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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 23:00

      La promesse présidentielle de cloisonnement des banques universelles devient, en ce début d’hiver 2012, débat à l’Assemblée Nationale. Et avec ce dernier, beaucoup d’avis donnent lieu à une littérature abondante qui, hélas, laisse de côté la question essentielle : est-il légitime de laisser aux banques le pouvoir de création monétaire ? Ce que, dans leur jargon, les économistes évoquent sous le terme de système à « réserves fractionnaires ».

 

 Construire un mur

La question du cloisonnement n’est certes pas inintéressante et il est éthiquement logique de vouloir protéger les dépôts des clients des risques pris par le compartiment « marché ». Démarche d’autant plus logique que la crise financière dans sa version initiale (2008) a obligé les Etats à intervenir et à élargir le niveau de protection à peine d’un effondrement planétaire. Les tenants de « l’aléa moral » souhaitent donc  revenir à un modèle proche du Glass Steagall Act de 1933. On peut évidemment longtemps discuter des modalités du cloisonnement : celles du Dobb Frank Act et de la règle Volcker, celles issues du rapport Vickers ou celles issues du rapport Liikanen, ou enfin celles proposées par le gouvernement français et qui seront discutées au parlement. Toutes ces modalités, concernent très simplement, la question de  l’épaisseur du mur de protection contre un tsunami financier, issu du compartiment marché et des activités spéculatives qui s’y réalisent, notamment en « propriatary trading », c’est-à-dire la spéculation en compte propre.

 

  Maintenir l'universalité

 Aux partisans d’un mur dont l’épaisseur fait débat, s’oppose tout naturellement le lobbying bancaire, dont la puissance repose d’abord sur les rapports fusionnels entretenus avec les entrepreneurs politiques et qui, en France, passe aussi et peut-être  d’abord, par ce plus petit commun dénominateur qu’est l’Inspection Générale des Finances. Les arguments présentés sont simples : il ne saurait exister de frontière identifiable entre activités classiques de gestion de compte et de crédit et les activités de marché  ne sont que le prolongement nécessaire des premières. Idée d'autant plus crédible que le client, notamment industriel, ne se découpe pas en tranches. Ainsi, lorsqu’un client  de la BNP demande un crédit libellé en monnaie étrangère, il met nécessairement en mouvement les deux compartiments, d’où l’apparent bien-fondé de l’idée de banque universelle, en tant qu’entité réduisant les coûts de coordination et de transaction. La puissance du lobbying français est sans doute différente de celle du lobbying américain, (ce dernier est constitué d’une armée  25 fois plus nombreuse que celle représentant l’addition de la totalité des représentants syndicaux et des associations de consommateurs) mais il est tout aussi efficace. On peut donc penser que la loi française sera aussi douce que la loi Dodd-Frank dont les décrets d’application  atténuent grandement une rigueur de simple apparence.

 

Interdire la spéculation    

Il existe toutefois une autre opposition, plus spécifiquement une contre-proposition face à l’idée de séparation. Celle-ci consiste à dire, qu’il ne faut pas cloisonner ce qui ne peut l’être vraiment, en raison de nouveaux comportements d’adaptation donnant lieu à de nouvelles créativités financières. Il faut simplement interdire la spéculation, et transformer en délit personnel, donc délit touchant directement les dirigeants des établissements bancaires, le « proprietary trading ».

L’idée est séduisante mais pose de multiples problèmes quelle que soit la portée d’un texte d’interdiction.

S’il devient interdit de spéculer en général, il est clair que les opérations, simples et importantes du point de vue de la gestion des entreprises réelles, seront transférées vers d’autres juridictions. A titre de simple exemple, Il semble en effet impossible de supprimer des instruments comme les marchés à terme de matières premières ou de devises. L’interdit devient ainsi une radicale perte de compétitivité bancaire, avec réel danger pour le pourtant très simple compartiment des dépôts. Si maintenant, l’interdit porte simplement sur des paris concernant des produits dont les participants n’en ont pas un usage commun, il y aura tarissement de la liquidité -la très fameuse perte de  profondeur de marché- et perte d’efficacité des instruments légitimement utilisés. D’où là aussi, risque de transfert vers des juridictions plus clémentes.

L’alternative au décloisonnement, qui consiste tout simplement à faire disparaitre l’un des deux compartiments bancaires, est ainsi peu envisageable et on peut compter sur le lobbying bancaire pour ne pas faire émerger une telle réflexion, ce qu’empiriquement nous constatons : la simple et légère taxation ( 0,01% sur les contrats dérivés)  sur transaction de produits financiers, a déjà donné lieu à bien des péripéties. Notons d’ailleurs, que cette fort timide taxation sera de fait aisément contournable, et que seule une mise en œuvre supranationale serait susceptible d’éviter l’évasion.

 

 Interdire la création monétaire

Il existe toutefois une toute autre piste, qui n’a pas besoin d’être repoussée par le lobbying susvisé, tant elle est éloignée du champ de la simple conscience politique : l’interdit de la création monétaire par les banques et, ce faisant, le rétablissement de la souveraineté monétaire.

Personne en effet n’évoque que pour l’essentiel, la très rapide croissance monétaire est le fait des banques par le biais des opérations de crédit. Ce qui signifie, que la masse monétaire, dont le coût de production est rigoureusement égal à zéro, est constituée pour l’essentiel de dette donnant lieu à versement de rente, laquelle est très largement prélevée sur la richesse produite par l’économie réelle. Et il s’agit effectivement le plus souvent  de rente, puisque la dette produite, n’a pas nécessairement pour contre-partie, un investissement productif de richesse supplémentaire, ce qui est le cas de l’essentiel du crédit immobilier que l’on titrise, du crédit à la consommation, des titres de la dette publique et de nombreuses autres formes de dettes supports des activités de pure spéculation. La dette augmentant plus que proportionnellement au PIB - ce que mesure bien la masse monétaire qui augmente 3 à 4 fois plus vite que le PIB – la part de marché de l’industrie financière n’a cessé d’augmenter, tandis que les salaires de ses dirigeants augmentaient beaucoup plus rapidement que ceux de l’industrie. Les travaux d’Olivier Godechot de Paris School of Economics ont ainsi pu révéler, que si depuis 1996 les revenus d’activité du top100 des cadres hors finance ont été multipliés  par 3,6, ceux du top 100 des cadres de la finance ont été multipliés par 8,7.

La vraie question du repositionnement des banques, est donc bien dans leur pouvoir exhorbitant de prélever une rente sur  une monnaie créée  à coût nul, une monnaie dont la base légale est pourtant celle de l’Etat: "la monnaie comme créature de l'Etat", disait Lerner. Derrière cette question se pose donc naturellement la question de l’indépendance des banques centrales, des banques qu’il est urgent de renationaliser en leur donnant le monopole de la création monétaire.

 

Mais là encore, qui aura le courage de revenir sur plusieurs dizaines d’années d’abandon de ce bien public qu’est la monnaie ? Parions qu’aucun parlementaire n’évoquera le problème de la création monétaire en discutant, de cette tempête dans un verre d’eau, qu’est le projet de loi sur la fin de la banque universelle : son propos serait totalement incompris de ses collègues. Et ce silence ne relèvera d’aucun groupe de pression, d'aucune intrigue, d’aucun complot, mais du simple et pourtant   fantastique poids d’une idéologie dominante, une idéologie qui écrase les hommes. Décidément la fin de la crise n’est pas pour demain.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans monnaie et banques
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BA 22/12/2012 08:59

Vendredi 21 décembre 2012 :

Chypre : "le risque d'un défaut de paiement est important et s'accroît", a précisé Standard and Poor's.

Lisez cet article :

Zone euro : les Européens n'envisagent pas d'effacement de la dette de Chypre.

Les instances européennes n'envisagent pas un effacement de la dette de Chypre, qui a vu sa note s'enfoncer encore cette semaine, à "CCC+", malgré l'adoption d'un budget d'austérité sévère dans
l'attente toujours vaine d'un sauvetage financier.

Le président chypriote, Demetris Christofias, a lui-même exclu l'idée d'un effacement de sa dette : "Chypre n'acceptera pas une chose pareille", a-t-il déclaré vendredi à des journalistes.

Jeudi 20 décembre, le quotidien allemand "Süddeutsche Zeitung" avait rapporté que le Fonds monétaire international (FMI) conditionnait sa participation à un plan d'aide à un effacement partiel de
la dette chypriote, estimant que la mise en place des réformes exigées ne suffirait pas.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a exclu vendredi de recourir à un effacement de la dette en rappelant que cette mesure avait été
prise "de manière exceptionnelle" pour la Grèce.

"La question ne se pose pas", a également déclaré Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE). "Cependant, il est prévisible que le niveau de l'endettement de Chypre
ne sera pas supportable" et "nous devrons regarder toutes les mesures pour le rendre supportable", a-t-il ajouté.

Chypre est toujours en négociation avec la troïka - FMI, UE et BCE -, appelée à l'aide en juin. Nicosie estime avoir besoin sur quatre ans de 17 milliards d'euros, l'équivalent du PIB annuel du
pays, dont 10 milliards pour renflouer les banques, plombées par la dette grecque.

Le gouvernement chypriote, qui ne peut plus emprunter sur les marchés internationaux depuis juillet 2011, a dû puiser en début de semaine dans les fonds de pension d'organismes semi-publics pour
pouvoir verser les 12e et 13e mois des fonctionnaires.

Mais le ministère des Finances a assuré depuis que le budget était assuré jusqu'à l'arrivée de la première tranche d'aide, espérée en mars.

Le FMI a en effet confirmé jeudi que les longues tractations sur le plan d'aide n'aboutiraient pas avant la fin de l'année. Pour MM. Juncker et Asmussen, elles devraient être finies pour
l'Eurogroupe du 21 janvier.

Devant la lenteur des discussions, l'agence de notation Standard and Poor's (SP) a pour la troisième fois depuis août enfoncé un peu plus la note de la dette de Chypre dans la catégorie spéculative
en l'abaissant de deux crans, de "B" à "CCC+".

"Alors que les options de financement du gouvernement sont de plus en plus limitées et qu'il nous semble que les partenaires de Chypre dans la zone euro font preuve d'hésitation à partager le coût
d'une sévère crise bancaire, nous considérons que le risque d'un défaut de paiement est important et s'accroît", a précisé Standard and Poor's.

http://www.romandie.com/news/n/Zone_euro_les_Europeens_n_envisagent_pas_d_effacement_de_la_dette_de_Chypre46211220121522.asp

BA 18/12/2012 21:31

Portugal :

Le Portugal s'enfonce dans la récession au troisième trimestre : - 3,5 % en glissement annuel.

C'est un peu plus que prévu. Le produit intérieur brut (PIB) du Portugal a reculé de 0,9 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, et de 3,5 % en glissement annuel, a annoncé
vendredi 7 décembre l'Institut national des statistiques (INE). L'approfondissement de la récession au troisième trimestre est le "résultat de la réduction moins accentuée des importations de biens
et services et du ralentissement des exportations", a expliqué l'office statistique portugais dans un communiqué.

Irlande :

L'Irlande ne peut pas rembourser les 85 milliards d'euros du plan de sauvetage.

L'Irlande "a besoin de plus de temps" pour rembourser l'argent utilisé pour renflouer ses banques, a réclamé samedi 8 décembre dans la presse allemande le gouverneur de la Banque centrale
d'Irlande, Patrick Honohan. Interrogé sur le délai supplémentaire nécessaire pour rembourser, le gouverneur de la Banque centrale d'Irlande a plaidé pour la recherche d'une "solution durable", qui
n'aurait pas à être de nouveau modifiée par la suite. "En conséquence, le délai de remboursement devrait être considérablement allongé", a-t-il ajouté, sans donner aucune autre précision.

Chypre :

Chypre risque le défaut de paiement d'ici quelques jours.

Chypre risque de ne pas pouvoir rembourser des prêts dus en décembre et verser les salaires des fonctionnaires si un accord sur un plan de sauvetage n'est pas conclu rapidement avec la troïka des
bailleurs de fonds, a indiqué un responsable gouvernemental lundi 17 décembre. "Si dans les jours à venir, l'Etat ne peut pas obtenir 250 à 300 millions d'euros, alors l'Etat cessera d'honorer des
paiements", a déclaré un dirigeant du ministère des Finances, Christos Patsalides, à un comité parlementaire.

Grèce :

On va encore prêter des dizaines de milliards d'euros à la Grèce ... alors que la Grèce est incapable de rembourser quoi que ce soit.

Le versement d'une nouvelle tranche de 34,3 milliards d'euros d'un prêt de l'Union européenne (UE) et du FMI à la Grèce sera achevé mercredi 19 décembre, a annoncé un responsable grec juste après
le paiement d'une première partie de la somme. Après l'échec de plusieurs réunions, la zone euro s'est enfin mise d'accord jeudi dernier pour débloquer cette aide financière à la Grèce gelée depuis
des mois, et lui éviter ainsi de sombrer dans la faillite.

Espagne :

La dette publique a explosé.

Le gouvernement espagnol prévoit que la dette publique atteindra 85,3% du PIB à la fin de l'année, contre 69,3% à la fin 2011, largement au-dessus de la limite fixée par le Pacte de stabilité de
l'UE (60%). Cette prévision ne tient pas compte du prêt européen aux banques espagnoles, dont le premier volet de 37,5 milliards d'euros est attendu dans les prochains jours.

Italie :

La dette publique a explosé.

De son côté, la dette de l'Italie a franchi en octobre pour la première fois le cap symbolique des 2.000 milliards d'euros, selon un document publié vendredi 14 décembre par la banque centrale
italienne. La dette de l'Italie s'est établie à 2.014,693 milliards d'euros en octobre 2012, contre 1.995,143 milliards d'euros en septembre 2012, selon un supplément au bulletin mensuel
statistique de la Banca d'Italia.

http://www.boursorama.com/actualites/les-dettes-de-l-espagne-et-de-l-italie-franchissent-des-records-b63747bd59db2a4c3ba47ff748358671

Conclusion :

En zone euro, la crise est finie.

BA 17/12/2012 20:53

Lundi 17 décembre 2012 :

Chypre risque le défaut de paiement d'ici quelques jours.

Chypre pourrait être dans l'incapacité d'honorer des remboursements de prêts dus en décembre faute d'un accord sur un plan de sauvetage dans les jours à venir avec la troïka des bailleurs de fonds,
a indiqué un responsable gouvernemental lundi.

"Si dans les jours à venir l'Etat ne peut pas obtenir 250 à 300 millions d'euros, alors l'Etat cessera d'honorer des paiements", a déclaré un dirigeant du ministère des Finances, Christos
Patsalides, à un comité parlementaire.

Selon M. Patsalides, le gouvernement chypriote n'a pas de plan B en cas d'échec des négociations sur un plan d'aide avec la troïka (UE, BCE, FMI).

Le gouvernement, étranglé par d'importantes difficultés financières, tente de puiser dans les fonds de pension et de prévoyance d'organismes semi-publics, y voyant la seule option pour emprunter de
telles sommes à très court terme.

Les salariés de l'Autorités des télécommunications ont manifesté contre de telles décisions, craignant que les fonds prêtés à l'Etat ne soient jamais rendus.

M. Patsalides a précisé que le gouvernement chypriote avait besoin de 420 millions d'euros pour répondre à ses besoins immédiats, mais que sur cette somme, 170 millions d'euros avaient déjà été
obtenus auprès de "sources extérieures".

La troïka rassemblant l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, examine la demande chypriote d'aide européenne, qui doit être soumise à l'Eurogroupe le
21 janvier.

Une fois l'aide validée, il faudrait cependant encore plusieurs semaines avant que l'île méditerranéenne ne reçoive ses premiers versements.

http://www.boursorama.com/actualites/chypre-risque-le-defaut-de-paiement-d-ici-quelques-jours-d4e8ff6bc78d93198517f39f3e2b7139

Zone euro : dettes publiques au deuxième trimestre 2012 :

1- Médaille d'or : dette publique de la Grèce : 300,807 milliards d'euros, soit 150,3 % du PIB.

2- Médaille d'argent : dette publique de l'Italie : 1982,239 milliards d'euros, soit 126,1 % du PIB.

3- Médaille de bronze : dette publique du Portugal : 198,136 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB.

4- Dette publique de l'Irlande : 179,718 milliards d'euros, soit 111,5 % du PIB.

5- Dette publique de la Belgique : 382,922 milliards d'euros, soit 102,5 % du PIB.

6- Dette publique de la France : 1832,599 milliards d'euros, soit 91 % du PIB.

7- Dette publique de Chypre : 14,939 milliards d'euros, soit 83,3 % du PIB.

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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