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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 08:34

 

 

Après un travail préparatoire de près d’une année, le Trésor Grec vient d’emprunter sur les marchés 3milliards d’euros à 5 ans pour un taux de 4,95%. La demande comportant un livre d’ordres de 600 signatures a dépassé les 20 milliards contre une première offre de seulement 2,5 milliards. 6 SVT[1] avaient été retenues dont Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley, Bank of America et Merril Linch. Ces SVT auraient par ailleurs acheté de la dette grecque en compte propre.

Les titres remportés le sont essentiellement en provenance de Grande Bretagne (47%), du reste de l’Europe (31%), et hors d’Europe ( 15%). S’agissant de l’origine institutionnelle, la moitié des titres remportés le sont par des sociétés de gestion et le tiers par des « hedge funds ».

Le succès provient de l’importance des moyens mobilisés pour sa préparation, la mise en avant de la sécurité d’une dette certes colossale mais de maturité moyenne largement supérieure à celle de la zone euro, et surtout portée par les mains des partenaires officiels de la Grèce dont bien sûr la BCE.

A y regarder de plus près la prime de risque est importante dans la mesure où aux yeux du marché il apparait que la crise de l’euro serait désormais contenue. C’est dire que l’achat est particulièrement rentable et va permettre de rehausser l’attrait d’un certain nombre de titres financiers qui pourront être dopés avec de la dette grecque. Pour un  certain nombre de banques, la rentabilité est même exceptionnelle puisque les ressources mobilisées pour l’achat le sont à taux presque nul. Pour le trading  classique il s’agit aussi d’une aubaine car la forte demande non satisfaite pourra l’être partiellement par un grand mouvement d’allers-retours permettant de disséminer la manne de la rentabilité sans aucune prise de risque, et cela dans les quelques jours qui suivent le placement. Pour les plus soucieux de confort, il s’agit d’une voie bien paisible qui laisse à d’autres, les fonds « distressed », le soin d’aller plus loin dans le risque fortement rémunéré.

Au total ce que certains appellent le « triomphal retour de la Grèce » sur les marchés est d’abord un cadeau fait à la finance qui ne pourrait envisager aussi facilement une telle efficacité dans la cadre d’un système très classique de prêts aux entreprises. Les prétendus investisseurs n’ont évidemment rien à voir avec le goût du risque sur les marchés économiques.

Les entrepreneurs politiques sont aussi les gagnants de ce qui peut être considéré  comme une réelle opération de communication au bénéfice de l’organisation de Bruxelles et du pouvoir grec. La Commission se voit confirmée dans ses activités à un moment où les risques électoraux du mois de mai ne sont pas négligeables. De la même façon les entrepreneurs politiques au pouvoir à Athènes peuvent mettre en avant ce qui peut apparaitre comme un réel succès. Organisation de Bruxelles et pouvoir grec coopèrent pour mieux affronter l’avenir. Gagner du temps reste le mot d’ordre de la gestion de la grande crise.

A l’inverse l’opération est fort couteuse pour les salariés , consommateurs ou retraités grecs, des groupes pour lesquels la pression sociale/fiscale ne pourra que se renforcer.

Tout d’abord conforter l’euro en Grèce, c’est-à-dire laisser entre  les mains de pauvres une monnaie de réserve à cours élevé, c’est continuer à désindustrialiser la Grèce sauf à en faire une petite chine avec des salaires chinois, ce qui semble ici et là émerger.

Mais surtout le retour du financement public par les marchés doit être supporté par de nouvelles charges : comment servir un taux de 4,95% sur de la dette nouvelle avec un taux de croissance qui restera proche de 0,6% ? Ajoutons que ce taux de l’intérêt doit être « complété » par une déflation qui atteint maintenant le rythme annuel de 1,3% l’an. C’est dire qu’en valeur, la croissance grecque restera négative en 2014.

Le gâteau diminuant et les prélèvements financiers augmentant, c’est bien le citoyen grec qui sera amené à régler la note de ce miracle des marchés.

 



[1]Spécialistes en valeurs du Trésor selon le langage de notre Agence France Trésor.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
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BA 18/04/2014 10:02

L'économiste Bernard Maris était pour l'euro depuis 25 ans.

Aujourd'hui, il vient de changer d'avis : il est pour la sortie de l'euro.

Il explique pourquoi dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, dans une série d'articles tous plus explosifs les uns que les autres.

Mercredi 9 avril, puis mercredi 16 avril, puis mercredi 23 avril 2014, etc, lisez ces articles d'un économiste qui vient juste de comprendre son erreur : c'est édifiant.

Pour lire le premier article de Bernard Maris du mercredi 9 avril 2014, cliquez ici :

http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2014/04/18/bernard-maris-vire-sa-cuti-1/

BA 17/04/2014 16:47

Jeudi 17 avril 2014 :

L'économiste Frédéric Lordon : "il faut sortir de l'euro"

La video dure 19 minutes 41 :

http://www.dailymotion.com/video/x1ozyjq_l-economiste-frederic-lordon-il-faut-sortir-de-l-euro_news

BA 16/04/2014 11:31

L'économiste Bernard Maris publie une série d'articles explosifs dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

Cette série d'articles explique pourquoi l'économiste Bernard Maris, qui était favorable à l'euro depuis 25 ans, a changé d'avis : aujourd'hui, il est pour la sortie de l'euro.

Charlie Hebdo, mercredi 16 avril 2014, page 6 :

"Le sophisme de Benoist Apparu.

Faut-il sortir de l'euro ? Oui. Est-ce possible ? C'est une autre paire de manches. Comment vivait la France avant l'euro ? Sa monnaie fluctuait au gré des dévaluations par rapport au dollar,
décidées par les gouvernements en fonction des attaques contre la France (autrement dit, des ventes massives de francs par les résidents ou les étrangers, autrement dit, des sorties massives de
capitaux). En ce temps-là, les marchés de capitaux étaient plus faciles à contrôler. D'abord, il n'y avait pas de capitaux offshore, flottant entre les Etats. Ensuite, le volume de l'épargne
cherchant à se placer ici ou là était beaucoup plus faible. Malgré tout, le capital circulait et les Etats contraient cette circulation par le contrôle des changes ou la dévaluation. Arrivé au
pouvoir, de Gaulle dévalue de 20 %. L'économie repart à tour de bras.

Les temps ont changé. Les marchés de capitaux offshore, internationaux, brassent des sommes considérables. En zone euro, les marchés ne peuvent plus attaquer directement les monnaies (le franc a
disparu), mais les contreparties de l'euro, les supports de l'euro. Il y en a trois : l'or (négligeable), les créances sur les économies (la dette Suez, la dette Renault, etc) et, surtout, les
dettes publiques, les dettes sur les Trésors publics. Tout se passe exactement comme avant, sauf que les Etats ne peuvent plus répliquer en jouant sur la valeur de leur monnaie.

Avant d'envisager de sortir de l'euro, il faut réfuter le sophisme de Benoist Apparu. Sur une chaîne de télé, il dit : « La dette française est de 2000 milliards (dont 1300 milliards sont détenus
par des étrangers). Sortir de l'euro dévalue l'eurofranc (la nouvelle monnaie) de 25 %. Automatiquement, on doit 400 milliards de plus. Autrement dit, un budget annuel de l'Etat. Donc on ne peut
pas sortir, CQFD. »

Sauf que c'est faux. La dette, le jour où l'on sort de l'euro, n'est plus libellée en euros, mais en eurofrancs. Donc on doit illico 2000 milliards d'eurofrancs. Et on rembourse en eurofrancs émis
par la Banque de France. Benoist Apparu raisonne comme si on changeait de monnaie sans sortir de la zone euro. Sophisme. Le 15 août 1971, Richard Nixon a aboli la convertibilité du dollar, pourtant
garanti urbi et orbi 35 dollars l'once d'or. L'or s'est mis à flamber, et la FED à émettre des dollars. A un journaliste du Monde qui lui demandait si un jour les Etats-Unis parviendraient à
rembourser leur dette colossale, l'économiste Milton Friedman répondit justement : « Notre dette est en dollars, donc on ne vous doit rien. »

Petit bémol, néanmoins, car tout semble trop facile. De quelle juridiction dépend une dette ? Les pauvres pays d'Afrique se sont endettés jusqu'à l'os et n'ont jamais pu rembourser leurs dettes,
parce qu'elles étaient gérées et défendues par les tribunaux des nations prêteuses. Pour passer en douce de l'euro à l'eurofranc, encore faut-il que les dettes publiques françaises dépendent de
juridictions françaises. Est-ce le cas ? Oui, à 93 %. 93 % des contreparties de la dette, des OAT (Obligations Assimilables du Trésor, les bons entre cinq et cinquante ans émis par le Trésor et
garantis par l'Etat), sont de droit français. Il n'en va pas de même pour les banques et pour les entreprises : elles sont endettées pour 300 milliards d'euros, et sont soumises au droit
luxembourgeois, au droit britannique et, pour certaines, au droit des îles Caïmans.

Difficile d'imaginer une renationalisation de la dette. Donc il faudrait refinancer les banques et les entreprises en eurofrancs, afin de leur permettre de rembourser leurs dettes. Mais alors ...
l'inflation ? (A suivre)

BA 15/04/2014 16:50

Mardi 15 avril 2014 :

"C'est un jour sombre pour la France et les Français. Nous avons un écoeurement immense car notre produit phare, la Gauloise, va être fabriqué à l'étranger. La production des deux usines (Nantes et
Riom, ndlr) va être transférée en Pologne", a estimé Eric Comparot, délégué CGT à l'issue du Comité central extraordinaire.

http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/la-seita-ferme-la-plus-grande-usine-de-cigarettes-en-france_1508857.html

Les cigarettes Gauloises seront dorénavant fabriquées en Pologne.

Mais pourquoi en Pologne ?

Réponse : les coûts horaires de la main d'oeuvre ne sont pas les mêmes dans l'Union Européenne.

En France, le coût horaire est de 34,30 euros.

En Pologne, le coût horaire est l'équivalent de ... 7,60 euros !

Conséquence :

Les usines ferment en France. Et de nouvelles usines ouvrent en Europe de l'est en général, en Pologne en particulier.

L'Union Européenne, c'est la désindustrialisation de la France.

L'Union Européenne, c'est un suicide collectif.

BA 12/04/2014 18:48

J'aurai les chiffres officiels d'Eurostat mercredi 23 avril à 11 heures.

BA 12/04/2014 10:49

A propos de la Grèce :

2005 : dette publique de 195,421 milliards d’euros, soit 99,8 % du PIB.
2006 : dette publique de 224,204 milliards d’euros.
2007 : dette publique de 239,3 milliards d’euros.
2008 : dette publique de 263,284 milliards d’euros.
2009 : dette publique de 299,682 milliards d’euros.
2010 : dette publique de 329,513 milliards d’euros.
2011 : dette publique de 355,617 milliards d’euros, soit 165,3 % du PIB.

En début d’année 2012, la Grèce a fait défaut : 107 milliards d’euros de dettes ont été effacés.

2012 : dette publique de 303,918 milliards d’euros, soit 156,9 % du PIB.

Fin septembre 2013 : dette publique de 317,310 milliards d’euros, soit 171,8 % du PIB.

Nous n’avons pas encore le chiffre de la dette publique de la fin décembre 2013.

Je sens que ça va être grandiose.

Comme disent les neuneus : « En zone euro, la crise est derrière nous. »

Jean Claude Werrebrouck 12/04/2014 15:13



Merci pour ces dernier chiffres et surtout merci de me prévenir dès que tu auras les tous derniers



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