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5 mars 2026 4 05 /03 /mars /2026 13:03

La présente intervention militaire des USA en Iran risque de durer avec des conséquences budgétaires non négligeables. Selon une évaluation – difficile à vérifier -  de l’Université Brown (Rhode Island) le cumul des coûts des interventions américaines depuis l’attentat du 11 septembre 2001 s’élèverait à 8000 milliards de dollars. Ce montant considérable fut bien évidemment l’une des sources de l’accroissement continu de la dette publique américaine. Tout aussi évidemment, son financement a reposé sur le confort autorisé par la position monétaire des USA dans le système financier mondial. Le dollar, même devenu inconvertible en métal précieux (fin de Bretton-woods depuis le 15 août 1971) est resté la monnaie ultime (monnaie de réserve) et autorise des déficits publics beaucoup plus importants que dans la plupart des autres pays. Très classiquement, la présente intervention de l’armée américaine ( 150 millions de dollars/ jour ?) est donc financée par de nouveaux achats de bons du Trésor qui se déversent dans l’ensemble du système financier mondial. Cette demande considérable de dette publique s’effectue sous la contrainte de taux d’intérêts complètement maîtrisés et sans doute « contenus » par le développement considérable des stables coins qui reposent eux-mêmes sur des dispositions réglementaires hautement favorables (Genius ACT du 18 juillet 2025).

Il faut, en outre, savoir qu’une situation de guerre est également favorable aux monnaies de réserves et en particulier à la plus importante d’entre-elles. La recherche de sécurité est favorable à la monnaie qui se trouve adossée à la puissance militaire. Il existe donc un couple dette publique/puissance militaire qui ne peut que se renforcer. D’où la présente montée du dollar assortie d’un taux contenu. Curieusement, la privatisation généralisée de la monnaie avec le développement des stable coins ne change rien dans la puissance américaine et le président Trump avait peut-être raison de mettre fin au projet de dollar numérique de banque centrale au profit de monnaies numériques privées.

Les choses sont plus complexes concernant l’approvisionnement des matériels militaires consommés par l’effort de guerre. Concrètement, les USA doivent détruire le pouvoir iranien avant la fin des stocks des divers intrants : munitions, intercepteurs de défense et matériels d’attaque. Et si concrètement le matériel venait à manquer, le pouvoir iranien pourrait ne pas perdre la guerre. Concrètement ce n’est pas la différence de coût entre intercepteurs US et drones iraniens qui compte mais la quantité disponible et donc les possibilités de production. La guerre qui débute est au fond comme celle de 1914 : Qui dispose des ressources industrielles les plus importantes ?

Le problème des intrants militaires américains est moins leur coût exprimé en dollars que les temps de travail directs et indirects  nécessaires à leur fabrication. Et de ce point de vue, le temps de travail direct et indirect nécessaires à la fabrication d’un drone « Shahed -136 » iranien est infiniment plus faible que celui consacré à la fabrication d’un  « MIM-104- Patriot »  américain. Et si le plan de développement du « MIM-104- Patriot » permettra de passer d’un production de 600 à 2000 par an chez Lockeed- Martin ( promesse faite au Pentagone)  les possibilité de l’industrie iranienne sont autrement efficientes et permettent même des opérations de délocalisation en Russie, délocalisations  permettant à ce pays de devenir autonome dans une production de plusieurs dizaines de milliers d’unités par an.

Plus globalement, la désindustrialisation américaine est telle que l’énorme outil militaire, construit tout au long de la période de forte industrialisation du pays, se trouve aujourd’hui en difficulté. On apprend ainsi qu’il faudrait produire  annuellement 2 sous-marins nucléaires pour maintenir un stock  disponible de 70 unités (durée de vie d’environ 35 ans) alors que les chantiers navals ne peuvent tout au plus qu’en produire 1,2. D’où les contrats complexes avec la Corée du Sud portant sur la modernisation des chantiers américains et la possibilité de construire en Corée du sud des sous-marins nucléaires….De la même façon, on peut s’étonner que sur les 11 porte-avions, seuls 4 sont réellement disponibles tandis que 3 autres sont en reconditionnement dans des bassins sur des périodes dépassant 3 années. L’industrie américaine n’est plus capable de nourrir l’immense armée du pays.

Bien évidemment, la guerre devrait imposer le passage à ce qu’on appelle une économie de guerre, mais ce qui fut possible dès décembre 1914 pour la France semble devenir impossible aujourd’hui pour les USA. Le complexe militaro-industriel fonctionne encore en économie de paix et les outils d’une économie de guerre (réquisition, priorité sur les intrants, fonctionnement en continu, surveillance généralisée, etc.) sont très éloignés de l’économie marchande classique.

Outre l’opposition politique, la véritable question - si l’Iran s’avère être devenue une puissance industrielle – est la capacité industrielle des USA à gérer au mieux des flux d’intrants qui pourraient faire défaut et assurer la ruine de l’opération militaire.  Les USA peuvent encore augmenter leur pharaonique budget militaire, mais ils ne peuvent que très difficilement passer en économie de guerre alors même que le pays se trouve aussi désindustrialisé que la France.

Jean Claude Werrebrouck. 5 Mars 2026.

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