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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 10:19

                          

Depuis la fin de l'année 2008 l'attention se porte sur les coûts de la dette souveraine pour les Etats les plus fragiles. Jusqu'ici le signe le plus tangible du succès de la monnaie unique était la convergence des taux. A monnaie unique devait correspondre un taux unique . A la faveur de la crise, ils se sont mis à diverger. Au moment où ces lignes sont écrites il existe plus de 250 points de base sur les emprunts à 10 ans entre le meilleur élève (l'Allemagne) et le moins  bon ( La Grèce). Une telle situation n'est pas durable car elle ne maintient pas la naturelle hétérogénéité structurelle des Etats mais l'aggrave. En clair ce différentiel qui très approximativement concerne le nord de la zone vis-à-vis du sud, fait que les divers pays vont s'éloigner les uns vis-à-vis des autres. C'est que la prolongation du  différentiel de coût entraine des charges de remboursement de plus en plus divergentes. Ce qui signifie que les pays de la zone sud verront leurs prélèvements fiscaux affectés de façon croissante au seul remboursement de la dette. Comme si, lors d'une étape de montagne dans le tour de France, il avait été décidé que les coureurs les plus médiocres , devaient payer le prix de leur insuffisance et, seraient équipés des machines les plus lourdes. Il reste à examiner si dans de telles conditions ces coureurs parviendront au sommet du col et ne seront pas contraints à l'abandon.


A cette crainte il est officiellement répondu que pour ces pays en difficulté le coût de sortie de l'Euro serait plus important que le coût de son maintien. Et il est vrai que le coût de sortie est élevé : certes il y aurait retour à l'ancienne monnaie nationale sur une base dévaluée et donc desserrement d'une partie de la contrainte monétaire, mais en retour un certain nombre d'actifs seraient dévalorisés et le coût de la dette souveraine augmenté.  Le taux de l'emprunt en monnaie nationale ancienne serait probablement plus élevé que le taux en euro. Sans compter les complications juridiques : les anciennes créances libellées en euros seraient elles remboursables en monnaie nationale ? Et au-delà, si tel n'est pas le cas, ces anciennes créances libellées en euros deviennent une dette extérieure dont le coût s'accroit du montant de la dévaluation du fait  du retour à la monnaie nationale. Beaucoup de complications et d'inconnues. Au total les coureurs médiocres, équipés de lourdes machines, ne pourraient abandonner et devraient gravir la col quel qu'en  soit le prix.

Mais le fait de devoir rester dans le peloton pousse à la réflexion : les meilleurs, équipés de bonnes machines, peuvent -ils aider les plus handicapés ? Peuvent-ils valider un comportement altruiste et venir en aide ? Nous avons l'idée de mutualisation de la dette souveraine par construction d'une agence européenne chargée d'émettre de la dette pour le compte de tous les Etats de la zone. Mais se pose la question traditionnelle de la gestion des passagers clandestins : le taux qui se fixerait serait certainement inférieur au taux des Etats les plus fragile, mais certainement supérieur au taux allemand. Cela reviendrait à subventionner avec des prélèvements publics allemands, des pays réputés mauvais gestionnaires. Ce choix de créer une agence de mutualisation ne peut donc se manifester que si le coût de l'abandon de l'euro par certains développe des externalités négatives chez les plus vertueux, externalités dont le coût serait supérieur au coût de la mutualisation. Là encore beaucoup d'incertitudes, de difficultés et d'inconnues. En termes simples, est-ce que l'abandon de l'euro par certains n'entrainera  pas de la méfiance sur le marché, et au total une hausse du taux pour ceux qui restent dans la zone ?


Dans ces conditions il semble difficile d'envisager des décisions rapides. La solution la moins couteuse pour tous est bien évidemment la monétisation de la dette souveraine des Etats en difficultés par La BCE, ce qui est juridiquement interdit. Et cette interdiction juridique est aussi une valeur fondamentale pour l'Allemagne. De par la force des choses il est possible aujourd'hui, de ne plus rester enchâssé dans les critères maastrichtiens , mais peut-on aller au-delà ?


On peut imaginer des étapes intermédiaires avant la lâcher prise qui devrait mettre fin à l'indépendance de la banque centrale européenne.


 Par exemple, une politique monétaire très sélective pourrait inciter les banques centrales des Etats en difficulté à intervenir auprès des banques de second rang de ces mêmes pays pour soutenir les cours des bons du trésor et ainsi estomper le spread par rapport à le dette souveraine allemande. C'est d'ailleurs ce que pense JP Chevalier qui ne voit pas d'autre explication à l'actuelle re -convergence. Une telle politique n'est toutefois qu'un maquillage - certes élégant - mais aussi nécessairement précaire. Et précaire car ne s'attaquant pas aux causes mais simplement aux effets, il s'agit d'une thérapie aggravant les disparités potentielles d'inflation, et donc les facteurs de dislocation de l'édifice euro-système. 


Seule la violence de la crise permettra de mettre fin à l'indépendance de la BCE et à la monétisation de la dette souveraine. Car les taux vont inéluctablement augmenter en raison de la gloutonnerie des Trésors chargés de limiter le feu de la crise. C'est dire que même les bonnes signatures seront défraichies par le vent de la contestation, et le problème des Etats les plus menacés  sera,  peut-être demain, celui des plus solides.


Le moment où sera mis fin à l'indépendance de la banque centrale, sera évidemment retardé autant que possible, et  le degré de violence de la crise fixera le caractère plus ou moins éloigné de la date de cet abandon. On peut du reste anticiper que cet abandon ne sera jamais prononcé et deviendra situation de fait plus ou moins cachée, aussi bien pour ne pas affoler les marchés, que pour ne pas ridiculiser les adorateurs du mythe de la monnaie indépendante.


Mais la situation nouvelle ainsi créée entrainera immanquablement  l'arrivée singulière d'acteurs, eux-mêmes déjà naufragés réels,  sur le lieu du naufrage en cours . En clair des monnaies en voie d'effondrement comme la livre sterling, chercheront à bénéficier du paquebot euro au moment où ce dernier prend l'eau. C'est que pomper l'eau (émettre massivement de la monnaie européenne) permet de maintenir encore quelque temps le navire à flots. D'où aujourd'hui le curieux langage de la peur de l'éclatement de la zone euro contredit par le discours de ceux qui affichent une  volonté  résolue à rejoindre la zone le plus rapidement possible .


Bien évidemment, la machine inflationniste qui se mettra en place pour contenir la violence de la crise, ne pourra que continuer à accroitre  les disparités entre les pays de la zone, et la perspective de vérifier le concept de zone monétaire optimale cher à Mundell , ne pourra que s'éloigner. La solution ne fait encore  qu'aggraver le problème.


Dans le feu de la crise, les Etats européens seront-ils prêts, après rupture de plusieurs barrages établis dans  la hâte, à tout lâcher et donc  mettre fin à ce qui était présenté comme le symbole de la réussite de la construction européenne ?


On peut certes  continuer cet exercice de prospective très longtemps. Il s'agit simplement ici, de mettre en évidence les choix qui se présenteront inéluctablement, et pour lesquels il faudra trancher. En fin de processus, c'est-à-dire lorsque la vague inflationniste sera devenue puissante les décideurs européens, décideurs obligés de renoncer à leurs croyances et aux traités correspondants, auront à comparer les coûts colossaux de l'abandon de l'euro, aux coûts également colossaux du renoncement aux indépendances des structures étatiques nationales. Créer un grand Etat européen, avec notamment toutes ses armes fiscales, ou annoncer au monde que la gestion de la crise ne peut aboutir qu'au retour des nationalités que l'on voulait justement estomper, tel est l'enjeu fondamental, qui bien évidemment dépasse le champs de la stricte économicité
.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans la zone euro
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commentaires

L'indépendant 12/05/2010 14:34


Je crois qu'au contraire il serait grand temps que l'on en revienne au franc et que nous récupérions notre souveraineté monétaire, car pour mener une politique économique digne de ce nom, il faut
avoir ce levier entre les mains. D'autre part, rappelons nous des prommesses mensongères qui ont été faites au sujet de l'euro en matière de croissance, d'emplois et de bénéfices pour les
consommateurs. Quelle farce !


DTX 01/03/2009 23:15

@tous voilà un lien interessant :
http://j-ai-du-louper-un-episode.hautetfort.com/list/textes-a-lire/1744252841.pdf

L'inflation comme le préconise JCW, combinée à une mutation de l'Euro de monnaie unique en une monnaie commune seraient les solutions pour éviter à la fois la dépression et l'éclatement de l'Eurozone
je ne vois vraiment pas d'autres alternatives pour l'instant...
bonne lecture
@+

DTX 27/02/2009 23:59

@tous
Je vous envoie un lien vraiment trés interessant
avec deux interviews, une historico-économique de Jacques Sapir, superbe...
Et l'autre anthropo-géopolitique d'Emmanuel Todd, admirable...
que vous devriez vraiment apprécier...

http://www.jaidulouperunepisode.org/Interviews.htm

Elles datent de novembre 2008 mais sont toujours au goût du jour
à noter quand même que depuis la position de Nicolas Sarkozy sur le
protectionnisme à évoluer...

bonne lecture

@+

Jean Claude Werrebrouck 28/02/2009 19:04


grand merci.


DTX 27/02/2009 18:28

@Gilles
La solution d'avoir une gouvernance économique unique avec l'intégration de pays hors zone Euro est très certainement une solution idéale, mais tous les pays de l'Eurozone ne sont pas prêts à payer pour les plus démunis et même si cette solution est retenue le coût de cette "unification" dépassera de loin les possibilités financières de la zone. Cela fera mettre en route obligatoirement la planche à billets de la BCE, ce que refuse l'Allemagne pour l'instant. L'inflation immédiate, solution retenue par les pays anglosaxons serait une solution bien plus facile et rapide car celle ci aurait l'avantage d'éponger les dettes sans pour cela faire perdre un temps précieux à l'Eurozone, si nous continuons à ne rien faire c'est une déflation à la Japonaise qui nous attend et pour de longues années...Les pays sans amortisseurs sociaux ou monoexportateurs(spécialisés dans les biens de consommation)risquent de beaucoup souffrir. En attendant, la question est plutôt de savoir si l'Allemagne se décidera enfin à faire fonctionner la planche à billets de la BCE avec ou sans "unification".
dans le cas de l'unification,l'inflation générée sera difficilement gérable car la BCE mécontentera les meilleurs élèves alors qu'ils auraient besoins de taux bas, en ne les baissant pas afin de protéger les mauvais élèves de leur inflation exponentielle. Chacun sait que maintenir un taux qui ne satisfait personne n'est pas une solution, que la zone Euro élargie ou non, n'est pas un Zone Monétaire Optimale, que l'inflation n'y sera pas hétérogène, pas plus que la croissance, qu'une partie importante des impôts nationaux devra être transférée au budget européen, mais soit...
Que vont décider les politiques malgré les coûts colossaux : l'unification avec une inflation difficile à gérer et une souveraineté rognée ou l'éclatement avec une inflation plus facile à gérer et une souveraineté retrouvée ?
Difficile à dire... Vous semblez pencher vers l'unification, ce n'est pas impossible même si je la crois improbable
bien à vous

Bonafi Gilles 27/02/2009 15:33

@DTX
"une fois le fonds monétaire Européen créé et l'argent injecté dans les économies nécessiteuses, comment arriverons nous à gérer le différentiel inflationiste des différents pays de l'Eurozone ?"
Il n'y a qu'une seule solution à celà:"la création d’une agence commune d’émission faisant disparaître les « spreads »".
La proposition Ciampi qui désirait donner le monopole de l'émission de l'euro à la BCE sera mis en oeuvre.Il faut lire mon article (n°1). Les réponses à la crise seront d'ordre politique.

DTX 27/02/2009 09:22

@tous

http://www.lesechos.fr/info/analyses/4835858-pour-un-fonds-monetaire-europeen.htm

çà travaille ...

juste une question : une fois le fonds monétaire Européen créé et l'argent injecté dans les économies nécessiteuses, comment arriverons nous à gérer le différentiel inflationiste des différents pays de l'Eurozone ?

@+

DTX 27/02/2009 08:43

@Gilles
Nous avons déjà du mal à nous mettre d'accord pour sauver les PIGS alors intégrer des pays de l'Est plus l'angleterre et la suisse dans l'Euroland me paraît difficilement plausible dans l'immédiat même si mon idéal va plutôt vers ce type de schéma le problème est que justement ma pensée n'impose aucune nécessité aux choses, pour paraphraser Kant.
Et l'on peut dire la même chose aux instigateurs de la monnaie unique
ce qui était certainement une bonne idée à la base est devenu difficilement viable dans sa forme actuelle
Wait and see...
@+

Bonafi Gilles 26/02/2009 12:58

Bonjour à tous.
Voici la suite des "solutions" pour la crise.La zone euro "n'éclatera" pas.

Crise systémique : les solutions (n°2 : la fin des monnaies nationales)


Dans mon article [Crise systémique : les solutions (n°1 : l’euro)], j’ai tenté d’expliquer les solutions qui seront apportées dans le cadre européen :
-stabilisation de la monnaie européenne avec une BCE ayant le monopole de l’émission de l’euro.
-création d’un trésor européen permettant de mettre en place une structure de défaisance permettant de sauver les banques.
-création d’un gouvernement économique, ce qui répond à la célèbre boutade de Kissinger : « l’Europe, quel numéro de téléphone ? ».
-intégration des pays en difficultés (Royaume-Uni et Suisse).
Je n’avais pas, volontairement, abordé le problème de l’Europe centrale et orientale qui va donc être étudié ici.
La crise systémique actuelle va ainsi totalement bouleverser le monde en détruisant les monnaies nationales et donc par conséquence, les états-nations, ce qui peut être illustré par cette phrase essentielle de Paul Jorion (sur son blog du 11 février 2009) : « Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États. »
Face à la crise, les différents pays du monde n’auront en effet qu’une seule solution, s’associer au sein d’unions continentales et mettre en place de nouvelles monnaies communes. Nous assistons donc, et cela va être analysé ici, à la mise en place accélérée de ce que certains nomment « le nouvel ordre mondial ».

I. Les pays d’Europe de l’Est.

Ils sont en ce moment, au cœur de l’actualité. Ainsi, mardi 17 février, les agences Moody’s et Standard & Poors ont indiqué que la crise en « Europe de l’Est » pourrait provoquer des problèmes aux banques occidentales qui ont prêté 1500 milliards de dollars (chiffre avancé par le rapport de Morgan Stanley). Moody’s prévoit donc de baisser la note des banques exposées sur l’Europe de l’Est. Source : Bloomberg, dimanche 22 février.

En effet, la plupart des emprunts réalisés sont accordés en Franc-Suisse (60% pour la Hongrie selon la Banque Nationale Suisse) ce qui pose un problème gigantesque car les monnaies nationales s’effondrant, les remboursements explosent (plus de 30% en Roumanie par exemple).
La BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) évalue un volume de défaillance qui devrait atteindre 10% ! Or, selon le quotidien « Le Monde » du 14 février 2009 : « Engagée à hauteur de 230 milliards d'euros, l'Autriche est le premier investisseur européen de la région ».
Le quotidien Der Standard de Vienne a d’ailleurs déclaré : « Un taux de défaillance de 10% conduirait à l’effondrement du secteur financier autrichien ».
Mais, au-delà du problème Autrichien, nous assistons dans cette région à la destruction des monnaies nationales.
Le zloty polonais a ainsi perdu 36% de sa valeur depuis juillet, le forint hongrois 25% et la couronne tchèque près de 22% (Source : La Presse Affaire du 23 février 2009). Les économistes de la banque Dresner ont ainsi déclaré « les devises d'Europe de l'Est sont engluées dans une spirale de dépréciation », et « pour l'euro, c'est une bombe à retardement ». Source : Le Monde du 21 février 2009.
Je n’hésite pas à l’écrire ici, ces monnaies sont condamnées et seront remplacées par l’euro car il n’y a pas d’autres alternatives. Ceci est d’ailleurs confirmé par les discussions du gouvernement polonais concernant le taux de change ERM-2 qui est surnommé l’anti-chambre de l’Euro.
Nous allons de plus assister à une redistribution géopolitique de la région car une partie des pays de l’Est ne se tourneront pas vers l’Europe mais vers la Russie au sein de la CEEA.

II. La CEEA

La Communauté économique eurasienne est une organisation internationale de coopération économique qui a été créée en 2000. Elle est l’organisation économique de la CEI (regroupant 11 anciens pays du bloc soviétique) dont la Russie et la Biélorussie sont les acteurs principaux. Or, le 3 février, a eu lieu une réunion au Kremlin au cours de laquelle la création d’une monnaie unique : le rouble, ainsi que d’un espace économique commun ont été débattus. (Source : Courrier International du 4 février 2009).
Un fond anticrise de 10 milliards de dollars a par ailleurs été créé. Le quotidien Vremia Novosteï a souligné l’importance de ce sommet en déclarant qu’il mettait en place : « Quelque chose comme l'OTAN et le FMI sous l'égide russe ».
Le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine a affirmé : « nous aidons nos plus proches pays qui ne peuvent tellement compter sur l'assistance d'autres Etats. La Russie ressent sa grande responsabilité dans l'espace de la CEI et en premier lieu de la Communauté économique eurasiatique (CEEA) ». Nous le voyons, cette crise est en train d’accélérer la coopération autour de la Russie. Le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizstan, l'Arménie, et le Tadjikistan sont déjà soutenus et un prêt à l'Ukraine ne saurait tarder.
Les conséquences géopolitiques de la crise sont énormes. La Russie profite ainsi de la fragilité économique des USA pour renforcer son hégémonie et seule la Géorgie reste pour le moment la chasse gardée américaine. N’oublions pas que les USA doivent évacuer la grande base de Manas (Kirghizistan) et désirent donc s’installer en Géorgie afin de conserver une présence dans le Caucase du Sud.
Certains déclareront que la Russie ne pourra pas aider ses voisins car sa monnaie, le rouble est en difficulté. Elle a ainsi dépensé plus de 36% de ses réserves de change pour défendre sa monnaie. (Source : Contreinfo du 21 février 2009).
Or, il faut le rappeler, le cours du rouble dépend étroitement du cours du baril de pétrole (qui est au plus bas actuellement à 40 dollars). Il existe cependant un sauveur providentiel pour la Russie : la guerre. En effet, Benyamin Netanyahou a dit : « Quand je formerai le nouveau gouvernement israélien, nous ferons ce que nous avons fait par le passé avec le réacteur de Saddam, ce qui nous a rapporté 20 ans de tranquilité. » Source Norman Salomon (antiwar) le 7 janvier 2006. Sans parler d’Avidgor Lieberman qui a insisté sur le fait que « l’Iran était l’ennemi public numéro 1 ».Source : Jerusalem Post du 10 février 2009.
Fin janvier, 3000 tonnes de munitions (ce qui est totalement inhabituel) envoyées par les USA sont arrivées en Israël. Reuters a ainsi affirmé le 10 janvier 2009 que « ce genre d’affrètement vers Israël est rare. »
Le cours du baril explosera alors bien au-delà des 150 dollars, un scénario idéal pour le rouble!
La guerre en Iran (et plus tard au Pakistan) aura donc pour effet de « sauver » l’économie russe, un paradoxe (ordo ab chaos).

Nous le voyons ici, le lien entre la guerre et l’économie est direct. Il va falloir, et je le répète à chacun de mes articles, créer ce que Paul Jorion nomme « une constitution pour l’économie » qui nous préserve des monstruosités à venir.
Dans mon prochain article (n°3), je me pencherai sur le cas de l’Asie et surtout des Etats-Unis, tout un programme !
En conclusion, il est toujours intéressant d’avoir un regard extérieur sur ce que nous sommes et ce regard-là est impitoyable.
« Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. »
Sitting Bull grand chef des sioux.
Gilles Bonafi

DTX 25/02/2009 11:01

Bonjour,
pouvez vous développer l'hypothèse de la révision du MCE II ?
Merci et bonne journée
@+

DTX 25/02/2009 10:45

@tière
on peut être différent mais néanmoins complémentaire
je n'essaye pas à tout prix de trouver une solution pour sauver l'Euro mais je me demande simplement si une alternative médiane est viable entre l'éclatement de l'Euro ou la gouvernance économique et fiscale unique de la zone
@+

DTX 24/02/2009 21:24

Certes, mais si la crise continue de s'aggraver et ce sera le cas à mon avis, ne pensez vous pas que la France puisse être relativement moins touchée que l'Allemagne ? la France dépend moins des exportations que l'Allemagne et son système bancaire a l'air un peu plus sain que celui de son voisin...
De par les circonstances une convergence "vers le bas" de ces deux pays ne pourrait t'elle pas permettre une alliance dans une ZMO restreinte et ainsi sauver l'Euro ?
une zone Euro France, Allemagne, Benélux en quelque sorte servant de noyau dur au reste de l'ex Euroland actuel et permettant de garder espoir en une renaissance par la suite de l'idée européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui serait t'elle d'après vous une solution plausible ?
Merci et
Bonne soirée
@+

tière 25/02/2009 06:35


Allez, va pour la france, mais celà me parait difficile, car fondamentalement la France est très différente de l'Allemagne. Une monnaie est un peu comme un vêtement: il faut qu'il soit adapté aux
caractéristiques morphologiques de la personne. en la matière le sur-mesure est toujours préférable. Reprenez les caractéristiques des deux pays à partir de critères aussi bien économiques, que
démographiques, que politiques, que sociologiques, que psychologiques,etc. Et vous verrez qu'il est difficile de trouver un vêtement commun bien adapté aux deux pays.
Bonne journée.


DTX 24/02/2009 18:11

j'ai lu l'article de J2M dans les Echos
excellent en effet
comme l'est votre article dans contreinfo
seul bémol,
vous ne voyez vraiment que l'explosion ou une gouvernance économique et fiscale unique comme conséquence plausible à la crise actuelle dans l'Euroland ?
Ne croyez vous pas qu'une zone monétaire optimale restreinte puisse garder l'Euro comme monnaie unique comme le suggère Jacques Sapir ?
les autres pays étant sattelites de cet ensemble
et amenés à les rejoindre en des temps meilleurs
par la suite...
les opinions publiques des différents pays de l'eurozone ne sont, à mon avis, pas encore prêtes à faire le grand saut vers le gouvernement budgétaire économique et fiscal unique
et cela risquera d'être pire encore lorsque la crise s'aggravera...
il faudra revenir aux fondamentaux
on ne pourra plus vendre du rêve et de l'espoir pour faire passer la pilule de leurs pertes de souverainetés nationales aprés une crise pareille...
l'explosion totale de l'euro et par la même de l'idée Européenne sera certainement trop déstabilisante elle aussi...
je pense que l'idée de garder l'Euro dans une ZMO avec des pays sattelites en monnaie commune + monnaies nationales sera plus à même de rassurer la population
se sera certainement une usine à gaz à mettre en route mais ne l'avons nous pas déjà fait avec l'Euro ?
@+

Jean Claude Werrebrouck 24/02/2009 20:40


si, je pense que le point de vue de Sapir est intéressant.mais il faut reconnaitre que cette zone euro serait très réduite: allemagne et une partie du bénélux... et peut-être même pas l'Autriche.


Bilbo 24/02/2009 14:38

Bonjour,

personne ne semble évoquer une révision du MCE II qui me semble pourtant une solution intermédiaire entre la sortie pure de la zone euro et le libre flottement.
N'y aurait-il pas là une piste de travail concrète qui concernerait tant les "PIGS" que les pays d'Europe de l'Est ?

Cordialement.

Jean Claude Werrebrouck 24/02/2009 20:41


Oui c'est sans doute assez pensable.


DTX 24/02/2009 11:12

Bonjour
une solution consisterait peut être à ne sauver que les secteurs entrepreneurials par l'intermédiaire de leurs obligations d'entreprises rachetées par les banques centrales , de laisser tomber les banques qui sont pour la plupart "insauvables" et de ne nationaliser que les moins mauvaises...
en ce moment continuer à donner des liquidités aux banques revient à verser de l'eau dans du sable
l'économie réelle ne voit pas la couleur de l'argent versé au système financier
et on continue dans la voie de la dépression avec son cortège de conséquences.
Nationalisations partielles du secteur bancaire, rachats d'obligations d'entreprises et planche à billets sont à mon avis les voies que les politiques doivent emprunter le plus rapidement possible
qu'attends donc la BCE ? toujours le feu vert de l'Allemagne...
la course à la mer des dévaluations compétitives est lancée et nous avons toujours un train de retard sur les Anglosaxons
voilà pourquoi nous subissons plus les conséquences de la crise en ce moment
Notre niveau d'endettement privé, notre consommation et nos ammortisseurs sociaux à l'intérieur même de l'Eurozone devraient nous aider normalement à passer le raz de marée déflationniste mais les politiques doivent prendre les bonnes décisions...
C'est pas gagné...
@+

Jean Claude Werrebrouck 24/02/2009 13:54


Oui, sur l'idée de laisser tomber les banques de second rang et lettre en première ligne les banques centrales vous avez ce matin un excellent article de Jean Marie Messier paru dans le Echos.
Bien à vous.


werrebrouck 23/02/2009 08:26

A Eric et DTX.
Le problème est que la dévaluation de l'euro risque de n'être que relative car les autre monnaies et en particulier le dollar vont aussi se déprécier. La guerre des monnaies semble inéluctable et en particulier celle que vont se livrer les partenaires de la "chimérique". Maintenant il ne faut pas oublier que l'essentiel du commerce international des pays de l'euro-zone se fait à l'intérieur de cette dernière.

DTX 22/02/2009 19:37

@Eric
Si la dévaluation compétitive est due aux facteurs que vous énumérez et non au quantitative easing alors c'est une déflation à la japonaise qui nous attend,
cette dévaluation n'aura pas un effet "reflateur" suffisant sur l'économie si aucune injection massive de liquidités n'est effectuée ...
à quoi sert il d'avoir une monnaie qui nous permette enfin de réexporter si nos banques et nos entreprises sont mortes faute de liquidités suffisantes ?
le risque d'implosion social et monétaire est toujours malheureusement bien présent malgré ce type de dévaluation

@+

Eric (Granville) 22/02/2009 15:16

Je ne connaissais pas Slate.fr, merci. Contre-info semble tenu par une seule personne qui a des problèmes de santé (passagers j'espère), expliquant les interruptions.

Si le système bancaire de la zone euro chute à cause des prêts aux ex-pays de l'est devenant insovables + si la notation des états du sud de l'europe devient exécrable + si le PIB de l'allemagne fortement exportatrice chute à pic, l'euro va se dévaluer très fortement.
Pourquoi alors y aurait-il dislocation de la zone euro et de sa monnaie ?
Cette dévaluation, de fait compétitive, n'obligerait pas les pays du sud de la zone à en sortir.
L'allemagne, certes au départ vertueuse, ne me parait pas spécialement bien partie.

DTX 20/02/2009 15:47

merci pour le conseil et pour le site
pas vraiment très optimiste Jacques Attali
en effet...
@+

DTX 20/02/2009 08:41

Bonjour,
Moi aussi je m'en inquiète mais comment faire pour arriver à imposer un redémarrage de Contreinfo ? Je ne vois pas vraiment...
quand au blog de Paul Jorion, il est vraiment excellent et je suis ravi que vous le connaissiez
je vous passe un billet de Jacques Sapir datant de 2006 sur l'Euro vraiment prémonotoire :

http://www.observatoiredeleurope.com/Pour-une-grande-reforme-de-l-Euro,-par-Jacques-Sapir_a515.html

il ne se contente pas simplement d'énumérer les problèmes mais propose aussi différentes solutions
je crois que la solution "crise puis réforme" est la plus probable avec ensuite un noyau dur de pays dans une zone monétaire optimale qui gardera la monnaie unique et des pays sattelites qui garderont la monnaie commune avec leurs monnaies nationales.
qu'en pensez vous ?

bonne journée

@+

Jean Claude Werrebrouck 20/02/2009 11:43


une façon de faire c'est d'envoyer un mail à contreinfo en demandant pourquoi ce blocage.
Merci pour le billet de Jacques Sapir. Egalement vous pouvez consulter slate.fr avec les billets très pessimistes de Jacques Attali.
bonne journée;


DTX 19/02/2009 22:22

Les blogs que je suis avec le plus d'intérêt sont ceux de Loïc Abadie et de Paul Jorion.
je pense que le blog de Paul Jorion devrai particulièrement vous interesser
je sais que vous connaissez déjà celui de Loïc

http://www.pauljorion.com/blog/?p=2022

c'est tout à fait le thème de votre blog et certainement ce qui se fait de mieux en ce moment sur le sujet...

en attendant de vous y lire
à bientôt

DTX

Jean Claude Werrebrouck 20/02/2009 08:16


Bonjour;
Oui, je suis aussi le site de Paul Jorion. Il est très intéressant. Je suis par ailleurs inquiet de constater que contreinfo n'emet plus et risque de devenir obsolète.  C'est dommage, et je
crois que nous devons tous solliciter le redémarrage d'un tel site.
Je travaille actuellement sur la théorie des incitations et compte publier d'ici quelques temps un billet.
Bienà vous.


Bonafi Gilles 18/02/2009 13:25

Le problème de l'euro n'est rien comparé à ce qu'il se passe en Chine.
Voilà ci-joint un lien sur un document essentiel:http://referentiel.nouvelobs.com/file/627002.pdf
Mes amitiés.

DTX 18/02/2009 09:13

encore un billet sur l'euro c'est décidément très à la mode en ce moment
beaucoup de personnes se posent effectivement les bonnes questions concernant ce problème
à lire...

http://www.project-syndicate.org/commentary/dullien1/French

DTX 17/02/2009 22:47

Henri Guaino a bien saisi le problème mais c'est pas gagné...toujours l'inflation

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02/17/henri-guaino-la-situation-sociale-est-un-terreau-favorable-a-tous-les-extremes_1156535_1101386.html

DTX 17/02/2009 10:36

très interessant, il vaut mieux gérer une dévaluation donc de l'inflation que les conséquences du chômage...

http://www.observatoiredeleurope.com/Quatre-petits-cochons-dans-une-bulle_a1081.html

Jean Claude Werrebrouck 17/02/2009 14:56


je ne connaissais pas ce site. merci de me l'avoir fait connaitre.


DTX 16/02/2009 20:26

La crise dépassera tout ce que l'on pouvait imaginer en terme de violence, çà c'est certain malheureusement la très grande maturité des hommes politiques et des peuples l'est beaucoup moins....Voilà pourquoi, je penche aussi pour la solution de facilité : l'inflation.

Marc Fiorentino dans sa chronique pour La Tribune le pense aussi :

http://www.allofinance.com/journaldemarcfiorentino/la-planche-a-billets-742.html

@+

Jean Claude Werrebrouck 16/02/2009 10:33

Je précise une chose: jusqu'à maintenant la dette souveraine continue à très bien se vendre et la semaine dernière fût écoulée 90 milliards de dollar sans aucune difficulté, y compris par les trésors réputés les plus en difficultés.par ailleurs le marché interbancaire se porte beacoup mieux avec un libor retrouvant des taux jugés normaux.

Bonafi Gilles 16/02/2009 05:10

Comme prévu, voici mon dernier article qui explique de façon précise ce qui va se passer.

Crise systémique : les solutions (n°1 : l’euro)

L’économie mondiale est entrée dans ce que je nomme la phase II. En effet, la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 avait déclenché le début de la plus grande crise économique de l’histoire humaine. Or, les gouvernements ont réagi en injectant des milliers de milliards de dollars ce qui a eu pour conséquence de ralentir pour quelques mois les effets destructeurs d’une crise systémique colossale.
Il ne manque plus que la défaillance d’une entreprise majeure (constructeurs automobiles US ou Citigroup par exemple) pour déclencher un tsunami qui sera autrement plus violent qu’en septembre. Celà se produira bientôt.
En effet, la plupart des états sont en faillite (USA, Royaume-Uni, France, etc) ce qui peut être illustré par cette phrase du gouverneur de la banque centrale de Lettonie : « L’économie lettone est en état de mort clinique et nous n’avons que trois ou quatre minutes pour la ranimer. » (Figaro du 2 février).
Pour les USA le WorldNetDaily (mercredi 28 janvier) annonçait que « La Californie ne sera plus en mesure de régler ses factures à partir du 1er février. » ce que j’avais annoncé en septembre 2008.
Quant à notre pays, l’économiste Jean-Christophe Mounicq a déclaré le 10 février 2009 sur Reichman TV :"Beaucoup d'Etats, dont la France, vont faire faillite !"
Nombreux sont ceux qui croient à la fin des Etats-Unis et du système capitaliste actuel et tous les spécialistes s’accordent aujourd’hui pour souligner la gravité de la situation mais personne ne donne de réponses pour en sortir. Il existe pourtant des solutions et, je vais ici analyser celles qui vont nous être proposées et qui ne résoudront pas le problème de fond.

I. L’Euro.

Le quotidien britannique The Daily Telegraph (12 février) affirme avoir consulté un document confidentiel de la Commission européenne qui évalue le montant total des « actifs toxiques » des banques européennes à 18000 milliards d’euros! L’économiste et anthropologue Paul Jorion, visionnaire (il a été un des premiers à prédire la crise actuelle), avait d’ailleurs déclaré sur son blog, le 11 février 2009 :« Les pertes causées par les bulles financières quand elles éclatent dépassent désormais en taille la capacité d’absorption des États et le monde découvre les conséquences à long terme de la privatisation des profits alors que l’issue de secours si pratique autrefois de la collectivisation des pertes a disparu de l’horizon des possibles. »
D’ailleurs, il convient de mettre l’accent sur une information que peu de médias ont relayée : l’Allemagne qui désirait lever (emprunts d’Etat à 10 ans) mercredi 11 février, 6 milliards d’euros, n‘a reçu des investisseurs que 4,2 milliards. N’oublions pas que ces emprunts sont la source de financement de son plan de relance.
Stephen Jen (Morgan Stanley ) a ainsi déclaré récemment : « Le statut de l'euro comme monnaie de réserve internationale est remis en cause . »
The Daily Telegraph va plus loin et fait une déclaration fracassante : « Les ministres et les autorités de l’UE craignent que le gouffre qui se creuse puisse engendrer une spirale vicieuse capable d’emporter aussi bien l’euro que l’UE elle-même. »

De nombreux économistes mettent actuellement l’accent sur les dangers planant sur l’euro. Je rappelle que la BCE n'émet pas l'Euro. Ce sont les banques centrales nationales qui émettent la monnaie. Elles contrôlent donc leur dette nationale. Le système de l’euro est en effet instable (surtout en période de crise) à cause des divergences économiques au sein des différents pays de l’union européenne.
Le 3 février, l’économiste Jean Claude Werrebrouck dans son article (contreinfo) a brillamment résumé la situation :
«La solution serait, en Europe, de contourner la très dangereuse divergence croissante des taux d’intérêt sur la dette souveraine en mutualisant les risques. Ce contournement suppose la création d’une agence commune d’émission faisant disparaître les « spreads ». Mais cela suppose des stratégies de coopération interétatiques aboutissants à des règles contraignantes pour les Etats menacés de dépôt de bilan. »
A vrai dire, cette idée n’est pas nouvelle et l’on peut d’ailleurs remonter à Erik Robert Lindahl qui parlait dejà d’un trésor européen en 1930 et, en 1989, Carlo Ciampi (banquier et 10ème président de la République Italienne) avait fait une proposition qui désirait donner le monopole de l’émission de l’euro à la BCE (proposition Ciampi).
Le rapport Lamfalussy (2004) avait été plus précis et démontrait la nécessité d’un régulateur unique. Un article récent de Bruegel (think tank oeuvrant pour le développement économique de l’europe) parle ainsi de la création d’un régulateur financier unique en Europe.

Or, l’urgence de la situation nous oblige à créer une « structure de défaisance » nous permettant de racheter les créances douteuses ce qui est pour le moment impossible car nous ne possédons pas un trésor européen. Ceci est confirmé par Anton Brender, chef économiste de la banque Dexia : « Il faut quelqu’un qui achète les dettes, or, même à l’échelle de la zone euro, il n’existe pas de Trésor commun. Voilà toute l’ambiguïté de l’Union monétaire européenne. Elle est dotée d’une même monnaie, mais la Banque centrale européenne ne dispose d’aucune autorité en matière prudentielle vis-à-vis des banques ». Source: Le Figaro.fr du 24 09 08. Plus récemment, l’économiste Michel Aglietta a démontré que le système de l’euro était fragile car il ne pouvait pas (contrairement à la FED) se positionner comme prêteur central en dernier ressort car la BCE n’émettait pas l’euro et possédait peu de fonds propres.

Pourtant, la mise en place de ce trésor européen a toujours été perçue comme politiquement irréalisable. M. Maurice Blin avait ainsi souligné l'impossibilité de créer une autorité internationale unique, chargée de la régulation financière. Source : Bienvenue au Sénat (rapport d’information du mercredi 22 mars 2000).
Mais, peu à peu, l’ampleur de la crise a modifié les points de vue. Ainsi, Christian de Boissieu, Professeur d’économie à l’Université de Paris I et Président du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier Ministre a ainsi déclaré :
« Du point de vue de la gouvernance, cette crise est apparue comme un nouveau défi pour une Europe en manque d’institutions politiques. » Nicolas Sarkozy a par ailleurs, devant le Parlement de Strasbourg, appelé, « à la lumière de la crise financière », à la création d'un "gouvernement économique clairement identifié" dans la zone euro, travaillant aux côtés de la Banque centrale européenne. Source : Le Point.fr (21/10/2008).

Nous le voyons donc, contrairement à ce que pensent certains, l’Europe sortira renforcée par cette crise car elle se dotera d’une BCE renforcée ayant le monopole de l’émission de l’euro, de fonds propres (création d’un impôt européen), d’un trésor européen, d’un « gouvernement économique » mais surtout s’élargira.
En effet, les pays indépendants comme le Royaume-Uni et la Suisse n’auront pas d’autres choix que d’intégrer la zone euro.
Jean-Pierre Jouyet directeur du Trésor au ministère des finances (de 2000 à 2004) a d’ailleurs affirmé le 21 octobre 2008 :
« Soit la Grande-Bretagne reste à côté et la zone euro avancera, avec un maximum de coopération avec les Britanniques. Soit, lorsque les conditions seront réunies, elle rejoindra la zone euro. Celle-ci en serait alors plus forte pour affronter les défis de la régulation économique et financière. »
Les conditions sont aujourd’hui réunies car le Royaume-Uni est ruiné et sa devise s’effondre de jour en jour.
Quant à la Suisse, l’on peut résumer son problème à une expression « too big to save » car UBS et Crédit Suisse, ses deux principales banques possèdent des bilans de 3000 milliards de dollars soit 10 fois le PIB du pays. L’euro sera là aussi la seule planche de salut. Je n’aborde même pas le problème de l’Irlande qui a littéralement « un révolver sur la tempe » et ratifiera le traité de Lisbonne pour s’en sortir.

Voilà, les adeptes de la « démondialisation » seront déçus ainsi que ceux qui pensaient pouvoir profiter de la crise pour changer ce système. Dans mon prochain article (N°2) je démontrerai de façon précise comment les autres pays seront obligés de s’intégrer dans des pôles continentaux (North American Union pour les USA par exemple) et surtout comment, face à la dislocation du système monétaire actuel, sera créée la nouvelle monnaie globale qui sera totalement déconnectée des états-nations.
Il reste cependant quelques esprits brillants comme Paul Jorion qui ont compris que cette crise est le révélateur de problèmes structurels plus importants. Il va falloir ainsi s’interroger sur notre système économique basé sur la consommation à partir de dettes qui détruit notre planète et l’humanité qui est en nous.
La grande crise actuelle est surtout celle de l’esprit, une faillite intellectuelle majeure car nous sommes face à des problèmes (surpopulation, pollution, problèmes de l’eau, captation des richesses par quelques « seigneurs financiers ») que seule « une constitution pour l’économie » qui implique des changements radicaux pourra résoudre.
La sagesse des anciens peut nous éclairer, comme cette phrase de Sitting Bull, grand chef des sioux :
“Après que le dernier arbre aura été coupé, après que la dernière rivière aura été empoisonnée, après que le dernier poisson aura été attrapé, alors seulement vous vous rendrez compte que l’argent ne peut être mangé.”

Jean Claude Werrebrouck 16/02/2009 10:18


Merci pour votre article. Je vois que vous êtes optimiste et vous pensez que la puissance de la crise est telle que la construction européenne accélerera très rapidement sa construction.
vous pensez ainsi que l'on passera rapidement à un grand Etat européen lui même en expansion. j'aimerai partager cet optimisme, mais je pense que les difficultés et donc les coûts pour parvenir à
cette construction sont infiniment supérieurs à la solution de facilité qu'est l'inflation. elle sera elle même relativement couteuse puisqu'elle passe par le reniement d'un croyance
collective construite avec le monétarisme depuis les années 70.Mais construire un grand Etat européen est autrement coûteux... et boîteux car les peuples existent avec toutes leurs spécificité.
Regardez par exemple la construction d'un Etat belge en 1830, aujourd'hui en voie de décomposition alors même qu'il s'agissait à l'époque d'une solution relativement aisée. je crois par conséquent
que la construction rapide d'un grand Etat européen suppose que la crise dépasse tout ce que l'on pouvait imaginer en terme de violence, et aussi une très grande maturité chez les hommes politiques
et les peuples correspondants. Mais je souhaite me tromper.
Au plaisir de vous lire.


chris06 12/02/2009 13:13

Je ne pense pas que la divergence des taux entre les pays à plus fort risque (PIIGS) et les autres augmente le risque d'éclatement de la zone Euro, mais qu'il s'agit d'un signal d'alarme nécessaire pour que nous reprenions conscience que la notion de convergence doit être réelle et non factice.

Je m'explique : toute l'idée d'une union monétaire telle l'Euro etait qu'etant donné que les differents pays n'auraient plus à leur disposition une politique monétaire et des taux de changes indépendante, ils seraient conduits à mettre en place de façon plus agressive des réformes structurelles en profondeur pour assurer une convergence des gains de productivité, d'innovation et de performance intrinseque réels et éviter une divergence de leurs performances économiques.

Mais en fait, durant les dernières décenies, il n'y a eu que peu de réformes structurelles en profondeur dans ces pays et la forte croissance des pays PIIGS a été principalement obtenue par des solutions de facilité, en la basant sur une utilisation des capitaux vers les secteurs les moins productifs et innovateurs tels que l'immobilier ou le tourisme, et donc en créant une convergence factice dont nous voyons maintenant le vériatble résultat.

Je réside en Espagne depuis de nombreuses années, si je compare avec l'allemagne qui est un pays où j'ai travillé aussi pendant plus de 5 ans, il reste un décalage phenoménal au niveau de la manière dont on a éduqué les nouvelles génerations. Les espagnols sont toujours restés réticent à l'internationalisation, l'éducation en langues et sciences est déplorable, les horraires de travail toujours aussi antiques, le goût du travail bien fait toujours en nette divergence par rapport à des pays comme l'allemagne. On nous a fait croire a une soit-disant convergence des niveaux de prosperité dont une grande part était d'origine complètement factice, ou tou du moins extremement fragile.

Les espagnols sont encore aveuglés par un pouvoir et des médias qui ne veulent pas dire la vérité (encore plus qu'en France, c'est pour dire !) et donc il va falloir qu'ils se reveillent.
Oui, l'allemagne et la

DTX 11/02/2009 22:03

Je vous passe un billet que j'ai écrit en ce début d'année où déjà le problème transpirait...
Nous n'en sommes toujours pas sortis

"2009, prise de conscience? 1er Janvier 2009

Depuis pas mal de temps, nos chers banquiers centraux croyaient pouvoir jouer avec le coût de l'argent et ainsi remettre à volonté du charbon dans la machine quand ils le désiraient afin de contrer une récession quand cela semblait nécessaire,
mais dans ce cas précis ,la déflation planétaire prend le dessus,
cela semble inefficace...

Que se passe t'il ?..

Ne se sont t'ils pas tous concertés et n'ont ils pas agit de conserves ?...

A problèmes mondiaux, une réponse coordonnée de la Chine et de toutes les banques centrales des pays de l'OCDE a été entreprise, ils ont baissé leurs taux de manière synchrone et...

Aucuns résultats...

Pourtant en agissant sur la monnaie, l'économie devrait suivre, non?...

Alors agissons avec des plans de relance nationaux respectifs mais à l'échelle mondiale...

Et alors?..., toujours aucunes réactions...

Et si l'idée de traiter ce problème mondialement avec une réponse identique quelque soit la zone géographique n'était pas la solution?...

Peut-être ont ils fait une erreur?...

Quand on utilise un médicament avéré pour une maladie supposée et que celui ci ne fonctionne pas,
Ne pouvons nous pas nous poser la question de l'erreur de diagnostic au sujet de la maladie?

Certes, il s'agit bien de la déflation, phénomène connu, et d'une intensité rare,

mais les causes de celle ci, ont elles été bien cernées?

Un excès de consommation juste après les fêtes pour les uns

et un manque chronique de nourriture et de soins pour les autres

nécessite t'il le même remède?

C'est pourtant ce que l'on essaye d'appliquer à l'économie mondiale dans son ensemble...

Le toujours plus d'argent à une partie du monde afin qu'elle continue à consommer le plus possible sans se soucier de son épargne

Et le toujours plus d'argent à l'autre partie du monde afin qu'elle continue à épargner le plus possible sans se soucier de sa consommation

Cela est il tenable? En mettant toujours plus d'argent dans ce cycle, on entretient soigneusement
les causes mêmes des déséquilibres qui ont causé la maladie...

Et les désordres macro économiques d'épargne et de consommation qui sont la cause des déséquilibres monétaires et budgétaires continuent d'être entretenus

Les pays les plus exportateurs (Allemagne, Japon, Chine, Opep)
ont, comme par hazard ,les consommations intérieures les plus atones de la planète
et des balances commerciales excédentaires vraiment disproportionnées par rapport au reste des pays de l'OCDE qui ne fait pour ainsi dire que consommer en empruntant à ces premiers sans épargner et en finissant avec des balances commerciales ridiculement déficitaires

un réequilibrage s'impose et c'est ce qui se passe en ce moment : La Déflation.

Avec la Déflation les pays les plus exportateurs ne vont plus rien vendre et vont être obligés de s'occuper de leur consommation intérieure avec leurs énormes réserves de change pour faire repartir leurs propres économies...

Et les pays les plus importateurs vont être obligés de recommencer à épargner, privés qu'ils seront en retour de ces réserves de change, ils ne pourront plus emprunter et ils vont donc moins consommer...

le traitement qui tend à l'équilibre de cette épreuve peut être adouci par un dosage monétaire et budgétaire subtil selon que vous soyez dans l'une ou l'autre de ces catégories de pays mais certainement pas par une réponse identique et globale comme on tente de le faire en ce moment.

Comme nous sommes loin de cette prise de conscience au niveau international, j'ai bien peur que ce réequilibrage ne se fasse dans la douleur avec des risques de soulèvements populaires dans les pays ayant le moins d'amortisseurs sociaux ou de réserves de change suffisantes

à moins qu'un G20 ayant vraiment pris conscience de ces problèmes n'interviennent d'ici peu
le protectionnisme reprendra ces droits avec son cortège de conséquences aussi bien néfaste pour l'économie que pour la paix mondiale.Cela a d'ailleurs déjà commencé avec des dévaluations compétitives (dollar, livre, yuan)qui ne disent pas leur nom.

La planète sera au bord du gouffre si l'égoïsme monétaire et budgétaire continue à prédominer ...

Au vu de ce qui s'est passé dans la première moitié du siècle dernier nous pouvons être pessimistes si on se réfère aux deux guerres mondiales ...

A contrario la deuxième moitié de ce siècle a été plus positive avec l'avènement d'une Europe unie
qui a réussi à dépasser ses égoïsmes nationaux...

A ce titre le comportement de l'Allemagne vis à vis de l'Euroland et notamment de la France sera emblèmatique de ce qui risque de se passer au niveau mondial

L'idéal serait bien sûr que nous ayions tous une monnaie forte et un équilibre budgétaire, il va sans dire...

Mais si l'Allemagne continue de tempêter comme elle le fait contre les pays anglo-saxons insouciants qui ne sont d'ailleurs pas exempts de tous reproches ou contre les pays latins budgétairement dépensiers de l'Euroland, France en tête, sans prendre conscience de sa propre dépendance et responsabilité envers ceux ci alors l'Euroland court à sa perte et par voie de conséquence le reste de la planète

Le leader ship moral mondial ayant rebasculé depuis le début de la crise vers l'Europe celle ci sera
exemplaire pour le reste du monde

Autant l'élection d'Obama était décisive pour l'année 2008, autant la prise de conscience de Merkel
de cet état de fait sera primordiale pour 2009

L'Allemagne arrivera t'elle à dépasser sa psychose maladive de l'inflation héritée de l'entre deux guerres et à infléchir la politique monétaire de la BCE créée à l'image d'un Mark fort pour la cohésion de la zone Euro ? Associé à une politique budgéaire plus laxiste elle ferait ainsi repartir sa demande intérieure si vitale à l'économie européenne ?

J'ai bien peur que L'Europe n'ait pas le temps d'attendre les élections allemandes de septembre avec un éventuel successeur mieux disposé à cet égard et qu'elle ne soit contrainte à une nécessiteuse obligation de réconciliation franco allemande dans l'intervalle.

A la charge du président Francais de rassurer la Chancellière quant à son sérieux vis à vis de sa rigueur budgétaire qui a toujours été un défaut bien francais une fois la crise passée et du bien fondé de cette opération.

Il leur faudra pour cela ranger leurs égos, leurs peurs et leurs défauts respectifs au placard

Ce ne sera pas une mince affaire...mais cela reste encore possible


Réapprendre à épargner pour les plus dépensiers et à dépenser pour les plus précautionneux n'est pas chose impossible avec des politiques monétaires et budgétaires appropriées selon les pays concernés,

le plus difficile est d'en prendre conscience et d'agir vite...

réussirons nous? 2009 et l'Europe nous le diront..."


@+Philippe

Jean Claude Werrebrouck 12/02/2009 08:09


merci pour votre réponse.


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