Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 09:19

 

Août 2011 : la grande crise des années 2010 vient de fêter son quatrième anniversaire et menace à nouveau le système bancaire. Ce ne sont plus les crédits hypothécaires américains qui sont le déclencheur d’un nouveau stade dans l’implosion du système financier, mais bien plutôt les dettes publiques en particulier européennes, et celles -plus particulièrement encore- de sa région la plus fragile : l’euro-zone. Le diagnostic global sur les causes ultimes de la grande crise ne change pas : continuer le fordisme des 30 glorieuses par d’autres moyens, supposait la mise en place des autoroutes de la finance mondialisée, et la fin d’une émission monétaire par des banques centrales contrôlées par les Etats. Le résultat de trente années de travail mené à l’échelle mondiale fût  l’émergence d’une finance gigantesque. C’est  l’implosion – par étapes – du monstre financier qui nous est offert en spectacle. Les 4 premières années de la grande crise ont permis de sauver – sans le réformer-  le système financier en s’appuyant sur les Etats. Le quatrième anniversaire révèle - à nouveau - l’insolvabilité de ce même système, en raison de la saignée imposée aux Etats dans leur course au sauvetage financier.

Agir sur les Etats : fin ou moyen ?

 Fait qu’il faut bien comprendre malgré les explications brumeuses rencontrées dans les médias : le risque de défaut des Etats, se traduit par des bilans bancaires devenus explosifs, tant les actifs sont encombrés de titres publics. Et si une bonne partie du « banking book » se contracte, alors les actionnaires peuvent se faire des soucis, tandis que les clients dont les comptes se trouvent au passif, peuvent être tentés par un « bank run » beaucoup plus rude que celui observé en 2008. Il faut donc bien comprendre que sauver les Etats n’est que le moyen, dont la fin première est de sauver le système financier tel qu’il est. Les banques sont moins malades des Etats que les Etats ne le sont des banques, et cette correction, dans les explications vendues traditionnellement par les médias et leurs invités, est bien confirmée par les décisions de ce mois d’août : La BCE se met à acheter de la dette italienne, non pas pour sauver l’Italie, mais pour sauver le système bancaire, en particulier français.

La rente et l’Etat- providence

Il existe une traduction politique de la crise, traduction compréhensible à partir du paradigme de ce blog. La continuation du fordisme par d’autres moyens, était moins l’abandon du « social –clientélisme » (l’Etat- providence) que sa recomposition : le revenu est substitué par du crédit, qui devient lui-même support de produits d’épargne (titrisation généralisée), mais aussi substitué par des marchandises importées moins coûteuses (mondialisation). Recomposition lisible dans le compte des Etats. Le service de la dette, qui pouvait ne pas exister lorsque les banques centrales étaient aux ordres des ministres des finances, devient, avec l’indépendance des banques, et  en mondialisation, un poste de plus en plus important, et simultanément la matière première de base de l’industrie financière et de sa clientèle, composée aussi de classes moyennes traditionnellement clientes privilégiées du « social –clientélisme ». Curieusement, il n’est pas excessif de dire qu’une  partie de la rente financière payée par les Etats au titre de la dette, est d’une certaine façon redistributive comme le sont d’autres outils plus classiques de l’Etat providence. La mémoire de la répression financière sur la petite épargne – notamment les bons du Trésor achetés en direct  au « bureau du Trésor »- amputée d’un taux négatif au temps des 30 glorieuses, est encore présente dans les esprits. Et cette petite épargne n’est devenue profitable qu’avec le démantèlement du couple Trésor / banque centrale. Démantèlement qui correspond avec quelques années de retard à la fin de l’inflation et au début d’une histoire grandiose : celle de la dette.

La traduction politique de la crise, simple en théorie n’est pas simple en pratique, et complexifie considérablement le fonctionnement des marchés politiques.

 Simple en théorie puisqu’au fond l’enjeu serait le choix de la rente ou celui  du « social- clientélisme » : les entrepreneurs politiques réputés de droite doivent sauver les banques et la rente correspondante en rapetissant l’Etat- providence, ce qui se passe à peu prés partout en Europe aujourd’hui ; et les entrepreneurs politiques réputés de gauche doivent nationaliser le système financier – à bon compte puisqu’il ne vaut que des dettes- pour maintenir l’Etat providence et supprimer le coût de la dette.

Difficile en pratique, puisque selon notre paradigme il existe toute une gamme d’électeurs qui sont à la fois consommateurs de produits d’épargne dont la matière première est la dette publique, et de services de l’Etat providence traditionnel : parce que dans la classe moyenne bénéficiaire de l’Etat providence il y a aussi des épargnants, entrepreneurs politiques de gauches et entrepreneurs politiques de droite deviennent des marchands d’eau tiède. Ceux dits de droite, ne peuvent pas ouvertement saigner l’Etat- providence, et ceux dits de gauche ne peuvent pas ouvertement procéder à « l’euthanasie des rentiers ». Avec comme produit associé à ce dilemme, l’apparition de fractures à l’intérieur des grandes entreprises politiques face à la gestion de la grande crise, et un sous produit : l’émergence grandissante de partis dits populistes. Partis populistes patrimoniaux (identités, valeurs, etc.),  mais aussi –et sans doute aussi dangereux – partis populistes de séparation (contestation des unités nationales).

 Un nouvel Universel comme socle des euro bonds 

S’agissant de la gestion européenne de la grande crise, l’eau tiède consiste à répéter dans l’idée de fédéralisme, l’aventure des passagers clandestins du navire euro. La drogue nouvelle , les « euros-bonds » se substituant à l’ancienne, l’euro. De quoi permettre le rétablissement des débiteurs, les Etats, et ainsi remettre sur pieds les créanciers, le système financier. A cet égard, notons ici qu’entrepreneurs politiques de droite et entrepreneurs politiques de gauche ne sont  plus identifiables et utilisent la même eau supposée miraculeuse : les euro-bonds  apparaissent ainsi comme « La solution » au problème de l’euro-zone.

Le paradigme général de ce blog nous permet de comprendre que le nouveau bateau risque de ne jamais être lancé. Et ce même si la violence de la crise déchainera beaucoup d’énergie pour tenter sa construction au cours des mois à venir.

Les entrepreneurs politiques ont bien compris que la dette commune supposait le passage au fédéralisme. Et ce n’est pas parce que l’Europe, au sens institutionnel, ne connait aucun endettement, lequel lui est à ce jour juridiquement interdit,  que l’on pourra lancer de la dette européenne avec le classement triple A. Il faudra en effet que le futur débiteur soit crédible, et qu’à ce titre, il dispose de ressources futures, c'est-à-dire d’un budget,  qui soit d’une autre dimension que celle d’aujourd’hui. Il faut insister sur ce point car la tentation sera grande de créer de faux euro-bonds gagés sur les Etats tels qu’ils sont. Devant la difficulté à faire naître un réel impôt européen, les entrepreneurs politiques, dans l’urgence,  risquent- en effet - d’essayer de noyer les dettes nationales dans une dette européenne gagée sur les fiscalités nationales. Une telle attitude ne permettrait –tout au plus- que de gagner quelques mois, tant il est vrai que les marchés ne se tromperont pas, et verront dans la nouvelle dette, des points d’appui aussi inquiétants que les Trésors grec, Portugais, italien, etc.… Derrière la dette européenne se cacherait de la mauvaise dette, comme aujourd’hui certains doutent des contrats d’assurance- vie reposants sur des dettes publiques douteuses.

Inutile de détailler et d’aller plus loin : il faut, dans le langage de ce blog un nouvel « universel » au dessus des anciens Etats, lesquels sont tous parvenus au stade démocratique de leur grande aventure.

Curieuse situation : pour se reproduire au pouvoir, les grandes entreprises politiques européennes doivent créer un impôt européen, et donc partager ce qui de tout temps, fût la matière première de base du pouvoir. Lorsque les Etats ne sont pas parvenus au stade démocratique, une telle situation est envisageable et s’est historiquement vérifiée : les entrepreneurs politiques partagent la prédation, et créent un espace de solidarité entre eux vis-à-vis des peuples exploités. Ce fût souvent le cas des empires en expansion. Cela peut aussi être le cas fort particulier des USA ou les Etats connaissent -dès leur naissance - le stade démocratique avec des entrepreneurs politiques qui vont rapidement créer un Etat fédéral.

S’agissant de l’Europe la situation est fort différente : le pouvoir est partage - toujours renégociable- de la prédation entre entrepreneurs politiques et groupes d’électeurs. L’élection étant elle-même accord mutuellement avantageux, entre ceux qui vont accéder à la conduite de l’universel, et ceux qui vont bénéficier de ses bienfaits par des prestations ou lois opportunes, contreparties de la prédation fiscale. Cette situation où « chacun peut voler tous les autres » par le biais d’élections, à été acquise au terme d’une lutte historique très longue et très difficile. A ce titre, elle reste dans les consciences particulièrement légitime en ce qu’elle apparait idéologiquement, comme la quête rationnelle d’un intérêt général. Et c’est cette idéologie fondamentale qui permet à la société de simplement exister et de se reproduire : elle est ce que d’autres appellent le « capital social » de la nation.

La construction européenne, pourtant  jusqu’ici obtenue sans la création d’un nouvel Etat au dessus des autres, a déjà largement contribué à l’évolution du fonctionnement des Etats  adhérents. La conjonction du stade démocratique des Etats et du fordisme avait engendré leur grossissement, ce que certains appellent « l’Hyper-Etat ». Mais la crise du fordisme, et sa continuation par d’autres moyens, le transforme profondément, notamment en Europe : recul du secteur public avec « concurrence libre et non faussée » ; indépendance des banques centrales avec fin des souverainetés monétaires, et des privilèges qui lui étaient associés, en termes d’investissements publics indolores ; multiplication considérable des autorités administratives dites indépendantes, notamment dans le secteur financier ; affaissement des derniers fossiles du holisme ancien qui existait encore dans l’idéologie de la raison et du contrat social au profit de la montée des émotions, et  du chacun pour soi régional, et au détriment d’un Etat central trop lointain ; etc. Et Transformation qui a abouti à ce que certains appellent le stade de « l’Hypo-Etat ». Encore Hyper mais déjà Hypo,  sa logique de fonctionnement est largement questionnée, d’où la déstabilisation des grandes entreprises politiques traditionnelles qui se trouvent contestées. Parce que la gestion de la crise est encore, par les entrepreneurs politiques, le choix dangereux et redouté du système financier contre les Etats, l’ensemble de la zone euro apparait -selon le mot d’Hubert Védrine- devenue « un espace disciplinaire de surveillance et de sanctions ». Avec parfois des situations invraisemblables aux yeux d’un historien : une banque centrale, la BCE, organisme a-national, vient en plein mois d’Août,  donner des ordres à un Etat souverain (Italie) lequel devra rendre des comptes dans quelques semaines…

Le mirage des euro bonds

C’est dire que dans un tel contexte ; la négociation entre entrepreneurs politiques européens aux fins de construire le fédéralisme relève de l’utopie.

Avant même de naitre, le futur universel bricolé en toute hâte, n’a au-delà de sa non légitimité historique – faut-il rappeler qu’un Etat véritable est le produit d’ une histoire pluri séculaire ?- qu’une réputation sulfureuse : il faut sans cesse sacrifier la cohorte des électeurs médians – donc risquer de perdre les élections - par recul de la dépense publique, et par delà contracter une demande globale qui ne peut plus se sublimer en débouchés extérieurs en raison de l’impossible manipulation monétaire, avec ses conséquences en termes de chômage . Certes, encore une fois, la protection sans nuances du système financier protège aussi l’électeur médian petit épargnant. Mais qui sait aujourd’hui que la protection de la petite rente de la classe moyenne, par exemple l’assurance vie qui ne débouche sur aucun investissement réel,  à pour contrepartie le déficit public dont se gave la finance avant redistribution ? La classe moyenne n’est ainsi pas prête à entendre que la protection de son épargne passe par le laminage de l’Etat providence. Et elle restera d’autant plus réservée  que les médias entretiennent la plus grande confusion sur la crise.  Jadis, en fordisme triomphant, on se contentait du grossissement de l’Etat providence, et on acceptait qu’une épargne puisse être assortie de rendements négatifs. La prolongation du fordisme par d’autres moyens, à pu faire illusion pendant de nombreuses années : maintien relatif de L’Etat-providence, abandon de l’inflation et épargne positive, sans évidemment constater la rapide dégradation des finances publiques qui activées par un Trésor, désormais emprunteur au taux du marché, procure le rendement positif de l’épargne. L’actuelle grande crise met à nue la nouvelle réalité : entre rente improductive  et Etat providence il faut choisir. Et aux entrepreneurs politiques de faire le choix – extraordinairement difficile - qui leur permettra de se maintenir au pouvoir. En attendant, spectateurs d’une contraction de l’Etat providence , les membres de la cohorte des électeurs médians, aussi très mal informés,  voient dans un Bruxelles accoucheur du futur universel, le bouc émissaire de leurs problèmes. Ils n’attendent donc rien de bon du futur nouveau-né.

Et il est vrai qu’une fois né, la gestion du premier dossier, celui des  euro bonds , ne sera pas la promenade de santé de l’euro des années 2000. S’ils devaient naitre, les euro bonds ne seraient pas – hélas - l’équivalent de la drogue euro. Parce que reposant sur une fiscalité désormais européenne, il faudra gérer celle-ci : qui va payer ? Mais aussi selon quels critères la manne - levée par  l’agence bruxelloise de la dette qui serait créée  - sera répartie entre les Etats devenus partiellement des régions ? Car il est clair qu’on ne pourra laisser les Etats plonger leurs mains dans la nouvelle dette, comme on a laissé les banques de tous les pays multiplier les euros dans les années 2000. Le coût des comportements excessifs devenant rapidement insupportables, en termes de taux et de couverture fiscale payée par tous.

De tels problèmes n’existaient que  modérément  dans les vieux Etats parvenus au stade démocratique : souvent , une grande Histoire pluri séculaire confirmait, avec autorité, que les  « régions » faisaient bien partie de la « nation »,  et nul ne s’opposait à ce que la fiscalité puisse venir en aide aux régions en difficulté. Mais problèmes néanmoins – depuis quelques années - de plus en plus affirmés avec la disparition des dernières traces du holisme ancien: la nation s’effrite et les populismes patrimoniaux ou de séparation (Italie, Belgique, Espagne, Grande Bretagne, etc.) combattent déjà la redistribution entre régions, voire entre groupes ethniques. Comment dès lors envisager, que la Grèce devienne simple région d’un nouvel ensemble, alors que les parties qui le constituent contestent elles même leur propre solidarité interne ? Comment imaginer un fédéralisme européen alors même que les solidarités nationales commencent à s’effriter ?

En sorte qu’il est probable que la négociation portant sur le fédéralisme sera vite bloquée par la prise de conscience des entrepreneurs politiques, du risque de se trouver rapidement évincés par les populismes. Et comme il faudra – malgré tout -  encore gagner du temps, il n’est pas impossible qu’un accord puisse être trouvé non plus sur l’impossible fédéralisme, mais sur la monétisation de la dette, ce qui suppose bien sûr la fin de l’indépendance de la banque centrale….et le début d’une nouvelle histoire monétaire… parallèle à une large modification des parts de marchés, ou/et des positionnements stratégiques, entre entreprises politiques européennes.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Etats et politiques
commenter cet article

commentaires

BA 27/08/2011 21:01


"En Europe, les Etats doivent régler le problème de leur dette et les banques ont besoin d'une recapitalisation urgente."

(Christine Lagarde, samedi 27 août 2011)

http://www.romandie.com/news/n/_L_economie_mondiale_fait_face_a_des_risques_croissants_270820111908.asp


BA 25/08/2011 23:09


Jeudi 25 août 2011 :

Les taux des pays solides de la zone euro se sont tendus jeudi dans l'attente du discours du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), et les rendements grecs se sont envolés sur fond de
craintes quant à la mise en oeuvre du plan de sauvetage du pays.

"L'idée d'un défaut de la Grèce fait de plus en plus son chemin auprès des investisseurs", a souligné René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

Les garanties exigées par la Finlande pour sa participation au prêt international octroyé à ce pays "fragilisent la mise en oeuvre de ce plan", a-t-il expliqué.

La semaine dernière, Helsinki a annoncé être parvenu à un accord avec Athènes au sujet de ces garanties, soulevant de vives tensions dans la zone euro.

L'Autriche, les Pays-Bas, la Slovaquie et la Slovénie ont laissé entendre qu'ils souhaitaient le même traitement de faveur. L'Allemagne reste de son côté fermement opposée au versement de toute
garantie.

Pour tenter d'apaiser les esprits, la Finlande s'est dite mercredi persuadée de parvenir dans les temps à un accord avec la zone euro sur cette question.

"Nous ne porterons atteinte ni à l'Union européenne, ni à l'euro, ni aux intérêts d'aucun des Etats membres", a assuré à l'AFP le ministre finlandais des Affaires européennes et du commerce
extérieur Alexander Stubb.

L'autre inquiétude est sur la participation du secteur privé.

Le plan de sauvetage du 21 juillet prévoit une participation, sur une base volontaire, des créanciers privés d'un montant total de 158 milliards d'euros.

Or, pour l'instant, "une quarantaine de banques en Europe se sont dites intéressées, ce qui est très peu", a souligné M. Defossez.

Athènes a donné aux établissements bancaires jusqu'au 9 septembre pour se déterminer sur la forme de leur participation.

http://www.romandie.com/news/n/BONDS_EUROPELe_marche_obligataire_reste_tendu_en_attendant_Bernanke250820111908.asp

Grèce : taux des obligations à 2 ans : 45,884 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

Grèce : taux des obligations à 10 ans : 18,278 %. Record historique battu.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND


BA 24/08/2011 21:24


Non à la constitution rampante d’une « Europe des dettes ».

par Gérard Lafay, professeur émérite à l’université Paris-II, et Philippe Villin, conseiller stratégique et financier, ancien directeur du « Figaro ».

Probablement, avec le recul, l’été 2011 apparaîtra comme celui de l’agonie de l’euro. A ce stade, on peut déjà en tirer plusieurs leçons pour gérer son avenir crépusculaire.

1- Première leçon : le fédéralisme furtif tenté ne passera pas. Depuis que la crise de l’euro a commencé – avec l’émergence, en 2010, de la crise des dettes souveraines d’Europe du Sud – et ayant
découvert un peu tard qu’elles avaient mis la charrue avant les bœufs en créant une monnaie unique sans fédéralisme, les élites politiques et technocratiques tentent d’imposer – sans votations –
des mécanismes de solidarité financière qui conduiraient à une union politique de facto à travers une « Europe des dettes ».

Le mérite de l’été 2011 aura, au moins, été de voir l’annonce par une Merkel contrainte juridiquement et politiquement qu’on n’irait pas plus loin. Heureuse nouvelle pour les démocrates qui pensent
que les élites ne savent pas toujours mieux que les peuples ce qui est bon pour eux ! Mais les partisans d’un fédéralisme « à la sauvette » ont pris la porte dans la figure et en ont eu les dents
cassées après la réunion « Sarkozy-Merkel » du 16 août.

L’Allemagne vient ainsi de clairement réitérer son refus de payer pour l’Europe du Sud et du Centre. Les leçons de l’été sont ici plus qu’éclairantes : l’Allemagne a interdit l’extension des
capacités de financement du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Elle a aussi reporté l’éventuelle création d’eurobonds… aux calendes grecques et Mme Merkel vient d’obtenir l’alignement
de la France sur cette position.

De plus, l’Allemagne ne fait que tolérer que cette institution se goinfre d’obligations pourries de l’Europe du Sud ou médiocres de l’Italie pour que ces pays donnent l’apparence de se financer
encore dans les marchés. Mais il est clair qu’elle ne tardera pas à siffler la fin de partie, ne voulant pas avoir à renflouer la Banque centrale européenne (BCE), qui devra bientôt constater des
pertes massives sur ces achats et ne pourra pas continuer indéfiniment cette politique.

Et à ce stade, aucun débat n’a encore été engagé sur ce que la poursuite du projet de l’euro signifierait, tant en termes de nouvel appauvrissement continu et définitif des pays les pays faibles
que de coûts d’une union de transferts pour les pays les plus riches. En effet, si des votations devaient intervenir pour proposer aux peuples européens d’accepter une union politique et fiscale
pour tenter – trop tard – de sauver l’euro d’une noyade annoncée, il faudrait alors forcément mettre les chiffres cachés du double coût de ce fédéralisme sur la table. Car l’euro, comme toute
monnaie unique dans une zone économiquement non homogène, ruine progressivement les zones les plus faibles.

Il ne fait guère de doute alors que, devant la prise de conscience que provoquerait pour les pays faibles la chronique de leur effondrement annoncé, ainsi que pour les pays forts l’horreur que
susciteraient les immenses impôts nouveaux à lever, les citoyens refuseraient très probablement ce fédéralisme « ruinant » et ruineux. Qui plus est, la simple annonce de votations plus ou moins
lointaines et à l’issue incertaine ne manquerait pas d’accélérer la crise de l’euro.

La voie du fédéralisme est donc doublement fermée : le fédéralisme furtif est mort pendant l’été 2011. Et le fédéralisme démocratique n’aboutira probablement pas. Quant à la BCE, il faut s’attendre
à ce qu’elle ne continue pas longtemps à se ruiner en achetant des dettes souveraines bientôt sans valeur, marquant ainsi la fin des illusions et du pseudo-financement dans les marchés de l’Europe
du Sud.

2- Deuxième leçon : si le rôle de l’Allemagne a été bénéfique dans le refus de poursuivre la fuite en avant fédéraliste, elle contribue en même temps à aggraver la situation économique dans tous
les pays de la zone euro. En France, les autorités, prises de panique, veulent suivre aveuglément les recommandations germaniques, en voulant accentuer une politique de rigueur qui n’a aucun sens
dans la situation de forte surévaluation que nous subissons depuis 2003. L’euro est beaucoup trop cher, ce qui signifie que nos prix et nos salaires sont plus élevés que partout ailleurs dans le
monde.

La politique monétaire de la BCE est suicidaire. Qu’on en juge avec les deux dernières hausses de taux totalement inappropriées et dévastatrices pour l’Europe du Centre et du Sud ! Elles
apparaissent même provocatrices comparées à la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed). Pendant l’été, l’Allemagne n’a cessé de demander plus de rigueur et de contrôle budgétaire aux
autres pays d’Europe, sans tenir compte le moins du monde de leurs besoins de croissance. Cette politique, acceptée par la France, impose donc la déflation aux autres pays, tandis qu’il aurait
fallu mettre les taux d’intérêt à zéro en zone euro.

3- Troisième leçon : les marchés intègrent progressivement cette nouvelle donne. Ils vont continuer à massacrer joyeusement les Bourses européennes en général et les valeurs bancaires en
particulier, comme on l’a vu et le voit depuis quelques semaines. En effet, avant les dirigeants politiques et les technocrates européistes, les marchés ont compris que l’impasse de l’euro allait
bientôt déboucher sur son explosion et ils l’anticipent.

En massacrant les Bourses européennes, et tout spécialement les valeurs qui ne sont malheureusement pas exposées aux pays émergents, les marchés ont intégré le choix franco-allemand de la
stagnation, voire de la déflation pour l’Europe de l’euro. Après le choix maastrichtien qui ne visait que la stabilité monétaire, et après bientôt dix ans d’une surévaluation dramatique de l’euro,
les choix opérés cet été entérinent la poursuite d’une stagnation, voire, pire, d’une dépression. Les marchés l’ont compris. Ils vendent les valeurs européennes. Et ils continueront à le faire,
tant que la raison ne l’aura pas emporté avec la mise en place d’une baisse des taux et d’importantes dévaluations.

En massacrant les banques européennes, les marchés anticipent les pertes plus ou moins importantes, selon les pays et les banques, que les banques européennes exposées à de la dette souveraine en
euros ne pourront que constater très prochainement quand la zone éclatera. La tendance est claire : tant que le problème des dettes souveraines n’aura pas été purgé, les banques européennes seront
entraînées dans une spirale de baisse infernale.

Que faire maintenant ? La seule solution raisonnable consiste à démonter l’euro de manière organisée, aussi vite que possible, avant que tout ne saute. Il faut commencer par le dévaluer
massivement, avant d’instaurer un retour ordonné à différentes monnaies nationales.

Les économies de l’Europe du Sud, après leurs dévaluations, devront fatalement faire défaut partiel sur leurs obligations pour réduire leur endettement et compenser la majoration de leur dette
extérieure. Les banques inconséquentes devront payer pour ce défaut.

Les Etats devront donc venir à nouveau à leur secours pour empêcher la disparition des dépôts et du crédit, à la fois en les garantissant et en donnant au bilan de la BCE la solidité indispensable
pour assurer la liquidité interbancaire. Mais il faudra soumettre ces banques, une fois rétablies, à des remboursements assortis de pénalités et d’impositions massives (à la différence de 2008). A
l’avenir, le mélange de gestion de dépôts et d’activités de placement risquées pour leur propre compte devra être interdit.

Les élites politiques et technocratiques européennes doivent reconnaître leur échec avec l’euro et consacrer ce qui reste des ressources des Etats souverains de la zone euro à la garantie des
banques et de la BCE. Sinon l’ovni leur explosera à la figure… entraînant les citoyens européens dans une crise économique sans précédent et dans une révolte sociale et politique contre ces élites
qui leur ont menti.

Gérard Lafay, Philippe Villin.


BA 22/08/2011 23:15


Lundi 22 août 2011 :

La Banque Centrale grecque a annoncé ce week-end que les quatre plus grandes banques du pays ont donné leur accord pour prendre jusqu'à 50 millions d'euros d'obligations convertibles pour aider à
recapitaliser la petite banque privée grecque Proton Bank.

Cette dernière est pourtant soupçonnée de détournement de fonds, mais est soutenue par l'Etat grec fin d'éviter « les répercussions négatives » sur le système bancaire grec.

Selon une source du Financial Times, l'accord précède une annonce attendue des banques du pays qui demanderont d'urgence des liquidités à la Banque Centrale grecque.

Les quatre grandes banques grecques - National Bank of Greece, EFG Eurobank, Alpha Bank et Piraeus Bank - font en effet face à une crise de liquidités menaçante alors qu'environ 10 milliards
d'euros des dépôts du gouvernement vont être retirés auprès des banques grecques pour rembourser la dette venant à échéance dans les semaines à venir.

National Bank of Greece, EFG Eurobank, Alpha Bank et Piraeus Bank déploraient en avril l'évaporation d'environ 10 milliards d'euros due à des retraits en série des Grecs, soit 4,5 % du total de
l'argent du système bancaire du pays.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/20110822trib000643654/les-banques-grecques-s-entraident-pour-eviter-la-faillite.html


BA 22/08/2011 15:31


Lundi 22 août 2011 :

La Grèce risque une contraction de 5,3 % en 2011.

La Grèce pourrait subir une contraction du PIB de 5,3 % cette année, estime le ministre des Finances Evangelos Venizelos, a déclaré un responsable syndical lundi.

"Le ministre estime que la récession cette année sera de l'ordre de 4,5 % à 5,3 %", a dit à la presse Ilias Iliopoulos, secrétaire général du syndicat ADEDY du secteur public, qui participait à une
réunion des partenaires sociaux.

Le ministre Venizelos avait dit la semaine dernière que la Grèce risquait une contraction de 4,5 % au moins cette année.

http://www.20minutes.fr/ledirect/773552/grece-risque-contraction-53-2011


La Gaule 21/08/2011 21:36


Merci pour votre didactisme. Je comprends maintenant mieux votre démarche et vous lirai à l'avenir autrement.


BA 21/08/2011 15:35


Dimanche 21 août 2011 :

Economie : pour Angela Merkel, les euro-obligations ne sont pas la solution.

Les euro-obligations ne sont pas la réponse à la crise de la dette dans la zone euro, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel.

«Les euro-obligations sont tout à fait la mauvaise réponse à la crise du moment», a-t-elle dit, dans un entretien à la chaîne ZDF qui doit être diffusé dimanche 21 août.

«Elles nous amèneraient à une union de la dette, et non à une union de la stabilité».

L'émission d'euro-obligations coûterait des milliards d'euros à l'Allemagne chaque année, selon des calculs du ministère allemand des Finances cités par l'hebdomadaire Der Spiegel.

«La première année cela signifierait 2,5 milliards d'euros d'intérêts en plus pour le budget du ministre des Finances Wolfgang Schaüble, et la seconde année les coûts seraient deux fois plus
élevés», écrit Der Spiegel dans des extraits de son enquête transmis à la presse.

Au bout de dix ans, le coût total serait de 20 à 25 milliards d'euros, selon les calculs du ministère des Finances.

Un ministre des Finances européen ?

Schäuble se dit pour sa part personnellement disposé à transférer la souveraineté nationale à Bruxelles pour assurer la stabilité de la zone euro sur le long terme, mais il a ajouté que la zone
euro elle-même n'était pas prête à cette éventualité.

«En tant que personne, Wolfgang Schäuble serait déjà prêt à déléguer la souveraineté à Bruxelles. L'idée d'un ministre des Finances européen ne me pose aucun problème», dit-il, dans un entretien
publié dimanche par le Welt am Sonntag.

«Mais en tant que ministre des Finances, je dis qu'il est de notre devoir de résoudre les problèmes ici et maintenant, et ce le plus rapidement possible sur la base des contrats existants».

Cette idée d'un ministre des Finances européen est notamment préconisée par le président du directoire de la Commerzbank Martin Blessing, dans un entretien au Welt am Sonntag.

«Avec l'instauration d'une union budgétaire, Bruxelles doit avoir le droit de reprendre des prérogatives budgétaires à des pays qui ne respectent pas les règles, ainsi que re prélever ses propres
impôts et de créer un organisme commun pour émettre des emprunts», dit-il.

La France et l'Allemagne sont farouchement opposées à l'idée d'émettre des emprunts pour le compte de l'ensemble de la zone euro, comme le prônent beaucoup de professionnels des marchés pour mettre
un terme à la crise de la dette souveraine européenne.

(Dépêche Reuters)


La Gaule 20/08/2011 00:48


Merci pour votre réponse (et votre avis de réponse). Brièvement (la journée fut dure, les vacanciers, de par la chaleur, étant nerveux), quelques réflexions :

1) La vision de Maffessoli est bonne, « vue de l’extérieur », c’est-à-dire en vrai sociologue, mais la nature de l’individualisme contemporain a été approchée plus en profondeur par des gens comme
Christopher Lasch, Marcel Gauchet ou Dany Robert-Dufour.
Opposer le holisme et l’individualisme (comme nous l’avons déjà fait je crois) n’a en fait pas grand sens puisque l’individu n’a guère d’autre choix qu’organiser sa vie en fonction des autres,
qu’il s’agisse de la famille, du clan, de la tribu, de la nation biblique ou de la nation républicaine (et j’en passe).
Margaret Thatcher a certes soutenu le contraire, allant même jusqu’à affirmer que la société n’existait pas, mais en un temps où la grande dépendance physique et sociale n’avait pas encore entamé
ses neurones et sa volonté de puissance.
La quête identitaire est une partition qui met toujours en résonance la quête de soi et la quête des autres, et dissocier « radicalement » les deux cheminements est impensable. Oui, l’exacerbation
du moi existe aujourd’hui, mais elle est d’autant plus forte que les contours de l’autre paramètre, le collectif, se distendent, deviennent flous, et que l’on est condamné à en chercher d’autres.
Grande est alors la tentation de remodeler ceux-ci à son image, ou d’en bricoler carrément de nouveaux, entre gens qui n’auront plus le choix que de se regrouper par mimétisme « culturel ».
Marcel Gauchet avait particulièrement insisté sur ce point, à propos des signes ostentatoires religieux brandis par certaines jeunes personnes. Plus que de soumission corps et âmes à un Moloch
holiste, il est question ici de retrouver un sens collectif, un « liant » dans le présent et le passé, par la revendication exacerbée d’un choix individuel. Y voir une contradiction avec « nos
valeurs de modernité », expression valise dont on se gargarise dans les gazettes, est là aussi absurde, puisqu’il n’y a en fait aucune contradiction dans la démarche.
Que cet aspect de l’individualisme contemporain, à la fois radical (au sens politique) et tribal, entre en conflit avec la règle commune, républicaine ou non, est un autre problème.

2) « « En tout cas, il est important d’avoir conscience que l’intérêt général n’a aucun sens. » »

Je ne vous cache pas que j’ai un certain mal à appréhender une telle phrase. Je me demande si ce n’est pas vous en fait qui donnez un sens trop absolu à l’intérêt général. Pour moi, l’intérêt
général existe comme la règle de droit existe.
C’est le juge Pierre Truche, je crois (un souvenir du temps où je faisais l’auditeur libre dans les facs comme j’allais au cinéma) qui disait que celle-ci ne servait que de morale à ceux qui n’en
ont pas. Je ne donne pas d’autre ambition à l’intérêt général, qui n’est que la condition minimale pour qu’une société puisse perdurer avec une cohésion (et une cohérence) minimale. L’important par
contre est de comprendre que cet équilibre résulte d’un rapport de force, lequel met en jeu des intérêts forcément contradictoires. C’est peut-être ici que nous nous rejoignons.
Le terme « entrepreneur politique » qui a au moins le mérite d’être clair et sans ambiguïté, m’agace effectivement parce qu’il renvoie à une vision « économiciste » (horreur!) de la société. Mais
j’ai toujours dit, chez vous ou ailleurs, qu’elle n’était pas forcément la vôtre. Disons que je n’aimerai pas qu’elle tombe en de plus mauvaises mains.

3) « « Et cet intérêt (à abandonner le compromis fordiste) me semble venir des difficultés du fordisme dans les années 70....avec toutes ses caractéristiques y compris sous la forme des nouvelles
valeurs que son efficacité même à engendré (consommation de masse). » »

D’accord, dit comme cela nous marchons sur la même voie, sinon dans les mêmes rails.
Bien à Vous.


Jean Claude Werrebrouck 20/08/2011 10:27



Merci pour vos commentaires. je crois que nous sommes à peu près d'accord.


Personnellement je ne vois pas d'économisme dans l'expression entrepreneur politique. Ce sont les tenants de l'économicité qui réduisent l' entrepreneur au chef d'entreprise sur un marché.
Ils ne peuvent avoir le monopole de l'emploi des mots et on peut être entrepreneur pour bien autre chose que le monde des marchés économiques.


Intérêt général: ce qui existe est ce qui fait le commun d'une société, ce que j'appelle l'universel. Et c'est une réalité indépassable comme l'explique Marcel Gauchet. maintenant cette réalité
indépassable est un enjeu pour les hommes qui se battent pour se l'approprier et se cachent tous derrière un mythique intérêt général. Ce qui existe est la croyance, et non la
réalité  d'un intérêt général.



BA 19/08/2011 21:59


Les banques JPMorgan Chase et Wells Fargo ont abaissé leur prévision de croissance des Etats-Unis, la première avertissant que les risques de récession restaient "élevés", selon une note publiée
vendredi.

Les analystes de la banque d'affaires JPMorgan Chase estiment que le produit intérieur brut (PIB) américain progressera de 1 % au quatrième trimestre, contre une prévision précédente de 2,5 %.

Pour le premier trimestre 2012, ils attendent une hausse de 0,5 %, contre 1,5 % auparavant.

"La confiance des consommateurs a chuté et le revenu des ménages s'est détérioré", souligne JPMorgan Chase, qui déplore par ailleurs la faiblesse du marché immobilier et la fragilité des petites
entreprises.

Au total, "pour les quatre prochains trimestres, nous ne pensons pas que la croissance soit plus forte que celle du premier semestre" de 2011, écrit la banque.

Malgré la baisse des prix de l'énergie, "les risques d'une récession sont clairement élevés", prévient la banque.

Wells Fargo a également révisé ses prévisions de façon importante, même si les changements sont moins drastiques que chez sa consoeur.

Les analystes de la banque de San Francisco (ouest) tablent désormais sur une croissance du PIB des Etats-Unis de 1,6 % en 2011 et 1,1 % en 2012, contre respectivement 1,7 % et 1,9 %
précédemment.

"En l'absence d'une intervention appropriée de la Banque centrale européenne, de la Réserve fédérale et de l'Etat américain, il est complètement possible que la spirale à la baisse actuelle dans
l'économie et les marchés financiers ne se renforce elle-même", observe John Silvia, de Wells Fargo.

Ces notes suivent de peu celle d'une autre banque d'affaires américaine, Morgan Stanley, qui a abaissé jeudi ses prévisions de croissance pour l'économie mondiale et a vu les Etats-Unis et la zone
euro "dangereusement proches de la récession".


La Gaule 19/08/2011 03:04


« « Je pense que la crise du fordisme est d'abord la chute des gains de productivité qui le nourrissait jusqu'alors. Et de ce point de vue, la mondialisation - avec la révolution financière qu'elle
exige - est un substitut aux gains de productivité perdus. Pour le reste je suis assez d'accord. » »

Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette réponse que vous faites à l’un de vos lecteurs de la conclusion de votre texte précédent, laquelle résonne en moi comme l’écho d’une déjà très vieille
musique :

« « En mondialisation les Etats et leurs entrepreneurs ne disparaissent pas. Il y a simple transformation de leur rôle. Et cette altération passe par une certaine fin de l’âge démocratique au
profit de l’émergence d’un stade oligarchique avec une utilisation de la contrainte publique à des fins privées davantage réservée à un petit groupe d’individus. Pour l’immense majorité, les droits
de l’homme semblent se rétrécir à leur définition libérale : vie, liberté, propriété, en abandonnant doucement des droits que l’âge démocratique avait permis d’engendrer. » »

La mondialisation fut donc pour moi un phénomène historique trop complexe pour être économiquement honnête, c’est-à-dire n’être qu’une réaction allant de soi des acteurs pilotes de la production
face à l’entropie d’un modèle que tout le monde ne souhaitait quitter qu’à contrecœur.

Il faut remonter aux sources de ce que l’on a appelé la contre révolution libérale américaine, ou « révolution conservatrice » (je fais référence ici à un livre purement historique, « histoire de
l’utopie planétaire », d’Armand Mattelart, dont ce thème ne constituait qu’un chapitre parmi bien d’autres), pour rappeler que les néo-conservateurs historiques, qui étaient à la recherche d’un
nouveau paradigme sans pouvoir en définir encore clairement la teneur, se préoccupaient en fait assez peu des rendements décroissants du modèle fordiste.

L’alliance de ce nouveau courant activiste et de l’establishement conservateur américain se fit plutôt en réaction de la vigueur des mouvements contestataires des années soixante, particulièrement
sur les campus, mais aussi du traumatisme que constitua le grand échec de l’aventure vietnamienne. L’ironie de l’histoire est que cette nouvelle alliance ne cessa de se renforcer par des transfuges
du camp adverse –pour des raisons complexes que j’éluderai dans l’immédiat- au cours des décennies cruciales qui suivirent.

Deux dates marquèrent cette réaction, dont la précocité de la première, à un moment où l’occident ne connaissait encore que des désordres monétaires et une prospérité continue, montre bien qu’il
n’était question ici que d’inquiétude politique.

En 1972, l’avocat Lewis Powell publiait, par la chambre de commerce des Etats-Unis, une « attaque contre le système américain de la libre entreprise », véritable appel à « siffler la fin de la
récréation » qui était déjà tout un programme : « Le temps est venu pour le business américain de mobiliser ses capacités, sa lucidité, pour les retourner contre ceux qui veulent le détruire.
L’enjeu, c’est le système de la libre entreprise ».

Trois ans plus tard, en 1975, ce fut le célèbre rapport de Samuel Huntington (auquel participa aussi le sociologue français Michel Crozier) rédigé dans le cadre de la très puissante Commission
Trilatérale, et qui diagnostiquait les disfonctionnements du temps dans un « excès de démocratie ».

Il est important ici de restituer l’intégralité de la formule pour bien montrer la nature d’abord politique de l’enjeu, son aspect économique, soit ce que l’on hésitait encore à appeler « la crise
» (elle n’en était pas vraiment une, il est vrai) semblant, lui, appréhendé de manière plus approximative (!) : « Il y a des limites potentiellement désirables à la croissance économique. Il y en a
aussi pour une extension indéfinie de la démocratie politique. »

Pour pallier cet « excès de démocratie », Huntington préconisait une palette de mesures internes et externes assez vagues, mais dont on mesure à quel point elles ont pu émerger triomphalement du
brouillard par la suite. On peut citer le rééquilibrage des rapports entre le gouvernement et les médias, le renforcement du leadership américain et son implication dans les intérêts collectifs
internationaux, et surtout la maîtrise de l’inflation.

Je citerai aussi plus particulièrement la limitation de l’accès à l’enseignement supérieur, car elle me paraît plus symptomatique d’un changement total d’époque, et éclaire parfaitement le
phénomène dont je parlais plus haut, à propos de l’étrange passage, avec armes et bagages, de nombre d’anciens gauchistes des années soixante au néo-conservatisme le plus radical.

Un phénomène qu’avait analysé Emmanuel Todd dans « l’Illusion économique » ; la tendance des nouvelles classes moyennes, grandes bénéficiaires de la démocratisation de l’enseignement supérieur au
cours des trente glorieuses, à former une nouvelle caste et à « fermer la porte derrière eux » en intégrant les valeurs des tranches sociales supérieures. C’est ce ralliement qui scellera le destin
économique et politique des sociétés occidentales, plus qu’une fatalité liée à l’épuisement d’un modèle de production.

Je crois donc contre vous que le déclin du modèle fordiste –bien réel, et que certains appelaient la « bureaucratisation du capitalisme »- ne fut pas une cause de la mondialisation, mais bien un
facteur parmi d’autres qui en permirent l’opportunité, laquelle, je le répète n’allait pas de soi (ce qui coupe au passage toute interprétation de type « complotiste » de la période, le nouvel air
du temps portait les idées de la Triatérale sans que leurs auteurs aient eu besoin de s’affubler de loups, capes et grands chapeaux).

Les autres facteurs d’opportunité furent surtout l’arrivée au pouvoir synchronisée de trois « entrepreneurs politiques » conservateurs (pour reprendre la pierre angulaire de votre terminologie,
mais que je n’aime pas) à la tête de trois des plus grandes puissances occidentales, Ronald Reagan, Margaret Thatcher, et (avec des nuances) Helmut Kohl.

Mais je crois que l’opportunité technologique fut plus grande encore, soit l’arrivée en force des techniques liées à l’informatique et à la télématique qui permit la fameuse déconcentration des
systèmes de production. Enfin, l’explosion du Système de Bretton Woods, et l’institution des changes flottants orchestrée par les Etats-Unis, ouvrit la voie à la dérégulation financière
généralisée, à la faveur conjointe de la nouvelle donne politique.

Aujourd’hui, le cycle est presque achevé, mais avec des effets pervers imprévus, tel que l’individualisme tribal (plus que « radical » un autre de vos termes que je conteste), ou le saccage des
classes moyennes, qui pourraient faire prendre à l’aventure un nouveau virage que ni vous ni moi n’attendions.

PS : Jean Pierre Chevènement avait écrit jadis dans Marianne un article sur ce sujet. Je l’ai retrouvé sur ce blog (?) (http://leruisseau.iguane.org/spip.php?article71) et j’ai donc pu y faire un
large emprunt.


Jean Claude Werrebrouck 19/08/2011 11:07



Merci pour votre commentaire auquel j'essaie de répondre, en commençant par la fin:


1)Individualisme tribal plutôt que radical. Je suis d'accord avec l'une et l'autre expression. j'aime assez en la matière michel Maffessoli avec son retour des tribus, mais je crois aussi au
"moi" exacerbé.


2) Je suis attaché à l'expression d'entrepreneur politique car elle correspond à la gestion moderne de l'universel des sociétés. Quand je parle d'entrepreneur politique, je ne critique pas et
surtout pas la démocratie. Je dis simplement que la démocratie c'est la façon moderne et sans doute pas trop mauvaise de supporter ce que l'humanité a du toujours supporter et continuera à la
faire:la problématique de l'appropriation de l'universel à des fins privées. On peut en démocratie améliorer les choses en interdisant la notion de carrière politique et en introduisant le tirage
au sors, comme celà existait à Athénes...mais il y avait des effets pervers. En tous cas il est important d'avoir conscience que l'intérêt général n'a aucun sens.


3) Maintenant pour l'essentiel je suis assez d'accord avec tout ce que vous exprimez. Mais si vous prenez conscience des exigences du fordisme, vous pouvez ne pas être choqué par ce vous croyez
être ne ma part une explication économiciste des choses. Le fordisme est fondamentalement d'essence sociale démocrate puisqu'il est un compromis sur la répartition. Et quand vous parles de la
révolution libérale américaine, il y a l'idée que certains ont intérêt à l'abandon du compromis..excessivement démocratique. Et cet intérêt me semble venir des difficultés du fordisme dans les
années 70....avec toutes ses caractéristiques y compris sous la forme des nouvelles valeurs que son efficacité même à engendré (consommation de masse). La mondialisation est effectivement un
phénomène complexe, mais pour l'essentiel -ce qu'on appellait la "contrainte extérieure" en france à l'époque de Pompidou- reposait sur l'idée de compromis entre salaires croissants et profits
croissants, compromis qui n'est plus tenanble et qu'il faut biaiser par une demande internationale accrue. Et tous feront la même chose. Et la finance se trouve dans la boîte à outils qui
permettra de prolonger les 30 glorieuses.



BA 18/08/2011 14:52


Jeudi 18 août 2011 :

Le mini-sommet franco-allemand de mardi n'a pas réussi à apaiser les esprits. Pire encore, l'annonce par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel d'un projet de taxe sur les transactions financières en
Europe, aux contours encore flous, a précipité les valeurs financières dans une nouvelle tempête.

A 11H00 GMT, les banques Société Générale (- 5,26 %), Crédit Agricole (- 4,14 %) et BNP Paribas (- 3,27 %) s'affichaient en net recul. La tendance était identique à Londres avec la banque Barclays
(- 4,71 %), ainsi qu'à Francfort avec Deutsche Börse (- 2,96 %).

Plusieurs responsables européens ont donné des signaux négatifs jeudi, de nature à renforcer les doutes des investisseurs.

L'Autrichien Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a jugé "improbable" un retour de la récession, mais il a admis s'attendre à un ralentissement de
l'économie mondiale.

L'ancien président de la Commission européenne, le Français Jacques Delors, a estimé que la zone euro et l'Union européenne étaient "au bord du gouffre".

"Depuis le début de la crise, les dirigeants européens sont passés à côté des réalités. Comment peuvent-ils penser que les marchés vont croire aux promesses du sommet de la zone euro, le 21
juillet, s'il faut attendre la fin septembre pour les transformer en actes ?", a-t-il lancé.

Le ministre luxembourgeois des Finances, Luc Frieden, a taclé la France, qui a un "grand besoin de rattrapage" avec son déficit public "beaucoup trop élevé" et "une Constitution qui n'inclut pas de
seuil plafond de dette".

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=3ee070549146a56976307ca00d5e096c


BA 17/08/2011 01:15


1- Le budget de l'Union Européenne.

Les Etats-Unis d'Amérique ont un budget fédéral qui représente 25,3 % du PIB des Etats-Unis (pour l'année 2011).

Mais en revanche, en Europe, les Etats européens riches veulent maintenir le budget de l'Union Européenne au niveau ridicule de 1 % du PIB de l'Union Européenne.

En Europe, le jeudi 30 juin 2011, les Etats européens riches ont refusé de porter le budget de l'Union Européenne à 1,11 % du PIB de l'Union Européenne.

Conséquence : de 2014 à 2020, le budget de l'Union Européenne restera à seulement 1 % du PIB de l'Union Européenne ! C'est ridicule de parler du fédéralisme européen avec un budget européen de 1 %
du PIB !

http://www.lepoint.fr/economie/plusieurs-pays-s-elevent-contre-la-proposition-de-hausse-du-budget-de-l-ue-30-06-2011-1347999_28.php

2- Les euro-obligations.

Les Etats européens pauvres veulent la création d'euro-obligations, car ils sont obligés de payer un taux d'intérêt exorbitant quand ils lancent un emprunt (un emprunt à 10 ans par exemple).

Mais en revanche, les Etats européens riches paient un taux d'intérêt très bas, de moins de 3 %, lorsqu'ils lancent un emprunt à 10 ans.

Les Etats européens riches ne veulent pas créer d'euro-obligations, car si des euro-obligations étaient créées, ils seraient obligés d'emprunter à un taux d'intérêt bien supérieur au taux d'intérêt
qu'ils paient aujourd'hui.

Le sommet franco-allemand du mardi 16 août n'avait même pas mis à son ordre du jour les euro-obligations ! Tu m'étonnes !

Les Etats européens riches n'accepteront jamais la création d'euro-obligations. Arrêtons de croire au père Noël.

3- Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF).

Les Etats européens riches ne veulent pas payer pour sauver de la faillite les cinq Etats européens surendettés (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne). Les Etats européens riches ont donc
refusé d'augmenter la capacité effective de prêts du FESF, qui est aujourd'hui de seulement 440 milliards d'euros !

Dernier exemple en date : mardi 16 août, la France et l’Allemagne ont de nouveau répété que le FESF ne sera pas augmenté.

Seulement 440 milliards d'euros de prêts pour sauver de la faillite le Portugal, l'Irlande, l'Italie, la Grèce, et l'Espagne ! C'est ridicule ! Tout le monde sait que ça ne suffira pas !

Conclusion :

- Les Etats européens riches ne veulent pas payer pour sauver de la faillite les Etats européens pauvres.

- Il n'y a pas de solidarité entre les Etats européens riches et les Etats européens pauvres.

- Il n'y aura jamais le fédéralisme en Europe.

- Le fédéralisme en Europe, c'est du pipeau pour les bisounours.


Coma81 16/08/2011 20:40


Bonjour,

Merci pour ce nouvel article.

Il me semble par contre incomplet sur deux points, la question de la monétisation des dettes publiques - il semble qu'on ait franchi un nouveau cap avec la décision forcée de la BCE de racheter en
masse les titres espagnols et Italiens.
Je trouve qu'il est très difficile de prévoir les implication de cette politique monétaire. Bref, j'ai besoin d'un éclairage.


Enfin, il y a un point crucial que vous ne relevez pas dans votre raisonnement : la divergence démographique entre l'europe atlantique (france espagne portugal irlande) et l'europe des terres
(all).

Les entrepreneurs politiques allemands ont pu ainsi prospérer pendant 10 ans en produisant une croissance deux fois inférieure à la croissance française, en menant la politique de compression
salariale que l'on sait.

Aujourd'hui encore, la politique d'austérité européenne est indolore pour les allemands, qui perdent des centaines de milliers de travailleurs chaque année.

Celle politique d'austérité n'est pas compatible avec la démographie des autres pays, comme la france et l'espagne et provoquera des crises politiques et un rejet par les hommes politiques de
droite ou de gauche.

C'est là la raison profonde du divorce à venir entre l'allemagne et la zone euro.

En ce qui concerne les velléités sécessionnistes dans les pays en crise, le risque est grand.

Le destin de ces nations dépend d'un timing particulier:
Elles sont en danger dans leur unité tant que le scenario d'une fédéralisation de l'europe n'est pas levé, c'est à dire tant que l'euro n'a pas éclaté.

La crise politique pourra prendre des allures de chaos si dans un second temps l'espagne et l'italie se décomposent, puis si dans un second temps, les entités émergentes se retrouvent orpheline de
leur tutelle impériale (le centre germano-franco-germanique).


Jean Claude Werrebrouck 16/08/2011 21:36



Oui, achat forcé, mais en fait la BCE ne cherche qu'à sauver les banques.Le problème des Etats est différent: ils ont besoin de restaurer leur souveraineté monétaire et pour cela revenir à ce qui
se passait par exemple en France jusqu'en 1973. Pas facile pour les entreprenurs politiques...


Sur la divergence démographique je suis entièrement d'accord.


Bien à vous.



BA 16/08/2011 09:51


Si un Etat européen lançait un emprunt à 10 ans aujourd'hui, en août 2011, quel taux d'intérêt devrait-il payer ?

Allemagne : taux des obligations à 10 ans : environ 2,3 %.

Finlande : taux des obligations à 10 ans : environ 2,6 %.

Pays-Bas : taux des obligations à 10 ans : environ 2,6 %.

France : taux des obligations à 10 ans : environ 2,9 %.

Espagne : taux des obligations à 10 ans : environ 4,9 %.

Italie : taux des obligations à 10 ans : environ 5,1 %.

Irlande : taux des obligations à 10 ans : environ 9,8 %.

Portugal : taux des obligations à 10 ans : environ 10,3 %.

Grèce : taux des obligations à 10 ans : environ 15,5 %.

- Les cinq Etats européens en faillite demandent la création d'euro-obligations : ils veulent que les 17 Etats membres de la zone euro empruntent tous à un taux d'intérêt unique. Avec des
euro-obligations, tous les 17 Etats devraient payer le même taux d'intérêt. Pour les cinq Etats européens en faillite, ce serait une bouffée d'oxygène : ils pourraient emprunter à un taux d'intérêt
bien inférieur à ce qu'ils paient aujourd'hui.

- Mais les Etats européens riches, eux, ne veulent pas de ces euro-obligations. Si les euro-obligations étaient créées, l'Allemagne serait obligée de payer un taux d'intérêt bien supérieur à 2,3 %,
la Finlande serait obligée de payer un taux d'intérêt bien supérieur à 2,6 %, les Pays-Bas seraient obligés de payer un taux d'intérêt bien supérieur à 2,6 %, etc, etc.

- Conclusion : les euro-obligations seraient une bouffée d'oxygène pour les Etats européens pauvres, mais elles seraient une catastrophe pour les Etats européens riches.

- Mon pronostic : il n'y aura jamais de mutualisation des dettes européennes, il n'y aura jamais la création des euro-obligations, car les Etats européens riches ne les accepteront jamais.

Il n'y aura jamais de fédéralisme en Europe, car les Etats européens riches n'accepteront jamais de transférer des milliards d'euros supplémentaires vers le budget de l'Union Européenne.

Lisez cet article :

http://www.lepoint.fr/economie/plusieurs-pays-s-elevent-contre-la-proposition-de-hausse-du-budget-de-l-ue-30-06-2011-1347999_28.php


AbsolumentFabuleux 15/08/2011 19:17


Vous traitez de la continuation du système fordiste par la dette et la baisse des prix des produits du à la mondialisation en ne traitant pas de la cause de la fin du fordisme : cette même
mondialisation.
La fin de la guerre a en effet vu le keynésianisme triomphant associé même à l’ennemi du keynésianisme : l’ouverture des frontières à tout vent. Ceci du à la fable selon laquelle c’est toujours le
manque d’ouverture aux autres qui serait responsable des guerres. On est toujours dans la fable du doux commerce de Montesquieu, fable qui permet d’oublier qu’au cours de l ‘histoire ce sont
souvent les nations qui commerçaient le plus entre elles qui se faisaient la guerre.
Ainsi si on suit l’historiette plus ou moins officielle, ce serait le repli sur soi des années 30 qui aurait entraîné la seconde guerre mondiale alors que ce repli sur soi n’était provoqué que par
la crise due à la distorsion des revenus qui servaient plus à la spéculation qu’à l’économie réelle. Comme actuellement, tiens.
La contre offensive classique, néo ou libérale peut importe comme on le nomme c’est la même racine, a permis dès le départ d’introduire le ver dans le fruit. C’était certes progressif , les
échanges s’effectuant au départ entre pays développés aux standards salariaux équivalents. Mais lorsque le sentiment d’appartenance à une même société se délite, quand le profit de court terme
prend le pas sur tout autre considération, bref, lorsque la recherche du profit sans lendemain par l’externalisation vers les pays à bas coûts s'effectue, évidemment, rien ne va plus. La charge
finale a d’ailleurs été données dans les années 70 avec l’interdiction des banques centrales d’acheter de la dette publique. Ce qui est assez drôle vu l’actualité : la Fed qui achète des bons du
trésor à tour de bras et la BCE qui s’y met aussi. Sauf que la grande différence est que l’Etat paye un intérêt au prix fort alors même que les taux des BC sont biens inférieurs ce qui n’arrivait
évidemment pas dans les années 70. Les banques commerciales se re financent à bas coût alors que les Etats payent beaucoup plus chers… Bref.
Parler de redistribution de revenus à travers les bas prix permis par la mondialisation alors même que cette même mondialisation a supprimé ces revenus, c’est limite de l’humour noir. Bien sûr, les
études montrent que la mondialisation n’engendre pas de délocalisations. La belle affaire. On oubli les entreprises qui ont coulés, les entreprises qui ont « préférées » investir à l’étranger
plutôt qu’en France et on ignore donc au final superbement et avec dédain, sûr de sa bonne conscience moralisatrice, les quelques 2 millions et quelques d’emplois perdus dans l’industrie en France
depuis les années 80.
Un détail on vous dit.
Bref, penser que l’on peut continuer le système actuel sans réfléchir sur une autre mondialisation, c’est vraiment croire au père noël moderne, j’ai nommé la fameuse main invisible.
Il faut dire que cela reviendrait à tourner la page de l’économie « technicienne » et à revenir aux fondements de l’économie : l’économie politique.
Seul ce retour aux fondamentaux nous permettrait d’avoir une chance d’obtenir une mondialisation plus coopérative, qui ressemble moins à un bal des faux culs où tout le monde se sourit tout en se
demandant comment prendre l’industrie, les services, bref, la croissance de l’autre.
Sans oublier un changement de système, comme je l’ai déjà développé dans une autre réaction que je ne rappellerais pas, j’ai déjà été trop long.


Jean Claude Werrebrouck 15/08/2011 22:10



Je pense que la crise du fordisme est d'abord la chute des gains de productivité qui le nourrissait jusqu'alors. Et de ce point de vue, la mondialisation - avec la révolution financière qu'elles
exige - est un substitut aux gains de productivité perdus. Pour le reste je suis assez d'accord.



HP 15/08/2011 19:11


L'Allemagne de l'ouest a beaucoup dépensé, sur de nombreuses années, pour permettre sa réunification après la chute du mur. encore aujourd'hui il reste une nette différence de niveau de vie entre
les deux anciennes parties.
Les transfert d'argent pour mettre à niveau des pays comme le Portugal ou la Grèce serait absolument énorme et insupportable. Insupportable comme l'arrogance des dirigeants allemands quand ils
veulent imposer leurs vues sur la politique des autres pays, sans lâcher un sou pour autant.
Tant qu'il n'y aura pas une fiscalité commune, un système de redistribution fonctionnel et un code anti-dumping social rien ne sera viable dans la zone euro, et il faudra bien que quelqu'un claque
la porte ou que lazone euro éclate puisqu'il n'y a pas de procédure d'exclusion.

A propos d'exclus, on pourrait virer la Grande-Bretagne qui n'a pas, n'a jamais eu et n'aura jamais l'esprit européen. Ils ne se cachent pas de rester dans l'UE parce qu'ils en profitent, ils y
resteront puisqu'ils y ont droit mais la solidarité européenne leur est totalement étrangère. Par contre intégrer une région comme l'Ecosse, lorsqu'elle sera indépendante, pourrait se faire.


Jean Claude Werrebrouck 16/08/2011 21:40



Oui mais je pense avoir expliqué qu'il ne peut y avoir de fiscalité commune constitutive d'un Etat au dessus des autres Etats. Vous avez raison se soulever la question de l'ecosse que j'avais
oublié.



Présentation

  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
  • Contact

Recherche