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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 13:27

 

                                                                                                                                                                                                                                                                 

                        Le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats          

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Si la gestion de ce que nous appelions « la grande crise des années 2010 » apparaissait comme le grand retour des Etats, il semble  que le présent discours de la fin de la crise consacrerait plutôt le grand retour du marché. Pour autant, nous verrons dans les développements ci- dessous,  que l’apparent  retour du marché, est moins à l’ordre du jour, que celui – plus souterrain - des nations souveraines.

  Les apparences :                                         

 Les conclusions du G20 de Pittstburg ne sont pas- dit-on-  à la hauteur de ce qui avait été ambitionné au G20 de Londres. A l’ardeur interventionniste semble succéder le retour des délices du marché et, dans un milieu apaisé, on sait que  les boucs émissaires s’évaporent : les traders ne seront pas sacrifiés. Les nouveaux sommets atteints à « Wall- Street » en matière de rémunérations sont là pour en témoigner. La régulation financière ne proviendra pas de la « hard law » mais d’instances plus accommodantes, car consanguines, et juridiquement indépendantes des Etats. Il semble même que les banques centrales, indépendantes, seront en charge d’une part de  la supervision financière. Mieux : pourquoi ne pas envisager le transfert de l’aléa moral vers les banques centrales  et ainsi soulager les Etats en cas de difficulté, idée  suggérée par le gouverneur de la Banque de France ?                   
Les banques elles-  mêmes  se libèrent de l’emprise publique- tout en conservant sa garantie- en remboursant les Etats à peu de frais.

Ainsi l’actionnaire public  français  a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun  qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008. Ainsi la finance se propose de continuer à absorber une masse croissante de richesses, avec des chiffres qui continueront d’impressionner : 22% du PIB américain , 12% du PIB Britannique.etc.

En raison même de son fonctionnement, elle provoque partout de l’obésité : la spéculation crée de la volatilité qui invite l’économie réelle à se protéger....qui invite la finance à trouver de nouvelles armes de protection (nouveaux produits dérivés)… qui créent de nouvelles volatilités…qui…

Industrie bien spécifique, en ce qu’elle se trouve simultanément du côté de l’offre et du côté de la demande .En ce sens ,  il s’agit d’une industrie véritablement autogénératrice. A l’instar de ces trous noirs de l’univers qui à force d’engloutir de la matière, voient leur densité devenir extrême et le pouvoir d’attraction de cette même  matière augmenter sans cesse. Comment d’ailleurs ne pas être impressionné par la taille des bilans qui voit  celui de BNP PARISBAS rejoindre celui du PIB de la France, ou celui des seules banques centrales représenter aujourd’hui 20% du PIB mondial alors qu’elles n’en pesaient que 5% il y a moins de 20 ans. Comment ne pas être impressionné par le marché des changes, qui chaque jour est le vecteur où se brassent  3200 milliards de dollars de transactions, soit plus de 20% du PIB américain, etc.

 

Parallèlement,  le mot d’ordre mimétique de la fin de la crise, laisse les Etats en piteux état. La croissance jusqu’en 2007 assurée mondialement par le « home equity extraction » américain s’est transformée en récession, finalement supportable, grâce à des efforts publics parfois gigantesques. Les rendements décroissants de la croissance colossale de la dette privée américaine, ont laissé la place à des déficits publics eux- mêmes colossaux. L’énorme endettement, contrepartie de l’énorme financiarisation, fonctionnait à rendements décroissants et il fallait de plus en plus de crédits pour produire un dollar de PIB supplémentaire. Sa liquidation, à peine commencée, s’accompagne d’ un endettement colossal des Etats. Et un endettement qui repose lui aussi sur une dépense publique à rendements décroissants : il faut de plus en plus de déficit pour obtenir un dollar de PIB supplémentaire. Ces déficits constituent un nouveau débouché pour le système financier et dès le début de la crise, le papier public fût très apprécié des marchés, d’où des taux qui restèrent très bas.

Les Etats, et plus précisément ceux qu’on appelait les locataires de  « l’extériorité » dans un article précédent ,  deviennent progressivement les victimes des marché financiers qu’il fallait secourir.

 Les Etats ne sont pas solubles dans le marché :

Mais la crainte d’une noyade est complètement erronée, et il n’y aura pas de dictature des marchés financiers sur les Etats. Sans doute se moque t’on aujourd’hui de ces gouvernements qui prétendent faire payer la crise , en parlant de « raid fiscal » sur les banques, en élevant un très modeste impôt à la charge de ces dernières, en imaginant de faire payer le coût administratif de la régulation, ou en faisant payer une assurance contre  le risque systémique supporté  par les Etats. Ces mesures, potentielles  ou réelles, font sourire car elles restent dans le paradigme de la volonté de ne pas pénaliser les banques.

Pour autant, Il est au contraire,  infiniment probable,  que le G20 ne soit qu’une fausse sortie et que « l’extériorité », va considérablement se réarmer en se mettant à l’écoute d’autres lobbys que celui de la finance. La  nouvelle« grande transformation » pour reprendre l’expression de Polanyi , et il s’agira bien d’une grande transformation, ne sera pas aisée car cette dernière implique une rupture épistémologique et une évolution radicale des croyances. Elle a pourtant déjà commencé.

Plans de relance non coordonnés :

Elle a tout d’abord commencé, dès la fin de l’année 2008, avec les plans de relance non coordonnés. Les locataires des diverses « extériorités » ne se sont guère consultés, et chacun y a été de son plan classiquement keynésien, avec priorité des dépenses sur des marchandises non échangeables, ou des dépenses au profit de branches économiques, que l’on voulait geler sur les sols nationaux. Le lecteur garde en souvenir, les épineux débats concernant l’industrie automobile que l’on veut bien aider… à condition de ne plus délocaliser…ou les surprises de l’énorme plan chinois, qui laisse de côté les entreprises occidentales. Lorsque, dans maintenant quelques mois, ces plans non coordonnés, ou ces stratégies non coopératives, auront épuisé leurs effets, le monde de la mondialisation et de la globalisation en sortira plus fragmenté.

Sans doute La chute brutale du commerce international au cours de l’hiver 2008-2009 - 6,7% au dernier trimestre 2008, 11% au premier trimestre 2009, et 0,7% au second trimestre 2009 - ne relève t’elle pas encore de cette fragmentation. Plus probablement, le déstockage généralisé en était la cause. Toutefois, les 437 mesures protectionnistes relevées par le « Global Trade Alert » auront progressivement monté en puissance, tout au moins sous sa forme rampante : le «mirky protectionism », entre Américains et Chinois notamment. Dans le même temps Le « BDI » (Baltic- Dry- Index) reste au fond de l’abîme, et nombre de navires restent au repos non loin des ports. Il suffirait alors que l’idée de « prime à la relocalisation » de plus en plus souvent vantée, s’annonce,  pour casser les chaines de valeur, c'est-à-dire les raccourcir-  et entrainer une chute du commerce mondial, alors même que les PIB nationaux auraient cesser de décliner . Cette hypothèse n’est pas encore vérifiée, mais le sera sans doute dans un proche avenir. Quoi qu’il en soit, le monde de demain ne sera plus celui où la croissance du commerce mondial était plus rapide que la croissance du PIB mondial. La dé mondialisation relative sera en marche.

Vers la guerre des monnaies :

Mais au marteau des plans incoordonnés succède déjà l’idée d’une guerre des monnaies – allant bien au-delà de l’agressivité  du taux de change du Yuan-   avec pour issue possible, la fin des monnaies uniques : le dollar au niveau mondial et l’euro au niveau européen.

La FED, dont on dit qu’elle pourrait se charger de tâches nouvelles du point de vue de la régulation, continue et va continuer, directement ou indirectement, par le biais des marchés secondaires de la dette publique, à intervenir massivement pour assurer la liquidité et la solvabilité du trésor .La banque centrale Anglaise, sur le même chemin a déjà absorbé l’équivalent de 13% du PIB britannique en obligations d’Etat. D’où la faiblesse des  monnaies correspondantes. D’où la faiblesse  en particulier du dollar , et les réactions à en attendre : pourparlers en Asie ,  au Moyen Orient, voire en Amérique latine pour concevoir un système monétaire international bis, ou mieux encore faire naître 3 ou 4 zones monétaires ; crainte européenne au regard d’une montée de l’euro dont on estime à 1,7 ou 1,8 dollar, la valeur qui déclenchera son explosion et le retour possible d’un serpent monétaire, etc. Rien n’est à ce jour arrêté, puisque le dollar reste le réseau qui minimise les coûts de transaction dans les paiements. Telles   les industries dites de réseau, le dollar comme moyen de mesure et de paiement reste un monopole naturel. Encore faut-il   qu’il assure correctement  sa fonction de réserve de la valeur, fonction  qui n’est plus complètement validée. Il existe donc un danger de fracturation et au final de guerre des monnaies. Dans cette hypothèse, Serpent ou panier monétaire ( voire même limites réglementaires – ici ou là évoquées à la circulation des capitaux, comme par exemple la taxation au Brésil )  parce qu’instruments toujours discutables, et continuellement renégociables, ne seraient  plus les autoroutes sans péages de la libre circulation des marchandises et des capitaux. Et les péages sont l’inverse des marchés libres dans ce qu’on appelait la « mondialisation bienheureuse ». Derrière eux, se cache le retour du souverain qui rappellera l’adage célèbre  que l’on avait oublié : « battre monnaie est un attribut de la souveraineté ».

L’écologie dé mondialisante :

D’autres barrières sont en cours d’édification. Parmi elles, la muraille écologique n’est pas la moindre. Tant qu’il ne s’agissait que d’intentions, le concept de développement durable pouvait avoir le goût d’une « nouvelle frontière » et donc un nouveau champ d’investigations. Mais lorsqu’il s’agit de passer à l’acte, le concept devient oxymore, et il s’agit probablement d’aller au-delà et de réfléchir, aussi chez les acteurs les plus actifs, c'est-à-dire les entreprises, à l’idée de décroissance. Terme qui fût employé, on le sait,  dans le cadre d’une  université d’été du MEDEF en  septembre 2009. C’est que la soutenabilité,  est du côté de la décroissance et non du côté du développement durable. Or cette mise en pratique vient de commencer, avec  le lancement d’une taxe écologique, dont l’affirmation concrète,  sera une barrière à la circulation des marchandises. La taxation a le goût de l’écologie,  mais la dureté d’une frontière. Il faut donc  commencer avec un prix d’ami pour évaluer la tonne de C02. Mais le potentiel de fragmentation du monde est présent…sauf à considérer la nature comme bien public mondial. Hypothèse que l’on ne peut  évacuer : le réarmement des Etats ne signifie pas la fin d’un ordre mondial. Toutefois hypothèse qui ne remet pas en cause l’insoutenabilité  de la mondialisation des échanges. L’entreprise, en raison de la muraille écologique, finira par retrouver de la substance,   et cessera d’être une abstraction complètement désarticulée avec  des membres  dispersés sur tous les continents. La fragmentation est aussi la fin de l’externalisation généralisée, et de l’allongement illimité de la chaine de la valeur. Externalisation qui jusqu’ici ne comptabilisait  pas les coûts de destruction d’une nature que l’on croyait inépuisable. A noter que cette réduction de la longueur de la chaine de la valeur- pour cause de muraille écologique- constitue une mauvaise  nouvelle pour le lobby financier : les risques économiques, sont proportionnels à la longueur de la chaine de la valeur. Chaîne dont les maillons sont dispersés sur l’ensemble de la planète, d’où des opérations de couverture répétées, et de transferts - non moins répétées- de couvertures financières sur chaque maillon.  La réduction du niveau de désarticulation des entreprises, (réduction de la taille de la chaine de la valeur) sera la fin de la « boursouflure » du commerce mondial, par rapport à la croissance des PIB nationaux, mais – plus encore-  la fin de la « boursouflure au carré » de la finance, dans  ces mêmes PIB nationaux. De quoi faire en sorte, que les profits bancaires,  ne représentent plus- demain- jusqu’à 40% du total des profits des entreprises du CAC 40. La muraille écologique pourra ainsi limiter la part de marché de la finance dans le total du PIB.

La strangulation repoussée:

L’essentiel du réarmement des Etats proviendra pourtant d’une autre cause : La strangulation financière croissante dont ils sont victimes,  les entrainera à réécrire avec l’argument de la souveraineté une nouvelle page de l’histoire. Et une histoire qui déplacera le pouvoir monétaire depuis les banquiers vers le souverain.

Certes le G20 consacre le pouvoir monétaire de la finance  puisque son sauvetage est passé  par l’étranglement du sauveur, c'est-à-dire les Etats. Mais si la mort d’entités privées est concevable car ne mettant pas complètement en cause la société prise dans son ensemble, la mort de l’entité publique, externalité radicale et source de l’existence même de toutes les entités privées est tout simplement inconcevable, et ne s’est jamais manifestée historiquement. Le propos est tellement vrai, que le risque de contagion de la mort des entités privées (le risque dit « systémique   ») a précisément partout dans le monde, au plus fort de la crise,  entrainé l’intervention des Etats.

L’étranglement par la finance- concrètement un service de la dette qui n’est plus soutenable-  viendra donc buter sur la résistance croissante d’autres intérêts privés que l’externalité publique ne peut négliger. Les entrepreneurs politiques au pouvoir, même si la consanguinité avec la finance  est extrême -comme aux USA avec Goldman Sachs ou en France avec  l’Inspection Générale des Finances - ne pourront plus longtemps refuser de légiférer à peine de leur non reconduction au pouvoir .  Parce que l’activité politique est devenue une activité professionnelle comme une autre, on voit mal comment le personnel politique accepterait l’agonie de l’entité publique qui les emploie, et agonie qui entrainerait des réactions brutales d’autres groupes d’intérêts. Dit autrement , le maintien de l’ordre public dont il était question dans un précédent papier, ne peut se conduire en mettant en œuvre le sacrifice du gendarme. Et « l’ordo libéralisme » que l’on voyait s’avancer sera lui-même contesté par ceux qui refusent d’être sacrifiés.

Les représentants de l’entité publique- les locataires toujours précaires de « l’extériorité », comme nous le disions dans un autre texte- doivent donc comparer deux coûts : celui de la strangulation financière qui d’ores et déjà bloque toutes les marges de manœuvres, et qui demain va absorber un volume croissant de dépenses, par exemple sociales, et le coût de la réaffirmation de la souveraineté.

Ce dernier coût est bien sûr énorme, puisqu’il s’agit d’une stratégie a priori non coopérative . Pour ne donner qu’un exemple, le retour à  la souveraineté monétaire française entrainerait une dévaluation massive, et donc une envolée extrême du prix de toutes les matières premières. Dévaluation qui consacrerait aussi une chute importante du niveau de vie des citoyens présents…..mais au profit des générations à venir…. Nous y reviendrons.

Mais ce coût énorme sera rapidement rejoint et dépassé par le coût du maintien de l’existant, c'est-à-dire l’absorption par la finance d’une masse croissante de richesses. Ainsi dès 2009 l’intérêt de la dette publique française se montera à près de 60 milliards d’euros soit approximativement 20% du total des recettes publiques. L’Islande qui a dû nationaliser son système bancaire, tente de taire le bruit selon lequel elle serait prête à une possible répudiation de sa dette étrangère. La  Californie, qui avait réussi à cantonner son Etat dans d’étroites limites grâce à une disposition constitutionnelle, ne pourra plus longtemps se permettre, suite à la crise, d’abandonner la plupart de ses services publics, et propose déjà , de réarmer son Etat, par voie de révision constitutionnelle. Etc.

Mais Il existe peut-être une autre stratégie que celle résultant d’une comparaison des coûts du maintien de l’existant et des  coûts de rétablissement de la souveraineté. Qu’en est –il  d’une stratégie de dépassement du stade national, stratégie visant à la construction d’un Etat mondial ?

L’utopie de l’Etat mondial :

Une telle stratégie se heurte à des difficultés considérables.

Tout d’abord le phénomène rencontré depuis la chute du mur de Berlin, n’est pas l’avènement d’une société en voie de mondialisation. Elle est à l’inverse l’utilisation d’un milieu – le marché- permettant l’apparition et l’affirmation de nouvelles nations, et nations dont certaines sont d’un poids important. Tel est le cas des « BRIC ». L’utilisation du marché étant parfois un substitut- voire même un paravent  de la violence politique. Ainsi les considérables réserves de change, que l’on disait indispensables, en cas de crise, deviennent  «  trésors de guerre »  à éventuel  potentiel d’agressivité. Et réserves de change souvent acquises au terme d’un mercantilisme agressif, tel celui d’un choix de taux de change irréaliste. De telles stratégies doivent être qualifiées d’internationales, comme cela pouvait être le cas d’époques où l’on parlait de nations. Et ces stratégies qui ont pour théâtre le marché, supposent l’intervention des souverains qui définissent entre eux, le champ et les règles- toujours revisitables - de la coopération/compétition. Ainsi n’est- il guère  irréaliste, comme le suggère Jean Michel Quatrepoint,  d’imaginer que ce que l’on appelait la « chimérique » n’est que la rencontre, sous la houlette des Etats ,  entre « Wall- Street », « Wal Mart » et le parti communiste chinois.

Mais si le marché est davantage le jouet des nations que l’outil de leur liquidation, c’est aussi parce qu’il  reste finalement cantonné au seul espace de la rencontre économique. La construction européenne en est un exemple vivant. Il n’était guère possible, il y a un demi  siècle,  de débuter la construction par le politique ou la dimension culturelle. La proposition reste vraie aujourd’hui,  et le passage à la construction politique apparait hors de portée. Même ce qui peut  apparaitre, comme relevant de la rationalité simplement économique, est un sommet inaccessible : parce qu’une politique fiscale commune est aussi un choix de société, elle ne saurait émerger malgré son potentiel de bienfaits dans l’ordre économique. Ordre politique, systèmes de valeurs mais surtout  systèmes culturels ne sont pas des marchandises et  sont  peu affectés, par la mondialisation des échanges économiques. Une société de marché peut changer bien des choses dans l’ordre du monde mais elle n’affecte jamais comme nous le rappelle Philippe d’Iribarne l’ordre de la culture, qui correspond toujours aux fondements historiques et indéracinables d’une société. Seule l’élite mondialisée, c'est-à-dire déracinée, et en contact permanent avec d’autres membres de la dite élite située  à l’autre bout de la planète,  peut croire au mirage de la mondialisation.

Il peut y avoir un ordre économique mondial négocié entre les très nombreux souverains, mais il n’y a de mondialisation que dans l’ordre marchand et celui-ci reste toujours revisitable.

Il n’existe donc pas de stratégie alternative, ou son coût y apparait infini. Nous sommes par conséquent renvoyé à la question précédente- celle qui se proposait de comparer le coût de la présente situation, celle d’une industrie financière triomphante, qui bloque durablement toutes les marges de manœuvre des Etats, et en vient à les réduire-   avec le coût sans doute considérable du réarmement de ces même  Etats.

 Pénibilité mais inéluctabilité du réarmement.

Bien évidemment ces coûts ne sont que la contrepartie, de rapports de forces  entre agents dont    certains ont intérêt au maintien d’un  existant appelé faussement ordre mondialisé, et d’autres, qui ont intérêt au retour de la souveraineté. Le tri entre ces agents n’est toutefois pas simple, et il devient banal d’affirmer que le citoyen, salarié d’un côté , consommateur d’un autre, connait quelque peine à maximiser sa satisfaction, la conjonction des  deux statuts lui apparaissant souvent , comme insurmontable  contradiction.

C’est dire que le réarmement des Etats ne sera pas une promenade de santé et qu’il donnera lieu à d’intenses débats, voire de conflits. C’est dire aussi que le réarmement passera par le marché politique qui donnera le pouvoir aux victimes de la crise. Processus difficile qui ne pourra émerger  dans de bonnes conditions, que si cet accès au pouvoir  se déroule  dans nombre de pays et à des dates peu éloignées les une des autres. L’une des grandes difficultés, sera  probablement le travail de décolonisation des cerveaux victimes de la théorie économique. Travail de décolonisationimpossible                                                                                                                                                                                                                                              
 s’il n’est qu’une déconstruction sans projet. En particulier il sera difficile, voire très difficile de mettre en cause l’idéologie de la croissance  et de son corollaire : le toujours plus de consommation. Comme l’expliquent les sociologues, la crise ne fait pas reculer facilement l’idéologie de la consommation : le postmoderne est un hyper consommateur. Au-delà ,  comment faire comprendre aux chinois qu’il convient de revoir les modes de vie  dont ils viennent d’en apercevoir, et encore d’assez loin,  les délices potentiels ?

Le processus de réarmement sera d’autant plus difficile, que la crise des années 2010, s’annonce sur un terrain humain très différent de ce qu’il était lors de la crise des années 30. A l’époque les Etats étaient très armés, et la question était de savoir à quelle offre idéologique ils allaient succomber. Souvent pour le pire,  comme l’histoire devait le révéler.  Il n’existe aujourd’hui aucune offre idéologique claire, ou plus exactement le contenu idéologique de la théorie économique est tellement hégémonique, que sa contestation y apparait comme en déphasage avec la réalité sociale. C’est la raison pour laquelle la décolonisation des cerveaux sera  difficile. C’est que les individus, « atomes  désirants », des manuels de micro-économie sont devenus – pour une bonne partie-la réalité de la société postmoderne. Naguère, dans une société hiérarchisée et toute construite d’institutions, la théorie économique apparaissait, comme  abstraction éloignée d’une réalité autrement complexe. Aujourd’hui, tout se passe comme si l’objet étudié- le fonctionnement apparent de la société- se conformait assez correctement au modèle théorique. Victoire de la théorie. Et il est vrai que les nouvelles valeurs faites  de montée de l’hédonisme, du moi, du désir, du subjectivisme, du narcissisme, de l’égotisme, du repli sur le corps, etc. sonnent comme autant de victoires de la théorie micro-économique. A fortiori si, ici et là, la précaution de l’enrichir de sa version « économie comportementale » n’est pas oubliée.

Le choix du paradigme du marché pour comprendre le monde- certes avec ces tendances normatives- est devenu le choix de la société dite postmoderne. Celle-ci refuse largement  la discipline, la hiérarchie, l’enrôlement, l’universalisme et au final « l’ordre organisé » tant vilipendé par les économistes, en particulier ceux de l’école autrichienne. C’est la raison pour laquelle nous disions que la crise n’entrainait  jusqu’ici qu’un keynésianisme de façade, la croyance dans les vertus de la théorie économique néoclassique, et plus particulièrement sa version autrichienne reste pour l’instant quasi intacte.

Le travail de réarmement sera donc long et difficile en raison d’une absence totale d’offre idéologique nouvelle. Marcel Gauchet note d’ailleurs le relatif légitimisme des opinions dans la tourmente de la crise. L’ordo libéralisme reste lui-même peu contesté tant il est assez peu éloigné des nouvelles valeurs. Les changements stratégiques des gouvernements ne choquent pas non plus, puisque tout devient affaire de pure technique gestionnaire, moyen, et jamais fin.  Et surtout, vis à vis du comportement des « 2B2F » (« too big to fail »), la disparition de toute offre idéologique, le légitimisme, et sa signification ultime à savoir la déligitimation en profondeur des élites, avec le repli massif sur les valeurs du privé, n’entraine pas d’exigences radicales à l’encontre des responsables, ou peut –être des boucs émissaires, du désordre. Il ne s’agira donc, pour l’instant, que de réguler le système financier : la remise à flot du navire n’exige pas de boussole. Et il y a prise de distance vis-à-vis d’une solution alternative, par exemple la nationalisation intégrale des banques, car solution chargée de trop de sens.

 

Voilà beaucoup de conditions ou d’hypothèses lourdes et contraignantes. Il existe toutefois de nombreux facteurs d’aggravation très prochaine de la crise : prise de conscience de l’insoutenabilité de la dette, et donc prise de conscience de l’impossibilité de reconduire de nouveaux plans de relance ; effets de second tour avec la montée de l’insolvabilité de l’armée des nouveaux chômeurs ; explosion de la nouvelle bulle en cours d’édification, et réapparition de l’insolvabilité des banques qui n’ont toujours pas nettoyé l’actif des bilans ; confirmation de la guerre des monnaies. Autant de faits, plus que d’hypothèses,  bien connues et redoutées par les observateurs attentifs .

 Le mensonge public consistant à déclarer que la dette reste soutenable finira par évaporer le légitimisme des opinions,  et renforcer la délégitimation des pouvoirs en place, donc la demande d’alternative. La fin des plans de relance sera le recul de la mer laissant apparaitre les nageurs dépourvus de maillots de bains. Absence ou présence de nouveaux plans de relance deviendront des stratégies également  impraticables : on ne peut plus prolonger les plans de relance, mais on ne peut pas s’en passer. Les effets de second tour, sur un modèle économique des banques, inchangé, voire aggravé par le mouvement de restructuration et de concentration ( si les 10 plus grandes banques américaines contrôlaient 10% des actifs financiers US en 1990, elles en contrôlent 60% en 2009) seront dévastateurs. Comment ne pas s’inquiéter – pour cause de montée des  défauts - des nouvelles  et  très nombreuses faillites bancaires aux USA, de la fragilisation de la FDIC (Federal Deposit  Insurance Corporation), de Fannie  Mae,  de GMAC (société de crédit de Général Motors) et de bien d’autres instances, qui disposent d’un guichet ouvert et infiniment profond au trésor américain ?

Les nouveaux moyens de la souveraineté.

Lorsque la finance en viendra à absorber les moyens de l’Etat providence, l’unique ressource des entrepreneurs politiques sera , dans un premier temps, la répudiation  de la dette. S’agissant de la France, l’insoutenabilité de la dette remonte au début des années 80 avec l’apparition d’un solde budgétaire primaire déjà négatif, alors même que les charges d’intérêt vont représenter 5% du total du budget. Le déficit primaire devient significatif à partir du début des années 2000, tandis que les charges d’intérêt dépasseront les 11%  du total du budget. C’est dire que le jeu de Ponzi existe en France depuis près de 30 années .  la fuite en avant 2009 et 2010 – avec probablement le passage à 20% du total du budget  pour le montant de la charge de la dette, et un déficit primaire dépassant les 80 milliards d’euros -  accélère l’effet boule de neige, exigeant, dans un contexte de non croissance, un ajustement budgétaire conséquent…. et politiquement impossible. Imagine-t-on des entrepreneurs politiques procédant à un ajustement à hauteur de 140 milliards d’euros, soit 40% du budget actuel … même sur plusieurs années ? Un tel blocage doit dans un premier temps se payer d’une hausse du coût de la dette publique et d’un renforcement de l’insoutenabilité. Phénomène du reste fort surprenant : alors que les banques centrales noient de liquidités des banques elles mêmes insolvables, elles semblent plus réticentes- et ce bien sûr pour des raisons juridiques- vis-à-vis des Etats, épuisés à maintenir le système bancaire défaillant. Il ne pourra plus longtemps être accepté, que la planche à billets fonctionne davantage au profit de banques qui y trouvent le carburant de nouvelles bulles, qu’au profit d’Etats chargés de missions plus larges.

D ans le même temps les énormes liquidités disponibles – avec une base monétaire de 21% du PIB contre seulement 4% en 1990- ne sont pas capables de rétablir une machine inflationniste qui fût historiquement la réponse aux insoutenabilités d’ après guerre. Et ces énormes liquidités ne font que créer et amplifier de nouvelles bulles d’actifs, sans toucher aux prix des marchandises de l’économie réelle, qui sont eux-mêmes bloqués  par la mondialisation.

L’insoutenabilité budgétaire est pourtant-pour l’essentiel- le résultat d’une stimulation publique de la demande globale insuffisante . Vérité d’évidence quand on observe le marché de l’industrie automobile, dont chacun s’accorde à reconnaître   qu’il est artificialisé avec des revenus qui n’existent pas. Les spécialistes en « tuyauterie keynésienne »  sont ainsi autorisés à dire qu’au  déficit insoutenable, pourrait être avantageusement substitué une élévation générale des revenus disponibles. La hausse des revenus entrainant, au surplus, une meilleure allocation des ressources que la dépense publique. Impossible,   répondront les libéraux en raison de la mondialisation des échanges et des bas salaires en vigueur, notamment  en Asie .

Ce qui nous renvoie au nécessaire rétablissement des équilibres extérieurs de toutes les nations, avec les moyens de la souveraineté monétaire et de l’impôt…sans prendre la direction de la « route de la servitude »  chère à Hayek... La mondialisation était le fait d’acteurs qui ont exigé des entrepreneurs politiques la rupture avec les équilibres nationaux de la modernité : possibilité d’échapper à la régulation territoriale de l’économie avec  la libre circulation du capital, possibilité d’échapper aux impôts nationaux, aux conventions collectives territoriales, etc.  la mondialisation s’est nourrie de  différences et d’écarts, le tout apparaissant comme le complément, ou les ultimes conséquences  de la liberté politique. Le réarmement des Etats, sera un processus différent mais au fond semblable. Il sera le fait d’acteurs, qui exigeront des  entrepreneurs politiques (qui peuvent être les mêmes que ceux qui ont édifié la mondialisation)  la liberté de ne plus être écrasé par des externalités non  décidées.                                                                                                                                                                           Liberté Liberté de ne plus être un assisté, ou demain un abandonné, au prétexte d’un éloignement des compétences, par rapport aux postes offerts en occident, ou  liberté d’entrer dans une consommation, jusqu’ici trop limitée,  par le devoir d’épargne qui m’est imposé en Asie .  Et de la même façon, que les conventions collectives furent un progrès et une liberté nouvelle dans un monde jugé injuste, l’équilibre des échanges économiques entre les nations, peut devenir  une nouvelle conquête sociale pour l’ensemble de l’humanité.

Cet équilibre des échanges économiques- concept majeur chez Keynes- correspond aussi à moins d’inégalités, lesquelles ne sont que le corolaire de la logique de la différence chère à la mondialisation. Moins d’inégalités   qui rendront plus supportable, la chute du pouvoir d’achat  résultant des modifications de parités monétaires, notamment  dans les pays occidentaux jusqu’ici trop consommateurs. L’introduction – à titre d’exemple- d’un revenu maximal, pourra compenser symboliquement et psychologiquement,  la chute générale des revenus. L’équilibre des échanges pourra ainsi correspondre à moins de biens, mais aussi à plus de liens et de solidarité.

Mais surtout,  retour aux équilibres des échanges,  qui seront la solution- certes partielle- à la muraille de l’écologie.

La logique de la différence et des écarts est le moteur central ,de l’édification de l’entreprise démembrée, avec la longueur infinie de la chaine de la valeur qui lui correspond, et la boursouflure de la finance qui l’accompagne. L’affaissement politiquement décidé de la logique des écarts : péages sur les autoroutes de la circulation des capitaux, primes à la relocalisation, taxation de la délocalisation, taux de change réalistes,  mais surtout, demain,   taxation carbone homogène sur l’ensemble de la planète , consacrera la diminution drastique de la longueur  de la chaine de la valeur, et donc la diminution de l’empreinte écologique de l’humanité.

Le concept d’équilibre des échanges est aussi central pour la gestion de la finance. Elle constitue l’un des moyens de  la voir rentrer dans sa boîte. Tout d’abord, l’équilibre des échanges rapetisse considérablement le volume de la liquidité internationale et donc le volume du carburant des phénomènes spéculatifs. la disparition des excédents chinois serait à elle seule, un rapetissement considérable du carburant de la finance. En même temps, cet équilibre remettrait à l’honneur le « paradoxe de Triffin » sur la définition du bon étalon monétaire international, avec peut-être la possibilité   d’un nouveau Bretton  Woods. En second lieu la dé mondialisation est aussi une dé- financiarisation, l’entreprise remembrée comportant beaucoup moins de maillons porteurs de risques à couvrir par la finance . Concrètement l’innovation financière et ses productions, toujours plus complexes,  se dirigeraient  vers des produits simples.    

Mais le retour de la finance dans sa boîte, résultera aussi du retour à des taux de change fixes ré ajustables, taux qui seront politiquement déterminés pour assurer la norme de l’équilibre des échanges. Nul n’ignore en effet,  que le décollage de la finance fût nourri dans les années 70 par l’abandon des taux de change fixe, et la forte pression de la City de Londres  pour qu’il en soit ainsi.    

La méthodologie du réarmement des Etats  

La bonne méthode consiste à commencer par la répudiation de la dette publique partout où  les circonstances l’exigent. Dans un contexte de désinflation, cela passe par sa monétisation, c'est-à-dire l’alimentation sans limite, des comptes des trésors comme l’est aujourd’hui quasiment  sans limite, l’alimentation des comptes des banques à la banque centrale. Cela signifie évidemment,   l’abandon de l’indépendance des banques centrales. Même sans inflation, la dette publique s’en trouvera largement évaporée , d’abord  au détriment des non résidents,  victimes de la chute massive des taux de change qui  résultera de la monétisation .

La répudiation de la dette publique, doit s’accompagner partout où les circonstances l’exigent, d’une renégociation de la  dette privée, visant à desserrer   l’étau financier  chez les agents privés.

L’objectif global de ces deux formes de répudiation, au moins partielle, de la dette est bien évidemment la diminution globale de l’endettement, endettement dont l’ascension irresponsable a engendré la crise.

Le système bancaire , repris en main, par le pouvoir politique devra quant à lui obéir à de nouvelles injonctions et reconfigurations : retour à la spécialisation et au Glass- steagall Act, démantèlement de la structure oligopolistique et fixation d’une taille maximale des bilans, interdiction de la titrisation et des activités de trading pour compte propre, limitation stricte de l’importance des leviers et donc augmentation des fonds propres, activités financières sur produits de base réservés aux seuls acteurs  de l’économie réelle, Etc. Cette liste de décisions   ne saurait être exhaustive. Sans doute la monétisation entrainera t’elle une augmentation nouvelle de la base monétaire, mais la reconfiguration de la totalité du système bancaire bloquera  de possibles nouvelles bulles d’actifs, ce qu’à l’inverse nous constatons aujourd’hui. Que ce retour de l’autorité du souverain sur le banquier, soit accompagné de réelles difficultés, est un fait d’évidence. En particulier certains seront tentés par l’expatriation. Les effectifs concernés, seront pourtant faibles en raison de l’approfondissement de la crise partout dans le monde.                                                                                                                                                                  

 Le réarmement des Etats vis-à-vis de la finance – la fin de la capture des régulateurs par les régulés pour employer le langage académique- ne solutionne la question de l’équilibre macro économique, que par l’outil de la répudiation par monétisation. La crise est  le produit d’un endettement excessif , lui-même enfant des dérives d’une   mondialisation  mal comprise et mal conçue. La solution classique plus ou moins retenue jusqu’à aujourd’hui, celle du deleveraging, correspond aussi à une chute de la demande globale, en sorte que le niveau d’endettement n’est plus acceptable, tout en restant indispensable puisqu’il   nourrit une demande potentiellement insuffisante, eu égard au pouvoir d’achat distribué. Contradiction majeure de la conjoncture présente : il faut réduire le volume de la dette…mais surtout sans toucher au volume du crédit.  Il s’ensuit, comme précédemment indiqué, que le deleveraging ne peut  prendre que la forme de la répudiation par monétisation. Seule la répudiation, au moins partielle, permettra aux Etats le maintien voire la confirmation de l’Etat- providence, et donc le niveau de la dépense correspondante. Seule la répudiation par monétisation, au moins partielle,  permettra aux ménages de retrouver une situation saine . Et, en conséquence- ce qui n’est pas sans importance-  seule la répudiation par monétisation permettra  le respect des générations à venir, générations endossant jusqu’à maintenant les errements des générations présentes, tant sur le poids des charges financières que sur celui de la contrainte écologique.

Allant plus loin, au moins en théorie, la somme des créances étant égale à la somme des dettes, il suffit d’annuler les dettes de chacun des acteurs. La crise serait ainsi rapidement résolue ….                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       tout en laissant de côté le fait, que l’équilibre des créances et des dettes se déroule dans un milieu international complexe, et surtout très déséquilibré. Ainsi la répudiation de l’ensemble de la dette interne- publique et privée - américaine, affecterait grandement une  Chine  en possession d’une montagne de dollars désormais dépréciés.  La  disparition de la contrainte financière, par réaffirmation de l’autorité souveraine, provoque évidemment l’effondrement des taux de change des monnaies des pays endettés. Autre façon de considérer que les pays créanciers, bénéficiaient  de taux de change irréalistes, permettant selon l’expression de Krugman  de « siphonner » une partie de  la demande globale des pays endettés.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

         A la chute des taux de change résultant d’un tel rétablissement de l’autorité souveraine, correspondra le retour des équilibres extérieurs, équilibres dont la pérennisation devra faire l’objet d’un accord international  portant sur la sanction, par exemple financière,  du « siphonage » des demandes nationales.  Comme il existe toute une panoplie d’amendes Bruxelloises, pour tel ou tel membre de la communauté, qui ne respecte pas la règle communautaire, par exemple le présent dispositif de sanctions pour cause de « déficit public excessif ». L’équilibre des comptes extérieurs n’est évidemment pas l’ennemi de la liberté des échanges de marchandises, et n’a rien à voir avec un quelconque protectionnisme.             

                                                                                               

Il faut le répéter, la gestion de la crise des années 2010, ne sera pas une promenade de santé. La répudiation de la dette est au fond une situation historiquement  assez banale. Ce qui l’est beaucoup moins c’est  l’idée de monétisation, qui va à l’encontre des croyances les plus solidement établies. L’inflation, comme instrument d’assainissement des bilans, restant cruellement absente  dans cette nouvelle grande crise, il faut bien lui trouver un substitut. Ce substitut présente lui-même nombre d’effets pervers,  et parmi ceux-ci, le non respect des engagements donc des droits de propriété,  tant à l’interne qu’au niveau international. Comment la Chine peut-elle accepter la spoliation politiquement décidée par une FED devenue très obéissante aux entrepreneurs politiques devenus eux-mêmes  indépendants vis-à-vis de  Goldman Sachs ? Et il s’agit bien d’une décision souveraine, ce qui fait toute la différence entre   monétisation et inflation, cette dernière présentant toujours l’avantage politique de n’avoir été décidé par personne.

Il est évidemment très difficile de répondre à  la question de la nouvelle régulation internationale, comme à tant d’autres questions que le présent texte soulève. Par contre il semble que l’approfondissement continu de la crise va placer sur le devant de la scène, dans bien des pays, de nouveaux entrepreneurs politiques plus éloignés des groupes dont les intérêts sont liés à la déterritorialisation  à la financiarisation, et à l’extraversion des économies , et donc des  entrepreneurs politiques   plus proches des groupes dont les intérêts sont liés au territoire et à l’auto centrage de ces mêmes  économies.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

Dans l’immensité de l’univers, des trous noirs engloutissent des galaxies. Sur terre, le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats.  La reprise en main de l’ensemble des systèmes bancaires par des Etats en faillite est un scénario fort probable à échéance peu lointaine.

                                                                      

Jean Claude Werrebrouck ; le 12- 11- 09.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
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commentaires

Xavier 22/12/2011 15:15

Espérons que cet article soit prémonitoire et que les Etats reprennent la main sur la finance, ce qui est loin d'être gagné pour l'instant.
Il ne faut pas oublier non plus que la société civile, c'est à dire les citoyens, ont aussi leur mot à dire! La pression populaire paya souvent auprès des hommes politiques qui en font une
ressource pour soutenir des réformes parfois difficiles face à des acteurs économiques clefs. L'ONG CCFD-Terre Solidaire mène une bataille intéressante de ce point de vue avec la campagne "Aidons
l'argent à quitter les paradis fiscaux". Jetez un oeil à leur site, c'est intéressant: http://www.aidonslargent.org . Merci encore pour vos billets !

civray christian 13/01/2010 23:43


J'ai un peu mal a la tete , mais je vais me soigner et puis demain je reprendrai tout ça a zero, c'est passionnant . Merci pour tout monsieur warrebrouck je suis d'accord avec vos conclusions mais
je pense que pour beaucoup de Francais le reveil va etre tres douloureux.


Oppossùm 19/12/2009 17:48


Bon, là je vais faire plus court :
Si "le trou noir de la finance n'engloutira pas les Etats", les crises monétaires qui se profilent, point ultime des crises financières, puis économiques puis sociales, risquent bien d'engloutir
certains pays.


Pascal 11/12/2009 15:30


"Aujourd’hui, tout se passe comme si l’objet étudié- le fonctionnement apparent de la société- se conformait assez correctement au modèle théorique."

==> n'est-ce pas précisément parce que la particularité de ce modèle théorique [ l'idéologie dominante devenue écrasante ] est d'être parvenu par le biais des nouveaux moyens de communication à
façonner son objet d'étude pour le façonner conformément aux finalités inscrites en filigrane dans le corpus idéologique ainsi élaboré à dessein ...


Pascal 11/12/2009 15:10


"Ordre politique, systèmes de valeurs mais surtout systèmes culturels ne sont pas des marchandises et sont peu affectés, par la mondialisation des échanges économiques. Une société de marché peut
changer bien des choses dans l’ordre du monde mais elle n’affecte jamais comme nous le rappelle Philippe d’Iribarne l’ordre de la culture, qui correspond toujours aux fondements historiques et
indéracinables d’une société."

==> dans le cas de l'industrie culturelle, les marchandises commercialisées ne sont-elles pas précisément des vecteurs d'acculturation réputés homogénéiser l'hétérogène existant et donc tendant
à éradiquer les spécificités culturelles constitutives des identités fragmentées des nations par opposition à un (nouvel) ordre mondial dont le président Sarkozy, parmi d'autres, a insisté, début
2009, pour dire que rien n'y personne n'empêcherait qu'il se fasse !!


Pascal 11/12/2009 13:47


"Ainsi l’actionnaire public français a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun
qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008." ==> à l'époque eut-il été raisonnable pour l'Etat de devenir actionaire ? ou plutôt que répondez-vous à ceux qui
opposent cette argument à l'observation que vous mentionnez ...


Jean Claude Werrebrouck 11/12/2009 14:37


Beaucoup d'Etats sont devenu actionnaires en octobre 2008.Et pas parmi les moindres: USA, Grande Bretagne et bien d'autres. En France il y a un contexte historique et idéologique qui empêchait une
prise de participation, d'où des entrées dans le capital par les moyens les plus détournés possibles. Parce que le keynésianisme fût hitoriquement hégémonique dans une France traditionnellement
fascinée par son Etat, son rejet aujourd'hui est plus marquée qu'ailleurs. Et il faudra attendre de nouvelles aggravations de la crise pour que les marchés politiques se mettent à fonctionner
autrement et en reviennent à autre chose qu'un keynésianisme de façade. Le président Obama est lui aussi dans une situation très difficile, mais l'obstacle est différent.


BA 09/12/2009 21:19


Mercredi 9 décembre 2009 : toutes les nouvelles du jour sont catastrophiques.

1- Les Bourses du golfe arabo-persique continuent à s'effondrer.

- La Bourse du Koweït chute de 0,32 %.
- La Bourse de Bahreïn chute de 0,73 %.
- La Bourse du Qatar chute de 2 %.
- La Bourse de Riyad (Arabie Saoudite) chute de 2,43 %.
- La Bourse d'Abou Dhabi chute de 2,82 %.
- La Bourse de Mascate (sultanat d'Oman) chute de 4 %.
- La Bourse de Dubaï chute de 6,39 %.

Le 25 novembre 2009, Dubaï s'était déclaré dans l'incapacité de payer ses dettes.
Depuis cette date, la Bourse de Dubaï s'est effondrée de 26,7 %.
Depuis cette date, la Bourse d'Abou Dhabi s'est effondrée de 15,2 %.

Lisez cet article :

http://www.romandie.com/ats/news/091209130408.17dwhtbi.asp

2- Après Dubaï, la Grèce est au bord de la faillite.

Lisez cet article :

La Grèce est au bord de la faillite.

http://www.liberation.fr/monde/0101607606-la-grece-peut-elle-faire-faillite

3- L'Espagne est au bord de la faillite.

" Standard & Poor's est passé en surveillance négative sur l'Espagne, ce qui suggère que l'agence pourrait dégrader prochainement la notation financière du pays ibérique. Les analystes ont
souligné que les perspectives de croissance étaient faibles, au contraire du déficit public qui devrait gonfler dans les prochaines années. De quoi alimenter les craintes, alors que Fitch a dégradé
hier la note de la Grèce et que Moody's en a fait de même avec plusieurs entreprises publiques de Dubaï. "

http://www.capital.fr/bourse/analyses-seances/le-cac-40-decroche-les-finances-de-l-espagne-inquietent-a-leur-tour-458011

4- Le Royaume-Uni est dans une situation pire que celle que les " EXPERTS " avaient prévue.

" L'économie britannique va se contracter de 4,75 % en 2009, selon les prévisions annoncées mercredi par le chancelier de l'Echiquier Alistair Darling.

Ce même Alistair Darling avait tablé en avril sur une récession de 3,5 %. "

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=301a115702d73df4e15e79c81b5c0472

5- Le Japon est dans une situation pire que celle que les " EXPERTS " avaient prévue.

" L'économie japonaise a connu une croissance moindre que prévu, + 1,3 %, au second trimestre de l'année fiscale, de juin à septembre derniers.

Le ministère des finances avait initialement annoncé un taux de croissance estimé à 4,8 %, le mois dernier.

La révision drastique sape les espoirs d'une reprise rapide de la seconde économie mondiale. Le premier chiffre laissait en effet penser que la reprise était là. "

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=a862572eea4710f4ee1cfa5e3a7a016a

6- Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a annoncé mercredi la prolongation jusqu'au 3 octobre 2010 du plan de sauvetage des banques, mesure jugée "nécessaire pour aider les familles
américaines et stabiliser les marchés financiers".

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=3412a199a1595ea47820545eb2bfc108

Conclusion : le pire est devant nous. La deuxième vague de la crise arrive.


Sophie 09/12/2009 16:34


Merci pour votre réponse.

En fait, bien que certains pensent à une couverture à 100%, je ne proposais pas exactement "Mais votre idée d'interdire aux banques toute forme de création monétaire ..."

Je suggérais simplement que les banques centrales puissent monétiser les titres des dettes des États, c'est à dire financer au moins l'équipement (l'investissement) de ceux ci en laissant les
recettes fiancer le fonctionnement.

Comme l'écrivait dernièrement Jacques Sapir "pourquoi la Banque Centrale Européenne prête-t-elle à 1% aux banques alors que le gouvernement doit emprunter à 3,51% ?"

Cordialement


Sophie 09/12/2009 14:54


Je vois que vous intervenez sur le blog de Jorion. Les analyses de François Leclerc sont toujours intéressantes, mais Jorion a un vrai problème: il ne "croit" (refuse de penser que ce soit même
possible) pas que les banques commerciales puissent créer de la monnaie par monétisation d'actifs ou de reconnaissances de dettes. A partir de là son raisonnement est faussé puisqu'il considère que
toute monnaie ne peut être que centrale et que les variations de "masses monétaires" ne sont que des illusions dues à la vitesse de rotation de cette monnaie centrale.


Sophie 09/12/2009 14:36


Bonjour

Excellent article quoique un peu long :)

Ne pensez-vous pas (comme moi) que la dette est sans importance mais que seul l'intérêt à payer chaque jour (150 millions) en a une ?
Les États ont toujours la possibilité de changer les règles - et je pense en particulier à l'article 104 du Traité de Maastricht - et de "battre monnaie " pour eux, en interdisant aux banques
privées (et commerciales) de le faire au prorata pour ne pas laisser trop augmenter la masse monétaire.
Dans cette hypothèse il serait simple, comme suggéré dans l'article http://monnaie.wikispaces.com/Arnaque , de racheter aux échéances les titres de dettes par émission de monnaie centrale, ce qui
fait qu'en moins de 10 ans l'ensemble de la dette serait transférée aux banques centrales sans augmentation de la masse monétaire, mais que les Etats n'auraient de ce fait plus d'intérêts à
payer..

Votre avis?


Jean Claude Werrebrouck 09/12/2009 15:46


C'est vrai, ce qui est insupportable c'est le service de la dette. Le japon, extraordinairement endetté ne connait que faiblement ce problème puisque le taux est très faible et que par ailleurs la
dette est complètement nationale.
Mais votre idée d'interdire aux banques toute forme de crétion monétaire suppose un accord international, car toute législation nationale en la matière aboutirait à la ruine des banques du pays
ayant légiféré.
Cordialement.


charles 08/12/2009 19:29


In debate of nation'ss debt, s surplus of worry: un très intéressant article sur la stratégie américaine de répudiation de la
dette:http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/12/07/AR2009120703984_3.html?hpid=topnews&sid=ST2009120800198


BA 06/12/2009 09:48


D’après le Fonds Monétaire International, en 2014, quelle sera la dette publique par rapport au PIB ?

La dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB.

La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB.

La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB.

La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB.

La dette publique des Etats-Unis sera de 112 % du PIB.

La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.

La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB.

La dette publique de l’Islande sera de 134,1 % du PIB.

La dette publique du Japon sera de 239,2 % du PIB.

C’est à la page 30 :

http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf

En juillet 2009, dans son rapport ci-dessus, le FMI a prévu que la dette publique de la Grèce atteindrait 133,7 % du PIB en 2014.

Vous avez bien lu : 133,7 % du PIB en 2014.

Or, que vient-on d’apprendre cette semaine ?

La Deutsche Bank vient de faire ses propres calculs.

La Deutsche Bank a calculé que la dette publique de la Grèce venait d’atteindre AUJOURD’HUI 135 % de son PIB.

http://www.lefigaro.fr/editos/2009/12/04/01031-20091204ARTFIG00381-apres-dubai-attention-a-la-grece-.php

En clair : la dette publique s'emballe. La bulle de surendettement public gonfle à vitesse grand V.

Vous avez aimé Dubaï ?

Vous adorerez la Grèce.


BA 04/12/2009 21:22


Vendredi 4 décembre 2009 : des nouvelles de nos amis les banquiers anglais :

" Le montant total de l'aide apportée aux banques du pays par le gouvernement britannique depuis le début de la crise, directement ou par le biais de garanties, représente la somme colossale de 850
milliards de livres (940 milliards d’euros) selon un rapport officiel publié vendredi par l'Office national d'audit (NAO).

L'argent effectivement déboursé par le contribuable se montera à 131 milliards de livres à la fin de cette année, dont il faut déduire 14 milliards de redevances payées par les banques
bénéficiaires de l'aide, soit un total net de 117 milliards de livres (130 milliards d'euros).

http://www.e24.fr/economie/france/article159490.ece/Le-sauvetage-de-la-City-va-couter-117-milliards-de-livres.html


zebla 28/11/2009 23:00


une banque centrale sous contrôle démocratique direct via le parlement qui prête sans intérêt à l'état.

mais comment faire dans le cadre européen?

soit avec une europe politique avec un fort degré de solidarité nord/sud est/ouest, bce sous contrôle du parlement européen

soit le retour aux états nations, la fin de l'euro ?


zebla 27/11/2009 22:46


post scriptum

petit problème technique surtout sur les commentaires le fond noir et l'absence de séparation visible entre posts rendent la lecture assez laborieuse


zebla 27/11/2009 22:45


je joins ma voix à celle des autres commentateurs pour féliciter l'auteur de cette analyse.

si j'ai bien compris, la solution préconisée passe par la répudiation des dettes aussi bien publiques que privées. l'obstacle évident qui n'est pas vraiment traité dans l'article est celui de la
réaction des créanciers, même si
certaines dettes peuvent sans doute au moins partiellement être considérées par les débiteurs comme illégitimes

la réduction progressive des échanges internationaux par le biais des divers mécanismes décrits me paraît une solution plus douce pour rééquilibrer les balances commerciales et des paiements,
éviter l'accroissement de la dette totale et aller progressivement vers sa diminution.

il a fallu 30 années pour arriver là où nous en sommes à partir du virage néo-libéral tatcher reagan, de la brutale accélération des encours de crédit, du début du marché du travail mondialisé par
irruption de dizaines de millions de travailleurs chinois à très bas salaires.

prendre 30 nouvelles années pour défaire ce qui a été fait au lieu de vouloir résoudre la question en quelques mois me semble une voie beaucoup moins risquée. l'exemple japonais montre que
l'endettement public peut demeurer longtemps à un niveau élevé

slowly slowly, 30 ans ne seront pas de trop

qui va piano va sano


Oppossùm 25/11/2009 21:43


Bon , le titre d'abord ?
-Est-ce pour accréditer l'idée Keynesienne que la puissance publique peut bien faire un peu ce qu'elle veut (question déficit par expl ...) , il n'y aura aucun problème puisque c'est une structure
immortelle à la difference des autres , qui peuvent faire , elles, faillite ? Certes c'est juste mais le prix en sera automatiquement payé par le mailon faible en priorité et par la collectivité de
part les effets négatifs de la résorption des déficits.

Bref, rien de magique et de la souffrance qui aurait pu être évitée par des budgets équilibrés et une saine gestion du conflit plutôt que la fuite en avant dans un avenir imaginaire.

* Vous dites : en fait on va vers un réarmement des Etats. A preuve que

- "les plans de relances sont non coordonés" : bien sûr mais ce n'est que l'expression d'une réaction protectionnisme assez compréhensible.

- "une guerre des monnaies a commencé" ... et on aurait oublié que : « battre monnaie est un attribut de la souveraineté » : certes voila qui réjouira les tenants de toutes ces formule comme
"argent gratuit" "souveraineté monétaire" ... (j'suis pas contre cette derrière d'ailleurs) qui laissent tout de même un peu croire que la richesse pourrait naître un peu magiquement d'un tripotage
d'essence étatique.
Il me semble me rappeler d'ailleurs que "battre monnaie" n'est que donner une forme à une matière dont on n'est pas forcément propriétaire ... et que des Etats ont été ruiné même avec ce
privilège.

- "L'écologie démondialisante" : effectivement. Mais là encore il s'agit d'un fait externe qui, s'il recentre l'Etat, ne lui donne pas une nécéssité en propre.

- "la strangulation repoussée" : Vos arguments sont un peu subjectifs ... on peut aussi imaginer le contraire ... ou bien une très lente semi-strangulation avec une sorte de stanation générale
masquée par l'idéologie de la décroissance recupérée par le système dominant ...
D'accord avec vous pour éliminer l'idée d'une gouvernance mondiale, idée ontologiquement néfaste mais qui de toute façon se heurte à trop d'écueils, heureusement.

Vous dites aussi (en gros) que "ce réarmement sera inéluctable mais pénible" : oui , précisemment parce que ce réarmement n'est que la conséquence de déterminations externes !
D'ailleurs, et vous le dites vous-même, il n'y a pas d'offre idéologique de réelle envergure. La seule un peu tenable est en gros celle de la "décroissance écologique locale" mais elle se perd elle
même, de par son penchant précisement à la fragmentation.
Bref le réarmement de l'état n'a pas de corpus idéologique structuré et n'est donc que de l'ordre de la somme de résiduels.

Je suis néanmoins convaincu qu'effectivement , sous la pression de l'opinion, peut-être de désordres divers , il devrait se mettre en place (à moins d'un scénario d'enkylosage généralisé) une
demande d'intervenion des Etats, une fois effectivement que l'insoutenabilité de la dette sera patente (et réelle).
Mais vous faites un joli saut artistique vers la répudiation de la dette . Il me semble que l'éventualité de régimes nettement plus musclés n'est pas à écarter , pour peu qu'une partie des classes
moyennes se sente menacée par une autre de classe plus populaire , et que , en plus, quelques franges plus ou moins ghéttoïsées en profitent pour tirer leur épingle du jeu .. par expl ...

Bref ... avant la répudiation qui est tout de même un acte par lequel l'Etat détruit un de ses fondements essentiels, il pourrait se passer du temps, des choses , pour arriver peut-être d'ailleurs
à un bricolage de répudiation ... sur le dos des maillons faibles ...

Je note de plus que dans beaucoup de pays l'offre politique qu'elle soit de droite ou de gauche , est libérale (dans son mauvais sens) et globaliste ... : ça ne va pas aider au réarmement

De plus, je trouve donc que vous survolez bien rapidement les mécanismes qui feraient disparaître la pyramide de dettes (puisque l'inflation salvatrice n'est plus à la mode prédictive). Répudier
c'est bien mais si tout le monde répudie ... ça rique d'être un pagaille vraiment innommable (qui me dépasse complètement) ... où les gagnants seront les plus endettés ... en gros (et à qui penser
alors comme très gros gagnant ?) non ?

Bien entendu qu' effacer magiquement les dettes ("la somme des créances étant égale à la somme des dettes, il suffit d’annuler les dettes de chacun des acteurs. La crise serait ainsi rapidement
résolue") devrait théoriquement permettre globalement de repartir sur de saines bases , mais le déplacement de richesses réelles est énorme : non négocié , ce sera un effondrement généré par des
comportements de résistance énormes ... qui pourrait mener à des Etats ... plus policiers ... par expl.

Mais vous parlez (un peu plus loin, dans la "méthodologie" ) de la solution de la monétisation (Répudiation par monétisation).
J'y viens un peu plus bas.

Bon, je saute votre paragraphe sur la belle liberté de ceci et cela ... car compte tenu de la diminution bien réelle et concrète des richesses et services qui risque d'en découler , la liberté va
se réduire à des stratégies de conservation de ses propres acquis.

Car le sentiment de frustration va être très violent compte tenu du degré de dépendance et d'addiction au mirage des richesses du système capitalistique bricolé par les monétariste à la gazoline
keynésienne.

Je relève également plus loin cette phrase " Nul n’ignore en effet, que le décollage de la finance fût nourri dans les années 70 par l’abandon des taux de change fixe, et la forte pression de la
City de Londres pour qu’il en soit ainsi " ...
... et me vient alors l'idée suivante, simpliste probablement, : c'était donc cela l'age de bronze économico-financier ? les années 60, le doux et sain capitalisme monopolistique d'état, avant que
Louis n'occisse la femme de sa vie, les Beatles (et Duke,Louis et Coltrane) et les carambars , et le Grand Charles qui faisait à la fois papa et maman , et tout ça , en lisant Genet ?


A présent je reviens sur la répudiation par monétisation : je suppose que c'est la technique la plus pure de la planche à billets.
Après tout pourquoi pas, mais enfin un doute me vient à l'esprit. C'est tout de même du droit à prendre sur la richesse qui se trouve ainsi distribué. Et la je ne comprends pas pourquoi cela ne se
traduirait pas in fine par de l'inflation, à un moment donné (après d'ailleurs avoir nourri des bulles spéculatives dont les effets ne devraient pas être très bons ....)
Et à ce moment là , nous seront das un processus extrêmement dangereux , car si la déflation peut se gérer, l'inflation pas ou bien avec des remèdes d'une vigueur extrême , voire policières ...

Tout ceci dit, je reste comme BA, béat d'admiration devant vos articles. (Toutefois affiner encore un peu le style : à faire dans son gueuloir, comme Flaubert).Moi par contre , je ne me relis pas,
allez zou, je publie


BA 25/11/2009 14:50


Le même jour, nous apprenons que les banques centrales mentent elles-aussi.

Le même jour, nous apprenons que les banques centrales présentent elles-aussi des bilans mensongers.

Nous apprenons qu'au Royaume-Uni, la banque centrale a menti sur l'état réel des banques anglaises : la banque centrale a été obligée de prêter aux banques anglaises HBOS et Royal Bank of Scotland
la somme de 61,6 milliards de livres dans le plus grand secret.

Ces 61,6 milliards de livres n'apparaissent pas dans le bilan de la Banque centrale d'Angleterre.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/8375969.stm

Conclusion : la Banque centrale d'Angleterre ment sur son propre bilan.

La Fed ment sur son propre bilan.

La BCE ment sur son propre bilan.

Je commence à comprendre pourquoi les parlementaires américains ne parviennent pas à voter un audit de la Fed. Ce que l'audit de la Fed révèlerait, c'est le nombre scandaleux de mensonges que la
Fed a diffusés.

Idem pour la BCE.

Le Parlement européen doit maintenant voter un audit de la BCE.

Les citoyens veulent connaître les vrais chiffres.


BA 25/11/2009 14:50


Mercredi 25 novembre 2009, l'interview de Dominique Strauss-Kahn dans Le Figaro nous confirme une chose : les grandes banques privées nous présentent des bilans mensongers.

« Le Figaro : Quel est aujourd'hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?

Dominique Strauss-Kahn : Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. Je le redis :
l'histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu'il n'y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques. »

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/11/24/04016-20091124ARTFIG00576-strauss-kahn-il-faut-revoir-notre-modele-de-croissance-.php

Les banquiers mentent sur l'état réel de leur banque.

Les banquiers expliquent qu'ils possèdent des soi-disant " actifs ", alors que la moitié de ces " actifs " sont en réalité des actifs pourris.

En clair : 50 % de ces soi-disant " actifs " ont en réalité une valeur égale à zéro.


Didier 25/11/2009 09:15


Bonjour. Brillante analyse, qui rappelle opportunément que l'économique actuel (financier, mondial, élaboré) suppose des conditions politiques et donc en dépend foncièrement. Toutefois, vu la
situation de certains États d'importance secondaire comme l'État français, j'aurais fait une différence entre l'État américain ou chinois et les instances européennes ou africaines, qui jouent à
être des États, mais qui n'en sont plus, je le crains. Gardons-nous de prendre des désirs pour des réalités. Les élections ne sont qu'un moment dans l'accession aux postes convoités des
entrepreneurs politiques, il faut auparavant être un candidat crédible et avoir des financements... Les candidats qui comptent sont tenus par le système de domination mondial, même aux États-Unis
où subsiste un appareil étatique sur-armé et autonome.


P. R 16/11/2009 17:59


Lire cela est un réel plaisir.


BA 15/11/2009 21:57


Un chef d'oeuvre.

Cet article est un chef d'oeuvre.

Jean-Claude Werrebrouck, si vous passez un jour en Dordogne, je vous paierai un coup à boire.

Encore merci.


Jean Claude Werrebrouck 16/11/2009 11:36



Assez peu lu encore car peut-être trop difficile.
OK pour la Dordogne.



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