Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 15:45

           

Si « tous devinrent passagers clandestins » ainsi que nous le disions dans un article antérieur (http://www.lacrisedesannees2010.com/article-l-euro-implosion-ou-sursaut--43801089.html), l’affaire Goldman Sachs nous fait penser que certains jouissaient d’une conception dynamique et créative de la clandestinité.

Nul ne saura jamais qui a proposé quoi. Pour autant, on sait maintenant qu’un accord entre une banque et un gouvernement de l’Euro zone a permis- sans doute légalement- de cacher sur plusieurs années la réalité des déficits et endettements  de l’Etat Grec. Un swap sur devises, dont on ne connaitra jamais le détail, permet ainsi aux entrepreneurs politiques d’un « petit un peu ronds » de goûter avec plus d’avidité encore aux charmes de la « monnaie de réserve à l’Américaine ». Et sans doute-est-il possible d’utiliser le pluriel puisque l’on apprend que l’Italie aurait conçue de façon très ouverte un montage semblable avec  JP Morgan en 2002.

L’affaire va toutefois plus loin et repose la question de la régulation , puisque l’office EUROSTATS, dans son manuel de procédures SEC 95 aurait été le théâtre de débats acharnés entre statisticiens et gestionnaires de la dette, afin que précisément le calcul des ratios de dettes souveraines, puisse donner lieu à des accommodements et innovations diverses.

L’intérêt de ce type d’information est pourtant sans doute ailleurs.

Il est tout d’abord un nouvel exemple saisissant de la modification en longue période du rapport de forces entre la finance et les entrepreneurs politiques. « Battre monnaie » n’est décidément plus un « attribut de la souveraineté ». En passant de l’Etat à l’Etat de Droit, il avait déjà fallu progressivement abandonner le pouvoir monétaire, et le concéder de plus en plus largement  aux groupes représentatifs de la finance, à  moins que ces mêmes groupes,  par effet de consanguinité, ne  partagent le pouvoir avec les entrepreneurs politiques  traditionnels   (cf :http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-crise-scenario-pour-2010-42124131.html).

En passant à la monnaie unique, il faut aller plus loin, et les entrepreneurs politiques locaux perdent- en apparence- toute marge d’autonomie : la stabilité des prix devient hautement prioritaire, tandis que les budgets publics sont désormais encadrés aussi bien en termes de flux qu’en termes de stocks. Pour ceux d’entre eux qui ne peuvent en aucune façon se mettre en harmonie avec la nouvelle extériorité bruxelloise, il n’est qu’une façon de procéder : tricher. En échangeant en « hors bilan » des liquidités contre des recettes publiques ou para publiques futures (taxes aéroportuaires ou sur loterie nationale, dit-on, dans le cas grec) il devient possible d’alléger- certes momentanément- le poids de la dette souveraine. Les entrepreneurs politiques grecs  n’avaient probablement pas la force de faire en sorte que le pays devienne  passager clandestin, mais avec l’aide de Goldman Sachs, tout devenait possible. Alors que d’autres entrepreneurs politiques issus d’autres pays s’installaient régulièrement dans le bateau des passagers clandestins, certes en ayant en tête le non respect- à échéance - des règles du jeu, les entrepreneurs politiques grecs –mais aussi peut-être d’autres- seraient montés frauduleusement sur  le navire.

Sans doute peut-on dire qu’il ne s’agissait pas d’une fraude puisqu’au fond le manuel d’évaluation d’ EUROSTATS était respecté. Toutefois, il est important de souligner que ces contrats de l’ombre sont révélateurs de la nature de la construction européenne : tout sauf pareto-optimale. Parce que les marchés politiques sont –  aujourd’hui  encore – incapables d’engendrer de grandes entreprises politiques européennes, le jeu reste celui du dilemme du prisonnier, où tous les occupants du navire resteront perdants. Pour employer le langage de l’optimalité parétienne, Les  entrepreneurs politiques grecs, n’ont pas cherché à augmenter leur bien être, sans détériorer le bien être des autres participants, et donc n’ont pas mis en avant  une stratégie coopérative. On n’est même pas dans la logique du dilemme du prisonnier, qui dans sa version classique, n’évoque pas la fraude mais la simple non coopération. Comme le jeu européen n’est à priori pas répété, cela signifie en retour,  la logique comportementale de l’exclusion de la part de certains des autres partenaires, c'est-à-dire en particulier les « grands minces ». Concrètement les entrepreneurs politiques allemands seraient plutôt enclins à suivre leur opinion publique qui ne veut en aucune façon payer pour les « cueilleurs d’olives ». Sauf que les bilans des banques allemandes, déjà lourds de créances douteuses,  sont aussi embarrassées de dette Grecque…

 En second lieu, il s’avère que les entrepreneurs politiques locaux se sont livrés à un échange marchand mutuellement avantageux avec Goldman Sachs : avantage politique tiré de l’entrée rapide dans l’Euro zone,  contre  versement de recettes publiques futures au profit de la banque.  Il s’agit donc d’une démarche classique d’utilisation de la contrainte publique à des fins privées. Mais, qui là aussi, révèle la légèreté de la construction européenne : l’Etat, et sa nature profonde, demeure. Ce qui veut dire que Bruxelles ne peut être qu’une béquille  possiblement adaptable et remodelable, fonctionnant au seul  service des Etats. La construction de grandes entreprises politiques européennes n’est probablement pas pour demain.

La reconfiguration de la béquille bruxelloise ne sera toutefois pas aisée. Simplement parce qu’à l’intérieur des Etats les marchés vont se troubler : qui à intérêt à quoi ? le coût d’opportunité des décisions publiques, n’est plus clairement perceptible, et donc de moins en moins évaluable. Et ce d’autant que les décisions à prendre apparaissent urgentes et importantes. Les débats deviennent houleux à l’intérieur des Etats, notamment en Allemagne où les marchés politiques ne sont plus ce qu’ils étaient.

Le renoncement au pouvoir monétaire par les Etats il y a maintenant plusieurs dizaines d’années était un mode très innovant d’utilisation de la contrainte publique à des fins privées. Les « marchands d’intérêt général » de l’époque pouvaient facilement vendre la stricte séparation des banques centrales et des trésors : la monnaie ne devenait-elle pas ainsi un authentique bien public non manipulable ? L’histoire concrète devait resituer ce dogme comme idéologie de ceux qui dirigeront à leur profit ou au profit de ceux qu’ils représentent,  des Etats nullement disparus. L’enjeu de la crise reste celui du détenteur ultime du pouvoir monétaire. L’Etat chinois et ses entrepreneurs politiques ont plusieurs dizaines d’années de retard : La Banque centrale n’est pas indépendante. L’endettement , considérable et fortement encombré de créances douteuses, n’est pas un problème : l’Etat est le garant ultime et peut toujours siffler la fin de la récréation. Comme autrefois en Occident.

 

           

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Claude Werrebrouck - dans la zone euro
commenter cet article

commentaires

BA 23/02/2010 12:01


Vers une crise systémique des finances publiques ? La Grèce n’est qu’un signe avant-coureur.

Si la crise des institutions financières semble être en passe de se résoudre, en tous cas pour les grandes institutions, une nouvelle crise financière est en train de prendre de l’ampleur : celle
des finances publiques.

La Grèce a trafiqué sciemment et avec l’aide des banques ses chiffres d’endettement. Elle atteint un niveau record d’endettement par rapport à son Produit National Brut, lui-même grossièrement
sous-estimé vu l’importance de son « économie parallèle ».

Le Premier Ministre Papandreou a expliqué qu’il souhaitait simplement « se financer aux mêmes conditions que les autres pays de la zone Euro ». Ce manque de réalisme à la veille d’une opération
d’émission d’obligations internationales montre à quel point les autorités grecques vivent en dehors de la réalité.

Le rendement des obligations existantes de la Grèce se traitent a un niveau de 6.1 %, alors que celles de l’Allemagne, le meilleur crédit de l’Europe, se traitent a 3.9 %. Or la Grèce doit
refinancer € 20 milliards sur les 300 en cours d’ici la fin du mois de mai. La Commerzbank vient de publier un calcul qui établit cette dette à € 400 milliards. Bref, on nage en plein délire.

http://finance.blog.lemonde.fr/2010/02/23/vers-une-crise-systemique-des-finances-publiques-la-grece-n%e2%80%99est-qu%e2%80%99un-signe-avant-coureur/

Vous avez bien lu :

La Commerzbank vient de publier un calcul qui établit la dette publique de la Grèce à 400 milliards d'euros.

Pronostic : dans quelques semaines, la Grèce va se déclarer en défaut de paiement.


BA 23/02/2010 09:36


Mardi 23 février 2010 :

Athènes aurait pourtant bien besoin de donner des gages à Bruxelles. Ne serait-ce que pour tenter de rassurer les marchés : alors que selon certaines estimations, le simple renchérissement du coût
de sa dette pourrait coûter plus d’un demi-point de PIB à l’Etat grec en 2010, il pourrait chercher à lever, dès cette semaine, 5 milliards d’euros sur le marché obligataire. Contraint d’emprunter
54 milliards d’euros cette année, il devra en effet en avoir récolté une vingtaine d’ici avril ou mai. Or, il craint de devoir proposer des taux très élevés pour trouver preneur. Selon les
estimations d’UniCredit, le taux pourrait ainsi s’élever à 7,3 % pour des emprunts à 10 ans.

http://www.lesechos.fr/info/inter/020378084204.htm

La Grèce devra emprunter sur les marchés 20 milliards d’euros d’ici mai. La Grèce devra verser 7,3 % d’intérêt aux investisseurs.

Ensuite, elle devra emprunter sur les marchés 34 milliards d’euros d’ici décembre.

« selon certaines estimations, le simple renchérissement du coût de sa dette pourrait coûter plus d’un demi-point de PIB à l’Etat grec en 2010 »

Le déficit public de la Grèce est aujourd'hui de 12,7 % du PIB.

Qui croit encore que le déficit public de la Grèce sera ramené à 2,8 % en 2012 ?

Qui croit encore à ces balivernes ?


BA 20/02/2010 21:47


Paul Mortimer-Lee, économiste chez BNP Paribas, a calculé combien coûterait le sauvetage de la Grèce : sauver la Grèce nécessiterait de lui prêter 50 milliards d’euros.

Je dis bien : il faudrait prêter à la Grèce 50 milliards d’euros.

Lisez cet article :

« D’après les rumeurs de marché, un éventuel plan de sauvetage pour la seule Grèce coûterait 20 milliards d’euros. Insuffisant, d’après l’économiste de BNP Paribas : 20 milliards, c’est le montant
des sommes allouées à la Hongrie et à la Roumanie, soit aux alentours de 20 % du produit intérieur brut de ces pays.

Appliqué à la Grèce, le même ratio équivaut à 50 milliards d’euros, à 35 milliards d’euros pour l’Irlande, et à 30 milliards d’euros pour le Portugal.

Le sauvetage le plus cher concernerait l’Espagne, avec une enveloppe de 200 milliards d’euros.

Car, «pour mettre en place un plan qui ait une chance raisonnable de réussir, il faut venir en aide à tous les pays en difficultés», avertit Paul Mortimer-Lee. L’enveloppe totale de 320 milliards
d’euros représenterait au final 3,5 % du PIB de la zone euro, ou encore trois fois le déficit budgétaire allemand. »

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/02/17/04016-20100217ARTFIG00694-320-milliards-pour-un-plan-de-sauvetage-europeen-.php


BA 20/02/2010 13:42


Samedi 20 février 2010 :

Grèce : craintes pour les banques allemandes.

La crise financière grecque pourrait précipiter une réaction en chaîne d’autres pays européens et mettre en difficulté le secteur bancaire allemand, estime le Bafin, l’autorité de tutelle du
secteur financier allemand, cité par le magazine Spiegel.

« Le plus grand danger pour le secteur financier allemand provient des difficultés collectives des PIIGS », (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne ‘Spain, en anglais’), selon un mémorandum
interne du Bafin.

La Grèce pourrait « éventuellement être à l’origine d’une dislocation » de l’ensemble du système, selon le mémorandum cité par l’édition du Spiegel à paraître lundi.

« Des problèmes graves de turbulences dans les marchés pourraient être provoqués par des spéculations et des problèmes financiers touchant l’ensemble des PIIGS », selon le Bafin, qui estime que ces
pays détiennent pour 522,4 milliards d’euros d’obligations émises par des banques allemandes.

Par ailleurs, plusieurs banques allemandes sont particulièrement exposées en Grèce, dont la Hypo Real Estate (HRE), à hauteur de 9,1 milliards d’euros, selon le Bafin.

HRE, qui a déjà subi des pertes massives du fait de la crise financière mondiale, a dû être nationalisée en juin.


http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/02/20/01011-20100220FILWWW00552-grece-les-banques-allemandes-en-danger.php


bouruiss yacine, etudiant en finance 19/02/2010 22:25


c'est un plaisir que de lire un article clair est accessible, loin du langage "technocrate" utilisé par nos économistes.
un réel puits de connaissances et de culture pour nous, étudiants qui ne souhaitons qu'une chose, avoir votre esprit critique et votre sens de l'analyse. merci


BA 19/02/2010 22:21


Entre 1501 et 2002, quels sont les Etats qui ont été en défaut de paiement ?

Réponse :

1- L'Espagne : l'Espagne a été 13 fois en défaut de paiement.

2- L'Equateur : 9 fois en défaut de paiement.

3- Le Venezuela : 9 fois.

4- La France : 8 fois. Rappel : le dernier défaut de paiement de la France remonte au 30 septembre 1797 (les historiens l'appellent "la banqueroute des Deux Tiers").

5- L'Allemagne : 8 fois.

6- Le Mexique : 8 fois.

7- L'Uruguay : 8 fois.

8- Le Brésil : 7 fois.

9- La Colombie : 7 fois.

10- Le Liberia : 7 fois.

http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2010/02/sov-default_21.png

Et d'ici 2014 ?

Quels sont les pays qui vont être en défaut de paiement d'ici 2014 ?

La dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB.

La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB.

La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB.

La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB.

La dette publique des Etats-Unis sera de 112 % du PIB.

La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.

La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB.

La dette publique de l’Islande sera de 134,1 % du PIB.

La dette publique du Japon sera de 239,2 % du PIB.

C'est à la page 30 :

http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf


Présentation

  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
  • Contact

Recherche