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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 05:20

 

Il était une fois une Allemagne fort mécontente du comportement d’une banque centrale européenne dont elle était le principal actionnaire. Cette dernière avait pris l’habitude  d’accumuler à l’actif de son bilan des dettes publiques grecques que l’on disait de nulle valeur.

Furieuse, l’Allemagne voulut sortir du capital de la BCE. Petit problème : la BCE n’était  pas cotée en bourse et les avoirs allemands à la BCE risquaient  de ne point trouver preneurs. La BCE qui ne souhaitait faire de mal à personne pouvait choisir de créditer le compte du Trésor allemand ou, plus encore,  remettre à la chancelière allemande des liasses de billets de banques dont la somme correspondait au capital devant être récupéré….Nul ne sait quelle solution fut choisie par l’intrépide Banque centrale…. Bien sûr une folle histoire….

Quittons-la pour toutefois en retirer quelque enseignement. Si un tel comportement était validé, à supposer qu’il soit juridiquement pensable, on assisterait alors à la démonstration que les banques centrales n’ont nul besoin de capitaux propres… et que les Etats peuvent  faire l’économie d’une dépense inutile.

Bien évidemment on comprend que, dans la réalité, les banques centrales ont toujours disposé de capitaux propres. C’est que leur histoire n’est pas celle de la BCE, que  beaucoup étaient privées à leur naissance et  que certaines le sont restées. On comprend aussi qu’historiquement, instrument de sécurisation des échanges monétaires entre banques, il apparaissait peu pensable que cet outil puisse donner lieu au suicide de ses actionnaires : il ne fallait pas acheter aux banques de second rang des actifs douteux venant manger les capitaux propres, lesquels constituaient les avoirs des vrais capitalistes financiers de l’époque. En France ce qu’on appelait les 200 familles…

Toutefois notre petit exemple fort naïf révèle un vrai problème : Dans un système public, celui d’aujourd’hui, La BCE n’a pas besoin de ses encombrants actionnaires, notamment allemands… n’a pas besoin de capitaux propres indûment  exposés à des actifs pourris… Et donc sa recapitalisation potentielle en raison des éventuelles bêtises commises par ses dirigeants n’a strictement aucun sens. Ajoutons que les frayeurs impulsées par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe ne sont que des inventions propres à faire peur, (aux Etats impécunieux du sud qui doivent se débrouiller), ou rassurer (les rentiers allemands inquiets d’une démographie moribonde).

Le vrai problème consiste donc à voir pourquoi la BCE  est comptablement présentée comme une banque classique. Ce qu’elle n’est pas en raison de son statut de prêteur en dernier ressort.

Car fort concrètement, on l’a bien compris,  la BCE pourrait payer ses créanciers, les Etats soucieux de quitter le capital de la banque avec… ô scandale …de la dette qu’elle détient à son actif, c’est-à-dire avec une créance sur autrui. Par exemple, le gouvernement allemand souhaitant sortir du capital de la BCE se ferait payer avec de la dette publique grecque… Bien  sûr, il n’acceptera pas et la Banque pourra alors le rembourser avec des billets qu’elle imprime. Elle pourrait ainsi rembourser tous ses actionnaires en billets. En théorie, ils seraient pleinement satisfaits d’être payés dans l’actif le plus liquide qui existe. Tout ceci pour dire, et pour confirmer, qu’une banque centrale moderne n’a pas besoin de capitaux propres.

Une grande question serait d’étudier comment se passeraient les choses s’il n’y avait pas de contrainte de passif juridiquement imposé. A priori il y aurait inflation puisque déresponsabilisation complète de tous les acteurs. Et même avec interdiction de l’achat direct de dette publique, on comprend que les banques seraient déresponsabilisées et, au-delà, la banque centrale participerait à cette course à la déresponsabilisation.

 L‘émission monétaire pourrait théoriquement devenir infinie : aucune banque, même celles en position difficile sur la marché monétaire, ne serait limitée dans l’octroi de crédit toujours renégociable auprès de la banque centrale qui, elle-même, ferait jouer son pouvoir illimité de création monétaire. Inflation…. mais probablement croissance par forte demande de capital et sans doute de consommation.

Le fait de donner aux banques centrales les apparences comptables  d’une banque de second rang peut donc avoir du sens : l’empêcher de reporter sur la collectivité les vicissitudes du crédit. En même temps, le fait de la rendre moins libre qu’une banque de second rang en l’empêchant d’acheter directement de la dette publique entraine les mêmes effets : rationner les Etats dans leur quête de crédits nouveaux.

Pour autant il peut exister des moyens moins onéreux. Point n’est besoin de disposer des vêtements comptables des banques classiques et gaspiller des capitaux propres inutiles –donc mauvaise allocation des ressources selon le langage des économistes- il suffirait de ne retenir que la responsabilité personnelle des dirigeants de la banque centrale. Pourquoi le choix d’un capital important à mobiliser au lieu d’un simple alinéa dans un contrat de travail ?

Ce qu’il faut retenir de notre petite histoire :

1. L’indépendance des banques centrales est bien le retrait du politique sur la création monétaire, ce qui est une innovation majeure pour nombre d’Etats. Le choix de capitaux propres contre celui de la responsabilisation du gouverneur est le signe du retrait.

2. Cette indépendance se fait au prix d’une mauvaise affectation des ressources : les capitaux propres de la BCE sont techniquement inutiles.

3. Le retrait du politique n’est pas sa disparition mais un nouveau fonctionnement privilégiant la stabilité monétaire au détriment de l’investissement

4. Le dispositif institutionnel mis en place joue sur la peur : celui de devoir faire payer le contribuable national en cas d’évaporation des capitaux propres. Et donc : techniquement inutiles, les capitaux propres  sont politiquement fondamentaux.

5. Parce que, techniquement inutiles, ils n’empêchent pas la BCE de faire grossir son bilan par monétisation immodérée d’un ensemble gigantesque d’actifs douteux. Discipline pour les Etats mais goinfrerie illimitée pour le système financier.

 6. La contrainte de bilan de la BCE étant pure fiction -une spécificité qui n’a pas été clairement perçue par l’Allemagne lors de la naissance de l’euro-système- celle des banques de second rang peut le devenir tout autant. D’où une croissance du système financier beaucoup plus rapide que le reste de l’économie où les contraintes de bilan n’ont pas changé.

7. Le passage à un système de monnaie pleine ou 100% monnaie ne peut se concevoir que par la fin de l’indépendance des banques centrales.

Ces conclusions sérieuses, issues d’une histoire qui ne l’était pas, mériteraient d’être diffusées :

 Non Messieurs les Allemands il n’y a pas à craindre l’évaporation des capitaux propres de la BCE. En évoquant régulièrement le risque de devoir recapitaliser la Banque centrale, vous cherchez surtout à vous prémunir d’une inflation que vos partenaires européens redoutent moins.

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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BA 15/06/2015 08:49

En Grèce, le bank run s'accélère.

Ces cinq derniers mois, les Grecs ont retiré 35 milliards d'euros hors des banques grecques.

Ces 35 milliards d'euros représentent 30 % des dépôts !

Lundi 15 juin 2015 :

Grèce : après l'Etat, S&P baisse la note des banques.

Deux jours après avoir baissé la note de solvabilité de l'Etat grec, l'agence de notation Standard and Poor's a appliqué le même traitement aux quatre grandes banques du pays, menacées selon elle de faillite.

Les quatre grandes banques Alpha Bank, Eurobank, National Bank of Greece et Piraeus Bank voient la note évaluant leur dette de long terme baisser à "CCC" contre "CCC+" auparavant, selon un communiqué.

L'agence de notation attribue à ces notes une perspective négative, ce qui signifie qu'elle pourrait les baisser encore si des contrôles de capitaux étaient décidés en Grèce pour éviter une ruée des épargnants et investisseurs aux guichets.

S&P avait baissé la note souveraine de la Grèce exactement de la même façon mercredi.

"Les banques grecques feront certainement faillite dans les douze mois en l'absence d'accord entre le gouvernement grec et ses créanciers", a fait savoir l'agence.

Elle a souligné que les banques grecques étaient confrontées à d'importants retraits de fond, et calculé qu'elles avaient perdu quelque 35 milliards d'euros en dépôts, soit 30% du total, entre fin novembre 2014 et fin avril 2015.

Ces retraits "se sont poursuivis en mai et ont accéléré en juin", estime S&P, indiquant que cela rendait les banques grecques de plus en plus dépendantes de l'aide de la Banque centrale européenne.

http://www.romandie.com/news/Grece-apres-lEtat-SP-baisse-la-note-des-banques/602558.rom

BA 13/06/2015 14:04

Samedi 13 juin 2015 :

Grèce : le scénario du défaut de paiement se précise.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/13/grece-le-scenario-du-defaut-de-paiement-se-precise_4653522_3234.html

Rappel :

En Grèce, le bank run s'accélère.

Le graphique du bank run est ici :

http://www.bloomberg.com/news/articles/2015-05-29/greek-bank-deposits-bleeding-worsens-in-april#media-1

BA 12/06/2015 16:14

Vendredi 12 juin 2015, vers 15 heures 45 :

ALERTE - La zone euro a discuté du scénario d'un défaut grec.

http://www.romandie.com/news/ALERTE--La-zone-euro-a-discute-du-scenario-dun-defaut-grec/602117.rom

Le Cac 40 s’enfonce, les discussions techniques sont closes pour Athènes.

La Bourse de Paris s’enfonce à la suite des déclarations d’un responsable du gouvernement grec indiquant que les discussions sont terminées au niveau technique.

Grèce :

La bourse d'Athènes s'effondre de 6,06 %.

BA 12/06/2015 15:09

Vendredi 12 juin 2015 :

Le Cac 40 s’enfonce, les discussions techniques sont closes pour Athènes.

La Bourse de Paris s’enfonce à la suite des déclarations d’un responsable du gouvernement grec indiquant que les discussions sont terminées au niveau technique.

http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/le-cac-40-s-enfonce-la-grece-rompt-les-discussions-techniques-1059925.php

Grèce :

La bourse d'Athènes s'effondre de 4,72 %.

BA 12/06/2015 12:43

Vendredi 12 juin 2015 :

Jean-Christophe Lagarde estime que la Grèce doit sortir de la zone euro

Le président de l'UDI estime qu'accorder une nouvelle aide à la grèce, "c'est un peu comme si on faisait un massage cardiaque à un cadavre".

Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a prôné vendredi la sortie de la Grèce de la zone euro, dans son propre intérêt. Le programme du Premier ministre, Alexis Tsipras, est "inapplicable" et les mesures exigées d'Athènes insupportables sans une "monnaie faible pour retrouver de la compétitivité", a-t-il en effet estimé sur Europe 1.

Interrogé sur les négociations entre la Grèce et l'UE, le FMI et ses autres créanciers, Jean-Christophe Lagarde a répondu : "Je crois qu'on se trompe absolument, c'est un peu comme si on faisait un massage cardiaque à un cadavre. On est en train de parler technique alors qu'il y a un problème politique."

"M. Tsipras s'est fait élire avec un programme inapplicable s'il veut rester dans la zone euro. Je dis très clairement que je pense que pour que la Grèce s'en sorte, elle a besoin de ne pas avoir une monnaie aussi forte que l'euro, elle doit sortir de la zone euro pour pouvoir, avec une monnaie faible, retrouver de la compétitivité économique, procéder à des dévaluations", a poursuivi le député de Seine-Saint-Denis.

"Valéry Giscard d'Estaing dit la même chose que moi : donner une bouffée d'air à la Grèce, c'est la faire sortir de la zone euro, lui permettre d'avoir une monnaie plus faible qui redonne une chance à son économie. Et si un jour, elle a à la fois un système politique, économique et fiscal stable et qu'elle veut revenir, bienvenue", a ajouté Christophe Lagarde.

"Organisons la sortie amicale de la zone euro", a insisté le président de l'UDI. "Les Grecs aujourd'hui souffrent beaucoup plus de ne pas avoir la capacité de rebondir économiquement. Les mesures qu'on leur demande les étranglent, c'est une réalité."

http://www.lepoint.fr/economie/lagarde-estime-que-la-grece-doit-sortir-de-la-zone-euro-12-06-2015-1935764_28.php

BA 10/06/2015 10:47

Dans l'hebdomadaire PARIS-MATCH, publié le 27 octobre 1951, page 18, le journaliste pose la question :

« Que pensez-vous de la fédération européenne ? »

Le général Eisenhower répond :

« Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les Etats d'Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d'Europe – disons à Luxembourg – des délégués responsables, avec mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe, de désigner la capitale de l'Europe, etc. et qu'à partir du 1er janvier, l'Europe occidentale fonctionnera comme fédération. Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons. »

En 1951, les Etats-Unis avaient décidé de créer une fédération européenne.

Les Etats-Unis l'avaient rêvé, Jean Monnet a commencé à le faire.

A propos de Jean Monnet :

Concernant les participants aux réunions du Groupe de Bilderberg, Jean Monnet est sur la première page, à la dernière ligne :

http://www.danielestulin.com/wp-content/uploads/portraits_bilderberg.pdf

Sur la deuxième page, à la première ligne, nous pouvons voir la photo d'un certain George C. McGhee.

George McGhee a servi comme ambassadeur américain en Turquie en 1952-1953, où il a soutenu sa candidature réussie à l'adhésion à l'OTAN.
George McGhee a joué un rôle dans les relations américaines avec la République du Congo et la République dominicaine au début des années 1960.
De Novembre 1961 à Avril 1963, il a occupé le poste de sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, sous l'admnistration Kennedy.
George McGhee a été nommé ambassadeur en Allemagne de l'Ouest de 1963 à 1968.

(Source : Wikipedia, version en langue anglaise)

Une citation très importante :

« Je pense que vous pourriez dire, déclara un jour le diplomate américain George McGhee, que le traité de Rome, qui a créé le Marché commun, a été mûri pendant ces réunions de Bilderberg et aidé par le flot de nos discussions. »

Source : "L’Europe sociale n’aura pas lieu", de François Denord et Antoine Schwartz, édition Raisons d’agir, page 40.

George McGhee avait le mérite de la franchise : le traité de Rome a été mûri pendant les réunions du groupe Bilderberg dans les années 1954 – 1955 – 1956.

Dès le début de la construction européenne, le traité de Rome était voulu par les Etats-Unis.

Le traité de Rome est l'oeuvre de grands banquiers, de grandes entreprises multinationales, de diplomates et de militaires membres de l'OTAN.

Dès le début, la construction européenne était anti-populaire, anti-sociale, anti-démocratique.

Et ça continue encore aujourd'hui.

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