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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 16:59

L’idée selon laquelle l’épargne serait mal orientée, voire gaspillée reste à la mode. Avec une idée nouvelle autour d’une accélération industrielle qui - imposée par la Chine ou les USA- exigerait une transformation radicale de l’affectation de l’épargne européenne et tout particulièrement celle de la France.

Mettre fin au gaspillage de l’épargne ?

 Sans détailler, on sait par exemple que 33% de l’épargne des ménages français se trouve sur de simples dépôts bancaires qui vont se transformer partiellement en consommation (23 à 24% qui deviennent en particulier du crédit à la consommation). Par ailleurs, 34% de cette même épargne devient de l’assurance vie laquelle se transforme pour plus de la moitié (70%) en dette publique par le canal des compagnies d’assurances. On sait aussi que cette  dette publique ne finance même plus l’Etat régalien -voire l’investissement public- et ce au profit de simples dépenses sociales. D’où l’idée qu’effectivement l’épargne est probablement mal allouée et qu’il faudrait la réorienter vers l’investissement productif en particulier industriel.

Bien sûr, on pourrait envisager une solution européenne par le biais d’un endettement mutualisé qui ne ferait qu’alourdir le coût de fonctionnement de l’UE et qui est donc rejeté par certains pays dont bien sûr l’Allemagne. La solution proposée par l’Europe est donc un dispositif de réorientation de la présente épargne sur la base de critères : poids de la valeur ajoutée industrielle européenne , poids des titres en actions et en investissements de long terme, fiscalité nulle sous condition d’une durée minimale de détention des titres. Cette réorientation pourrait techniquement s’opérer par création de comptes d’investissements.

Au-delà de la technique, il est intéressant d’apprécier la crédibilité macroéconomique d’un tel projet.

Un gaspillage contraint ?

De fait, l’apparente mauvaise orientation n’est pas dépourvue de rationalité. Si brutalement l’épargne changeait d’orientation beaucoup de choses changeraient. Si une partie non négligeable de ce qu’on appelle épargne n’est qu’un outil différé de consommation, toute réallocation signifierait une baisse de la demande globale au titre de la consommation et une hausse de la demande globale au titre des biens de production. Pourquoi investir micro économiquement pour produire des biens de consommation si le marché macroéconomique s’affaisse ? Concrètement si un dispositif incitatif intervient en défaveur de l’épargne telle qu’elle se matérialise aujourd’hui, il y aura moins de crédit à la consommation car outil devenu trop cher, moins de dette publique devenue trop onéreuse pour le Trésor et donc restrictions budgétaires… et donc contraction du niveau de la demande globale. Bien sûr une telle réorientation développerait parallèlement une politique de l’offre, mais pourquoi fabriquer davantage de biens de production si les dits biens sont mécaniquement invités à produire davantage de biens de consommation eux- mêmes boudés par des consommateurs moins argentés ?

Les prétendus économistes qui devisent sur l’épargne révèlent leur   inculture économique de base. Il est ainsi souhaitable de rappeler quelques points essentiels :

Un peu de culture économique sérieuse.

1.  A l’échelle du monde, il doit être simplement constaté que la demande globale est gonflée par des déficits planétaires assurant pour 2026 une dette publique croissante  devant atteindre  un nouveau sommet (86% du PIB mondial). Cette dette - sans cesse croissante- assure des débouchés qui seraient, sans elle, mondialement insuffisants. Sans les déficits publics il y aurait récession planétaire. A noter que la forte croissance des dépenses d’armement contribue aussi à diminuer l’écart entre offre et demande solvable.

2.  Les pays les plus touchés par les déficits publics ( USA, France, etc.) sont une belle assurance pour l’offre des pays : Chine, Allemagne, etc., qui se voient garantis par des excédents commerciaux propres à limiter leur déficits publics spécifiques. Concrètement, le déficit public américain est une aubaine pour l’offre chinoise, notamment celle concernant les biens de consommation.

3. Les taux de change restent potentiellement un outil de redéfinition des écarts entre offres globales nationales  et demandes globales nationales. En particulier, la France avec un taux de change maitrisé (ce qui n’est plus le cas avec la monnaie unique) verrait sa demande globale augmentée par une forte dévaluation. Dévaluation lui permettant de substituer un déficit public par un solde extérieur devenu excédentaire. Derrière les inégalités en termes de déficits publics se cache une architecture de taux de change possiblement re visitable et potentiellement source de guerre des monnaies comme ce fût le cas dans les années 30 du siècle dernier.

4. Les dettes publiques mondiales sont le signe d’une insuffisance planétaire de débouchés. En mondialisation il n’est plus question, comme c’était le cas dans les fordismes nationaux  du vingtième siècle, d’assurer les débouchés d’une offre continuellement croissante par des rémunérations elles mêmes croissantes. Le passage à la mondialisation transforme la qualité du salaire lequel passe du statut de débouché payé par des gains de productivité à celui de simple coût à continuellement maitriser. Plus la mondialisation s’affermit, plus le déséquilibre macroéconomique s’élargit et plus les dettes publiques mondiales s’accroissent… dans un contexte d’affaissement général des taux de croissance...

5. L’épargne qui est devenue partiellement un outil de consommation cachée - essentiellement de la dette publique fort éloignée de l’investissement et transformée en salaires indirects - devient aussi support de la finance. Plus la mondialisation s’affirme et plus l’écart entre offre globale et demande globale devient dette et produits financiers. Une finance qui va aussi se nourrir de la fin des taux de change fixes. Plus la mondialisation s’affirme, plus le déséquilibre macroéconomique grandit, et plus la finance se développe. Cette dernière devient la grande industrie de l’époque de la mondialisation.

6. L’établissement d’un équilibre macroéconomique planétaire suppose une hausse planétaire des revenus salariaux. Scénario beaucoup plus difficile à imaginer que dans le cadre de l’espace national de la seconde moitié du vingtième siècle.

7.  Nous sommes très loin d’une problématique de mauvaise allocation de l’épargne….

Jean Claude Werrebrouck- 14 Mars 2026.

 

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