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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 09:45

Résumé: La monnaie fonctionne dans une structure de reseau et se trouve être, en sa qualité de créatrice d'un ordre social, un bien public fondamental. Son double caractère d'instrument de circulation et de réserve de valeur, généralement associé à sa privatisation en font un produit très fragile dans le cadre de la présente mondialisation. Il convient de reconstruire le système monétaire et financier autour des idées de Maurice Allais. Le présent texte propose de renationaliser la monnaie, de mettre fin au "capital fictif" et en examine les conséquences macro sociales et termes de gagants et de perdants.

Les lecteurs habituels du Blog peuvent directement passer à la section 2 de l'article: "La refondation du réseau monétaire" et commencer la lecture au paragraphe: "l'Etat comme monopoleur de la création et de la vente de monnaie".

 

On sait qu'historiquement la monnaie est d'abord l'instrument du politique: un pouvoir qui impose les signes dans lesquels les sujets devront solder leur position d'éternels endettés vis à vis du prince.Rapidement pouvoir politique et pouvoir économique coopérent dans le système de la monnaie frappée. Un système qui va bientôt devenir un réseau enraciné dans un territoire.

1 ) La monnaie : une structure de réseau bien problématique

La monnaie est l’équivalent d’une infrastructure, telle un réseau ferroviaire assurant la circulation des personnes et des biens, ou un réseau électrique assurant la circulation des kilowattheures.

Les particularités du réseau monétaire parmi les réseaux en général

L’industrie bancaire assure la circulation des marchandises en assurant la circulation de la monnaie entre ces ports que sont des comptes abrités dans des banques. Les banques, sont comme la SNCF ou EDF d’avant la libéralisation, et il est impossible de séparer le réseau de ses véhicules : le paiement, largement électronique, est à la fois réseau et véhicule. Comme la SNCF où il apparaissait impensable, avant la libéralisation, de séparer le réseau ferré du matériel roulant.

Mais il est des différences : le réseau bancaire n’est pas monolithique et se trouve peuplé de banques en concurrence. Qui plus est, cette concurrence peut entrainer des modifications de parts de marché entre les ports. Ce qui n’était pas le cas du chemin de fer ou des compagnies d’électricité d’avant les nationalisations de 1945 : les acteurs restaient des monopoles sur les parts de réseau qu’ils contrôlaient. Le caractère non monolithique du réseau bancaire est peu gênant pour la circulation de la monnaie. Outre qu’il existe une norme monétaire commune au dessus de chaque monnaie de banque (une unité de compte), il existe un marché monétaire assurant la cohérence continue du réseau : la monnaie Société Générale se transforme en tous points de l’espace couvert par le réseau, en monnaie BNP , en monnaie Crédit Agricole, etc.

Une autre différence est le fait que la monnaie comme infrastructure de type réseau, est propriété d’agents nombreux et divers, qui peuvent agir sur lui, en le rendant plus ou moins actif. Derrière cette idée, il y a la plus ou moins grande vitesse de circulation de la monnaie, voire son blocage éventuel. Et cette dernière circonstance, résulte du fait que la monnaie n’est pas seulement infrastructure de la circulation : elle est aussi instrument de l’accumulation. Les économistes diront qu’elle n’est pas qu’instrument de paiement, mais aussi réserve de valeur. Les conséquences en sont considérables. Cela revient à dire – en poursuivant la comparaison avec la SNCF ou EDF- que par exemple des trains s’accumulent dans des gares. Et la comparaison est intéressante, car dans l’un et l’autre cas les marchandises cessent de circuler. Et c’est précisément parce que la monnaie est elle-même marchandise (instrument de stockage de richesse) plus ou moins convoitée qu’elle peut gêner/ faciliter la circulation de toutes les autres marchandises : l’infrastructure réseau est plus ou moins stable.

Et parce que marchandise, elle peut être fabriquée comme toutes les autres marchandises. En se désaliénant de la « contrainte métallique » les hommes ont, en la matière, généré des gains de productivité infinis : le coût de fabrication de la monnaie est proche de zéro, et pour les banques centrales, et pour les banques privées, qui depuis un grand nombre d’années se partagent le monopole de la création monétaire. De fait, il s’agit d’un coût marginal, puisque bien des coûts fixes demeurent, spécificité qui rappelle là aussi ces « monopoles naturels » que sont les réseaux classiques.

Le réseau monétaire est un bien public créateur d’ordre social

 Les actuels réseaux monétaires – ce qu’on appelle le système monétaire et financier - sont le résultat de la construction historique de ce qui est devenu un bien public majeur, et bien public sans lequel les sociétés modernes connaitraient un retour à l’état de nature… avec la vitesse de l’éclair. Beaucoup de services publics pourraient disparaître sans radicalement disloquer une société. Ainsi la disparition du réseau ferré, voire même la disparition du réseau électrique, entraineraient certes des difficultés majeures avec nombre de régressions. Toutefois, ces dernières développeraient davantage d’espaces de solidarité, que du face à face brutal entre individus, lequel serait engendré par la nécessité de survivre. En revanche, un effondrement monétaire serait autrement redoutable et développerait en quelques instants – probablement moins d’une journée- la guerre de tous contre tous. Tout ceci pour dire que la monnaie dispose d’une structure de réseau , qui en fait le premier des biens publics, et probablement la clé de voûte de la société. Elle est ce qui fonde « l’ordre » et empêche « la panique », c'est à dire la disparition de tout ordre social.

Curieusement, ce bien public majeur, est aussi le bien public le plus fragile en raison du caractère réserve de valeur de la monnaie. Le double caractère de la monnaie se remarque dans le double caractère des banques : « commercial » et « affaires ». Parce que la monnaie est à la fois, moyen de paiement et réserve de valeur, le réseau peut être parcouru de disfonctionnement et de ruptures .

Double caractère de la monnaie et fragilité du réseau

Les risques inhérents à la volonté accumulatrice autorisée par la fonction réserve de valeur, peuvent entrainer des phénomènes spéculatifs, avec alternance de confiance et de méfiance, débouchant sur de possibles ruptures du réseau, par exemple la disparition de la liquidité sur les marchés monétaires. La même volonté accumulatrice peut aussi développer des bulles sur n’importe quel bien évaluable en monnaie. Et cette même volonté, cherchera le plus naturellement du monde, à élargir l’espace du jeu en interconnectant les monnaies (elles deviennent toutes librement convertibles) ; en développant des marchés à terme sur tous les biens de l’économie réelle, et ce si possible à l’échelle de la planète ; en autorisant la liberté de circulation des capitaux ; etc. Autant d’élargissements de l’espace du jeu engendrant un « gigantisme de réseau » exposé à toutes les contagions possibles.

De ce point de vue, la mondialisation correspond à un processus d’interconnexion et d’unification des réseaux monétaires. Jusqu’ici l’interconnexion existait sous le contrôle de « douaniers » situés à la périphérie de chaque réseau national, et « douaniers » corrigeant ou veillant aux externalités engendrées par la dite interconnexion. Tels des fusibles sur des réseaux électriques, chargés de bloquer la contamination de surtensions apparues en tel ou tel point du système. De ce point de vue , l’unification mondialiste, est utopique en ce qu’elle correspond à la volonté de construire un réseau gigantesque dépourvu de fusibles. Tel un immeuble dont le ravitaillement électrique ne serait pas composé de sous- réseaux (des "lignes") séparés par des fusibles de protection.

Mais parce que l’interconnexion jusqu’à l’unification, sans défenses immunitaires (sans fusibles), porte au plus haut niveau d’intérêt la deuxième fonction de la monnaie (réserve de valeur), les bulles spéculatives et leurs outils ( leviers démesurés, produits synthétiques, outils électroniques de trading, etc.) développent sans limites le fonctionnement entropique du système en voie d’unification. Très simplement, le réseau conçu pour faire circuler des marchandises réelles, fait surtout circuler des paris financiers. Incapable de lutter contre sa propre entropie – à l’inverse des êtres vivants – le réseau monétaire et financier mondial risque son auto destruction.

Parce que premier des biens publics de toute communauté moderne, et en même tant bien public devenu historiquement dépourvu de défenses immunitaires en raison de la dualité monétaire (moyen de paiement/ réserve de valeur), il convient de procéder à un toilettage complet de l’architecture du système monétaire et financier.

De fait, il s'agit de procéder à une refondation, dont la nature de la monnaie, nous fait déjà imaginer qu'elle porterait aussi une dimension politique majeure.

2 ) La refondation du réseau monétaire

Le premier acte d’une refonte réelle doit être la fin du marché de la dette publique en rétablissant l’autorité monétaire. Cela suppose le rétablissement des droits de propriété de l’Etat sur la banque centrale, une institution à laquelle il va confier un strict monopole de l’émission monétaire au seul profit du Trésor. Le volume de l’émission est politiquement décidé et ce dans le cadre d’un objectif de stabilité monétaire lui-même évalué et contrôlé par des institutions elles mêmes démocratiquement construites.

Condition nécessaire : la fin de la privatisation du politique.

Un tel acte refondateur ne peut évidemment fonctionner sans une refondation complète du fonctionnement des marchés politiques. Il ne faudrait pas, que le bien public monétaire, ne fasse l’objet que d’un simple transfert de son appropriation privée, et on ne voit pas en quoi, les fins privées des entrepreneurs politiques (reconduction au pouvoir ou conquête du pouvoir) seraient d’une nature supérieure, aux fins privées des banquiers et de leurs actionnaires (profit) qui jusqu’ici ont accaparé le bien public en en contrôlant l’émission. Le changement de propriétaire n’est pas une garantie de meilleur exercice de la propriété, une propriété fort particulière puisqu’elle reste un droit sur un bien public.

La refonte réelle de la finance suppose – au préalable - une véritable mutation de l’ordre politique. Puisque l’essence du politique est l’appropriation de ce qui surplombe toute communauté humaine –ce que l’on désignait aussi par le terme « d’extériorité» dans d’autres publications - il convient de mettre en place des institutions freinant la tendance universelle, à ce que le politique ne soit que l’utilisation à des fins privées, de ce qui est commun à tous. Sans doute la puissance publique ne peut elle être détenue que par des hommes dont la tendance indépassable est la recherche de la satisfaction privée (le pouvoir comme moyen et comme fin), mais il est probablement possible de diminuer les effets négatifs de cette permanente et universelle spécificité humaine. Dans l’Etat parvenu à son stade démocratique, la solution consiste à interdire, constitutionnellement, la professionnalisation de l’entrepreneuriat politique par interdiction du renouvellement des mandats, mandats eux-mêmes pouvant au moins partiellement être engendrés par des procédures non électives, par exemple le tirage au sort. Cette réforme constitutionnelle, est la première pierre de la réforme monétaire, si l’on veut minorer les errements d’un Etat laxiste, avec des entrepreneurs politiques gérant davantage une carrière privée, bénéficiant par ailleurs des largesses de la planche à billets.

Pour être complet, ce changement de titulaire de la fonction « production de monnaie » doit être strict : il suppose l’interdit radical de la création monétaire par les banques, lesquelles ne pourront prêter , que sur la base de fonds qu’elles auront empruntés, ou mis à leur disposition par des agents privés et l’Etat lui-même. Tout décalage constaté, entre capitaux reçus et capitaux distribués après transformation, devenant activité de faux monnayeur, et à ce titre pénalement sanctionnée. Il en est de même pour la banque centrale, qui dans le cadre de ses interventions auprès des banques, ne peut se livrer à des opérations de « quantitative easing », ce qui signifie que les liquidités mises à disposition sont intégralement remboursables.

L’Etat comme monopoleur de création et de vente de monnaie

La production monétaire se fait ainsi au seul bénéfice du compte du Trésor à la banque centrale. Son cout est nul puisque le prix de revient de la dite production est nul. Cet abondement de ressources- sur ordre donné au gouverneur par l’exécutif- est fléché, et ne peut entrer dans la masse des recettes publiques. Les ressources ainsi mise à la disposition du Trésor par la banque centrale, permettent d’une part, d’assurer un investissement public démocratiquement contrôlé ; elles permettent d’autre part, d’abonder- selon une procédure que l’on examinera plus loin- le compte des banques qui y verront la matière première des investissements privés qu’elles souhaitent financer. Une part de production de monnaie, est affectée à la nécessaire croissance monétaire, résultant de la croissance du volume des échanges impulsés par la croissance économique elle-même. Ce volume de monnaie supplémentaire est démocratiquement décidé et contrôlé.

L’investissement public n’est pas nécessairement financé en totalité par la production monétaire : il peut aussi l’être par une épargne construite sur un excédent primaire. Si le financement de l’investissement public se fait à taux nul, il n’en va pas de même pour l’investissement privé financé par les banques, à partir de la production de monnaie mise à leur disposition par l’Etat. Outre que l’Etat met à leur disposition une ressource payante - l’Etat est payé, sous la forme d’un taux d’intérêt, pour la monnaie mise à disposition - les banques doivent aussi couvrir leurs charges de gestion et disposer d’une prime de risques.

Dans le cas où le budget primaire est déficitaire, il est constitutionnellement interdit à l’Etat d’utiliser les ressources qu’il s’est octroyées sur la banque centrale. La nomenclature et le classement des dépenses est revue et corrigée, certaines d’entres elle, dites de fonctionnement, étant de fait des dépenses d’investissement. Travail peu aisé, il est pourtant économiquement essentiel, et doit être démocratiquement contrôlé. L’interdit d’une couverture d’un déséquilibre du budget de fonctionnement, tel que précédemment redéfini, par la production de monnaie, suppose par conséquent le recours à un endettement. Ce dernier doit disposer d’un statut d’exceptionnalité et se doit n’être consenti que sur la seule base d’une majorité parlementaire qualifiée. Disposition marquant la volonté de mettre fin aux facilités de l’endettement.

Une telle mutation financière réintroduit déjà une disparition progressive de la notion de « service de la dette », et se trouve à terme profitable pour l’Etat, qui n’a plus à payer la rareté monétaire mais au contraire à la vendre. Avec toutes les conséquences en termes de baisse possible de la pression fiscale qu’on peut en déduire, mais aussi la fin relative de la situation rentière des banques, dont l’appropriation de la production monétaire était illégitime : elles n’avaient pas le droit de privatiser un bien public qui, par ailleurs , n’a jamais été mis en vente.

Le Montant de production de monnaie, est un acte politique gravant dans la réalité, une part du potentiel de croissance du pays. L’investissement macroéconomique, est ainsi partagé entre investissements publics et investissements privés. L’investissement privé, est la somme de la production de monnaie distribuée aux banques, et des possibilités offertes par l’épargne privée. Le total de l’investissement global est régulé – notamment par le poids de la production de monnaie et l’investissement public- de telle sorte que la croissance réelle puisse être peu éloignée de la croissance potentielle.

Les parts de production de monnaie affectées à l’investissement public et à l’investissement privé, relèvent de choix politiques démocratiques. S’agissant de la production de monnaie affectée aux banques, la répartition entre les divers établissements demandeurs s’opère selon un processus classique d’enchères. Il s’établit par conséquent, un prix de marché des ressources monétaires nouvelles captées par les banques. Ce prix de marché entre en concurrence avec les prix qui se forment sur l’épargne privée des agents. L’Etat étant un fournisseur important de ressources monétaires, il est clair que son rôle dans la fixation générale de l’ensemble des taux de l’intérêt est fondamental.

La grande transformation des réseaux bancaires

Selon la vision de Maurice Allais, le réseau bancaire est redécoupé en « banques des échanges monétaires » (BEM), « banques de crédits » et « banques d’affaires ». Un même établissement peut assurer les trois fonctions correspondantes. Il doit cependant apporter la preuve périodique d’une stricte séparation des fonctions.

1 Les BEM constituent le réseau monétaire que nous qualifions de bien public majeur dans l’introduction au présent texte. A l’intérieur de ce réseau, les banques sont en concurrence pour assurer un service public de base : celui de la bonne exécution des échanges de biens et de services initiés par tous les agents économiques. Le marché monétaire classique assure les échanges interbancaires, et la banque centrale y intervient en qualité de régulatrice générale du réseau. Véritables délégataires d’une mission de service public dépourvue de tout risque financier, le cout de fonctionnement du réseau des BEM est assuré sur la base d’un contrat, démocratiquement contrôlé, entre l’Etat ou la banque centrale et les BEM.

Le nomadisme des dirigeants entre sphère publique et sphère des BEM est juridiquement interdit. Les BEM ne rémunèrent pas les dépôts et ne se livrent à aucune opération de crédit.

Les BEM ne participent pas aux procédures d’enchères portant sur l’acquisition de monnaie vendue par le couple Banque centrale/ Trésor. Elles reçoivent par contre gratuitement, la quantité de monnaie supplémentaire prévue par les nécessités de la croissance économique ( motif de circulation du PIB).

2 Les banques de crédits reçoivent l’épargne des agents privés, et assurent la transformation de cette dernière en prêts classiques : simple découvert, crédit à la consommation, à l’équipement, crédit hypothécaire, etc.

La titrisation des créances est juridiquement interdite.

Le roulement de l’épargne de court terme en prêts à plus long terme, s’effectue selon des règles de prudence et de transparence, établies par les régulateurs situés sous l’autorité de l’Etat ou de la banque centrale.

Il est mis fin à « l’indépendance » des régulateurs par rapport à l’Etat ou la banque centrale. Le nomadisme des dirigeants entre banques de crédit et régulateurs est juridiquement interdit.

Les banques de crédit ont accès à la production de monnaie , et la banque centrale abonde le compte de chacune d’entre elle en fonction du résultat de la procédure d’enchères menée par le Trésor. L’agence de commercialisation de la dette – « Agence France Trésor » pour ce qui concerne la France - est démantelée, puis reconvertie en « agence publique de vente de monnaie au système bancaire ».

Les banques de crédit doivent apporter à tout moment la preuve qu’aucune création monétaire ne s’établit dans le cadre de leurs activités.

La rémunération des banques s’effectue au travers de la différence entre intérêts payés et intérêts reçus.

Le total du bilan d’une banque de crédit ne peut dépasser le dixième du PIB du pays d’accueil.

3 Les banques d’affaires sont spécialisées dans tous les services non assurés par les deux premières catégories de banques : opérations de haut de bilan, corporate finance, émission de titres, introduction en bourse, augmentation de capital, financement syndiqué. Mais aussi tous les services de spéculation et de couvertures sur taux de change et taux d’intérêt, marché des commodities, produits dérivés etc. Mais également produits d’épargne et assurantiels au profit des ménages : fonds d’épargne, épargne retraite, assurance vie, etc.

Les banques d’affaires entrent en compétition avec les banques de crédits dans l’accès à la ressource monétaire vendue par le couple banque centrale / Trésor. Les ressources ainsi achetées sont investies dans l’économie réelle, et toute utilisation dans le cadre d’une activité spéculative est pénalement sanctionnée.

Dispositions annexes et non limitatives concernant la finance

 Les régulateurs, sous l’autorité des pouvoirs publics, veillent à la limitation drastique de la financiarisation des grandes activités. En particulier les activités de trading sont réservées aux acteurs de l’économie réelle.

L’introduction sur un marché, de spéculateurs extérieurs à l’économie réelle, est une exception autorisée par le régulateur, après constatation d’un disfonctionnement de sous- liquidité.

Le nomadisme des dirigeants entre banques d’affaires et régulateurs est juridiquement interdit.

L’un des principes fondamentaux est que les « échanges papiers » ne deviennent plus importants que les échanges réels. A ce titre les directives sur marchés d’instruments financiers sont considérablement durcies : limitation considérable des opérations de gré à gré par autorisation au cas par cas du régulateur, quasi interdiction de la vente à découvert , ratios contraignants sur les ordres non exécutés en trading informatisé, etc.

De façon plus générale, l’introduction d’une taxe sur les activités de Trading renforce le rétrécissement de la « boursouflure », avec probable mise en liquidation de nombre d’entreprises devenues Casinos au cours des 20 ou 30 dernières années.

L’activité sur CDS est strictement encadrée, et les positions dites « nues » strictement interdites, cela signifie que les clauses type « opt out » imaginées par les autorités européennes sur les dettes souveraines ne sont plus tolérées.

Les CDS sur dettes souveraines, deviennent eux-mêmes sans objet avec la fin du marché de la dette publique : ils disparaissent.

Les activités hors marché , à l’instar des « dark pool » voient leur encadrement renforcé. A l’inverse, la présence de chambres de compensations devient la règle universelle.

Les banques d’affaires ne peuvent se livrer à des activités spéculatives sur comptes propres. Elles cessent tout lien et liquident leurs établissements situés dans les espaces d’optimisation fiscale.

Le total du bilan d’une banque d’affaires ne peut dépasser le vingtième du PIB du pays d’accueil .

Conséquences macro sociales

Cette réforme n’a rien de technique, et se trouve fondamentalement politique : des groupes sociaux vont perdre, et d’autres vont gagner. Et cette nouvelle donne sociale repose toute entière sur la captation/production de monnaie.

Les producteurs et les décideurs ne sont plus les mêmes : ce n’est plus le système bancaire qui vend la monnaie, mais l’Etat. Renversement qui correspond à un bouleversement global de l’ensemble de la société. Sans toutefois la remettre dans son état antérieur à la loi du 3 janvier 1973 en France, et aux lois correspondantes dans nombre d’autres pays (34 banques centrales vont adopter une législation semblable entre 1990 et 2001). C’est que la situation antérieure, correspondait aussi à des marchés politiques, où partout la professionnalisation du politique était la règle avec les biais correspondants. Cela pouvait signifier parfois « la planche à billets » que le dispositif proposé récuse. Il n’y a donc pas de retour en arrière, mais un monde autorisant les investissements publics massifs de naguère, tout en améliorant aujourd’hui une gestion budgétaire plus responsable et plus équilibrée.

Parmi les groupes sociaux gagnants, il faut compter :

1 Les salariés qui ne peuvent que bénéficier d’un retour du développement, lui -même autorisé par le caractère massif de l’investissement public et de la mobilisation des facteurs de la production qui va lui correspondre. Le renversement du contrôle de la monnaie rétablit le long terme, les projets, et la fin de la dictature d’un futur qui s’écrase sur le présent, en raison de la disparition des investissements publics, voire de l’investissement privé lui-même.

2 les entrepreneurs de l’économie réelle qui vont bénéficier des externalités nouvelles produites par le nouvel Etat investisseur et « réducteur d’incertitudes ».

3 les citoyens censés ne plus payer la rente au système financier, et au contraire à récupérer la rente inverse que le système financier devra à l’Etat. Ce qui signifie de nouvelles marges de négociations entre citoyens et les nouveaux gestionnaires - les nouveaux politiques - des outils de la contrainte publique.

Parmi les groupes sociaux perdants, il faut compter :

1 les entrepreneurs politiques amenés à ne plus pouvoir investir dans une carrière de long terme et à ne plus pouvoir orienter la nature des produits politiques qu’ils vendent vers cette éternelle finalité : reconduction au pouvoir ou conquête du pouvoir. Finalité grande cause de nombre de déficits publics.

2 Les entrepreneurs de l’économie financière et de l’économie casino, la dette publique n’étant plus la mère nourricière et le point d’appui de la créativité financière . Cela signifie une cure drastique développant l’amaigrissement des bilans, et la fin des miracles financiers et des rémunérations sans causes. La fin du capital fictif diraient Marx ou Hayek.

3 Les épargnants et usagers de l’économie casino. Les premiers, sans redevenir victimes de la répression financière du 20ième siècle, devront se contenter de produits d’épargne beaucoup plus rustiques, et d’une rentabilité plafonnée par la croissance de l’économie réelle. Les seconds, en raison de l’étroitesse nouvelle des terrains de jeux financiers, et de leur extrême surveillance, par des autorités et régulateurs nouveaux et démocratiquement contrôlés , constateront qu’il n’est plus possible de vivre en état d’apesanteur, et feront le douloureux apprentissage de la pratique de l’économie réelle, où valeur ajoutée n’est plus confondue avec « accroissement de la valeur » .

La grande refondation proposée, n’a rien de mécanique, et les sociétés humaines ne sont pas des machines. Ce qui signifie que des réactions suivront la brutale redistribution des positions sur l’échiquier social. En particulier il faut imaginer la fuite, vers d’autres terrains de jeu, des nouveaux perdants, à la recherche d’espaces moins contraignants. D’où la question de l’international qu’il faut impérativement étudier.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans monnaie et banques
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BA 05/01/2015 21:56

Lundi 5 janvier 2015 :

Grèce : pour la Commission européenne, l'appartenance à la zone euro est « irrévocable ».

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/05/grece-pour-la-commission-europeenne-l-appartenance-a-la-zone-euro-est-irrevocable_4549370_3214.html

L'appartenance à la zone euro est « irrévocable » !

J'éclate de rire !

Lisez ce dialogue entre Charles de Gaulle et Alain Peyrefitte :

- De Gaulle : Le Marché Commun, il n’y a en fait que deux ans qu’on a commencé à le réaliser. Or notre expansion industrielle remonte à bien avant deux ans. L’expansion industrielle allemande, italienne, de même. Ceux qui racontent des histoires sur les bienfaits incomparables de l’intégration européenne sont des jean-foutre.

- Alain Peyrefitte : Le traité de Rome n’a rien prévu pour qu’un de ses membres le quitte.

- De Gaulle : C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit : « Je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp ! » Ce sont des histoires de juristes et de diplomates, tout ça.


Alain Peyrefitte, « C’était De Gaulle », Fayard, tome 2, page 267.

Weng Zhiang Tchou 01/01/2015 17:53

J'ai l'impression que vous développez une théorie dans laquelle finalement la finance, privée ou publique, via la création monétaire, a le dernier mot sur l'économie. Je proposerai ici l'inverse, à savoir la primauté de l'économique sur le financier.

Car il y a quelque chose qui ne va pas dans cette histoire de création monétaire, du moins celle qui est ex nihilo, à partir de rien. Quel serait dans ce cas l'intérêt pour le banquier d'accepter des dépôts d'argent qu'il doit rémunérer si ce même banquier n'avait qu'à créer, à partir de rien, l'argent qu'il prête? De même, si l'Etat avait pouvoir de création monétaire, ex nihilo, autrement dit à partir de rien, pourquoi devrait-il emprunter de l'argent et avoir une dette? Jamais aucun Etat n'aurait eu de dette. Cet Etat n'aurait eu qu'à créer l'argent dont il aurait eu à chaque fois besoin, sans jamais devoir en emprunter.

Si ce n'est pas le cas, alors la conclusion est qu'il n'y a donc jamais de création ex nihilo d'argent ou de monnaie. Il faut donc considérer que la monnaie est peut-être une création mais ex aliquo, que cette monnaie suit toujours un bien économique, en dérive et témoigne non de sa propre création mais de la création d'un bien économique. Ce qui prédomine sur le financier, c'est l'économique. On cherche toujours à payer moins cher. La valeur d'usage, qui est la valeur économique par excellence, est toujours signalée par un prix relatif , ou un coût, moins élevé. Ce qui a le plus d'usage, c'est ce qui a le plus d'utilité, ce qui s'use le moins et dure le plus et qui donc coûte moins au bout du compte. Ce qu'on appelle, en confondant l'immobilisé et le circulant, la masse monétaire, augmente alors suivant l'augmentation de biens économiques, parce que même si l'on paye à chaque fois moins d'argent (économique oblige), et grâce à cela, c'est pour toujours plus de choses plus économiques, sinon les économies faites ne serviraient à rien. Alors oui, il y a plus de monnaie, mais suite à plus d'économies.

Les Etats n'ont sans doute jamais créé de monnaie, mais toujours ils ont dû extorquer aux fourmis leurs économies pour les redistribuer aux cigales comme prix à payer par ces mêmes fourmis pour la stabilité et la sécurité de la société. Plutôt que de création monétaire par les Etats, il faudrait parler de primes d'assurance versées à cet Etat comme garantie pour une société sans accidents et sans incidents. Dès lors la dette représente le prix de l'assurance, ou les primes payées à l'Etat assureur. On peut observer ici que tout Etat est par essence mafieux, puisque sa logique est celle de la mafia : payez sinon cela va mal se passer – l'assureur menace en même temps l'assuré d'accidents et/ou d'incidents en cas de non-paiement des primes. Plus cet Etat est accidentogène, autrement dit mal géré et sujet à l'insécurité et la déstabilisation, plus les primes à payer ou sa dette seront élevées. Et il est hors de question de rembourser la dette publique. Les primes payées à l'assureur sont pour toujours perdues par l'assuré – ce n'est qu'en cas d'accident que l'assuré reçoit une compensation. Ainsi faut-il considérer la dette étatique comme des primes payées par les assurés qui ont le plus intérêt à la sécurité et la stabilité, primes définitivement perdues par eux. Notons que les assureurs politiques ont d'ailleurs des comportements de mafiosi : ainsi un fisc-leak est à chaque fois un coup bas porté aux autres clans mafieux (i.e. aux autres pays) sans rien rapporter de vraiment conséquent au pays qui parraine ce fisc-leak au détriment des autres pays.

Comme on sait, nous sommes maintenant dans le temps positif suite au basculement christique de la libération des esclaves hors d'un esclavagisme représenté par un temps négatif et caractérisé par la dépense et le gaspillage humain, vu que 2 esclaves une fois achetés, l'un mâle, l'autre femelle, ils peuvent se multiplier quasi gratuitement, ce qui n'incite pas à les économiser. L'utilitarisme bien compris, loin de tout esclavagisme, constitue le noyau du temps positif et de la modernité, et tourne essentiellement autour de questions d'usage économique des choses et du monde, par exemple le sens de l'existence ou autrement dit à quoi elle sert, à quoi l'existence peut-elle être utile ou être employée? Ce qui revient à toujours se prendre soi-même et autrui comme un moyen, un outil (par définition utile et à ne pas (més-)user), mais jamais comme une fin (car ce serait alors sombrer dans le vice et la déviance inéconomiques et inutiles).

L'économique n'est pas un effet du religieux mais il en est la cause. Si transcendant (extériorité) il y a, ce ne peut être que l'économique, en ce que c'est le s'économiser qui guide et travaille les affranchis économiquement employés, c'est-à-dire les humains. Ce transcendant a pour nom aussi bien Dieu, puisque ce mot de Dieu vaut pour l'entraide ou le secours mutuel, mais qui ne peut se faire que comme réciprocité économique. Quand on risque de mourir, on se met à prier, on appelle à l'aide. Sinon en temps normal on n'ose pas appeler à l'aide, on ne sait que trop bien que le besoin d'aide est la chose la mieux partagée, à l'inverse de son objet, l'aide. Prier Dieu, c'est appeler l'autre à l'aide, une aide qui, comme Dieu, répond aux abonnés absents, ou qui est toujours déficiente, qui échappe ou est transcendante. Ce que le Christ, année zéro, institue alors c'est un "aidez-vous les uns les autres", il fait venir (ou du moins il essaie de faire venir) Dieu ou l'entraide sur terre. Mais il vaut mieux partir des prérequis les moins exigeants si on veut avoir un système qui puisse fonctionner. Tout le monde fuit au maximum l'aide réclamée par autrui, et la charge de cette aide est finalement refilée au bouc émissaire sur le dos duquel tout groupe fonctionne. Il ne faut pas trop compter sur les bonnes volontés. Même si tout le monde gagnait exactement la même chose, on ne pourrait pas obliger les gens à tout dépenser, et à la longue les uns, cigales, se retrouveraient à quémander une rallonge aux autres, fourmis. Il vaut donc mieux baser la réciprocité humaine sur l'intérêt économique. Dans un système où personne n'aide personne, où chacun ne roule que pour lui et joue toujours personnel, comment du plus économique pour tous peut-il émerger, si ce n'est dans l'échange des économies, les économies d'argent servant à économiser du travail, les économies de travail servant à économiser de l'argent. D'où la réciprocité dans l'emploi économique des capitaux outils et humains, les uns étant le levier des autres et réciproquement.

Le transcendant (ou l'extériorité) peut être vu comme l'Etat, dans la mesure où il est le garant d'un intérêt économique les uns dans les autres, sinon on n'a pas besoin d'eux. Ce transcendant ou cette extériorité, on peut les considérer comme un intérêt général dont n'est pas exempt le personnel politique. Le noyau du développement économique c'est qu'en son for intérieur chacun cherche à s'économiser, à freiner au maximum son usure. L'extériorité ou le transcendant économique est en même temps ce qui est le plus intérieur à tout le monde, et c'est justement pour cela qu'il est hors de portée, transcendant ou échappant à chacun : comme l'oeuvre de tous à laquelle chacun est soumis. L'Etat lui-même n'échappe pas au transcendant économique, puisque ce qui le travaille, comme tout le monde, c'est de s'économiser. Les politiques ne sont pas en surplomb, ce sont des outils au service de la société, tout en s'économisant le plus possible, comme tout outil. Avec le système d'un Etat qui est l'appropriant et de propriétaires qui sont des délégués en charge de leur propriété, il s'agit surtout pour cet Etat de fonctionner aux moindres frais, en mandatant avec des titres (effets ou diplômes) ses tâches d'appropriation aux propriétaires de capitaux outils ou humains. Mais ici il faut tenir compte d'un différentiel. Il y a une prégnance certaine du chtonien historique qui peut expliquer les différences intra-européennes entre un nord historiquement plutôt éloigné de l'esclavagisme et un sud historiquement plutôt proche de cet esclavagisme, justifiant ainsi l'imperméabilité de ce sud européen à la mentalité économique, une imperméabilité signalée surtout par le culte du travail.

Tout comme la valeur travail, le marché régulateur de l'offre et de la demande est une fable. Seul existe non un marché mais bien des marchands, notamment d'argent, qui tirent profit de la dérégulation organisée par eux de la réciprocité économique, en exacerbant la concurrence des producteurs entre eux et la concurrence des consommateurs entre eux. Ce qu'il faut expliquer, c'est comment la dérégulation de l'économie opérée par les marchands ou la finance croyant avoir l'économique est finalement eue par celui-ci. Cette dérégulation de l'économie, notamment en cas de création monétaire indue, ne peut pas outrepasser les limites imposées par la réciprocité économique, sinon elle devient un apport inéconomique, ce qui revient pour les marchands et la finance à scier la branche sur laquelle ils sont assis, du moins lorsque l'Etat n'intervient pas et ne fausse pas le jeu en les sauvant.

La valeur financière ou d'échange de la monnaie est indexée sur la valeur économique ou d'usage : un moindre prix libellé en telle devise signale le niveau plus économique du système économique de ladite devise. Comme la valeur d'échange ou financière dépend de la valeur d'usage ou économique, la devise ne peut pas avoir de causalité sur la situation économique d'une entité, elle ne peut en être que le correctif. Qu'il y ait alors une monnaie nationale plutôt que l'euro ne rendrait pas par exemple un pays européen magiquement plus économique, cela ne modifierait fondamentalement pas son niveau économique, et de ce point de vue, la Grèce serait de toute façon restée aussi inéconomique avec la drachme qu'elle l'est avec l'euro. La monnaie ou la finance ne sont pas cause mais effet de l'économique, par contre elles peuvent être cause de l'inéconomique, sources de gaspillage. C'est en tant que cause d'inéconomies et effet d'économies que la finance téléguide l'économie. Si on veut faire le contraire, si on veut faire de la monnaie ou du financier une causalité ayant une emprise sur l'économique, alors on ne fait qu'amplifier immanquablement l'inéconomique.

L'économique n'est compétitif qu'en tant que coopératif, ce qui fait que la coopérativité économique prime sur la compétitivité. C'est ce que démontre a contrario la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Sa fausseté prouve qu'il n'y a pas d'exploitation du travail par le capital, ni d'ailleurs du capital par le travail, mais que, si exploitation il y a, c'est toujours entre les travailleurs entre eux ou entre les capitalistes entre eux. Si le profit du capitaliste se tirait de l'exploitation du travail, l'intérêt du capitaliste serait de toujours garder un maximum de travailleurs. Mais le fait que l'intérêt du capitaliste est de remplacer le travailleur par une machine montre que la source de la valeur économique n'est jamais le travail humain, mais bien le non-travail ou les économies de travail. C'est donc toujours par d'autres travailleurs qu'un travailleur est exploité ou rejeté, comme c'est par d'autres capitalistes qu'un capitaliste est exploité ou rejeté.

Si on n'est pas guidé par l'économique, si on privilégie les illusions de la valeur travail ou du marché, plutôt que l'emploi économique d'outils et de gens, alors on étouffe l'émergence de la réciprocité économique, en restant englué dans le temps négatif du rapport maître/esclave dont la rémanence s'illustre dans le gap persistant entre riches et pauvres comme résultant d'une mondialisation dont l'enjeu est le chassé-croisé de la conflictualité sociale, neutralisant ainsi celle-ci. Le riche des pays développés l'est en effet sur le compte des pauvres des pays en développement, tandis que le riche des pays en développement l'est sur le compte des pauvres des pays développés : les pauvres et les exploités par le travail auront beau jeu de se révolter, ceux contre qui ils devraient se révolter sont à chaque fois hors de leur portée, à l'étranger. On se met alors à produire pour les solvables, c'est-à-dire les riches, des articles de luxe et des engins de prestige, ce qui n'a rien d'économique. Mais en gaspillant ainsi par trop de pauvres et de travail le capital outil et humain, cette mondialisation se révèle être plus un facteur de dépense qu'un facteur d'économie.

BA 05/01/2015 11:38

Que nous apprend l'Histoire à propos des constructions supranationales ?

Réponse :

1- Au début du cycle, il y a des nations, des nations indépendantes et souveraines.

2- Ensuite, à l'intérieur de ces nations, certaines élites décident de commencer à bâtir une construction supranationale.

3- Ensuite, grâce à la propagande, ces élites parviennent à convaincre les peuples que cette construction supranationale va leur apporter la croissance économique, le progrès social, la baisse du chômage, la solidarité entre tous les hommes, et patati, et patata.

4- Ensuite, les peuples votent pour cette construction supranationale, en pensant qu'elle va réaliser toutes ces belles promesses. Pendant des décennies, il y a de plus en plus d'intégration. C'est la PHASE ASCENDANTE.

5- Ensuite, il arrive toujours un moment où les peuples finissent par comprendre que cette construction supranationale NE profite PAS aux peuples, mais qu'elle profite aux élites. Les peuples finissent par comprendre que cette construction supranationale ne profite qu'à la nomenklatura dans les pays communistes, aux élites politiques et aux élites financières dans les pays occidentaux.

6- Ensuite, les peuples commencent par se révolter, parfois dans la rue, parfois dans les urnes. La construction supranationale entre dans une phase d'implosion, d'effondrement. C'est la PHASE DESCENDANTE.

7- Dernière étape, la construction supranationale se désintègre, se disloque. Les nations qui la composaient reprennent leur indépendance. Fin du cycle.

Aujourd'hui, l'Union européenne est à l'étape 5.

Lundi 5 janvier 2015 :

Europe : l’implosion qui vient.

http://www.michelsanti.fr/europe-implosion/

werrebrouck 01/01/2015 18:26

Vous pensez que la création monétaire ne peut se dérouler à "partir de rien"? Mais que fait monsieur Draghy et comment les pays en guerre durant les deux grands conflits mondiaux ont-ils financé les dépenses militaires? L'abandon de la référence métallique à libéré la création monéaire. Il faut simplement que cette création ne soit point de "l'argent dette" et soit renationalisée.

La Gaule 04/04/2012 04:37

@ Gidmoz du 15/03/2012

A situation juridique égale il peut arriver aussi qu’une brouette de billets ne valent pas une seule roulette d’un caddie, et encore moins ce qu’il y a dedans. Certes alors la monnaie reste une «
marchandise », mais peut-on pour autant la définir comme un « bien » ?

La « nature » de la monnaie restera toujours insaisissable parce qu’elle n’est pas née avec le statut de marchandise, et qu’elle nous parle de bien d’autre chose et qui nous vient de très loin
(c’est un profane qui s’est noyé dans l’infernal débat chez Jorion qui vous parle). C’est en cela qu’elle est bien une structure historique complexe.

La nature juridique de la monnaie n’est en question que lorsque son efficacité économique, sociale, et forcément morale, ne fait plus l’unanimité chez ceux qui la manipulent.
J’ai presque envie de vous dire que c’est la monnaie qui crée le droit, pas l’inverse. Cela parce que « le droit » procède de l’extériorité, et il ne saurait en tenir lieu, ce qui est pourtant
–j’en ai bien conscience- l’une des illusions de l’individualisme omniscient contemporain.

C’est en cela que certains –à raison je pense- relativisent le mode d’emploi juridique. Celui que propose M. Werrebrouck me parait d’ailleurs très bien…

Jean-Michel Masson 01/04/2012 14:49

Ces pistes me semblent prometteuses et de bon sens. J'ai deux questions: que faire si "la croissance" matérielle devient impossible en raison des limites en ressources?
Quelle part spécifique pour des banques authentiquement coopératives?
Ce sont deux de mes préoccupations récurrentes.

Jean Claude Werrebrouck 01/04/2012 15:58



Je crois qu'il faut autre chose que le couple privé/public sur lequel on se divise généralement. En observant toutefois que le système coopératif a toujours eu beaucoup de mal à vivre. Des
juristes travaillent aujourd'hui sur l'entreprise en tant qu'institution et pas simplement comme propriété d'une communauté d'actionnaires.


Maintenant s'agissant des ressources matérielles, je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que ce ne sont pas les ressources qui nous manquent mais notre façon de concevoir la richesse qui
pose problème. Ce qui suppose une révolution anthropologique.



BA 17/03/2012 23:04

Samedi 17 mars 2012 :

A propos de l'Espagne :

Les banques espagnoles ont obtenu 47 % des prêts accordés par la BCE en février ; la dette publique de l'Espagne est de 110 % du PIB, et non de 68 % comme elle l'avait déclaré ; l'Espagne va
imploser. C'est un miracle que ça ne soit pas encore arrivé.

Spanish Banks Account for 47% of ECB Credit in February ; Spain's Real Debt to GDP Ratio is 110% Not Reported 68% ; Spain Will Implode. It's a Wonder it Hasn't Already.

http://globaleconomicanalysis.blogspot.fr/2012/03/spanish-banks-account-for-47-of-ecb.html

BA 16/03/2012 11:54

Vendredi 16 mars 2012 :

VII. Les problèmes et les dangers.

Si faire circuler la monnaie est indispensable, la solution retenue par la BCE présente cependant plusieurs inconvénients et dangers.

Ce n’est pas le problème de remboursement : dans 3 ans, la monnaie pour rembourser ne sera pas loin : en majorité dans le compte de dépôt de la BCE… Mais alors, on n’aura rien résolu !

En effet, la plupart des banques sont en fait insolvables, et elles le savent. Conséquence : elles évitent de se prêter entre elles, et à l’économie réelle, car cela augmente leurs risques et
besoins financiers. D’où panne du marché interbancaire, et gros soucis. Le VLTRO [ Very Long Term Refinancing Operation ] va simplement permettre d’acheter un peu de temps, mais cela ne règle en
rien le problème de solvabilité des banques ! Et la BCE risque de de devoir continuer à prêter de grosses sommes – et à prolonger ces insensés taux à 0 % qui durent…

Un des dangers est que la BCE se retrouve à avoir en pension des titres de qualité très moyenne, ce qui n’est normalement pas sa règle.

Un autre danger est que, du coup, ne restent dans les banques commerciales que les titres les plus pourris, ce qui les fragilise encore plus en les transformant de facto en bad banks…

Un autre est que les banques soient tentées d’utiliser cette liquidité pour aller financer des investissements spéculatifs, se mettant encore plus en danger (comme Jean Peyrelevade nous l’a
expliqué dans ce billet).

Enfin, un dernier est que les gouvernements fassent pression sur leurs banques pour qu’elles achètent leurs nouvelles émissions de dette, comme actuellement en Italie ou en Espagne. Or c’est
EXACTEMENT le contraire qu’il faudrait faire ! Bien sûr cela a permis de faire baisser les taux. Mais ce n’est pas le métier d’une banque d’agir ainsi, car elle se met en grand danger en prêtant à
ces États insolvables. Ce qui fait qu’au jour de la restructuration, il y aura un gros problème sur l’État et sur les banques !

Et je ne parle même pas des risques d’inflation (des prix ou des actifs) ! Aux États-Unis, la Fed a directement racheté les nouveaux bons du Trésor. Contrairement à l’Europe, l’effet sur la masse
monétaire a été rapide :

La chance des États-Unis est qu’ils peuvent exporter leur inflation, grâce au rôle international du dollar – ce qui n’est pas notre cas. De plus, une partie de cette monnaie a été mise au “frigo”
dans le système bancaire. Attention le jour où elle sera relâchée dans l’économie réelle…

Pour les amateurs de la monétisation de dettes, nous venons de le vivre en Grèce : l’État a fait défaut, cela a coulé ses banques, l’UE lui a reprêté de l’argent en urgence pour qu’il les
resolvabilise (c’est délirant…). Au final, l’État grec supporte donc encore une forte dette…

Quand viendra notre tour, qui prêtera de l’argent à l’Occident pour sauver nos banques ?

Olivier Berruyer.

http://www.les-crises.fr/la-monnaie-banque-centrale-3/

BA 15/03/2012 22:13

Jeudi 15 mars 2012 :

Italie : nouveau record de la dette publique en janvier à 1935 milliards d'euros.

La dette publique italienne a atteint un nouveau record en janvier à 1935,8 milliards d’euros en raison de facteurs saisonniers, de la hausse des taux d’intérêt, et du versement de la participation
italienne au fonds européen de secours, a annoncé jeudi la Banque d’Italie.

La dette a progressé de 37,9 milliards d’euros par rapport à décembre.

Cette progression s’explique « principalement » en raison de l’augmentation des « disponibilités du Trésor auprès de la Banque d’Italie » à 32,6 milliards d’euros, une hausse qui « intervient
régulièrement en cette période de l’année », a expliqué la banque centrale.

http://www.romandie.com/news/n/Italie_nouveau_record_de_la_dette_publique_en_janvier_a_1935_mrd_EUR48150320121316.asp

gidmoz 15/03/2012 21:32

Votre article manque, amha, d'une préface. Dans votre exposé sur la "révolution monétaire", vous définissez la monnaie comme un "réseau", voire une "structure". Non, la monnaie est un bien, un bien
économique facilement échangeable. Nul n'accepterait un billet de 50 euros en échange d'un caddie de supermarché si ce billet n'était pas un bien ayant de la valeur.

Quelle la nature du droit de propriété sur un billet de 50 euros, sur une unité monétaire? C'est à dire quel est le droit d'un possesseur de monnaie, du possesseur d'un billet de banque. Un droit
de l'un provient nécessairement l'obligation d'un autre. Mais alors qui est cet "autre"? Et quelle est l'obligation de cet "autre"? Cet "autre" est-il l’État? Cet "autre" est-il la Banque Centrale?
Cet "autre" existe-t-il comme un agent économique identifié? D’où vient ce droit de propriété que détient le possesseur d'une unité monétaire?

Certains économistes pensent qu'une telle question n'a pas de réponse et qu'il est possible de comprendre la monnaie sans se préoccuper de la question de la nature de la monnaie. Du moins de sa
nature juridique au sens du droit commun. Je ne partage pas cet avis. La question de la nature juridique de la monnaie est, amha, un préalable nécessaire à toute réflexion cohérente sur la
monnaie.

Pendant deux millénaires, une unité monétaire fut une marchandise. Cette marchandise avait une valeur d'usage pour un grand nombre d'usagers. Ainsi l'or et l'argent, ou plutôt les pièces d'or et
d'argent furent des monnaies. Une unité monétaire était alors une pièce métallique. Une pièce métallique était un bien économique facilement échangeable.

Puis au 17e siècle, une unité monétaire fut la promesse d'une banque de verser un gramme d'or. Cette unité monétaire prenait la forme d'un billet de banque. Ou bien cette promesse, cette unité
monétaire, était enregistrée sur le livre comptable d'une banque. L'unité monétaire était alors la promesse et non pas l'or. L'unité monétaire était un billet de banque, une promesse commerciale
cessible, vendable. Ces promesses se vendaient, s'achetaient, s'échangeaient, comme si elle elles étaient des marchandises. Chaque promesse, chaque billet, était un bien économique.

La valeur de cette promesse, de ce billet de banque provenait de la promesse commerciale d'une banque fiable de verser un gramme d'or. L'unité monétaire était alors une bien économique. La monnaie
se définissait comme étant un bien économique.
Depuis 1971, la monnaie a perdu son lien avec l'or. La valeur d'un billet provient du monopole monétaire national, provient de l'interdiction d'utiliser une autre monnaie que la monnaie légale.
Ainsi, celui qui veut échanger est contraint d'utiliser la monnaie légale, ce qui crée une demande de cette monnaie légale. L'offre de monnaie provient des banque, de la création monétaire.

La Banque Centrale tente d'ajuster la valeur de la monnaie en jouant sur l'offre de monnaie. Pour atteindre cet objectif, la Banque Centrale dispose d'un seul moyen ordinaire, celui de modifier son
taux directeur. La Banque Centrale dispose aussi d'un moyen "extraordinaire" de jouer sur l'offre de monnaie. Elle modifie alors les règlements entre la Banque Centrale et les banques commerciales.
Dites encore banques, ou banques de second rang ou banque secondaires.

Dans le système monétaire actuel, la Banque Centrale laisse chaque "banque secondaire" émettre sa monnaie secondaire. Une unité monétaire de monnaie secondaire est la promesse de verser une unité
de monnaie de Banque Centrale. La monnaie secondaire est, par exemple, la monnaie qu'un client possède sur son compte bancaire. Le règlement est ainsi conçu que les banques secondaires émettent
quatre fois plus de monnaie secondaire que la monnaie centrale qu'elles empruntent à la Banque Centrale.

Le présent article expose une modification du règlement entre la Banque Centrale et les banques commerciales.

A-J Holbecq 15/03/2012 17:26

Excellente contribution Jean Claude

Albert 15/03/2012 16:55

On attend la suite à l'international...

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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