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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 09:44

                                            

 Les images du bateau, et des passagers clandestins, évoquées dans « l’euro : sursaut ou implosion » se voulaient révélatrices de la réalité de la monnaie unique. Les passagers clandestins étaient les Etats eux-mêmes, et des Etats – puisque passagers clandestins- peu soucieux d’une stratégie de coopération. Le  bateau était lui-même le symbole de la monnaie, et une monnaie sans autre pilote qu’un fonctionnaire indépendant, voire en état d’apesanteur, et surtout dépourvu de gouvernail : la banque centrale est en effet indépendante et son rôle n’est que de maintenir le navire à flot, et ce, sans même lui assigner une direction.

Jadis, le pilote était l’Etat lui - même, et les passagers avaient le statut d’usagers d’un service monétaire largement soumis au caprice du prince. Bref la monnaie avait un maître, et il est vrai, souvent autoritaire, et peu scrupuleux, appelé souverain. En sorte qu’il était exact que « battre monnaie était un attribut de la souveraineté ». Et souvent avec la violence du souverain : seigneuriage, dilution, assignats, « banqueroute des deux-tiers », inflation, etc. (cf. : « la crise : scénario pour 2010 »)

Le fonctionnement des marchés politique en Europe, et leur histoire, devait pourtant  aboutir à une « grande transformation » à la Polanyi : puisque « l’extériorité » qui tient les hommes ensemble peut devenir le marché, lequel rend faussement et magiquement obsolète l’Etat, alors il est possible d’engendrer une monnaie sans Etat et donc sans souverain : l’Euro était né.

Bien sûr, le bateau des passagers clandestins ne connaissait point de port- bateau aussi habité par des passagers  voulant s’offrir à bon compte une « monnaie de réserve à l’américaine » (cf « l’euro :sursaut ou implosion »)- et  pouvait rencontrer quelques hauts fonds, susceptibles de le faire chavirer : nous y sommes.

La grande crise était constitutive de ces hauts fonds, et de ce point de vue, elle ne fait qu’enclencher ou aggraver une crise monétaire, inscrite dans les gènes de la monnaie unique. Curieusement, c’est cette rencontre avec les hauts fonds, qui semble engendrer une course impossible de la « grande transformation à l’envers ». C’est qu’en effet, les entrepreneurs politiques européens, aussi passagers clandestins, semblent vouloir ancrer le navire vers une extériorité, qui ne peut être qu’un souverain …dont on ne veut surtout pas...

C’est tout le sens qu’il faut donner, aux diverses rustines qui s’accumulent sur les flancs du navire, ayant eu à affronter les diverses convulsions des passagers : le Grec, l’Irlandais, etc.

Un premier pas dans la grande transformation à l’envers

Ainsi, une première extériorité que l’on peut appeler machine à fabriquer des rustines, fût mise en place dans le cadre d’un partenariat : Le Fonds Européen de Stabilité Financière. Evidemment, cette institution basée au Luxembourg, est bien une extériorité, mais elle ne saurait être un souverain. Elle n’est même pas une union de transferts budgétaire, constitutive d’une caisse d’aide aux passagers, qui veulent rester clandestins.

Elle n’est qu’une abstraction, seulement susceptible de lever des fonds, au profit des passagers clandestins, invités à davantage de coopération. Et levées de fonds garantis, par la garantie des autres passagers, lesquels refusent de devenir responsables solidairement   de façon illimitée. Ainsi la loi du 7 juin 2010, votée au parlement français, expose l’Etat correspondant,  dans la limite supérieure de 111 milliards d’euros. Les fonds levés, ne sont pas ceux des souverains, ne sont pas de la dette souveraine, et la responsabilité des souverains cautionneurs de dette est limitée, très exactement comme dans le cas de sociétés commerciales privées. Et cette machine, initiée par la crise grecque du printemps 2010, se devait d’être légère, à peine d’entrer en délicatesse avec la clause de « no bail out » de l’article 125 du traité, lequel veille au principe de non solidarité financière entre les souverains. Principe instituant, ou autorisant de fait, le caractère de passager clandestin pour chaque signataire du traité.

Parce que la machine à fabriquer des rustines, ne peut  remettre le bateau à flot que fort temporairement, en raison du fait qu’elle participe à l’engendrement de nouvelles dettes, qu’il faut pourtant faire disparaitre, son usage est promis à bel avenir. Clairement, le stock de dettes à l’échelle planétaire ne fait qu’augmenter, et le risque de nouveaux subprimes – de nouveaux hauts fonds - ne fait que se multiplier partout dans le monde. C’est que le Fonds Européen de Stabilité Financière est aussi une machine, parmi d’autres dans le monde, à fabriquer de la nouvelle dette s’appuyant sur la garantie d’Etats insolvables : quelle espérance de mobilisation de la participation française (111 milliards d’euros) en cas de défaut grec par exemple, sachant que cette garantie représente environ 40% des recettes 2011 de l’Etat Français ? Espérance d’autant plus réduite, que si un tel défaut devait se manifester, le dit Etat serait anéanti dans sa course à sauver les banques françaises, elles mêmes vitrifiées par le défaut grec, pour lequel elles sont si exposées : près de 0,3% du total des actifs bancaires , d’après l’étude de la Deutsche Bank en date du 26/11/2010…soit beaucoup plus que les capitaux propres…

Une autre étape de la grande transformation à l’envers

Le bel avenir de la machine à fabriquer des rustines est déjà écrit, avec fort gonflement de ses activités liées au secours, d’abord  du passager irlandais, qui maintient malgré toutes les pressions et protestations, son jeu non coopératif en matière fiscale, ensuite des passagers portugais, espagnol, et sans doute d’autres encore. La taille de la machine pouvant augmenter en raison des convulsions à venir, cela signifiera de nouvelles garanties de la part des grands Etats insolvables.

L’accroissement de la taille, ne la transformera pourtant pas en nouvelle extériorité jouissant de la puissance d’un réel souverain monétaire. Sans doute l’aide du Fonds Européen de Stabilité Monétaire est-elle assortie de pressions sur les passagers afin de réduire leur clandestinité, toutefois   les dites pressions ne les conduisent pas vers des stratégies coopératives. C’est que le remède est uniformément déflationniste : réduction des déficits budgétaires gonflés par la crise financière, par diminution des dépenses publiques et, parfois augmentation de la pression fiscale. La purge déflationniste de chacun des passagers malades, entrainant une contagion, ankylosant  le niveau d’activité du groupe, pris dans son ensemble.

Mieux le danger guette, et les clandestins peuvent se dire intéressés par leur assujettissement au bourreau déflationniste : il fait mal certes, mais peut être moins que si l’on restait victime du spread sur dettes souveraines. Si en effet les taux offerts par le fonds de stabilité, sont moins élevés que ceux offerts dans un marché en ébullition, il devient ainsi intéressant de se placer sous la houlette de l’Europe, le bourreau y étant peut-être moins cruel. C’est très exactement la question qui s’est déjà posée- le dimanche 28 novembre 2010 à Bruxelles- pour le passager irlandais à qui il fallait proposer un taux élevé (5,8%), taux sans doute irréaliste pour le malheureux passager clandestin, mais en même temps, peut- être trop faible, pour dissuader les passagers portugais et espagnol qui connaissent, ou vont connaitre, des taux marginaux d’endettement sur les marchés supérieurs à 5,8%. Cela signifierait qu’il y aurait, avec la machine à fabriquer des rustines, une possibilité supplémentaire pour gagner un peu de temps. En contrepartie, cela signifierait aussi que le Fonds Européen de Stabilité Financière serait pollué - avec des taux simultanément trop élevés et trop faibles - dans son action, par des effets pervers non initialement prévus. Le fonds « victime des marchés », alors qu’il devait constituer une extériorité, sur laquelle il eut été possible de s’appuyer.

Grande transformation à l’envers : une nouvelle étape.

Et les choses ne s’amélioreront guère en 2013 avec le futur mécanisme européen de stabilisation, lequel ne sera toujours pas une extériorité, comme le souverain de jadis l’était.

A priori, il traduira dans la rigueur du droit, un début de modification du rapport de forces sur les marchés politiques européens. Chez nombre de clandestins, il devient de plus en plus difficile pour les entrepreneurs politiques, de justifier le point de vue d’une finance et d’une rente, qui a pour contrepartie la relative disparition, des Etats providence construits autour du pacte politique des «  30 glorieuses ». Le cas de l’Irlande - qui pourtant n’avait pas connu la période en question - est à cet égard particulièrement éclairant : dans « l’accord » qui vient d’être proposé aux entrepreneurs politiques au pouvoir, il est expressément prévu, que le fonds irlandais de réserve des retraites, sera à hauteur de 15 milliards d’euros, mobilisé pour sauver les banques. La finance se nourrit ainsi fort directement dans le garde-manger, de ce qui est réellement des salaires indirects. L’approfondissement d’un tel modèle devenant politiquement ingérable, les entrepreneurs au pouvoir, sont désormais invités par les marchés politiques, à restaurer un minimum de souveraineté monétaire.

C’est tout le sens qu’il faut donner aux « clauses d’actions collectives », qui devraient commencer à s’introduire à partir du 1er juillet 2013, dans les contrats d’émissions de dettes souveraines. Et clauses souhaitées par l’entrepreneur au pouvoir à Berlin. Sur le fonds, un tel mécanisme, s’il devait être mis en place, est un début du partage du désastre engendré par la crise : finance et rentes, correspondantes seront mises à contribution, par le biais d’un défaut désormais négocié. Sur les marchés politiques, cela correspondra assez probablement, à l’achat de voix chez des contribuables invités à financer moins de rente, contre une perte probable de voix chez les épargnants.

Pour autant, il ne s’agit encore que d’un projet, projet pouvant à chaque instant être balayé par la violence de la crise. Un tel mécanisme est en effet lourd, complexe, et probablement non exempt de dangers. Il pose de vraies questions : les taux ne vont-ils pas incorporer le risque de défaut résultant de la disparition de l’aléa moral ?  Vont-ils faire disparaitre les spreads ? Ne vont-ils pas précipiter la panique, chez ceux qui voyaient dans la dette des clandestins, un placement particulièrement sûr ? Quel statut donner à la dette souscrite par des résidents ? Etc. Mais surtout, la renégociation elle-même se trouve extrêmement complexe, en raison de l’extrême imbrication des dettes, et des risques associés avec le principal d’entre-eux : la possible pérennisation d’un effet domino. C’est qu’il serait imprudent, de considérer que les externalités développées par un défaut irlandais, serait du même type que ceux d’un pays émergent.

Autant de questions qui justifient la grande instabilité des marchés en cette fin d’automne 2010. D’où d’autres voies à explorer.

Grande transformation à l’envers : d’autres difficiles étapes.

On pourrait maintenant imaginer, que la conjonction de la pression des marchés, associée à la résistance croissante des salariés, inviterait les entrepreneurs politiques européens à bousculer le champ institutionnel, au profit de la création d’une extériorité plus solide : un véritable Trésor européen en charge de l’émission de bons du trésor européen. L’affaire serait  redoutable, puisque les marchés politiques de chacun des passagers de l’euro, seraient amenés à réduire le périmètre de leurs activités, et donc le « carburant du pouvoir ». Il y aurait effectivement bouleversement du champ institutionnel, avec renégociation d’un nouveau traité, permettant notamment à l’union européenne, de percevoir des impôts de masse, type TVA, et de s’endetter, ce qui est aujourd’hui juridiquement impossible.

Reposant sur un PIB de 9000 milliards d’euros pour la seule zone euro, l’ensemble bénéficierait en première approximation, d’une puissance d’endettement considérable. De quoi imaginer la présence d’un vrai souverain, pour une monnaie jusqu’ici sans maitre.

Pour autant, cette transformation à l’envers, faisant naitre un nouveau souverain, est aujourd’hui encore difficile à envisager. Les fonctionnements des marchés politiques interne à chaque pays, d’une part, et entre les pays de l’euro zone , d’autre part, ne peuvent que s’y opposer.

Au niveau interne, donc au niveau de chacun des passagers, la naissance d’un embryon d’Etat européen, vaut  réduction des marchés politiques  internes. Ainsi qu’il vient d’être énoncé, le basculement d’une partie de la fiscalité interne, est réducteur du périmètre des activités des entrepreneurs politiques locaux. Et face à cette perte collective du « carburant du pouvoir », le risque est d’assister à la cartellisation des grandes entreprises politiques, aux fins de résister au projet. Pour éviter le processus de cartellisation négative, il faudrait que les avantages politiques d’une dette devenue européenne, surcompense les désavantages de la montée en puissance de cette nouvelle extériorité, que serait l’Etat européen embryonnaire.

En admettant même que l’analyse coût avantage soit indécise, quant à ses résultats au niveau interne (au niveau de chacun des passagers), la même analyse- menée au niveau externe- conduit plus probablement au refus de la naissance d’un souverain européen. Car la collectivisation de la dette, en faisant disparaitre les spreads, aboutit nécessairement à la fixation d’un taux d’intérêt unique, défavorable au passager le plus important : l’Allemagne. La qualité de la dette européenne devenant inférieure à la qualité de la dette allemande seule. Il y aurait donc un spread de taux, sur la dette européenne, par rapport à la dette allemande d’aujourd’hui. D’où, ici, la cartellisation des entreprises politiques allemandes, en vue d’opposer un front du refus.

Décidément, le chemin de la grande transformation à l’envers dans le but d’accrocher l’euro à un souverain, est parsemé d’embûches…

Resterait à envisager un autre chemin pour envisager la grande transformation à l’envers. Puisqu’il est très difficile de faire naître un souverain pour l’euro, peut être serait-il possible de faire au moins disparaître ce pouvoir indépendant qu’est celui de la BCE.

Dans la présente situation, le dispositif institutionnel du système européen de banques centrales, a pour effet, de contenir le périmètre de la clandestinité des passagers. La BCE ne peut en effet favoriser tel ou tel passager en achetant directement sa dette, geste qui lui est juridiquement interdit. Elle ne peut pas non plus, émettre sans retenue de la liquidité auprès des banques, de tel ou tel passager, en raison  de son statut de gardien de la stabilité monétaire.

Autant de dispositions qui limitent le périmètre de la clandestinité, ainsi que l’a clairement montré les péripéties de la crise irlandaise. Les entrepreneurs politiques locaux continuaient à chercher à gagner du temps - y compris en consommant cavalièrement, le fonds de réserve des retraites, pour retarder des adjudications, potentiellement calamiteuses en termes de taux - et laissaient sur active une BCE venant en aide aux banques insolvables. La BCE, jugeant qu’elle quittait le champ traditionnel de ses interventions, fut le promoteur de l’organisation d’une aide coordonnée, que les entrepreneurs politiques irlandais, furent amenés dans un premier temps, à refuser. Ces derniers, préférant sauver les banques, par les liquidités distribuées par la BCE, plutôt que d’accabler davantage un citoyen pourvoyeur de voix. « L’accord » du 28 novembre qui fût imposé aux entrepreneurs politiques irlandais, définit  bien les limites de la clandestinité dans le paradigme dominant : en cette fin d’année 2010, il appartient encore aux contribuables, de régler les factures de l’orgie financière.

Sans doute y aura-t-il, ici ou là, chez nombre de clandestins, cartellisation des marchés politiques pour faire évoluer le système européen de banques centrales. Et une cartellisation résultant possiblement d’une résistance croissante des citoyens. Pour autant, les choses ne sont pas simples, et il y aura probablement un nouveau front du refus, issu de la cartellisation des entreprises politiques allemandes. En admettant même qu’il puisse être mis fin à l’indépendance de la BCE, le risque le plus important, serait l’élargissement du périmètre de la clandestinité : l’euro était déjà pour nombre de clandestins une drogue - une « monnaie de réserve à l’américaine » - mais qui pourra, demain, si fin de l’indépendance il devait y avoir, contrôler l’ouverture du robinet à liquidités aux fins d’éviter l’over- dose ?

L’euro, risque ainsi de rester encore quelque temps, la monnaie en quête d’un souverain très difficile à faire émerger. De quoi la menacer dans sa survie.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
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commentaires

BA 08/12/2010 15:33


Christine Lagarde nous avait dit qu'en 2015, tout serait réglé.

Christine Lagarde nous avait dit qu'en 2015, la Grèce aurait fini de rembourser le prêt de 110 milliards d'euros.

Christine Lagarde nous avait dit qu'en 2015, la Grèce aurait fini de rembourser ce prêt aux contribuables européens.

Mais aujourd'hui, nous apprenons que la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette en 2015. La Grèce remboursera sa dette ... en 2024 !

Mais qui croit encore que la Grèce pourra rembourser ses dettes ?

Qui ?

Christine Lagarde ?


BA 07/12/2010 22:45


Mardi 7 décembre 2010 :

Strauss-Kahn appelle l’Union Européenne à allonger la durée de remboursement du prêt grec.

En visite en Grèce pour la première fois depuis l'éclatement de la crise de la dette souveraine il y a un an, suivi par l'octroi par l'Union européenne et le FMI d'un prêt à la Grèce de 110
milliards d'euros sur trois ans, Dominique Strauss-Kahn a appelé la zone euro à allonger les délais de remboursement accordés au pays.

Selon une source au ministère grec des Finances, les Grecs devraient ainsi pouvoir rembourser jusqu'en 2024, au lieu de 2015 prévu initialement.

http://www.lepoint.fr/economie/strauss-kahn-appelle-l-ue-a-allonger-la-duree-de-remboursement-du-pret-grec-07-12-2010-1272118_28.php

- Les Etats européens sont surendettés.

- Les Etats européens vont emprunter sur les marchés internationaux.

- Avec cet argent, les Etats européens surendettés vont prêter des dizaines de milliards d'euros à des Etats européens en faillite.

- Les Etats européens en faillite ne pourront jamais rembourser ce prêt.

Conclusion :

En Europe, des Etats surendettés se surendettent encore plus pour prêter de l'argent à des Etats en faillite ... alors qu'ils savent que ces Etats en faillite ne pourront pas les rembourser !

Conclusion numéro 2 :

L'Union Européenne, ça consiste à emprunter de l'argent qu'on n'a pas, pour le prêter à des Etats en faillite, qui ne pourront pas nous le rembourser, et qui nous entraîneront dans leur chute !

Conclusion numéro 3 :

Le Titanic européen coule, mais nous coulerons tous ensemble ! Nous mourrons tous noyés, certes, mais nous mourrons tous noyés ensemble !


BA 06/12/2010 21:52


Lundi 6 décembre 2010 :

La BCE a indiqué lundi avoir acheté pour 1,965 milliard d'euros d'obligations publiques la semaine dernière, soit le plus fort montant enregistré depuis le début du mois de juillet.

"Maintenant le marché va attendre de voir ce que la BCE va faire dans les prochains jours. Il faut que la BCE soit présente pour que les écarts ne repartent pas à la hausse", selon Nordine Naam,
stratégiste obligataire chez Natixis.

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=42496d0790a8b66a8260fd74a5ad9bc3

Traduction :

- Plus personne ne veut acheter les obligations pourries du Portugal.

- Plus personne ne veut acheter les obligations pourries de l'Italie.

- Plus personne ne veut acheter les obligations pourries de l'Irlande.

- Plus personne ne veut acheter les obligations pourries de la Grèce.

- Plus personne ne veut acheter les obligations pourries de l'Espagne.

- Du coup, c'est ce pauvre Jean-Claude Trichet qui s'y colle : sur les marchés obligataires, il n'y a plus que la BCE qui achète ces obligations pourries.

- Si la BCE arrêtait d'acheter ces obligations pourries, les taux repartiraient à la hausse.

- La BCE est devenue une fosse à m....


BA 06/12/2010 13:40


A propos de la zone euro :

Es stellt sich dann für sie die Wahl zwischen einem Schrecken ohne Ende - dem Verbleib im Euro-Raum mit geringem Wachstum und schwacher Wettbewerbsfähigkeit - und einem Ende mit Schrecken.

"lieber ein Ende mit Schrecken als ein Schreck ohne Ende" = "mieux vaut une fin terrifiante qu'une terreur sans fin".

Wolfgang Münchau, Financial Times Deutschland, 2 décembre 2010.

http://www.ftd.de/politik/konjunktur/:kolumne-muenchau-warum-die-euro-zone-zerbricht/50200450.html?page=2


A-J Holbecq 05/12/2010 11:02


Bonjour Jean Claude

En fait, on ne peut pas dire que les titres de dette - s'ils sont ceux de pays "solides" - offrent de gros rendements.

Dans la projection que j'ai faite chez Gadrey, le remboursement par monétisation est très progressif: j'ai proposé 100 milliards par an (proposition reprise par MLP il y a 2 jours) ce qui amène à
17 ans pour effacer toute dette; la transition serait donc lente.

La seule dette possible ensuite pour la collectivité serait celle d'un éventuel besoin de devises à la suite d'un solde des échanges déficitaire qui s'il est permanent, montrerait la nécessité
d'une dévaluation par rapport aux autres monnaies nationales intégrées dans l'ECU (vous voyez que je me place là dans un cadre de monnaie commune que je crois, comme Jacques Sapir, être la seule
solution possible et la moins traumatisante)

Alors que pourraient faire les actuels détenteurs de titres de dettes publique et leurs gestionnaires? Eh bien je pense que cette épargne pourrait être rémunérée par les entreprises qui elles aussi
émettent des obligations pour satisfaire leurs besoins de financement (il y a beaucoup de besoins dans le financement de la transition énergétique) ou dans l'achat d'actifs étrangers.

Ceci dit, 70% de la dette est détenue par les non résidents (qui feront donc ce qu'ils veulent, y compris transférer leurs ECU lorsqu'ils seront remboursés en d'autres devises), reste seulement 480
milliards d'actuels euros détenus par des résidents français à placer, dont sans doute les banques détiennent 40% ; qu'elles les prêtent donc aux entreprises lorsqu'elles auront été
remboursées!...

Je ne suis pas certain d'avoir fait le tour du problème

Très cordialement


Jean Claude Werrebrouck 05/12/2010 11:40



Rebonjour;


Merci pour cette réponse rapide.


La dette publique n'offre pas de bons rendements, mais elle intéresse beaucoup les compagnies d'assurances qui spéculent peu  dont les actifs en sont gavés.En fait votre solution que
j'approuve pleinement s'inscrit bien dans ce qu'on appelait il y a 30 ans encore la "répression financière".


Maintenant si seule la France prend ce chemin, il y aura des mouvements de panique. Mais il faut bien un jour prendre une décision radicale.


 



dan_y44 05/12/2010 10:13


Vu les décisions du FMI nous allons dans le chemin inverse : plus d'impôts, moins d'inflation des salaires, plus d'inflation de la dette et plus d'intérêts à payer pour les banquiers et les états
qui vont taxer tout ce qui bouge et respire. Ha, le libéralisme...à la soviétique


Jean Claude Werrebrouck 05/12/2010 10:41



Oui , mais les choses vont probablement changer. les mimétiques cures d'austérité ne seront pas pas et ne peuvent pas être éternelles.les marchés politiques seraient vite déstabilisés.



A-J Holbecq 05/12/2010 08:19


L'euro monnaie unique devenant monnaie commune (appelons le ECU pour bien différencier les deux) me semble la seule "orientation possible"

Mais il faut que les monnaies nationales "membres" de cet ECU ne puissent pas être "spéculées" sur les marchés: il faut donc qu'elles ne soient convertibles qu'en ECU -seule devise - et que leur
taux de convertibilité soit non l'appréciation des marché, mais une décision politique commune, remise en question à intervalles réguliers en fonction des données économiques (en particulier en
terme de balance des échanges commerciaux.

Les 111 milliards ont été votés sans aucun débat à l'A.N. , mais il ne faut pas se tromper: s cette "caution" devait être appelée, ceci consisterait simplement pour la France à s'endetter encore
plus.

Pour ma part je pense qu'il n'y a qu'une seule solution (à part le défaut), c'est la monétisation directe et progressive de la dette publique comme je l'ai expliqué dans un article sur le blog de
Jean Gadrey dernièrement ( http://tinyurl.com/3a5fl3q ) , qu'elle soit le fait de la BCE pour la zone euro, ou, beaucoup plus "facile" à mettre en œuvre, au sein du "franc" lorsque l'euro aura
explosée en tant que monnaie unique.


Jean Claude Werrebrouck 05/12/2010 10:34



Bonjour;


Je suis évidemment tout à fait d'accord.


S'agissant du défaut je suis étonné de constater qu'on en parle de plus en plus y compris chez des gens très proches du pouvoir.Tel est le cas de Jacques Delpla qui fût un proche de l'actuel
président de la république.


Maintenant s'agissant de la restauration de la souveraineté avec une banque centrale qui finance gratuitement le trésor et la disparition de l'Agence France Trésor devenue intile, je me pose la
question de la disparition de la matière première de base de la confection des produits financiers (Assurances vies; sicav, etc). Que deviendraient en effet tous ces placements qui sont aussi le
fait des classes moyennes? La décision du pouvoir politique, pour une telle perspective qui à mon avis suppose l'utilisationn de l'article 16 de la constitution risque en effet d'entrainer des
mouvements de panique.Plus simplement comment fabriquer de nouveaux produits d'épargne si les spécialistes en valeur du trésor (SVT) habilités par l'AFT n'ont plus accès à la dette et à ses hauts
rendements? Bien sûr ils pourraient toujours se nourrir de dettes grecques ou irlandaises .... mais avec un aléa moral complètement disparu. Avez-vous des idées là dessus?


Bien cordialement.



dan_y44 02/12/2010 20:26


L'europe n'est pas une nation et ne le sera jamais. Dans ce cas il faudra peut être réinventer autre chose qu'un système euro rigide à l'image du $. une monnaie référence commune oui, unique je ne
suis pas certain du succès. le mark sera toujours plus fort que la lire ou le franc. ce ne sont pas les marchés qui "spéculent", ce sont les marchés qui regardent les faits. Les marchés ce sont les
épargnants du monde entier, et ils préfèrent investir en Allemagne et en France qu'en Irlande ou en Grèce. Je crois qu'il faut écouter ce qu'à dit Soros à propos du danger de dépression Européenne
si l'Allemagne tentait de faire maigrir ses "partenaires" économiques de manière trop dogmatique et imaginant que tous les européens puissent devenir des allemands. La dépression est déjà là dans
l'Europe du Sud, et la déflation salariale est une catastrophe pour les populations de ces pays sans industrie, sans ressources, croulant sous les dettes. Les recettes du FMI conduisent à la
situation Argentine avec certitude pour ces pays là.


Astrorock 02/12/2010 17:44


Bonjour.

Magistral, comme a l'accoutumé!

Rien a ajouter a votre decryptage d'une grande finesse.


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