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4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 16:50

La video que nous proposons aujourd'hui est un peu la suite du modèle de compréhension du chaos du monde dans lequel nous sommes plongés et que nous avons tenté de présenter dans la note précédente. ( "comment expliquer le chaos du monde") 

Il nous faut tout d'abord remercier les deux auteurs, Olivier Berruyer et Emmanuel Todd, qui livrent une analyse incomparablement plus solide que celles que l'on peut rencontrer, bien sûr sur les plateaux TV,  les médias, voire même dans les publications académiques. Vous pourrez en particulier découvrir des informations statistiques assorties de commentaires impossibles à découvrir ailleurs....tout simplement parce qu'on ne s'y intéresse pas...

Ces deux heures de présentation de la réalité du monde ne sont toutefois pas exemptes de critiques sur quelques point décisifs. 

-  Le débat  passionnant repose sur un paradigme très anti américain et globalement très anti occidental. Ainsi la guerre en Ukraine aurait été déclenchée par les USA et la victoire probable de la Russie consacrerait le renouveau du pays. 

- La défaite américaine supposée laisse de côté les questions énergétiques. Ainsi il est oublié le fait que l'économie n'est que de l'énergie transformée et que les USA sont de ce point de vue , et de très loin, la première puissance du monde. Aucune mise en avant des stupéfiantes statistiques pétrolières et gazières américaine. Rien n'est échangé à propos de la stratégie planétaire en ce domaine. 

- Rien non plus n'est échangé sur l'IA et les puissances de calculs qui leurs sont associées. Rien n'est exprimé sur les débats contradictoires en ce domaine et rien n'est exprimé sur la construction de la "Pax silica" laquelle pourrait connaitre quelque parenté avec le vieil oligopole pétrolier d'avant la seconde guerre mondiale. 

Au delà de ces remarques la conversation entre les deux hommes est d'un très grand intérêt.  Bonne écoute.

 

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 12:35

Le fonctionnement du monde semble devenir inintelligible et la question du devenir du Groenland semble en être un sommet parmi tant d’autres. Ce monde est pourtant encore fait d’Etats agissants et réagissant en fonction d’une foule de facteurs internes ou externes aux territoires qu’ils administrent réellement ou fictivement. Pensons simplement aux agitations de la maison Blanche, du Kremlin, de Bruxelles, etc.  Comprendre le fonctionnement actuel du monde revient donc à examiner les déterminants du comportement actuel des dits Etats.

Des mots qui n’expliquent rien.

C’est en se situant à ce niveau que l’on pourra comprendre les terminologies souvent usitées aujourd’hui derrière le terme de « capitalisme » : celui de la « finitude », celui du « néocolonialisme » ou de la « prédation », celui de « l’extractivisme » ; celui de la « décroissance » ou de la « croissance verte », celui de « l’impérialisme », celui du « néolibéralisme », celui du « symbiotique », etc. Des termes qui ne font que d’éphémères succès de librairies. Et puisque le terme de capitalisme est partout présent il faut reconnaitre que ce qu’on appelle les « Etats » constitue une réalité à déchiffrer naviguant- sauf exception rarissime - dans un univers marchand, que l’on soit aux USA, en Chine, en Europe, en Afrique, etc.

Mais ce déchiffrement ne passe pas par les terminologies que nous venons de souligner lesquelles aiguisent l’imprécision des discours géopolitiques et  ajoutent du brouillard sur la réalité à déchiffrer. Ce qu’il faut expliquer ce n’est pas que « l’Occident à perdu les pédales » (vidéo d’Emmanuel Todd) et se contenter de décrire une situation, mais au contraire d’élucider les causes rationnelles de ce qui se passe.

Ce qu’il faut comprendre par conséquent est un peu l’équivalent de l’étonnement des astronomes du 16 siècle qui n’arrivent plus à interpréter le mouvement de certains corps célestes à partir du paradigme Ptoléméen et vont se diriger vers celui de Copernic. Comment en effet comprendre ces faits : s’emparer du Groenland, s’attaquer à la réserve fédérale, s’attaquer aux banques, construire une théorie de « l’exécutif unitaire », protéger les 7 magnifiques d’un Sherman Act type 1890 mais surtout leur obéir…mais aussi reconstruire l’empire soviétique, mettre fin au droit international, ressusciter un « insurrection Act », détruire l’ordre institutionnel mondial, etc. ? Tout ceci peut-il faire partie d’une histoire logique ? Tout ceci n’est -il taxable de chaos qu’en raison de notre incapacité d’en comprendre la rationalité ?

Et de la même façon que l’on ne peut comprendre l’eau en constatant qu’elle mouille, on ne peut comprendre les réalités géopolitiques sans une connaissance sérieuse de ses éléments lourds qui constituent la substance étatique.

Comprendre la substance.

Pour faire vite rappelons que la réalité étatique émerge il y a un peu plus de 6000 ans et qu’elle correspond à une appropriation du « commun » des groupes humains par des individus en quête de pouvoir. De quoi déjà questionner la distinction droit privé/ droit public et ses représentations puisque le phénomène étatique est probablement un processus de privatisation du commun. Ce commun est fait du noyau de l’être ensemble et se trouve très généralement enkysté dans une représentation du monde à base religieuse impliquant des règles comportementales, donc un rapport précis entre l’individu et le collectif. Ce rapport précis entre l’individu de base et le collectif constitue en quelque sorte la « grammaire » de toute société et chacun se reconnait comme membre du collectif en assimilant et en respectant la grammaire de la société. C’est donc ce collectif- apparaissant comme grammaire - qui fera l’objet de capture par des acteurs, lesquels seront désormais amenés à transformer la grammaire dans le sens de leurs intérêts.  

Toujours pour aller très vite 3 grands types de réalités étatiques sont historiquement constatées : réalité « patrimoniale » ( 1 ou plusieurs privatisent le commun, donc la grammaire) ; réalité « institutionnelle » ( la grammaire est accessible à des individus plus nombreux et peut éventuellement devenir lisible et transformable par tous, ce qui correspond à  la démocratie) ; réalité « relationnelle » ( les institutions d’approche du commun et le commun lui-même se dissolvent dans un marché dépolitisé). Dans ce dernier mode le lien entre individu et collectif s’efface, un retrait qui révèle que les rapports entre individus  n’étant  plus surplombés par le collectif, ce qu’on appelle ensauvagement de la société devient possible.

Il n’existe aucune philosophie  de l’histoire et pas plus que pour le matérialisme historique il n’existe pas de passage obligé d’un type organisationnel à l’autre. Maintenant ces modes d’appropriation du commun sont des types abstraits et la réalité est faite d’articulation entre ces types. Par exemple le mode patrimonial- en dehors du cercle de l’esclavagisme- n’exclut pas  radicalement les membres de la communauté de la maitrise du commun, et donc il y a toujours quelque chose comme un partage, ce qui suggère l’émergence d’un système juridique avec quelque chose comme des droits de propriété possiblement limités ou au contraire très importants.  Sans inventaire on trouve aussi partout un instrument politique qui deviendra essentiel dans l’être ensemble donc  la réalité sociale : la monnaie support de l’impôt. Un autre élément essentiel est la monopolisation de la puissance collective c’est-à-dire les armes. Parce que le commun est un enjeu essentiel dans l’interaction sociale il est en permanence retravaillé par le pouvoir. Ce qu’on appelle le politique est donc un travail sur la grammaire du monde.

A la fin de la guerre froide une perception trop rapide des choses avait permis d’imaginer le mode relationnel comme fin de l’histoire. L’époque correspondante apparaissait comme celle d’un affaissement de l’Etat avec l’économie comme mode d’organisation du commun, ce dernier apparaissant comme administrateur obéissant au marché. Avec l’émergence du mode relationnel on pouvait même imaginer un aplatissement du monde avec le caractère illimité des droits de l’homme et l’évaporation de la plupart des institutions y compris l’entreprise transformée en « constellation d’agents IA »  animée par des micro-entrepreneurs (Sami Mahroum).  La réalité était plus complexe et si l’économie apparaissait comme le commun universel, il aurait- pour comprendre sérieusement les choses - fallu tenir compte des modes patrimoniaux et des modes institutionnels. Ce que nous semblons apprendre aujourd’hui. ..en reconnaissant que la mondialisation n’était pas heureuse et que tout allait probablement être remis en chantier.

La logique d’un nouveau monde.

Bien évidemment les 3 modes identifiés constituent une réalité empirique complexe. Tout d’abord existe une multitude d’Etats : près de 200 aujourd’hui produisant une réalité internationale complexe. Ensuite ces Etats sont divers : plus vastes ou plus réduits, plus anciens ou plus nouveaux, plus puissants ou plus faibles, etc. La diversité et les trajectoires historiques, en particulier les relations entre eux font aussi qu’ils sont hiérarchisés. Dans le commun il y a la puissance de la culture, des armes, de la monnaie, de l’industrie, etc. Certains sont des vassaux et vont constituer des protectorats ou des morceaux d’empires. D’autres seront des centres et pourront apparaitre comme des civilisations. Globalement se sont les modes institutionnels qui vont faire naitre le capitalisme et le formidable développement de l’économie donc une toute aussi formidable hiérarchie des puissances. Globalement sans mondialisation résultant du simple fonctionnement d’un mode institutionnel accouchant doucement du mode relationnel, les Etats fonctionnant en mode patrimonial seraient probablement inchangés.

Si l’on ne remonte pas aux 6000 années d’histoire et que l’on s’appuie sur les deux derniers siècles le large passage du mode institutionnel au mode relationnel pour certains  devait aboutir à la libéralisation économique et la mondialisation. Les autres Etats  relevant davantage du mode patrimonial seront- par bouturage- greffés à l’économie voire se contenteront d’un simple siphonnage. On reconnaitra dans le premier cas la Chine qui va dès 1970 s’arrimer au capitalisme au bénéfice de sa classe dominante. Nouvelle capture d’un commun que l’on aura importé au profit du mode patrimonial.  On reconnaitra dans le second cas la Russie qui se contentera d’un prélèvement de rente sur toutes les consommations intermédiaires primaires que les Etats parvenus en mode relationnel utilisent sans modération. De quoi alimenter une classe d’oligarques. Bouturage d’un côté, siphonnage de l’autre sont les principes explicatifs de l’explosion d’une classe capitaliste chinoise d’un côté, et de simples prédateurs/rentiers du capital de l’autre. Bien évidemment de nombreuses situations intermédiaires existent.

Le passage rapide  en mode relationnel dans ce qu’on appelle l’Occident, ne permet plus aux Etats correspondants de contrôler le grand mouvement d’une économie qui au nom des marchés se doit d’enjamber toutes les frontières : liberté de circulation du capital, des marchandises et surtout délocalisations. Le personnel politico/administratif habitué  à perfectionner le mode institutionnel doit accompagner la grande transformation. La cage de fer de la consommation joue à plein et aboutit mécaniquement à la désindustrialisation, et plus tard à la désagrégation de l’agriculture. La planification industrielle laisse la place à celle du marketing. Un mouvement très bénéfique pour les Etats restés en mode patrimonial et en premier lieu l’Etat chinois. De quoi même les confirmer et les conforter voire même de permettre l’approfondissement du mode patrimonial. Par exemple la Russie qui passait difficilement au mode institutionnel (période Eltsine) repasse au mode patrimonial le plus brutal par changement des destinataires de la rente énergétique prélevée sur la capitalisme des Etats en mode relationnel ( cf « le mage du Kremlin »).

Une distinction doit être faite ici entre un Etat mixant encore le mode institutionnel et le mode relationnel ( USA) et les Etats ayant décidés de passer à ce dernier mode en détruisant le mode institutionnel (Union européenne). Dans ce dernier cas les outils de la vieille grammaire de chaque nation sont progressivement effacés au profit du seul marché. La vieille grammaire n’est plus reconnaissable pour les jeunes générations. La vielle culturation disparait progressivement et l’individu n’est plus réellement relié au collectif. Il  se trouve simplement arrimé à un marché lui-même arrimé à la compétitivité et donc la croissance. Dépolitisé, il se retrouve dans   la cage de fer de la consommation et constate l’effacement de tout horizon collectif. La démocratie elle-même devient vieille relique d’un monde disparu.

La situation est différente pour les USA qui moteurs de la mondialisation et grands utilisateurs d’une monnaie - devenue monnaie de réserve dans l’ordre hiérarchique du monde-  étaient historiquement les vainqueurs de la guerre froide. La puissance est force passée mais reste présente. L’Etat américain ne peut se disloquer comme les Etats européens. La monnaie reste nationale et impériale alors que les Etats européens ont perdu la leur en s’aplatissant dans le marché. Pour les USA le mode institutionnel demeure mais se trouve de plus en plus contesté par des Etats restés en mode patrimonial devenus puissants par la mondialisation. Logiquement il reste des traces de la puissance technologique support des industries dominantes de la défense. Mais la désindustrialisation massive n’est plus en mesure d’alimenter un outil militaire resté démesuré. Parce que -simple effet du « bouturage »-«  l’industrie chinoise permet aujourd’hui d’alimenter 50% des capacités mondiales  des chantiers navals, l’Etat américain prend conscience que sa flotte- encore de loin la première du monde - risque d’être rapidement dépassée. 

Le mode institutionnel américain est ainsi amené à se raidir pour rejoindre le mode patrimonial. D’où l’étonnement de l’observateur extérieur qui constate des logiques d’accaparement, la fusion du libertarisme et de l’interventionnisme brutal dans ce qui reste le marché, la dissociation  de la liberté et d’une démocratie à museler, le culte de la propriété associé à celui de sa négation… d’où l’émergence d’un étonnant monde orwellien dirigé par un acteur resté rationnel malgré les apparences.

De par sa position le mode institutionnel est entre la patrimonial et le relationnel. Il est d’une certaine façon fragile car il peut être absorbé par le relationnel, ce qui est le cas de l’UE. Mais il est aussi menacé par le mode patrimonial qui peut se nourrir du relationnel pour se revivifier. D’un côté les USA remontent très haut et se mettent à « frôler » le mode patrimonial. De l’autre les Etats de l’UE descendant très bas et frôlent le pur mode relationnel avec des individus de plus en plus détachés du collectif donc de la citoyenneté. Les deux continents s’éloignent l’un de l’autre. L'Europe cesse de s'américaniser et l'Amérique devenue incapable de se raconter comme puissance mondiale cesse de se mondialiser. Un éloignement s’accompagnant d’un probable déclin commun tant il sera difficile de retrouver de la puissance face à la Chine.  La nouvelle grammaire américaine propose de lire le monde de l’UE comme crise de civilisation. La grammaire européenne propose de lire celle des USA comme recul des droits de l’homme et  de la civilisation. Le difficile maintien de la puissance américaine exige la décomposition de l’UE et la réémergence de ses Etats plus proches de la transformation américaine. En cela le mode patrimonial de la Russie, malgré les grandes difficultés d’un statut de simple prédateur/rentier sur les consommations intermédiaires vendues par d’autres, reste l’allié de la grammaire américaine exigeant la fin de l’UE. Empire colonial menacé par sa propre dislocation il ne peut que poursuivre son difficile chemin, en espérant s’appuyer sur l’approfondissement d’un mode patrimonial américain.

Pour finir le chaos du monde n’est pas inintelligible et une explication rationnelle de la réalité existe. On ne saurait en déduire pour autant une piste prospectiviste assurée tant que la révolution industrielle axée sur l’IA n’aura pas épuisée ses imprévisibles effets.  

 Globalement le monde à venir doit logiquement laisser peu de place à la démocratie.

Jean Claude Werrebrouck – 31 janvier 2026.

 

 

 

 

 

 

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21 janvier 2026 3 21 /01 /janvier /2026 13:16

L'ACCUMULATION DES EVENEMENTS  AUX USA MET EN PLEINE LUMIERE LA FIN DE L'ETAT DE DROIT ET LA CONFUSION ENTRE INTERETS PRIVES ET INTERET GENERAL. DE CE POINT DE VUE, LA LREALITE EMPIRIQUE CONFIRME LA JUSTESSE DE LA THEORIE DE LA CAPTURE DES ETATS. Le texte ci-dessous rédigé le 17 mars 2025 reste – hélas – un outil qui permet de comprendre en profondeur ce qui se passe aujourd’hui.

La nouveauté dans la présente capture de l'Etat américain résulte du fait que nous avons un bloc au pouvoir a priori hétérogène ce qui devrait assurer un processus de fragmentation de la puissance étatique et donc des difficultés de direction et de fonctionnement. Nous avons en effet - aujourd'hui aux USA -  plusieurs types d'entrepreneurs politiques constitutifs du bloc au  pouvoir.

LA COMPOSITION DU BLOC AU POUVOIR.

- D'abord, des républicains classiques essentiellement soucieux de la diminution de la pression fiscale et de la préservation de l'énorme industrie de la défense bien répartie sur le territoire et industrie dont la protection  facilite leur reconduction au pouvoir. Espérance d'un marché contre espérance d'un pouvoir.

- Des financiers tout aussi classiques, qui ne peuvent accepter l'idée d'un retour aux vieilles régulations de la finance et qui, à ce titre, ne peuvent envisager une démondialisation réintroduisant la fin de la marchandisation des monnaies et de la liberté complète des mouvements de capitaux. De la même façon, la finance ne peut que réclamer la fin des questions écologiques dont l'effet est l'alourdissement des valeurs financières. Clairement, la finance casino, celle qui travaille sur la capitalisation boursière de loin la plus importante de la planète (plus de 50% du total mondial, soit aussi 190% du PIB américain contre seulement 50% dans le cas de l'UE),  celle  qui construit des bulles sur les starts up,  se veut  indéboulonnable.

- Des nationalistes de l'économie, adeptes de césarisme,  qui n'acceptent la mondialisation que dans la mesure où elle rétablira l'équilibre extérieur et donc la réindustrialisation du pays. Plus de multilatéralisation, plus d'alliances et retour au bilatéralisme  le plus étroit. De quoi exiger la recomposition de toutes les chaînes de la valeur à l'échelle mondiale. De quoi aussi remodeler les territoires de souveraineté ou d'influence. 

- Enfin des libertariens nouvelle version, à cheval sur les nouvelles technologies, qui ne peuvent accepter d'autres régulations que celles du marché. De quoi recomposer aussi bien l'ordre de l'entreprise que celui de l'économie mondiale. De quoi aussi envisager un conflit secondaire entre la fiance classique restée centralisée et la nouvelle finance introduisant la privatisation complète de la monnaie au détriment du système bancaire classique.

QUELLE ARTICULATION ?

Dans la grande chasse à la capture du pouvoir par les divers groupes, tous ont en tête le "diptyque règlement/marché" qui est - sauf en périodes troublées ou de guerre- au cœur de l'interaction sociale. Règlement - c'est à dire une loi qui peut aller bien au -delà du droit et constituer une "grammaire" du monde- ou marché - c'est à dire un prix - sont l'extériorité qui surplombe les rapports des humains entre eux. Il est donc logique que cette extériorité fasse l'objet d'une tentative de capture et le présent cas américain est à cet égard exemplaire en raison de sa très grande visibilité. Certains - en quête de capture - s'attachent davantage au règlement pour modifier le marché (nationalistes césaristes qui décident d'une politique tarifaire pour contrarier le marché avec la loi), et d'autres s'attachent davantage au marché pour modifier le règlement ( financiers et libertariens qui veulent déréguler davantage et tout transformer en simple prix). Le diptyque "règlement/ marché" ou "loi/prix" est le support ou la toile sur laquelle les acteurs se mettent à peindre le théâtre politique.  La recomposition de l'architecture règlement/marché est donc au cœur de la présente réalité américaine, recomposition donnée en spectacle au reste du monde....invité à en tirer les conséquences.

Les décisions concrètes du pouvoir, celles du Président,  même sans réelle opposition,  ne peuvent être qu'une synthèse difficile entre intérêts fondamentalement opposés, D'où les apparentes et très réelles contradictions, y compris à l'intérieur même d'un sous-groupe. Les disputes culturelles - celles de la "grammaire"- sont certes fondamentales : fin du wokisme, rétablissement de l'autorité masculine, retour de l'homme blanc contestant les débats sur le "1619 project", disparition des mesures propres à l'écologie, attaque des paradigmes de la science elle-même, exode des scientifiques et des ingénieurs immigrés, disparition du politiquement correct, recherche de nouveaux territoires, etc. Tout est repris et adapté en fonction de considérations très intéressées d'où les enjambements des uns et des autres:  pensons aux libertariens anti wokisme aux seules fins de garantir des projets rémunérateurs contradictoires entre eux, pensons aussi aux nationalistes et la rivalité Rubio/Vance. Au delà des rivalités tous les groupes se nourrissent du nationalisme pou tenter d'expulser  tous les véritables compétiteurs des espaces de la périphérie...d'où le soutien à tous les nationalismes et populismes de cette même périphérie.

QUELLE SYNTHESE ?

Un bel exemple de synthèse difficile  -voire probablement irréaliste - est celui de la politique économique. Comment refaire l'équilibre extérieur, revenir au nationalisme d'antan, sans toucher à la finance, sans toucher à la "Silicone Valley" et en respectant le souhait de diminuer la pression fiscale ? 

Il est de ce point de vue très intéressant de décortiquer l'architecture du raisonnement en cours de gestation et de mise en œuvre dans le domaine de ce qu'on ne peut plus qualifier de "policy mix". 

La volonté exprimée par le Président est celle du retour d'un équilibre de la balance des marchandises ce qui suppose notamment de mettre fin aux déficits sur la Chine (300 milliards de dollars) , mais aussi sur le Mexique (172 milliards de dollars), mais aussi sur l'UE (235 milliards de dollars) , mais aussi sur le Vietnam (123 milliards de dollars) etc. Enorme. Le bloc au pouvoir, même sa partie la plus libertarienne, ne  s'oppose pas à une gigantesque recomposition césariste. A ce titre, elle ne se rend  pas compte que la présente situation de relatif libre échange est encore porteuse d'une rente globale pour les USA et plus particulièrement au profit du groupe finance.

L'INVISIBILITE D'UNE RENTE.

Aujourd'hui, l'immense déficit se solde encore par des achats massifs de bons du Trésor assortis d'une prime de risque particulièrement faible donc d'un taux minimal ( statut du dollar, profondeur et liquidité extrême du marché, puissance, etc.). La liquidité correspondante permet en retour, des achats d'actions et prises de participations sur l'ensemble de la planète assortis d'une rentabilité beaucoup plus élevée. Il en résulte au niveau macro économique un gain collectif, un peu comme celui, microéconomique, d'une banque qui gagne entre taux créditeurs et taux débiteurs. Certaines  études ont pu montrer que le prélèvement s'établissait à un taux de 1,5%. De façon complémentaire, en cas de crise, il n'existe aucun retournement au détriment des USA  et les investisseurs se réfugient derrière de plus importants achats de bons du Trésor. Concrètement, la dette américaine peut augmenter sans risques réels de financement  d'où l'appétit presque naturel pour les politiques de diminution de la pression fiscale. Appétit quasi interdit dans les autres Etats à peine de possibles ruptures sur la gestion de la dette publique, pensons à l'expérience récente de la Grande Bretagne ("moment Liz Truss") .  De quoi aussi augmenter la boursoufflure de la finance américaine et donner cette impression de bonne santé avec un PIB américain qui cesse en  pourcentage de décroître et qui, à l'inverse, augmente à nouveau (22% du PIB mondial en 2010...et 26,3% en 2024).... Mais simple impression car la bonne santé de ses habitants décroit avec une diminution de l'espérance de vie pour des dépenses de santé (18% du PIB) les plus importantes du monde. C'est cette rente qui fait le bonheur des républicains classiques, des financiers, qui ne gène guère les libertariens et qui devrait être réaménagée pour donner davantage de place aux nationalistes.

UNE NOUVELLE REGULATION ELARGISSANT LE MARCHE ?

La nouvelle théologie économique qui semble se mettre en place est celle qui garantirait les intérêts spécifiques de chacun des groupes usant du pouvoir de capture de l'Etat américain : baisse de la pression fiscale au profit de cette nouvelle source que seraient les tarifs douaniers, maintien intégral du pouvoir financier, réindustrialisation par hausse de la compétitivité, elle-même induite par une baisse du taux de change, utilisation maximale du déficit public au service de la puissance et du maintien du dollar comme monnaie de réserve. Scénario peu aisé puisqu'il consisterait  à dévaloriser une monnaie... pour la maintenir au dessus des autres et garantir son statut de réserve.

Bien évidemment, la difficulté serait la problématique du report sur l'étranger des droits de douanes. Il faudrait en effet imposer une baisse du cours des devises des pays qui exportent vers les USA et qui deviennent victimes  des tarifs douaniers. Le maintien des flux exportés vers les USA supposerait que ces pays supportent les tarifs imposés par le pouvoir américain. Les flux exportés vers les USA seraient les mêmes et les prix supportés par le consommateur américain resteraient inchangés. En retour, la baisse de la pression fiscale américaine permettrait une meilleure compétitivité américaine mais... contrariée par la baisse de la valeur des devises étrangères...

Il faut donc selon les adeptes du nouveau dogme aller plus loin et géner les achats de bons du trésor par les non résidents en taxant les avoirs des ces derniers en dette américaine. Parce que les avoirs en dette américaine ne sont pas supposés devoir supporter une prime de risque - le dollar est la monnaie ultime -, le taux d'intérêt versé par le Trésor américain devait être amputé d'une taxe.  De quoi alléger la demande de dollars, le faire baisser de prix sur les marchés.. et rendre l'économie américaine plus compétitive. La conclusion est que les pays étrangers devraient supporter un impôt  -  taxe douanière- payable aux USA et payer une seconde taxe au motif de leur participation à une dette américaine... qui permet le financement d'une armée surpuissante garantissant leur sécurité... Les auteurs du projet , en particulier Stephan Miran devenu Président du Conseil d'analyse de Trump, considère même que les achats par les étrangers de dette publique taxée seraient obligés de se fournir sur des titres à échéance d'un siècle...

UN RAISONNEMENT TRES CONTESTABLE.

Au delà du fait que les exportateurs vers les USA vont se mettre à réagir en cherchant de nouveaux débouchés voire en délocalisant leur production vers des pays devenant de nouvelles bases d'exportation, d'autres réactions peuvent intervenir très rapidement. Par exemple, l'UE pourrait mettre en difficulté le Trésor US en limitant la capacité des intermédiaires financiers européens à financer la dette souveraine américaine. De quoi rendre plus difficile l'énorme fuite de l'épargne européenne vers les USA. 

Dans le même sens,  il est difficile d'imaginer que l'idée de taxation des bons du Trésor n'accélèrera pas les projets de dédollarisation eux-mêmes, projets très complexes  mais qui vont naturellement se développer.  Déjà, on constate le mauvais signe d'une élévation brutale du cours de l'or (13% de croissance depuis janvier 2025 et dépassement du seuil de 3000 dollars l'once), signe révélant une  contestation de la suprématie  du dollar. Difficile d'imaginer un bon accueil d'une quelconque taxation sur le marché de la dette américaine, surtout pour des titres à échéance d'un siècle. 

Au delà, il est parfaitement contradictoire d'inviter les pays qui exportent vers les USA de payer le prix de la taxation douanière en dévaluant et ainsi d'empêcher une réévaluation du dollar portant préjudice aux exportations américaines. 

Enfin, il ne peut y avoir de réelle réindustrialisation, mêmes avec l'IA et même avec un coût de l'énergie très faible, dans la mesure où l'économie américaine est proche du plein emploi et ce, dans un contexte d'expulsion de la main d'œuvre étrangère. 

Les USA seront de plus en plus un espace où l'essentiel de ce qu'on appelle le PIB relève d'une sur financiarisation  . Les USA pourront peut-être encore grossir dans le PIB mondial mais il s'agira davantage d'un simple "œdème" cachant mal un réel déficit industriel. Sans changement et dans le long terme, les USA risquent de devenir la grenouille face au beauf chinois.

 Au final, le bloc au pouvoir est appelé à se fissurer rapidement et il est difficile de dire quel pouvoir prendra la relève .       

                                              Jean Claude Werrebrouck  17 mars  2025

Commentaire du 21 janvier 2026.

Les premiers résultats de la nouvelle politique américaine confirment les doutes émis en mars 2025. Les droits de douane semblent être payés par les consommateurs américains ( Institut de Kiel et Université de Chicago) et la réindustrialisation laisse la place à un nouveau recul de la production industrielle américaine ( - 0,6% en 2025). En sorte que les quelque 200 milliards de dollars de droits ne sont qu'une taxe nouvelle sur la consommation. S'agissant du bloc au pouvoir seuls les nationalistes et césaristes peuvent se satisfaire de la  nouvelle politique de puissance consistant à élargir le territoire par adjonction ou rachats à la façon d'un James Polk qui allait doubler l'aire territoriale américaine au milieu du dix neuvième siècle. Les exigences sont  d'autant plus importantes que le pays ressent sa dépendance croissante au regard des nouvelles   matières premières consommées par les nouvelles technologies, également au regard d'une possible dédollarisation mesurée par la formidable augmentation du prix d'un or devenant réserve des banques centrales, également au regard d'une prise de conscience des effets de la désindustrialisation sur un outil militaire dévorant D'où cette impression de fuite en avant pour ne pas reconnaitre l'inéluctable perte de puissance du pays. Il est également manifeste que le bloc au pouvoir ne peut connaitre que des fissures croissantes: bataille autour du "Clarity Act" entre plateformes crypto libertariennes  et système bancaire relevant de la finance classique, bataille entre libertariens eux-mêmes autour de la dérégulation ou de la conquête de nouveaux territoires, bataille entre nationalistes et banque autour des taux sur cartes de crédit, autour du système de santé, bataille à l'intérieur du courant nationaliste impérial avec sa composante "lumières sombres" ou "colonialiste" complètement orientée vers le profit, etc. 

 

 

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18 janvier 2026 7 18 /01 /janvier /2026 08:22

On trouvera ci-dessous une vidéo réalisée à l'occasion des 200 ans du Figaro, manifestation pour laquelle Emmanuel Todd fut invité. Cette vidéo servira de point de départ à une réflexion que nous menons dans le cadre du Blog et qui s'intitulera probablement : " Comment expliquer le chaos mondial". Bonne écoute.

 

 

 

 

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 16:19

Le texte proposé ce soir fut publié le 15 novembre 2024 et il nous semble utile de le reproposer à la méditation au moment où le traité sera signé dans les heures qui viennent. Les agriculteurs se battent et c'est une bonne chose. Mais il vaut mieux avoir une vision très claire des choses pour agir. Et bien évidemment cela passe par l'effort de vouloir connaitre. 

La présente note tente de proposer une grille de lecture intelligible de la multitude des faits qui accablent le monde agricole.

Depuis la nuit des temps, l’agriculture est une activité nécessaire à la conservation/reconstitution de la vie. Dans le monde moderne, point n’est besoin d’être économiste pour se rendre compte que cette conservation de la vie se déroule en dépensant tout ou partie de ce qu’on appelle un salaire dans ce qui est devenu la grande distribution, elle-même ravitaillée pour partie par le monde agricole. Plus les prix des produits de l’agriculture sont élevés et plus le coût de la vie est élevé et inversement plus les prix des produits agricoles sont bas et plus le coût de la vie est faible.

Logiquement,  si l’agriculture développe des gains de productivité, ce coût de la vie doit baisser. C’est ce que la France a bien connu au cours du siècle précédent avec une modernisation spectaculaire de son agriculture. Le prix des produits agricoles baissant ou augmentant plus faiblement que les salaires, il devait en résulter ce que simplement on appelle une hausse des niveaux de vie et l’avènement de l’immense classe moyenne qui devait caractériser la seconde partie du vingtième siècle.

Marx et les « biens salaires»… produits par les agriculteurs

Marx, très grand interprète des règles du jeu du capitalisme parlait de partage de la « plus-value relative » impulsée par la productivité. Dans son langage, si les biens de consommation – ce qu’il appelle les « biens salaires » - achetés avec les revenus distribués par les capitalistes voient leur valeur diminuer en raison de gains de productivité dans l’activité agricole, il doit en résulter logiquement une diminution des salaires, baisse résultant elle-même de la baisse du coût de la vie. Concrètement et simplement, si une vie de salarié est reproduite journellement par un kilogramme de pain et que le prix du pain diminue de moitié en conséquence d’un doublement des rendements agricoles, le coût de la vie est également divisé par 2 et donc le salaire peut lui-même être divisé par 2. Dans cette circonstance, les capitalistes récupèrent la totalité des gains de productivité, ce que Marx appelait la « plus-value relative », celle dépendant des gains de productivité donc de la « dévalorisation » des « biens salaires ». Si maintenant les salariés réussissent à maintenir le niveau de salaire, ces mêmes salariés empochent les gains de productivité. Dans un tel contexte, la lutte des classes au sens de Marx est aussi un combat autour du partage des gains de productivité. Bien sûr, Marx emploie un langage beaucoup plus sophistiqué pour les besoins de ses démonstrations, mais il nous faut reconnaître qu’il fût le grand théoricien de ce que lui-même appelait « l’embourgeoisement de la classe ouvrière », phénomène imaginé avec près d’un siècle d’avance sur la réalité. Un phénomène qui va progressivement se transformer et dont la configuration actuelle est elle-même appelée à se transformer.

Les transformations historiques de la  « plus-value relative ».

1 – Historiquement, il y a eu effectivement partage des gains de productivité et il en est résulté une première approche dans l’édification d’une immense classe moyenne. Globalement, les budgets consacrés à l’alimentation - ceux consacrés à l’achat de marchandises agricoles- vont régulièrement diminuer (13% aujourd’hui contre plus de 50% en 1950). En contre partie, ils vont laisser la place à de nouveaux biens, lesquels vont socialement devenir de nouveaux « biens salaires » au sens de Marx : logement, équipement ménager, téléphone, etc. Ces mêmes biens vont logiquement eux-mêmes bénéficier de gains de productivité à partager entre capitalistes et salariés.

2 - Les salariés pouvant désormais arbitrer entre divers « biens salaires » vont devenir de plus en plus exigeants et vont s’intéresser aux prix de ces premiers « biens salaires » que sont les produits de l’agriculture. Ils seront en cela aidés par la grande distribution qui fera pression pour une accélération des gains de productivité. Les agriculteurs doivent être compétitifs comme tous les acteurs de la vie économique. Déjà, des relations asymétriques entre entreprises agricoles nombreuses et grande distribution ou firmes agroalimentaires oligopolistiques vont se nouer. La pression sur les prix imposera une accélération de la modernisation de l’agriculture.

3 - La mondialisation permettra une accélération massive de la construction d’une « plus-value relative » d’un nouveau type. D’abord les entreprises pourront travailler dans des zones où la « valeur de la force de travail » est plus faible (le coût de la vie est plus faible en Asie, en Afrique, etc.). Si les biens fabriqués dans ces zones sont aussi des « biens salaires », il pourra en résulter une baisse de la valeur de la force de travail en Occident : les biens en question permettront de diminuer davantage le coût de la vie et la grande distribution et les firmes agroalimentaires s’y emploieront. De quoi comprendre les armadas d’acheteurs en route vers l’Asie…De quoi comprendre ce que naguère on appelait le grand accord entre WalMart et le parti communiste chinois…. Ce n’est plus WalMart et ses fournisseurs américains qui reproduiront la force de travail américaine mais des entreprises chinoises sur le sol chinois.

4 - Cette baisse de la valeur de la force de travail ne pourra plus nourrir aussi facilement que par le passé le partage des gains de productivité. C’est que la désindustrialisation fragilise la condition salariale et engendre un chômage qui pourra être plus ou moins masqué par le maintien d’un Etat-Providence qui lui aussi se trouve être le support d’une partie du coût de la vie. Ce qu’on appelle économie sociale se développe sans gains de productivité et le coût de la vie ne peut diminuer que par des importations massives en provenance du sud. Ce qui se met en place est la possible naissance de vastes zones de l’ex -Tiers monde chargées de la reproduction de la force de travail de l’Occident et, en particulier de la France qui se désindustrialise plus rapidement qu’ailleurs. En contrepartie de vastes zones de l’Occident et en particulier de la France deviennent des espaces où un revenu se dépense sans y avoir été produit. C’est par exemple le cas des espaces privilégiés occupés par des retraités ou inactifs dans le sud de la France… Des incohérences de territoires qui vont se multiplier…

5 - Les usines fabriquant les « biens salaires » disparaissent et se reconstruisent à la périphérie de l’Occident. Dans ce dernier monde et tout particulièrement en France, nous n’aurons plus que des entreprises de logistiques (les bien salaires produits à la périphérie doivent être distribués et nourrir le centre). Ainsi les entrepôts « Amazon » peuvent se développer sur les friches industrielles. A ces entreprises il faudra encore ajouter les entreprises agricoles jusqu’ici non délocalisées qui tenteront - fouettées par la grande distribution et les firmes agroalimentaires- d’apporter leur contribution à la baisse du coût de la vie. Le dernier ajout qui permettra de photographier le nouveau paysage est bien évidemment le maintien d’un Etat social très endetté. Bien évidemment tout ce qui n’est pas « biens salaires » peut encore subsister, notamment les industries de biens d’équipement, les industries de l’armement et toutes celles très nombreuses encore qui, techniquement, s’articulent à ces dernières.

6 - Mais la mondialisation est exigeante en termes de libéralisation des échanges et les traités de libre échange ne peuvent que se multiplier (plus de 40 par la seule UE) pour offrir des débouchés aux entreprises, soit celles restées dans le centre, soit celles déjà délocalisées et qui souhaitent voir croître leur part de marché dans le monde. L’UE est l’archétype de ce modèle et invente la concurrence libre et non faussée. Jusqu’ici l’agriculture n’était pas encore délocalisable comme l’était le capital industriel. Le facteur de production terre/environnement devait rester attaché à son antique espace national. Parce que les traités de libre échange se doivent être globaux et concernent toutes les marchandises, l’agriculture ne peut en être exclue. Cette dernière devra donc se soumettre et accepter que le coût de la vie au centre soit de plus en plus assuré par des firmes agricoles lointaines. La poursuite de l’éventuelle  baisse du coût de la vie doit se payer par une masse toujours croissante de biens salaires importée. Et le renard est entré dans le poulailler car les agricultures du centre se font concurrence et utilisent les outils de l’UE pour s’entredévorer : l’agriculture française est mangée par l’Espagnole ou celle de la Pologne, etc. Ce qui entretient le processus de dévalorisation de la force de travail. Il y a beaucoup plus que des chaussures, vêtements, jouets, appareils électroménagers, etc. qui doivent être importés. Il y a désormais à importer tous les produits agricoles qui étaient historiquement les premiers « biens salaires » : fruits, légumes, viandes, poisson, produits laitiers, etc. De quoi comprendre les débats souvent superficiels et probablement inutiles que l'on va enregistrer dans les grands médias: comment justifier si peu de produits locaux dans les grandes surfaces? Pouquoi ne pas aider les pratiques respecteuses de l' environnement? Comment freiner la course à la compétitivité? etc... Sans réflexion sérieuse on laisse la place aux bavards.... 

7 - Aujourd’hui, nous sommes, avec les questions liées au climat et à l’environnement, arrivés au bout de la grande aventure consistant à faire produire à l’étranger la quasi-totalité des « biens salaires » consommés par les vieux Etats-Nations au premier desquels on trouve la France dont on vantait naguère l’excellence agricole. Non seulement l’agriculture européenne se doit d’être asservie par les règles du jeu du capitalisme mondialisé, mais elle est menacée de disparition par les règles concernant la protection du climat et de l’environnement. La course aux gains de productivité est certes désormais bloquée par la foule des règlements et normes concernant les intrants de la production, mais surtout par l’imposition d’un recul des surfaces autorisées à la culture ou l’élevage. Jadis le capital industriel délocalisé laissait à l’état d’abandon des friches industrielles. Aujourd’hui l’agriculture en délocalisation va laisser des jachères. Il ne restera plus que les traces des lieux où naguère la conservation/ reconstitution de la vie se déroulait.

8 - Ce grand mouvement est aussi la fin des classes moyennes protégées par le  capitalisme autocentré et efficient de la fin du vingtième siècle. Les « biens salaires » agricoles ou industriels majoritairement issus de la périphérie continuent de se dévaloriser au rythme des innovations et de la productivité. La concurrence en fait gonfler la quantité et la perte de valeur est surcompensée par des besoins artificiellement créés. La société de consommation devient hégémonique au sein de territoires où des revenus jamais produits et chargés de dettes sont « magiquement » dépensés. Il en résulte une disparition de la plus-value relative tandis que l’Etat social resté exigeant n’est plus finançable que par de la dette publique.

9 - Bien évidemment, ce grand mouvement aux conséquences géopolitiques majeures doit être arrêté et cela confirme bien les conclusions de nos précédents articles. Il sera toutefois très difficile de protéger l’agriculture. S’agissant de l’UE telle qu’elle est, on ne voit pas comment il serait possible de ne plus inclure l’agriculture dans les grands traités de libre-échange. Les avantages compétitifs de la périphérie de l’Occident sont bien évidemment concentrés dans  une agriculture où les taux de salaire et les normes sont très avantageux. Et c’est ainsi qu’au nom de la rationalité économique, l’Occident continuera probablement de confier la gestion du coût de la reproduction de sa force de travail dans les espaces que naguère il avait colonisé : Un libre échange où la baisse de la valeur de la force de travail continuera  d’être l’objectif probablement inconscient de ses promoteurs. Pourquoi, continuera t-on de proclamer, renoncerait-on à faire bénéficier le consommateur de prix à l’importation avantageux ? Pour la France, le prix de cette rationalité stupidement économiciste sera plus élevé qu’ailleurs en raison de l’abandon complet de ce qui faisait une partie de son excellence.

10 - N’allons pas plus loin et laissons le lecteur se reporter à nos articles[1] des 1/1/2024 et 12/1/2024.  Toute politique économique sérieuse doit se pencher sur la construction d’un équilibre des comptes extérieurs. Et cela passe par ce qu’on appelait la « colonne vertébrale » de la reconstruction. Bonne relecture de ces deux articles.

Jean Claude Werrebrouck

 

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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 07:38

Les députés peuvent-ils penser « out of the box » ?

Nous poursuivons ci-dessous la réflexion non pas sur les causes empiriques et banales de la situation budgétaire française, mais à l’inverse sur les mécanismes qui en font son inéluctabilité sans changement planétaire des règles du jeu. Un changement de paradigme est-il possible ? est-il à la portée des constructeurs du budget ? Et surtout, peut-il se produire une révolution copernicienne à l’échelle du monde sans passer par la violence ?

Petit rappel explicatif des modes de régulation macroéconomiques constatés.

1 Les risques de surproduction, donc d’insuffisance de la demande, sont  compensés- depuis plusieurs dizaines d’années- par des déséquilibres budgétaires. Ce mode de régulation est intervenu dès qu’il fut (années 70) devenu difficile de réguler cette même insuffisance par la voie traditionnelle de la hausse des rémunérations.

2 c’est que la régulation fordienne n’est plus adaptée à une mondialisation qui tend à aligner, en longue période, les normes salariales de l’occident sur celles du sud.

3 Une nouvelle régulation s’avère  difficile et ne se matérialise jusqu’à maintenant que par l’importation massive de ce que Marx appelait « les biens salaires » (ceux achetés par les salariés du centre) désormais produits à des couts bénéficiant de la norme salariale des pays émergents.

4 Cette importation de plus en plus massive a permis de contenir une baisse de niveau de vie dans un contexte de forte contrainte des salaires centraux. Elle ne permet toutefois pas de contenir la hausse des « taux de pauvreté monétaires ».

5 La déformation de la régulation fordienne n’est qu’un essaimage et une expansion planétaire de la surproduction. Les délocalisations réduisent l’offre potentielle dans les centres mais  les débouchés se réduisent plus vite avec le recours massif aux importations. D’où un double phénomène de croissance très faible assortie de déséquilibres budgétaire élevés.

6 La périphérie produit de plus en plus et ne peut trouver de débouchés internes en raison de ses normes salariales, d’où la marée montante des exportations qui garantissent de moins en moins des croissances de PIB plus élevées qu’au centre (Chine).

7 La périphérie aimerait sans doute passer au fordisme mais le prix serait gigantesque en termes d’effondrement des exportations. Le résultat global est, aussi bien au centre qu’en périphérie, le besoin de compenser les déséquilibres macroéconomiques par des déséquilibres budgétaires.

8 Au centre  le cout de la vie plus faible par  des importations massives de « biens salaires » (très repérables dans tous les magasins et en particulier dans la grande distribution) correspond à une diminution de la demande globale, et le déséquilibre macroéconomique ne peut se réduire que par le déséquilibre budgétaire.

9 A la périphérie l’industrialisation massive ne trouve que peu de débouchés en raison de la modestie des normes salariales, et il faut massivement compter sur l’envol des exportations qu’il faut gonfler par des subventions et donc des déséquilibres budgétaires. Plus l’offre locale alimentée par les délocalisations augmente et plus l’écart avec la demande locale s’élargit.

10 Les déséquilibres budgétaires peuvent au terme de relations complexes s’épauler. Ainsi le déficit américain nourrit des exportations chinoises elles-mêmes alimentées par des subventions publiques aggravant le déficit public chinois.

11 Parce que la planète toute entière se trouve en déséquilibre économique, une guerre des monnaies sous forme de guerre des dévaluations commence à se mettre en place : Dollar, Yuan, Yen, Euro, etc. (Rappel des années 30 ?) Avec comme effet visible la montée vertigineuse du cours de l’or.

12 Au total la mondialisation se trouve incapable de reproduire à l’échelle planétaire les modèles fordiens nationaux qu’elle a détruit.

13 Les récentes mutations géopolitiques : libertarisme prédateur, techno césarisme, ethno nationalisme, etc. détruisent toute forme de multilatéralisme possiblement engendreur d’une régulation planétaire.

Le déficit budgétaire généralisé était-il la solution au problème rencontré ?

1 L’écart offre globale / demande globale ne peut se solutionner que par des flux monétaires compensatoires allant vers les agents dépensiers et remontant vers les agents producteurs. Simplement exprimé : il faut permettre d’acheter davantage.

2 Dans des économisées bancarisées, il s’agit de gonfler les comptes des agents dépensiers : ménages, entreprises, administrations publiques.

3 Le respect des droits de propriété a jusqu’ici entrainé mécaniquement la forme « dette publique » comme expression matérielle des flux monétaires compensatoires. La forme dette privée est en effet impossible en raison même du problème continu et cumulatif du déficit de demande globale.

4 La forme dette publique bénéficiant d’une réputation plus grande en raison de la nature du débiteur s’est brutalement renforcée à la fin du vingtième siècle par l’indépendance des banques centrales (fin des années 80). Le débiteur public n’est plus « libre de monnaie » (il lui devient interdit de créer de la monnaie) et devient débiteur classique.

5 « l’helicopter-money » au profit des Etats devenant prohibé, un marché de la dette publique se met en place aux fins de capter une épargne mondialisée par la libre circulation du capital (années 90).

6 Le mouvement de mondialisation s’accompagne mécaniquement d’une explosion de la finance : liberté de circulation du capital, marchandisation des monnaies dont la production devient le monopole des institutions financières, libre sécurisation marchande des fluctuations de taux et de valeurs, etc.  La mondialisation de la production/circulation des biens suppose la construction d’autoroutes sécurisés, autoroutes qui seront l’œuvre de la nouvelle industrie financière.

7 La croissance obligée de dette publique a pour contrepartie une croissance obligée de revenus financiers éloignés de l’investissement réel.  D’où une place croissante à une économie de rente.

8 Les acheteurs de dette publique étant plutôt des fabricants de monnaie et des épargnants, le volume croissant de dette entraine des inégalités nouvelles de revenus. Globalement, forte contrainte du côté des nouvelles normes salariales d’un côté, et accumulation patrimoniale de l’autre. La relative homogénéisation sociale que le fordisme triomphant avait[JW1]  généré cède la place à des inégalités gigantesques et surtout incontrôlables sur les routes sans péages de la mondialisation.

9 Le système est de nature explosive : de plus en plus de dettes publiques, et de plus en plus de polarisation sociale. De quoi gonfler sans limite une financiarisation de toutes les activités et une situation sociale grave.

10 Sa crise finale probable et imprévisible devrait correspondre à un changement de paradigme avec la fin du monopole de la création monétaire par les institutions financières et le retour de sa maitrise par les puissances publiques.

11 les Etats se doivent de profiter des technologies associées aux futures monnaies numériques de banques centrales ( MNBC) pour reprendre le contrôle. Sachant que le système financier est très divisé sur le projet de MNBC les Etats se doivent de profiter de cette division et s’imposer.

12 A ce titre ils se doivent d’imaginer le chemin permettant des flux monétaires compensateurs des déséquilibres entre offre globale et demande globale. Une MNBC qui cesserait d’être une dette publique portant intérêt serait une solution inespérée.

13 La fin ou la très forte réduction des marchés de dette publique est le moyen d’assurer une régulation ne passant plus par une très forte polarisation de la société.

14 Le personnel politico administratif serait plus efficient s’il investissait davantage sur un tel projet et moins sur tel ou tel amendement d’une loi de finance reproduisant et aggravant un système ptoléméen. Mais il est vrai que penser « out of the box », (en dehors du cadre) comme disent les américains n’est pas facile. Le personnel politico administratif restera « in the box » victime d’une pensée mimétique indélogeable.

Jean-Claude werrebrouck- 6 janvier 2026.

 


 [JW1]

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2 janvier 2026 5 02 /01 /janvier /2026 10:54

Les travaux de construction du budget 2026 vont reprendre ce 8 janvier. Il ne sera question bien sûr que de réduire la dette, prêter attention aux marchés etc. Un peu comme si les astrophysiciens discutaient du mouvement de l’univers sans en connaître les lois de fonctionnement. Nous proposons ci-dessous un début de réflexion qu’aucun lecteur, voire économiste ne trouvera dans le présent vacarme des opinions. Une seconde partie proposera d’ici quelques jours une prospective d’anticipation.

L’Evidence d’un équilibre macroéconomique

Dans une économie qui par un moyen  ou un autre assure un équilibre entre offre globale de marchandises et demande globale, il n’existe aucune raison de voir l’Etat se gonfler de dettes. Cette réalité se confirme plus facilement encore si l’Etat considéré maîtrise parfaitement le taux de change de sa monnaie… en restant propriétaire de ladite monnaie. En théorie une insuffisance de demande provoquée par des agents qui utilisent le revenu de la production par des achats étrangers (balance commerciale déficitaire) entraine sur le marché des changes un mouvement inverse : la demande de monnaie nationale baisse au profit d’une demande étrangère de monnaie. Il en résulte une baisse de la valeur de la monnaie nationale et donc un effet prix favorable à une demande étrangère accrue. L’équilibre se trouve théoriquement rétabli.

Un peu de philosophie hégelienne

Les choses deviennent plus complexes si l’on introduit l’idée Hégelienne de contradiction : la production s’oppose au revenu constitué dont ce dernier est constitutif d’un possible blocage. De façon très concrète les capitalistes souhaitent vendre à la classe très nombreuse des salariés, mais ils ne produiront que si les salaires sont suffisamment contraints pour autoriser le profit. Plus concrètement encore les usines ne produiront que si les salaires sont très inférieurs à ce qu’elles produisent. Bien sûr une partie de la production, celle constitutive de biens capitaux donc de biens de production sont achetés par des capitalistes soucieux d’investir. Cela signifie que la production globale bénéficie d’une demande globale équivalente si les capitalistes achètent les biens capitaux au titre de l’investissement. Mais lesdits capitalistes en investissant élargissent la production future pour laquelle il faut trouver des débouchés eux-mêmes élargis. Poser la question de cette façon montre que l’équilibre entre offre et demande globale n’a rien d’évident. En particulier le soupçon de surproduction par rapport à la demande solvable est constitutif d’une question voire d’une hypothèse raisonnable pour étudier les réalités macroéconomiques.

L’Etat régulateur résout les contradictions

Nous avons tenté de montrer dans un texte précédent que ce soupçon de surproduction donnait aux Etats un rôle de régulateur des équilibres macroéconomiques. Depuis environ une trentaine d’années, nous sommes passés d’une régulation dite fordienne à une régulation complètement financière. Dans la régulation fordienne la nécessité de passer par un endettement public n’existe pas. L’écart entre offre globale et demande peut tout simplement être réduit par la norme salariale sans passer par des dépenses publiques. Si l’offre globale augmente fortement par des gains de productivité eux-mêmes élevés, il est possible pour un Etat d’aller bien  au-delà d’un accord salarial et décider d’une politique de rémunération permettant de gonfler la demande et donc de ne point connaître de crise de surproduction. Cela signifie que (ce qu’on a appelé moment fordien) Les capitaux ne connaissent aucune incitation impérieuse à s’exporter puisque les débouchés restent largement nationaux. Et l’augmentation des capacités aux fins de réduction des charges fixes peut se réaliser au sein d’un espace fordien géographiquement plus large : on passe de la nation à l’Europe voire l’occident et tous les espaces qui rejoignent progressivement l’espace fordien. Les entreprises peuvent devenir internationales sans connaître la mondialisation. Ce qu’on appelle « désindustrialisation » est complétement étranger au moment fordien. De la même façon il n’existe que peu de pression à la libération des mouvements de capitaux puisque ces derniers sont sagement retenus par les débouchés nationaux ou ceux exprimés dans des espaces similaires. Par ailleurs, l’espace international est encore sécurisé par l’ordre de Bretton-Woods et la fixité des taux de change.  Il n’existe pas encore de démembrement des entreprises avec des maillons éparpillés - généralement désignées « chaines de la valeur »-  à l’échelle planétaire.

Contradiction élargie et Etat régulateur dépassé

Les choses changent avec la mondialisation.  Il ne peut plus exister de manière très volontaire  de normes salariales toujours de plus en plus avantageuses en raison de l’accélération des délocalisations industrielles. Mieux la norme doit plutôt devenir celle des pays du sud pour tenter de freiner le mouvement  de délocalisation. Au fond le passage du moment fordien au moment mondialiste est aussi le renversement de la norme salariale. Pour les pays qui avaient poussé très loin la norme fordienne avec le développement d’un très grand Etat providence, ce qui était le cas de la France, le choc sera plus rude…et la résistance plus forte. D’où idéologiquement le discours concernant le caractère non réformable du pays.

Renversement de la norme salariale, mais aussi développement sans limite de la dette et de la finance. Si la norme sociale s’inverse complètement avec alignement de la norme salariale sur celle du sud, nous retrouvons une crise majeure de débouchés : les capacités productives dépassent celle des débouchés. Mécaniquement nous entrons dans un scénario où il faut accélérer les délocalisations…. processus qui lui-même n’est que l’exportation à l’échelle planétaire de la question de l’insuffisance de la demande globale. La Chine après avoir absorbée les délocalisations se trouvent présentement devant ce type de difficultés : des surcapacités gigantesques qu’il faut tenter d’expulser sur le reste du monde. Et il semble que le pouvoir chinois très soucieux de développer la demande interne, donc de passer à un mouvement fordien, rencontre de très grandes difficultés d’ordre institutionnel pour passer au fordisme.

La solution au problème serait sans doute l’avènement d’institutions mondiales chargées de réaliser à l’échelle de la planète ce qui fut réalisé à l’échelle des principales nations occidentales au cours des trente glorieuses. Cela s’avère impossible à l’heure du retour des anciens empires. L’heure présente est plutôt celle du retour d’un Etat prédateur fonctionnant au service du libertarisme....ou de l'ethnonationalisme... Conjonction très nouvelle et encore très peu étudiée. Quelle que soit l'architecture émergente, nous nous éloignons de l'Etat régulateur.

Des flux monétaires chargés de résoudre les contradictions ?

La solution est donc pour l’immense majorité des Etats le recours à des flux monétaires chargés de masquer l’écart entre production et dépense correspondante. Ces flux doivent d’une façon ou d’une autre alimenter les comptes des agents dépensiers investisseurs ou consommateurs donc des agents qui alimentent la demande globale. Concrètement il s’agit des entreprises et plus encore des ménages. Avec une grande question : les flux invoqués sont-ils porteurs de dette ou bien sont-ils libres de dettes? 

Fin de première partie.

 

Jean- Claude Werrebrouck – 2 janvier 2026.

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 15:29

Au seuil de discussions nouvelles sur les questions budgétaires,  il est sans doute trop tard pour réfléchir sur l’absence de sérieux de ce qui n’est plus une politique industrielle. Les quelques lignes ci-dessous mettent en lumière, de façon fort synthétique, ce que nous croyons être le scandale majeur de la politique industrielle française : celui de la gestion de l’électricité.  A méditer pour les candidats à l’élection présidentielle. A méditer aussi à la lumière du devis qu’EDF vient de publier au titre de ses investissements futurs.

Quelques données d’identification du paysage électrique français

Statut de l’électricité :  -matière première fondamentale mais fort peu stockable (aujourd’hui 3% de la capacité mondiale de production)

Chiffres 2024   -     production :  570 TWH 

  • Consommation 510TWH
  • Nucléaire :    380TWH
  • Hydraulique :  50,5 TWH
  • Thermique :   39 TWH
  • Solaire/éolien : 98,5TWH

Décisions politiques :

- Electricité : bien échangeable sur un marché physique ou financier

-  Priorité de l’intermittence sur le continu

- Garantie publique de rentabilité de l’intermittence (investissement de simple rente) ;

- Nucléaire dominant mais appelé progressivement à devenir énergie de bouclage du marché

Résultats constatés :

- Facteur de charge du nucléaire passant de 85% aux environs de 60%

- Sous production nucléaire d’environ 100TWH (environ 18% du chiffre d’affaires)

- 8 à 9 milliards d’euros de subventionnement de la production solaire/éolien pour 2025

- Addition perte de marge EDF+ subventionnement solaire/éolien évaluée à 50% du budget 2025 des armées.

Augmentation non évaluée des couts de maintenance des centrales EDF soumises à la priorité du solaire/éolien.

Conclusion : politique publique responsable d’une mauvaise allocation du capital (le solaire éolien est inutile au ravitaillement) et d’une destruction de capital ( les centrales nucléaires souffrent de la modulation imposée)

 

Ces quelques données sont intéressantes à découvrir au moment où à grands bruits on évoque le dossier de partage du financement en vue d’une autorisation bruxelloise, et surtout le devis qu’ EDF vient de publier. Ce dernier se monte pour les 6 EPR2 à quelque 80 milliards d’euros 2025. Somme qu’il faudra partager entre EDF investisseur et Etat propriétaire de l’entreprise publique. Le personnel politico administratif et les médias n’évoquent en aucune façon la réalité des choix qui furent ceux de la gestion de l’électricité depuis la décision européenne d’interdire les monopoles publics industriels voici maintenant près d’une trentaine  d’années.  Le choix d’obliger EDF à vendre à des concurrents qui ne produisent pas d’électricité à un prix inférieur au coût de production (ARENH) relevait déjà d’un mécanisme délictueux. Celui existant maintenant est beaucoup plus grave : non seulement on extorque chaque année plus de 10 milliards d’euro de marge à l’entreprise en l’empêchant de produire, mais on extorque chaque année au contribuable près d’une dizaine de milliards d’euros au titre du financement du système Solaire/Eolien. 

Il est éthiquement fondamental de dénoncer le projet de financement des 6 nouveaux EPR. EDF serait une entreprise très profitable, fonctionnant sans dette,  si elle n’avait eu à supporter pendant près de 15 années le scandaleux ARENH et si elle n’avait à supporter une interdiction de produire. Sans ce véritable détournement de capitaux EDF pourrait sans aucune difficulté assurer ses projets d’investissements. Également sans envoyer ses ingénieurs se former en Chine comme on vient de l’apprendre…..

Dans le même temps il est éthiquement fondamental de dénoncer le gaspillage budgétaire aboutissant à plus de dette publique pour des investisseurs de rente derrière lesquels on trouve les grands fonds soucieux d’investir dans les projets dits d’avenir et qui ne sont que des occupants de rente publique.

Jean Claude Werrebrouck- 19 décembre 2025.

Note complémentaire du 27 décembre Le dernier bilan prévisionnel de RTE (9 décembre) nous apprend que la France à failli les 1ier avril et 23 octobre dernier connaitre un black-out assez comparable à ce qu'à subi la péninsule ibérique le 28 avril. De fait la règle de la priorité du solaire /éolien fait apparaitre des comportements indélicats au détriment d'EDF. Ainsi le solaire/éolien cherche à optimiser à la minute sa production et ne respecte pas la règle d'annonce de son plan de charge la veille pour le lendemain. Il en résulte que les lourdes centrales EDF doivent au nom du service public subir des variations de productions immédiates (10GW le 1ier avril et 8 GW le 23 octobre, soit léquivalent d'une petite dizaine d'unités nucléaires). Un peu comme si dans l'industrie automobile les chaines Toyota étaient victimes immédiates de décisions tout aussi immédiates sur des chaines GM à l'autre bout du monde. Et notre exemple reste bienveillant car une chaine d'assemblage automobile est plus maniable qu'une unité nucléaire. Monde ahurissant. Plus étonnant encore comment accepter une fonction de président d'EDF si cette dernière devient activité de  simple chef de service très obéissant? Quand le président d'EDF va t-il se mettre en grève? 

                                    

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 09:08

La France grande handicapée….

L’année 2025 va probablement se terminer sur un PIB d’environ 2984 milliards d’euros contre 2919 milliards en 2024. Ce calcul mené en valeur correspond à une croissance nominale d’environ 2,3% reflet d’une inflation d’environ 1,5% et d’une croissance réelle de moins de 0,9%. Et ce chiffre ridiculement faible n’est obtenu qu’avec l’intervention de l’Erat qui en termes de recettes et de dépenses s’est soldée par un déficit Public colossal d’environ 161 milliards d’euros. Au final pour obtenir (2984 – 2919) = 65 milliards de richesse apparente supplémentaire il aura fallu s’endetter de 161 milliards de plus (2,47 fois le surplus de richesse apparente). Un peu comme si un ménage voulant consommer 10 euros de plus chaque mois devait s’endetter mensuellement de 24,70 euros.

Croissance faible, cause de la dette ? Ou dette élevée, cause de croissance faible ?

Rééquilibrer les comptes suppose sans doute une combinaison de baisse d’impôts et de baisse des dépenses. Mais ce rééquilibrage va  en entrainer d’autres : des comptes bancaires allégés pour les ménages et les entreprises qui cesseraient de bénéficier de la dépense publique…mais augmentés de la baisse de l’impôt…le tout dans une proportion assurant la disparition du déficit. Qui va payer ? Si l’on privilégie la baisse de la dépense ce sont plutôt les ménages qui vont payer…et contribuer à la chute de la demande globale : les débouchés des entreprises s’affaissent  et les entreprises marginales disparaissent. Si l’on privilégie la fiscalité, le résultat dépendra du mode choisi de la baisse d’impôt, ce qu’on appelle l’assiette. Par contre cette voie suppose parallèlement une baisse de la dépense beaucoup plus radicale à la seule fin de faire disparaitre le déficit. D’où la contradiction entre amélioration possible du taux de marge dans un contexte de baisse du chiffre d’affaires. A moins que la baisse de la fiscalité entraine une compétitivité telle que des exportations nouvelles viennent compenser la perte des chiffres d’affaires internes. Mais, sous contrainte de disparition du déficit, plus la pression fiscale diminue et plus la demande interne s’affaiblit. Il est donc difficile d’imaginer et donc de chiffrer aisément le résultat du choix de la baisse de la fiscalité. Globalement il faudrait une élasticité/cout des exportations élevée dans un contexte où la contrainte fiscale représenterait un poids très élevé dans les couts de production. Comme quoi une politique de l’offre est toujours très complexe et vient se heurter au mur de la demande.

Mais Handicap indépassable…

Ce fort bref raisonnement nous montre toutefois que la question de la réduction de la dette n’est pas chose simple et, hors mobilisation de moyens touchant la relation du pays avec son environnement mondial, ladite réduction suppose une contraction très importante du PIB. Il suffit de reprendre les chiffres de 2025 et imaginer la baisse du PIB en utilisant un multiplicateur budgétaire même ramené- fort complaisamment- à l’unité. Dans cette hypothèse le PIB se contracterait de plus de 160 milliards d’euro, soit près de 6%. Sachant que l’impact d’une telle contraction est très inégal selon les différentes catégories sociales, Le pays est-il politiquement prêt à accepter un tel changement ?

Reste le recours à trois outils : la dévaluation externe de la monnaie, le rachat de la dette par la banque centrale, l’établissement de droits de douane. Les deux premières solutions sont exclues en raison de la méthodologie retenue pour la construction de l’Union européenne : La monnaie est devenue indépendante des Etats, lesquels ne sont plus maitre de leur banque centrale. Il n’est plus question - sans rupture- de recourir aux manipulations monétaires qui ont tant contribué à l’exceptionnelle réussite française de l’après-guerre.  La solution des droits de douane envisageable au niveau européen est -elle imaginable comme solution à la dette publique française ? Sans rétorsion de la part du reste du monde les droits de douane peuvent en principe réduire les importations sans toucher aux exportations. La baisse de la demande globale induite par la diminution de la dépense publique initiée pour faire disparaitre la dette publique pourrait ainsi être compensée par des échanges extérieurs mieux orientés. Les droits eux-mêmes viennent contribuer à la disparition du déficit. Dans le contexte géopolitique du moment cette solution qui n’est pas de rupture peut être envisagée et commence à l’être. L’UE ne peut en effet au nom de sa survie laisser la chine exporter son chomage par une balance des échanges devenue très déséquilibrés ( Plus de 1000 milliards de dollars d’excédents pour 2025).

La béquille pour tous…

Au-delà, il faut signaler que la dette devenue béquille de la France est entrain de le devenir pour la plupart des pays.

                                   Croissance              déficit public

Allemagne                          0,8                             2,7

Italie                                    0,6                              3

Espagne                              2,7                            2,7

Pays-Bas                              1,5                            2,8

RU                                         1,5                            4,5

Chine                                    5                                4

USA                                       2,3                             6,9

Comme pour la France nous constatons, certes à l’exception du cas chinois, qu’il faut pour tous ces pays beaucoup de déficit public pour faire grossir fort modérément voire très peu le PIB. Pour cet ensemble de pays et sans doute pour de nombreux autres une politique générale de disparition des déficits publics entraine une baisse des PIB donc une contraction planétaire de très grande ampleur. Et la Chine ne fait pas vraiment exception, car même en ne contestant pas les chiffres annoncés, le résultat- plutôt meilleur- se fait au prix d’une gigantesque montée des exportations (probablement plus de 1100 milliards de dollars en 2025). La constatation empirique de cette « impression de PIB étouffé » malgré un déficit gigantesque nous invite à imaginer l’hypothèse  d’un désajustement entre une offre constitutive d’un PIB logiquement ascendant par l’investissement et une demande qui  tire ce même PIB vers le bas. En termes savants la demande globale est -elle suffisante pour absorber toute l’offre proposée ? Hypothèse jamais abordée par les économistes contemporains.

...Béquille pour tous que les économistes éloignés de l’histoire de la pensée économique ne peuvent comprendre….

Derrière ces questions se trouve un problème beaucoup plus fondamental et fort ancien : celui de la « loi des débouchés » qui fut un débat depuis le début du dix-neuvième siècle. Pourtant cette question de l’équivalence entre l’offre globale et la demande globale n’est plus abordée depuis très longtemps dans les universités. Elle n’est plus dans la fenêtre d’Overton. Jadis l’étude de la théorie keynésienne réintroduisait mécaniquement le très long débat qui s’était introduit avec la critique de la « loi de Say » par ses contemporains et en particulier Ricardo, Sismondi et bien d’autres tout au long du siècle. Ces réflexions furent très longtemps poursuivies et la crise de 1929 fût très largement abordée à partir de la question. Globalement il fut admis que ladite crise était une crise de surproduction provoquée par la non redistribution des gains de productivité, donc la non vérification empirique de la « loi se Say » et la confirmation de ses critiques. Keynésianisme aidant, il fut admis que les trente glorieuses qui devaient suivre correspondaient à la mise en place d’outils autorisant la redistribution et donc un alignement de la demande sur une offre croissante (élargissement continuel des salaires y compris par voie d’Etat-providence).

Concrètement, comme dans les années 1920 aux USA,  nous retrouvons aujourd’hui le divorce entre une offre potentiellement sans cesse croissante et une demande qui ne peut suivre. Le problème  n’est plus aujourd’hui celui du divorce entre fordisme naissant et normes salariales de la première révolution industrielle, mais celui du divorce entre mondialisation et alignement de nouvelles normes salariales. C’est qu’en mondialisation les salaires  sont moins une source de débouchés qu’une source de couts. Mécaniquement la masse salariale vient de plus en plus nourrir les importations et beaucoup moins les productions nationales. Ces mêmes productions sont soumises à des concurrences étrangères qui invitent à un alignement progressif des salaires occidentaux sur ceux du sud. Ce mécanisme qui étrangle la demande globale, et  qui est pourtant l’essence même de la mondialisation est masqué par les béquilles : la demande globale qui ne peut suivre la production croissante devient artificiellement gonflée par des dépenses publiques de plus en plus importantes et des ressources publiques- l’impôt- qu’il faut contenir.

Les béquilles pour tous  sont  faites  d’une très rentable « aspirine » financière

Mais la béquille est toute entière fabriquée avec l’aide de la finance et il est encore universellement préféré d’utiliser des actifs financiers pour générer une demande globale insuffisante plutôt qu’une technique type « hélicopter money ». Pour l’essentiel ces actifs sont de la dette publique, donc la matière première des béquilles. Vu de très haut, la crise récurrente de surproduction, est fictivement effacée par une nouvelle branche professionnelle porteuse d’un grand avenir : la finance qui fabrique sans limite des titres financiers lesquels sont l’antidouleur d’un réel économique dysfonctionnel. Toujours vu de très haut plus l’industrie se contracte et plus la finance se déploie. Comment ne pas être stupéfait par les quelque 16000 milliards d’actifs sous gestion aujourd’hui, actifs qui ne se montaient qu’à 4000 milliards en 2008, soit une multiplication par 4 contre moins d’un doublement du PIB ( 111000 milliards de dollars contre 63000 milliards) entre ces mêmes dates ?

A ce titre il est intéressant de situer les débats idéologiques concernant les cigales et les fourmis. Les tenants de l’économie de l’offre donc les croyants en la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say sont convaincus qu’il faut réduire l’éventail de l’Etat- providence et remettre les agents au travail. D’où les difficultés à prendre conscience de la réalité des chiffres présentés plus haut : une croissance qui ne cesse de s’affaisser et un endettement qui ne peut que s’accroitre…avec pour responsable un Etat victime de capture par les marchés politiques…d’où l’idée qu’il faut abandonner le statut de cigale et emprunter celui de fourmi. Mais comment abandonner le statut de cigale sans provoquer l’apparition de la réalité du déséquilibre entre offre et demande globale à l’échelle planétaire…une réalité qui atteint même une Chine peuplée de fourmis ?

Une autre difficulté est celle de l’antidouleur apporté par la finance. L’overdose des titres financiers publics développe le risque d’insolvabilité des Etats chargés de cacher la réalité macroéconomique dysfonctionnelle. Nous n’en sommes manifestement plus très loin avec la montée des taux,  ou les « stable coins » chargés d’épauler la dette américaine (99% du volume des stables coins sont collatéralisés avec  le dollar) . Avec parfois de redoutables erreurs de politique monétaire telle celle de l’actuelle BCE qui continue de ne plus couvrir les titres parvenus à échéance par des achats d’un montant semblable. De quoi rétrécir le marché des antidouleurs au moment où les Etats expriment un besoin massif (500 milliards de nouvelle dette publique pour la seule Allemagne en 2026, plan de relance massif pour le Japon, etc.)

Des béquilles pour tous…et  de plus en plus grandes….

Nous percevons maintenant clairement le chemin initié à partir de l’hypothèse selon laquelle il existe une insuffisance de la demande globale, insuffisance aujourd’hui planétaire. Sans mécanisme de redistribution type celui emprunté dans ce qu’on a appelé le « moment fordien » en occident, la demande globale doit être artificiellement gonflée par de la dette pour arriver à l’équilibre macroéconomique. Le choix de « l’helicopter money » qui aurait pu se substituer au moment fordien ne fut pas politiquement retenu. Celui du marché de la finance fut ouvert et considérablement renforcé par les outils techniques de la mondialisation, en particulier la parfaite mobilité d’un capital qu’il faut assurer dans son cheminement : maitrise de la circulation de la valeur avec sécurisation d’un marché des changes qui doit devenir très important. De fait le marché des changes doit devenir un monstre financier pour sécuriser la mondialisation. Sur ce marché les agents financiers doivent couvrir la sécurité sur les taux tout en se couvrant eux-mêmes,  ce qui passe par de gigantesques « paris » sur de simples fluctuations de prix. L’effacement progressif du fordisme laisse ainsi la place au grossissement inéluctable de la finance. Et l’ancien métier de conseil en investissement du banquier devient largement celui de virtuose sur de simples paris.

Au-delà la dette elle-même ne peut se réduire sauf à réenclencher le déséquilibre global. Mieux, à partir du moment où elle devient capital portant intérêt elle doit- au-delà de simples fluctuations conjoncturelles- se gonfler plus rapidement que le PIB. La dette sans intérêt peut certes gommer l’insuffisance de la demande globale mais il faut aussi couvrir les charges de la dette. Il est donc logique de voir partout dans le monde un grossissement de la dette. Le contexte géopolitique actuel fait qu’Il n’existe pour le moment pas d’autre choix planétaire.

Nous tenterons dans une prochaine note de montrer  que le substitut d’un fordisme planétaire, probablement irréaliste, peut devenir tout autre chose que la finance telle qu’elle se déploie encore aujourd’hui.

 Jean Claude Werrebrouck – 26 décembre 2025.

 

 

 

 

 

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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 17:17

Au seuil de discussions nouvelles sur les questions budgétaires,  il est sans doute trop tard pour réfléchir sur l’absence de sérieux de ce qui n’est plus une politique industrielle. Les quelques lignes ci-dessous mettent en lumière, de façon fort synthétique, ce que nous croyons être le scandale majeur de la politique industrielle française : celui de la gestion de l’électricité.  A méditer pour les candidats à l’élection présidentielle. A méditer aussi à la lumière du devis qu’EDF vient de publier au titre de ses investissements futurs.

Quelques données d’identification du paysage électrique français

Statut de l’électricité :  -matière première fondamentale mais fort peu stockable (aujourd’hui 3% de la capacité mondiale de production)

Chiffres 2024   -     production :  570 TWH 

  • Consommation 510TWH
  • Nucléaire :    380TWH
  • Hydraulique :  50,5 TWH
  • Thermique :   39 TWH
  • Solaire/éolien : 98,5TWH

Décisions politiques :

- Electricité : bien échangeable sur un marché physique ou financier

-  Priorité de l’intermittence sur le continu

- Garantie publique de rentabilité de l’intermittence (investissement de simple rente) ;

- Nucléaire dominant mais appelé progressivement à devenir énergie de bouclage du marché

Résultats constatés :

- Facteur de charge du nucléaire passant de 85% aux environs de 60%

- Sous production nucléaire d’environ 100TWH (environ 18% du chiffre d’affaires)

- 8 à 9 milliards d’euros de subventionnement de la production solaire/éolien pour 2025

- Addition perte de marge EDF+ subventionnement solaire/éolien évaluée à 50% du budget 2025 des armées.

Augmentation non évaluée des couts de maintenance des centrales EDF soumises à la priorité du solaire/éolien.

Conclusion : politique publique responsable d’une mauvaise allocation du capital (le solaire éolien est inutile au ravitaillement) et d’une destruction de capital ( les centrales nucléaires souffrent de la modulation imposée)

 

Ces quelques données sont intéressantes à découvrir au moment où à grands bruits on évoque le dossier de partage du financement en vue d’une autorisation bruxelloise, et surtout le devis qu’ EDF vient de publier. Ce dernier se monte pour les 6 EPR2 à quelque 80 milliards d’euros 2025. Somme qu’il faudra partager entre EDF investisseur et Etat propriétaire de l’entreprise publique. Le personnel politico administratif et les médias n’évoquent en aucune façon la réalité des choix qui furent ceux de la gestion de l’électricité depuis la décision européenne d’interdire les monopoles publics industriels voici maintenant près d’une trentaine  d’années.  Le choix d’obliger EDF à vendre à des concurrents qui ne produisent pas d’électricité à un prix inférieur au coût de production (ARENH) relevait déjà d’un mécanisme délictueux. Celui existant maintenant est beaucoup plus grave : non seulement on extorque chaque année plus de 10 milliards d’euro de marge à l’entreprise en l’empêchant de produire, mais on extorque chaque année au contribuable près d’une dizaine de milliards d’euros au titre du financement du système Solaire/Eolien. 

Il est éthiquement fondamental de dénoncer le projet de financement des 6 nouveaux EPR. EDF serait une entreprise très profitable, fonctionnant sans dette,  si elle n’avait eu à supporter pendant près de 15 années le scandaleux ARENH et si elle n’avait à supporter une interdiction de produire. Sans ce véritable détournement de capitaux EDF pourrait sans aucune difficulté assurer ses projets d’investissements. Également sans envoyer ses ingénieurs se former en Chine comme on vient de l’apprendre…..

Dans le même temps il est éthiquement fondamental de dénoncer le gaspillage budgétaire aboutissant à plus de dette publique pour des investisseurs de rente derrière lesquels on trouve les grands fonds soucieux d’investir dans les projets dits d’avenir et qui ne sont que des occupants de rente publique.

Jean Claude Werrebrouck- 19 décembre 2025.

Note complémentaire Le dernier bilan prévisionnel de RTE nous apprend que la France à failli les 1ier avril et 23 octobre dernier connaitre un black-out assez semblable à ce qu'à subi la péninsule ibérique le 28 avril. De fait la règle de la priorité du solaire /éolien fait apparaitre des comportements indélicats au détriment d'EDF. Ainsi le solaire/éolien cherche à optimiser à la minute sa production et ne respecte pas la règle d'annonce de son plan de charge la veille pour le lendemain. Il en résulte que les lourdes centrales EDF doivent au nom du service public subir des variations de productions immédiates. Un peu comme si dans l'industrie automobile les chaines Toyota étaient victimes immédiates de décisions tout aussi immédiates sur des chaines GM à l'autre bout du monde. Et notre exemple reste bienveillant car une chaine d'assemblage automobile est plus maniable qu'une unité nucléaire. Monde ahurissant. Plus étonnant encore comment accepter une fonction de président d'EDF si cette dernière devient activité de  simple chef de service très obéissant? Quand le président d'EDF va t-il se mettre en grève? 

                                    

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