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18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 08:22

On trouvera ci-dessous une vidéo réalisée à l'occasion des 200 ans du Figaro, manifestation pour laquelle Emmanuel Todd fut invité. Cette vidéo servira de point de départ à une réflexion que nous menons dans le cadre du Blog et qui s'intitulera probablement : " Comment expliquer le chaos mondial". Bonne écoute.

 

 

 

 

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 16:19

Le texte proposé ce soir fut publié le 15 novembre 2024 et il nous semble utile de le reproposer à la méditation au moment où le traité sera signé dans les heures qui viennent. Les agriculteurs se battent et c'est une bonne chose. Mais il vaut mieux avoir une vision très claire des choses pour agir. Et bien évidemment cela passe par l'effort de vouloir connaitre. 

La présente note tente de proposer une grille de lecture intelligible de la multitude des faits qui accablent le monde agricole.

Depuis la nuit des temps, l’agriculture est une activité nécessaire à la conservation/reconstitution de la vie. Dans le monde moderne, point n’est besoin d’être économiste pour se rendre compte que cette conservation de la vie se déroule en dépensant tout ou partie de ce qu’on appelle un salaire dans ce qui est devenu la grande distribution, elle-même ravitaillée pour partie par le monde agricole. Plus les prix des produits de l’agriculture sont élevés et plus le coût de la vie est élevé et inversement plus les prix des produits agricoles sont bas et plus le coût de la vie est faible.

Logiquement,  si l’agriculture développe des gains de productivité, ce coût de la vie doit baisser. C’est ce que la France a bien connu au cours du siècle précédent avec une modernisation spectaculaire de son agriculture. Le prix des produits agricoles baissant ou augmentant plus faiblement que les salaires, il devait en résulter ce que simplement on appelle une hausse des niveaux de vie et l’avènement de l’immense classe moyenne qui devait caractériser la seconde partie du vingtième siècle.

Marx et les « biens salaires»… produits par les agriculteurs

Marx, très grand interprète des règles du jeu du capitalisme parlait de partage de la « plus-value relative » impulsée par la productivité. Dans son langage, si les biens de consommation – ce qu’il appelle les « biens salaires » - achetés avec les revenus distribués par les capitalistes voient leur valeur diminuer en raison de gains de productivité dans l’activité agricole, il doit en résulter logiquement une diminution des salaires, baisse résultant elle-même de la baisse du coût de la vie. Concrètement et simplement, si une vie de salarié est reproduite journellement par un kilogramme de pain et que le prix du pain diminue de moitié en conséquence d’un doublement des rendements agricoles, le coût de la vie est également divisé par 2 et donc le salaire peut lui-même être divisé par 2. Dans cette circonstance, les capitalistes récupèrent la totalité des gains de productivité, ce que Marx appelait la « plus-value relative », celle dépendant des gains de productivité donc de la « dévalorisation » des « biens salaires ». Si maintenant les salariés réussissent à maintenir le niveau de salaire, ces mêmes salariés empochent les gains de productivité. Dans un tel contexte, la lutte des classes au sens de Marx est aussi un combat autour du partage des gains de productivité. Bien sûr, Marx emploie un langage beaucoup plus sophistiqué pour les besoins de ses démonstrations, mais il nous faut reconnaître qu’il fût le grand théoricien de ce que lui-même appelait « l’embourgeoisement de la classe ouvrière », phénomène imaginé avec près d’un siècle d’avance sur la réalité. Un phénomène qui va progressivement se transformer et dont la configuration actuelle est elle-même appelée à se transformer.

Les transformations historiques de la  « plus-value relative ».

1 – Historiquement, il y a eu effectivement partage des gains de productivité et il en est résulté une première approche dans l’édification d’une immense classe moyenne. Globalement, les budgets consacrés à l’alimentation - ceux consacrés à l’achat de marchandises agricoles- vont régulièrement diminuer (13% aujourd’hui contre plus de 50% en 1950). En contre partie, ils vont laisser la place à de nouveaux biens, lesquels vont socialement devenir de nouveaux « biens salaires » au sens de Marx : logement, équipement ménager, téléphone, etc. Ces mêmes biens vont logiquement eux-mêmes bénéficier de gains de productivité à partager entre capitalistes et salariés.

2 - Les salariés pouvant désormais arbitrer entre divers « biens salaires » vont devenir de plus en plus exigeants et vont s’intéresser aux prix de ces premiers « biens salaires » que sont les produits de l’agriculture. Ils seront en cela aidés par la grande distribution qui fera pression pour une accélération des gains de productivité. Les agriculteurs doivent être compétitifs comme tous les acteurs de la vie économique. Déjà, des relations asymétriques entre entreprises agricoles nombreuses et grande distribution ou firmes agroalimentaires oligopolistiques vont se nouer. La pression sur les prix imposera une accélération de la modernisation de l’agriculture.

3 - La mondialisation permettra une accélération massive de la construction d’une « plus-value relative » d’un nouveau type. D’abord les entreprises pourront travailler dans des zones où la « valeur de la force de travail » est plus faible (le coût de la vie est plus faible en Asie, en Afrique, etc.). Si les biens fabriqués dans ces zones sont aussi des « biens salaires », il pourra en résulter une baisse de la valeur de la force de travail en Occident : les biens en question permettront de diminuer davantage le coût de la vie et la grande distribution et les firmes agroalimentaires s’y emploieront. De quoi comprendre les armadas d’acheteurs en route vers l’Asie…De quoi comprendre ce que naguère on appelait le grand accord entre WalMart et le parti communiste chinois…. Ce n’est plus WalMart et ses fournisseurs américains qui reproduiront la force de travail américaine mais des entreprises chinoises sur le sol chinois.

4 - Cette baisse de la valeur de la force de travail ne pourra plus nourrir aussi facilement que par le passé le partage des gains de productivité. C’est que la désindustrialisation fragilise la condition salariale et engendre un chômage qui pourra être plus ou moins masqué par le maintien d’un Etat-Providence qui lui aussi se trouve être le support d’une partie du coût de la vie. Ce qu’on appelle économie sociale se développe sans gains de productivité et le coût de la vie ne peut diminuer que par des importations massives en provenance du sud. Ce qui se met en place est la possible naissance de vastes zones de l’ex -Tiers monde chargées de la reproduction de la force de travail de l’Occident et, en particulier de la France qui se désindustrialise plus rapidement qu’ailleurs. En contrepartie de vastes zones de l’Occident et en particulier de la France deviennent des espaces où un revenu se dépense sans y avoir été produit. C’est par exemple le cas des espaces privilégiés occupés par des retraités ou inactifs dans le sud de la France… Des incohérences de territoires qui vont se multiplier…

5 - Les usines fabriquant les « biens salaires » disparaissent et se reconstruisent à la périphérie de l’Occident. Dans ce dernier monde et tout particulièrement en France, nous n’aurons plus que des entreprises de logistiques (les bien salaires produits à la périphérie doivent être distribués et nourrir le centre). Ainsi les entrepôts « Amazon » peuvent se développer sur les friches industrielles. A ces entreprises il faudra encore ajouter les entreprises agricoles jusqu’ici non délocalisées qui tenteront - fouettées par la grande distribution et les firmes agroalimentaires- d’apporter leur contribution à la baisse du coût de la vie. Le dernier ajout qui permettra de photographier le nouveau paysage est bien évidemment le maintien d’un Etat social très endetté. Bien évidemment tout ce qui n’est pas « biens salaires » peut encore subsister, notamment les industries de biens d’équipement, les industries de l’armement et toutes celles très nombreuses encore qui, techniquement, s’articulent à ces dernières.

6 - Mais la mondialisation est exigeante en termes de libéralisation des échanges et les traités de libre échange ne peuvent que se multiplier (plus de 40 par la seule UE) pour offrir des débouchés aux entreprises, soit celles restées dans le centre, soit celles déjà délocalisées et qui souhaitent voir croître leur part de marché dans le monde. L’UE est l’archétype de ce modèle et invente la concurrence libre et non faussée. Jusqu’ici l’agriculture n’était pas encore délocalisable comme l’était le capital industriel. Le facteur de production terre/environnement devait rester attaché à son antique espace national. Parce que les traités de libre échange se doivent être globaux et concernent toutes les marchandises, l’agriculture ne peut en être exclue. Cette dernière devra donc se soumettre et accepter que le coût de la vie au centre soit de plus en plus assuré par des firmes agricoles lointaines. La poursuite de l’éventuelle  baisse du coût de la vie doit se payer par une masse toujours croissante de biens salaires importée. Et le renard est entré dans le poulailler car les agricultures du centre se font concurrence et utilisent les outils de l’UE pour s’entredévorer : l’agriculture française est mangée par l’Espagnole ou celle de la Pologne, etc. Ce qui entretient le processus de dévalorisation de la force de travail. Il y a beaucoup plus que des chaussures, vêtements, jouets, appareils électroménagers, etc. qui doivent être importés. Il y a désormais à importer tous les produits agricoles qui étaient historiquement les premiers « biens salaires » : fruits, légumes, viandes, poisson, produits laitiers, etc. De quoi comprendre les débats souvent superficiels et probablement inutiles que l'on va enregistrer dans les grands médias: comment justifier si peu de produits locaux dans les grandes surfaces? Pouquoi ne pas aider les pratiques respecteuses de l' environnement? Comment freiner la course à la compétitivité? etc... Sans réflexion sérieuse on laisse la place aux bavards.... 

7 - Aujourd’hui, nous sommes, avec les questions liées au climat et à l’environnement, arrivés au bout de la grande aventure consistant à faire produire à l’étranger la quasi-totalité des « biens salaires » consommés par les vieux Etats-Nations au premier desquels on trouve la France dont on vantait naguère l’excellence agricole. Non seulement l’agriculture européenne se doit d’être asservie par les règles du jeu du capitalisme mondialisé, mais elle est menacée de disparition par les règles concernant la protection du climat et de l’environnement. La course aux gains de productivité est certes désormais bloquée par la foule des règlements et normes concernant les intrants de la production, mais surtout par l’imposition d’un recul des surfaces autorisées à la culture ou l’élevage. Jadis le capital industriel délocalisé laissait à l’état d’abandon des friches industrielles. Aujourd’hui l’agriculture en délocalisation va laisser des jachères. Il ne restera plus que les traces des lieux où naguère la conservation/ reconstitution de la vie se déroulait.

8 - Ce grand mouvement est aussi la fin des classes moyennes protégées par le  capitalisme autocentré et efficient de la fin du vingtième siècle. Les « biens salaires » agricoles ou industriels majoritairement issus de la périphérie continuent de se dévaloriser au rythme des innovations et de la productivité. La concurrence en fait gonfler la quantité et la perte de valeur est surcompensée par des besoins artificiellement créés. La société de consommation devient hégémonique au sein de territoires où des revenus jamais produits et chargés de dettes sont « magiquement » dépensés. Il en résulte une disparition de la plus-value relative tandis que l’Etat social resté exigeant n’est plus finançable que par de la dette publique.

9 - Bien évidemment, ce grand mouvement aux conséquences géopolitiques majeures doit être arrêté et cela confirme bien les conclusions de nos précédents articles. Il sera toutefois très difficile de protéger l’agriculture. S’agissant de l’UE telle qu’elle est, on ne voit pas comment il serait possible de ne plus inclure l’agriculture dans les grands traités de libre-échange. Les avantages compétitifs de la périphérie de l’Occident sont bien évidemment concentrés dans  une agriculture où les taux de salaire et les normes sont très avantageux. Et c’est ainsi qu’au nom de la rationalité économique, l’Occident continuera probablement de confier la gestion du coût de la reproduction de sa force de travail dans les espaces que naguère il avait colonisé : Un libre échange où la baisse de la valeur de la force de travail continuera  d’être l’objectif probablement inconscient de ses promoteurs. Pourquoi, continuera t-on de proclamer, renoncerait-on à faire bénéficier le consommateur de prix à l’importation avantageux ? Pour la France, le prix de cette rationalité stupidement économiciste sera plus élevé qu’ailleurs en raison de l’abandon complet de ce qui faisait une partie de son excellence.

10 - N’allons pas plus loin et laissons le lecteur se reporter à nos articles[1] des 1/1/2024 et 12/1/2024.  Toute politique économique sérieuse doit se pencher sur la construction d’un équilibre des comptes extérieurs. Et cela passe par ce qu’on appelait la « colonne vertébrale » de la reconstruction. Bonne relecture de ces deux articles.

Jean Claude Werrebrouck

 

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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 07:38

Les députés peuvent-ils penser « out of the box » ?

Nous poursuivons ci-dessous la réflexion non pas sur les causes empiriques et banales de la situation budgétaire française, mais à l’inverse sur les mécanismes qui en font son inéluctabilité sans changement planétaire des règles du jeu. Un changement de paradigme est-il possible ? est-il à la portée des constructeurs du budget ? Et surtout, peut-il se produire une révolution copernicienne à l’échelle du monde sans passer par la violence ?

Petit rappel explicatif des modes de régulation macroéconomiques constatés.

1 Les risques de surproduction, donc d’insuffisance de la demande, sont  compensés- depuis plusieurs dizaines d’années- par des déséquilibres budgétaires. Ce mode de régulation est intervenu dès qu’il fut (années 70) devenu difficile de réguler cette même insuffisance par la voie traditionnelle de la hausse des rémunérations.

2 c’est que la régulation fordienne n’est plus adaptée à une mondialisation qui tend à aligner, en longue période, les normes salariales de l’occident sur celles du sud.

3 Une nouvelle régulation s’avère  difficile et ne se matérialise jusqu’à maintenant que par l’importation massive de ce que Marx appelait « les biens salaires » (ceux achetés par les salariés du centre) désormais produits à des couts bénéficiant de la norme salariale des pays émergents.

4 Cette importation de plus en plus massive a permis de contenir une baisse de niveau de vie dans un contexte de forte contrainte des salaires centraux. Elle ne permet toutefois pas de contenir la hausse des « taux de pauvreté monétaires ».

5 La déformation de la régulation fordienne n’est qu’un essaimage et une expansion planétaire de la surproduction. Les délocalisations réduisent l’offre potentielle dans les centres mais  les débouchés se réduisent plus vite avec le recours massif aux importations. D’où un double phénomène de croissance très faible assortie de déséquilibres budgétaire élevés.

6 La périphérie produit de plus en plus et ne peut trouver de débouchés internes en raison de ses normes salariales, d’où la marée montante des exportations qui garantissent de moins en moins des croissances de PIB plus élevées qu’au centre (Chine).

7 La périphérie aimerait sans doute passer au fordisme mais le prix serait gigantesque en termes d’effondrement des exportations. Le résultat global est, aussi bien au centre qu’en périphérie, le besoin de compenser les déséquilibres macroéconomiques par des déséquilibres budgétaires.

8 Au centre  le cout de la vie plus faible par  des importations massives de « biens salaires » (très repérables dans tous les magasins et en particulier dans la grande distribution) correspond à une diminution de la demande globale, et le déséquilibre macroéconomique ne peut se réduire que par le déséquilibre budgétaire.

9 A la périphérie l’industrialisation massive ne trouve que peu de débouchés en raison de la modestie des normes salariales, et il faut massivement compter sur l’envol des exportations qu’il faut gonfler par des subventions et donc des déséquilibres budgétaires. Plus l’offre locale alimentée par les délocalisations augmente et plus l’écart avec la demande locale s’élargit.

10 Les déséquilibres budgétaires peuvent au terme de relations complexes s’épauler. Ainsi le déficit américain nourrit des exportations chinoises elles-mêmes alimentées par des subventions publiques aggravant le déficit public chinois.

11 Parce que la planète toute entière se trouve en déséquilibre économique, une guerre des monnaies sous forme de guerre des dévaluations commence à se mettre en place : Dollar, Yuan, Yen, Euro, etc. (Rappel des années 30 ?) Avec comme effet visible la montée vertigineuse du cours de l’or.

12 Au total la mondialisation se trouve incapable de reproduire à l’échelle planétaire les modèles fordiens nationaux qu’elle a détruit.

13 Les récentes mutations géopolitiques : libertarisme prédateur, techno césarisme, ethno nationalisme, etc. détruisent toute forme de multilatéralisme possiblement engendreur d’une régulation planétaire.

Le déficit budgétaire généralisé était-il la solution au problème rencontré ?

1 L’écart offre globale / demande globale ne peut se solutionner que par des flux monétaires compensatoires allant vers les agents dépensiers et remontant vers les agents producteurs. Simplement exprimé : il faut permettre d’acheter davantage.

2 Dans des économisées bancarisées, il s’agit de gonfler les comptes des agents dépensiers : ménages, entreprises, administrations publiques.

3 Le respect des droits de propriété a jusqu’ici entrainé mécaniquement la forme « dette publique » comme expression matérielle des flux monétaires compensatoires. La forme dette privée est en effet impossible en raison même du problème continu et cumulatif du déficit de demande globale.

4 La forme dette publique bénéficiant d’une réputation plus grande en raison de la nature du débiteur s’est brutalement renforcée à la fin du vingtième siècle par l’indépendance des banques centrales (fin des années 80). Le débiteur public n’est plus « libre de monnaie » (il lui devient interdit de créer de la monnaie) et devient débiteur classique.

5 « l’helicopter-money » au profit des Etats devenant prohibé, un marché de la dette publique se met en place aux fins de capter une épargne mondialisée par la libre circulation du capital (années 90).

6 Le mouvement de mondialisation s’accompagne mécaniquement d’une explosion de la finance : liberté de circulation du capital, marchandisation des monnaies dont la production devient le monopole des institutions financières, libre sécurisation marchande des fluctuations de taux et de valeurs, etc.  La mondialisation de la production/circulation des biens suppose la construction d’autoroutes sécurisés, autoroutes qui seront l’œuvre de la nouvelle industrie financière.

7 La croissance obligée de dette publique a pour contrepartie une croissance obligée de revenus financiers éloignés de l’investissement réel.  D’où une place croissante à une économie de rente.

8 Les acheteurs de dette publique étant plutôt des fabricants de monnaie et des épargnants, le volume croissant de dette entraine des inégalités nouvelles de revenus. Globalement, forte contrainte du côté des nouvelles normes salariales d’un côté, et accumulation patrimoniale de l’autre. La relative homogénéisation sociale que le fordisme triomphant avait[JW1]  généré cède la place à des inégalités gigantesques et surtout incontrôlables sur les routes sans péages de la mondialisation.

9 Le système est de nature explosive : de plus en plus de dettes publiques, et de plus en plus de polarisation sociale. De quoi gonfler sans limite une financiarisation de toutes les activités et une situation sociale grave.

10 Sa crise finale probable et imprévisible devrait correspondre à un changement de paradigme avec la fin du monopole de la création monétaire par les institutions financières et le retour de sa maitrise par les puissances publiques.

11 les Etats se doivent de profiter des technologies associées aux futures monnaies numériques de banques centrales ( MNBC) pour reprendre le contrôle. Sachant que le système financier est très divisé sur le projet de MNBC les Etats se doivent de profiter de cette division et s’imposer.

12 A ce titre ils se doivent d’imaginer le chemin permettant des flux monétaires compensateurs des déséquilibres entre offre globale et demande globale. Une MNBC qui cesserait d’être une dette publique portant intérêt serait une solution inespérée.

13 La fin ou la très forte réduction des marchés de dette publique est le moyen d’assurer une régulation ne passant plus par une très forte polarisation de la société.

14 Le personnel politico administratif serait plus efficient s’il investissait davantage sur un tel projet et moins sur tel ou tel amendement d’une loi de finance reproduisant et aggravant un système ptoléméen. Mais il est vrai que penser « out of the box », (en dehors du cadre) comme disent les américains n’est pas facile. Le personnel politico administratif restera « in the box » victime d’une pensée mimétique indélogeable.

Jean-Claude werrebrouck- 6 janvier 2026.

 


 [JW1]

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2 janvier 2026 5 02 /01 /janvier /2026 10:54

Les travaux de construction du budget 2026 vont reprendre ce 8 janvier. Il ne sera question bien sûr que de réduire la dette, prêter attention aux marchés etc. Un peu comme si les astrophysiciens discutaient du mouvement de l’univers sans en connaître les lois de fonctionnement. Nous proposons ci-dessous un début de réflexion qu’aucun lecteur, voire économiste ne trouvera dans le présent vacarme des opinions. Une seconde partie proposera d’ici quelques jours une prospective d’anticipation.

L’Evidence d’un équilibre macroéconomique

Dans une économie qui par un moyen  ou un autre assure un équilibre entre offre globale de marchandises et demande globale, il n’existe aucune raison de voir l’Etat se gonfler de dettes. Cette réalité se confirme plus facilement encore si l’Etat considéré maîtrise parfaitement le taux de change de sa monnaie… en restant propriétaire de ladite monnaie. En théorie une insuffisance de demande provoquée par des agents qui utilisent le revenu de la production par des achats étrangers (balance commerciale déficitaire) entraine sur le marché des changes un mouvement inverse : la demande de monnaie nationale baisse au profit d’une demande étrangère de monnaie. Il en résulte une baisse de la valeur de la monnaie nationale et donc un effet prix favorable à une demande étrangère accrue. L’équilibre se trouve théoriquement rétabli.

Un peu de philosophie hégelienne

Les choses deviennent plus complexes si l’on introduit l’idée Hégelienne de contradiction : la production s’oppose au revenu constitué dont ce dernier est constitutif d’un possible blocage. De façon très concrète les capitalistes souhaitent vendre à la classe très nombreuse des salariés, mais ils ne produiront que si les salaires sont suffisamment contraints pour autoriser le profit. Plus concrètement encore les usines ne produiront que si les salaires sont très inférieurs à ce qu’elles produisent. Bien sûr une partie de la production, celle constitutive de biens capitaux donc de biens de production sont achetés par des capitalistes soucieux d’investir. Cela signifie que la production globale bénéficie d’une demande globale équivalente si les capitalistes achètent les biens capitaux au titre de l’investissement. Mais lesdits capitalistes en investissant élargissent la production future pour laquelle il faut trouver des débouchés eux-mêmes élargis. Poser la question de cette façon montre que l’équilibre entre offre et demande globale n’a rien d’évident. En particulier le soupçon de surproduction par rapport à la demande solvable est constitutif d’une question voire d’une hypothèse raisonnable pour étudier les réalités macroéconomiques.

L’Etat régulateur résout les contradictions

Nous avons tenté de montrer dans un texte précédent que ce soupçon de surproduction donnait aux Etats un rôle de régulateur des équilibres macroéconomiques. Depuis environ une trentaine d’années, nous sommes passés d’une régulation dite fordienne à une régulation complètement financière. Dans la régulation fordienne la nécessité de passer par un endettement public n’existe pas. L’écart entre offre globale et demande peut tout simplement être réduit par la norme salariale sans passer par des dépenses publiques. Si l’offre globale augmente fortement par des gains de productivité eux-mêmes élevés, il est possible pour un Etat d’aller bien  au-delà d’un accord salarial et décider d’une politique de rémunération permettant de gonfler la demande et donc de ne point connaître de crise de surproduction. Cela signifie que (ce qu’on a appelé moment fordien) Les capitaux ne connaissent aucune incitation impérieuse à s’exporter puisque les débouchés restent largement nationaux. Et l’augmentation des capacités aux fins de réduction des charges fixes peut se réaliser au sein d’un espace fordien géographiquement plus large : on passe de la nation à l’Europe voire l’occident et tous les espaces qui rejoignent progressivement l’espace fordien. Les entreprises peuvent devenir internationales sans connaître la mondialisation. Ce qu’on appelle « désindustrialisation » est complétement étranger au moment fordien. De la même façon il n’existe que peu de pression à la libération des mouvements de capitaux puisque ces derniers sont sagement retenus par les débouchés nationaux ou ceux exprimés dans des espaces similaires. Par ailleurs, l’espace international est encore sécurisé par l’ordre de Bretton-Woods et la fixité des taux de change.  Il n’existe pas encore de démembrement des entreprises avec des maillons éparpillés - généralement désignées « chaines de la valeur »-  à l’échelle planétaire.

Contradiction élargie et Etat régulateur dépassé

Les choses changent avec la mondialisation.  Il ne peut plus exister de manière très volontaire  de normes salariales toujours de plus en plus avantageuses en raison de l’accélération des délocalisations industrielles. Mieux la norme doit plutôt devenir celle des pays du sud pour tenter de freiner le mouvement  de délocalisation. Au fond le passage du moment fordien au moment mondialiste est aussi le renversement de la norme salariale. Pour les pays qui avaient poussé très loin la norme fordienne avec le développement d’un très grand Etat providence, ce qui était le cas de la France, le choc sera plus rude…et la résistance plus forte. D’où idéologiquement le discours concernant le caractère non réformable du pays.

Renversement de la norme salariale, mais aussi développement sans limite de la dette et de la finance. Si la norme sociale s’inverse complètement avec alignement de la norme salariale sur celle du sud, nous retrouvons une crise majeure de débouchés : les capacités productives dépassent celle des débouchés. Mécaniquement nous entrons dans un scénario où il faut accélérer les délocalisations…. processus qui lui-même n’est que l’exportation à l’échelle planétaire de la question de l’insuffisance de la demande globale. La Chine après avoir absorbée les délocalisations se trouvent présentement devant ce type de difficultés : des surcapacités gigantesques qu’il faut tenter d’expulser sur le reste du monde. Et il semble que le pouvoir chinois très soucieux de développer la demande interne, donc de passer à un mouvement fordien, rencontre de très grandes difficultés d’ordre institutionnel pour passer au fordisme.

La solution au problème serait sans doute l’avènement d’institutions mondiales chargées de réaliser à l’échelle de la planète ce qui fut réalisé à l’échelle des principales nations occidentales au cours des trente glorieuses. Cela s’avère impossible à l’heure du retour des anciens empires. L’heure présente est plutôt celle du retour d’un Etat prédateur fonctionnant au service du libertarisme....ou de l'ethnonationalisme... Conjonction très nouvelle et encore très peu étudiée. Quelle que soit l'architecture émergente, nous nous éloignons de l'Etat régulateur.

Des flux monétaires chargés de résoudre les contradictions ?

La solution est donc pour l’immense majorité des Etats le recours à des flux monétaires chargés de masquer l’écart entre production et dépense correspondante. Ces flux doivent d’une façon ou d’une autre alimenter les comptes des agents dépensiers investisseurs ou consommateurs donc des agents qui alimentent la demande globale. Concrètement il s’agit des entreprises et plus encore des ménages. Avec une grande question : les flux invoqués sont-ils porteurs de dette ou bien sont-ils libres de dettes? 

Fin de première partie.

 

Jean- Claude Werrebrouck – 2 janvier 2026.

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 15:29

Au seuil de discussions nouvelles sur les questions budgétaires,  il est sans doute trop tard pour réfléchir sur l’absence de sérieux de ce qui n’est plus une politique industrielle. Les quelques lignes ci-dessous mettent en lumière, de façon fort synthétique, ce que nous croyons être le scandale majeur de la politique industrielle française : celui de la gestion de l’électricité.  A méditer pour les candidats à l’élection présidentielle. A méditer aussi à la lumière du devis qu’EDF vient de publier au titre de ses investissements futurs.

Quelques données d’identification du paysage électrique français

Statut de l’électricité :  -matière première fondamentale mais fort peu stockable (aujourd’hui 3% de la capacité mondiale de production)

Chiffres 2024   -     production :  570 TWH 

  • Consommation 510TWH
  • Nucléaire :    380TWH
  • Hydraulique :  50,5 TWH
  • Thermique :   39 TWH
  • Solaire/éolien : 98,5TWH

Décisions politiques :

- Electricité : bien échangeable sur un marché physique ou financier

-  Priorité de l’intermittence sur le continu

- Garantie publique de rentabilité de l’intermittence (investissement de simple rente) ;

- Nucléaire dominant mais appelé progressivement à devenir énergie de bouclage du marché

Résultats constatés :

- Facteur de charge du nucléaire passant de 85% aux environs de 60%

- Sous production nucléaire d’environ 100TWH (environ 18% du chiffre d’affaires)

- 8 à 9 milliards d’euros de subventionnement de la production solaire/éolien pour 2025

- Addition perte de marge EDF+ subventionnement solaire/éolien évaluée à 50% du budget 2025 des armées.

Augmentation non évaluée des couts de maintenance des centrales EDF soumises à la priorité du solaire/éolien.

Conclusion : politique publique responsable d’une mauvaise allocation du capital (le solaire éolien est inutile au ravitaillement) et d’une destruction de capital ( les centrales nucléaires souffrent de la modulation imposée)

 

Ces quelques données sont intéressantes à découvrir au moment où à grands bruits on évoque le dossier de partage du financement en vue d’une autorisation bruxelloise, et surtout le devis qu’ EDF vient de publier. Ce dernier se monte pour les 6 EPR2 à quelque 80 milliards d’euros 2025. Somme qu’il faudra partager entre EDF investisseur et Etat propriétaire de l’entreprise publique. Le personnel politico administratif et les médias n’évoquent en aucune façon la réalité des choix qui furent ceux de la gestion de l’électricité depuis la décision européenne d’interdire les monopoles publics industriels voici maintenant près d’une trentaine  d’années.  Le choix d’obliger EDF à vendre à des concurrents qui ne produisent pas d’électricité à un prix inférieur au coût de production (ARENH) relevait déjà d’un mécanisme délictueux. Celui existant maintenant est beaucoup plus grave : non seulement on extorque chaque année plus de 10 milliards d’euro de marge à l’entreprise en l’empêchant de produire, mais on extorque chaque année au contribuable près d’une dizaine de milliards d’euros au titre du financement du système Solaire/Eolien. 

Il est éthiquement fondamental de dénoncer le projet de financement des 6 nouveaux EPR. EDF serait une entreprise très profitable, fonctionnant sans dette,  si elle n’avait eu à supporter pendant près de 15 années le scandaleux ARENH et si elle n’avait à supporter une interdiction de produire. Sans ce véritable détournement de capitaux EDF pourrait sans aucune difficulté assurer ses projets d’investissements. Également sans envoyer ses ingénieurs se former en Chine comme on vient de l’apprendre…..

Dans le même temps il est éthiquement fondamental de dénoncer le gaspillage budgétaire aboutissant à plus de dette publique pour des investisseurs de rente derrière lesquels on trouve les grands fonds soucieux d’investir dans les projets dits d’avenir et qui ne sont que des occupants de rente publique.

Jean Claude Werrebrouck- 19 décembre 2025.

Note complémentaire du 27 décembre Le dernier bilan prévisionnel de RTE (9 décembre) nous apprend que la France à failli les 1ier avril et 23 octobre dernier connaitre un black-out assez comparable à ce qu'à subi la péninsule ibérique le 28 avril. De fait la règle de la priorité du solaire /éolien fait apparaitre des comportements indélicats au détriment d'EDF. Ainsi le solaire/éolien cherche à optimiser à la minute sa production et ne respecte pas la règle d'annonce de son plan de charge la veille pour le lendemain. Il en résulte que les lourdes centrales EDF doivent au nom du service public subir des variations de productions immédiates (10GW le 1ier avril et 8 GW le 23 octobre, soit léquivalent d'une petite dizaine d'unités nucléaires). Un peu comme si dans l'industrie automobile les chaines Toyota étaient victimes immédiates de décisions tout aussi immédiates sur des chaines GM à l'autre bout du monde. Et notre exemple reste bienveillant car une chaine d'assemblage automobile est plus maniable qu'une unité nucléaire. Monde ahurissant. Plus étonnant encore comment accepter une fonction de président d'EDF si cette dernière devient activité de  simple chef de service très obéissant? Quand le président d'EDF va t-il se mettre en grève? 

                                    

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 09:08

La France grande handicapée….

L’année 2025 va probablement se terminer sur un PIB d’environ 2984 milliards d’euros contre 2919 milliards en 2024. Ce calcul mené en valeur correspond à une croissance nominale d’environ 2,3% reflet d’une inflation d’environ 1,5% et d’une croissance réelle de moins de 0,9%. Et ce chiffre ridiculement faible n’est obtenu qu’avec l’intervention de l’Erat qui en termes de recettes et de dépenses s’est soldée par un déficit Public colossal d’environ 161 milliards d’euros. Au final pour obtenir (2984 – 2919) = 65 milliards de richesse apparente supplémentaire il aura fallu s’endetter de 161 milliards de plus (2,47 fois le surplus de richesse apparente). Un peu comme si un ménage voulant consommer 10 euros de plus chaque mois devait s’endetter mensuellement de 24,70 euros.

Croissance faible, cause de la dette ? Ou dette élevée, cause de croissance faible ?

Rééquilibrer les comptes suppose sans doute une combinaison de baisse d’impôts et de baisse des dépenses. Mais ce rééquilibrage va  en entrainer d’autres : des comptes bancaires allégés pour les ménages et les entreprises qui cesseraient de bénéficier de la dépense publique…mais augmentés de la baisse de l’impôt…le tout dans une proportion assurant la disparition du déficit. Qui va payer ? Si l’on privilégie la baisse de la dépense ce sont plutôt les ménages qui vont payer…et contribuer à la chute de la demande globale : les débouchés des entreprises s’affaissent  et les entreprises marginales disparaissent. Si l’on privilégie la fiscalité, le résultat dépendra du mode choisi de la baisse d’impôt, ce qu’on appelle l’assiette. Par contre cette voie suppose parallèlement une baisse de la dépense beaucoup plus radicale à la seule fin de faire disparaitre le déficit. D’où la contradiction entre amélioration possible du taux de marge dans un contexte de baisse du chiffre d’affaires. A moins que la baisse de la fiscalité entraine une compétitivité telle que des exportations nouvelles viennent compenser la perte des chiffres d’affaires internes. Mais, sous contrainte de disparition du déficit, plus la pression fiscale diminue et plus la demande interne s’affaiblit. Il est donc difficile d’imaginer et donc de chiffrer aisément le résultat du choix de la baisse de la fiscalité. Globalement il faudrait une élasticité/cout des exportations élevée dans un contexte où la contrainte fiscale représenterait un poids très élevé dans les couts de production. Comme quoi une politique de l’offre est toujours très complexe et vient se heurter au mur de la demande.

Mais Handicap indépassable…

Ce fort bref raisonnement nous montre toutefois que la question de la réduction de la dette n’est pas chose simple et, hors mobilisation de moyens touchant la relation du pays avec son environnement mondial, ladite réduction suppose une contraction très importante du PIB. Il suffit de reprendre les chiffres de 2025 et imaginer la baisse du PIB en utilisant un multiplicateur budgétaire même ramené- fort complaisamment- à l’unité. Dans cette hypothèse le PIB se contracterait de plus de 160 milliards d’euro, soit près de 6%. Sachant que l’impact d’une telle contraction est très inégal selon les différentes catégories sociales, Le pays est-il politiquement prêt à accepter un tel changement ?

Reste le recours à trois outils : la dévaluation externe de la monnaie, le rachat de la dette par la banque centrale, l’établissement de droits de douane. Les deux premières solutions sont exclues en raison de la méthodologie retenue pour la construction de l’Union européenne : La monnaie est devenue indépendante des Etats, lesquels ne sont plus maitre de leur banque centrale. Il n’est plus question - sans rupture- de recourir aux manipulations monétaires qui ont tant contribué à l’exceptionnelle réussite française de l’après-guerre.  La solution des droits de douane envisageable au niveau européen est -elle imaginable comme solution à la dette publique française ? Sans rétorsion de la part du reste du monde les droits de douane peuvent en principe réduire les importations sans toucher aux exportations. La baisse de la demande globale induite par la diminution de la dépense publique initiée pour faire disparaitre la dette publique pourrait ainsi être compensée par des échanges extérieurs mieux orientés. Les droits eux-mêmes viennent contribuer à la disparition du déficit. Dans le contexte géopolitique du moment cette solution qui n’est pas de rupture peut être envisagée et commence à l’être. L’UE ne peut en effet au nom de sa survie laisser la chine exporter son chomage par une balance des échanges devenue très déséquilibrés ( Plus de 1000 milliards de dollars d’excédents pour 2025).

La béquille pour tous…

Au-delà, il faut signaler que la dette devenue béquille de la France est entrain de le devenir pour la plupart des pays.

                                   Croissance              déficit public

Allemagne                          0,8                             2,7

Italie                                    0,6                              3

Espagne                              2,7                            2,7

Pays-Bas                              1,5                            2,8

RU                                         1,5                            4,5

Chine                                    5                                4

USA                                       2,3                             6,9

Comme pour la France nous constatons, certes à l’exception du cas chinois, qu’il faut pour tous ces pays beaucoup de déficit public pour faire grossir fort modérément voire très peu le PIB. Pour cet ensemble de pays et sans doute pour de nombreux autres une politique générale de disparition des déficits publics entraine une baisse des PIB donc une contraction planétaire de très grande ampleur. Et la Chine ne fait pas vraiment exception, car même en ne contestant pas les chiffres annoncés, le résultat- plutôt meilleur- se fait au prix d’une gigantesque montée des exportations (probablement plus de 1100 milliards de dollars en 2025). La constatation empirique de cette « impression de PIB étouffé » malgré un déficit gigantesque nous invite à imaginer l’hypothèse  d’un désajustement entre une offre constitutive d’un PIB logiquement ascendant par l’investissement et une demande qui  tire ce même PIB vers le bas. En termes savants la demande globale est -elle suffisante pour absorber toute l’offre proposée ? Hypothèse jamais abordée par les économistes contemporains.

...Béquille pour tous que les économistes éloignés de l’histoire de la pensée économique ne peuvent comprendre….

Derrière ces questions se trouve un problème beaucoup plus fondamental et fort ancien : celui de la « loi des débouchés » qui fut un débat depuis le début du dix-neuvième siècle. Pourtant cette question de l’équivalence entre l’offre globale et la demande globale n’est plus abordée depuis très longtemps dans les universités. Elle n’est plus dans la fenêtre d’Overton. Jadis l’étude de la théorie keynésienne réintroduisait mécaniquement le très long débat qui s’était introduit avec la critique de la « loi de Say » par ses contemporains et en particulier Ricardo, Sismondi et bien d’autres tout au long du siècle. Ces réflexions furent très longtemps poursuivies et la crise de 1929 fût très largement abordée à partir de la question. Globalement il fut admis que ladite crise était une crise de surproduction provoquée par la non redistribution des gains de productivité, donc la non vérification empirique de la « loi se Say » et la confirmation de ses critiques. Keynésianisme aidant, il fut admis que les trente glorieuses qui devaient suivre correspondaient à la mise en place d’outils autorisant la redistribution et donc un alignement de la demande sur une offre croissante (élargissement continuel des salaires y compris par voie d’Etat-providence).

Concrètement, comme dans les années 1920 aux USA,  nous retrouvons aujourd’hui le divorce entre une offre potentiellement sans cesse croissante et une demande qui ne peut suivre. Le problème  n’est plus aujourd’hui celui du divorce entre fordisme naissant et normes salariales de la première révolution industrielle, mais celui du divorce entre mondialisation et alignement de nouvelles normes salariales. C’est qu’en mondialisation les salaires  sont moins une source de débouchés qu’une source de couts. Mécaniquement la masse salariale vient de plus en plus nourrir les importations et beaucoup moins les productions nationales. Ces mêmes productions sont soumises à des concurrences étrangères qui invitent à un alignement progressif des salaires occidentaux sur ceux du sud. Ce mécanisme qui étrangle la demande globale, et  qui est pourtant l’essence même de la mondialisation est masqué par les béquilles : la demande globale qui ne peut suivre la production croissante devient artificiellement gonflée par des dépenses publiques de plus en plus importantes et des ressources publiques- l’impôt- qu’il faut contenir.

Les béquilles pour tous  sont  faites  d’une très rentable « aspirine » financière

Mais la béquille est toute entière fabriquée avec l’aide de la finance et il est encore universellement préféré d’utiliser des actifs financiers pour générer une demande globale insuffisante plutôt qu’une technique type « hélicopter money ». Pour l’essentiel ces actifs sont de la dette publique, donc la matière première des béquilles. Vu de très haut, la crise récurrente de surproduction, est fictivement effacée par une nouvelle branche professionnelle porteuse d’un grand avenir : la finance qui fabrique sans limite des titres financiers lesquels sont l’antidouleur d’un réel économique dysfonctionnel. Toujours vu de très haut plus l’industrie se contracte et plus la finance se déploie. Comment ne pas être stupéfait par les quelque 16000 milliards d’actifs sous gestion aujourd’hui, actifs qui ne se montaient qu’à 4000 milliards en 2008, soit une multiplication par 4 contre moins d’un doublement du PIB ( 111000 milliards de dollars contre 63000 milliards) entre ces mêmes dates ?

A ce titre il est intéressant de situer les débats idéologiques concernant les cigales et les fourmis. Les tenants de l’économie de l’offre donc les croyants en la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say sont convaincus qu’il faut réduire l’éventail de l’Etat- providence et remettre les agents au travail. D’où les difficultés à prendre conscience de la réalité des chiffres présentés plus haut : une croissance qui ne cesse de s’affaisser et un endettement qui ne peut que s’accroitre…avec pour responsable un Etat victime de capture par les marchés politiques…d’où l’idée qu’il faut abandonner le statut de cigale et emprunter celui de fourmi. Mais comment abandonner le statut de cigale sans provoquer l’apparition de la réalité du déséquilibre entre offre et demande globale à l’échelle planétaire…une réalité qui atteint même une Chine peuplée de fourmis ?

Une autre difficulté est celle de l’antidouleur apporté par la finance. L’overdose des titres financiers publics développe le risque d’insolvabilité des Etats chargés de cacher la réalité macroéconomique dysfonctionnelle. Nous n’en sommes manifestement plus très loin avec la montée des taux,  ou les « stable coins » chargés d’épauler la dette américaine (99% du volume des stables coins sont collatéralisés avec  le dollar) . Avec parfois de redoutables erreurs de politique monétaire telle celle de l’actuelle BCE qui continue de ne plus couvrir les titres parvenus à échéance par des achats d’un montant semblable. De quoi rétrécir le marché des antidouleurs au moment où les Etats expriment un besoin massif (500 milliards de nouvelle dette publique pour la seule Allemagne en 2026, plan de relance massif pour le Japon, etc.)

Des béquilles pour tous…et  de plus en plus grandes….

Nous percevons maintenant clairement le chemin initié à partir de l’hypothèse selon laquelle il existe une insuffisance de la demande globale, insuffisance aujourd’hui planétaire. Sans mécanisme de redistribution type celui emprunté dans ce qu’on a appelé le « moment fordien » en occident, la demande globale doit être artificiellement gonflée par de la dette pour arriver à l’équilibre macroéconomique. Le choix de « l’helicopter money » qui aurait pu se substituer au moment fordien ne fut pas politiquement retenu. Celui du marché de la finance fut ouvert et considérablement renforcé par les outils techniques de la mondialisation, en particulier la parfaite mobilité d’un capital qu’il faut assurer dans son cheminement : maitrise de la circulation de la valeur avec sécurisation d’un marché des changes qui doit devenir très important. De fait le marché des changes doit devenir un monstre financier pour sécuriser la mondialisation. Sur ce marché les agents financiers doivent couvrir la sécurité sur les taux tout en se couvrant eux-mêmes,  ce qui passe par de gigantesques « paris » sur de simples fluctuations de prix. L’effacement progressif du fordisme laisse ainsi la place au grossissement inéluctable de la finance. Et l’ancien métier de conseil en investissement du banquier devient largement celui de virtuose sur de simples paris.

Au-delà la dette elle-même ne peut se réduire sauf à réenclencher le déséquilibre global. Mieux, à partir du moment où elle devient capital portant intérêt elle doit- au-delà de simples fluctuations conjoncturelles- se gonfler plus rapidement que le PIB. La dette sans intérêt peut certes gommer l’insuffisance de la demande globale mais il faut aussi couvrir les charges de la dette. Il est donc logique de voir partout dans le monde un grossissement de la dette. Le contexte géopolitique actuel fait qu’Il n’existe pour le moment pas d’autre choix planétaire.

Nous tenterons dans une prochaine note de montrer  que le substitut d’un fordisme planétaire, probablement irréaliste, peut devenir tout autre chose que la finance telle qu’elle se déploie encore aujourd’hui.

 Jean Claude Werrebrouck – 26 décembre 2025.

 

 

 

 

 

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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 17:17

Au seuil de discussions nouvelles sur les questions budgétaires,  il est sans doute trop tard pour réfléchir sur l’absence de sérieux de ce qui n’est plus une politique industrielle. Les quelques lignes ci-dessous mettent en lumière, de façon fort synthétique, ce que nous croyons être le scandale majeur de la politique industrielle française : celui de la gestion de l’électricité.  A méditer pour les candidats à l’élection présidentielle. A méditer aussi à la lumière du devis qu’EDF vient de publier au titre de ses investissements futurs.

Quelques données d’identification du paysage électrique français

Statut de l’électricité :  -matière première fondamentale mais fort peu stockable (aujourd’hui 3% de la capacité mondiale de production)

Chiffres 2024   -     production :  570 TWH 

  • Consommation 510TWH
  • Nucléaire :    380TWH
  • Hydraulique :  50,5 TWH
  • Thermique :   39 TWH
  • Solaire/éolien : 98,5TWH

Décisions politiques :

- Electricité : bien échangeable sur un marché physique ou financier

-  Priorité de l’intermittence sur le continu

- Garantie publique de rentabilité de l’intermittence (investissement de simple rente) ;

- Nucléaire dominant mais appelé progressivement à devenir énergie de bouclage du marché

Résultats constatés :

- Facteur de charge du nucléaire passant de 85% aux environs de 60%

- Sous production nucléaire d’environ 100TWH (environ 18% du chiffre d’affaires)

- 8 à 9 milliards d’euros de subventionnement de la production solaire/éolien pour 2025

- Addition perte de marge EDF+ subventionnement solaire/éolien évaluée à 50% du budget 2025 des armées.

Augmentation non évaluée des couts de maintenance des centrales EDF soumises à la priorité du solaire/éolien.

Conclusion : politique publique responsable d’une mauvaise allocation du capital (le solaire éolien est inutile au ravitaillement) et d’une destruction de capital ( les centrales nucléaires souffrent de la modulation imposée)

 

Ces quelques données sont intéressantes à découvrir au moment où à grands bruits on évoque le dossier de partage du financement en vue d’une autorisation bruxelloise, et surtout le devis qu’ EDF vient de publier. Ce dernier se monte pour les 6 EPR2 à quelque 80 milliards d’euros 2025. Somme qu’il faudra partager entre EDF investisseur et Etat propriétaire de l’entreprise publique. Le personnel politico administratif et les médias n’évoquent en aucune façon la réalité des choix qui furent ceux de la gestion de l’électricité depuis la décision européenne d’interdire les monopoles publics industriels voici maintenant près d’une trentaine  d’années.  Le choix d’obliger EDF à vendre à des concurrents qui ne produisent pas d’électricité à un prix inférieur au coût de production (ARENH) relevait déjà d’un mécanisme délictueux. Celui existant maintenant est beaucoup plus grave : non seulement on extorque chaque année plus de 10 milliards d’euro de marge à l’entreprise en l’empêchant de produire, mais on extorque chaque année au contribuable près d’une dizaine de milliards d’euros au titre du financement du système Solaire/Eolien. 

Il est éthiquement fondamental de dénoncer le projet de financement des 6 nouveaux EPR. EDF serait une entreprise très profitable, fonctionnant sans dette,  si elle n’avait eu à supporter pendant près de 15 années le scandaleux ARENH et si elle n’avait à supporter une interdiction de produire. Sans ce véritable détournement de capitaux EDF pourrait sans aucune difficulté assurer ses projets d’investissements. Également sans envoyer ses ingénieurs se former en Chine comme on vient de l’apprendre…..

Dans le même temps il est éthiquement fondamental de dénoncer le gaspillage budgétaire aboutissant à plus de dette publique pour des investisseurs de rente derrière lesquels on trouve les grands fonds soucieux d’investir dans les projets dits d’avenir et qui ne sont que des occupants de rente publique.

Jean Claude Werrebrouck- 19 décembre 2025.

Note complémentaire Le dernier bilan prévisionnel de RTE nous apprend que la France à failli les 1ier avril et 23 octobre dernier connaitre un black-out assez semblable à ce qu'à subi la péninsule ibérique le 28 avril. De fait la règle de la priorité du solaire /éolien fait apparaitre des comportements indélicats au détriment d'EDF. Ainsi le solaire/éolien cherche à optimiser à la minute sa production et ne respecte pas la règle d'annonce de son plan de charge la veille pour le lendemain. Il en résulte que les lourdes centrales EDF doivent au nom du service public subir des variations de productions immédiates. Un peu comme si dans l'industrie automobile les chaines Toyota étaient victimes immédiates de décisions tout aussi immédiates sur des chaines GM à l'autre bout du monde. Et notre exemple reste bienveillant car une chaine d'assemblage automobile est plus maniable qu'une unité nucléaire. Monde ahurissant. Plus étonnant encore comment accepter une fonction de président d'EDF si cette dernière devient activité de  simple chef de service très obéissant? Quand le président d'EDF va t-il se mettre en grève? 

                                    

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8 décembre 2025 1 08 /12 /décembre /2025 09:12

Nous  nous permettons aujourd’hui de publier un extrait de la préface de Ruy Blas écrite par Victor Hugo en 1838. L’histoire ne se répète jamais mais elle est pourtant la grande matière première avec laquelle les sciences humaines peuvent tenter d’échapper au simple bavardage.

Bonne lecture.

« Au moment où une monarchie va s’écrouler, plusieurs phénomènes peuvent être observés. Et d’abord la noblesse tend à se dissoudre. En se dissolvant elle se divise, et voici de quelle façon : le royaume chancelle, la dynastie s’éteint, la loi tombe en ruine ; l’unité politique s’émiette aux tiraillements de l’intrigue ; le haut de la société s’abâtardit et dégénère ; un mortel affaiblissement se fait sentir à tous au dehors comme au dedans ; les grandes choses de l’état sont tombées, les petites seules sont debout, triste spectacle public ; plus de police, plus d’armée, plus de finances ; chacun devine que la fin arrive. De là, dans tous les esprits, ennui de la veille, crainte du lendemain, défiance de tout homme, découragement de toute chose, dégoût profond.

 

Comme la maladie de l’Etat est dans la tête, la noblesse, qui y touche, en est la première atteinte. Que devient-elle alors ? Une partie des gentilshommes, la moins honnête et la moins généreuse, reste à la cour. Tout va être englouti, le temps presse, il faut se hâter, il faut s’enrichir, s’agrandir et profiter des circonstances. On ne songe plus qu’à soi. Chacun se fait, sans pitié pour le pays, une petite fortune particulière dans un coin de la grande infortune publique. On est courtisan, on est ministre, on se dépêche d’être heureux et puissant. On a de l’esprit, on se déprave, et l’on réussit. Les ordres de l’Etat, les dignités, les places, l’argent, on prend tout, on veut tout, on pille tout. On ne vit plus que par l’ambition et la cupidité. On cache les désordres secrets que peut engendrer l’infirmité humaine sous beaucoup de gravité extérieure. Et, comme cette vie acharnée aux vanités et aux jouissances de l’orgueil a pour première condition l’oubli de tous les sentiments naturels, on y devient féroce. Quand le jour de la disgrâce arrive, quelque chose de monstrueux se développe dans le courtisan tombé, et l’homme se change en démon.

 

L’état désespéré du royaume pousse l’autre moitié de la noblesse, la meilleure et la mieux née, dans une autre voie. Elle s’en va chez elle, elle rentre dans ses palais, dans ses châteaux, dans ses seigneuries. Elle a horreur des affaires, elle n’y peut rien, la fin du monde approche ; qu’y faire et à quoi bon se désoler ? Il faut s’étourdir, fermer les yeux, vivre, boire, aimer, jouir. Qui sait ? A-t-on même un an devant soi ? »

 

Préface de Ruy Blas (1838)

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1 décembre 2025 1 01 /12 /décembre /2025 06:33

L’argent ne quitte pas le pays

En toute logique comptable, les comptes nationaux  sont  équilibrés. La réalité est en effet très simple et toute opération se matérialise, en vertu du principe de la partie double, d’une écriture en crédit strictement égale à une écriture en débit. A l’échelle plus globale d’un pays s’il y a beaucoup d’écritures en débit pour des agents intérieurs ( consommation des ménages, dépenses des administrations, investissement des entreprises, etc.) cela signifie qu’il y a pour un même montant beaucoup d’ écritures en crédits pour des agents extérieurs en relation contractuelle avec les agents intérieurs. Les écritures en débit des agents intérieurs sont des dépenses et bien évidemment les écritures en crédits des agents extérieurs sont des recettes. Si donc on observe les comptes nationaux de la France le compte agrégé de l’économie française doit disposer d’un solde égal au compte agrégé extérieur de l’ensemble des nations en relation avec la France. C’est ce que l’on lit, dans les comptes de la nation pour 2024 avec, au-delà, un solde très rassurant : la France et ses agents reçoivent plus qu’ils ne dépensent et ce pour un montant de 8 Milliards d’euros alors que le PIB du pays se montait à 2917,4 milliards. Concrètement cela signifie a priori que l’argent ne fuit pas le pays et que la banqueroute n’est pas à l’ordre du jour. Cela veut donc aussi dire que les agences de notation qui surveillent le pays n’ont pas de raison substantielle pour abaisser de façon significative la note de la France. La France ne serait donc pas effondrée.

La comptabilité des circuits de l’argent

Si l’on regarde les choses de façon plus détaillée la situation est pourtant différente. La question étant en effet de découvrir par quel biais il existe un quasi équilibre entre les flux monétaires de sorties et les flux d’entrée.

Ce qu’on appelle balance des paiements est le document comptable qui rassemble tous les liens entre le pays et le reste du monde. Ce document est composé de sous-ensembles regroupant des opérations homogènes : balance commerciale, balance des services, balance des revenus primaires, balance des revenus secondaires, balance en capital. La somme constitue le compte non financier du pays, compte dont le solde s’appelle aussi solde de la balance des paiements. Et ce solde par principe comptable, celui de la partie double, est aussi égal au solde des opérations financières avec le reste du monde.

La balance commerciale est avec 618 milliards d’exportations et 678 milliards d’importations considérablement déficitaire (60 milliards). Réalité fondamentale qui révèle que, de plus en plus,  le pays consomme davantage qu’il ne produit.

La balance des services est avec 372 milliards d’entrées et 310 milliards de sorties considérablement excédentaire (57 milliards).

La balance des revenus primaires est aussi excédentaire en raison du flux considérables de revenus des travailleurs frontaliers (55 Milliards). Excédent qui signifie toutefois que des centaines de milliers de salariés frontaliers produisent des richesses à l’extérieur du pays et ne font – à l’intérieur - qu’en encaisser les signes.

La balance des revenus secondaires est très déficitaire en raison des contributions à l’Union Européenne (22 milliards) et des transferts de revenus des travailleurs migrants ( 16 milliards).

Un grand fleuve est venu alimenter la France

Le compte de capital (subventions, transferts sans contre parties) est lui-même excédentaire (5 milliards). Le compte financier   est  composé de plusieurs rubriques (investissements directs, investissements de portefeuille, instruments financiers dérivés, autres investissements). Sans entrer dans le détail on observe que le poste de loin le plus important est la partie des investissements de portefeuille correspondant à la dette publique. Ainsi l’extérieur, donc l’étranger, et plus concrètement encore 10 banques étrangères[1] ont   acheté 131 Milliards d’euros d’obligations de l’Etat français en 2024[2]. Bien évidemment (logique comptable) le solde du compte financier est égal à celui du compte de capital (8 milliards) mais il mentionne qu’en raison d’achats massifs de dette publique par l’étranger, les comptes nationaux sont en quelque sorte « oxygénés » par le reste du monde. Les comptables ne s’y trompent pas et parlent « d’entrée de capital » dans le pays.

Cette « entrée nourrissante » est bien sûr un flux mais il s’agit aussi d’un stock que les comptables nationaux connaissent bien : 1614 milliards d’obligations de dette publique française détenue par l’étranger au 31 décembre 2024, soit plus de 50% du PIB et 55,4% du total de la dette. Ce dernier taux est en continuelle augmentation depuis 2022. Toujours comptablement, ce stock de dette publique détenue par le reste du monde est - en principe - de l’épargne étrangère venant s’investir en France[3]. Est- ce à dire que l’épargne nationale serait insuffisante pour faire vivre l’économie française ? Question qu’il nous faut examiner.

Les variations de débit du grand fleuve étranger sur les comptes de la France

Le taux d’épargne français est parmi les plus importants du monde (près de 19% du PIB) et son affectation est bien connue : comptes à vue, dépôts à terme, assurance vie, actions et obligations, épargne immobilière. La contre-partie est complexe : financement des bilans bancaires et transformation en crédits et investissements pour les entreprises et aussi pour l’Etat par achat massif de dette publique.

Toute modification du flux d’achat étranger de dette publique modifie toutes les écritures et   soldes de tous les comptes. S’il y a moins d’achat cela se matérialise par une foule d’états différents. D’abord le solde du compte financier est modifié donc aussi le solde de la balance des paiements, donc le solde de tous les comptes de ladite balance avec les flux internes associés. Il est très difficile de construire un modèle permettant d’instruire et d’éclairer toutes les conséquences. Un compte peut pourtant retenir toute notre attention : celui de la balance commerciale.

Exploration du lien entre fleuve de dettes et balance commerciale.

Le lien entre la balance commerciale et le flux de dette publique achetée est lui-même très complexe. Par exemple si le flux de dette diminue (si le grand fleuve venu de l’étranger voit son débit diminuer) cela signifie que d’une façon ou d’une autre les finances publiques sont plus restrictives : moins d’aide et subventions (entreprises/ménages) qui touchent directement la consommation et l’investissement donc la croissance, donc la balance commerciale. Vraisemblablement réduire les aides c’est ne pas distribuer de quoi élargir les marchés et - sans politique monétaire les agrandissant par un taux de change plus faible (l’Etat a juridiquement perdu le contrôle des infrastructures financières et monétaires) - c’est réduire les exportations comme les importations sans modification sensible du solde. Le grand fleuve venu de l’étranger qui alimente la France est à priori fondamental pour alimenter une croissance pourtant devenue extraordinairement faible. D’où cette impression d’une France qui vit au-dessus de ses moyens. A l’inverse si le grand fleuve venu de l’étranger voit son débit augmenter c’est vraisemblablement en raison du laxisme budgétaire et ses effets sur la balance commerciale : sans maîtrise d’un taux de change la compétitivité n’augmente que par le flux de aides et les importations ne peuvent qu’augmenter. De quoi dégrader la balance commerciale et donc le compte de capital et son complément le compte financier….et de quoi demander plus au grand fleuve venu de l’étranger : 49,1% dans le total de la dette en juin 2022, mais 54,6% en juin 2024 et 55,4% en juin 2025. La France continue de s’effondrer….

Le fleuve d’épargne française peut-il se substituer au grand fleuve étranger ?

L’épargne française très élevée est a priori complètement mobilisée. Il faut donc imaginer qu’une substitution entre dette étrangère et dette nationale supposerait une modification de stratégie. De façon fort théorique on pourrait imaginer que les 4 banques françaises labellisées « SVT » ( BNP, Société Générale , Crédit Agricole, NATIXIS) achètent toute la dette émise (plus de 300 milliards pour 2025) et que les dix autres banques (étrangères) sont interdites d’accès aux adjudications de l’Agence France Trésor. Une telle hypothèse est fort peu crédible dans la mesure où les banques n’achètent la matière première : dette publique que pour leur clientèle. C’est bien sûr le cas  des compagnies d’assurance qui en achètent entre 70 et 80 milliards pour leur production propre de contrats nouveaux. C’est le cas des SVT qui achètent  pour elles-mêmes, mais aussi pour d’autres banques et l’archipel du « shadow banking » - probablement entre 60 et 70 milliards - pour les productions financières. De la même façon que dans l’industrie automobile, on fixe le volume des achats de bobines  d’acier en fonction de la quantité de voitures produites, les SVT françaises n’achètent de la dette publique qu’en fonction de leurs besoins. Le fleuve d’épargne française est ainsi limité et il faut lui adjoindre le grand fleuve étranger pour absorber toute la dette publique. Certes, on pourrait encore augmenter l’épargne en imaginant encore davantage de dépenses publiques au profit des ménages et entreprises, mais cela correspondrait à davantage de déficit et il n’est pas sûr que les SVT françaises soient davantage incitées à acheter de la dette publique suplémentaire…cela dépendrait en effet du comportement des bénéficiaires des nouvelles dépenses….Au final il semble impossible de faire disparaître le grand fleuve étranger venu nourrir la France.  

Mais le grand fleuve étranger est le résultat d’une politique publique historiquement délictueuse.

Nous ne reviendrons pas dans la présente note à la grande contradiction entre « société de marché » et « société à économie de marché » et nous nous  contentons d’en rappeler les conclusions[4]. La grande question de la France est qu’elle est restée au milieu du gué : largement keynésienne dans sa culture, elle n’accepte pas le moment néolibéral dans lequel elle s’est délibérément engagée. Parce que keynésienne, la France n’a jamais accepté la « grande transformation » décrite par Polanyie et le salariat fût historiquement de moins en moins le théâtre d’un marché non régulé. Réalité devenue infiniment complexe, ce qu’on appelle aujourd’hui le coût du travail est fait d’une multitude de règles et de subventions directes, indirectes, voire très indirectes…[5] . Et une réalité qui constituera le grand Etat Providence français.  De quoi rendre artificiellement (et coûteusement) compétitive une économie qui allait dans le même temps être dérégulée.

 Dans un même geste, la France décidait de libérer l’économie en libérant tous les marchés et en particulier le premier d’entre-eux : celui de la monnaie. Politique qui ira jusqu’à des limites extrêmes puisque l’Etat – grand inventeur historique de la monnaie moderne, celle qui allait mener à ce que nous avons appelé la fin de la loi d’airain[6]- allait devenir un agent victime d’un interdit bancaire : il ne peut être directement alimenté par la banque dont il est le propriétaire (banque centrale). D’où le marché de la dette qui est une pure invention politique juridicisée dans l’Agence France Trésor, invention ( 1999) dont plus personne n’en comprend la portée tant l’institution généralisée partout dans le monde est devenue « naturelle ». Cette invention est pourtant une double violence : d’abord au regard de l’Etat propriétaire qui n'est plus l’émetteur de monnaie qu’il fût ; ensuite au regard des citoyens qui n’ont plus juridiquement accès direct à la dette publique.[7] Non seulement il est interdit à l’Etat de s’endetter auprès de sa banque, mais il lui est interdit de s’endetter auprès de ses citoyens. Autant de garanties pour assurer un monopole aux SVT dont on communiquera bruyamment la sélection par l’AFT sur la base de la performance et de la rationalité. Le plus curieux est que personne ne sait si le grand fleuve étranger ou le grand fleuve national qui inonde l’AFT[8] est véritablement de l’épargne ou de la création monétaire…Le système bancaire, dans ses prérogatives, se serait-il substitué à l’Etat ? Le plus curieux encore est que l’Etat, encore farouchement Etat- providence radicalement hors marché, est simultanément celui qui par transformation de l’infrastructure monétaire a fait le lit du marché généralisé. Société à économie de marché d’un côté et société de marché de l’autre.

Les deux lames du ciseau : Etat Providence hors marché sans limite et inondation monétaire se referment sur une France effondrée.

Jean Claude Werrebrouck - 1  décembre 2025

 

[1] Les Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) banques sélectionnées par l’Agence France Trésor pour l’achat de dette publique.

[2] Et probablement davantage car les 10 banques étrangères (américaines anglaises, espagnoles et allemande) ont aussi des établissements en France. L’Agence France Trésor ne publie pas les volumes d’achats de chaque banque.

[3] Les montants mobilisés par 10 banques étrangères qui achètent de la dette publique peuvent aussi mobiliser de la création monétaire.

[5] Y compris par baisse du coût du travail par le biais de plateformes (Shein, Temu, etc.) qui relèvent délictueusement le pouvoir d’achat…De quoi faire du mauvais keynésianisme en poussant aux limites le néolibéralisme. Cf la suite du paragraphe.

[6] https://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-2-2-110485625.html

[7] Signalons quelques rares exceptions : celui de l’Italie avec son guichet d’achat pour les petits porteurs (environ 15% du total de la dette publique , et beaucoup plus marginalement encore avec le « Bundesshatzbriefe » (moins de 5% du total de la dette publique).  

[8] La demande des SVT est toujours 3 fois supérieure aux volumes d’adjudications proposées par l’AFT. D’où vient l’argent ?

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22 novembre 2025 6 22 /11 /novembre /2025 16:09

Les présents débats parlementaires et leurs conclusions révèlent la grande contradiction de la société française qui hésite entre l’acceptation du marché et de ses règles et un refus des conséquences qu’il suppose. Cela se traduira dans les budgets publics qui – dans quelques jours -  seront votés ou imposés : il faudrait en réduire le solde négatif pour ne pas déplaire aux marchés mais cela est rendu impossible en raison d’un modèle social à préserver. Et derrière cette question nous en retrouvons une autre beaucoup plus fondamentale, celle de la logique d’une société de marché que l’on oppose à une à société à économie de marché. C’est qu’en France les relations que les humains entretiennent entre-eux sont probablement aussi importants que celles qu’ils entretiennent avec les choses et en particulier l’argent. D’où la forte odeur de ce qu’on appelle « le politique » que l’on trouve très spécifiquement en France et beaucoup plus modérément ailleurs.

L’ordre du monde selon la France

Dans la « Grande transformation » Karl Polanyi (1944)[1]voyait que des éléments très constitutifs de la société se sont historiquement transformés  en marchandises.  C’était, selon cet auteur, le cas du travail qui allait se transformer en marchandise force de travail échangée sur un marché du travail . C’était le cas de la terre qui elle aussi allait devenir marchandise porteuse de prix et de rente. C’était enfin le cas de la monnaie qui allait pouvoir devenir marchandise produite dans des usines appelées banques et marchandises porteuses  d’un prix appelé intérêt. De quoi passer d’un monde où l’économie est encastrée dans la société -  le travail a toujours existé mais pas comme marchandise, la terre fût historiquement rarement une marchandise, et la monnaie était historiquement un bien public – à un monde où c’est la société qui est encastrée dans l’économie.

La société française n’a historiquement jamais accepté cette « grande transformation » et assez rapidement, à l’inverse de la Grande Bretagne, elle s’est employée à résister aux modifications impliquées, notamment en matière de travail et de monnaie. Ainsi le travail n’est toujours pas une marchandise et reste très socialisé. De la même façon pendant très longtemps la monnaie devait subir un étroit contrôle et ce n’est que récemment qu’elle est devenue simple marchandise. D’où cette position très particulière de la France qui se voulait économiquement libérale depuis très longtemps et sans doute  néolibérale beaucoup plus récemment, mais qui reste extrêmement attachée à son Etat-providence situé hors marché.

Une lecture nouvelle du déraillement de la France

Tant que la France restait à cheval sur les 2 gros ilots de résistance au passage à la société de marché, celui du travail et celui de la monnaie, elle restait dans son modèle anthropologique fondamental et connaissait une réussite exemplaire. Nous ne revenons pas ici sur les signes de de cette réussite que l’on peut trouver dans nombre de publications. Signalons simplement que le marché encastré dans la société fut un grand moment dans l’espérance d’un futur meilleur appelé progrès. Dans ce type de monde, le temps pouvait être bien orienté et la question d’une société meilleure pouvait être débattue. Un débat beaucoup plus difficile dans une société de marché où précisément les marchés imposent le primat du présent sur un futur qui n’est plus à construire mais se construit automatiquement par le biais de la concurrence. La France restera donc le lieu de débats dans l’espérance d’un futur jusqu’à la fin de la « grande transformation »  et en particulier celle de la   transformation progressive de la monnaie en marchandise[2]. Le processus de transformation fut historiquement complexe voire contradictoire[3]. Ainsi un grand écart pouvait se manifester avec un travail qui s’éloignait de plus en plus du statut de marchandise, statut acquis au cours de la révolution industrielle, tandis que la monnaie allait s’échapper progressivement du contrôle public. Avec la montée de l’Etat social, le salaire et ses accessoires directs ou indirects deviennent de plus en plus  revenus  d’origine collective, tandis que la monnaie est de plus en plus l’objet d’une bancarisation non régulée par le politique.

A l’époque du salariat non régulé, les salaires des ouvriers étaient versés sous forme d’ enveloppes contenant des billets de banque centrale,  une monnaie improductive pour des banques encore privées d’une véritable appropriation monétaire. Plus tard,  à l’époque du salaire socialisé, les rémunérations  sont versées sur des comptes qui vont assurer la privatisation de la puissance monétaire. La monnaie devient ainsi pour la puissance publique une extériorité au moment où le salaire devient de plus en plus ancré dans son périmètre de réglementation hors marché.  D’où une France de plus en plus incapable de marcher sur ses deux jambes. Situation largement  inconnue  ailleurs où salaires et monnaies  seront encastrées dans l’économie : les salaires bruts ne sont pas éloignés des salaires nets et la bancarisation est totale. La France va ainsi progressivement dérailler : on ne peut simultanément promouvoir un modèle social hors du champ des marchés et débrider l’économie. On ne peut jouer au néolibéralisme sans en accepter toutes les conséquences.

« Une grande transformation » qui peut aussi aggraver la déraillement

Si Polanyi était notre contemporain il aurait pu aller plus loin dans son analyse et aurait sans doute pu évoquer une « grande transformation » pour les entreprises. Très longtemps, et encore aujourd’hui, l’organisation interne des entreprises refuse la logique du marché au profit de celle de la hiérarchie. C’est bien ce que voyait déjà un Ronald Coase (pourtant contemporain de Polanyi) qui voyait dans l’origine de la firme et de son organisation le refus de transactions ponctuelles plus couteuses que la coopération organisée. D’où ce qui deviendra plus tard la réflexion sur la logique du « make or buy ». Toutes les institutions ne peuvent se dissoudre dans le marché et à priori des résistances existent au tout marché. Plus tard - vers 1975 -   le Nobel Oliver Williamson , mais aussi sans doute avant lui James Burnham, confirmeront le modèle hiérarchique de ce qui était la firme géante. Les nombreux acteurs de la firme ne sont pas ainsi dans des relations individuelles de marché et vivent dans un système hiérarchique.  La France restera  la grande résistante au tout marché et ira jusqu’à mettre en place des entreprises publiques à monopole qui au-delà de relations hiérarchiques internes très valorisées étendra l’ordre de la règle au niveau du produit ou service  distribué. L’exemple le plus célèbre sera bien sûr  celui  d’EDF/GDF notamment à l’époque de Marcel Boiteux.

Le vrai problème qui se pose toutefois aujourd’hui est que la société française, toujours globalement réticente vis-à-vis du marché, est confrontée à une IA qui risque de faire disparaître les derniers espaces de socialisation que l’on trouve  dans ces organisations hors marché et qui font encore l’essentiel des entreprises. Et des organisations à partir desquelles l’Etat peut encore puiser les ressources du modèle social hors marché qu’il défend. Notons au passage que, même sans révolution technologique, de plus en plus de services hors marché et produits en dehors du marché sont devenus de simples marchandises. Tel est évidemment le cas de l’électricité qui n’est plus service public mais marchandise produite parfois en dehors du marché par de simples entreprises qui ne se  livrent qu’à du négoce. D’où un marché de l’électricité devenu gigantesque pour une production qui n’augmente que fort modérément. Exemple que l’on peut généraliser : un présent de plus en plus marchand et financiarisé et de moins en moins productif. Avec les emplois correspondants : utiles voire efficients du point de vue individuel (société encastrée dans le marché), inutiles voire nuisibles du point de vue collectif (marché encastré dans la société).

Déraillement ou pulvérisation annoncée par le nouveau marché ?

Si cette vieille organisation qu’est l’entreprise était souvent lourde et ne permettait le plus souvent que le perfectionnement de l’outil existant, L’IA permet de révolutionner l’outil et donc l’entreprise en la transformant en dispositif d’exploration et de  création  de progrès.[4] Et ce dispositif devient plus ou moins complétement une organisation de marché éloignée de l’entreprise classique.  Algorithmes et capacités humaines augmentées permettent de générer beaucoup plus de richesses que les structures hiérarchiques traditionnelles. La nouvelle réalité technologique écrase les hiérarchies devenues improductives et fait naître des acteurs complètement immergés dans le marché. Si l’on suit Sami Mahroum [5] l’IA devient un éco système dans lequel des humains souvent non salariés équipés de leurs agents IA effectuent des transactions les uns avec les autres plus efficacement que par le biais d’une entreprise classique. A terme, des agents/patrons deviennent des entrepreneurs s’appuyant sur une constellation d’agents d’IA. A terme plus  lointain, on assisterait à la fin de l’entreprise classique au profit d’un marché beaucoup plus profond que celui perçu par  Karl Polanyi. Grande victoire du « buy » sur le « make ». [6]De quoi achever le processus de « grande transformation » et aboutir à la plénitude de la société de marché avec fin de la dépendance salariale et émancipation de tous. De quoi envoyer le socle de l’Etat- providence dans les poubelles de l’histoire.

En reprenant le langage du vieux Marx, nous serions dans un monde où les rapports sociaux de production en pleine contradiction avec le développement des forces productives appellent à une révolution sociétale. Avec une grande différence puisque cette fois le point d’aboutissement de l’histoire serait un marché généralisé et donc la victoire complète du libertarisme. De quoi réconcilier Hegel et Marx.

 La France est-elle prête au basculement vers le tout marché ?

Nos débats actuels au niveau des instances sociopolitiques révèlent déjà de gros effets de polarisation. Il y a ceux qui rêvent d’un gaullisme à reconstruire sous une forme ou sous une autre, et il y a ceux qui considèrent que les rapports entre les groupes, territoires, classes, générations, etc.  sont moins importants que ceux qu’ils entretiennent avec leur personne et les choses. Pour eux l’IA peut renouveler l’espérance d’un futur, non plus celle du passé appelée progrès social, mais celle attachée à l’épanouissement strictement individuel. Et parce que l’IA réduit le volume du travail il y a aussi la cohorte des exclus de l’espérance du futur aussi bien collectif qu’individuel. Ceux-là n’ont plus souvent, à titre d’avenir,  que le retour vers la  tradition d’un présent religieux. Christian Ingrao a sans doute raison d’insister sur la corrélation entre présent ultralibéral et présent religieux.[7]….une corrélation qui va  bien au-delà de la seule France. Ultralibéralisme et islamisme constituent les formes politiques parallèles du temps présent, un moment perdu  dans l’effacement de l’espérance d’un avenir collectif meilleur.

Avec ce nouveau développement des forces productives qui se matérialise avec l’IA, les groupes en situation se forgent des opinions de plus en plus opposées et de plus en plus extrêmes. Tel un gaz ou un liquide, la haine se répand et occupe de plus en plus d’espace. Vers quelles violences nouvelles la France se dirige ?

Jean Claude Werrebrouck – 23 novembre 2025.

 

[1] D’origine hongroise Polanyi (1886/ 1964) est à la fois historien, politiste, économiste et sans doute anthropologue. Son ouvrage « la grande Transformation – aux origines politiques et économiques de notre temps » fut publié en 1944. Au niveau des grande écoles de pensée, il est considéré comme étant un inclassable.

[2] La Monnaie deviendra merchandise à l’issue de son dessaisissement progressif par l’Etat. Commencée de longue date avec par exemple la fin des planchers de bons  du Trésor dès 1957, assurant le bouclage du « circuit du Trésor » cher à Block- Lainé, elle aboutira avec la monnaie unique à une véritable expropriation de l’Etat.

[3] Il l’est sans doute encore avec le développement des fonds « 90-10 » qui visent pour partie des actifs « à impact » social dont le rendement de bon niveau révèle des préoccupations de solidarité qui résistent à celles de la simple concurrence marchande.

[4] Cf l’ouvrage de Benedict Frey : « How progress ends”; Princeton University presse  2025.

[5] Cf son article : « l’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’entreprise » ; Le Monde des 16 et 17 novembre 2025.

[6] Même la cour des comptes s’interroge sur les effets de l’irruption de l’IA sur les administrations publiques ( cf son rapport publié le 19 novembre dernier). Son texte reste toutefois ambigu et propose le développement du buy…tout en proposant un secrétariat général à l’IA rattaché au premier ministre. Voir :

https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-strategie-nationale-pour-lintelligence-artificielle-consolider-les-succes-de-la

 

[7] Conférence de Cité Philo 2025 : « Paroxysme et urgences : des hommes en de sombres temps » ; voir http://citephilo.org/.

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