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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 13:36

      

L’examen de l’histoire nous a permis de repérer les caractéristiques des 2  grandes modalités de gestion de la dette publique, avec en particulier le passage d’un mode à l’autre.

L’évolution de cette structure appelée « Etat », structure animée par des « entrepreneurs politiques », et analysée au niveau du présent Blog dans l’article : « Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat », est fondamentale pour comprendre le passage d’un mode à l’autre. Globalement, c’est le passage des formes primitives de l’Etat vers les premières formes de respect du droit des gens, des droits de propriété, voire de la démocratie, qui explique le passage de la prédation pure, aux premières formes du mode marché de la dette publique. La naissance des banques centrales, relativement indépendante dans le cas anglais (1694), ou moins indépendante dans le cas français (1800), est conséquence des premières formes d’affermissement de l’Etat de droit. Et ces naissances vont faciliter en retour, le développement du mode marché de la dette.

Mode marché de la dette publique : un éclairage nouveau

Prêteurs (bourgeoisie rentière) et emprunteurs (entrepreneurs politiques), après des siècles d’apprentissage plus ou moins réussis, vont constituer un premier marché de la dette publique, marché rapidement important, car mutuellement devenu très avantageux.

Pour les rentiers, il est plus avantageux que celui de la dette privée, pour au moins deux raisons. Le débiteur public bénéficie d’une vie perpétuelle, car nous savons que « l’extériorité » devenue avec le temps « Etat », est un point fixe de toute société. En cela, il est à priori plus sécurisant qu’un débiteur privé, toujours mortel. Ensuite, et il s’agit d’une conséquence du statut de point fixe, les rentiers voient dans le marché de la dette publique, une profondeur et une liquidité incomparables. Cela signifie que le marché secondaire de la dette publique, est beaucoup plus important et beaucoup plus sécurisant que les  marchés financiers privés. Notons que cette remarque, évidente à une époque où le capitalisme n’est que naissant, reste globalement vraie aujourd’hui. En particulier le marché de la dette publique américaine, est aujourd’hui le plus important du monde, et sa profondeur et sa liquidité extrêmes, garantissent encore de beaux jours à un dollar par ailleurs vilipendé.

Pour les entrepreneurs politiques, le mode marché est sans doute plus coûteux que la prédation simple et violente de jadis, et les « gains à l’échange » -si l’on ose dire- plus modestes. Ils sont pourtant réels, et ce pour les mêmes raisons que celles recensées chez les rentiers. Statut « d’extériorité » en dehors du droit commun, mais commençant à respecter les droits de propriété, et donc le commerce des promesses – ce qu’on appelait la « foi publique » - il peut bénéficier d’une « bonne notation », pour employer le langage d’aujourd’hui. Il peut même offrir des garanties que nul ne peut offrir : s’engager contractuellement à accroître ses ressources, par exercice de la violence sur d’autres acteurs de la société, en augmentant les impôts. Cette garantie de ressources, est encore mise en avant par certains Etats  aujourd’hui, notamment les Etats américains que l’on dit fort endettés, et qui par cette clause, peuvent obtenir sur le marché, des prix avantageux. Par ailleurs, ce même statut donne profondeur et liquidité, et donc là aussi des prix avantageux. Et ces mêmes caractéristiques : profondeur et liquidité, procurent  une grande souplesse sur les volumes, lorsque les besoins du Trésor s’accroissent.

Cette performance  du mode marché de gestion de la dette publique, fût très vite constatée, et a permis des prouesses dans des situations difficiles. Certains historiens expliquent ainsi, que l’indépendance de la Banque centrale anglaise, et le mode marché de gestion de la dette, a permis au Trésor britannique de massivement s’endetter pour, au final, vaincre Napoléon sur  les champs de bataille de l’Europe.

Si le mode marché est mutuellement avantageux pour les raisons sus évoquées, il se caractérise aussi, par de fortes externalités  liées au statut très  spécifique des entrepreneurs politiques. La théorie économique, dans sa version la plus Autrichienne, nous explique que les marchés ne fonctionnent correctement que si les agents supportent intégralement le coût de leurs actions. D’où sa très grande sensibilité au respect intégral des droits fondamentaux, en particulier la propriété. S’agissant du marché de la dette publique, les rentiers supportent sans doute le coût de leurs actions et vont prêter, jusqu’au moment où les avantages attendus, seront rejoints par le coût d’opportunité correspondant. Tel n’est pas le cas des entrepreneurs politiques, qui peuvent reporter les coûts sur la collectivité : ils ne paient pas les intérêts et ne vont pas rembourser le capital. A terme, ils ne paieront pas non plus le coût de ce report de charges sur le marché politique. C’est que les charges de l’emprunt- concrètement la fiscalité-  sont très largement socialisées et rendues peu visibles, alors que les avantages, peuvent être mis en avant et rendus visibles, pour telle ou telle catégorie d’électeurs: constructions d’infrastructures, écoles, hôpitaux, etc.  Electeurs qui par ailleurs, expriment une demande forte, pour laquelle  ils souhaitent voir la charge reportée sur autrui, y compris sur des agents qui ne sont pas nés.

Cette externalisation des coûts, inhérente au marché politique, devient abyssale en démocratie libérale, lorsque les entrepreneurs politiques peuvent, de par la loi, se reproduire comme entrepreneurs politiques, par non limitation du nombre de mandats dans le temps. Ce que les politologues appellent « l’hyper professionnalisation des hommes politiques ».

Au total, il existe une tendance fondamentale à ce que le mode marché de la gestion de la dette s’impose, et que la dette elle-même connaisse un accroissement continu de son volume. Accroissement du reste bien vu des rentiers, qui peuvent négocier le cas échéant avec les entrepreneurs politiques, un programme de baisse de la pression fiscale ou/et d’augmentation des dépenses publiques…aux fins du gonflement du volume de la rente… dont ils sont les bénéficiaires. Le mode marché de la gestion de la dette publique, peut ainsi surplomber  de forts antagonismes entre classes sociales. De quoi présenter, le très académique théorème de l’équivalence ricardienne, d’une toute autre façon…

Mais l’examen de l’histoire envisagée dans les deux publications précédentes, a aussi permis de constater qu’il n’était pas aisé de passer d’un mode de gestion à un autre. Ainsi ce n’est que  lorsque le mode marché est devenu complètement  impraticable, que l’on est passé au mode hiérarchique. Et pour cela, il a fallu un événement de grande ampleur : la guerre totale. Entre temps, on essaie, le plus longtemps  possible, de préserver le mode antérieur, historiquement en rognant de plus en plus sur l’indépendance d’une banque, qui se fera de plus en plus obéissante, le mode hiérarchique étant en partie fait de monétisation.

Il est intéressant de s’interroger sur la présente situation, en la comparant à la fin du mode marché à partir des années 1920. L’événement de grande ampleur, qui aujourd’hui remplace la guerre, est la crise financière. C’est elle qui vient d’entrainer – par contagion - une insolvabilité radicale de nombreux Etats, insolvabilité au moins aussi radicale  que celle constatée durant les deux guerres mondiales. La crise d’insolvabilité, comme la guerre, n’a rien d’un accident, et se trouve être la conséquence non attendue, de choix  qui se sont noués sur les marchés politiques : fin du fordisme en difficulté, et fuite vers la mondialisation, avec les outils juridiques de régulation financière qui doivent l’accompagner ( cf. « La grande crise : les 8 fondamentaux pour conclure »).

Aisance du déploiement du mode hiérarchique d’hier.

La comparaison s’arrête pourtant très vite, et il très risqué d’affirmer que la solution au problème d’aujourd’hui, passera par le déploiement du mode hiérarchique, comme ce fût le cas en 1945. Il est en effet d’une très grande banalité, de dire que le monde des années 2010, est fort différent de ce qu’il était en 1945, et qu’à ce titre les solutions d’un Conseil National de la Résistance (CNR) paraissent peu adaptées.

Au sens Hayekien des termes, le monde du milieu du 20ième siècle, était encore un « ordre organisé ». Il est aujourd’hui bien davantage un « ordre spontané », et ce même si cet ordre nouveau, s’est construit à partir du fonctionnement des marchés politiques, fonctionnement qui a engendré un processus de déconstruction  de « l’ordre organisé ». Ce que nous appelions dans « Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat », le stade historique du « démantèlement de l’Etat de droit ». Période qu’Habermas appelle temps de « la perte du pouvoir d’achat du bulletin de vote ».

Lorsqu’en effet, dans les années 20, puis plus brutalement en 1945, on passe au mode hiérarchique de gestion de la dette, l’acceptation des nouvelles contraintes est grande. Les règles coercitives en matière financière, ne seront que faiblement contestées en raison du holisme ambiant : il existe encore une idéologie de l’intérêt général, et une conception sacrificielle de l’ordre social. Il s’agit en effet de défendre la patrie, puis de reconstruire et moderniser. A titre d’exemple, le poids que devait prendre le Conseil National du Crédit à partir de 1946, mais surtout sa composition faite de tous les acteurs de la reconstruction, révèle clairement la dominante « ordre organisé », de la société française. Sans doute le marché politique existe-t-il, et sans doute fonctionne t’il aussi sur la base d’intérêts économiques antagonistes, il se déploie toutefois dans l’idéologie communautaire d’un intérêt général à construire. Le système financier, lui-même beaucoup plus faible en raison de la faible bancarisation, n’a guère les moyens de s’opposer à la stricte séparation des compartiments bancaires, à la rigueur des planchers de bons du Trésor, et à l’extrême surveillance du respect de leurs niveaux, au laminage de la rente par la vague inflationniste, etc. La construction du  gigantesque « circuit du trésor » décrit précédemment,  est lui-même révélateur de cette ambiance de holisme, qui fait que le marché est évacué, et avec lui le souci de la dette publique. Point n’est besoin d’une agence de la dette, puisque ce qui est perdu par le compartiment budgétaire (des dépenses publiques considérables) est récupéré – avec extrême autorité - par le compartiment monétaire (une banque centrale obéissante qui monétise, et un système bancaire, qui écume l’excès de dépenses publiques par les planchers de bons du trésor). La création monétaire est dans ces conditions parfaitement contrôlée : c’est le Trésor qui ordonne à la banque centrale l’essentiel de la création monétaire, le système bancaire, ne jouissant que d’un « multiplicateur du crédit » très réduit, en raison d’un taux de conversion en billets très élevé à l’époque, et du taux lui-même élevé, des planchers de bons du trésor.

Difficultés de déploiement du mode hiérarchique aujourd’hui

La situation est aujourd’hui très différente, et la « grande transformation » à la Polanyi, est presque achevée, avec une société qui est presque devenue une société de marché, le point fixe- « l’extériorité » disions-nous - n’étant plus idéologiquement l’Etat, mais « la main invisible » d’Adam Smith. La crise du fordisme aidant, des entrepreneurs économiques- pas nécessairement majoritaires- ont acheté législativement à des entrepreneurs politiques – qui étaient de moins en moins d’anciens résistants, modernisateurs du pays, et de plus en plus des énarques fascinés par l’entreprise, voire des avocats d’affaires – une franchise de péages, dans ce qui faisait les contraintes de « l’ordre organisé », mais qui en assuraient probablement  sa cohérence. Furent ainsi achetés des franchises fiscales, douanières, tarifaires, sociales, etc. le coût des franchises octroyées, étant lui-même en cohérence avec la déconstruction de l’ancien « ordre organisé ». En effet, la demande économique étant devenue mondiale, les conséquences des franchises en termes de diminution de la demande locale ou nationale, deviennent dépourvues d’intérêt. Et ces mêmes conséquences en termes de dette publique, deviennent une aubaine pour l’industrie de l’épargne, qui puise sa matière première dans l’activisme de l’Agence France Trésor. Plus récemment, la pression sur la nécessaire déconstruction de « l’ordre organisé » s’est accentuée, avec l’apparition d’un nouveau système technologique, marqué par l’affaissement des activités à rendements décroissants (industrie mécanique par exemple), au profit d’activités à rendements croissants (informatique). C’est que la passage à des coûts marginaux nuls, suppose tout de suite une tendance au monopole ( Microsoft, Google, etc.) sur  un marché mondial, qui  doit idéalement être le plus lisse possible, donc assez bien dépourvu « d’ordres organisés ».

Curieusement , cette exacerbation de la « grande transformation », rappelle la chute de Rome ou mieux le féodalisme. L’Etat est contesté par de nouveaux barbares,  qui conquérants  dans l’espace des marchés,  jouissent d’une grande autonomie par rapport au suzerain distributeur de privilèges. D’où  l’idée « d’Etat de droit oligarchique » chère à Jacques Rancière. L’achat de privilèges ou de franchises de péages,  ne vaut pas nécessairement diminution de prestations aux profits d’autres clients du marché politique. Ainsi, l’habitude fût prise - mondialisation oblige -  de reporter sur l’Etat une partie du coût de la reproduction de la force de travail : diminution des charges sociales, prestations de solidarité sur le chômage, RMI, aides diverses sur le logement, etc. Rappelons que l’âge démocratique ou oligarchique de l’Etat, ne transforme pas son essence, il est simplement une structure de marché, où la prédation est généralisée : « tout le monde peut voler tout le monde ». Avec la difficulté pour les entrepreneurs politiques, de donner du sens aux décisions prises, puisqu’il n’y a plus d’objectifs, qui naguère, n’étaient que les conséquences attendues d’une idéologie rassembleuse. D’où la mise en avant du pragmatisme et du technicisme , les décisions cessant- dans le monde des apparences - d’être des choix, et résultants plus simplement de l’évidence de «  faits qui s’imposent », l’exemple le plus récent étant le débat sur les retraites en France.   

Les marchés politiques continuant de fonctionner malgré l’irruption des nouveaux barbares, la déconstruction de « l’ordre organisé », correspond davantage  à sa déformation, plutôt qu’à sa liquidation tant redoutée. Les entrepreneurs politiques préférant tirer les ficelles d’un ordre disloqué, plutôt que devoir réduire ce carburant du pouvoir, qu’est l’offre de produits politiques. La déformation est du reste probablement plus forte en France que partout ailleurs, car l’offre de produits politiques, dépend aussi d’une demande qui ici, en raison de la forte prégnance de la valeur « égalité » chez les  français, plébiscite le maintien d’un Etat providence musclé. Cette déformation, se repère notamment, au travers du prisme de la dette publique dans son mode marché. Les déficits publics étaient lourds bien avant le transfert sur les Etats de la crise financière, et résultaient de la déformation de « l’ordre organisé » : les achats de franchises de péages, détruisent la cohérence, et à la rupture de la croissance de la demande économique, va correspondre la forte croissance de l’offre de titres de dettes publiques, bien évidemment sur le mode marché. Et ce qu’on appelle « dette sociale »,  gérée discrètement par la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES) est le signe  le plus évident - après la dynamique Agence France Trésor, fière de fêter ses 10 ans d’existence (8 février 2001)… et du doublement de son « chiffre d’affaires » - de cette déformation, devenue considérable, de « l’ordre organisé ».        

Mais à la déformation de « l’ordre organisé » global, succède- crise de la dette publique oblige- une considérable déformation du marché de la dette, avec effet de boucle sur l’ordre global.

Cette déformation résulte du fait, que le coût du passage au mode hiérarchique, apparait démesurément élevé. Il était peu coûteux  dans les années 20, et surtout en 1945, de passer du mode marché au mode hiérarchique. Le chemin inverse apparait aujourd’hui hors de portée. Pour ne prendre qu’un exemple, on pourrait imaginer- et certaines entreprises politiques dites populistes en rêvent- de rétablir un puissant circuit du trésor, rendant inutile les agences offreuses de dettes, qu’elles ne peuvent plus commercialiser, dans des conditions raisonnables pour le contribuable. La solution est donc le rétablissement des planchers de bons du Trésor. Plus de peur, voire de panique, derrière les écrans où se lisent les résultats des adjudications ; plus de risque d’inflation du cours des CDS ; plus de peur de la notation ; et possible relâchement de pression budgétaire. Sauf que les banques, désormais dans un « ordre spontané », quittent un territoire, sur lequel elles étaient solidement fixées dans « l’ordre organisé » de 1945. Sauf que les épargnants – probables victimes de la répression financière - achèteront sous d’autres cieux leurs contrats d’assurance-vie,  ce qui était impensable en 1945. Sauf que, plus globalement le pays se livrant à pareil acte, serait mis à l’index par la communauté des oligarques, ce qui n’était évidemment pas pensable en 1945.   La seule idée de fin de la banque universelle, au profit du rétablissement de la séparation des activités, est assortie de menaces des nouveaux barbares conquérants. C’est le cas de Barclays et de HSBC, qui menacent le gouvernement anglais de délocalisation en Asie…avec un argument du type intérêt général : le report des pertes éventuelles du compartiment « affaires » sur les résultats de la banque de dépôts…Mieux, le récent Davos a pu mettre en évidence les menaces directes et indirectes, des oligarques au regard de régulateurs trop pressants : plus de régulation se paiera de plus de « coulisse » et donc de risques systémiques  dira un grand banquier ; publier la liste des établissements systémiquement importants, revient à diminuer les activités de crédit, déclarera le représentant de l’Institut International de la Finance ; etc.

En attendant….le mode marché jusqu’aux limites extrêmes du possible….la monétisation.

Le risque d’explosion du mode marché de gestion de la dette restant croissant, et ne pouvant pas passer au mode hiérarchique , il convient alors d’élargir sans cesse la tuyauterie du mode marché , parfois de la mettre au repos, tel un pontage coronarien, ou d’y adjoindre une prothèse type stimulateur cardiaque, ou de reprofiler le « design » de la dette…. et surtout de restreindre les fuites du circuit du Trésor, donc de déformer encore un peu plus « l’ordre organisé ».

Elargir la tuyauterie, c’est par exemple la création du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), fonds déjà insuffisant, et dont le périmètre devrait selon le souhait de certains, atteindre les 15OO milliards d’euros pour devenir réellement efficace. La mettre au repos, c’est par exemple l’interruption momentanée d’un marché national de la dette publique ( Irlande, Grèce…) devenu impraticable en raison des prix constatés, avec branchement direct sur un oxygénateur : le FESF . Et oxygénateur qui ne fait que reporter le problème, car il faut bien lui-même le brancher sur d’autres marchés. Reprofiler le « design », c’est par exemple cacher la dette dans un produit structuré, type « Euro Medium Term Notes », ou c’est – sans doute vainement –  prêter pour racheter sa propre dette (problématique du « ouzo² » en Grèce), ou mieux encore négocier son rééchelonnement ou son prix. Adjoindre une prothèse, c’est par exemple actionner  l’oxygénateur ultime, qu’est ce prêteur en dernier ressort  appelé FED ou  BCE. Ainsi chaque fois que les prix deviennent insupportables sur le marché de la dette, on a vu la BCE intervenir massivement…en marge de ses propres règles…pour aussi, il est vrai, soulager les actifs bancaires lourdement chargés de dettes publiques, proches de la démonétisation. Et soulagement nécessaire, car les banques doivent continuer à acheter de la dette nouvelle, à peine d’explosion du mode marché. Il faut aussi soulager l’environnement de la tuyauterie, car le monde des marchés n’est pas simple, et il faut savoir penser aux détails : ainsi réfléchit-on sérieusement aux USA, à ce que les versions modernes des « Clearing House » puissent  –risques de contreparties obligent -  accéder aux guichets de la FED. C’est que la fermeture d’un circuit du Trésor, facile à imaginer dans « un ordre organisé », devient casse tête dans un ordre marchand en crise grave. Toutes ces solutions, et d’autres encore qui seront issues de l’imagination de ceux, qui dans les ministères des finances, et surtout à Bruxelles, ou à Washington, continuent encore de croire en la possibilité de maintenir le mode marché, sont  insuffisantes. Il faut donc agir en parallèle avec le rétrécissement des fuites : nous avons là la question de la rigueur budgétaire, d’abord au niveau national, et aujourd’hui en Europe à un niveau plus élevé. Ce qu’étrangement on appelle : « semestre européen ».

Mais là aussi, il est inutile d’insister, la situation est connue, et son caractère gravissime rend l’insolvabilité, radicale pour une grande majorité d’Etats européens : malgré la rigueur aujourd’hui, ou les « pactes de compétitivité » demain, l’endettement ne fait que croître, non pas pour une majorité, mais pour tous les pays européens. Nous avons déjà mentionné dans ce Blog, qu’aucun pays- y compris l’Allemagne- ne répondait à l’équation de stabilisation de la dette publique (cf : Crise financière et renouvellement de l’offre politique ».)

Dans ce même Blog, au-delà de l’article précité, nous avons, sous d’autres termes, souvent abordé la question du passage au mode hiérarchique : « Monnaie, recherche désespérément souverain sérieux », « l’Epuisement des entrepreneurs politiques », « l’Equilibre extérieur comme produit politique émergent »,etc. Et nous en avons souligné son coût, essentiellement parce que « l’ordre organisé » du 20ième siècle s’est largement évanoui. Avec les valeurs qu’il fécondait dans le cerveau des acteurs : la croyance en un avenir collectif. Avenir disparu, puisque le marché est un monde sans agenda, pour des individus englués dans le présent.

Cela signifie que le mode marché sera probablement conservé jusqu’à l’extrême  limite de ses possibilités : l’oxygénateur des banques centrales, donc le quantitative easing et la monétisation massive, à prix réduits, constituent l’horizon indépassable, de ceux qui connaissent le prix du passage au mode hiérarchique, dans un monde devenu société de marché. Comprenons que même le retour d’un seul et unique petit pays au mode hiérarchique, aurait un effet de boomerang gigantesque. Ainsi selon la BRI, l’exposition des banques françaises sur la seule dette grecques représente 3,1% du PIB de la France, ce qui signifierait l’effondrement complet du système financier Français.

 La monétisation quasi gratuite, par la banque centrale elle-même, est donc –sauf accident lourd obligeant en urgence le passage au mode hiérarchique avec des moyens brutaux, déjà imaginés dans « crise financière et renouvellement de l’offre politique » - un « second best » du point de vue de la plupart des acteurs importants. Et donc un « second  best » susceptible de séduire l’électeur médian.

Les nouveaux barbares des marchés, la jugeront préférable à la saisie, à la nationalisation, à la restructuration, voire même une régulation tatillonne. Les entrepreneurs politiques pourront mettre en avant l’idée d’un maintien relatif du champ des services publics. Les salariés y verront le maintien sous perfusion d’un Etat providence, à périmètre  plus ou moins réduit, car de plus en plus marchandisé. Et les rentiers intelligents comprendront qu’il vaut mieux perdre un peu, voire beaucoup – c'est-à-dire renouer avec la répression financière du 20ième siècle -  que de risquer, comme leurs ancêtres, la ruine complète.

Evidemment il ne s’agit que d’un « second best », qui plus est, précaire, puisqu’au delà de la menace inflationniste, il développe une base monétaire surdimensionnée, matière première de bulles périodiques. Au-delà, et malheureusement, il nous est difficile d’aller plus loin dans une démarche prospective appuyée sur l’Histoire, et « nul ne peut sauter par-dessus son temps ». Ou mieux encore, selon le proverbe turc repris par Edgar Morin : « les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra ».

 

                        

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
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commentaires

Pascal 02/10/2011 12:43


"D’où la mise en avant du pragmatisme et du technicisme , les décisions cessant- dans le monde des apparences - d’être des choix, et résultants plus simplement de l’évidence de « faits qui
s’imposent », l’exemple le plus récent étant le débat sur les retraites en France. "

==> c'est probablement ici que réside la faille par où le système peut être conduit à sa faille car de ce fait son évolution qui obéit aussi aux pulsions de mort qui lui sont consubstantielles
le conduit assurément, sans les dispositifs de sauvegarde de l'Etat organisé et organisateur, à sa perte par auto-destruction ! Il n'y a plus de loi transcendante mais une loi immanente qui n'a pas
la possibilité de prendre de la hauteur, de se décentrer pour mieux se garder des forces qui l'habitent et l'animent ! Le toujours plus toujours plus vite conduit assurément au toujours plus de
déraison ! Fut-il conduit sur des bases d'hyper-rationalité ! Comme quoi trop de rationalité livrée à elle-même finit par tuer la raison !


souveraineté monétaire 14/04/2011 14:14


Comment marche la banque centrale ? C'est simple comme bonjour !

http://www.michaeljournal.org/ilenauf.htm

C'est du vol, mathématique, machiavélique, infini, et irrémé-diable!
On peut toujours diserter, la réalité est mathématique!


souverainetémonétaire 14/04/2011 02:56


BA tu saoule! Si t'a rien à dire, cesse de compbler ta frustration par des copié-collés inutiles et d'une pensée aussi médiocre que tous les mainstream média et économistes qui n'en n'ont que le
nom!

Sinon pour les autres, pour l'article et les commentaires, j'adore! Les barbares est bien le terme, car même si il ne sont pas étrangers, ils vivent bel et bien dans un autre monde que le commun
des mortels, et les capiaux prédateurs sont apatrides! L'analogie avec la rome antique est toutefois intéressante!

Pour le marché mot valise du vide qu'il cache, c'est bien trouvé. Le marché c'est la loi de la jungle! Et la main invisible est un concept qui ne devrait pas ou plus être employé car cela cache
effectivement le vide des justification des libéralistes qui veulent profiter du travail d'autrui, de l'esclavage déguisé en sorte.
La somme des égoïsme nous pousse à la faillite générale, au lieu de penser la société comme la somme des entraides nécesaire pour faire société.
Pourquoi personne ne dénonce le QE2 des US/FED, qui n'est ni plus ni moins l'impression massive de fausse monnaie pour combler le vide abyssal des maquillage des comptes des grandes banques. Il y a
10 ans de PIB mondial émis sur les marchés des dérivés, donc on ne va pas pouvoir continuer longtemps a maquiller la fin du système actuel.
Et se n'est pas en vendant les murs (privatisation des états), qu'on pourra continuer de payer le loyer et le chauffage (les services publiques). Le FMI est un institut de destruction massive, et
personne n'y trouve rien a redire. Pourquoi on n'annule pas tout simplement les dettes des états, puisque après tout le taux d'intérêts est justifié par le risque. Le risque est avéré, pourquoi le
nier. Il y a dafaut, et les peuples n'ont pas a payer et vendre les bijoux de familles pour continuer d'enrichir des gens qui sont déjà riches, sinon, il ne preterais pas des milliards! Les
islandais sont en train de le faire, anuler les dettes. C'est simple et éfficace. Et leur économie ne s'en porte pas plus mal, bien au contraire.
Il faut oser tenir tête au rentiers, qui n'ont de pouvoir que parcequ'on leur en laisse et que nos politiques sont soit trop stupides, soit n'ont pas les couilles de laisser couller les banques
pourries.

La solution est de sortir de l'argent-dette, et passer a d'autres sytsèmes, non basé sur la dette, et controlé par le peuple et pas des entités privées et prédatrices.
Mammon doit se régaler en ce moment.
La solution de Paul Grignon (présenté dans le film l'argent-dette 2) pourrait être une solution.
De toute façon, plus vite aura lieu la chute finale, plus vite les peuples seront enfin libre, et plus vite la planette cessera de souffrir de l'avarice destructrice de toute vie saine.
La finance? un gros jeux de monopoly dont les joueurs n'ont pas compris que les rêgles sont faites par les banquiers et pour que le seul gagnant soit les banquiers! Changeons de jeux, au lieu de
lutter à contre courant!


BA 20/02/2011 22:21


Après la Grèce, après l'Irlande, c'est le tour du Portugal.

Vendredi 18 février 2011 :

Emprunts portugais à 5 ans au plus haut.

Le rendement des obligations portugaises à cinq ans a atteint un nouveau record depuis la création de l'euro vendredi, toujours sous pression des investisseurs qui craignent que Lisbonne ne soit
contraint de faire appel à une aide internationale.

"C'est tout simplement une situation d'incertitude générale vis-à-vis du Portugal. Ces tout derniers jours, les Bunds ont monté, et nous avons observé un report vers des actifs jugés moins risqués
aux dépens des pays périphériques", commente un trader.

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/02/18/97002-20110218FILWWW00456-emprunts-portugais-a-5-ans-au-plus-haut.php

Portugal : taux des obligations à 5 ans : 7,128 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT5YR:IND

Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,497 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND


BA 18/02/2011 09:59


Jeudi 17 février 2011 :

Après la Grèce, après l'Irlande, c'est au tour du Portugal.

En avril 2011, l'Etat portugais devra être sauvé par l'Union Européenne et par le Fonds Monétaire International.

Portugal seen taking bailout by April - euro zone source.

European Union member states are increasingly concerned about Portugal's ability to fund itself in financial markets and believe Lisbon will have to seek a bailout by April, a euro zone source said
on Thursday.

The EU has a rescue plan ready for Portugal, but it is dependent on Lisbon asking for the aid and making that request to both the EU and the International Monetary Fund. Portugal remains adamantly
opposed to asking for assistance.

"Portugal is drowning. It's not going to be able to hold on beyond the end of March," the euro zone source said. "That's already understood to be the case in financial markets, but now it's also
understood among (EU) finance ministers."

http://www.reuters.com/article/2011/02/17/eu-portugal-aid-idUSBRU01131920110217


BA 17/02/2011 14:09


A propos du Portugal :

- Emprunt à 12 mois :

Allemagne : taux des obligations à 12 mois : 0,982 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR1:IND

France : taux des obligations à 12 mois : 1,086 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN1:IND

Et le Portugal ?

Mercredi 16 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 12 mois : le Portugal a dû payer un taux d'intérêt de 3,98 % (les taux sont en hausse : c'était un taux de 3,71 % lors de la précédente
émission).

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110216trib000601945/le-portugal-parvient-a-emprunter-a-moins-de-4.html

- Emprunt à 5 ans :

Pays-Bas : taux des obligations à 5 ans : 2,361 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GNTH5:IND

Allemagne : taux des obligations à 5 ans : 2,413 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR5:IND

France : taux des obligations à 5 ans : 2,704 %.

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN5:IND

Et le Portugal ?

Lundi 7 février 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 5 ans : le Portugal a dû payer un taux d'intérêt de 6,457 % (les taux sont en hausse : c'était un taux de 4,56 % lors de la précédente
émission).


BA 16/02/2011 13:54


Vous voyez un risque d'éclatement de la zone euro ?

Ce risque est réel et je pense que ce serait une grande erreur de croire que simplement parce que l'Euro existe maintenant, il sera toujours là dans 10 ans. Le manque de volonté politique en
Allemagne, et la désintégration structurelle à l'œuvre dans la zone euro, sont les deux facteurs qui rendent la survie à long terme de l'euro improbable. Parallèlement, du point de vue allemand,
l'euro est un mal nécessaire, parce que sans lui, ils auraient les mêmes problèmes que la suisse d'une monnaie trop forte. Le meilleur argument pour la survie de la zone euro est qu'elle sert très
efficacement les intérêts de l'industrie allemande.

Vous voulez dire à cause de son taux de change ?

Exactement ! Rappelez vous de la signification de la zone euro : il s'agit d'un accord qui donnait aux pays excessivement endettés comme la Belgique ou l'Italie les taux d'intérêt bas allemands,
l'Allemagne bénéficiant en retour d'un taux de change plus faible. C'était le deal ! Mais le problème aujourd'hui, est qu'en l'absence de transferts du centre vers la périphérie sans une véritable
intégration du marché du travail, le seul moyen de maintenir la zone euro dans sa forme actuelle passe par la déflation dans les pays périphériques, ou alors il faudrait que la banque centrale
européenne introduise des assouplissements quantitatifs, du type QE2 et se montre beaucoup plus agressive dans la monétisation de la dette.

Ca vous parait possible ?

La solution la plus simple pour résoudre la crise de la zone euro serait que Trichet se transforme en Bernanke, et adopte le QE2 et achète des obligations, et affaiblisse un peu l'euro. Les chinois
pourraient répondre favorablement à cela en achetant encore plus de la dette des Pigs. L'autre solution, plus dure, serait de demander aux Grecs ou au Irlandais de transformer leur déficit de 10 %
du PIB en un excédent de 5 % du PIB, et c'est impossible ! D'autant qu'il y a un facteur qu'il ne faut jamais sous estimer en période d'après crise, ce sont les conséquences politiques.

Jusqu'à présent, on est plutôt parvenu à les éviter...

Oui, mais il s'agit d'une combustion lente ! Les gens ont souvent du mal à réaliser que l'histoire ne se déroule pas au rythme d'un match de football. Les événements vont à leur rythme, mais déjà
nous voyons dans de nombreux pays européens des tournants politiques majeurs, brisant de façon irréversible le consensus qui existait entre les chrétiens et sociaux démocrates depuis l'après
guerre. Je suis convaincu que le populisme va devenir de plus en plus puissant en europe. Or il est difficile de croire que les populistes seront de vibrants défenseurs du projet européen, car leur
fonds de commerce c'est le nationalisme et la xénophobie.

Quand on regarde l'Histoire, quelle est la meilleure solution pour sortir d'une crise de la dette ? Et combien de temps cela peut prendre ?

Il y a bien eu un pays qui avait une dette dépassant 200 % de son PIB, qui n'a pas fait défaut, et qui n'a pas connu l'inflation. Il s'agit de la Grande Bretagne après la bataille de Waterloo.
Entre 1815 et 1914, la dette britannique a été réduite, grâce à une croissance forte, grâce à des excédents du budget primaire et grâce enfin à des taux d'intérêts bas. La Grande Bretagne pouvait,
c'est vrai, compter sur deux avantages : la révolution industrielle et l'apport de son empire colonial. Malheureusement c'est le seul cas que je connaisse. Et en dehors de cette exception, tous les
pays ayant accumulé des dettes trop importantes au regard de leur PIB ont été conduits au défaut ou à l'inflation, selon que la dette était libellée dans leur propre monnaie ou dans une devise
étrangère. Nous voyons donc bien ce qui risque de se passer : les pays qui ne peuvent pas imprimer de la monnaie vont faire défaut, comme l'Irlande, la Grèce et peut-être d'autres ? Les autres, qui
peuvent créer de la monnaie, à commencer par les Etats-Unis, connaitront l'inflation et des dépréciations monétaires. C'est ça la leçon de l'histoire.

Propos recueillis par Eric Chol et François Lenglet - 15/02/2011

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110215trib000601439/pourquoi-la-survie-a-long-terme-de-l-euro-est-improbable.html


BA 15/02/2011 16:25


Pourquoi la survie à long terme de l'euro est improbable.

Dans un long entretien à La Tribune, Niall Ferguson, professeur d'histoire à l'université de Harvard, porte un regard pessimiste sur l'Europe. Il se dit certain que les mouvements populistes ont de
beaux jours devant eux. Et il s'interroge sur les effets de la montée en puissance de la Chine.

La Tribune : Vous êtes l'un des premiers à avoir analysé la crise qui a touché l'économie mondiale à partir de 2007. Pouvons-nous dire que nous sommes aujourd'hui sortis de cette crise ?

Niall Ferguson : Le monde a dû faire face une grande dépression. Heureusement, nous avons eu recours à des mesures fiscales et monétaires massives qui nous ont permis d'en atténuer les effets. Et
aujourd'hui, après ces mesures de soutien excessives, nous avons la gueule de bois. Celle-ci prend la forme d'une crise de dette souveraine, qui s'étend chaque fois qu'un pays est attaqué par les
marchés financiers, parce qu'il trop endetté. Est-ce que cet enchainement va aller au delà de la zone euro et traverser l'Atlantique ou prendre la direction du Japon ? J'en suis convaincu depuis un
petit moment, parce que les déficits ou l'endettement de ces pays n'ont rien à envier à ceux que nous surnommons les Pigs, je veux parler du Portugal, de la Grèce, de l'Irlande ou de l'Espagne.
Voilà pourquoi je m'attends à un changement significatif de la perception des investisseurs, sur l'aspect risqué des obligations japonaises ou américaines. Changement qui se traduirait par un
mouvement à la hausse des taux d'intérêt nominaux, avec des conséquences très importantes pour ces pays. C'est le grand risque que court actuellement l'économie mondiale, étant donné la taille des
économies japonaise et américaine.

La Tribune : Lors du dernier World Economic Forum à Davos, de nombreux intervenants insisté l'écart croissant entre la bonne santé des economies émergentes et le marasme des pays industrialisés.
Partagez vous cette analyse ?

Niall Ferguson : Sur un plan historique, la crise financière est un épiphénomène. Il s'agit d'un événement relativement discret qui intervient dans le contexte d'un déplacement massif du pouvoir
économique de l'Occident vers l'Orient. En réalité, cette crise n'a fait qu'accélérer ce transfert, qui avait débuté bien avant 2007.

Est-ce que dans l'histoire, le monde a connu de tels transferts de pouvoir ?

Si on regarde un peu plus d'un siècle en arrière, on a connu un phénomène comparable, lorsque les Etats-Unis et l'Allemagne ont pris le pas sur la Grande Bretagne dans le palmarès des puissances
industrielles. Dans le premier cas, ce changement s'est fait en douceur, les Etats-Unis doublant la Grande Bretagne dans les années 1870, et cette dernière acceptant très bien sa relégation
graduelle d'un statut de senior à celui de junior dans le cadre d'un partenariat anglo-américain. En revanche, dans le cas de l'Allemagne, même si ce pays avait des affinités culturelles avec la
Grande Bretagne, le résultat a été un conflit désastreux. Aujourd'hui, lorsqu'on se penche sur la relation sino-américaine, on peut se poser des questions. Est-ce que le partenariat économique
sino-américain va continuer à exister ? S'il devait disparaitre, par quoi serait-il remplacé ? Par une simple compétition entre deux rivaux, ou par quelque chose de plus sérieux, voire par un
conflit ?

Quel est votre pronostic ?

Je ne suis pas fondamentalement pessimiste et je ne crois pas que nous sommes à l'aube d'un nouveau type de guerre froide, ou qu'un jour éclateront de véritables guerres entre les Etats-Unis et la
Chine. Ce n'est pas inévitable. Mais parallèlement, si l'on considère l'importance de la demande chinoise en matières première, demande qui va aller en s'amplifiant, et l'offre mondiale de ces
ressources minières ou naturelles, il parait probable qu'une rivalité va s'instaurer entre les puissances occidentales et la Chine. Ce ne serait pas une surprenant, dans la mesure où la plupart des
grands conflits de l'ère moderne ont eu pour enjeu des matières premières. Au XVIe et XVIIe, on s'est battu pour l'or et l'argent, au XVIIIe pour le sucre et les épices, au 19eme pour le charbon,
au XXe siècle pour le pétrole...Voilà pourquoi je ne serais pas surpris de voir le partenariat sino-américain, qui remonte à 1972, prendre fin. Et je pense que nous assistons actuellement à sa
désintégration.

Vous vous placez dans une perspective de long terme ?

Pas tant que ça. En fait, on entend déjà beaucoup de critiques chinoises sur la politique américaine. Quand j'étais à Pékin en novembre dernier, les Chinois ne cessaient de taper sur Ben Bernanke
pour sa politique monétaire QE2. Sur le plan militaire, la visite à Pékin du secrétaire à la défense Robert Gates en janvier a été marquée par des signaux très symboliques de la montée en puissance
militaire de la Chine. Nous avons déjà des preuves que ce mariage prend l'eau. La réalité, c'est que ce qu'on appelle la Chinamérique se résumait à un mariage économique entre un épargnant et un
dépensier et j'ai toujours pensé que des alliances de cette nature ne durent pas. Passé un certain point, il s'agit d'une amitié très illusoire. Et pour des raisons essentiellement économiques, on
va surgir des frictions entre les deux puissances. Au cours de la prochaine décennie, il est peu probable que ces tensions prennent un tour militaire mais sur le plan diplomatique, on voit déjà les
Chinois entrain de se positionner dans la région Asie Pacifique. A Séoul par exemple, les Coréens reconnaissent que la Chine est déjà devenue la puissance dominante. Que c'est le pays avec lequel
ils ne veulent pas avoir d'ennuis. Or Washington n'a pas encore pris la pleine mesure de ce changement. Sans doute parce qu'au cours de la dernière décennie, les administrations successives se sont
surtout concentrées sur le Moyen Orient et les conflits en Irak et en Afghanistan. Mais au cours de la même période, la Chine a émergé si rapidement, qu'en termes de PIB calculé en parité de
pouvoir d'achat, la Chine, en y incluant Taiwan et Hongkong a déjà atteint la taille des Etats-Unis. Et pourtant, les Américains sont toujours persuadés que le partenariat sino-américain est
inscrit dans la durée. "Ils ont besoin de nous autant que nous avons besoin d'eux", expliquent les officiels américains. Mais ils se trompent : chaque année, la Chine a de moins en moins besoin des
Etats-Unis. Inversement, les Etats-Unis ont de plus en plus besoin de la Chine.

La crise de la dette souveraine semble s'être calmée en Europe, et pourtant vous restez pessimiste. Pourquoi ?

Il y a déjà dix ans, j'avais annoncé que la zone euro serait une entité instable parce qu'une union monétaire sans une union fiscale n'est pas durable. Cette analyse a été validée par la crise.
Actuellement, je crois que la situation reste très fragile, et peut aisément se résumer par une question : l'électeur chrétien démocrate allemand est-il prêt à accepter un changement institutionnel
conduisant à des transferts de revenus de l'Allemagne vers la périphérie de l'Europe ? La réponse est non ! Jusqu'à la réunification du pays, il était admis que l'Allemagne était le financier du
processus d'intégration européenne. Elle devait fournir la première contribution au budget européen : pour la génération d'Helmut Kohl, il s'agissait d'une sorte de réparation après la deuxième
guerre mondiale. Les nouvelles générations allemandes ne ressentent pas la même obligation. Ce qui pose un problème majeur, parce que s'il n'y a plus personne pour faire des chèques, le processus
d'intégration européenne ne peut pas continuer. En fait, il pourrait même aller à rebours. Donc le premier problème est cet obstacle politique, Angela Merkel ne peut pas ou ne veut pas expliquer
aux citoyens allemands ordinaires pourquoi ils doivent continuer à financer ce processus. Il y aurait pourtant une réponse très simple : si les Allemands refusent de continuer à payer, les banques
des Landers allemands vont couler. Car il ne s'agit pas d'une crise de la dette souveraine, mais d'une crise bancaire, dont l'épicentre se situe en Allemagne. Mais ce raisonnement échappe
complètement à l'opinion allemande, qui pense qu'elle travaille dure et doit payer pour ses voisins paresseux.

Pourquoi dites vous que la construction européenne peut même aller à rebours ?

Nous vivons une période de désintégration économique, qui est très profonde et structurelle. Si vous regardez les coûts unitaires du travail, depuis la création de la zone euro en 1999, vous
constatez une divergence, et non une convergence, ce qui est très problématique. Dans la période précédente, on aurait résolu le problème avec des dévaluations dans les pays trop chers.
Aujourd'hui, le seul ajustement possible passerait par des réductions nominales de salaires aux travailleurs Grecs, Irlandais, Portugais ou Espagnols, ce qui semble très difficile.

Vous voyez un risque d'éclatement de la zone euro ?

Ce risque est réel et je pense que ce serait une grande erreur de croire que simplement parce que l'Euro existe maintenant, il sera toujours là dans 10 ans. Le manque de volonté politique en
Allemagne, et la désintégration structurelle à l'œuvre dans la zone euro, sont les deux facteurs qui rendent la survie à long terme de l'euro improbable. Parallèlement, du point de vue allemand,
l'euro est un mal nécessaire, parce que sans lui, ils auraient les mêmes problèmes que la suisse d'une monnaie trop forte. Le meilleur argument pour la survie de la zone euro est qu'elle sert très
efficac


salluste 15/02/2011 00:17


J’ai soulevé la question des banques souveraines car un fait m’est apparu très révélateur. Lors de la dernière grande crise bancaire en France, le linge sale a été lavé au moins en partie en
public, autrement dit on a exigé que les cadavres soient sortis des placards, les bénéfices et l’émission ont été contraints pendant quelques années permettant au passage un Krach immobilier
salutaire. Le Crédit Lyonnais a été liquidé faisant apparaître quelques trous vertigineux. Aujourd’hui j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup plus de cadavres dans les placards et que personne n’a
envie de les sortir. La capacité à émettre ne dépends plus exclusivement du respect d’un exercice comptable associant le risque le capital et les réserves légales. Les Etats ont été anxieux de
faire repartir l’économie du crédit sans payer aux banques le coût réel de la reconstitution du capital lequel aurait mis les opinions occidentales dans un état de consternation légitime, voire,
une rage salutaire. Ils ont assoupli un contrôle déjà défaillant, le résultat c’est que les institutions peuvent faire ce qu’elle veulent en matière d’émission tant que cela ne se voit pas trop.
J’en veux pour preuve une intervention de Bernanke au cœur de la crise à un parlementaire qui demandait justement si il n’était pas temps de procéder à un audit complet du secteur bancaire histoire
d’en savoir plus sur l’état des comptes, il avait répondu : ce n’est la moment de leur mettre des bâtons dans les roues. C’était avouer implicitement que dans certains établissements l’émission de
monnaie crédit ne correspondait plus à un cadre réglementaire pourtant très léger.
Les palinodies concernant les stress test avaient ceci de particulier que le trésor public mettait son imprimatur légale sur les comptes passés, garantissant officiellement les comptes (détail
rarement explicité dans la presse), le tout dans une non transparence totale. Est-il besoin de souligner que les paramètres officiels de ces opérations de « communications légales » ont
été souvent invalidés sans entraîner aucune conséquence visible sur les comptes. Il faut tout de même se rappeler que les accords de Bâle constituent un ensemble de normes fixant ratios et façons
de procéder, mais les institutions sont responsables de la mise en place de ces règles qu’elles agrémentent à leur sauce. Qui peut lire vraiment le bilan de la BNP ? Les auditeurs sont séparés en
équipes différentes et sont supposés évaluer des outils financier complexes que l‘institution elle-même a quelques peines à valoriser, comment est-ce possible ? Au dire de certains auditeurs du
secteur bancaire l'éxercice est tout simplement impossible le comptable exigeant étant promptement envoyé user de sa rigueure sur une PME de province. On connaît la timidité de ces institutions
lorsqu’il est question de surveiller les gros bras du marché, leur rôle n’est pas de compter vraiment mais de jouer le rôle d’instance de légitimation. « Les comptes sont bels et bons, en
vérité je vous le dit». La taille des institutions, la diversité des outils et la capacité de cacher les cadavres un peu partout est devenu manifeste, beaucoup plus qu‘en 1991 ou ces monstres était
encore en période de gestation. Qui peut affirmer que certaines créances comptés au bilan ne sont pas imaginaires ? Au Japon ce jeux s’est poursuivi des années mais avec une limite les institutions
« zombie » n’étaient entretenues dans leur situation que pour éviter un effondrement officiel de la pyramide de créances, elles n’avaient pas le droit de prospérer. Le MITI veillait. Dans
notre cas il est de bon ton de se réjouir de la santé du secteur, c’est que dans le cas Japonais le drame politique se jouait entre Japonais ces institutions ne pouvaient craindre d’être rachetés
leurs résultats imaginaires n’avaient pas d’autre intérêt que locaux. Mais pour l’Etat français admettre la faillite de la BNP revient à se tirer une balle dans la tête en l’absence d’une banque
centrale maison capable par exemple de monétiser un temps le papier d’Etat pour suppléer à l’institution défaillante.
La conséquence pratique de cette situation c’est que certaines institutions se comportent comme des institutions centrales: elles comptent le papier dans leurs comptes pour la valeur qui leur
convient. De fait si une demande de monnaie survient elle peuvent y répondre et gonfler le bilan. La source du profit n’est plus alors le calcul ajusté du risque mais la capacité à émettre des
quantités jugées crédibles par le marché.
D’ailleurs je serai curieux de voir comment va se terminer cette histoire de transfert de créances entre la FED et le trésor, là encore des engagements ont été pris mais ont a le droit d’avoir des
doutes. De la même façon l’émission de la FED garantit aujourd’hui un débouché au papier d’Etat ce faisant elle interdit la hausse des taux qui invaliderait la valeur des titres déjà détenus en
compte non seulement par elle mais par les fonds de pensions qui sont les garants des retraites et de nombreuses banques.
De facto le volume de l’émission échappe aux considérations comptables et devient souverain mais subrepticement, honteusement. Imaginons un instant qu’une de ces nobles institutions crédite ses
comptes de liquidités imaginaires lorsque le besoin se fait sentir. Le tout venu d’une filiale basée dans un paradis exotique parfaitement incontrôlable, qui pourra s‘en apercevoir qui pourra s‘en
émouvoir. Or comme je le soulignais cette situation n’a pas été désirée par les acteurs. Elle est le fruit de la volonté de survivre et de prospérer d’institutions qui sont en train de devenir des
animaux politiques purs et durs. Lorsqu’un audit de la banque de Law a été réalisé ceux chargés de l’opération ont constaté qu’il y a avait de nombreuses émissions qui excédait le cadre légal
convenu, interrogé le banquier Law signala que le régent avait donnée son aval à chacune d’entre elle, il est reparti libre. Dans le cas qui nous occupe le banquier Law c’est inventé beaucoup
d’actifs de son propre chef au cœur de la tourmente, le régent n’est pas son maître mais un valet de circonstance qui n’a rien compris à ce qui se passait et les particuliers n’ont eu d’autres
choix que d’accepter cette monnaie qui restait imposée par l’Etat. C’est en ce sens que je pense que l’on a assisté de façon discrète et marginale à une forme d’émission très particulière et assez
nouvelle en ce sens qu’elle a été pris pour ce qu’elle voulait être: une émission légitime alors qu’ils s’agissait en définitive d’une fraude. La complexité de la situation devient inextricable
lorsque l’on se place dans la situation d’émissions divergentes mais sur une monnaie commune, la faille se fait gouffre, il devient tout simplement impossible de compter d’estimer et même de
jauger. C’est pourquoi il existe dès aujourd’hui un euro BNP, SG, Deutsch Bank et Santander mais la capacité à émettre en sus se joue à un niveau social et politique qui ne nous est pas donné à
voir, pas encore ! Une telle situation valide mon hypothèse d’une inflation forte voir très forte car si des entités autonomes peuvent émettre sans plus de contrôle alors elles ont intérêt à
chasser un maximum d’actifs en échange de ce qu’elles savent être une devise en cours de dévaluation. Pour rebondir sur la fin des empires je crois avoir lu qu’Alaric ne souhaitait pas la chute de
Rome qui est advenu plus par inadvertance que du fait d’une décision concrète.


BA 14/02/2011 14:17


Lundi 14 février 2011 :

Italie : la dette publique a progressé de 4,5 % en 2010 à 1843 milliards d'euros.

Milan (awp/afp) - La dette publique de l'Italie, l'une des plus élevées du monde en valeur absolue, s'élevait à 1843 milliards d'euros fin 2010, soit une progression d'environ 4,5 % par rapport à
fin 2009, a annoncé lundi la Banque d'Italie.

Fin décembre, la dette avait en revanche reculé par rapport au record historique de 1869 milliards d'euros atteint fin novembre.

La Banque d'Italie n'indique pas ce que représente la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut (PIB).

Dans ses dernières prévisions économiques datant de fin septembre, le ministère de l'Economie avait indiqué tabler sur une dette de 118,5 % du PIB en 2010, contre 115,9 % en 2009.

En 2011, la dette devrait encore progresser à 119,2 %, avant de diminuer à 117,5 % en 2012, et 115,2 % en 2013, toujours selon les prévisions du ministère.

http://www.romandie.com/infos/news/201102141330160AWP.asp

Les prévisions du ministère de l'Economie italienne sont beaucoup trop optimistes selon le FMI.

En 2012, la dette publique de l'Italie sera de 120,1 % du PIB (ce sont les dernières prévisions du FMI).

C'est à la page 2 :

http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/fm/2011/01/update/fmindexf.pdf


Jean Claude Werrebrouck 14/02/2011 19:43



Bonjour BA


Il serait bon de pouvoir disposer de l'accroissement de la dette de chaque pays de la zone euro. Cela nous donnerait une idée de l'approfondissement de la crise en  2009 , 2010 et 2011


cordialement.



La Gaule 14/02/2011 01:25


.../... Je reste ainsi persuadé que l’industrie sexuelle de l’occident prendra le relais de son industrie financière dans les décennies à venir. Il suffit de regarder le déséquilibre population
masculine / féminine d’une puissance montante comme la Chine pour deviner dans quels sens de flux se feront les futurs charters roses (mais il ne faut pas nous en faire, j’ai lu sur un blog voisin
que les chinois allaient réinventer pour nous la social-démocratie). Aboutissement logique de deux siècles de féminisme des lumières, lequel aura su peaufiner à travers nos amies nos compagnes et
nos filles, des produits attractifs et délurés, bien adaptés aux nouveaux rapports de force du marché mondial. Pour reprendre votre terminologie, la reprise sur le mode marché des insuffisances de
l’ancien ordre hiérarchique étatique (pour l’API ça va être dur dur) semble donc inévitable.

Vous avez sans doute remarqué également que les tensions d’ordre ethnique qui écartelaient l’empire romain au point de finir par le faire exploser avaient tout de même un petit air de famille avec
les nôtres. Il y avait également au sein des élites romaines, des légions d’Emanuelus Toddus pour se féliciter que l’assimilation culturelle des barbares fonctionnait globalement très bien, et si
des statistiques nuptiales avaient pu être dressées, elles leur auraient probablement donné raison. Un siècle plus tard, les mêmes auraient pu écrire : « Pour un rendez-vous des civilisations : Les
Champs Catalauniques».

De manière analogue nous avons-nous aussi de remarquables spécimens de barbares assimilés, et même plus romains que les originaux, pour nous mettre en garde sur tous les faux semblants de la
diversité exogène (vous pouvez vérifier par exemple chez une Malika Sorel). La seule question serait de savoir si Andrinople a déjà eu lieu pour nous (le 11 septembre ? Nos émeutes de 2005 ?), ou
si nous n’avons encore rien vu. Je ne m’étendrai pas plus sur ce sujet brûlant.

Mais les Emanuelus Toddus avait raison au moins sur un point, l’immigration invasive constituait moins le problème en soi que le climat délétère général dans lequel elles s’inscrivaient. L’empire
traversait une crise morale mais surtout métaphysique, dont le marasme politique constituait le contre-champ obligé. La dilution progressive des idéaux de la république et du premier siècle de
l’empire, puis une longue crise religieuse qui s’était résolu dans le passage du polythéisme au monothéisme chrétien se reflétait dans les péripéties erratiques du pouvoir politique.

Ainsi, le 3ème siècle n’avait pas vu se succéder en cinquante ans moins de 22 empereurs, épisodes ponctués par les reprises en main brutales et dictatoriales d’un Aurélien, d’un Dioclétien, ou d’un
Constantin. A la veille de la grande crise de la fin du 4ème siècle, l’empire était bien un exemple de cette déformation de l’ordre organisé dont vous parlez pour notre époque, plus aucune autorité
supérieure ne semblant à même de freiner la volonté de puissance prédatrice des élites militaro politiques. Il est vrai aussi que l’ensemble, à l’image du nôtre, paraissait encore assez solide pour
perdurer, et que le désastre d’Andrinople n’était pas une fatalité non plus.

Il reste que le dévoiement des élites romaines n’avait rien à voir avec leur qualité ou non de barbare. Les chefs militaires d’origine barbare ayant simplement tiré parti, ou repris à leur compte,
des pratiques ayant largement cours au sein de l’empire avant qu’ils ne s’y intègrent. Beaucoup ont même été des exemples de loyauté, sinon de probité, vis-à-vis de Rome.

Je trouve donc hasardeux de parler de « nouveaux barbares » à propos de nos acteurs de salles de marché, eux-mêmes souvent fils de nos bonnes familles et coulés dans le moule de nos meilleures
universités. Nous avons nos propres barbares, je l’ai souligné avec précaution, mais, à leur sujet, on peut se poser la question de savoir qui dévoie qui ? On sait la popularité qu’a eue un Jérôme
Kerviel dans certains quartiers. La dissolution d’une civilisation dans le bain incertain de la « barbarie » (parlons plutôt d’effondrement matériel et moral) répond à des dialectiques plus
complexes.

Mais n’y a-t-il pas une autre conclusion à tirer de votre analogie, qui reste malgré tout intéressante. Vous avez maintes fois –au sujet de la monnaie notamment- développé le concept qu’une
extériorité supérieure, respectée par tous, est nécessaire pour fixer les règles du jeu social, et vous aviez expliqué pourquoi cette extériorité était forcément d’origine religieuse et comment
elle était redescendu parmi les hommes, partant du souverain (premier représentant de Dieu sur terre) jusqu’à l’état de droit contemporain, là où l’extériorité se légitime dans les jeux de pouvoir
de groupes humains aux intérêts contradictoires.

Cette idée m’a passionné puisque je me demande maintenant si une telle extériorité peut réellement procéder du seul marché. Le philosophe Dany Robert Dufour avait tenté de répondre par
l’affirmative dans un livre remarquable, « le divin marché », mais sa démonstration ne m’a pas vraiment convaincu. Je me demande si la passivité de l’homme moderne devant « la loi des marchés »,
très loin de toute religiosité, n’exprime pas rien d’autre que son désarroi face à l’anomie générale. Le marché ne serait rien d’autre qu’un mot valise pour désigner le règne du vide, c'est-à-dire
l’absence de normes.

L’individualisme radical –un autre de vos concepts favoris- lui aussi très loin de constituer un nouveau paradigme, ne serait que la réaction naturelle (au sens propre) des individus, portés alors
à créer leurs propres normes, c’est-à-dire à se bricoler à peu près n’importe quoi !

Sans extériorité pour le transcender, je ne vois pas comment le marché pourrait alors être autre chose qu’un champ de conflits pour tous les appétits humains contradictoires, et un terrain
d’ambitions propice à la volonté de puissance supérieure de quelques uns. Dit autrement, le marché en ces conditions ne peut être que la croyance en l’égoïsme de tous au service de chacun -et non
le credo lénifiant inverse proféré par certains libéraux- ce qui rend d’ailleurs caduque toute croyance en quoi que ce soit.

Il faut croire que le principe d’entropie qui anime toute civilisation porte celles-ci à connaître des paliers brutaux, où toute extériorité devient impossible et se met en vacance. S’ouvre alors
une longue parenthèse pour qu’une nouvelle extériorité puisse remonter de la fureur des hommes et s’imposer à tous. C’est ainsi que l’an 410 vit triompher en occident le règne des centurions
prédateurs (barbares ou non, peu importe). L’an 2010 aurait vu, selon vous, s’ouvrir l’ère des entrepreneurs de tout poil. Dans la mesure où elle nous ramènerait au même point, je n’écarte pas
l’hypothèse…


Jean Claude Werrebrouck 14/02/2011 19:33



Votre pensée est décidément très vigoureuse. 2 choses:


Il existe à l'échelle de la planète des déséquilibres démographiques considérables qui vont donner lieu à de grandes migrations. Et ces migrations proviendront partiellement d'un sex ratio 
rendant les femmes très minoritaires (chine et Indes notamment) et partiellement de zones de basse pression (Russie, Europe) devenant le débouché de zones de forte pression (Afrique).


Nous sommes effectivement dans une crise de l'extériorité qui est celle de la fin des grands récits religieux et politiques et qui ne peuvent être remplacés par le récit économique. Avec la main
invisible Adam Smith voyait encore dans le désordre des marchés l'idée d'extériorité. Aujourd'hui plus rien. Nous avons là la cause de l'utopie européenne: il faudrait construire une extériorité
mais le politique ayant disparu (pas bien sûr la politique) il ne reste que le marché qui lui ne peut raisonnablement construire un ordre.


Peut-être pensez-vous que l'individualisme radical n'est qu'un moment lui même historique et que de nouveaux récits viendront fédérer les hommes. C'est ce que pense aussi sans doute Michel
Maffesoli qui depuis 25 ans nous annonce le retour du holisme.D'autres pensent que le nouveau récit existe déjà avec l'écologie Politique. C'est ce qu'envisage un Michel Serre ou un Edgar Morin.
Franchement je n'en sais rien.


Au plaisir de vous lire.



La Gaule 14/02/2011 00:58


Vos démonstrations sont comme les Twin Towers à leurs plus beaux jours ; de béton et d'acier, et d'une lumineuse évidence par tout temps. Il reste bien l’hypothèse d’avions de ligne rendus fous
pour les imaginer vulnérables, mais cela ne coule jamais de source. Vous laissez pourtant ouverte ce genre d'éventualité incongrue dans votre extrême conclusion, ce qui est normal vu la qualité de
votre érudition et ce que je peux deviner d'un certain scepticisme.

D’après ce que j’entends de votre exposé, il semblerait toutefois que la stabilisation de cette immense crise que nous connaissons n'interviendra pas dans le strict périmètre défini par les
mécanismes économiques et comptables ? Les trente glorieuses ont produit -particulièrement en France- ce que vous appelez une gestion hiérarchique de la dette publique, et pas l'inverse.

Il fallait en effet que règne à tout niveau une conception holiste précise de la société pour que ce choix apparaisse non pas seulement possible, mais naturel. Cette précision est aussi apportée
par vous-même quand vous rappelez -sur le mode de l’essentiel- le contexte historique du deuxième tiers du vingtième siècle, lequel permit la floraison de ces décennies miraculeuses. Ces dernières
étaient encore bien marquées par le sens de l'intérêt général et de l'aventure collective, avec toute l'empreinte que cela peut impliquer sur les psychologies individuelles.

Il reste donc illusoire de chercher, tel la pierre philosophale (je note au passage qu'un nombre considérable de blogueurs et pas des moindres se livrent depuis des lustres à cet orpaillage ingrat
avec la foi du charbonnier), LA bonne technique économique rédemptrice, moralement satisfaisante en regard d'un sens collectif qui n'existe manifestement plus. Il y a belle lurette que l'histoire
de nos sociétés connaît une accélération centrifuge surtout propice à toutes les forces d'éclatement, un mot d'ailleurs très à la mode sur le plan des stratégies individuelles.

Abasourdi, voire quelque peu déprimé par votre démonstration implacable (et encore plus par le commentaire de Monsieur Grémond), Il était difficile à un humble piéton rentré furtivement sous vos
hospices (comme j’ai l’habitude de le faire régulièrement) d’exercer son sens critique.
C’est pourtant l’insistance avec laquelle vous avez employé le mot « barbare » à propos de certains acteurs des marchés qui a réussi à me faire tiquer. En effet, ce mot fait directement référence à
la Rome antique et à sa chute. Je crains donc que, si l’on porte l’analogie historique à son terme, vous ne fassiez un gros contre sens. Je vais tenter ici de vous en expliquer les raisons, avec le
plus de sérieux possible, sauf sur certaines digressions oiseuses que vous n’aurez aucune peine à identifier (un brin de rigolade, en ces temps sinistres).
Un bref rappel d’abord et une première évidence. Les barbares étaient à l’origine extérieurs à l’empire romain et n’étaient donc pas soumis au départ à sa loi commune pas plus qu’ils ne se
reconnaissaient dans ses valeurs. L’empire étant de construction pluri ethnique, a pratiqué une assimilation culturelle des barbares qui s’est accélérée à partir du troisième siècle de notre ère,
en partie (mais pas seulement, cette question est complexe) sous l’influence de l’idéal véhiculé par la force spirituelle montante au sein de l’empire, le christianisme, lequel finira même par en
devenir la religion officielle (sous Constantin en 313).
Il reste que c’est à la même époque que l’empire prit pleinement conscience de sa force d’attractivité sur les peuples extérieurs, et en assuma les conséquences avec une exigence qu’il n’est pas
absurde de qualifier, de manière très moderne, « d’humanitaire ». Pour parfaire l’analogie et employer une autre locution contemporaine, les autorités romaines se mirent à considérer comme légitime
le souhait des autres peuples de la planète « d’avoir droit à » la romanité, pourvu qu’ils respectent la loi romaine.
Les idéaux les plus nobles dissimulant généralement des préoccupations plus triviales, cet afflux de diversité (pour rester dans le jargon moderne) est devenu toujours plus nécessaire pour répondre
aux deux plaies chronique de l’empire parvenu à sa masse critique (immense, de la frontière écossaise aux sources de l’Euphrate). La pénurie de main d’œuvre (en grande partie pour répondre aux
problèmes de ravitaillement de la mégapole romaine –un million d’habitants) et la pénurie de soldats pour défendre les frontières, cette fonction étant elle-même grande dévoreuse de soutien
logistique.
Politiquement très déstabilisatrice pour l’empire, ce projet d’assimilation des barbares fonctionna dans une large mesure sur le plan culturel. Au prix de très lourdes ponctions sur le dos du
contribuable romain, l’empire se mit à produire en série des remarquables chefs de guerre d’origine barbare, maniant parfaitement le latin tout en restant fidèles aux coutumes de leurs tribus
d’origine (une sorte de « barbare pride », suis-je assez anachronique ?).
Ces officiers commandaient des troupes de mercenaires eux-mêmes barbares, devenant au fil du temps plus opérationnelles que les anciennes légions proprement romaines, quoique celles-ci étaient de
plus en plus « gonflées » avec des éléments étrangers recrutés au-delà des frontières.
Tout bascula aux alentours de l’an 370, sur les marches orientales de l’empire, lorsque, effrayée par la nouvelle peste des peuples nomades, les Huns, une foule immense composée de tribus goths se
concentra sur les bords du Danube et demanda l’asile aux autorités romaines. Fidèle à la doxa pesant sur la politique romaine (et sans doute incapable d’en imaginer une autre, on peut l’imaginer
simplement ravi de l’aubaine), l’empereur de la partie orientale de l’empire, Valens, décida de procéder à l’installation rapide sur ses terres de cette multitude affamée, et quoique rien n’avait
été prévu pour cela sur le plan logistique.
Rapidement, l’opération tourna à une gigantesque campagne de pillage et d’exaction sur la toute la thrace, les troupes romaines chargées du maintien de l’ordre se débandant pour éviter elles-mêmes
d’être massacrées. Lorsque Valens se ressaisit, il était trop tard. La puissante armée qu’il rassembla, l’une des dernières sous la férule directe d’un empereur de Rome, se fit écraser à Andrinople
(aujourd’hui en Turquie européenne), en 378, par la coalition des princes goths, dont beaucoup avaient déjà œuvré dans le mercenariat au service de l’empire. L’empereur Valens en personne y perdit
la vie.
Ce désastre peu connu, qui fut aussi un désastre tactique (la fin de la tactique invincibles vieille de cinq siècles des légions romaines, la cavalerie qui enfonça leurs lignes était déjà une
cavalerie lourde médiévale), fut la véritable blessure mortelle de l’empire. La déposition du dernier empereur de Rome par Odoacre, qui suivit un siècle plus tard, ne fut guère qu’un logique
constat d’euthanasie, les forces centrifuges conduisant à l’explosion de l’empire s’accélérant après Andrinople, pour conduire au sac de Rome seulement trente ans après, en 410.
Ce dernier épisode fut le fait d’un autre chef goth, Alaric, lui aussi parfait exemple de cette assimilation réussie à la romanité et ses valeurs dominantes au sein des nouvelles élites. En effet,
Alaric n’a jamais rien fait d’autre qu’imiter ses maîtres, cette multitude de généraux intrigants qui manipulaient l’empire pour leurs propres comptes depuis près de deux siècles, devenant
eux-mêmes parfois les empereurs de quelques mois par la grâce de leurs troupes.
A l’abnégation besogneuse que réclamait le maintien sous perfusion de l’Empire, Alaric préféra lui aussi faire cavalier seul, au mépris même de l’empereur, ce garant de principe de l’intégrité de
la plus grande cité du monde. Le général Flavius Alarius, pourtant plus romain par sa culture que bien des romains, s’abandonna donc à l’air nouveau du temps, qui était de régner par la seule force
du glaive sur une économie de pillage.
Et Dieu dans tout ça, comme disait l’autre, cette boutade devant me permettre de refaire la jonction avec votre analogie entre tous ces anciens barbares et les nouveaux, qui, selon vous,
peupleraient aujourd’hui les salles de marché.
Le principe d’entropie qui a gouverné la chute de l’empire romain a trouvé son accomplissement, je l’ai dit, dans la taille critique de l’ensemble par rapport à son potentiel productif, et son
hétérogénéité, génératrice de déséquilibre et de tensions centrifuges, lesquelles finirent par devenir ingérables dans une entité géographique boulimique et au bord de la faillite.
Nous pouvons bien sûr nous demander si l’occident n’a pas lui aussi atteint sa taille critique en regard de ses capacités industrielles réelles, « l’industrie » financière conduisant ses
populations à heurter frontalement un mur difficile à évaporer dans les martingales mathématiques : le mur calorique journalier. De même, alors qu’une grande partie des populations de feu l’empire
romain se perpétra dans l’esclavage à partir du cinquième siècle (plus heureuses, leur descendance connut entre six et huit siècles de servage) les occidentaux n’auront bientôt plus que leurs corps
à vendre, ou plutôt celui de leurs femmes.
Je reste ainsi persuadé que l’industrie sexuelle de l’occident prendra le relais de son industrie financière dans les décennies à venir. Il suffit de regarder le


Jean Claude Werrebrouck 14/02/2011 18:41



j'apprécie vivement votre culture historique et comprend que mon "expression de nouveau barbare" est sans doute critiquable.Mais je pense que comparer la chute de l'empire avec ce qui se passe
aujourd'hui est intéressant. Les barbares ( ceux qui étaient au delà de la frontière de la civilisation) étaient ce qui permettait de revitaliser Rome tout en la transformant et ultimement la
détruire. Je pense que l'actuelle industrie financière prolonge l'ancien monde de la croissance fordienne tout en le transformant et en le vidant de sa substance. Et de ce point de vue il me
paraitrait intéressant d'étudier de façon détaillée ce qui s'est passé aux USA depuis 30 ans. Mais c'est vrai que les virtuoses des salles de marché et des agences de notation ne sont pas des
personnes qui viennent d'ailleurs.



BA 12/02/2011 23:31


Samedi 12 février 2011 :

La Grèce dénonce une ingérence de l'Union Européenne et du FMI.

La Grèce a accusé samedi l’Union européenne et le Fonds monétaire international d’ingérence dans ses affaires intérieures, après avoir été invitée par ses créanciers à accélérer ses réformes et à
procéder à davantage de privatisations.

Vendredi, des inspecteurs de l’UE et du FMI sont venus en Grèce examiner la mise en oeuvre du plan de sauvetage qui a permis à Athènes d’échapper à la faillite. Ils ont donné leur feu vert au
déblocage d’une tranche d’aide de 15 milliards d’euros, mais ils ont été plus critiques que lors de leurs précédentes visites.

Après s’être vu reprocher par des médias locaux de n’avoir pas réagi à ces critiques, le gouvernement grec a déclaré que l’approche des inspecteurs était inacceptable.

Le Premier ministre George Papandréou s’est entretenu avec le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, et avec le commissaire européen aux Affaires monétaires, Olli Rehn, a rapporté son
secrétariat.

Dans sa conversation téléphonique avec Dominique Strauss-Kahn, George Papandréou a « transmis le message du gouvernement grec concernant le comportement inacceptable des représentants de la
Commission européenne, de la BCE (Banque centrale européenne) et du FMI lors de la conférence de presse d’hier », dit un communiqué du secrétariat de Papandréou.

Georges Petalotis, porte-parole du gouvernement grec, avait quelques heures auparavant déclaré : « Nous ne demandons à personne de s’ingérer dans les affaires intérieures. Nous ne prenons nos
ordres que du peuple grec. »

Les inspecteurs étaient venus à Athènes évaluer les progrès réalisés au quatrième trimestre sur le plan de consolidation budgétaire de 110 milliards d’euros.

Ils ont reconnu que le programme était « sur les rails » et ils ont débloqué une nouvelle tranche de 15 milliards d’euros, mais ils ont estimé que le gouvernement grec devait procéder à beaucoup
plus de privatisations.

Les prêteurs ont fixé un ambitieux programme, estimant que les privatisations devraient permettre de recueillir 50 milliards d’euros en 2011-2015. Le précédent objectif du gouvernement était de
sept milliards d’euros en 2011-2013.

Lors de la conférence de presse, Poul Thomsen, chef de la délégation du FMI, a invité les Grecs à ne pas laisser « ceux qui ont des intérêts » personnels empêcher le plus grand nombre de profiter
des privatisations.

Evoquant des groupes opposés à l’ouverture de professions strictement règlementées, Poul Thomsen a dit : « Certains des groupes qui descendent dans les rues, les chauffeurs routiers, les
pharmaciens (…) se cachent derrière leurs privilèges qui leur permettent d’extorquer des prix élevés, d’imposer un lourd fardeau au reste de la société ».

Le ministre des Infrastructures, Dimitris Reppas, a jugé que le nouvel objectif pour les privatisations n’était pas réaliste.

« Recueillir 50 milliards d’euros d’ici 2015 grâce à la privatisation de biens de l’Etat n’est pas possible », a-t-il affirmé samedi à la télévision publique TV Net.

Un responsable du ministère des Finances avait néanmoins assuré vendredi que la Grèce avait accepté le nouvel objectif de 50 milliards d’euros.

Un porte-parole du FMI a déclaré que lors de sa conversation avec Papandréou, Strauss-Kahn avait dit que le programme budgétaire était sur les rails et avait « réaffirmé son respect le plus profond
pour le gouvernement et le peuple grecs dans leurs efforts pour relever les défis économiques auxquels leur pays est confronté ».

http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/la-grece-denonce-une-ingerence-de-l-ue-et-du-fmi-12-02-2011-1294793_240.php


Eric Grémont 12/02/2011 05:05


Monsieur,

Voilà un article remarquable, qui en quelques lignes à peine donne l'architecture de l'immense difficulté que nos sociétés sont en train d'affronter. L'existence de la féodalité corporative joue un
rôle particulièrement fort dans le processus. Ce d'autant que j'ai l'impression que certaines institutions financières ont commencé à émettre d'elle même une monnaie nouvelle que l'Etat de leur
bilan devrait interdire, elles sont en train de devenir des émetteurs souverains à leur tour. Leur émission ne peut plus s'entendre que comme une forme de prédation similaire à celle des Etats
Keynésiens. Le point très étonnant c'est que nous sommes dans un système où les émissions sont encore libellées dans une seule et même devise dans le cas de l'Europe. Les banques centrales
monétisent pour les Etats, les grands féodaux le font pour leur propre compte. Qui oserait fouiller les comptes de la BNP pour découvrir qu'il y a plus de passif que d'actif ?
Ceci étant ces émissions monumentales chassent un capital humain et matériel qui se fait de plus en plus rare en Occident. J'ai le sentiment que l'un ou l'autre des ordres doit s'affirmer, la
concurrence monopolistique pour le pouvoir exclut une autre issue. Une monnaie BNP serait valorisée sur un marché des devises corporatives, on ne serait alors pas très loin du Free Banking absolu.
Dans un tel contexte les Etats sont condamnés à s'étioler; l'occident devenant une sorte de Saint Empire Romain Germanique. Mais, pour avoir tenu de nombreux entretiens avec des grands patrons il
est un fait évident. S'ils savent bien qu'ils appartiennent à un ordre particulier, ils ne mesurent pas encore clairement le rôle et les limites qu'ils vont devoir affronter. D'une certaine façon
ils sont aussi démunis que leurs concitoyens.En ce qui concerne l'avenir, je tiens à souligner que de nombreux pays commencent à refouler cet afflux invraisemblable de monnaie venu d'Europe et des
USA. Certains exigent des droits d'entrée, d'autres à l'instar de la Chine inondent le marché local à un rythme diluvien. La course en avant ne peut se terminer à mon sens que par une crise non pas
inflationnistes mais hyper-inflationniste, les Etats et leur nouveaux concurrents dans l'ordre monétaire ayant intérêt à multiplier la "production".Le seul "souverain" de la monnaie occientale sera
alors son inéluctable destruction , laquelle, au point d'agonie, verra la naissance de devises nouvelles, locales ou corporatives, le recours à un étalon comme l'Or, où le recours à un ordre
hiérarchisé d'émission sur des bases continentales qui aura pour conséquence une agonie du commerce international et un reflux de la mondialisation comparable à celui que nous avons connu dans les
années vingt.
En tout état de cause c'est la première fois que je trouve données au public le plus large des considérations aussi bien établies théoriquement et historiquement.
Respectueusement Eric Grémont


Jean Claude Werrebrouck 14/02/2011 18:12



Bonjour ;


J'apprécie beaucoup vos remarques, mais je suis étonné par votre affirmation selon laquelle les grandes institutions financières deviennent des émetteurs souverains. Pouvez vous détailler votre
point de vue? Merci de bien vouloir me répondre sur le blog.


Bien cordialement.



BA 10/02/2011 21:45


Mercredi 9 février 2011 :

Moody's pointe le risque d'une restructuration des dettes périphériques.

Un analyste de Moody's a fait valoir hier que les pays "périphériques" de la zone euro, comme la Grèce, le Portugal et l'Espagne, avaient du mal à stabiliser leur niveau de dette et il a averti que
le risque de restructuration avait augmenté.

Les marchés ruminent cette idée depuis des semaines au sujet de la dette grecque, dont le niveau paraît peu supportable.

Certains opérateurs se sont même positionnés sur les obligations grecques de très longue maturité pour contourner un risque qu'ils jugent imminent.

Lundi 7 février, Jean-Claude Trichet a souligné qu'un rachat de titres grecs avec une décote profiterait aux intervenants qui ont pris des paris à la baisse sur les obligations en question.

Le marché évoque dès lors l'hypothèse d'un échange de titres contre d'autres ayant une maturité plus longue.

http://www.lesechos.fr/journal20110209/lec2_marches/0201135796702-moody-s-pointe-le-risque-d-une-restructuration-des-dettes-peripheriques-.htm


Jean Claude Werrebrouck 11/02/2011 09:34



Bonjour BA.


Merci pour votre info. Je vous recommande de lire l'article de Jacques Delpla (un homme qui évolue beaucoup) paru dans les Echos su 9 février: " Le scoubidou de la dette grecque". Je pense
d'ailleurs faire un papier sur le sujet.


Excellente journée.



AbsolumentFabuleux 10/02/2011 00:14


Merci pour ce cours magistral qui aboutit aux mêmes conclusions que moi ( mais mon raisonnement n'était pas aussi magistral, je vous rassure ) : on va dans le mur.

Cependant, poussé soit par votre désir d'être considéré comme "responsable", soit du fait de votre intelligence à vous faire passer pour "responsable" et ainsi donner une plus grande audience à vos
idées, une certaine incohérence se fait jour.

En effet, vous concluez que le système actuel basé sur le marché va être soutenu à bout de bras autant que possible pour tenter d'éviter le retour de la hiérarchisation alors que celle ci est
inéluctable au final.

Et dans le même temps, vous semblez déconsidérer ceux que vous appelez les "populistes" qui voudraient remettre cette hiérarchisation en place de manière moins accidentelle, moins violente car de
manière plus politique.

Vous justifiez ceci en avançant les arguments selon lesquels la mondialisation et les marchés sont tellement puissants que cela est devenu quasi impossible de revenir en « arrière ».
Et au final vous contredisez ce bel argumentaire par l'inéluctabilité final de la hiérarchisation et en donnant en passant l'exemple que le premier pays qui ferait défaut entraînerait de fait la
fin de la période marché de la gestion de la dette.

Bien sûr, ce que vous critiquez chez les « populistes » est peut être leur naïveté à revenir exactement là ou on était avant le retour du marché dans la gestion de la dette. Mais cela n’est il pas
aussi naïf de votre part de penser que les « populistes » puissent penser que le retour à cette situation antérieure, moins destructrice du contrat social, serait totalement identique ?

Cordialement


Jean Claude Werrebrouck 10/02/2011 08:10



Bonjour,


Bien sûr qu'il y a incohérence.Et tout simplement parce que nous ne voyons pas clairement les choses. j'en suis, comme les populistes, et comme le claironne Edgar Morin dans la phase de la
"dénonciation" et suis incapable de passer à la phase "d'énonciation". Dans une période historique de bifurcation de trajectoire, il est particulièremenr difficile de faire de la prospective. Et
les polulistes voient les choses mieux que les autres mais ne peuvent apporter que des solutions anciennes. Et la puissance de la théologie de l'économie est notre commune prison, nous empêchant
de renouveler la façon de penser.



opps' 09/02/2011 23:42


C'est du bon.
La brisure du lien avec l'or et donc le décès définitif d'une monnaie bridée par son contenu ou son gage , marchandises, et l'avènement total de l'industrie de la fabrication sans aucune
contrainte, des moyens de paiement , est l'accélérateur qui nous a fait basculer dans un nouveau "mode de production financier" .

En ce qui concerne l'Europe, l'Allemagne , réveillée par la crise grecque , est en train de mettre en œuvre son sauvetage par tout une série de reniements de ses principes monétaires, en échange de
la généralisation de son modèle au niveau européen : mais cela se fait discrètement selon une sorte de modalité d'approbation tacite et a-démocratique (Parlons plutôt du scandale d'Aliot Marie, une
ministre dont on connait de longue date les turpitudes, le patrimoine, ses accointances avec le mode de la finance et de la richesse, et ses principes si peu républicains : démission ! ... là il y
a matière à se pâmer d'indignation )

On pourrait 'penser' d'autres solutions , 'malheureusement' , même en admettant que la France les propose, elle ne serait pas en mesure de les imposer aux autres , ou bien se serait au prix d'un
décrochage d'avec l'Allemagne, dont notre opinions n'acceptera ni le prix à payer à court terme ni les incertitudes à long termes.

A certains moments les intérêts géostratégiques et ceux du portefeuille priment : c'est probablement aussi la démocratie ? .
La gauche demande donc la peau de Sarko pour gérer cette purge imposée par nos voisins .
Sarko a donc raison : autant leur coller au cul aux allemands , pour en tirer un max de bénéfice dans la gestion du copilotage , avec eux , de l'Europe !!!
Bon je plaisante ... mais c'est bien ce qui est en train de se passer .


David 09/02/2011 19:26


Merci


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