoir politique en ce que celui ci dépend entièrement des dieux. Le système cosmogonique est tel que ce dernier fonctionne comme un logiciel duquel il est impossible d'en sortir. Les hommes sont ainsi privés littéralement d'histoire. On dit qu'il s'agit de sociétés hétéronomes.  On verra que la postmodernité qui nous anime renoue partiellement avec l'idée d'hétéronomie. Notons que du point de vue du temps, ce mode d'organisation de l'humanité en tant que dépendance envers l'invisible est bien évidemment une dépendance envers le passé : le présent est écrasé par le passé, s'explique tout entier par le passé. Les hommes reçoivent des dieux leur ordre social lequel devient aussi intangible que la cosmogonie qui enveloppe le monde. Les hommes habitent une maison qu'ils ne peuvent aménager eux même et donc transformer. L'idée de changement et donc  de construction d'un futur n'a littéralement aucun sens. On l'a compris l'idée même de prospective n'a aucun sens.


2     le monde idéologique ou le présent écrasé par le futur.


La seconde étape correspond à celle de la civilisation, c'est-à-dire une période qui débute il y a un peu plus de 10000 années. L'humanité entre dans l'histoire car le monde devient progressivement une œuvre humaine : il existe un pouvoir politique directement issu de la religion et ce pouvoir politique est chargé de construire un ordre humain censé correspondre à des volontés divines. Le temps prend de l'épaisseur et il existe un futur à construire (se préparer à une bonne vie pour l'au delà) à partir du présent. Ce type de monde est déjà bien différent du premier car si les hommes restent des marionnettes, le marionnettiste n'est plus directement l'au-delà, mais un groupe d'hommes censé représenter une volonté divine. Un débat possible s'introduit chez les hommes : le marionnettiste est- il le véritable envoyé des dieux ? C'est précisément cette question qui produit une humanité entrant  dans son âge historique avec assez clairement une vision d'un temps orienté depuis le passé vers un futur à construire. Cette seconde étape fait entrer l'humanité dans son âge historique mais pas dans son âge autonome. Car il existe à l'intérieur de l'étape historique une sous étape que l'on qualifie de modernité et qui correspond à une grande rupture, celle qui va consister à affirmer que l'ordre humain avec  les événements qui s'y déroulent est en fait une construction simplement humaine. Il n'y a plus ni  marionnettiste ( on lui coupe la tête) ni marionnette, il y a simplement des hommes qui se prennent en charge à partir de ce qu'ils croient être la raison, et raison qui va aussi simplement laïciser les grands récits religieux en grandes théories de l'histoire (marxisme par exemple). C'est que les  grands récits religieux deviennent  aussi l'exigence rationnelle de la construction d'un paradis, cette fois, terrestre. Avec  l'autoproduction de la société se dessine le grand mythe du progrès dont l'outil s'appelle développement économique. Concrètement c'est avec le siècle des lumières que l'économie jusqu'ici étroitement surveillée va prendre son essor : cela s'appelle la révolution industrielle.


C'est au fond l'âge de la société idéologique. Le mot « progrès »- grande invention de l'occident- est lui même un concentré parfait de ce qui va se mettre en place : il est  écart positif entre un temps présent et un temps futur.


Dans cette seconde étape de la civilisation, le temps est nettement orienté et l'idée même de progrès implique que le présent ne se confond pas avec le futur. Le présent est simplement le moment de la préparation d'un futur enviable et ce même si ce même présent est parfois exécrable : la guerre sera finalement joyeuse car c'est bien évidemment la dernière. Le futur est un avenir radieux et ce d'autant plus qu'il est possible de le maitriser. La forme concrète de l'autoproduction de la société s'appelle planification, laquelle utilise déjà des démarches prospectives qui, par essence, vont bien au delà de la prévision.  Cette phase est aussi celle où ce n'est pas le futur qui  s'écrase sur le présent mais l'inverse : le présent ne se conçoit que par rapport à un futur. Cela suppose une épargne élevée pour un investissement élevé. Comme disent les économistes les choix inter temporels privilégient le futur car la probabilité d'avoir raison de lui accorder une  grande confiance est forte. Bref le présent se plonge avec délice dans le futur. Il est aussi le délice du débat politique lequel, par essence, concerne les orientations  et changements à concrétiser dans le futur. Débattre, c'est discuter au présent de la construction du futur. Et ces discussions s'enclenchent sur les grandes croyances de la modernité : conservatisme, libéralisme, socialisme, croyances qui ne sont rien d'autre que des orientations futuristes et programmatiques. Bien évidemment plus il y a débat politique et plus le présent se trouve comme absorbé par le futur.


3    Le postmodernisme ou le futur écrasé par le présent.


 La troisième étape de l'humanité nait de ce qui semble devenir un fort questionnement : « où est passé l'avenir ? ». Cette question  est celle que Marc Augé pose dans son dernier ouvrage, ou que Pierre André Taguieff abordait déjà en 2000 dans son idée « d'effacement de l'avenir ». Elle est aussi celle plus récente-abordée autrement-  de Daniel Innerari dans « Le futur et ses ennemis ».


Au niveau de la planète toute entière, le temps présent absorbé par le futur concernait le grand débat géopolitique de l'après seconde guerre mondiale : libéralisme et socialisme sont devenus- après 1945- un débat tellement chaud qu'il en devient guerre froide. Ce questionnement s'arrête net avec la chute du mur de Berlin, chute qui devient coupure : le futur enkysté dans le présent est évacué au terme d'une intervention chirurgicale. Et cette intervention concerne d'abord celle des esprits : Puisque la tyrannie est définitivement évacuée et que partout dans le monde existe désormais la démocratie et le libre marché, alors il est enfin possible de vivre au présent. Le socialisme (la grande idée qui faisait des hommes les constructeurs d'un « futur merveilleux ») n'est plus, et le capitalisme (qui n'est pas à construire mais dont les principes de fonctionnement produisent du « progrès permanent ») n'a plus à se justifier, il est donc possible de vivre au présent. Nous avons la thèse  de «  la fin de l'histoire » d'un certain Francis  Fukuyama. Thèse qui annonce au fond la fin de la société idéologique, la fin des grands récits laïcs, eux même issus des grands récits religieux. Dans le même mouvement, les restes des grands récits religieux s'évanouissent. Bien sûr il n'est plus question d'interroger la religion comme principe d'organisation de la société et la foi devient affaire complètement personnelle, ce qui revient à dire qu'elle se retire complètement du débat politique et, ne participe aucunement à la construction d'un quelconque futur. Et les mouvements, tels ceux dits de « réislamisation » ne doivent pas faire illusion : il ne s'agit que d'une résistance désespérée - d'où son caractère parfois violent- face au tsunami de la fin des grands récits.

Résumons-nous. l'humanité est passée d'un présent écrasé par le passé (les société primitives), à un présent écrasé par le futur (les sociétés historiques ou idéologiques), et enfin à un futur écrasé par le présent (le monde d'aujourd'hui qu'on appelle aussi « postmoderne »). Nous verrons d'ailleurs que ce dernier monde dont le présent écrase le futur présente aussi la particularité d'écraser le passé. Le monde des humains serait aussi devenu  hors-histoire.


Il ne s'agit pas ici de recenser et d'expliquer en détail  les forces qui ont façonné le temps des hommes dans leur histoire. Par contre il semble intéressant de décrire, sinon expliquer le champ de forces qui au sein de la postmodernité ont fait imploser le temps pour le ramener à l'instant présent.


2)     
Le  postmodernisme et la disparition de l'avenir : ses manifestations concrètes.

 

1   Le « monde enchanté » par le marché.


Le marché comme principe d'organisation de la société vient de vaincre la société despotique et son idéologie. Ayant apporté la preuve de  son efficience, son emprise peut ainsi s'accroître dans l'ensemble de l'espace social. Il en devient même le logiciel comme les cosmogonies étaient le logiciel des sociétés primitives. De ce point de vue l'économie et le marché correspondant fonctionnent comme les religions primitives : il n'y avait pas à interpréter l'au delà, ce dernier s'imposait lourdement dans les gestes des hommes comme aujourd'hui le marché est le guide des postmodernes. De fait il n'est guère besoin d'aller beaucoup plus loin dans le raisonnement : de la même façon que les hommes de la « soupe primitive » ne questionnaient  pas le monde « enchanté par les Dieux », les postmodernes s'en remettent au marché et lui confient la quasi-totalité de leur vie. Le travail devient un prix comme un autre, la retraite est déterminée par les mystères de la finance de marché, l'emploi est fixé par le prix et le volume des ventes, etc. nous retrouvons la marionnette et le marionnettiste. Mais le marionnettiste à lui-même largement disparu. C'est qu'à priori ayant quitté la société idéologique, celui qu'on appelait jadis le prophète, le représentant terrestre des forces de l'au-delà, ou plus récemment l'homme politique n'a plus de raison d'être : la politique peut devenir simple affaire de gouvernance donc de simple management. Jadis, l'ennemi soviétique imposait une autocritique et donc un débat sur les réformes à mener pour mieux résister à l'hostilité de l'autre. Et cette résistance faite de projets et d'actions justifiait encore le politique et une certaine vision du futur. La disparition de l'autre change tout , le marché n'a plus à se justifier : il est. Simultanément, il n'y a plus besoin de sens et, le politique qui en faisait son carburant peut lui aussi disparaître pour devenir simple administrateur du marché : le grand mouvement de managérialisation de la société peut enfin commencer.


2   Le politique absorbé par le marché
.


Le marché se comporte comme les gaz et tend à occuper l'espace le plus grand possible. Les résidus de la vieille société idéologique, par exemple l'Etat-nation jusqu'ici contenant d'un contenu appelé à l'époque de la modernité, démocratie, deviennent   scories encombrantes. il s'agit de ne plus enfermer les capitaux dans des espaces monétaires nationaux devenus trop étroits. Bretton- woods et ses acteurs éminents, tels un John Maynard Keynes doivent laisser la place à la libre circulation des capitaux , à la parfaite convertibilité des monnaies et à une finance de marché complètement autorégulée. Cet élargissement consacre- un peu plus encore-  la fin du politique et la contestation des marionnettistes : désormais le vote, dans le parlement virtuel, des investisseurs et des prêteurs sur les marchés   financiers, l'emporte nécessairement sur le vote politique des citoyens d'un espace devenu trop provincial. Effectivement le marionnettiste devient simple manageur de la bonne gouvernance, et les partis politiques deviennent des « partis de l'entreprise ». Gagner durablement les élections suppose de se plier - comme tous les hommes- à la logique implacable des marchés. D'où l'impression parfois très « droitière » des partis réputés de gauche et très « gauchiste » des partis réputés de droite. Le vrai marionnettiste est devenu  le système lui-même, et son outil opératoire, c'est-à-dire le système  des prix. Sans doute l'ordre des prix est-il une invention humaine, au même titre que les cosmogonies de la soupe primitive. Mais comme les cosmogonies, l'ordre des prix est une extériorité radicale sur  lesquels les postmodernes n'ont aucune prise : ils doivent lire les cours dans des ordinateurs, pour se faire une idée du temps économique, comme les hommes de la soupe primitive consultaient le ciel, pour se ménager la clémence des Dieux.


Mais le vrai marionnettiste  est aussi devenu le système lui-même dans cette autre externalité qu'est l'ordre juridique : la loi n'est plus politique et se déplace dans le champ de la norme. Les partis politiques devenus « partis de l'entreprise » acceptent ainsi le lent passage du monopole de la « hard law » ( la Loi) vers celui plus concurrentiel de la « soft Law » (la norme internationalement acceptée). La politique est bien absorbée par le marché, et si jadis elle ne s'élaborait pas à la « corbeille », elle est devenue « gouvernance » en s'en approchant.


3   L'homme délié dans l'océan des prix.


La grande avancée du marché ne résulte pas uniquement de l'implosion de l'ordre despotique concurrent, il résulte aussi de la société idéologique de  l'époque de la modernité. Le grand récit concernant l'irrésistible épanouissement des droits de l'homme, est fait aussi en occident d'une distribution massive de « droits- libertés » et de « droits- créances »  . Libérer les hommes c'est aussi les détacher des vieux liens ou aliénations de l'antique société holiste qui se prolonge encore dans la modernité. Si les hommes se doivent de devenir  autonomes pour quitter définitivement le champ de l'hétéronomie, il faut les libérer de toutes les contraintes, de toutes les autorités et de toutes les aliénations.  Cette libération est, en contrepartie , fondamentalement  une œuvre de dé liaison : les droits sont plus importants que les devoirs, et le rapport à autrui se modifie. Parce que soucieux de mes droits le regard porté sur l'altérité évolue dans un sens intéressé. Les droits consacrent l'émergence de l'homme souverain, qui conçoit  de plus en plus souvent son rapport à autrui sous le registre de l'intérêt. Les rapports entre les postmodernes deviennent plus spontanément marchands, et consacrent ou confirment ainsi le grand marché, qui est le logiciel véritable de la société. Naviguer dans l'espace des prix  au milieu des marchands devient la forme branchée de l'échange social chez les postmodernes. Déjà, dans le monde réel, distractions et délassements se consomment dans des centres commerciaux, tandis que dans le monde virtuel,  des moteurs de recherche habiles permettent de « diminuer le prix du meilleur prix ».


Cette dernière évolution vient altérer une contestation possible du logiciel. Jusqu'ici, en raison même de son histoire, l'occident était et reste peut-être encore la seule civilisation capable de se critiquer de l'intérieur. D'où, par exemple, une pensée dite « socialiste » censée être critique du logiciel. Mais l'apparition de « l'homme délié » courant dans le labyrinthe des prix de marché, retire bien des forces à la critique. Le postmoderne, parce que délié, ne peut que plus difficilement envisager, ou mieux, construire  un projet collectif susceptible de le conduire, d'un état vers un autre jugé plus désirable. Construire un projet devient un investissement coûteux, alors que l'urgence, exige de ne pas se laisser noyer par le marché : il vaut mieux apprendre à nager que de construire une embarcation commune. Et ce d'autant plus que le marché peut réserver de très agréables surprises : il devient tellement omnipotent et omniprésent, qu'il finit par en oublier les « sous jacents » c'est-à-dire la production toujours plus laborieuse que le simple échange.  la finance  devient ainsi préférable à la mécanique ou la culture du riz.


La dé liaison, avec ses avatar, peut mener asymptotiquement à l'inacceptable. Les excès  de droits - masques d'intérêts exacerbés-  peuvent jusqu'à faire disparaitre l'honneur. Dans l'ancien monde, les bandits et prédateurs contenaient leurs excès par des contreparties : la logique de l'honneur. Cela s'appelait : « vaillance », « loyauté », « largesse » , « courtoisie » , «  respect» . Autant de signifiants indicateurs de liens avec le reste de la communauté humaine, où le refus de les valider entrainait une auto-exclusion de la chevalerie. Le triste spectacle actuel de versements de bonus financiers astronomiques  à des banquiers sur le produit des prélèvements publics obligatoires (plan Paulson par exemple) est un signe fort de décomposition sociale. Et décomposition d'autant plus forte que le fait n'est que faiblement dénoncé. L'absence de réactions,est plus grave que le fait lui-même puisqu'il aboutit à ce que l'infâme puisse se parer de dignité.


Dès lors on comprend aisément que se met progressivement en place la machine à privilégier le présent  et à dévaloriser le futur.


4  Naufrage des capitalistes et émergence des rentiers et fondés de pouvoirs.


La toute puissance du marché , avec son corollaire qu'est le politique impuissant, favorise tout d'abord l'émergence d'un capitalisme sans capitalistes. Marx, grand prévisionniste sinon grand prospectiviste, avait déjà senti que le capitalisme dans son mouvement ascendant en viendrait un jour à « expulser les capitalistes ». Par cette expression, il entendait qu'un jour les décideurs de l'accumulation du capital ne seraient plus les propriétaires mais de simples manageurs, tandis que les propriétaires seraient devenus de simples rentiers, très éloignés des usines. Force est de reconnaître que ce temps annoncé dès 1860 est arrivé. Ce qui ne veut pas dire qu'il est hégémonique.


Il est arrivé puisque dans nombre d'entreprises, parmi les plus grandes, ce sont de simples salariés qui sont aux commandes, et tentent de produire de bons résultats trimestriels, eux même bons signaux pour les marchés qu'il s'agit d'épater. Mais être aux commandes et produire de la valeur c'est souvent-plus simplement- produire des écarts de cours ou de valeurs, ou bénéficier d'écarts produits par d'autres. Il en est de même du rentier qui  a perdu tout lien avec un quelconque métier. Parce que lui aussi complètement délié, il ne relie plus son avenir à un investissement qui plonge une activité dans un futur : il ne veut pas investir mais spécule sur les investissements d'autrui ou sur ce que d'autres pensent des investissements d'autrui. La valeur est ainsi produite en dehors de la durée, est acquise immédiatement, alors que jadis elle était consommatrice de temps : celui de l'investissement, celui de la production, enfin celui de l'échange. A noter- à titre de simple remarque- que la fin de l'industrie, et avant elle, celle de l'agriculture au profit du secteur des services, ont beaucoup réduit l'espace entre le présent et le futur. L'avènement du monde du service précipite davantage la postmodernité vers le cœur  de son logiciel c'est - à -dire le marché : dans la plupart des services, la séparation temporelle- production présente pour consommation future- disparait et la production ne se distingue plus de la consommation.


Les capitalistes sont devenus rentiers et sont souvent remplacés par des joueurs qui surfent sur les marchés ; Parce que l'on vit d'un écart de prix qui n'est plus valeur ajoutée construite dans le temps, alors celui- ci cesse d'exister. Ce qu'on appelle économie se conjugue beaucoup au seul présent. L'investissement disparait ou peut devenir simplement virtuel : les ménages américains connaissent une épargne négative et ne peuvent investir ; l'entreprise elle-même, rachète en Bourse ses propres actions- 19 milliards d'euros en 2007 pour les seules entreprises du CAC 40-  avec les profits générés et préfère ainsi,  les  miraculeux gains présents issus d'une différence de cours, à ceux futurs produits par l'investissement matériel.  Mieux, la logique de production de valeur, peut inviter les manageurs à démanteler des actifs industriels et à les vendre par morceaux : la somme des parties devenues indépendantes, étant plus valorisable que l'ancien tout. Il s'agit de développer les valeurs instantanées et d'instaurer le culte du « marked to market ».A la disparition de l'investissement correspond  celui du futur : les préoccupations de la vie ne se ramènent qu'à la bonne gestion du présent. L'irruption du crédit qui logiquement devrait construire l'avenir est détourné de ses objectifs en raison de la pression du présent.

Toujours aux USA, l'immense endettement privé est davantage affecté à la consommation, et donc à l'immédiateté de la vie, qu'à l'investissement réel.  Une telle opération revient à absorber les ressources de l'avenir afin d'en jouir immédiatement : le futur s'écrase sur le présent et ne peut se construire car pillé avant même son envol. La répartition du revenu national, ce qu'on appelle le partage de la valeur ajoutée, ne donne plus lieu à débat, puis à contrat dans une société désormais dépourvue d'une instance politique réelle. Puisque le vote virtuel des marchés financiers est hiérarchiquement au dessus des votes citoyens, la question débattue, à l'époque moderne de la répartition de la richesse, n'est plus d'actualité. Si maintenant les capitalistes devenus simples rentiers, lient leur destin à celui du manager, alors il est à craindre une pression plus forte sur les salaires au profit des dividendes. Et déjà le col bleu licencié de Général Motors retrouve un emploi chez Wal Mart pour un salaire divisé par deux, avec en prime,  la disparition d'une réelle protection sociale, qui est protection contre les aléas de l'avenir. Le cercle vicieux de l'emprisonnement du futur dans le présent se met en place : La pression croissante sur les salaires se reporte, sur une demande croissante de crédits, lesquels deviennent une immense bulle que l'on pourra suralimenter par la logique du « rechargeable ». Les rentiers peuvent davantage consommer en raison de la pression sur les salaires, et les salariés pourront eux aussi  consommer plus malgré des salaires inchangés. La contradiction ne pouvant être levée par la construction d'un futur issu de l'investissement, elle ne peut que se développer jusqu'au moment de l'explosion : la goinfrerie du présent  anéantit tout futur.

Dans la modernité classique la goinfrerie du présent existait sans doute déjà. Mais à l'époque, celle des 30 glorieuses, le politique pouvait encore imposer l'idéologie du progrès, et si les différents groupes soucieux se révélaient plus gourmands que ce qui était autorisé par la taille du gâteau, la contradiction s'évanouissait dans une inflation des prix , et ce sans retarder ou diminuer l'investissement, promesse d'agrandissement futur du gâteau. Dans la postmodernité récente, l'inflation n'est plus que celle des actifs qui ne se transforment  qu'insuffisamment en  investissements. D'où l'idée de « bulle » qui elle-même ne fait que refléter la préférence du temps présent sur le futur.


5  Tempête sur l'océan des prix  et « sauve qui peut mimétique ».


Puisque l'on produit davantage de valeur en produisant un écart de prix qu'un travail qui ne produisait qu'une simple valeur ajoutée, les prix de marché qui naviguaient en eaux calmes à l'époque de la modernité vont désormais connaitre le déchainement du présent : les prix  reflétant moins des coûts économiques de long terme, et davantage des prises de position spéculatives, peuvent connaitre des fluctuations éprouvantes pour ceux des acteurs de l'ancienne économie, celle qui construit pour demain et souhaite travailler sur un sol robuste. Chaque jour les « barils papiers » de pétrole impulsent un échange virtuel d'un milliard d'unités , alors que les barils physiques ne comptent que 85 millions d'unités : il vaut mieux être trader pétrolier à Genève qu'ingénieur sur une plateforme de forage arctique. Les fluctuations permanentes et considérables dans l'océan des prix de tout ce qui est moyen de production de base, font que l'on navigue par gros temps et que la fermeture des écoutilles importe davantage, que l'observation attentive de la boussole. Plus simplement exprimé, les prix ont cessé d'être des guides de bonne conduite, des balises qui permettent de rejoindre un port choisi au terme d'une délibération d'équipe: ici encore le présent l'emporte sur le futur.


Les techniques classiques de l'assurance ne disparaissent pas dans le nouveau monde et devraient logiquement s'adapter au nouveau contexte. Et ces techniques, comme toujours, ont pour objectif, sinon de construire directement le futur, tout au moins de le rendre accessible, et de se protéger des risques associés à l'action. Mais le paradigme de la postmodernité financière n'est pas celui de la modernité industrielle.


La marée montante du marché engloutit les vieilles économies aux structures encore hiérarchiques et, désormais le « buy » l'emporte sur le « make » ,et ce même dans les industries les plus sensibles. Cette marée se fait puissante en raison des nouvelles efficiences qui en résultent, mais se fait aussi lourde de risques : l'effet « aile de papillon » rôde sur l'ensemble. Sans doute la logique du « buy » gère t'elle plus mal- comme nous le rappelle Christian Morel, dans son ouvrage :« Les décisions absurdes », les problèmes de qualité et les risques systémiques qui lui sont associés. Toutefois les risques assurantiels liés à cette forme particulière de l'homme délié dans l'océan des prix, est encore gérable avec les techniques statistiques : les risques de défaut sont encore évaluables en termes de probabilités puisqu'ils ne sont -au plan mathématique- que le produit de risques individuels. La montée du marché et de l'homme délié, ne remettent pas en cause les techniques assurantielles lorsque pour l'essentiel son champ d'application reste industriel : le futur reste accessible.


Mais lorsque la logique du « buy » entraine des opérations de sous-traitance à l'infini dans l'industrie financière, la logique assurantielle n'est plus de mise et le futur comporte des dangers désormais non évaluables. C'est qu'ici le risque de défaut global n'est plus un simple produit de défauts de parties. Le risque sur un titre financier n'a pas la nature d'un défaut d'alésage sur une soupape : il s'agit d'un défaut qui est contagieux et se propage à l'ensemble par un phénomène de panique, et donc de comportement mimétique. Chacun voulant s'en sortir.... précipite tous, y compris lui-même. Le risque systémique chez les postmodernes n'est pas analysable avec des courbes de Gauss comme nous le dit Nassim Nicholas Taleb dans son ouvrage :« Le Cygne noir, la puissance de l'imprévisible ». Et le régulateur ultime, celui qui peut empêcher le développement de la panique, ou l'arrêter (l'Etat) ayant quitté les lieux depuis longtemps, rien ne peut conjurer le naufrage collectif. Comment envisager des prévisions, comment arrêter des plans, envisager une attitude prospective quand le futur, par essence non maitrisable, n'est pas non plus assurable ? Telle est la grande détresse du postmoderne.

 

3)      Reconstruire la boussole et la pendule.


Comme nous l'avons écrit dans « la crise globale des années 2010 et le secteur social et médico-social » la grande crise que allons traverser est peut-être une catastrophe prometteuse. La promesse étant un changement de système ou ce que les spécialistes du vivant comme ceux des sciences humaines appellent une « bifurcation ». Cette dernière intervient dans tous système qui  connaissant trop de déviance par rapport à  sa stabilité ne parvient pas à retrouver l'équilibre et se voit connaitre une profonde réorganisation. C'est-à-dire au final un changement de système.


1     La crise ou le choix du scénario de la bifurcation systémique.


Nous disions dans le texte précité que les moyens mis en œuvre -colossaux aujourd'hui et astronomiques au cours de l'année 2009 - seront probablement insuffisants pour résorber la crise que le monde va connaitre. Un scénario de succès serait même contre performant car il ramènerait le monde dans sa situation de pré crise  autorisant le renouvellement - à terme- d'une crise encore plus dévastatrice. Il vaut mieux donc,  ne pas examiner, et ne pas espérer de retours sur investissements des fonds injectés, et accepter la déroute c'est-à-dire la bifurcation.


Au fond les dits moyens, sont déjà une démarche prospective puisqu'il s'agit de construire l'avenir alors même que l'on croit , ou l'on espère  encore , sauver  les goinfreries du présent, et en quelque sorte maintenir le système hors du temps. En réalité, comme il faudra probablement « boire la tasse jusqu'au bout », on se rendra compte, à l'issue de son absorption que le monde en sera changé et peut-être même quasi volontairement. C'est que « boire la tasse » va entrainer des modifications institutionnelles qu'il faudra bien prendre, évidemment,  sous la menace d'une catastrophe potentielle, économique et sociale, d'une ampleur jusqu'ici inconnue par l'humanité. La principale d'entre elle étant - comme nous le disions dans le texte précité-la sortie de son grenier de la planche à billets, c'est-à-dire le financement sans limites des trésors nationaux devant impérativement réamorcer, la ronde des échanges à grands coups de dépenses publique pharaoniques. Cela suppose la fin de l'indépendance  des banques centrale.  Et déjà le retour d'un politique qui en ce domaine avait été très volontairement - y compris avec zèle - évacué.

Insistons bien ici sur le fait que les décisions  concernant le retour du politique dans la gestion de la monnaie ne seront pas prises de gaieté de cœur, que le retour de l'Etat dans la gestion macroéconomique n'est  nullement souhaité  par ceux qui pourtant  prendront les décisions y conduisant. Encore une fois il ne s'agit pas de construire le futur, mais bien de maintenir un présent jugé indépassable. Car, curieusement, le postmoderne -faut-il le répéter- est un personnage qui a cessé de croire -comme son ancêtre moderne -qu'il peut construire le monde, et, puisqu'il en est ainsi, il croit sérieusement que rien ne peut être entrepris  contre la  logique indépassable du  marché. En cela il rejoint bien le pessimisme de l'habitant de la « soupe primitive » c'est-à-dire le prisonnier des cosmogonies et des mythes.


Ce qui veut dire que reconstruire la boussole et la pendule est probablement un projet fort complexe. Le retour d'un politique complètement inattendu pourra -il prendre racine, et redonner au monde un sens aujourd'hui disparu ?


2    l'après crise ou le choix de ré enchâssement de l'ordre du marché dans la société.


Les développements antérieurs nous ont permis de constater que l'écrasement du futur sur le présent, et donc la perte de la boussole et de la pendule, s'explique par une économie en général, et sa composante financière en particulier,  qui est en quelque sorte sortie de ses gonds pour envahir et redéfinir la plupart des institutions traditionnelles des communautés humaines.


Il est donc évident que le retour inattendu du politique se doit d'être consacré à ce que l'on pourrait appeler la fin de la démesure de l'économie. Deux scénarios ou sous scénarios, peuvent être imaginés : celui de la création d'un espace public mondial ou celui du retour à la nation.


Le premier scénario correspondrait au fond à celui que Keynes avait un peu imaginé lors de la conférence de Bretton Woods. Il suppose de très difficiles négociations dans un monde, qui en termes de puissance,  est plus équilibré qu'en 1944 et donc un monde où les intérêts  des divers partenaires peuvent à la fois, être mieux défendus, mais aussi plus divergents. Ce premier scénario, car extrêmement difficile à mettre en œuvre, est donc relativement improbable.


Le second scénario correspond au fond à l'échec  du premier : il est solution de repli. Il est aussi solution d'évidence. C'est que la réappropriation de la politique monétaire par les Etats nationaux et la couverture de déficits pharaoniques par pure création monétaire entraineront mécaniquement des niveaux d'inflation très différents entre les différents pays. il en résultera mécaniquement plusieurs conséquences :


Tout d'abord des  modifications gigantesques de parités  monétaires, modifications mettant à mal, et par les mouvements de marchandises, et par les mouvements de capitaux, l'actuelle mondialisation. La dé mondialisation est en marche, ce qui ne signifie pas nécessairement le retour inéluctable au protectionnisme mais peut maladroitement y conduire.


En second lieu l'inflation, bête noire de la finance sortie de ses gonds, produira un  sérieux amaigrissement de la dette publique ,et donc une situation où le futur ne sera plus mangé par le présent.  C'est qu'une inflation durablement supérieure au taux de l'intérêt permet de rembourser - ou mieux de ne pas rembourser-  la dette. L'inflation est le moyen qui sera utilisé afin que les vivants d'aujourd'hui ne se goinfrent plus sur le dos des citoyens à naitre : le futur cessera d'être écrasé par le présent.


Toujours sur un plan strictement monétaire, l'inflation, parce que supérieure au taux de l'intérêt nominal, favorise l'investissement productif : l'entrepreneur authentique, celui qui innove, celui qui crée, est favorisé. A l'inverse le rentier est défavorisé. La création de valeur ajoutée est peut-être plus rentable que la production de valeur boursière obtenue par  des expédients qui relèvent plus du casino que de l'économie. Là aussi, le futur  renoue avec l'avenir, et cesse de s'écraser sur le présent.


Mais tout ceci est peu de choses, en ce sens que la solution politique de l'inflation ne fait que ré animer l'économie et le système de valeurs qu'elle a répandu dans la société, à savoir littéralement un monde dépourvu de sens depuis la fin des grands récits. Donc le maintien de l'homme délié dans l'océan des prix, avec toutes les conséquences précédemment exposées. C'est que le retour du politique, à la faveur de la crise, ne signifie pas encore la fin de l'hypertrophie des droits à consommer et la fin de l'irresponsabilité généralisée.


Ré enchâsser  l'économie dans la société suppose que cette dernière ne soit plus sous la domination de la matrice économique laquelle est, in fine,  conceptrice des attitudes et des représentations de la vie. Il est évidemment peu probable de voir renaitre les grands récits laîcs du 20iéme siècle.  Aujourd'hui la crise fait bondir les ventes de l'œuvre de Marx. Mais le prophète est  mort, et il ne reste que le grand théoricien du capitalisme.


Peut-on trouver à l'inverse des produits de substitutions ? Il semble bien qu'aujourd'hui, ré enchâsser l'économie dans la société, passe par la gestion de la contradiction entre la démesure de l'économie  et  la finitude du monde. L'homme délié continuera probablement à aimer la marchandise jusqu'à  s'en noyer. Pour autant, émerge doucement, l'idée que la marchandise n'est plus seulement le moyen d'assouvir   des désirs strictement individuels. Elle incorpore désormais une trace écologique qui n'a  rien à voir avec la traçabilité répondant à ces mêmes désirs. Cette trace fait qu'il y a désormais une dimension publique dans n'importe quel bien privé.


Alors que modernité et postmodernité s'annonçaient comme un processus de privatisation de la vie, la rencontre avec la finitude du monde risque de déboucher sur un mouvement inverse.  Processus déjà à l'œuvre sous la forme de nouveaux interdits- et à vrai dire inattendus mais qu'il faudra expliquer- dans le monde de l'homme délié : stricte limitation de vitesse sur les routes, développement des espaces interdits aux fumeurs, normes comportementales et environnementales, etc.


La prise en compte de la dimension publique des biens privés n'a sans doute pas la « grandeur » des cosmogonies, des religions et des grands récits laïcs, il n'empêche qu'il apparait aujourd'hui qu'elle est le possible élément susceptible d'introduire de la mesure dans la démesure.


La prise de conscience de la contradiction entre démesure de l'économie et finitude du monde autorisera vraisemblablement l'affermissement du retour du politique avec l'acceptation d'une « fiscalité verte », sans doute âprement négociée, mais mieux acceptée que les dispositifs fiscaux antérieurs rejetés par les postmodernes. L'homme devenu souverain s'accommodait de plus en plus mal  des systèmes fiscaux lourds et redistributifs, lourdement chargés des scories de la modernité ; d'où parfois le fantastique développement de niches fiscales aussi chargées, dans nombre de situations,  de protester contre le holisme ambiant. D'où aussi plus simplement la fuite des plus habiles vers un espace fiscalement moins disant. Ainsi pourrait-on passer progressivement à un système fiscal confirmant sans doute l'homme délié mais assurant néanmoins le vivre ensemble sur la base de la gestion de la contradiction entre démesure de l'économie et finitude du monde.


Solidarité réduite ? Sans doute, mais il semble difficile d'avancer dans une démarche prospective avec les yeux braqués sur le rétroviseur : ce que nous apprend l'histoire c'est d'abord le fait que toute situation nouvelle, l'est pleinement, même si elle s'explique par le développement de forces passées. Il sera plus facile de contenir l'économie, mettre fin ou limiter sa démesure,  que de revenir sur l'individualisation de la société. Mais en même temps les choses ne sont pas aisées, car encore une fois à examiner l'histoire, on se rend compte que ce  monde qui serait en émergence connaitrait une situation radicalement nouvelle. Le développement de l'efficacité instrumentale- elle-même liée à l'individualisation de la société : la liberté d'entreprendre - ne correspondrait plus à des atteintes portées à la nature, atteintes  qui avaient été jusqu'ici considérées comme négligeables. Jusqu'à présent, ou bien une société ne connaissait pas de dispositif d'accroissement de son efficacité instrumentale, et maintenait un équilibre de la nature, ou bien elle connaissait un dispositif d'auto-accroissement de cette même efficacité, et impulsait un désordre au sein de cette même  nature. Dans le premier cas nous avons l'ensemble des sociétés traditionnelles. Dans le second, nous avons le rameau occidental de l'humanité. Ce qu'il y aurait de nouveau aujourd'hui, et de radicalement nouveau, à l'issue de la crise, serait à la fois l'auto-accroissement de l'efficacité instrumentale, et le respect de l'ordre de la nature.  Cette conscience de nouveauté radicale nous invite à nous poser la question de la possibilité du développement dit soutenable. En d'autres termes n'y a-t-il pas une contradiction de termes quand on parle de développement durable ? Dit autrement encore : le développement durable est-il la nouvelle utopie ?


Il est sans doute pour le moment impossible de répondre à une telle question. Par contre le développement durable -parce que prise de conscience que la nature est potentiellement bien public mondial- sera probablement élément fertilisant à la prise de conscience d'un espace public mondial. Alors que la gestion future de la grande crise impulse une sourde dé mondialisation déjà en marche, la gestion de la contradiction entre économie et nature sera une force agissant en sens contraire.


3        L'après crise ou le choix de la promotion de la culture de l'immanence.


Boussole et pendule nouvelles ne structureront plus le mode des humains comme jadis, car encore une fois, il ne s'agit pas de reconstruire l'ancien monde mais de dégager les forces qui au final risquent de  structurer  celui qui est en devenir. Ré enchâsser le marché dans la société, mettre fin à sa démesure face à la finitude du monde, est un démarche finalement sécurisante. Il n'y  a pas si longtemps ,l'homme en voie de dé liaison, devait logiquement  payer le prix de  sa dé liaison en terme de sécurité, ce qu'il n'a pas fait, en construisant l'immense Etat providence de la période moderne. Là encore recherche de sécurité. Plus récemment, le même homme, désormais complètement délié,  et devenu grand pourfendeur  de l'Etat, revient vers ce dernier au moment de la grande crise. Et même les banquiers sont heureux de ses marques de sollicitudes. Là aussi recherche de sécurité. Il en a toujours été ainsi, et cela correspond à ce que les ethnologues appellent la « culture de l'immanence ». Dans la « soupe primitive » l'immanence consiste à refuser l'évènement en tant que fait, en tant que  circonstance inattendue ou imprévisible. Plus exactement ,tous les évènements que connaissent les hommes, sont directement interprétables par la cosmogonie : tout est expliqué et donc d'une certaine façon tout peut être conjuré. La sorcellerie peut probablement s'expliquer, au moins partiellement, sur la base de La culture de l'immanence. Cette dernière rassure et crée du lien social. Elle n'a jamais disparu et semble présentement , connaitre une promotion inattendue. C'est que l'homme délié, en contact avec un autre homme délié, se doit de sécuriser ses transactions intéressées.  Et si la culture commune se fait chancelante en raison même du processus de dé liaison, il convient de recréer de la sécurité. Si les hommes sont riches de droits et pauvres en devoirs, encore faut-il, pour faire société, qu'ils deviennent responsables. Nous avons là l'origine, et le développement fantastique de ce que nous appelions la « soft law ». L'homme délié est de plus en plus libre et contradictoirement de plus en plus emprisonné dans la foule des règlements, règles et autres normes qui l'enchainent progressivement. La loi, parce que politique parce qu' exprimant un projet, se fait plus petite. La norme moins ambitieuse, ne cherche qu'à assurer pour rassurer ,mais tendra à réguler de façon probablement envahissante l'espace social. Nous vivrons probablement de plus en plus au sein d'espaces normés. Et les dispositifs assurantiels en tiendrons compte : puisque l'événement au 21ième siècle est tout aussi contesté que l'évènement chez les Dogons du Mali au 16ième siècle, il faudra bientôt prouver que mon hygiène de vie était dans la norme pour pouvoir bénéficier de la couverture santé en cas de maladie. La normalisation est la contrepartie de l'aventure individualiste.

 

 

Résumons-nous : le simple mouvement de la modernité était à lui seul porteur d'une probable disparition de l'avenir. Cette disparition concernait la période 1989- 2008, soit une vingtaine d'années. Il semble bien qu'aujourd'hui, à la faveur de la grande crise qui s'annonce, un certain renouveau de l'avenir s'esquisse. Et il n'est pas interdit de penser, voire d'espérer, que le terme de  production de valeur ajoutée viendra supplanter celui  de production de valeur qui ne s'adresse qu'aux seuls actionnaires. Le monde qui  correspondra à la période qui s'ouvre, ne sera pas chargé d'autant de sens que les mondes précédents : la boussole en sera assez imprécise. Pour autant il correspondra probablement à la fin des « orgies de l'instant » qui resteront la marque de cette période.

Le retour du politique sera essentiel- et a déjà été essentiel à l'automne 2008- pour la survie de l'ordre du marché, et donc de la civilisation qui lui correspond. Pour autant, il ne sera pas porteur de nouvelles grandes espérances - ce qui n'est pas nécessairement négatif, car historiquement, aux  grandes espérances correspondent  de grands crimes- et se contentera de tenter de préserver l'homme délié des forces naturelles qui menacent. L'espace public- même s'il tente de devenir espace public mondial- n'aura plus la légitimité qu'il avait à l'époque des grands récits religieux et laïcs. Il n'aura plus à exprimer un projet de société ni à protéger la société mais à en préserver ses membres  dans leur individualité. Ce travail de protection passe par un travail législatif qui n'est plus de l'ordre de la loi mais du simple règlement. Ce même travail ira dans le sens de la responsabilisation maximale des acteurs, ce qui pourra, peut-être, mettre fin aux enrichissements sans causes sérieuses, mais laissera de côté la question de ceux,  qui insuffisamment  armés , ne peuvent aisément  entrer dans un processus de responsabilisation.

 

 

 

                                                                                       Villeneuve d'Ascq le 30 décembre 2008.

 

                                                                                                                          

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commentaires

Cécile 25/03/2009 21:20

"La seule question qui vaille, en fin de compte, pour nous les hommes est celle de l'usage de notre temps"

et si je puis me permettre :
"la sagesse se montre en exemple"

Bonafi Gilles 09/03/2009 15:07

Voilà ci-joint la suite des solutions à la crise (n°3). Le retour du politique est en effet de rigueur.
Mes amitiés.

Crise systémique : les solutions (n°3 : un nouveau dollar)

Dans mes articles (n°1 et 2), je me suis attaché à démontrer que la crise actuelle ne pourrait pas avoir de solution économique. Elle nécessite en effet une réponse politique forte (une réponse insuffisante sera choisie), capable de bouleverser de fond en comble les structures monétaires et étatiques actuelles.
Henri Guaino conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré:
« Si les experts ont du mal à imaginer un autre monde que celui dans lequel ils ont vécu, les responsables politiques sont davantage conscients de la nécessité du changement. Pour refonder le capitalisme, ils doivent imposer des solutions non pas techniques mais politiques. » Source : Le Monde du 17 février 2009.
J’ai ainsi pointé du doigt le fait qu’au final, les grands ensembles continentaux sortiraient renforcés au détriment des nations. Ma réflexion s'était surtout focalisée sur l’Europe (l’euro) et le bloc euro-asiatique (CEEA). L'objectif sera ici de tenter de vous éclairer sur les solutions qui seront apportées en Asie dans le cadre de l’ASEAN et surtout aux USA.


I. L’ASEAN

Le 14ème sommet de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est créée en 1967 comprenant : Indonésie, Malaisie, les Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Viêt Nam, Laos, Myanmar et Cambodge) confirme ce que j'affirme depuis des mois.
En effet, au-delà du fond d’entraide de 120 milliards de dollars (comme prévu par les accords de Chiang Mai), il convient de noter son élargissement en créant une zone de libre échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. De plus, la décision de créer une communauté économique (sur le modèle européen) a été confirmée (charte de l’ASEAN de décembre 2008). Source : AFP du 01 mars 2009.
N’oublions pas que cette communauté économique comprendra la Chine (accords de 2001 et déclaration de Dunhuang de septembre 2004). Source CCTV.Com du 28 février 2009. L’Inde, ayant pour principal partenaire commercial les pays d’Asie de l’Est, désire aussi intégrer l’ASEAN.
D’ailleurs, un prochain sommet doit avoir lieu (10 et 12 avril 2009) entre l’ASEAN et ses partenaires qui sont : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon et la Chine. Source : XINHUA du 28 février 2009.
L’élargissement et le renforcement d’AFTA (accord de libre-échange opérationnel depuis le 01 janvier 2003) seront au programme. Nous le voyons donc, la crise va rapprocher les pays d’Asie sinistrés par la crise économique en cours et nous aurons très prochainement un grand pôle asiatique avec une monnaie unique.
Robert Mundell, économiste, inventeur de la théorie des « zones monétaires optimales » (et partisan d’une monnaie mondiale) a donné son analyse à l’université Nankai de Tianjin en juin 2002. Il a déclaré que l’Asie devrait créer une organisation de monnaie unifiée, le dollar asiatique, qui devrait être établi au plus tôt, et que la Chine pourrait jouer le premier rôle dans cette organisation.
En effet, en mars 2006, la Banque asiatique de développement (ADB) a annoncé l’idée d’une monnaie asiatique commune virtuelle : l’ACU (Asian currency Unit). N’oublions pas que sa valeur serait calculée à partir de la valeur moyenne (une « monnaie panier ») des principaux pays d’Asie (Chine, Corée du Sud, Japon et membres de l’ASEAN). Je vous rappelle au passage que l’ECU (unité monétaire européenne) est devenu l’euro et nous aurons là aussi un glissement d’une monnaie virtuelle vers une monnaie réelle.
Bruno Jetin, économiste à Institut de recherche pour le développement (IRD, France) possède la même analyse et déclare : « Ces progrès rendent encore plus nécessaire la création d’une monnaie asiatique commune voire unique à l’instar de l’écu puis de l’euro. » Source : Le Réseau Asie du 01 juillet 2008.
Il existe cependant des preuves plus flagrantes de la montée en puissance de cette communauté asiatique. En effet, le 14 janvier 2009, la France a nommé Philippe Zeller ambassadeur auprès du secrétariat de l’ASEAN (le Royaume-Uni, la Chine et les USA ont eux aussi nommé des ambassadeurs).
Sur le site officiel du gouvernement, on peut d’ailleurs lire la déclaration de la présidence au nom de l’Union européenne :
« L’Union européenne se félicite de l’entrée en vigueur (15 décembre 2008) de la Charte de l’ASEAN. Ce texte, qui définit un nouveau cadre institutionnel, marque une étape importante dans le processus d’intégration régionale en Asie du Sud-Est. »
Source : diplomatie.gouv.
N’oublions pas qu’elle représentera un marché de plus de 2 milliards de personnes et surtout, sera la première puissance économique mondiale.

Ainsi, les états, qui ne sont plus capables d’assumer seuls les coûts faramineux de la crise, sont obligés de s’intégrer au sein d’unions continentales. Il en sera de même pour les USA qui devront s’associer avec le Mexique et le Canada dans le cadre de l’Union Nord Américaine (North American Union).


II. La NAU (North American Union).

J’avais, il y a quelques mois, déjà abordé le sujet de la NAU. Je vais ici en retracer l’historique.
L’histoire de l’unification du continent nord-américain débute en 1912, dans un ouvrage intitulé « Philip Dru administrateur » écrit par le conseiller du président Wilson, le colonel House.
-1er janvier 1994 est signé l’Aléna, un traité créant une zone de libre-échange entre les trois pays d'Amérique du Nord : le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.
Henry A. Kissinger, dans le Los Angeles Times du 18 juillet 1993 (p. M2) avait d’ailleurs déclaré :
« L'ALENA sera l'avancée la plus constructive vers un nouvel ordre mondial faite par un groupe de pays depuis la fin de la guerre froide, et le premier pas vers une vision encore plus large de la zone de libre-échange pour l'hémisphère ouest... L'ALENA n'est pas un accord commercial traditionnel mais l'architecture d'un nouveau système international. »

-Septembre 1999, l'économiste canadien G. Herbert Grubel publie un livre intitulé « The Case for Amero » qui reprend la même idée et annonce même une monnaie unique pour les trois pays : l’Améro.

-Août 2001, les choses se précisent lorsque Robert A. Pastor écrit « Toward North american community ». Dans cet ouvrage, il s’agit de créer une entité politique avec une monnaie unique qui remplacerait le dollar américain, le peso et le dollar canadien.

-Le 23 mars 2005 est signé à Waco, au Texas, le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) dans le cadre de l’ALENA, de facto l’acte de naissance officieux de la NAU.
Il existe des preuves de la création de cette nouvelle communauté que vous pouvez trouver sur le site du CFR (Council on Foreign Relations). Il suffit de cliquer sur « Publication type », ensuite « Task force reports » et vous trouverez 2 documents : Creating a North American Community et Building a North American Community.
Comme vous pouvez le constater, je n'avance rien au hasard.

Face à l’ampleur de la crise, les USA n’ont plus le choix et doivent accélérer le processus d’intégration du continent nord américain et surtout changer de monnaie. Un petit tour d’horizon de la situation économique américaine permettra de mieux cerner le problème.
Le PIB US a ainsi chuté de 6,2% au quatrième trimestre 2008 et «les statistiques publiées jusqu'ici pour le premier trimestre (2009) montrent que nous sommes partis pour un autre film d'horreur», résume Rob Carnell, de la banque ING. Source : Libération.fr du 28 février 2009.
Je rappelle que le dernier chiffre du nombre de chômeurs indemnisés (26 février) dénombre 5 112 000 personnes auquel il faut ajouter les 650 000 chômeurs du seul mois de février. Nous aurons donc au mieux, 8 000 000 de personnes indemnisées fin juin. Et cela ne concerne que les chiffres officiels qui, nous le savons tous, sont inexacts et largement sous-évalués.
Pour rappel, la Maison Blanche a réalisé son budget sur une prévision de chute du PIB de 1,2% et il faudra donc trouver, si tout va bien, 700 milliards de dollars supplémentaires. Or, je le rappelle, le PIB des USA devrait baisser de plus de 10 % en 2009 (le PIB des USA a chuté de 9% de 1929 à 1930) ce qui équivaudrait à créer « ex nihilo » 1400 milliards de dollars. Ceci n’a pas été comptabilisé par Paul Craig Roberts (économiste et sous secrétaire au trésor dans l’administration Reagan) qui déclarait le 3 mars sur Contreinfo :
« Les mesures économiques de Bush et Obama totalisent 1 600 milliards de dollars, et chaque dollar devra être emprunté, sans que personne ne sache où. Cette somme gigantesque va compromettre la valeur de la devise américaine, son rôle en tant que monnaie de réserve, la capacité du gouvernement des États-Unis d’honorer sa dette, ainsi que le niveau des prix.»
N’oublions pas que les ventes d’automobiles se sont totalement effondrées aux USA. Ford a ainsi enregistré une baisse de 48% de ses ventes en février, Chrysler 44 % et General Motors 52,9 %.
D’ailleurs, le compte à rebours a commencé pour General Motors et Chrysler qui devraient se déclarer très bientôt en faillite. Ce sera alors le krach ultime (la plus g

Simon 04/03/2009 02:12

EN COMPTABILITE NATIONALE : comment est enregistré cet accroissement de patrimoine ? Les statistiques comment enregistrent-elles ce 1 milliard de patrimoine national qui devient 4 milliards de patrimoine national ? Il y a création de 3 sociétés, chacune avec 1 milliard, donc accroissement de patrimoine statistique de 3 milliards. Sans création de richesse, bien entendu. Mais, pouvez-vous m'expliquer comment dans la comptabilité nationale des "erreurs" d'augmentation de patrimoine peuvent être évitées ? Il me semble que cela ne doit pas être possible. J'imagine que l'accroissement devrait ressortir comme plus-value comptable, càd bénéfice non réalisé ? Pour A, B, et C, l'actif et le passif donnent zéro. Ce qui est le cas de toutes les sociétés. l'Actif de A est une participation (B), le passif est le capital-actions. Il en est de même pour B (participation C), tandis que pour C, l'actif est une trésorerie de 1 milliard. Pour X, son cash s'est transformé en "participation A". Il n'y a pas valeur ajouté, mais il y a bien multiplication par 4 du capital propre de X, sans génération de plus value. Le fisc national qui prélève désormais les impôts sur un patrimoine de 4 milliards à la place de 1 milliard ne renoncera pas de taxer les 3 milliards de capital supplémentaires (patrimoine) juridiquement et économiquement existants. Statistiquement, il enregistre donc désormais un patrimoine de 4 milliards de capital. Comment et sous quelle forme ressort le "Capital ajouté" de 3 milliards ? : plus-value ? quoi sinon ? La question ne me semble pas sans intérêt dans un monde de la finance où la finance mondiale a créé des sociétés holding d'investissements qui ont elles-mêmes créé des sociétés de participation à des investissements selon segments de marchés (technologiques, industriels, etc.), des sociétés de capital-risque, des fonds de placement, des fonds de fonds, et les superfonds de fonds de fonds. Appelons cela donc du gonflement de bilan légal : comment le gonflement de bilans légal est il enregistré en comptabilité nationale ? La comptabilité nationale peut-elle être en mesure de différencier un gonflement de bilan d'un plus-value réelle. Ou en d'autres termes : comment en comptabilité nationale différencier une plus value réalisée ou réelle (monétaire) à d'une multiplication de capital sans plus value, càd théorique et non réelle.

Simon 03/03/2009 18:58

Comptabilité nationale : admettons donc qu'il s'agit de 3 nouvelles sociétés anonymes créées successivement en l'espace de 2 mois et qu'elles n'ont aucune activité durant les 12 premiers mois. Elles n'ont donc que leur lien juridique : X possède 100 % des actions de A, A 100 % des actions de B, B 100 % des actions de C. Finalement, le cash de 1 milliard, se trouve donc à l'actif de C et X n'a plus de cash, mais 100 % des actions de A. Fiscalement et juridiquement, il existe la personne physique A qui à un milliard de fortune et 3 sociétés qui ont chacune 1 milliard de fortune, A+B ont à leur actif des participations égales à leur capital, càd de 1 milliard chacune, C a à son actif le cash de 1 milliard et X possède une participation de 1 milliard dans la société A. Cela fait un substrat de patrimoine nominal et taxé de 4 milliards pour un cash consolidé X+A+B+C de 1 milliard. Une consolidation n'étant ni obligatoire ni faite comment en comptabilité nationale se trouve le reflet de cet "accroissement théorique" de richesse nationale: un milliard étant devenu 4 milliards au motif que 4 contribuables nationaux déclarent désormais 4 milliards de fortune pour 1 milliard de cash existant ?

Jean Claude Werrebrouck 03/03/2009 21:17


Non 1 milliard n'est pas devenu 4. Le patrimoine se définit comme la différence entre actif et passif. Or pour A,B et C il ne s'est rien passé: la différence est nulle. Il n'y a pas eu
créationde richesse. Même chose pour X qui reste avec son milliard de fortune.
bonne soirée.


Simon 03/03/2009 18:58

Comptabilité nationale : admettons donc qu'il s'agit de 3 nouvelles sociétés anonymes créées successivement en l'espace de 2 mois et qu'elles n'ont aucune activité durant les 12 premiers mois. Elles n'ont donc que leur lien juridique : X possède 100 % des actions de A, A 100 % des actions de B, B 100 % des actions de C. Finalement, le cash de 1 milliard, se trouve donc à l'actif de C et X n'a plus de cash, mais 100 % des actions de A. Fiscalement et juridiquement, il existe la personne physique A qui à un milliard de fortune et 3 sociétés qui ont chacune 1 milliard de fortune, A+B ont à leur actif des participations égales à leur capital, càd de 1 milliard chacune, C a à son actif le cash de 1 milliard et X possède une participation de 1 milliard dans la société A. Cela fait un substrat de patrimoine nominal et taxé de 4 milliards pour un cash consolidé X+A+B+C de 1 milliard. Une consolidation n'étant ni obligatoire ni faite comment en comptabilité nationale se trouve le reflet de cet "accroissement théorique" de richesse nationale: un milliard étant devenu 4 milliards au motif que 4 contribuables nationaux déclarent désormais 4 milliards de fortune pour 1 milliard de cash existant ?

Simon 01/03/2009 10:58

CREATION DE QUOI ? : merci et je suis d'accord. Il n'y a pas de création de monnaie. Cela dit, je précise ma question: comment la comptabilité nationale et les statistiques de création de richesses et de valeur ajoutées étatiques vont-elles enregistrer ces opérations ? Car, à l'évidence on aboutit comptablement à une construction du type de schéma de ponzi ou à un miroir aux alouettes: un seul milliard se transforme en toute légalité à 4 milliards alors qu'il n'en existe qu'un seul. En période d'euphorie, chacune des sociétés obtiendra - X étant un Madoff - un crédit de banques, qui elles mêmes se feront créditées auprès de la banque centale de 3 milliards en tout. Cette création de monnaie par la banque centale, prêtée aux banques qui reprêtent aux tris sociétés le 100% des fonds propres de chacune peut désormais servir à titriser des parts de fonds de placements à vendre à des investisseurs. Puis, on titrisera des fonds de fonds. Puis on écrira des puts et des calls sur les sociétés qu'on fera côter en bourses. Puis, X vendra à la socéité C les actions de la A et aura récupéré son milliard initial. Intervenant comme gérant de fortune dans la gestion des affaires des trois sociétés, il se fera grassement bonusser. La création de valeur réelle ne suivant pas, l'implosion est prévisible, mais un tel schéma bien monté peut durer longtemps. Surtout si cette création de monnaie de crédit par la banque centale, in fine, aboutit à des hausses généralisées sur les marchés de l'immobilier, des actions, des matières premières ? Notre crise actuelle, n'est elle pas due à l'effondrement d'une inflation des prix qui s'est produite sur les segments des valeurs immobilières, actions et matières premières, marchés sur lesquels l'augmentation de la masse monétaire s'était en vérité reportée ces 20 dernières années, disons pour le 3/4 au moins ? Je reviens à ma question de base: comment la comptabilité nationale en France enregistre-t-elle l'accroissement fictif de fortune nationale par la création des 3 sociétés A, B et C par X ? càd 3 milliards de création de fortune avec 1 seul milliard: on passe de 1 milliard à 4 milliards taxés et officiellement enregistrés comme existants. Au bilan, qui dit accroissement de fortune à l'actif dit bénéfice ou fonds propres au passif. Quid selon vous ?

Jean Claude Werrebrouck 02/03/2009 10:33


Je ne suis pas sûr de bien comprendre. En terme de comptabilité nationale le PIB est une somme de valeurs ajoutées.Cet exemple de circulation d'un milliard doit probablement donner lieu à
création de valleur ajoutée.celle ci pour chaque entreprise est la différence entre le chiffres d'affaires et les achats au titre des consommations intermédiaires. Il ne peut donc y avoir 4
milliards de créer. Il faudrait me détailler le travail exécuté par chacune de vos trois sociétés.


Simon 01/03/2009 10:57

CREATION DE QUOI ? : merci et je suis d'accord. Il n'y a pas de création de monnaie. Cela dit, je précise ma question: comment la comptabilité nationale et les statistiques de création de richesses et de valeur ajoutées étatiques vont-elles enregistrer ces opérations ? Car, à l'évidence on aboutit comptablement à une construction du type de schéma de ponzi ou à un miroir aux alouettes: un seul milliard se transforme en toute légalité à 4 milliards alors qu'il n'en existe qu'un seul. En période d'euphorie, chacune des sociétés obtiendra - X étant un Madoff - un crédit de banques, qui elles mêmes se feront créditées auprès de la banque centale de 3 milliards en tout. Cette création de monnaie par la banque centale, prêtée aux banques qui reprêtent aux tris sociétés le 100% des fonds propres de chacune peut désormais servir à titriser des parts de fonds de placements à vendre à des investisseurs. Puis, on titrisera des fonds de fonds. Puis on écrira des puts et des calls sur les sociétés qu'on fera côter en bourses. Puis, X vendra à la socéité C les actions de la A et aura récupéré son milliard initial. Intervenant comme gérant de fortune dans la gestion des affaires des trois sociétés, il se fera grassement bonusser. La création de valeur réelle ne suivant pas, l'implosion est prévisible, mais un tel schéma bien monté peut durer longtemps. Surtout si cette création de monnaie de crédit par la banque centale, in fine, aboutit à des hausses généralisées sur les marchés de l'immobilier, des actions, des matières premières ? Notre crise actuelle, n'est elle pas due à l'effondrement d'une inflation des prix qui s'est produite sur les segments des valeurs immobilières, actions et matières premières, marchés sur lesquels l'augmentation de la masse monétaire s'était en vérité reportée ces 20 dernières années, disons pour le 3/4 au moins ? Je reviens à ma question de base: comment la comptabilité nationale en France enregistre-t-elle l'accroissement fictif de fortune nationale par la création des 3 sociétés A, B et C par X ? càd 3 milliards de création de fortune avec 1 seul milliard: on passe de 1 milliard à 4 milliards taxés et officiellement enregistrés comme existants. Au bilan, qui dit accroissement de fortune à l'actif dit bénéfice ou fonds propres au passif. Quid selon vous ?

Simon 28/02/2009 13:37

QUESTION DE CREATION MONETAIRE PRIVEE ? : qu'appelez-vous création monétaire et de quoi qualifiez-vous l'opération financière suivante. X, milliardaire, investit 1 milliard d'Euros dans la société A, la société A l'investit dans la B, la B dans la C. Avant cet opération, l'Etat a taxé et enregistré fiscalement 1 milliard de fortune en cash, taxable chez X. Après, l'Etat taxera fiscalement 1milliard de fortune chez X càd sa participation dans A. Puis 1 milliard de capital dans A et B (participations à l'actif), puis 1 milliards de cash dans C. Au total, fiscalement, 4 milliards sont taxés. Il me semble logique que dans le bilan de l'Etat, le capital s'est ainsi "fictivement" mulitiplié par 4. Comment, dans le bilan de l'Etat, apparaît la plus-value ou création du capital de 3 milliards qui n'a pas sa contrepartie dans une émission de monnaie par l'Etat, mais qui néanmoins "grossit" la fortune nationale faisant apparaître l'existence (non consolidée) de 4 milliards à la place de 1 milliard. Donc : création de monnaie de 3 milliards ? ...oui ou non ? Merci de vos éclaircissements.

Jean Claude Werrebrouck 28/02/2009 19:04


Bonsoir;
Non il n'y a pas de création monétaire dans l'exemple présenté. L'Etat ne crée pas de monnaie. Seules les banques créent de la monnaie à l'occasion des crédits qu'elles accordent. Par ailleurs la
banque centrale crée la monnaie légale et elle la seule à pouvoir le faire. Si l'on parle d'inflation c'est en raison du fait qu'elle pourrait être amenée à émettre massivement de la monnaie.
Egalement elle pourraiot être amenée ( en renonçant à un interdit juridique) à acheter directement des bons du trésor. Là il y aurait créationnmonétaire et utilisation de celle ci par l'Etat.


Vincent François 16/02/2009 22:22

Passionnant et inspirant, ce long billet m'aide beaucoup à faire le lien entre différents aspects historiques, religieux, politiques, économiques et les questions liées à la crise actuelle.

Merci.

Denise Marie 12/02/2009 14:18

Cher Véritas, je n'ai pas su trouver la suite de ces conversations, mais on peut également les poursuivre sur
http://blog.ifrance.com/1994uneanneepascommelesautres.
Il y est question de bien de sujets tabou

Veritas 11/02/2009 07:28

Denise-Marie : RDV sur le site
http://www.come4news.com/
pour suite des conversations !
Veritas

Eric (Granville) 10/02/2009 00:49

C'est vrai, je suis pessimiste, mais comme le dit Claude Lévi Strauss “… c’est à la condition d’être pessimiste que l’on prendra conscience des dangers qui nous menacent, que nous aurons le courage d’adopter les solutions nécessaires et donc peut-être nous pourrons recommencer à avoir une certaine dose d’optimisme, disons… modéré. ”

emmanuel 09/02/2009 19:32

Votre analyse est très intéressante et présente un volet très peu absent dans les commentaires actuels celui de la sortie de crise. Est ce que certains responsables économiques et politiques n'ont pas intérêt à ne pas évoquer celle ci pour perpétuer le statu quo qui pourtant nous mène dans le mur

Jean Claude Werrebrouck 09/02/2009 20:53


Oui, mais il n'existe aucune mauvaise intention. Les hommes transportent l'ensemble de leur passé , l'ensemble de leurs croyances et cela pése très lourd dans leur sac, ce qui les empêche de
négocier les virages nécéssaires.


Denise Marie 09/02/2009 18:26

Tout à fait d'accord avec Véritas : on ne parle jamais des illuminatis ni des Bilderberg à la télévision (ni des E.T d'ailleurs), tout ça est tabou ; sinon pour réfuter ou ironiser. C'est eux qui ont créer le marasme dans lequel on est. Alors...
D'accord avec Philippe Derssertine qui vient d'écrire un livre "Ceci n'est pas une crise juste la fin d'un monde" Bien vu. Hé ben quoi ?... "la fin du monde" annoncée dans les Ecritures ?...Nous y voilà. Pas du monde, d'un monde...celui du pouvoir et du profit.
J'ai eu la chance de trouver sur les quais un petit livre sur le même théme, datant des années cinquante : "Henry Miller et Nostradamus. Entretiens sur la fin d'un monde"(Le rocher)
Il s'agit d'une correspondance privée et émouvante entre l'écrivain américain et le traducteur des célèbres centuries. Délicieux comme ouvrage. Une facette inconnue de Miller (spiritualiste) qui avait tout compris. Il nous promet des jours meilleurs pour 2025 !!!

Simplet 09/02/2009 08:22

La démarche historique que vous proposez en référence au big bang me parait appropriée, mais il me semble que l'analogie faite avec les théories physiques est incomplète. Ce qui ressort des théories physiques, c'est l'émergence de propriétés nouvelles de la matière à partir de propriétés initiales: Condensation de particules élémentaires à partir d'une certaine température de l'univers, ("apparition" des protons, neutrons...) formation des atomes d'hydrogène, accrétion de ces atomes d'hydrogène et formation d'étoiles qui synthétisent en plusieurs étapes les atomes dont nous sommes faits (et oui, nous sommes faits de déchets nucléaires...).
A chaque étape, correspondent de nouvelles propriétés émergentes, mais dépendantes des propriétés de base.
En ce qui concerne l'hommo dit sapiens, je pense que vous ne remontez pas assez loin. Puisqu'on entre dans une année Darwin, il me semble important de noter que notre espèce appartient à l'ensemble des mammifères sociaux chez qui les rapports hiérarchiques existent déja, et que si l'on se focalise sur les primates et nos proches cousins chimpanzés en particulier, les rapports de domination (héréditaires parfois) , les stratégies d'alliance politiques pour renverser les dominants ou fayoter avec eux existent déja.
Le dominant existe déja par le regard d'envie que lui jette le dominé. Le dominé est fier de la protection que lui accorde le dominant; "Se plaire à protéger, chercher un protecteur", disait Marc Bloch à propos de la société féodale (de mémoire).
On pourrait donc émettre l'hypothèse (je suppose qu'elle à déjà été émise) que notre spécificité néocortexiale n'a jusqu'à présent servi qu'à accroître les possibilités de prestiges des singes dominants.
Partant de là, à quoi correspondent ces "lois" de l'économie, qui présupposent un meilleur des mondes que la divine nature fait évoluer vers un avenir radieux dépendant en fin de compte des constantes universelles qui expliquent notre univers? Plutôt que de découper l'histoire de l'économie en phases tendant vers une amélioration continuelle de la maîtrise de l'homme sur sa destinée, ne serait t'il pas plus judicieux de la situer dans la continuation des besoins des dominants de se planter des plumes de paon là où elles se peuvent planter afin de susciter l'envie des dominés, ce qui est en fin de compte leur seule bonne raison de vivre.
Pour finir, je voudrais juste citer quelques mots de l'introduction que fait André Finet à la traduction du code d'Hammurabi ( édition du Cerf) ,à propos de la vie économique dans la Babylone d'il y a 4000 ans.
A propos du dévellopement du commerce "international" :
"Le trafic à pris une telle importance et les capitaux en jeu un tel poids que le marchand va devoir se confiner au rôle de banquier. Il envoie des chargés d'affaires, ses commis, dont il est bailleur de fonds et qui traitent pour lui au quatre coins du monde connu, tandis que lui même, de ses bureaux, contrôle le mouvement des marchandises, le cours des denrées, les comptes qui lui parviennent de partout. Il spécule sur l'orge et sur l'argent, il prête. C'est une société où le profit du riche est énorme et où le pauvre s'endette, toujours d'avantage démuni. Les souverains qui ont à coeur de protéger le faible, comme le proclame Hammourabi (Obama?), et qui redoutent, mais ne le proclament pas, les conséquences d'un mécontentement populaire exessif, promulguent des annulations de dettes, valables pour tout le royaume ou en certains lieux seulement. La répétition de ces palliatifs est la meilleur preuve de leur peu d'efficacité."

Ca ne vous rappelle rien?

Jean Claude Werrebrouck 09/02/2009 09:09



très intéressant! pourriez-vousfaire un article là-dessus?



quasimito 09/02/2009 01:05

Voilà une lecture qui apporte un peu d'air! Je comprends un peu mieux se qu'il se passe dans mon petit esprit individuel.
Je me disais récemment: qui a bien pu décider que l'humanité devait passer de 1 à 7 milliards en un siècle? Réponse: personne, il me semble. Aussi, je crois que personne ne prend la décision de faire le chemin inverse, quand au nombre... parce qu'on ne revient jamais en arrière. Et pourtant, il se pourrait bien que ce soit ce qui va arriver, pas forcément dans la bonne humeur. Mais voilà que l'on peut se remettre à être à l'affût de surprises.
Merci pour ce regard plus distant. Comment faire pour rester optimiste? Depuis quelques années, et pourtant je n'ai que 35 ans, je ne cesse de répéter: je suis perdu, je ne comprends rien.
Les données thermodynamiques (que je ne maîtrise pas) me semblent en effet importantes. Je me souviens d'une conversation avec des proches sur l'idée d'un moteur qui pourrait produire l'énergie dont il a besoin en fonctionnant... Derrière la technologie au service de l'écologie, se cache souvent le vieux rêve du mouvement perpétuel.
Finitude, perte... Oh quels vilains mot! Pourtant il se pourrait bien que ce soit grâce à ces mots que les rares sentiments sympathiques entre humains aient jamais existé. Et quelques angoisses aussi.
Au plaisir de vous lire...

Veritas 08/02/2009 17:39

pas d'accord Monsieur werrebrouck ! on ne parlera jamais des illuminati à la télévision , même pas des Bilderberg ; c'est un sujet tabou .

hafrit 08/02/2009 16:33

à propos du commentaire de Hafrit n°5: diminuer la population mondiale , n'est-ce pas un projet de D Rockefeller et des illuminati ? Aufait JP MORGAN-CHASE ne lui appartient-il pas ???

bonjour vérité je voulais vous répondre ,ce discour est tenu un peu partout sur le plateau de beaucoup d'émissions télé .

Denise Marie Caminade 08/02/2009 16:28

Pas besoin de remonter aussi loin pour comprendre le présent, du moins un certain présent, celui qui nous affecte en ce moment (avec crises de toutes sortes) il suffit de se rapporter 10 ou 12 000 ans en arrière, à l'époque de le fin de l'Atlantide, dont on nous dit qu'il n'existe aucune preuve de ce continent. Et pour cause, il a presqu'entièrement disparu et le peu de survivants ont perdu la mémoire. Ce qui pourrait bien nous arriver vu les problèmes climatiques qui s'annoncent (et notamment cet abaissement du champ magnétique) Nous voilà prets en effet, à refaire tristement un Atlantide 2 ! mais comme on n'est même pas conscient du premier il est plus difficile de ne pas refaire les mêmes erreurs.

Eric (Granville) 08/02/2009 12:43

Merci de nous proposer, comme vous le faites, des références de lecture intéressantes.
Je retiens de l'article d'Harald Welzer que :
- Toutes les impasses arrivent en même temps (économie, énergie, environnement, valeurs)
- La prise de conscience est lente, au mieux abstraite tant que les faits les plus durs n'atteignent pas la vie quotidienne des hommes.
- Qu'il sera très difficile d'anticiper de sages décisions avant que, par la force des choses, la réalité ne les impose d'elle même.
- Nous n'échapperons pas à des affrontements internationaux et intergénérationnels.

Je tiens pour acquis que nous allons vivre un tournant dans l'histoire de l'humanité (rien que ça), au regard duquel toutes les guerres précédentes apparaîtront aux historiens futurs (si il en reste) comme de simples accidents évolutifs.

Les forces en présence démographiques, militaires et écologiques sont colossales.
Quelque soit la chronologie des évènements (impossible à prévoir), Il me semble que la psychologie humaine dominante mènera chaque sous-ensemble à défendre ses intérêts jusqu'au bout. Malheureusement, je n'envisage de recomposition qu'après l'épuisement de cette phase.

Comme dit Harald Welzer, autour de nous rien ne change, "les avions décollent". Mais les gens d'aujourd'hui pourraient être les mêmes qui dans 10 ans trouveront normal d'exterminer les vieux ou je ne sait quoi. Les consciences sont tellement malléables.

J'aimerai tellement qu'on me prouve le contraire.
Excusez-moi et bon dimanche quand même...

Jean Claude Werrebrouck 08/02/2009 16:49


il faut rester optimiste!


Sybille 08/02/2009 11:59

Merci pour cet article et la création de ce blog.
Y a t'il ou y aura t'il un ouvrage qui développe cette vision que vous avez?

Par contre, je n'ai pas tout à fait envie de vous suivre sur votre conclusion:

Non pas que je crois aux idéologies "gravées dans le marbre" mais plutôt que j'aspire à une certaine renaissance des lumières, qui seule, à mon sens, permettrait de déjouer l'élévation de l'entropie, que nous constatons, impuissants aujourd'hui.

Je sais bien qu'il sagit d'une utopie, mais l'enjeu n'est-il pas civilisationnel?

En même temps que je ne vois pas du tout notre monde et notre humanité se refonder sur la base de simples règlements.

C'est d'ailleurs la différence que je fais entre un travail législatif, qui s'articule forcément et a priori sur du sens (ex: libertés, égalités, etc..) et un travail de règlementation qui permet de mieux encadrer les lois en les concretisant.

Les anciens outils fondateurs des civilisations(religieux, lumières) ont aujourd'hui atteint leurs limites. J'ai l'impression que de nouveaux outils, intégrant le vivant, l'environnement et l'unicité du monde sont à construire, maintenant.

Je ne suis absolument pas spécialiste de ces questions mais j'arpente le web et les librairies à la recherche du moindre indice qui pourrait m'éclairer.

Enfin peut être aussi ai-je mal interprété votre conclusion.

Jean Claude Werrebrouck 08/02/2009 16:51


OK pour la distinstion entre droit et règlement. C'est parce que le sens a disparu qu'il n'y a plus que des règlements


Veritas 08/02/2009 07:25

à propos du commentaire de Hafrit n°5: diminuer la population mondiale , n'est-ce pas un projet de D Rockefeller et des illuminati ? Aufait JP MORGAN-CHASE ne lui appartient-il pas ???

hafrit 07/02/2009 21:48

tres bonne analyse , mais je ne vois pas de grande difference entre keynes et marx dans ideologie , par contre sur le futur je suis presque d'accord
"Avant que les contraintes écologiques ne s'imposent dans les années2020, je poserai plutôt les jalons de la déflation, du chômage de masse, du protectionnisme, puis de cette inévitable inflation dévoratrice par création monétaire qui pourra "remettre les pendules à l'heure" (et les compteurs à zéro).
Voilà peut-être le préalable à toute reconstruction : Il faut en effet redonner son futur à la nouvelle génération en effaçant l'ardoise intergénérationnelle"
je suis en accord avec vous ,c'est meme un projet politique mondial a faire diminuer la population mondial ce qui amenerait a utiliser moins de ressources .
mais l'ecologie comme il est presente montre le capitalisme actuel , il faudrait creer une perspective une vision du monde qui n'existe pas actuellement,les politiciens ne donnent aucunes directives , ils ne possedent aucun schema de societe et le monde n'aime pas le vide .
la crise est politique et ideologique avant d'etre financiere ou economique .
quoi qu'il arrive le marquage ideologique ne pourra pas se faire sans les peuples (ex:l'europe sans les peuples elle n'existera jamais).

Jean Claude Werrebrouck 08/02/2009 11:02


OK. lisez l'article de Harald Welzer dans le Monde d'aujourd'hui.


veritas 07/02/2009 21:15

quelles reflexions vous suggère le non soutien de LEHMAN-BROTHER par JP MORGAN-CHASE le 15 septembre 2008, qui a précipité et cristallisé la crise ? s'agirait-il d'un 11 septembre économique AVEC TOUT CE QUE CELA SOUS-ENTEND !

Jean Claude Werrebrouck 08/02/2009 11:03


J'ignore complètement mais je curieux d'une analyse.


Hagouchonda 07/02/2009 03:08

La notion à disparue des radar de la civilisation tout simplement parce que cette civilisation n'en a pas. Et si elle ne tombe pas rapidement homo sapiens sapiens en aurra pas non plus.

Si par malheur elle se relevait de cette depression économique au lieu de s'y engloutir dans une spirale dégénérative. Elle serait aussi tôt ratrappé par le pic pétrolier, du gaz, etc. par l'effondrement globale de la biosphère et par les changements cataclismiques du climat qui rendrons impossible la poursuite de l'agriculture.

Eric (Granville) 06/02/2009 02:26

Bien d'accord avec crystal, j'estime également que "développement durable" est un oxymore dans un monde fini. Yves Paccalet en parle aussi très bien (cf "L'humanité disparaitra, bon débarras").

Mais la question écologique qui structurera forcement le monde d'après demain en tant que valeur fondamentale, n'a à mon avis que peu de chances d'emerger dans les années2010 qui préoccupent l'auteur de ce blog, si ce n'est comme tentative de relance verte de notre modèle économique moribond.

Avant que les contraintes écologiques ne s'imposent dans les années2020, je poserai plutôt les jalons de la déflation, du chômage de masse, du protectionnisme, puis de cette inévitable inflation dévoratrice par création monétaire qui pourra "remettre les pendules à l'heure" (et les compteurs à zéro).
Voilà peut-être le préalable à toute reconstruction : Il faut en effet redonner son futur à la nouvelle génération en effaçant l'ardoise intergénérationnelle.

Mais toute la dette qui nous a permis de nous "goinfrer" ne pourra pas être effacée, car elle n'est pas que monétaire.
Il en est d'autres plus essentielles encore : problématiques du CO2, de l'eau, des sols, de la biodiversité, on pourrait même considérer que la croissance démographique de l'humanité s'est faite à crédit...

Alors, il va nous falloir être très imaginatifs !!!

Jean Claude Werrebrouck 07/02/2009 11:45


oui, vous avez raison.
Bon week-end


Crystal 05/02/2009 19:48

Bonjour,

Tout d'abord bravo pour cette initiative de regroupement de vos articles sur la forme d'un blog. C'est un format intéressant pour animer des débat.

Et bien allons-y, sur cette question :

" En d'autres termes n'y a-t-il pas une contradiction de termes quand on parle de développement durable ? Dit autrement encore : le développement durable est-il la nouvelle utopie ?"

Cela fait un bout de temps que cette question a été répondu de manière positive. Le premier fût un physicien nommé Sadi Carnot (donc 19ème siècle) avec la découverte du second principe de la thermodynamique.

L'intégration de ce principe physique dans l'économie a été réalisée pour la première fois (sauf erreur de ma part) par Nicholas Georgescu-Roegen.

Voici l'un de ses ouvrages majeurs traduit par Jacques Grinevald qui en fait la démonstration :

http://classiques.uqac.ca/contemporains/georgescu_roegen_nicolas/decroissance/la_decroissance.pdf

Au plaisir de vous lire.

Jean Claude Werrebrouck 07/02/2009 12:04


Merci pour vos commentaires. Etes vous un adepte de la décroissance?
Bon week-end


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