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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 10:10

 

Dans la course à la dévaluation interne, le gouvernement espagnol semble vouloir frapper un grand coup en divisant par 4  les charges sur le salaire moyen[1]. Précisons que cette décision ne concerne que les emplois nouvellement crées sous la forme de CDI   ou de CDD de longue durée. Il s’agit donc d’une dévaluation à la marge concernant des flux et non des stocks comme c’est le cas pour la dévaluation interne française.

Quels sont les effets macro-économiques d’une telle décision ?

Deux scénarios se doivent d’être étudiés : le cout du travail ne baisse pas et la diminution des charges sociales est absorbée par une augmentation du salaire net. A l’inverse un scénario probablement plus réaliste part de l’hypothèse d’une baisse effective du cout du travail.

 

Scénario 1

La non dévaluation interne se traduit en marginal par une hausse du pouvoir d’achat et –toutes choses égales par ailleurs – par une aggravation des déficits publics.

A la marge, le supplément de demande globale résultant du pouvoir d’achat supplémentaire peut nourrir une offre supplémentaire, mais il n’existe aucune hausse de la compétitivité dans un contexte d’aggravation du déficit public[2], et de la dette publique[3].

Le scénario 2 est plus probable et aussi beaucoup plus intéressant.

 

Scénario 2 : la baisse du cout du travail.

Cette dernière développe des conséquences directes sur les entreprises, conséquences développant elles-mêmes des effets secondaires. Mais elle développe aussi des conséquences directes sur les Administrations Publiques, là aussi avec des effets secondaires.

A) Conséquences directes sur les entreprises et effets secondaires.

Les entreprises bénéficiant d’une marge plus importante peuvent la conserver ou, à l’inverse, la rétrocéder aux clients sous la forme d’une baisse de prix.

1) Le choix d’une conservation de la marge accrue.

Les prix restants inchangés, les profits augmentent. L’impact sur la demande globale dépend de l’affectation des profits : investissements nouveaux ? Ou épargne nouvelle à l’instar de ce qui se passe dans les grandes entreprises internationales? Et dans le cas de l’hypothèse d’investissements nouveaux, quel type ? Renouvellement ? Modernisation ? Capacité ? Degré d’attraction au regard des investisseurs étrangers ? Il est très difficile de répondre. L’offre devient plus compétitive mais peut-on faire confiance à la loi de Say ?

Maintenant que faut-il attendre des nouveaux salariés en termes de demande, le seul pouvoir d’achat supplémentaire n’étant que la différence entre le salaire nouveau et les anciennes prestations au titre du chômage ?

A l’international toutefois les choses sont plus claires et des investisseurs étrangers peuvent être attirés par des salaires devenant progressivement chinois à l’intérieur même du continent européen. La dévaluation interne espagnole peut donc redéfinir la fracturation des chaines mondiales de la valeur, avec des exportations supplémentaires et probablement les importations associées au surplus d’exportations. Dans ce cas il y a une compétitivité nouvelle, acquise au détriment des autres Etats devant encaisser une dégradation de leurs comptes extérieurs. C'est bien ce que confirme déjà les derniers chiffres de la balance courante espagnole avec un excédent de 7,1milliard d'euros constitué notamment par une croissance de 5,1% des exportations. Signalons aussi qu'une accumulation en 2013 de 88,8 de capitaux a probablement permise un début de reconfiguration des chaines de la valeur au bénéfice de l'Espagne.

2) Le choix d’une rétrocession de marge aux consommateurs.

Dans ce cas il y a baisse des prix à la marge (« le flux ») avec éventuelle concurrence déloyale au profit des entreprises redevables de charges inchangées (« le stock »). Un double effet « déflation/ hausse du pouvoir d’achat » s’enclenche sans qu’il soit possible d’énoncer un quelconque résultat sur la demande globale. Par contre au niveau international, si l’élasticité-prix des exportations est suffisante, il peut y avoir hausse de la demande et là aussi redéfinition de la fragmentation des chaines de valeurs.

B) Conséquences sur les Administrations Publiques et effets secondaires.

Les administrations publiques peuvent choisir d’aller jusqu’au bout du choix de la baisse du cout du travail et diminuent les prestations sociales (maladie, chômage, accident, vieillesse, etc.). Elles peuvent aussi choisir la voie d’une croissance de la dette.

1) Le choix d’une diminution des prestations sociales.

Les conséquences sont évidentes et les entités fournisseuses des services sociaux se heurtent à une perte de débouchés : Laboratoires pharmaceutiques et industrie médicale, établissements publics et privés d’accueil et de soins, entreprises dont le chiffre d’affaires repose sur les dépenses de revenus de transferts, etc. L’offre compétitive se heurte ainsi à une réduction de la demande globale.

2) Le choix de la croissance de la dette.

Dans ce scénario il n’y a pas véritablement baisse du coût total du travail, l’Etat-social se maintenant alors même qu’il a perdu une partie de son financement. Il n’existe donc pas de réduction de la demande globale et les effets signalés sur les entreprises ne sont pas pollués par une baisse des dépenses publiques.

 On peut observer que les Administrations Publiques espagnoles ont choisi un mix des deux solutions : durcissement des conditions d’accès aux revenus de substitution, aux soins médicaux, etc., et en même temps aggravation de la dette publique.

Conclusions.

La dévaluation interne espagnole est- elle un bon choix ?

Les développements précédents révèlent que la compétitivité recherchée n’apporte de solution satisfaisante en termes de dettes publiques et de chômage que si l’Espagne se construit des comptes extérieurs très fortement excédentaires. Un excédent lui-même issu d’une redéfinition des chaines de la valeur allant dans le sens de l’intérêt espagnol et donc au détriment des autres pays supports de la chaine. Le jeu est en effet à somme nulle y compris pour les plus compétitifs[4]. Ainsi l’Allemagne, grande animatrice des chaines européennes de la valeur, peut elle-même connaitre de nouvelles vagues de délocalisations vers une Espagne devenue Chine de L’Europe. Plus l’Europe reste la pointe avancée de la mondialisation et plus elle entre- plus que d’autres pays qui ont conservé au moins partiellement le stade de l’Etat-Nation -  dans une « coopération » improductive.

Le chômage, qui frappe 26% des actifs alors même que la population totale diminue[5], et la question de la dette ne peuvent être réglés par la compétitivité que si les autres pays acceptent le mercantilisme espagnol sans réagir. La baisse de la part des salaires dans le PIB - baisse partout constatée[6]- n’est pas le reflet d’un néo machinisme devenu puissance informatique ou « deuxième ère des machines » détruisant et abaissant mécaniquement le taux de salaire[7]. Ces phénomènes résultent bien plutôt de la forme prise par la mondialisation, forme dans laquelle les salaires ont perdu leur statut de débouché.[8]

Les entrepreneurs politiques espagnols en concurrence avec les entrepreneurs politiques des autres pays de la zone euro semblent vouloir devenir les champions de la course à la dévaluation interne. Se faisant - aussi en raison du poids de l’Espagne dans la zone euro[9] - ils aggravent, plus que d’autres, la crise générale et le risque de déflation[10], y compris là où la croissance – certes timide-  existe encore[11].

Cette stratégie suicidaire de la zone euro est, en raison de la disparition de toute politique monétaire, plus radicale que dans le reste du monde et correspond aussi, à la fin des classes moyennes que le Fordisme des trente glorieuses avait générées[12].

 



[1] Dans sa déclaration du 24 février dernier, Mariano Rajoy annonce que toute création d’emploi sera assortie d’un prélèvement unique de 100 euros par mois. Ainsi pour un salaire annuel brut de 20000 euros, les charges passeraient de 5700 à 1200 euros, soit une diminution de 75%. Cette mesure assez radicale de dévaluation prolonge et développe la course à la baisse du taux de salaire en Espagne. Aujourd’hui 50% des offres d’emplois sont proposées à moins de 1000 euros/mois, elles ne représentaient que 30% début 2013.

[2] - 5,8 points de PIB pour 2014 et en prévision – 6,5 pour 2015.

[3] 99 points de PIB pour 2014 et en prévision 103 pour 2015

[5] Solde migratoire négatif de 118238 personnes pour le seul premier semestre 2013.

[6] Cf L’Organisation Mondiale du Travail (OIT) et son Rapport Mondial sur les Salaires 2012/2013 qui évoque la diminution de la part salariale dans la valeur Ajoutée, réalité statistique parfois contestée.

[7] Question débattue depuis Ricardo en passant par le regretté Alfred Sauvy (« La machine et le chômage », Bordas/Dunod 1980) et aujourd’hui des membres du MIT comme Erik Brynjolfsson ou Andrew Mcafee.

[8] Cf : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-de-say-comme-obstacle-a-la-lecture-de-la-grande-crise-115527906.html

[9] 12 points de PIB de la zone.

[10] Selon l’office fédéral des Statistiques, la hausse des prix  en Allemagne se rapproche dangereusement de la zone déflationniste : 1,4% en Décembre, 1,3 en Janvier, et 1,2 en février. Dans le même temps les salaires réels ont diminué  (-0,2%) en 2013.

[11] 0,4 points en Allemagne pour l’année 2013.

[12] Sur la fin des classes moyennes on pourra se reporter sur 2 ouvrages récents : « Average is Over. Powering America Beyond the Age of the Great Stagnation », Tyler Cowen, Dutton 2013 ; et « Broke. Who Killed the Middle Classes”, David Boyle, Fourth Estate,2013.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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commentaires

BA 15/03/2014 10:29

15 mars 1944 : le programme du CNR.

70 ans après, souvenons-nous…

http://www.les-crises.fr/15-mars-1944-cnr/

Admiration sans borne pour le programme du CNR, plus que jamais d’actualité.

Nous savons ce qui va se passer tout au long du XXIème siècle.

Nous savons quelles sont les quatre étapes que nous allons suivre tout au long du XXIème siècle :

1- Effondrement.

2- Ensuite, révolte.

3- Ensuite, libération de la France.

4- Ensuite, épuration.

L’Histoire est un éternel recommencement.

BA 14/03/2014 18:06

A propos de l'Espagne :

2007 : dette publique de 382,307 milliards d’euros, soit 36,3 % du PIB
2008 : dette publique de 40,2 % du PIB
2009 : 54 % du PIB
2010 : 61,7 % du PIB
2011 : 70,5 % du PIB
2012 : 86 % du PIB
2013 : dette publique de 960,640 milliards d’euros, soit 93,9% du PIB

Espagne : record de la dette publique fin 2013.

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/03/14/97002-20140314FILWWW00103-espagne-record-de-la-dette-publique-fin-2013.php

A propos de l’Italie :

2007 : dette publique de 1605,1 milliards d’euros, soit 103,3 % du PIB.
2008 : dette publique de 1671 milliards d’euros, soit 106,1 % du PIB.
2009 : 116,4 % du PIB.
2010 : 119,3 % du PIB.
2011 : 120,8 % du PIB.
2012 : 127 % du PIB.
2013 : 132,6 % du PIB.

Italie : record de la dette publique fin 2013.

Recul du PIB italien et envolée de la dette.

La dette publique italienne, la deuxième de la zone euro rapportée au PIB après celle de la Grèce, a inscrit un nouveau record, à 132,6 % du PIB en 2013, précise l'institut national de la
statistique Istat, après 127 % en 2012.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/03/recul-du-pib-italien-et-envolee-de-la-dette_4376655_3234.html

Hadrien 12/03/2014 22:02

Énorme !
L’arrogance allemande n’a plus de limites…

[La financiarisation a réussi à mettre la main sur le pouvoir judiciaire, après avoir mis le joug aux pouvoirs législatifs et exécutifs dans le monde occidental. Il y a dès lors bien des raisons
d’être préoccupé pour l’avenir de la démocratie et la paix des peuples (...)

Le communiqué de presse que la Cour constitutionnelle allemande a publié le 7 février 2014 pourrait représenter «le début de la fin» de la zone euro. La remise en question, par la majorité des
juges de cette cour, du programme mis sur pied par la Banque centrale européenne (BCE) permettant le rachat illimité d’obligations des États membres de l’Euroland («Outright Monetary Transactions»,
OMT) revient à verser de l’huile sur les braises de la crise qui continue de sévir notamment dans les pays dits «périphériques» de l’Union monétaire européenne. Si les acteurs majeurs sur les
marchés financiers globalisés n’ont pas (encore) réagi de manière virulente à la décision de la cour allemande, cela peut être dû à l’incertitude soulevée par le texte qu’elle a publié et dont la
précision juridique contraste visiblement avec l’ambiguïté en ce qui concerne les principes de politique économique (un domaine pour lequel les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe n’ont
pas de compétences institutionnelles, voire de capacité analytique éprouvée)....]
Suite et source ci-dessous (Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, en Suisse, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research
Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada)

http://www.hebdo.ch/les-blogs/rossi...

Toutes proportions gardées, cette main mise unilatérale par la cour constitutionnelle de Karlsruhe rappelle l’Anschluss et l’annexion des Sudètes, au nom de l’espace vital d'un seul peuple !
Effectivement, on s’approche du dénouement...

BA 10/03/2014 07:02

En Europe, les banques ne se font plus confiance entre elles.

En Europe, les banques savent qu'elles sont en faillite. Conséquence : les banques européennes refusent de se prêter de l'argent. Les prêts interbancaires s'effondrent.

La question est : "QUAND aura lieu l'effondrement du système bancaire européen ?"

Dimanche 9 mars 2014 :

Les prêts internationaux ont continué de chuter au 3e trimestre 2013.

Les créances transfrontalières ont continué de se contracter au troisième trimestre 2013, notamment face à l’asséchement des prêts interbancaires en particulier dans la zone euro, a indiqué
dimanche la Banque des Règlements Internationaux (BRI).

L’institution sise à Bâle, en Suisse, a mis en lumière une diminution prononcée de l’activité interbancaire transnationale dans la zone euro (-4,2%) mais aussi au Royaume-Uni (-7,8%).

Le financement interbancaire international a été très touché par la crise financière de 2007-2009 et les tensions qui l’ont suivie dans la zone euro, a pointé la BRI.

Depuis fin mars 2008, les prêts entre les banques d’un pays à l’autre se sont réduits de 5.700 milliards de dollars, pour tomber à 17.000 milliards à la fin du troisième trimestre 2013, a-t-elle
quantifié.

«Cette contraction est imputable, pour les deux-tiers, aux banques dont le siège se trouve dans la zone euro, et pour la quasi-totalité du troisième tiers, aux banques suisses», a indiqué la BRI
dans un communiqué.

http://www.liberation.fr/economie/2014/03/09/les-prets-internationaux-ont-continue-de-chuter-au-3e-trimestre-2013_985676

Jean Claude Werrebrouck 08/03/2014 09:05

A jean Paul Devos
Je n'arrive pas à communiquer avec vous. Pouvez-vous me donner vos coordonnées?

BA 07/03/2014 06:23

Le cadre maximal de la solidarité est le cadre national.

La solidarité supranationale, ça n'existe pas.

Il n'y a aucune solidarité entre les pays européens.

La zone euro va exploser. La seule question est : "Quand ?"

Jeudi 6 mars 2014 :

La Grèce exige des réparations de guerre de l'Allemagne.

http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/03/06/la-grece-exige-des-reparations-de-guerre-de-l-allemagne_4378951_4350146.html

BA 05/03/2014 16:32

Janvier 2014 :

Grèce : 28 % de chômage.
Chômage des jeunes : 61,4 %.

Espagne : 25,8 % de chômage.
Chômage des jeunes : 54,6 %.

Croatie : 18,8 % de chômage.
Chômage des jeunes : 49,8 %.

Chypre : 16,8 %.
Chez les jeunes : 40,3 %.

Portugal : 15,3 %.
Chez les jeunes : 34,7 %.

Slovaquie : 13,6 %.
Chez les jeunes : 31,3 %.

Bulgarie : 13,1 %.
Chez les jeunes : 30 %.

Italie : 12,9 %.
Chez les jeunes : 42,4 %.

Irlande : 11,9 %.
Chez les jeunes : 26 %.

Hadrien 03/03/2014 16:00

OFFRE ET DEMANDE : comment tuer à la fois la poule et l’oeuf de KEYNES, par la "compétitivité" à tout prix !

Ce fut pourtant l’apport de Keynes que de montrer en quoi séparer - voire opposer - offre et demande dans le circuit économique est aussi absurde que s’interroger sur la primauté de l’oeuf ou de la
poule. Dans les deux cas, le multiplicateur de croissance de la boucle dynamique ne prend effet que si les deux facteurs sont en état de marche... Et le rôle de l’État est bien d’y veiller, en
intervenant au besoin en cas de défaillance, dans les deux sens:
- redistribution et dépense publique pour sauvegarder la demande
- innovation et grands projets pour renforcer l’offre
- création monétaire nourrissant l’un et l’autre
Or, si ce schéma des "Jours heureux" de la Reconstruction (programme CNR de 1944) fit effectivement les beaux jours des Trente Glorieuses, il s’est arrêté net avec l’arrivée de la "révolution
conservatrice" :

Rappelons le problème tel qu’il est, scientifiquement parlant :
C’est au vingtième siècle, avec Keynes ainsi que le Fordisme, que l’on avait commencé à prendre vraiment conscience du phénomène de la croissance qui, mathématiquement, est une instabilité à
multiplicateur positif dans la boucle consommation-production des activités humaines. Comme dans tout phénomène bouclé, parler en faveur de l’un ou de l’autre, offre ou demande, comme s’y évertuent
de pseudo-économistes politiques dans le cadre national de la lutte capital/travail ou patronat/syndicats, n’a pas plus de sens que disserter sur la primauté de l’oeuf ou de la poule. Cela concerne
évidemment le cadre strictement national.
Dans un cadre international, en revanche, tout change si on laisse des pays moins développés entrer sans précaution en libre échange avec ceux qui sont plus avancés dans leur cycle de
développement. La consommation de ces derniers se branche alors sur la production des premiers, qui voient leur compétitivité s'exercer au détriment de celle des pays avancés qui la voient
régresser par un effet croisé des plus évidents.
Certains diront qu’après tout, ce n’est que justice de voir ainsi les plus en retard connaître un rattrapage bénéfique.
Sauf que cela entraîne un autre effet croisé : ce sont les classes exploitantes de tels pays qui bénéficient de cette "compétitivité", dans l’accumulation croissante de capital décrite par Marx au
XIXe siècle.
Et ce sont les classes exploitées des pays jusque là avancés qui pâtissent des restrictions salariales, puis sociales, en finissant par perdre leurs acquis et, avec eux, leur statut "avancé"
dilappidant ainsi l’héritage de leurs aînés.
D’où le schéma que l’on peut résumer par :
La concentration de capital des riches dans les pays dits plus compétitifs se fait en exploitant davantage leurs travailleurs. Et la concentration de capital des riches chez les autres se fait en
délocalisant ou en réduisant les conditions faites à aux travailleurs nationaux, c'est à dire en faisant la même chose
Aucun bénéfice donc pour ceux qui en avaient le plus besoin, et régression pour ceux qui avaient le plus avancé socialement.

Le premier cas est sans aucun doute celui des pays du Sud qui souffrent tant actuellement, mais le second est celui de certains pays du Nord au premier rang desquels l'Allemagne...

Pour en juger, voici le rapport original de l’étude de la BCE tant commentée par les médias et d’autres avec une gêne évidente, concernant le patrimoine net des ménages en zone euro :
http://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/ot...

Le patrimoine ou NET WEALTH (Richesse nette, c.a.d. moins les dettes) comporte :
- Real Assets (dont real estate assets, c.a.d. immobilier)
- Financial assets (avoirs financiers)

NET WEALTH OF HOUSEHOLDS ( = MÉNAGES)

Table 4.1 Net wealth by [demographic and] country characteristics (p.76)
(en milliers d’euros)
Luxemb. : 398
Chypre : 267
Malte : 216
Belgium : 206
Spain : 183
Italie : 173
France : 116
Paysbas : 104
Grèce : 102
Slovénie : 101
Finlande : 85
Autriche : 76
Portugal : 75
Slovaquie : 61
Germany : 51
OUI, L’ALLEMAND MÉDIAN EST LE PLUS PAUVRE EN ZONE EURO !

Depuis qu’on nous vante de tous côtés les « succès » de la politique de « l’offre » allemande, quel est le bénéfice d’une telle politique… pour la grande majorité d’un peuple dont on constate que
son patrimoine médian, au total, s’avère si faible (le dernier de la zone euro) et accroît les inégalités (la médiane y est quatre fois plus faible que la moyenne, contre deux fois seulement en
France) ?
Qu’a donc fait l’Allemagne de l’Ouest de tous ses excédents commerciaux durant toute la deuxième moitié du XXe siècle ?
Poser la question, c'est y répondre à la façon développée plus haut: tous les bénéfices en sont allés aux actionnaires (en Allemagne, mille ménages ont plus de cent millions d'euros en actifs, un
nombre supérieur en proportion à celui des USA!) et aux entreprises elles-mêmes (afin d'accentuer la perpétuation du schéma!)

A-t-on perdu de vue à ce point, en Europe comme ailleurs, la distinction entre les fins (le bien-être de la population) et les moyens (la "compétitivité" des entreprises) ?

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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