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2 janvier 2026 5 02 /01 /janvier /2026 10:54

Les travaux de construction du budget 2026 vont reprendre ce 8 janvier. Il ne sera question bien sûr que de réduire la dette, prêter attention aux marchés etc. Un peu comme si les astrophysiciens discutaient du mouvement de l’univers sans en connaître les lois de fonctionnement. Nous proposons ci-dessous un début de réflexion qu’aucun lecteur, voire économiste ne trouvera dans le présent vacarme des opinions. Une seconde partie proposera d’ici quelques jours une prospective d’anticipation.

L’Evidence d’un équilibre macroéconomique

Dans une économie qui par un moyen  ou un autre assure un équilibre entre offre globale de marchandises et demande globale, il n’existe aucune raison de voir l’Etat se gonfler de dettes. Cette réalité se confirme plus facilement encore si l’Etat considéré maîtrise parfaitement le taux de change de sa monnaie… en restant propriétaire de ladite monnaie. En théorie une insuffisance de demande provoquée par des agents qui utilisent le revenu de la production par des achats étrangers (balance commerciale déficitaire) entraine sur le marché des changes un mouvement inverse : la demande de monnaie nationale baisse au profit d’une demande étrangère de monnaie. Il en résulte une baisse de la valeur de la monnaie nationale et donc un effet prix favorable à une demande étrangère accrue. L’équilibre se trouve théoriquement rétabli.

Un peu de philosophie hégelienne

Les choses deviennent plus complexes si l’on introduit l’idée Hégelienne de contradiction : la production s’oppose au revenu constitué dont ce dernier est constitutif d’un possible blocage. De façon très concrète les capitalistes souhaitent vendre à la classe très nombreuse des salariés, mais ils ne produiront que si les salaires sont suffisamment contraints pour autoriser le profit. Plus concrètement encore les usines ne produiront que si les salaires sont très inférieurs à ce qu’elles produisent. Bien sûr une partie de la production, celle constitutive de biens capitaux donc de biens de production sont achetés par des capitalistes soucieux d’investir. Cela signifie que la production globale bénéficie d’une demande globale équivalente si les capitalistes achètent les biens capitaux au titre de l’investissement. Mais lesdits capitalistes en investissant élargissent la production future pour laquelle il faut trouver des débouchés eux-mêmes élargis. Poser la question de cette façon montre que l’équilibre entre offre et demande globale n’a rien d’évident. En particulier le soupçon de surproduction par rapport à la demande solvable est constitutif d’une question voire d’une hypothèse raisonnable pour étudier les réalités macroéconomiques.

L’Etat régulateur résout les contradictions

Nous avons tenté de montrer dans un texte précédent que ce soupçon de surproduction donnait aux Etats un rôle de régulateur des équilibres macroéconomiques. Depuis environ une trentaine d’années, nous sommes passés d’une régulation dite fordienne à une régulation complètement financière. Dans la régulation fordienne la nécessité de passer par un endettement public n’existe pas. L’écart entre offre globale et demande peut tout simplement être réduit par la norme salariale sans passer par des dépenses publiques. Si l’offre globale augmente fortement par des gains de productivité eux-mêmes élevés, il est possible pour un Etat d’aller bien  au-delà d’un accord salarial et décider d’une politique de rémunération permettant de gonfler la demande et donc de ne point connaître de crise de surproduction. Cela signifie que (ce qu’on a appelé moment fordien) Les capitaux ne connaissent aucune incitation impérieuse à s’exporter puisque les débouchés restent largement nationaux. Et l’augmentation des capacités aux fins de réduction des charges fixes peut se réaliser au sein d’un espace fordien géographiquement plus large : on passe de la nation à l’Europe voire l’occident et tous les espaces qui rejoignent progressivement l’espace fordien. Les entreprises peuvent devenir internationales sans connaître la mondialisation. Ce qu’on appelle « désindustrialisation » est complétement étranger au moment fordien. De la même façon il n’existe que peu de pression à la libération des mouvements de capitaux puisque ces derniers sont sagement retenus par les débouchés nationaux ou ceux exprimés dans des espaces similaires. Par ailleurs, l’espace international est encore sécurisé par l’ordre de Bretton-Woods et la fixité des taux de change.  Il n’existe pas encore de démembrement des entreprises avec des maillons éparpillés - généralement désignées « chaines de la valeur »-  à l’échelle planétaire.

Contradiction élargie et Etat régulateur dépassé

Les choses changent avec la mondialisation.  Il ne peut plus exister de manière très volontaire  de normes salariales toujours de plus en plus avantageuses en raison de l’accélération des délocalisations industrielles. Mieux la norme doit plutôt devenir celle des pays du sud pour tenter de freiner le mouvement  de délocalisation. Au fond le passage du moment fordien au moment mondialiste est aussi le renversement de la norme salariale. Pour les pays qui avaient poussé très loin la norme fordienne avec le développement d’un très grand Etat providence, ce qui était le cas de la France, le choc sera plus rude…et la résistance plus forte. D’où idéologiquement le discours concernant le caractère non réformable du pays.

Renversement de la norme salariale, mais aussi développement sans limite de la dette et de la finance. Si la norme sociale s’inverse complètement avec alignement de la norme salariale sur celle du sud, nous retrouvons une crise majeure de débouchés : les capacités productives dépassent celle des débouchés. Mécaniquement nous entrons dans un scénario où il faut accélérer les délocalisations…. processus qui lui-même n’est que l’exportation à l’échelle planétaire de la question de l’insuffisance de la demande globale. La Chine après avoir absorbée les délocalisations se trouvent présentement devant ce type de difficultés : des surcapacités gigantesques qu’il faut tenter d’expulser sur le reste du monde. Et il semble que le pouvoir chinois très soucieux de développer la demande interne, donc de passer à un mouvement fordien, rencontre de très grandes difficultés d’ordre institutionnel pour passer au fordisme.

La solution au problème serait sans doute l’avènement d’institutions mondiales chargées de réaliser à l’échelle de la planète ce qui fut réalisé à l’échelle des principales nations occidentales au cours des trente glorieuses. Cela s’avère impossible à l’heure du retour des anciens empires. L’heure présente est plutôt celle du retour d’un Etat prédateur fonctionnant au service du libertarisme....ou de l'ethnonationalisme... Conjonction très nouvelle et encore très peu étudiée. Quelle que soit l'architecture émergente, nous nous éloignons de l'Etat régulateur.

Des flux monétaires chargés de résoudre les contradictions ?

La solution est donc pour l’immense majorité des Etats le recours à des flux monétaires chargés de masquer l’écart entre production et dépense correspondante. Ces flux doivent d’une façon ou d’une autre alimenter les comptes des agents dépensiers investisseurs ou consommateurs donc des agents qui alimentent la demande globale. Concrètement il s’agit des entreprises et plus encore des ménages. Avec une grande question : les flux invoqués sont-ils porteurs de dette ou bien sont-ils libres de dettes? 

Fin de première partie.

 

Jean- Claude Werrebrouck – 2 janvier 2026.

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