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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 14:34

 

Le directeur de campagne du FN pense qu’après l’éventuelle victoire, tout le monde aura intérêt à coopérer pour une dissolution concertée de la zone euro. Une coopération qui serait issue d’un sommet européen organisé après l’élection présidentielle française. La question est pourtant autre : Comment gagner l’élection présidentielle alors même que les acteurs économiques, par le biais d’un tir de barrage d’une redoutable efficacité, déplaceront par millions des intentions de vote vers les candidats européistes ? Et ces acteurs sont nombreux : ménages, banques et autres acteurs financiers, entreprises,  agents qui réagiront très vite si le risque d’une victoire d’un candidat souverainiste devenait crédible…..et donc réaction complètement déstabilisatrice en pleine campagne électorale…

Les redoutables combattants, souvent involontaires, du front européiste

Les ménages, en particulier les épargnants, retourneront à leur profit l’éventuelle perte de change, en déplaçant leurs avoirs vers des banques implantées dans des espaces solidement arrimés à la zone euro. Ils seront ainsi acteurs d’une nouvelle crise du marché interbancaire.

Les banques, elles-mêmes, chercheront à se protéger en se débarrassant de dette publique en risque de dévalorisation, en restant absentes des rendez-vous fixés par l’Agence France Trésor au titre de l’émission des nombreuses tranches de dette prévues au titre de l’année 2017, et globalement en maximisant leurs actifs extérieurs susceptibles de leur apporter les gains d’une dévaluation prévisible. De quoi anéantir tout projet d’investissement sur le sol français. Et surtout de quoi développer une contagion planétaire de la crise financière. Les fonds de placement et d’investissements de même les hedges funds auront la même attitude et chercheront à se couvrir contre la même perspective de dévaluation. Toutes les places de la planète seront rassemblées pour briser toute espérance de réussite électorale.

Les entreprises sortiront leurs fonds des banques hexagonales, et maintiendront expatriées les fonds résultant de leurs activités internationales et en particulier celles liées à leurs exportations. Elles apporteront une pierre essentielle à l’embrasement de la planète.

Puissance du guide suprême : Le banquier central

Il n’est pas sûr que, face à un tel mouvement, la BCE mette en place les dispositifs dont elle a la charge, ceux par exemple garantissant le maintien de la liquidité bancaire, afin de calmer le jeu. Son intérêt spécifique est d’ailleurs inverse : tout faire pour que le barrage soit d’une telle puissance que l’accès d’un souverainiste à la Présidence de la République soit strictement interdit, par exemple en laissant, voire en développant, la panique pré-électorale. Pourquoi en effet le banquier central aurait une attitude suicidaire et organiserait son propre licenciement en effaçant, avec le dispositif « ELA » par exemple, les effets de la contagion ?

Face à cette formidable contrainte, les candidats souverainistes ou les partis souverainistes ont tout intérêt à tenter de briser le mur financier par un contre feu : engager une formidable bataille médiatique sur le quantitative easing et montrer qu’un autre achat de dette souveraine peut avoir des effets autrement efficients.

Briser le mur médiatique et financier en dévoilant au quotidien le pot aux roses du QE

Les candidats doivent orienter la campagne électorale sur cette question en revenant de façon détaillée sur le thème du contrôle de l’émission monétaire.

L’aisance quantitative est, pour l’essentiel, le fait d’acheter régulièrement de la dette souveraine détenue par les banques. Pour la présente année 2017, la BCE va acheter, approximativement, au système bancaire français une dette publique équivalente à la nouvelle dette émise par le Trésor. Comme cette nouvelle dette est achetée à 60% par des banques étrangères, cela signifie que les banques françaises sont inondées par la liquidité offerte par la BCE. Cette opération vise à relancer le crédit accordé par les banques, ce qui ne se matérialise pas par de nouveaux investissements. On dit que la base monétaire a augmenté, ce qui se matérialise par le gonflement du bilan de la banque centrale, mais que le crédit accordé aux agents économiques lui n’augmente pas. La liquidité sert ainsi à la spéculation sur des actifs existants, d’où l’inflation sur les titres en question. Cette « planche à billets » permet de soulager le poids de l’émission de dette publique nouvelle en maintenant le taux de l’intérêt à un niveau proche de zéro, mais elle ne réduit que marginalement les besoins d’endettement nouveau du Trésor, lequel doit régler ses échéances de dettes à la BCE. Il s’agit donc , du point de vue de la BCE, d’une procédure de soutien au système bancaire et non d’une procédure de soutien à l’intérêt général.

Expliquer au quotidien, et en préalable à tout débat, les mécanismes d’un « QE de l’intérêt

général »

Le soutien de la BCE à l’intérêt général passerait, lui, par l’achat de dette publique arrivée à échéance. Cet achat serait d’un montant à peu près équivalent à celui du QE (environ 190 milliards d’euros pour l’année 2017) mais faciliterait grandement le redressement du pays. Dans le QE, nous avons un achat de dette en cours, et donc il y a destruction de monnaie dès que le Trésor paie la dette parvenue à échéance. Dans ce nouveau circuit,  la BCE paie elle-même la dette parvenue à échéance. Il y a donc création monétaire nette.

Certes, la destruction de monnaie dans le QE est toujours sur-compensée par l’achat de nouvelle dette mais l’opération est en principe temporaire. Dans le cas de ce QE que nous pourrions qualifier « QE d’intérêt général », il y a création nette de monnaie. Et cette création nette a des conséquences très différentes car, ici, l’augmentation de la base monétaire est suivie d’une hausse assez mécanique de l’investissement et de l’activité.

En effet, le rachat de dette parvenue à échéance soulage immédiatement l’Etat qui peut, sans délai et sans même modifier le solde budgétaire initialement prévu, diminuer le poids des prélèvements publics obligatoires, ou aider directement les banques ou se lancer dans de lourds projets d’investissements. Quelle que soit le cocktail de solutions retenues, à solde budgétaire inchangé, il y a amélioration de la liquidité bancaire, soit directement par le Trésor (il effectue des investissements publics et abonde les comptes de ses fournisseurs) soit indirectement (ménages et entreprises bénéficient d’une baisse de dépenses fiscales). Globalement, les bilans bancaires gonflent avec pour contrepartie un élargissement de l’activité économique réelle. L’expression de « QE d’intérêt général » n’est pas illégitime.

Le système bancaire est ainsi consolidé de façon non artificielle (QE classique) et les banques retrouvent leur métier de base : celui d’effectuer des crédits à l’économie. Mais aussi tous les agents économiques bénéficiaires d’une diminution du poids des prélèvements publics obligatoires.

Affronter le système médiatique

Ce qui vient d’être exposé doit être largement explicité par tous les candidats souverainistes, lesquels doivent considérer qu’il s’agit d’une base indispensable sur laquelle des programmes variés peuvent être envisagés. Et cette explication doit être claire et imposée au système médiatique avant chaque rendez-vous avec tel ou tel journaliste…et ce en allant même jusqu’au renoncement en cas de refus par ces défenseurs de l’européisme que sont les journalistes.

Au-delà et afin de montrer le sérieux de la candidature, il serait très important que les candidats souverainistes expliquent avant chaque rendez-vous les mécanismes du tir de barrage financier et ses conséquences en matière démocratique. Un tel décodage, et un tel sérieux dans l’analyse prospective  -des prévisions qui, pour une fois, se vérifient- permettrait à tout le moins d’éroder la puissance du tir de barrage, un affaissement résultant d’une possible prise de conscience par les électeurs….

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans conférences et débats
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BA 20/01/2017 13:10

Dans les pays occidentaux, la soi-disant « mondialisation heureuse » a appauvri les classes populaires et les classes moyennes. Conséquence : les partis extrémistes ont de plus en plus de voix, et de plus en plus de candidats extrémistes arrivent au pouvoir.

Le Forum de Davos lui-même commence à comprendre qu'il y a un petit problème avec la « mondialisation heureuse » !

Vendredi 20 janvier 2017 :

Au Forum de Davos, la grande peur du populisme.
 
Les élites prennent conscience que la globalisation n’a pas bénéficié à tous. L’éducation apparaît comme la seule arme valable.

L'an dernier, c'était une hypothèse. Cette année, le populisme est devenu une réalité qui envahit toutes les discussions au Forum de Davos, sur scène comme dans les couloirs. Vote du « leave » au Royaume-Uni, vote Trump aux Etats-Unis, vote du « no » en Italie, et bientôt des élections en France. Puis en Allemagne... C'est peu dire que les choix des électeurs troublent les participants du Forum. « Anti-intellectualisme, anti-élitisme, anti-libéralisme », résume un grand groupe de conseil.

En un mot, anti-Davos. Avec en toile de fond un enchaînement déjà vécu dans les années 1930, comme le rappelle le gérant de fonds Ray Dalio : nationalisme et protectionnisme. Les industriels réunis ici pourraient avoir du mal à conquérir de nouveaux marchés, et aussi tout simplement à produire, car ils ont éclaté leurs chaînes de valeur un peu partout dans le monde. « Les règles commerciales ne sont pas adaptées à la fragmentation des chaînes de valeur », a rappelé le président chinois, Xi Jinping. Larry Summers, professeur d'économie et ancien secrétaire au Trésor du président américain Bill Clinton, fait le même constat.

Comment en est-on arrivé là ? « Quelque chose s'est mal passé ces dix dernières années, constate ingénument Sunil Bharti Mittal, qui dirige un grand groupe de télécoms en Inde. Ce n'est pas que les entreprises ont fait du mauvais travail. Mais elles ont laissé du monde sur le bord de la route. »

Les participants du Forum de Davos en sont massivement convaincus : la question est d'abord économique. Le choc est particulièrement violent aux Etats-Unis, où la plupart des salaires stagnent depuis maintenant des décennies, comme le rappelle Laura d'Andrea Tyson, l'ancienne conseillère de Bill Clinton. Et c'est loin d'être fini.

« La crise du populisme va continuer », prévient le publicitaire Martin Sorrell (WPP). Elle ne sera nourrie pas tant par la mondialisation que par les révolutions technologiques. En plein progrès, l'intelligence artificielle risque de menacer des millions d'emplois. « Elle risque de créer des réfugiés du numérique », estime Marc Benioff, le patron de l'éditeur de logiciels Salesforce. « Dans les 26 Etats américains où le métier de chauffeur est la profession la plus répandue, Trump est arrivé en tête », rappelle un participant.

L'anxiété devient un problème macroéconomique. « On ne peut pas avoir à la fois un consommateur confiant et un salarié inquiet », relève Satya Nadella, le patron du groupe Microsoft. « Il faut que tout le monde profite de la mondialisation », affirme de son côté Tidjane Thiam, qui dirige Credit Suisse. Les grands mots sont lâchés. Christine Lagarde, la patronne du FMI, avance du bout des lèvres le mot « redistribution ». D'autres évoquent un autre partage nécessaire entre le travail et le capital.

Mais, avant d'en arriver à cette extrémité, la grande arme contre le populisme, ce devrait être l'éducation. Ruth Porat, la directrice financière de Google, rappelle opportunément que son entreprise a proposé des formations au numérique à deux millions d'Européens l'an dernier. Mais quelle éducation, pour quoi faire ? La question reste pour l'instant sans réponse.

http://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/0211710002598-au-forum-de-davos-la-grande-peur-du-populisme-2058552.php

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