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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:58

Des réformes structurelles peuvent-elles être  avantageuses pour tous les acteurs du jeu?

Poser une telle question, c'est percevoir qu'il y aurait, d'une part, des réformes modifiant la répartition du bien-être, sans en modifier le périmètre global (réformes qui ne débouchent pas sur une croissance du PIB) et, d'autre part des réformes qui élargiraient ce dernier car porteuses de croissance..

Corrélativement, poser une telle question c'est déplacer le raisonnement sur le territoire macro-économique.

Des réformes structurelles  porteuses du couple compétitivité/dévaluation interne..

Des réformes structurelles -celles exigées par Bruxelles, le patronat, les grandes organisations internationales,.....- et qui déboucheraient sur un allègement du coût du travail (baisse des salaires,directs et indirects, flexibilité, fin des 35 heures, etc). aboutiraient à une diminution de la demande interne. A priori,dans ce cas, elles modifient la répartition du bien-être mais aussi en réduisent l'enveloppe : le PIB diminue.

Toutefois, si une telle stratégie est mise en vedette, c'est en raison d'une hypothèse d'exportations supplémentaires  ( sans oublier l'attendu d'une diminution des importations) surcompensant la diminution de la demande intenre. Dans ce cas, la répartition du bien-être est modifiée en faveur des entreprises.  La situation est pourtant plus complexe et plusieurs cas peuvent se présenter :

1- les entreprises captent le bénéfice de la nouvelle répartition et y ajoutent cellei de la croissance. Dans ce cas, les salariés sont pénénalisés par une masse salariale plus réduite...à répartir le cas échéant sur un plus grand nombre (hypothèse de réduction du chômage consécutif à la croissance). L'avenir d'un pays embrassant ce type de réforme est celui d'une petite Chine.

2- Les entreprises captent le bénéfice de le nouvelle répartition, sans y ajouter celle de la croissance. Dans ce cas, la condition d'une élévation de la masse salariale distribuée est une baisse du taux de salaire, inférieure à la hausse du niveau de l'emploi. Concrêtement, si nous avons 100 emplois pour une masse salariale de 1000 et qu'une baisse du taux de 10% la ramène à 900, seule une croissance supérieurse à 10% du nombre d'emplois permet le développement de la masse salariale ( dans notre exemple si les exportations permettent de créer 12 emplois nous passons à une mase salariale de 112X9= 1008).

Soulignons l'irréalisme d'une telle proposition, laquelle passe par un saut gigantesque des exportaions et donc une élasticité de la demande étrangère tendant vers l'infini. Ains,i pour un pays comme la France, compte tenu de sa population active, une baisse du coût direct et indirect du travail de 10% signifierait la création de plus de trois millions d'emplois essentiellement liés à l'exportation... Soit le plein emploi pour  une diminution de 10% du coût du travail : Impensable. Quels sont les pays qui accepteraient une telle exportation du chômage français ?

La conclusion qui s'impose est alors que les réformes structurelles basées sur la baisse du coût du travail ne sont que fort peu réalistes en terme de croissance et ne servent qu'à  masquer le sens et l'intérêt de ses promoteurs. Simplement exprimé, ce type de réformes structurelles se classe dans la rubrique  "dévaluations internes".

Il se peut toutefois que des réformes structurelles aboutissent à l'émergence directe ou indirecte de gains de productivité.

Des réformes structurelles porteuses de gains de productivité.

Comme celles qui masquent une dévaluation interne, elles correspondent aussi à une redéfinition de répartition des niveaux de bien-être. C'est le cas de l'hypothèse de la fin des professions réglementées, de la réorganisation de la formation professionnelle et de l'apprentissage, de la concurrence dans les transports, etc.

Elles ne correspondent toutefois pas toutes à une authentique redistribution du bien-être.

C'est notamment le cas de la supression des seuils en termes de représentation syndicale. Prenons cet exemple et imaginons le scénario suivant : Les entreprises, libérées des effets de seuils, embauchent des salariés et achètent des machines pour élaborer une valeur d'usage satisfaisant des besoins identiques à ceux offerts par la concurrence , mais assorties de  conditions de coût beaucoup plus avantageuses (innovation de productivité).

Quels sont les effets attendus?

Il ya constitution de revenus nouveaux autour de la nouvelle technologie, et baisse des revenus associés à la perte de débouchés de la technologie en voie de déclassement. Les deux effets ne se compensent pas et il ya production nette de valeur globale,  valeur dont le montant est égal à la différence de coûts entre les deux technologies.

Cette différence peut apparaître sous la forme d'une combinaison de revenus supplémentaires : hausse des profits, hausse des salaires, baisse des prix. Les modalités de cette combinaison dépendent naturellement de la politique de répartition des gains de productivité.

Nous sommes ici en présence d'une réforme structurelle globalement positive puisqu'elle permet de produire la demande associée à l'offre nouvelle.

L'exemple pris est naturellement simple, pour ne pas dire simpliste : il néglige le temps consommé à l'élaboration d'une technologie nouvelle, et se trouve choisi dans un cadre qui ne correspond pas à une redéfinition initiale du bien-être.

La réalité est souvent plus complexe, surtout lorsque l'on aborde des réformes de grande ampleur, comme cela est souvent évoqué pour le système éducatif. On peut certes imaginer, en France, une réforme de l'Education Nationale qui serait porteuse de gains de productivité en raison d'une meilleure formation de la jeunesse, mais cela consomme énormément de temps ...pendant lequel la demande globale reste inchangée.

Il faut donc en conclure qu'en situation de crise - situation dont on sait sur le blog qu'elle est immanente à la forme prise par la mondialisation- seules sont socialement acceptables les réformes structurelles qui garantissent la parfaite congruence de l'offre et de la demande.

Elles passent toutes par des gains de productivité dont certains ( Edmund Phelps ou Robert Gordon) pensent qu'ils seraient aujourd'hui en voie d'extinction. Sans entrer dans un débat complexe, il faur reconnaitre que les réformes structurelles proposées passent le plus souvent par le mode "dévaluation interne" que par celui de la productivité.

Il serait évidemment difficile de dresser un tableau complet des réformes classées selon les rubriques "dévaluation interne" ou "productivité". les promoteurs de ces réformes préfèrent parler de compétitivité, un signifiant qui ne désigne pas de signifié précis, ce qui permet de masquer la réalité de la gestion la crise, une crise qui est l'occasion de mettre fin à un modèle social en choisissant massivement la dévaluation interne.

Les lecteurs de ce blog savent que ce choix aggrave chaque jour la puissance destructrice de la crise.

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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commentaires

BA 30/09/2014 18:18

Mardi 30 septembre 2014 :

La dette publique de la France dépasse pour la première fois la barre symbolique des 2.000 milliards.

Selon les chiffres publiés ce mercredi par l’Insee, elle s’est établie à 2.023,7 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre, contre 1.985,9 milliards fin mars, soit une hausse de 28,7 milliards d’euros.

Au ministère des Finances, on souligne que la dette a doublé entre 2002 et 2012, passant de 930 milliards à 1.860 milliards d’euros, dont 600 milliards entre 2007 et 2012.

http://www.leparisien.fr/economie/dette-publique-la-france-a-franchi-le-seuil-des-2-000-milliards-d-euros-30-09-2014-4175987.php

Dans l’Union Européenne, neuf pays sont en faillite.

La Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Irlande, Chypre, la Belgique, l’Espagne, la France, et le Royaume-Uni sont en faillite.

1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 314,801 milliards d’euros, soit 174,1% du PIB.
2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2120,143 milliards d’euros, soit 135,6 % du PIB.
3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 220,696 milliards d’euros, soit 132,9 % du PIB.
4- Irlande : dette publique de 202,920 milliards d’euros, soit 123,7 % du PIB.
5- Chypre : dette publique de 18,206 milliards d’euros, soit 112,2 % du PIB.
6- Belgique : dette publique de 404,248 milliards d’euros, soit 105,1 % du PIB.
7- Espagne : dette publique de 989,925 milliards d’euros, soit 96,8 % du PIB.
8- France : dette publique de 2023,7 milliards d’euros, soit 95,1 % du PIB.
9- Royaume-Uni : dette publique de 1486,878 milliards de livres sterling, soit 91,1 % du PIB.

La question est :

“QUAND ces neuf pays vont-ils se déclarer en défaut de paiement ?”

werrebrouck 30/09/2014 07:43

Hadrien
Merci pour cet excellent rappel. Qui connait aujourd'hui la charte de la Havane?

Hadrien 29/09/2014 20:25

"viendra le temps de nouveaux taux de change fixes avec l'obligation internationale de faire en sorte qu'il y ait équilibre des balances extérieures pour chaque pays" (JC Werrebrouck)

Pour ceux qui croiraient irréaliste ce dernier point... :

L’ÉQUILIBRE DE LA BALANCE DES PAIEMENTS: POINT CENTRAL DE LA CHARTE DE LA HAVANE,
UN NOUVEL ORDRE COMMERCIAL MONDIAL ENCORE À CONSTRUIRE

La Charte de La Havane fut signée en 1948 par 53 pays.
La Conférence de La Havane a tenté de traiter une question essentielle : l’articulation entre le commerce et l’emploi. C’est pourquoi elle s’intitulait « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi ». A l’époque, tout le monde croyait au plein emploi. Aujourd’hui, cet objectif a non seulement été abandonné, mais le chômage est devenu la « variable d’ajustement » de l’économie.
La Charte prévoyait la création d’une Organisation internationale du commerce (OIC), totalement intégrée à l’ONU. Le Sénat américain, qui venait de changer de majorité, a cependant refusé de ratifier le texte. La raison d’opportunité tient à l’immense stock de marchandises détenu par les Etats-Unis au lendemain de la guerre… Il fallait donc que les Etats-Unis puissent exporter sans limite. C’est le GATT qui s’est imposé et qui a donné naissance plus tard, en 1995, à la tristement célèbre Organisation mondiale du commerce (OMC).
On ne trouvera jamais, d’ailleurs, dans la littérature de l’OMC, l’objectif du plein emploi comme raison du commerce international.
La Charte de La Havane propose une approche qui se situe aux antipodes des conceptions actuelles du commerce international. Pour elle ce commerce ne peut avoir qu’un seul objet : le développement de chaque pays considéré individuellement, dans un cadre de relations internationales fondées sur la coopération et non sur la concurrence.
La Charte de La Havane ne sépare pas le commerce international et emploi.

L’ARTICLE 1 de la Charte de La Havane, qui en fixe l’objet, est particulièrement clair : « Atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement. »
On croit rêver !

L’ARTICLE 2 précise que « les Etats membres reconnaissent qu’il n’est pas uniquement de leur intérêt national de prévenir le chômage et le sous-emploi [...] mais que la prévention du chômage et du sous-emploi est également une condition nécessaire pour [...] le développement des échanges internationaux, et, par conséquent, pour assurer le bien-être de tous les autres pays. »
Ainsi « les Etats membres reconnaissent que, si la prévention du chômage et du sous-emploi dépend, au premier chef, de mesures intérieures, prises individuellement par chaque pays, ces mesures devraient être complétées par une action concertée, entreprise sous les auspices du Conseil économique et social des Nations Unies et avec la collaboration des organisations intergouvernementales qualifiées… »
A quand une réunion sur le plein emploi organisée par l’OMC ?

Ce qu’il y a de radicalement nouveau dans la Charte de La Havane par rapport à la situation actuelle, c’est la recherche de l’équilibre de la balance des paiements comme principe général:

L’ARTICLE 3 énonce que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements d’autres pays. » Autrement dit, la « priorité aux exportations », qui est le mot d’ordre général de tous les pays, et de la France depuis l’alignement de 1982-1983 sur les politiques néolibérales, ne saurait être une politique acceptable pour l’OIC.

C’est pourquoi l’ARTICLE 4 de la Charte de La Havane parle du « rétablissement de l’équilibre interne de la balance des paiements » comme d’un objectif fondamental de l’OIC.

L’ARTICLE 6 envisage ainsi des « mesures de protection en faveur des Etats membres exposés à une pression inflationniste ou déflationniste extérieure. » Même chose pour l’article 21 qui détaille les « restrictions destinées à protéger la balance des paiements ». Par « restrictions » il faut entendre la méthode des contingents, les licences ou les permis d’importation sans fixation de contingents. Tout Etat membre de l’OIC pourra, par exemple, en vue de sauvegarder sa position financière extérieure et sa balance des paiements, « restreindre le volume ou la valeur des marchandises dont il autorise l’importation ».

Des normes de travail équitables:
L’ARTICLE 7 de la Charte prévoit que « les Etats membres reconnaissent que les mesures relatives à l’emploi doivent pleinement tenir compte des droits qui sont reconnus aux travailleurs par des déclarations, des conventions et des accords intergouvernementaux. Ils reconnaissent que tous les pays ont un intérêt commun à la réalisation et au maintien de normes équitables de travail en rapport avec la productivité de la main-d’oeuvre et, de ce fait, aux conditions de rémunération et de travail meilleures que cette productivité rend possibles. Les Etats membres reconnaissent que l’existence de conditions de travail non équitables, particulièrement dans les secteurs de la production travaillant pour l’exportation, crée des difficultés aux échanges internationaux. En conséquence, chaque Etat membre prendra toutes les mesures appropriées et pratiquement réalisables en vue de faire disparaître ces conditions sur son territoire. »
Cet article prévoit aussi que « les Etats membres qui font également partie de l’Organisation internationale du travail collaboreront avec cette Organisation, afin de mettre cet engagement à exécution » et que l’Organisation internationale du commerce « consultera l’Organisation internationale du travail et collaborera avec elle. »
Nous sommes à des années-lumière des conceptions et pratiques de l’OMC !

Le contrôle des mouvements de capitaux:
L’ARTICLE 12 a un côté irréel quand on le compare à la réalité actuelle de la globalisation financière. Selon cet article, en effet, un Etat membre de l’OIC a le droit :
– de prendre toutes mesures appropriées de sauvegarde nécessaires pour assurer que les investissements étrangers « ne serviront pas de base à une ingérence dans ses affaires intérieures ou sa politique nationale » ;
– de déterminer s’il « autorisera, à l’avenir, les investissements étrangers, et dans quelle mesure et à quelles conditions il les autorisera » ;
– de prescrire et d’appliquer « des conditions équitables en ce qui concerne la propriété des investissements existants et à venir ». Avec la Charte de La Havane, chaque Etat peut donc contrôler, en toute légalité, certains des mouvements de capitaux ! Qu’il s’agisse d’investissements de portefeuille ou d’investissements directs étrangers, la Charte de La Havane donne les outils juridiques pour s’opposer aux offres publiques d’achats (OPA), fusions et acquisitions transfrontalières ou à la pénétration du capital des entreprises cotées par les fonds de placement américains.

Les aides de l’Etat sont autorisées:
L’ARTICLE 13 de la Charte précise que « les Etats membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’Etat et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous la forme de mesures de protection est justifié. »
Là encore nous croyons rêver tellement le formatage des esprits, après plus de vingt ans de néolibéralisme, a fait douter de cette évidence.

L’ARTICLE 14 explique que « tout Etat membre pourra maintenir une mesure de protection non discriminatoire affectant les importations qu’il aura prise en vue de la création, du développement ou de la reconstruction de telle ou telle branche d’activité industrielle ou agricole ».

Des accords préférentiels sont possibles:
L’ARTICLE 15 énonce en effet que « les Etats membres reconnaissent que des circonstances spéciales, notamment le besoin de développement économique ou de reconstruction, peuvent justifier la conclusion de nouveaux accords préférentiels entre deux ou plusieurs pays, en considération des programmes de développement économique ou de reconstruction d’un ou de plusieurs d’entre eux. »

Autorisation de subventions:
L’ARTICLE 18 de la Charte explique: « les dispositions du présent article n’interdiront pas l’attribution aux seuls producteurs nationaux de subventions, y compris les subventions provenant du produit des taxes ou impositions intérieures [...] et les subventions dans la forme d’achat de produits nationaux par les pouvoirs publics ou pour leur compte. Les Etats membres reconnaissent que le contrôle des prix intérieurs par fixation de maxima [...] peut avoir des effets préjudiciables pour les intérêts des Etats membres qui fournissent des produits importés. En conséquence, les Etats membres qui appliquent de telles mesures prendront en considération les intérêts des Etats membres exportateurs en vue d’éviter ces effets préjudiciables, dans toute la mesure où il sera possible de le faire. »

L’ARTICLE 25 apporte des précisions : si un Etat membre accorde ou maintient une subvention quelconque, y compris toute forme de protection des revenus ou de soutien des prix, qui a directement ou indirectement pour effet soit de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit, soit de réduire les importations d’un produit sur son territoire ou d’empêcher une augmentation des importations d’un produit, « cet Etat membre fera connaître par écrit à l’OIC la portée et la nature de cette subvention, les effets qu’il en attend sur le volume du ou des produits affectés qu’il importe ou exporte ainsi que les circonstances qui rendent la subvention nécessaire ».

Le dumping, fiscal ou social:
L’ARTICLE 26 de la Charte interdit formellement ce genre de pratique : « aucun Etat membre n’accordera directement ou indirectement de subvention à l’exportation d’un produit quelconque, n’établira ni ne maintiendra d’autre système, lorsque cette subvention ou ce système aurait pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour le produit similaire aux acheteurs du marché intérieur ».
Au moins c’est clair !

Des mesures spéciales pour la production culturelle:
L’ARTICLE 19 traite des « réglementations quantitatives intérieures » sur les films cinématographiques. Afin de permettre une production nationale, il organise un système de « contingents à l’écran » où un temps de projection est réservé aux productions nationales. En voici un extrait : « toute réglementation de cette sorte prendra la forme de contingents à l’écran qui seront gérés conformément aux conditions et prescriptions suivantes : les contingents à l’écran pourront comporter l’obligation de projeter, pour une période déterminée d’au moins un an, des films d’origine nationale pendant une fraction minimum du temps total de projection effectivement utilisé pour la présentation commerciale des films de toute origine ; ces contingents seront fixés d’après le temps annuel de projection de chaque salle ou d’après son équivalent. »

Possibilités de « restrictions quantitatives » dans le but d’équilibrer la balance des paiements d’un pays qui en aurait besoin:
L’ARTICLE 20 reprend cette idée, mais pour d’autres raisons que la recherche de l’équilibre de la balance des paiements. Après avoir indiqué qu’il fallait les éliminer, il les définit ainsi : « prohibitions ou restrictions à l’importation d’un produit du territoire d’un autre Etat membre, à l’exportation ou à la vente pour l’exportation d’un produit destiné au territoire d’un autre Etat membre, autres que des droits de douane, des taxes ou autres redevances, que l’application en soit faite au moyen de contingents, de licences d’importation ou d’exportation ou de tout autre procédé ».

L’ARTICLE 27 de la Charte de La Havane fait des « produits de base » une catégorie particulière. Il considère qu’un « système destiné à stabiliser soit le prix intérieur d’un produit de base soit la recette brute des producteurs nationaux d’un produit de ce genre, indépendamment des mouvements des prix à l’exportation, qui a parfois pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour un produit similaire aux acheteurs du marché intérieur, ne sera pas considéré comme une forme de subvention à l’exportation ».

L’ARTICLE 28 stipule que « tout Etat membre qui accorde, sous une forme quelconque, une subvention ayant directement ou indirectement pour effet de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit de base, n’administrera pas cette subvention de façon à conserver ou à se procurer une part du commerce mondial de ce produit supérieure à la part équitable qui lui revient. »
Incroyable ! La « conquête » de parts de marché est réprouvée par la Charte de La Havane !

Finalement, l’actualité de la Charte de La Havane reste intacte. Sortie de l’oubli, son contenu peut alimenter les débats – ou plutôt les lancer – sur ce qui reste probablement le plus étrange tabou qui frappe les économistes comme les responsables politiques.
Lisez vite la Charte de La Havane ! (Jacques Nikonoff, le 26 octobre 2006)

werrebrouck 27/09/2014 10:46

Bien sûr...on ne parle pas de réformes structurelles dans la finance....j'aurais du en parler un peu. Pour le reste je crois que dans le monde qui suivra la fin de l'euro, nous aurons bien des difficultés mais viendra le temps de nouveaux taux de change fixes avec l'obligation internationale de faire en sorte qu'il y ait équilibre des balances extérieures pour chaque pays. Il me parait ainsi probable que la fin de l'euro aura des conséquences complètement planétaires. Mais pour le moment on en est à des débats de l'entre deux guerres: il fallait à l'époque choisir entre l'or et la prospérité, il faut aujourd'hui choisir entre l'euro et la prospérité.

Hadrien 26/09/2014 20:05

BA nous donne ci-dessus une source probante:
Éric Le Boucher n’était-il pas le néolibéral de service dans « le Monde de l’économie » ? Que lui est-il donc arrivé pour soulever ainsi un (petit) coin du voile dans "les Échos" ? Ça va faire jaser...


Car beaucoup jusqu’ici parlaient pour ne rien dire: La Compétitivité…! La Compétitivité !
Tout le monde sait que travailler à coût nul (l’esclavage) est la production la plus compétitive et son effet sur la balance commerciale est double, car le pouvoir d’achat nul des esclaves ne leur permet de rien acheter en dehors de la maigre pitence qui leur attribuée par leurs maîtres richissimes (comme dans l’ancienne Rome)…
C’était donc cela le modèle et le chemin qu’on nous indiquait : soyons un pays de travailleurs pauvres, et nous ferons le bonheur de nos financiers et de nos rentiers à la bourse. C’est ce chemin qu’a pris l’Allemagne (richesse médiane: 17ème sur 17 en 2012, dans la zone euro, mais la plus forte proportion de centimillionnaires en actifs) !
C’est le chemin inverse qu’avait pris De Gaulle (« Je ne gouverne pas à la corbeille ») : en dix ans de gaullisme, la bourse avait continuellement baissé chaque année… alors que la France construisait alors toute sa croissance et sa prospérité.
Je rappelais ici que toutes les innovations déterminantes de la « High Tech », depuis l’atome et l’ordinateur jusqu’à Internet et le GPS, et même Google (financement NSF), furent dues non à la concurrence privée par les coûts, mais à l’effort étatique par l’investissement public (militaire et/ou universitaire).

Car la compétitivité par les bas salaires n’implique pas la productivité !
On se souvient de ce qui a été déjà référencé ici:
Un rapport du Sénat Français de 2010 signalait à cet égard que la productivité en Chine était 7% de la notre, mais les salaires 3%… d’où la compétitivité, basée sur la pauvreté du producteur ! Le PC chinois y trouve actuellement son compte de puissance, mais doit pour cela maintenir son peuple dans cet état par de l’investissement autre qu’en salaires (d’où les bulles, immobilières, etc), et manipuler sa monnaie à la baisse en soustrayant ses excédents de paiement par l’achat des bons du trésor américain qui, à l’inverse, soutiennent le dollar…
Un petit détail, en date d’hier sur le blog de Michel Santi, devrait nous ouvrir les yeux:
Yum Bang intervenait pour nous persuader de ne surtout pas faire d’inflation comme l’ont fait les États-Unis, ou comme essaie de le faire le Japon pour sortir du piège de son voisin chinois!

Il faut lire le dernier livre de Jean-Michel Quatrepoint (déjà prix du meilleur livre pour son précédent « La crise globale ») : « Mourir pour le Yuan », où il traite le cas de la Chine et de l’Allemagne en parallèle. (À un détail près: l’Allemagne impose la double peine, avec son attavisme d’une « monnaie forte »!)
Patrick Artus disait la même chose, sous une autre forme :
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=51136
Le premier point:
« Il y a excès mondial de capacité de production, dû essentiellement à la globalisation et à l’investissement très important dans les pays émergents » (mieux résumé en version « marxiste » à la fin)
appelle la précision :
C’est un « déplacement » de production voulu par les intérêts financiers depuis la « révolution conservatrice » de 1980, pour accroître la plus value par de plus bas salaires, fût-ce au détriment de l’innovation et de la croissance des pays qui les ont permises !
En continuant dans cette logique absurde, on cèssera tout effort de recherche et d’innovation qui avait fait le progrés d’après guerre.
Faut-il rappeler le « Testament de Maurice Allais » paru dans Marianne:
« Le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. »

werrebrouck 27/09/2014 11:06

Je suis heureux de voir ici ou là, que de des commentateurs commencent à se rendre compte de la réalité de la crise planétaire: une gigantesque crise de surproduction....due à l'inégale répartition. Patrick Artus devient militant, c'est excellent.
Il faudra toutefois encore attendre encore un peu....l'Afrique pourra peut-être prendre le relai de la Chine pour quelques années.

BA 26/09/2014 11:46

C’est fini.

Ils n’y croient plus.

Les européistes commencent à comprendre que l’Union Européenne n’est pas viable.

Les européistes commencent à comprendre que l’Union Européenne va bientôt mourir.

Les deux derniers exemples :

Mercredi 24 septembre, un européiste de gauche, l’économiste Bernard Maris, écrivait dans Charlie Hebdo qu’il fallait maintenant sortir de l’euro. Bernard Maris est professeur des universités à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII. Il est membre du conseil général de la Banque de France.

Vendredi 26 septembre, un européiste de droite, l’économiste Eric Le Boucher, écrit dans Les Echos que l’Europe est en train de mourir.

A gauche et aussi à droite, le vent tourne.

Les européistes commencent à comprendre que la construction européenne est une expérience qui a complètement foiré.

Le seul résultat politique de la construction européenne, c’est le retour des nationalismes d’extrême-droite partout en Europe, et la montée des forces centrifuges.

Les égoïsmes nationaux, les fureurs populaires et les passions nationalistes vont faire mourir l’Europe.

L’agonie de l’Europe a commencé.

Lisez cet article :

L’Europe est en train de mourir, surtout ne faites rien.

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203805835795-leurope-est-en-train-de-mourir-surtout-ne-faites-rien-1046818.php

werrebrouck 27/09/2014 10:52

Oui BA, mais sois rassuré, ils vont continuer à se battre, l'enjeu de l'euro c'est aussi la vie de l'industrie financière, c'est à dire celle de sa privatisation. Il faut comprendre que la fin de l'euro, c'est aussi la fin de la libre circulation du capital, le retour des banques centrales, des taux de change fixes, etc. Bref la renationalisation de la monnaie et une dure limitation du casino.

Hadrien 25/09/2014 19:31

J'ignore si une troisième partie de ces "réformes structurelles" suivra, mais ne serait-il pas sage de considérer que la sortie de l'euro est l'une de ces réformes possibles, et qu'on ne saurait donc faire l'économie de son examen.
Jacques Sapir a quelque peu défriché le terrain miné de la retranscription de la dette dans "sa" monnaie
(cf le récent billet du 24 septembre), pr des remarques d'importance pour faire revenir bien des lecteurs à plus de lucidité, tant est forcenée la propagande en sens inverse... Il fallait voir Elisabeth Guigou sur les antennes, détaillant les sept plaies de l'Égypte qui s'abattraient sur la France, à sa sortie éventuelle de l'euro !

Mais il est un second aspect qui semble perdurer chez les politiques, les journalistes, et même chez les "économistes": l'emploi incongru du mot "dévaluation" au sens ancien du terme. Détrompez-moi si j'ai tort :

Une conversion de l'euro en un euro-franc ne sera pas du tout équivalente à une "dévaluation" comme autrefois d'un franc au franc du lendemain.
Il s'agissait alors de modifier un taux de change fixe entre monnaies différentes, lorsque la tension accumulée entre l'offre et la demande des balances de paiements en devises du commerce international le rendait nécessaire ! Or, on est passé au change flottant qui fait disparaître ces tensions en les étalant dans le temps...
Par ailleurs, la tension de change étant nulle en monnaie unique, elle s'est transférée sur les taux de dettes publiques !
L'économie ne changeant pas non plus entre minuit du jour J-1 et 0h du jour J, c'est pour les mois et/ou années qui suivent que ces changements peuvent avoir lieu et être entérinés/anticipés par les marchés:
- les pays gardant l'austérité austro-allemande pratiqueront (vraisemblablement) la restriction de masse monétaire
- les autres adopteront logiquement la pratique inverse et, tout aussi logiquement, le contrôle des capitaux aux frontières qui va de pair.
D'où une lente divergence du change flottant entre ces devises au jour le jour, sur les marchés... comme autrefois, mais à partir de zéro au Jour J !
À l'exception des remous sur les marchés à terme, rien de fondamental ne devrait changer pour le commerce du jour au lendemain : Le producteur ou le commerçant qui, par crainte ou incompréhension, changerait significativement non seulement l'unité mais la valeur de ses prix le lendemain, se verrait évincé par ses concurrents plus avisés.
C'est encore une chose que bien des "économistes" semblent ne pas avoir à l'esprit, surtout lorsqu'ils admettent eux-mêmes que, la conversion d'unité étant arbitraire, la plus simple serait pour tout le monde, au jour J, 1 euro = 1 euro-franc = 1euro-lire = ... = 1 euro-mark !

Dire, comme le font certains, que la dévaluation sera de 25-30% supposerait d'abord de préciser par rapport à quoi, et au bout de combien de temps... l'année par exemple!
Par rapport au dollar, avant l'euro, le franc connaissait une assez grande stabilité de long terme (plusieurs decennies) autour de 5 à 6 francs (J'ai connu le dollar à 4 francs et à 10 francs, mais c'était des limites extrêmes!). Il devrait donc la recouvrer.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle beaucoup admettent que la France serait approximativement un "point milieu" des monnaies européennes, relativement imobile face au dollar (si sa période d'euro n'a pas trop détruit son économie industrielle...), situé entre un mark appréciateur et un drachme dépréciateur !
Notre facture énergétique est sensiblement couverte par les rentrées du tourisme qui sont équivalentes. Et quant aux cours de bourse, la dépréciation monétaire doit être plus que compensée (c'est le but) par le regain attendu de compétitivité.
Mais rien de tout cela n'est bien nouveau...

Il en ira différemment par rapport à la nouvelle unité (euro)mark:
Les marchès anticiperont les effets d'une politique monétaire restant (vraisemblablement) restrictive sur l'euro-mark: celui-ci continuera de faire ce que le mark faissait avant l'euro, en s'appréciant, comme il l'a fait d'un facteur considérable sur le dollar depuis 1949 :
Avec les mêmes résultats internes qu'avant sur les revenus, et les patrimoines en Allemagne: on sait que cette faible expansion monétaire n'a en rien favorisé l'allemand médian, dont les salaires stagnaient d'autant, et qui s'est retrouvé le plus pauvre d'Europe lorsque ses marks furent convertis en euros !
Mais les valeurs boursières allemandes auront, cette fois, une très mauvaise surprise à court terme:
Tous les marchés anticiperont pour cet euromark un regain de difficultés à venir sur le fameux point fort allemand: l'export...
Pendant que l'euro-mark continuera sa course de monnaie forte en s'appréciant par rapport à l'euro-franc, l'eurolire, etc., et même le dollar, ces derniers seront à nouveau des concurrents compétitifs par les coûts, comme cela était déjà le cas face au mark lorsqu'on entra dans l'euro (d'où les mesures "Schroeder").
On peut prévoir sans grand risque d'erreur que les actions en bourse allemandes chuteront considérablement à l'annonce d'une sortie de l'euro, car l'industrie allemande n'aura plus alors ce marché captif dans sa monnaie qu'est l'euro-zone actuelle, et tous les traders et boursicoteurs le savent ! À plus long terme, elles reprendront sans doute des couleurs, mais pas avant qu'une nouvelle austérité à la "Schroeder" ait compensé cette perspective de mark (trop) fort par de nouvelles "dévaluations internes", c'est à dire restrictions salariales... Pauvres travailleurs allemands!

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