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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 16:56

« Our Money, Our Banks, Our Country » tel est le titre du colloque qui s'est tenu ce  5 février au Gottlier Duttweiler Institute de Zurich, un Think Tank  aussi libéral que notre Institut Montaigne.

Rappelons que le peuple suisse se prononcera sur un référendum concernant l'organisation monétaire du Pays. La  création monétaire  serait désormais le monopole de la Banque Nationale de Suisse. C'est dire que "l'argent - dette", à savoir la création de monnaie à partir d'un crédit serait désormais interdit à toutes les banques. Nous avons déjà eu l'occasion d'aborder cette question sur le blog: http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/10/la-monnaie-pleine-une-voie-inexploree-pour-sauver-l-euro.html

Il s'agit d'un projet  révolutionnaire. Le référendum se déroulera le 10 juin prochain

Pour  avoir participé au colloque, nous présentons ci-dessous un très bref résumé de cette journée de réflexion, une réflexion hélas interdite en France.

Le titre retenu évoque immédiatement la culture du pays : une forte tradition démocratique, un goût particulier pour le débat, un respect des points de vue de chacun, et la volonté de débattre en profondeur des grands défis qui concernent le pays.

La journée de présentation du projet de monnaie pleine en vue de son adoption soumise au référendum du 10 juin prochain a rassemblé 230 participants dont 170 suisses, 19 américains, quelques britanniques, quelques allemands et seulement 4 français. Parmi les intervenants on notera, outre le représentant du GDI, 7 universitaires (2 américains, 1 britannique, 1 allemand, 3 suisses), un représentant de la Banque des Règlements Internationaux, 2 représentants de la presse économique dont Martin Wolf du Financial Times et un conseiller des Etats ( Chambre haute de la confédération Suisse).

La conférence fut bien introduite en rappelant les enjeux de la digitalisation et ses conséquences sociétales : une confiance qui s’éloigne des institutions traditionnelles pour se rapprocher de la technologie et au final un respect plus grand pour le « code numérique » que pour la « loi ».

C’est dans ce contexte qu’est abordée la critique du fonctionnement du système financier et de l’émission monétaire telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Et devant l’excessive liberté du système, les régulateurs, malgré leur nombre, malgré la quantité de règles émises sont très largement impuissants. Propos très pessimistes concernant les échecs réguliers des accords de Bâle, l’impossible réglementation des comportements, l’impossible pondération correcte des risques, l’invisible frontière avec le Shadow Banking, l’impossible limitation du gigantisme financier et ses effets de rente sur l’économie réelle (comparaison avec le pessimisme ricardien du début du 19ième siècle), la chute de la croissance, la mauvaise allocation des investissements, le déclassement de l’euro zone, etc. Au final l’échec de la régulation serait aussi provoqué par les nouvelles technologies qui autorisent le développement d’un brouillard épais dans des bilans connectés en temps réel et à cheval sur les juridictions multiples engendrées par la mondialisation.

La présentation par les intervenants du dispositif législatif nouveau est peu détaillée et commentée malgré son importance dans la hiérarchie des normes. On notera que le référendum concerne un article de la Constitution fédérale, c’est dire son importance. Peu de développements et peu de démonstrations concernant le contrôle du stock de monnaie (base monétaire). Quelques développements concernant le maintien d’un authentique libéralisme (le monopole de la Banque centrale ne met pas fin à un libéralisme qui fait complètement consensus), également affirmation selon laquelle la régulation pourra largement disparaitre et avec elle la spéculation. Quelques développements plus idéologiques concernant le caractère aliénant de « l’argent dette » et ses conséquences sur la nécessaire croissance et ses menaces sur l’environnement. Pas d’analyse approfondie sur la croissance de la dette et ses déterminants macroéconomiques[1].

La dernière partie de la rencontre fut consacrée à la présentation des arguments du vote négatif au référendum du 10 juin. Arguments intéressants concernant la substitution du champ réglementaire par un autre tout aussi lourd. Réflexions sur les conséquences du passage à la monnaie pleine dans un seul pays : quel impact sur le taux de change, sachant que le maintien de la libre circulation des capitaux fera se rencontrer des mouvements opposés entre non-résidents désirant profiter de la sécurité monétaire et banques résidentes cherchant à échapper à la contrainte nouvelle ? Quel impact sur le Shadow Banking ? Comment lutter contre  la création monétaire  illicite ? Reprise des arguments en faveur d’un Glass-Steagal Act nouveau.  Quelques confusions concernant une fin probable du libéralisme avec contrôle clientéliste des opérations de crédit, l’impossible politique monétaire, la difficulté de la phase de transition ou le désastre d’un « helicopter money ».

Au final le mode choisi, c’est-à-dire une présentation grand public, n’a pas autorisé les approfondissements souhaités. En particulier on aimerait une étude relativement exhaustive –  certes très difficile - privilégiant une analyse coûts/avantage du projet de passage à la monnaie pleine.

On terminera par un salut envers la confiance démocratique des habitants de la confédération. Les participants ont été invités à se prononcer sur le projet en début de matinée et en fin de journée après les débats. Le vote oui l’a emporté à 52% le matin et à 58% le soir, ce qui peut signifier que les partisans de la monnaie pleine ont été convaincants.

On reste au final impressionné par un « Think-Tank » (le GDI) à priori aussi libéral que notre Institut Montaigne, qui pour autant, ose aborder des questions frappées d’un interdit radical en France, interdit scrupuleusement respecté par tous les médias[2]. Nous souhaitons vivement qu'un groupe de réflexion franchisse le Rubicon et se propose d'organiser un débat en France avant le 10 juin prochain.

 

 


 

[1] On pourra obtenir davantage d’informations sur le site : www.monnaie-pleine.ch et www.voogeld.ch/fr/

En particulier on pourra se procurer le livret écrit par Joseph Huber : « Réforme Monnaie pleine ». « Une réforme de la création monétaire par la transformation de la monnaie scripturale en monnaie pleine et la création d’une banque centrale étatique indépendante ».

[2] On notera également un bref article de notre blog : http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/10/la-monnaie-pleine-une-voie-inexploree-pour-sauver-l-euro.html

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commentaires

zjc1ce3sox 06/12/2019 16:11

95.

Gerard P. 25/04/2018 10:42

Je vous signale un interview intéressant du professeur de macro-économie monétaire Sergo Rossi de l'université de Fribourg :
http://www.swissinfo.ch/fre/initiative--monnaie-pleine--_-les-réformes-cosmétiques-n-empêcheront-pas-une-nouvelle-crise-financière-/44068218

BA 18/02/2018 17:26

L'Union européenne, c'est un groupe de 27 nations qui ne sont d'accord sur rien.

Dimanche 18 février 2018 :

Le départ du Royaume-Uni va laisser un vide de 12 à 15 milliards d'euros chaque année dans les finances européennes, une perte considérable au moment où l'UE cherche à financer de nouvelles politiques, en matière de défense ou de migration notamment.

Le commissaire au Budget Günther Oettinger a suggéré que les contributions au budget puissent atteindre 1,1% à 1,2% du PIB de l'Union, contre 1,0% actuellement.

Les Pays-Bas, le Danemark, l'Autriche, la Suède et la Finlande, tous contributeurs nets, y seraient opposés.

https://www.romandie.com/news/ZOOM-A-la-recherche-d-unite-post-Brexit-l-UE-face-a-de-nouveaux-defis/891541.rom

BA 15/02/2018 13:50

Officiel :

Les Etats-Unis ont annexé l'Union européenne.

L'Union européenne est aujourd'hui totalement soumise aux Etats-Unis.

Dernier exemple en date : la défense.

Jeudi 15 février 2018 :

L'UE reconnaît que la défense commune est une mission pour l'Otan seule (Mattis).

Les alliés européens ont reconnu que la défense commune est une mission pour l'Otan et pour "l'Otan seule", a affirmé jeudi le secrétaire à la Défense américain Jim Mattis à l'issue d'une réunion au siège de l'Alliance à Bruxelles.

"Il y a un accord clair pour inclure dans le document de l'UE que la défense commune est une mission pour l'Otan et pour l'Otan seule", a déclaré M. Mattis au cours d'une conférence de presse après une discussion sur l'initiative européenne de défense.

"Je pense que les doutes qui devaient être dissipés hier ont été dissipés d'une manière très importante", a souligné la ministre de la Défense espagnole María Dolores de Cospedal au cours d'un point de presse.

La délégation américaine avait exprimé de sérieuses réserves sur la relance de l'Europe de la défense européenne avant la réunion de Bruxelles. Le Canada, la Norvège, l'Islande et l'Albanie ont également fait part de leurs préoccupations, selon une source diplomatique au sein de l'Otan

"L'initiative européenne ne doit pas enlever des activités et des moyens à l'Otan", avait notamment mis en garde Katie Wheelbarger, chargée de la sécurité internationale au ministère américain de la Défense, avant la visite de Jim Mattis à Bruxelles.

Le secrétaire générale de l'Otan Jens Stoltenberg s'était également fait l'écho de ces inquiétudes. "L'UE ne doit pas se substituer à ce que fait l'Otan" et elle "ne doit pas fermer ses marchés de défense" aux Américains et aux autres pays non membres de l'UE, avait-il averti.

La représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a été invitée mercredi soir à un diner de travail pour expliquer l'initiative européenne.

"Ce diner a été très constructif", a-t-on assuré à l'Otan et au sein de l'UE.

"La coopération et le fait qu'il existe deux organisations comme l'UE et l'OTAN qui peuvent travailler ensemble (...) a été évidente hier soir lors du dîner" avec Mme Mogherini, a pour sa part expliqué la ministre espagnole, en parlant de "voies complémentaires, et non parallèles, en termes de politique de sécurité, de politique de défense et de coopération".

La Coopération structurée européenne (CSP), lancée en décembre 2017 par 25 pays de l'UE, doit leur permettre de développer conjointement des capacités de défense et d'investir dans des projets communs. Un Fonds européen de la Défense est censé générer un investissement total dans le développement des capacités de défense de cinq milliards d'euros après 2020.

https://www.romandie.com/news/L-UE-reconnait-que-la-defense-commune-est-une-mission-pour-l-Otan-seule-Mattis/890729.rom

François de siebenthal 11/02/2018 14:01

Bravo pour votre article, une toute petite correction en allemand www.vollgeld.ch et on parle de francs suisses au mot monnaie ci-dessus. Mais le projet monnaie-pleine ( ou mieux monnaies-pleines ) respecte les autres monnaies privées, plus de cent en Suisse, dont le franc wir, ou les sels, ou le Léman, Farinet, Grue etc... https://www.facebook.com/events/910606752450456/

Gérard P. 10/02/2018 10:55

Cher Monsieur Werrebrouck,
Un grand merci pour votre compte rendu.
La réflexion devrait avoir lieu partout dans le monde.
Sachez qu'un épisode de la réflexion en langue française peut être lu dans la Revue Interventions Economiques :

http://journals.openedition.org/interventionseconomiques/3613

Cordialement.

BA 08/02/2018 22:30

Jeudi 8 février 2018 :

La bourse de New-York s'effondre : - 4,16 %.

ALERTE - Nouveau coup de tabac à Wall Street, le Dow Jones perd plus de 1.000 points (- 4,16 %).

https://www.romandie.com/news/ALERTE-Nouveau-coup-de-tabac-a-Wall-Street-le-Dow-Jones-perd-plus-de-1-000-points-4-16/888796.rom

BA 08/02/2018 19:22

Quels seront les emplois du futur ? Combien y en aura-t-il ? Qui les obtiendra ? A mesure que le rythme de la technologie s'accélère, la substitution du travail humain par les machines rend obsolètes les emplois dans presque tous les domaines.

Dans cet ouvrage très documenté, Martin Ford révèle comment la technologie est en train de saper les fondements de notre économie, jusqu'à précariser la classe moyenne. Salariés du tertiaire et du secteur manufacturier, cadres, journalistes, enseignants et mêmes développeurs, tous risquent d'être remplacés par des machines et des logiciels intelligents. Et ce n'est que le début. La robotique, l'intelligence artificielle et toutes les formes d'automatisation du travail commencent à détruire des millions d'emplois, ce qui entraînera un chômage de masse, une augmentation sans précédent des inégalités et une implosion de l'économie de consommation. Les solutions du passé pour faire face à ces disruptions technologiques - en particulier dans l'éducation avec la pléthore de diplômes universitaires - ne fonctionnent désormais plus.

Ni anti-technologie ni anti-progrès, Martin Ford va bien au-delà du discours de la peur et du déclin. Il propose des solutions pragmatiques pour adapter notre système économique et la société dans son ensemble aux nouvelles réalités apportées par l'avènement des machines et retrouver le chemin de la prospérité.

https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782364051409-l-avenement-des-machines-robots-et-intelligence-artificielle-la-menace-d-un-avenir-sans-emploi-martin-ford/

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