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11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 08:54

 Voici un article bien intéressant publié dans les "7 du  quebec." webmagazine politique québequois. ce papier rejoint par d'autres moyens l'idée défendue dans notre note du 12 Mai dernier '(déclin américain ou nouvelle hégémonie?) Bonne lecture.

Depuis des années, les États-Unis ne dépendent plus directement du détroit d'Ormuz pour leur approvisionnement ni pour leurs exportations pétrolières. Cette réalité marque une transformation historique majeure de leur position énergétique mondiale.

Durant plusieurs décennies, notamment après les chocs pétroliers des années 1970, la sécurité du Golfe persique constituait pour Washington un impératif stratégique vital : l'économie américaine demeurait alors fortement dépendante des hydrocarbures moyen-orientaux, et toute perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz menaçait directement sa stabilité économique intérieure.

La révolution énergétique américaine et le déclin stratégique d'Ormuz

Cette configuration a profondément changé au cours des quinze dernières années sous l'effet de la révolution des hydrocarbures non conventionnels. Grâce à l'exploitation massive du pétrole et du gaz de schiste, les États-Unis sont devenus l'une des premières puissances énergétiques mondiales, à la fois productrice et exportatrice. Leur dépendance structurelle au pétrole du Golfe s'est considérablement réduite. L'essentiel de leurs approvisionnements énergétiques provient désormais de leur propre territoire, du Canada ou d'autres partenaires du continent américain. Quant à leurs exportations pétrolières et gazières, elles transitent principalement par les terminaux du golfe du Mexique et non par les routes maritimes du Golfe persique.

Dans ces conditions, un blocus du détroit d'Ormuz ne pénaliserait pas directement les États-Unis, dont l'approvisionnement et les exportations énergétiques ne dépendent plus structurellement des hydrocarbures du Golfe persique. En revanche, les grandes économies asiatiques, fortement dépendantes des hydrocarbures du Moyen-Orient, seraient immédiatement exposées à de graves tensions énergétiques et industrielles. La Chine, l'Inde, le Japon ou encore la Corée du Sud importent une part considérable de leur pétrole depuis les monarchies du Golfe. Pour ces puissances industrielles, le détroit d'Ormuz demeure une artère énergétique vitale. Son interruption provoquerait des tensions immédiates sur leurs chaînes d'approvisionnement, leurs coûts industriels et leur sécurité énergétique. À l'inverse, les États-Unis disposent aujourd'hui d'une autonomie énergétique relative qui les protège largement d'une rupture matérielle directe des flux pétroliers transitant par le Golfe.

Le choc pétrolier comme levier de puissance géoéconomique

Or, dans un système économique mondial interconnecté, les hydrocarbures obéissent à une dynamique de marché étroitement intégrée, de sorte que toute perturbation majeure dans le Golfe entraîne mécaniquement une flambée des prix internationaux du pétrole et du gaz. Cette hausse des prix possède également une autre dimension souvent sous-estimée : elle tend simultanément à renforcer la position des grandes puissances exportatrices d'énergie. Or, les États-Unis figurent désormais parmi les principales d'entre elles.

Dans ce contexte de hausse durable des cours du pétrole et du gaz, les producteurs américains de pétrole de schiste et les exportateurs de gaz naturel liquéfié voient leurs marges et leur compétitivité internationale augmenter fortement. Plus les prix mondiaux montent, plus l'exploitation des hydrocarbures américains devient rentable, y compris dans des gisements auparavant jugés trop coûteux. Cette dynamique favorise particulièrement les grandes compagnies énergétiques américaines ainsi que l'expansion des exportations vers l'Europe et l'Asie.

La crise ukrainienne a déjà fourni une illustration de ce phénomène. La rupture progressive entre l'Europe et les hydrocarbures russes a entraîné une augmentation massive des exportations américaines de gaz naturel liquéfié vers le marché européen. Les tensions géopolitiques ont ainsi contribué à renforcer le rôle énergétique international des États-Unis. Une crise prolongée dans le détroit d'Ormuz produirait des effets comparables à une échelle encore plus vaste. Plus les approvisionnements du Golfe deviendront instables, vulnérables ou coûteux, plus de nombreux pays importateurs chercheront à diversifier leurs fournisseurs afin de réduire leur exposition géopolitique. Dans cette stratégie de diversification, les États-Unis apparaissent comme un fournisseur relativement stable, disposant de capacités d'exportation considérables et d'infrastructures énergétiques en expansion continue.

L'instabilité chronique du Moyen-Orient ne constitue plus pour Washington un handicap stratégique comparable à celui qu'elle représentait au XXe siècle. À l'époque où l'économie américaine dépendait directement du pétrole du Golfe, toute perturbation régionale menaçait immédiatement ses intérêts vitaux. Aujourd'hui, la situation s'est inversée : un choc pétrolier mondial peut désormais renforcer les intérêts énergétiques et commerciaux des États-Unis en favorisant une hausse durable des prix des hydrocarbures et l'expansion de leurs exportations.

Crise d'Ormuz et recomposition des rapports de force énergétiques mondiaux

C'est dans ce cadre que nous formulons la thèse suivante : un blocage prolongé du détroit d'Ormuz renforcerait objectivement la position énergétique américaine dans l'économie mondiale. Une raréfaction partielle du pétrole du Golfe sur les marchés internationaux, combinée à une flambée durable des prix, augmenterait mécaniquement l'attractivité des hydrocarbures américains. Les importateurs européens et asiatiques, soucieux de sécuriser leurs approvisionnements, seraient incités à accroître leurs achats auprès des producteurs américains, même à des coûts plus élevés.

Même dans l'hypothèse d'une réouverture du détroit sous contrôle iranien assortie de droits de passage élevés, les effets structurels resteraient potentiellement favorables aux exportateurs américains. L'instauration d'un péage stratégique sur l'une des principales routes énergétiques mondiales contribuerait à maintenir durablement des prix élevés ainsi qu'un climat d'incertitude logistique. Dans un marché mondial extrêmement sensible à la stabilité des flux énergétiques, cette situation pourrait encourager une partie croissante des acheteurs internationaux à réduire leur dépendance au Golfe persique au profit de fournisseurs jugés plus sûrs ou politiquement moins risqués, au premier rang desquels figureraient les États-Unis.

Dès lors, la question du détroit d'Ormuz dépasse largement le cadre régional du conflit entre l'Iran et ses adversaires. Elle touche à une recomposition beaucoup plus profonde des rapports de force énergétiques mondiaux. Le contrôle des routes maritimes, la sécurisation des approvisionnements et la redistribution des marchés du pétrole et du gaz constituent aujourd'hui des enjeux centraux de la compétition géoéconomique internationale. Dans cette nouvelle configuration, les États-Unis apparaissent moins comme une puissance vulnérable aux crises du Golfe que comme un acteur susceptible de transformer l'instabilité énergétique mondiale en levier supplémentaire de consolidation de sa puissance géoéconomique.

En conséquence, le blocus du détroit d'Ormuz comme sa réouverture sous contrôle tarifaire iranien serviraient, dans les deux cas, les intérêts énergétiques des États-Unis.

À cet égard, à en croire les discours officiels, Trump prétend vouloir négocier avec Téhéran et rétablir la libre circulation dans le détroit d'Ormuz. Or, à chaque fois que l'hypothèse d'un accord paraît se rapprocher, il torpille lui-même les négociations par de nouveaux bombardements contre l'Iran, révélant ainsi que la prolongation du conflit et le maintien du blocage du détroit d'Ormuz servent davantage les intérêts géostratégiques et économiques du capital américain qu'une résolution rapide de la crise. Plusieurs médias internationaux ont d'ailleurs relevé le décalage croissant entre les déclarations diplomatiques américaines et la poursuite des opérations militaires contre l'Iran. Symptomatiquement, les États-Unis ont repris leurs frappes contre le sud de l'Iran ce mardi 27 mai au moment même où Washington affirmait poursuivre les négociations avec Téhéran, alimentant ainsi les accusations iraniennes de violation de la trêve.

Hydrocarbures, industrie de l'armement et capitalisme militarisé américain

En dernière analyse, les tensions autour du détroit d'Ormuz n'auront pas uniquement bénéficié aux exportateurs américains d'hydrocarbures. Elles auront également contribué à renforcer l'ensemble de l'appareil militaro-industriel étatsunien. Cette guerre contre l'Iran aura stimulé l'expansion des dépenses militaires, la production d'armements, les contrats sécuritaires et les dépendances stratégiques des alliés régionaux de Washington. Elle aura également favorisé l'expansion spectaculaire du budget militaire américain, appelé à passer de moins de 1 000 milliards de dollars à plus de 1 500 milliards à l'horizon 2027. Cette hausse historique des dépenses de défense traduira moins une simple réponse conjoncturelle aux crises géopolitiques qu'un approfondissement de la militarisation structurelle du capitalisme américain et du poids croissant du complexe militaro-industriel dans l'économie des États-Unis. En outre, du fait de la montée des risques géopolitiques, les monarchies du Golfe intensifieront leurs achats d'équipements militaires, de systèmes antimissiles, de technologies de surveillance et d'armements sophistiqués auprès des industriels américains.

Dans cette configuration, la crise iranienne prolongée aura constitué non seulement un facteur de consolidation de la puissance énergétique des États-Unis, mais également un puissant levier de soutien au complexe militaro-industriel américain.

De ce fait, derrière les discours officiels sur la sécurité régionale et la stabilité internationale, la crise d'Ormuz aura participé plus profondément à une dynamique de militarisation du capitalisme américain, où intérêts énergétiques, expansion militaire et logique d'accumulation économique se seront mutuellement renforcés.

En conclusion

Contrairement aux analyses des « experts » médiatiques occidentaux annonçant une déroute américaine au Moyen-Orient, le capital des États-Unis sortira, comme lors des précédentes guerres menées par Washington, renforcé de ce conflit contre l'Iran. Force est de constater que les deux principaux piliers du capitalisme militarisé américain – les hydrocarbures et l'industrie de l'armement – auront tiré d'importants profits financiers de cette guerre délibérément prolongée.

Trump, en agent zélé du capital américain, aura exécuté avec virtuosité la mission que lui avaient assignée ses maîtres. À ce titre, à défaut du prix Nobel de la paix qu'il convoitait tant, Trump mériterait au moins celui de la rentabilisation impériale des conflits.

Khider MESLOUB

 
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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 08:06

Petit rappel de la note du 27/12/2025

Nous avons souvent souligné que les déficits publics, régulièrement dénoncés étaient aussi porteuses d'un bienfait,  à savoir l'élargissement de débouchés indispensables au bon écoulement des marchandises produites. Nous avons même souligné une réalité devenus massive: partout dans le monde la croissance s'affaisse alors même que les déficits publics ne font que se développer. Des déficits qui vont devenir de véritables béquilles pour les entreprises: comment continuer à produire si les déficits qui nourrissent la demande  devaient disparaitre au nom de l'équilibre budgétaire?

Sans revenir sur les débats théoriques concernant la tendance fondamentale à une surproduction relativement à la demande solvable, nous avons souligné, en reprenant beaucoup d'auteurs que la loi des débouchés de JB Say n'avait rien d'évident et que pendant un siècle et demi les économistes se sont opposés sur la grande question des débouchés en économie capitaliste. Débat aujourd'hui oublié dans les universités.

L'irruption de l'IA dans le vieux débat

La présente note, sans oublier cette grande question des débouchés tente de la reposer en la situant dans la nouvelle révolution industrielle engendrée par l'IA. 

A l'échelle micro économique et à court terme, l'IA est porteuse d'une diminution de l'emploi et et d'une sous consommation qui en est la conséquence. Le remplacement de salariés par des agents IA est porteur d'une augmentation de la productivité du travail et - simultanément -d'une diminution de la masse salariale. De quoi - ici à l'échelle microéconomique-  introduire une offre supplémentaire de marchandises pour un revenu distribué plus faible.

On peut certes s'en tenir à des propose rassurants et considérer que les agents IA ne sont au fond que des technologies assurant - comme toujours - des gains de productivité qui vont entrainer de nouveaux débouchés pour de nouvelles activités lesquelles vont créer de nouveaux emplois. S'en tenir à ce raisonnement c'est rester dans l'univers doctrinal de la loi des débouchés de JB Say.

L'agent IA n'est pas l'équivalent de la machine à vapeur

Pour autant la révolution de l'IA est probablement d'une autre nature puisqu'elle pourrait entrainer une certaine fin du travail.  La  machine à vapeur de naguère  autorisait des gains de productivité et pouvait entrainer - par effet redistributif-  des demandes supplémentaires autorisant de nouveaux emplois. Par contre cette même machine n'engendrait pas automatiquement de nouvelles machines portant la productivité sur une pente asymptotique. Ce n'est pas le cas de l'IA où des effets de boucle se constatent déjà dans le sous secteur des logiciels: l'IA fabrique de L'IA et expulse massivement du travail.

Il existe sans doute des limites résultant de la nature même de l'IA ( jusqu'à maintenant elle ne décide jamais et se contente d'optimise), mais les usines hybrides existent déjà (surveillance, prédiction, coordination) et les usines sans humains peuvent exister dans certaines branches ( microélectronique, logistique robotisée, production chimique ou pharmaceutique continue). le bilan global entre emplois détruits  et emplois créés par l'IA se construit par conséquent dans des conditions assez différentes de ce qui existait par le passé. Très vraisemblablement L'IA élargit la crise fondamentale de sousconsommation/ surproduction qui caractérise le système depuis si longtemps.

Le signal chinois

De ce point de vue il est très intéressant d'examiner de surprenantes prises de décisions dans l'appareil judiciaire chinois. Dans le contexte de ce qu'on appelles déjà une sous consommation chinoise ou une excessive épargne (environ 30% du revenu se trouve épargné), plusieurs tribunaux chinois ont pris la décision de sanctionner des entreprises qui, se livrant à la mise en place d'agents IA, ont licencié une partie de leurs salariés. Curieusement il s'agit de faire payer les externalités négatives engendrées par les entreprises, externalités apparaissant comme nouveaux recul des débouchés sur des marchés déjà encombrées et encombrement qu'on ne peut sans limite reporter sur des flux d'exportations nouvelles. Les partenaires clients de la Chine supportent de moins en moins le dumping ou un Yuan en permanence sous-évalué. Quelles sont les conséquences possibles et prévisibles de telles décisions?

Machine à ralentir l'irruption de l'IA ou machine accélératrice de la nouvelle révolution industrielle?

Les entreprises chinoises condamnées à réintégrer les salariés licenciés n'ont à priori aucun intérêt à généraliser leurs investissements en agents IA. Elles devraient même se trouver handicapées à l'échelle internationale au regard d'entreprises étrangères non soumises à une régulation soucieuse d'éviter les externalités négatives. D'une certaine façon la jurisprudence chinoise qui semblerait se mettre en place réprimerait le progrés technologique....

On peut toutefois prendre conscience d'un scénario inverse. Si effectivement une jurisprudence protectrice du travail salarié se met en place, il devient par conséquent rationnel de passer à la création d'entreprises totalement dépourvues de salariés, ce qu'on appelle la "dark factory". Créer directement de telles entreprises c'est échapper à la potentielle régulation protectrice du salariat passé, celui des anciennes révolutions industrielles.

C'est aussi modifier radicalement les structures productives avec globalement un alourdissement significatif des charges fixes et un allégement des charges variables. Ces dernières ne disparaissent pas complètement mais se trouvent très allégées par la disparition d'une masse salariale intervenant dans les couts unitaires de production. C'est dire que les dark factories fonctionnent à rendement croissant et sont incitées à prendre des parts de marché qui seront financées  par l'affaissement continu des couts unitaires. 

D'une certaine façon si la législation protectrice du travail salarié devait devenir un axe majeur de politique industrielle, elle favoriserait le processus de destruction créatrice et permettrait à la Chine de devenir encore plus compétitive. 

Davantage de questions que de réponses.

Il est très difficile de construire les scénarios à venir. La Chine pourrait-elle inventer ce qui serait le renouveau de la "taxe Sismondi"? Quelle serait les réactions internationales vis à vis d'un choix agressif et délibéré de dark factory? Une telle révolution industrielle en Occident ou dans le reste du monde, en aggravant considérablemenr le potentiel de sous consommation pourrait -elle déboucher sur l'idée d'un revenu universel compensateur? Des questions qui vont bien au delà des légitimes préoccupations du moment: capacité d'arbitrage dans la régulation numériques, souveraineté technologique, dangers de la course aux méga-IPO, dépendance de l'UE au regard de la tech américaine, etc. 

 

 

 

 

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 05:58

Si effectivement ce qu'on appelle économie n'est que de l'énergie transformée on peut s'étonner que les USA restent plongés dans la vieille énergie fossile pour construire la nouvelle économie à base d'intelligence artificielle. Cette dernière très futuriste et très grande utilisatrice d'électricité repose aux USA sur une extraordinaire domination  énergétique, essentiellement celle du passé, en particulier le gaz et le pétrole. 

L'extraordinaire rétablissement/épanouissement du passé

Cette domination reposant plus particulièrement sur le pétrole est, aux Etats- Unis, en reconstruction. Très ancienne, elle avait contribué à construire la puissance de l'industrie américaine (fin dis neuvième  et première partie du vingtième siècle). Elle avait ensuite disparue du sol américain pour tenter de se maintenir- après la seconde guerre mondiale-  par la contrôle du Moyen- Orient. Elle se reconstruit aujourd'hui sur le sol américain, mais davantage encore par utilisation opportuniste de la fracturation d'un monde qui conteste et redéfinit les règles de la mondialisation. De ce point de vue la guerre en Iran est aussi une occasion de reconquête du pouvoir pétrolier. 

La guerre actuelle redéfinit complètement la cadre de la compétition économique à partir du pétrole. La rente pétrolière iranienne est présentement en voie de disparition et l'agressivité de ses dirigeants risque de limiter encore longtemps l'offre mondiale de pétrole: réduction considérable de la production de nombre de pays du golfe et apparition d'un déficit d'offre tournant autour d'une dizaine de millions de B/J.

Mondialement, ni les pays du golfe moins concernés (Arabie saoudite, Emirates) ni le continent africain ni le continent asiatique ne sont capables de compenser le déficit d'offre. Seule la Russie, malgré les sanctions, peut encore soulager les pays d'Asie très handicapés par la raréfaction de l'offre du Moyen- Orient, Approximativement le monde- hors Amérique,  ne peut compenser qu'environ 1,5 millions de B/J.

Par contre le continent américain de trouve davantage capable de bénéficier de la crise iranienne; Alberta, USA, Venésuela, Brésil, Guyana peuvent ajouter environ 2,5 Millions de B/J...dont probablement la moitié pour les seuls USA.  De ce point de vue on pourra mieux comprendre le retour de la doctrine Monroe qui vise , dans la fragmentation du monde à ce que les USA contrôlent leur zone géographique.

Au total c'est environ un peu plus de 6 millions de B/J qui vont manquer, soit environ 6% de la consommation mondiale. Si l'on considère que l'élasticité- prix de la demande n'est pas négligeable ( par exemple la diminution des quantités consommées en France sont  de 15% en Avril) on peut raisonnablement penser que le choc de l'offre au Moyen- Orient est supportable et qu'à terme il est techniquement possible de faire cesser la production en Iran. Ce que la réalité confirme avec les premières fermetures de puits.

En revanche la hausse des prix risque de se pérenniser  en laissant un avantage considérable aux USA.  Puisque désormais  grands exportateurs de pétrole,  ils vont durablement empocher une rente de prix. Devenu de très loin premier producteur mondial de pétrole ( probablement 14 millions de B/J en 2026, soit prés du double de celle de l'Arabie ) et premier producteur mondial de gaz (probablement 25% du total mondial en 2026 pour une population de 4% de celle de la planète) les USA aspirent une bonne partie de la rente planétaire des hydrocarbures. Et une rente qui fuit des mains d'un OPEP en voie de dislocation.

Sans doute cette rente n'est-elle pas encore partagée et se trouve même captée sur les consommateurs américains sous la forme d'un prix à la pompe. Toutefois rien n'empêche l'exécutif fédéral de procéder à une législation d'écrémage de la rente à des fins redistributives. L'exécutif fédéral y travaille déjà et seules les modalités techniques restent à l'étude.

Il est donc inexact de claironner que la crise est porteuse d'un désastre économique mondial. Les USA et en particulier l'ensemble de l'industrie pétrolière directe et indirecte profite très largement de la situation géopolitique. En revanche les autres pays se trouvent victimes avec globalement une chute des gains de productivité et de croissance. Bien évidemment cette réalité est prise en compte sur les marchés financiers,  avec des hausses spectaculaires aux USA. (Nasdaq en hausse de 25% depuis le début de l'année contre par exemple stagnation du CAC40, mais également sur tous les autres marchés ( création d'emplois, résultats bancaires, etc.)

Le couplage avec le futur

Cette puissance retrouvée et assurée par le retour du passé énergétique est mise à disposition pour nourrir sans limité le futur technologique et en particulier l'intelligence artificielle. les nouvelles aciéries, les nouvelles machines à vapeur et les nouvelles industries transformatrices s'appellent aujourd'hui les data centers, usines du 21ième sicle  et usines qui  mobilisent d'énormes quantités d'électricité.

Très nombreuses ( environ 5400 usines de calcul) elles représentent  48% des installations planétaires, autour de L'IA générative, autour du cloud hyperscale, autour du calcul haute performance scientifique et industriel. D'ici 2030 le ravitaillement en électricité pour ce nouvel écosystème devrait doubler, et représenter 8% de la production totale d'énergie électrique des USA , soit aussi la totalité des actuelles capacité électriques de la France. Certaines prévisions estiment que la part de la puissance américaine de calcul dans le monde devrait encore augmenter et représenter plus de la moitié de la puissance installée dans le monde. Celle du seul petit Etat de Virginie rassemble déjà-  non loin du Pentagone- 12% du total mondial. Très loin derière  nous avons la Chine (25% de part de marché?) et l'UE ( 20/25% de part de marché?)

Cet énorme système-  qui n'est pas sans rappeler ce qui s'est produit en Grande- Bretagne lors de la première révolution industrielle au dix-neuvième  siècle - suppose l'accessibilité  d'une électricité bon marché en rapide croissance comme cela fut le cas pour la vapeur actionnant les outils de l'industrie de naguère. Constatation  qui nous  renvoie à la production américaine d'hydrocarbures. Certes il faudra encore considérablement augmente la production de pétrole US, probablement dépasser les 15 et 16 milliards de B/J et donc éliminer les blocages actuels ( remédier au déclin rapide des puits nouveaux, ce qui- selon l'AIE-  est loin d'être simple, débloquer la production des appareils de forage, revoir les outils de gestion et les contraintes environnementales, etc. ). 

Aucun autre pays au monde ne connait l'opportunité d'un tel couplage entre énergie surabondante et peu couteuse et ivresse technologique. De façon plus approfondie il faut savoir que selon certaines prévisions le sous secteur des IA américaines utiliserait la moitié des "workloads" des data centers lesquels mobiliseraient 70 à 80% des infrastructures d'entrainement de modèles (NVIDIA, H100/H200, clusters hyperscale)...) sous secteur qui avalerait une croissance électrique supérieure à 30% l'an....De quoi encore "forer" davantage...pour ne pas être prisonnier des énergies intermittentes....

De la même façon que la Grande Bretagne travaillait au monde du futur en assurant la première révolution industrielle et en devenant -à partir de 1850-  la première usine du monde, on peut se poser la question pour les USA qui assurerait aujourd'hui une forme radicalement nouvelle de révolution industrielle. 

Divaguons pour conclure...

Une telle hypothèse supposerait que soit éclairci les multiples et sans doute gigantesques inconnues de le généralisation des outils numériques. les premières d'entre elles  étant l'hypothèse difficilement compréhensible de la fin du travail, et plus encore du dépassement de l'intelligence humaine par l'intelligence artificielle. S'il était prouvé que l'intelligence n'est qu'un état du réel, donc de sa complexité, l'intelligence humaine ne serait qu'une simple étape dépassable par des intelligences supérieures...De quo rassurer les USA qui ne produisent plus d'ingénieurs et sont dépassés par les scientifiques du reste du monde et en particulier d'Asie. De quoi par conséquent ne pas s'inquiéter des études ( rapport ASPI Critical Technology Tracker) qui établissent que la Chine est désormais en tête dans 69 des 74 technologies. Déclin américain à priori programmé et proclamé, ou émergence d'un tout autre monde?

Jean Claude Werrebrouck - 12 Mai 2026.

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29 avril 2026 3 29 /04 /avril /2026 08:47

Le blocus des ports iraniens par l'armée américaine fonctionne comme étranglement de la rente pétrolière iranienne. Cet étranglement est maintenant bien visible et les moyens utilisés par les gardiens de la révolution pour le contourner sont de moins en moins utilisables; Ainsi cette dernière semaine d'Avril voit le flux des exportations se ramener autour de 0,5 millions de B/J contre encore Plus de 2 millions de B/J au début du mois. Cela se traduit - à terme- par une lourde chute des revenus ( environ 150 millions de dollars quotidiens). Si donc la rente distribuée par les gardiens de la Révolution diminue dans les mêmes proportions, il est clair qu'il y a là une force destructrice de ce qui soude le groupe des criminels prédateurs marionnettistes et ses dépendants.

Des marionnettistes en difficulté vis-à-vis de leurs marionnettes

En particulier il sera de plus en plus difficile pour des marionnettistes moins nombreux de maintenir en ordre de bataille les centaines de milliers de "basij" et leurs familles si les rémunérations en provenance de la rente pétrolière s'effondrent alors même que le cours du Rial s'est effondré de 3134% depuis avril 2025. Clairement plus aucun bien importé n'est accessible pour les "basij" et leurs familles. Sans évidemment compter les millions de chômeurs iraniens apparus avec la destruction de l'appareil productif.

De la même façon il devient impossible pour les forces de projection régionales et les 4 armées parallèles de continuer à être entretenues par ce qu'on appelle le noyau dur des marionnettistes.

Mais des criminels prédateurs qui développent des externalités radicales...

Plus grave encore les gardiens de la Révolution verront de plus en plus s'opposes des régimes adverses (Arabie saoudite, Emirates, Qatar), mais aussi Irak et Kowait qui sont les deux pays les plus touchés par la guerre en termes d'affaissement des exportations pétrolières. (Plus de 50% pour chacun de ces deux pays). C'est qu'en effet très concrètement c'est le blocus iranien qui interdit les exportations de ces pays alors même que leurs tankers  sont protégés par la marine américaine. Et l'argument des marionnettistes  est bien de type rente pétrolière puisqu'il faut empêcher les pays du golfe de compenser l'effondrement des exportations iraniennes, voire- pour ces pays- de profiter d'une forte élasticité de substitution eu égard aux sanctions déjà lourdement imposées au régime.

D'une certaine façon tout sera fait pour contourner le blocage iranien. Sans véritable solution, le double étranglement de rente pétrolière vient déjà étrangler très fortement l'Asie ou l'Afrique et beaucoup moins l'Europe. Durablement les quelques 10 millions de b/J qui manquent ne seront que moyennement compensables par les autres producteurs du monde qui souhaiteraient bénéficier d'une rente pétrolière plus importante.

Les amis ne sont pas que des amis...

Bien sûr la demande est là et nombre de pays producteurs aimeraient profiter de la pénurie d'offre -de fait imposée par un Iran plongé dans sa lutte pour le maintien de sa propre rente pétrolière.-  pour produire davantage en complète autonomie. D'où des forces centrifuges - généralement oubliées- au niveau géopolitique, par exemple la difficulté d'un sud Global, d'un groupe de Shangaï ou des Bricks, voire une possible dislocation de l'OPEP.

De ce point de vue le départ des Emirates est emblématique de cette possible dislocation, le pays voulant sortit de la contrainte des quotas de l'OPER en raison de ses capacités productrices en forte hausse et de l'indépendance que lui procure un oléoduc vers Fujairah. Les Emirates, sans le dire, pensent ainsi pouvoir récupérer une partie de la rente pétrolière perdue par l'Iran. D'une certaine façon il en est de même pour la Russie qui elle aussi souhaite compenser la rente qu'elle a perdue (avec les sanctions) en captant celle que l'Iran est entrain de perdre. De façon plus générale il en est de même  pour ce qu'on appelle encore les "majors" (les grandes entreprises pétrolières) qui cherchent déjà à s'éloigner du Moyen-Orient pour davantage s'investir dans des lieux plus sécurisés ( Afrique et surtout Amérique latine , voire Amérique du nord)

Bataille autour d'une rente gonflée et déformée 

Nous sommes ainsi dans un contexte où une multitude d'acteurs sont tentés de  s'éloigner de l'Iran. Un Etat qui est hélas occupé par un groupe de criminels prédateurs ne cherchant qu'à maintenir une rente pétrolière, rente qui est  de fait quasi privatisée. le plus curieux est que cette rente privatisée - et donc volée- est maintenue en la tuant... par imposition d'un blocus à des concurrents qui deviennent des ennemis. Les criminels prédateurs prennent  ainsi une chemin potentiellement  suicidaire. . 

Le plus curieux est aussi que ces événements- que l'on taxe de "géopolitiques"-  sont une reconfiguration et une déformation de la rente pétrolière planétaire. La crise géopolitique a fait gonfler la rente par le biais  d'un effet prix plus important que l'effet quantité associé: globalement la hausse des prix est de l'ordre de 50% tandis que la baisse de la quantité disponible est inférieure à 20%.

Mais la crise la redistribue: les criminels prédateurs iraniens  et les Etats emportés dans le naufrage direct et indirect ( Pays du golfe, Asie, Afrique, Europe) sont les perdants. A l'inverse les  pays producteurs en dehors du Moyen-Orient et bien sûr plus particulièrement  les Etats Unis - de très loin la première puissance pétrolière et gazière du monde- sont les gagnants. A ces gagnants il faut naturellement ajouter les "majors" et autre entreprises liées à l'industrie pétrolière sans oublier l'armée des échangistes et des spéculateurs. 

Bien évidemment le plus grand des gagnants est bien sûr les USA  avec une rente globale (pétrolière + gazière) peu inférieure à celle de la totalité de la rente du Moyen-Orient. En particulier la croissance de l'exportation de gaz devient explosive...avec des prix internes négatifs qui attendent des constructions accélérées d'oléoducs... pour livrer une UE engagée à acheter 750 milliards de GNL au cours des 3 prochaines années.... Un gain auquel il faut ajouter les effets sur des structures productives qui peuvent retarder le déclin américain.

Jean Claude Werrebrouck - 29 Avril 2026

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19 avril 2026 7 19 /04 /avril /2026 06:59

Il semble difficile de dépasser les analyses classiques permettant de déceler la nature profonde de ce qu’on appelle le pouvoir Iranien. Même en reprenant la grille caractérisant les grands stades de ce qu’on appelle l’Etat : stade patrimonial, stade institutionnel, stade relationnel, nous rencontrons des difficultés pour caractériser le pouvoir iranien. Manifestement l’Iran ne dispose pas d’un Etat qui se dissout dans le marché comme c’est encore plus ou moins la situation des Etats de l’UE. Une  situation qui caractérise le stade relationnel avec un politique qui se soumet aux forces du marché. Tout aussi manifestement l’Iran n’est pas dans le stade institutionnel qui marque le partage du pouvoir entre un nombre de plus en plus grand d’acteurs sous le couvert de la recherche d’un bien commun ou d’un intérêt général. Et tout aussi manifestement l’Iran n’est pas dans le classique stade patrimonial avec le pouvoir d’un seul vis-à-vis de la multitude.

Une dictature pas comme les autres

Le pouvoir iranien ne relève pas non plus de la capture classique avec un groupe qui occupe toutes les fonctions communes d’un Etat. Ainsi il est difficile de dire qu’il s’agit d’une dictature militaire comme il en existe partout dans le monde. Et il ne s’agit pas non plus d’une dictature militaire renforcée par l’appropriation de l’outil productif et en particulier les industries de la défense. De ce point de vue les situations des pouvoirs voisins égyptiens et pakistanais sont très différentes. D’une manière générale les dictatures sont des lieux où les despotes occupent les places réservées aux institutions classiques du pouvoir : maitrise des institutions politiques, économiques, culturelles, etc. Globalement Ils occupent sans partage ces institutions et sont sur le devant de la scène. Tel n’est pas le cas du pouvoir iranien. En Iran les gardiens de la révolution n’occupent pas centralement les places classiques  et constituent un centre holistique en dehors des normes classiques. D’une certaine façon ils restent dans les coulisses du pouvoir. Ainsi le politique est-il une structure séparée et à priori indépendante, l’armée est une institution indépendante et les généraux semblent éloignés des usines d’armement. La religion semble envelopper l’ensemble… mais semble aussi utilisée comme simple porte-voix. Les gardiens de la Révolution sont-ils obéissants ou bien est-ce le religieux sui décide ? les événements de ces dernières semaines, avec un guide suprême dont on ne sait s’il existe réellement, ne semblent guère aiguiser la réflexion chez les commentateurs.

Une dictature qui ne risque pas de coup d’Etat....

Curieusement, nous avons un pouvoir qui n’est pas officiellement dans les arcanes du pouvoir, qui en reste officiellement séparé mais qui pilote et surveille l’ensemble de la société. Ainsi l’armée n’est pas dans les mains des gardiens de la révolution lesquels sont eux-mêmes constitués en armée avec des moyens supérieurs à ceux du ministère des armées. Ainsi le « Khatam al-Anbiya » est une structure séparée  d’un gouvernement et d’un président de la république mais dispose de pouvoirs autrement plus importants, en particulier sur le plan économique et budgétaire. Globalement et traditionnellement  Un Etat quelle que soit son mode d’existence (patrimonial, institutionnel, relationnel, voire composite) est le porteur des grandes décisions. Dans le cas de l’Iran ce n’est pas l’Etat qui agit mais une structure indépendante qui est le CGRI. Curieusement l’Iran est ainsi un pays dont le pouvoir ne peut être victime d’un coup d’Etat.

Des marionnettes  dépourvues de  marionnettistes ?

Précisons ce dernier point. Anthropologiquement le phénomène étatique est une privatisation de ce qui est le commun d’une société. D’où l’idée de capture par le marché dans le stade relationnel, de capture partagée dans le stade institutionnel, et de monopolisation dans le stade purement patrimonial.  Alors que l’idée de capture   constitue l’axiome fondamental de compréhension de la notion d’Etat, ce dernier prend une tournure très spécifique en Iran. Traditionnellement en régime dictatorial courant (celui du stade patrimonial par exemple) le théâtre politique est fait de décideurs - des marionnettistes - qui se confondent avec les marionnettes qui, sur le devant de la scène, occupent le pouvoir. Tel n’est pas le cas de l’Iran patrimonial où les marionnettistes restent éloignées des marionnettes. Par exemple les milliers de marionnettistes du « Khatam al- Elbyian » – véritables propriétaires des immenses actifs du pays- sont éloignés des marionnettes politiques, militaires, voire religieuses qui s’agitent sur le théâtre iranien. C’est ce qui explique que dans la guerre avec Israel et les USA, les frappes militaires contre les acteurs apparents du pouvoir ne pouvaient en aucune façon aboutir à une changement de régime. Les marionnettes sont remplaçables à l’infini. Alors que dans une dictature classique une guerre ou un coup d’Etat peut changer les choses, il n’en va pas de même en Iran.  Israël n’en a pas fini de décapiter les têtes du régime et nous n’en avons pas fini d’éradiquer le projet nucléaire iranien. Ce qu’il faut atteindre - pour les ennemis de l’Iran- est la fin du holisme du groupe des marionnettistes. Réalité elle-même complexifiée par l'effectif considérable du groupe ( Plusieurs centaines de milliers d'acteurs?) et la possibilité de passer dans le groupe des marionnettes comme le montre l'expérience d'un Ali Larijani ou d'un Mohammed Bagher Ghalibaf. 

Sans revenir sur l’histoire de sa constitution qui doit beaucoup à la guerre (1980/1988 contre l’Irak), il s’agit à l’intérieur de la structure du CGRI de développer les forces centrifuges et de rogner les forces centripètes. Et de la même façon qu’on ne détruit pas le holisme d’une goutte d’eau avec un bâton afin d’en séparer l’oxygène de l’hydrogène associé, on ne détruira pas le CGRI avec un bâton militaire. Sans qu’il soit possible den dessiner clairement la représentation, il semble évident que la force centripète la plus importante est celle d’une économie complètement phagocytée par les membres du CGRI avec redistributions opaques de rentes  vers nombre de familles rassemblées de près ou de loin dans les holdings des conglomérats industriels, les « Basij » (forces paramilitaires de masse) et autres «Force al-Qods » (forces d’opérations extérieures). Bien évidemment l’outil de production économique n’est guère efficient malgré la grande qualité de la main d’œuvre, mais une inefficience  plus ou moins contenue et effacée par une rente pétrolière considérable (40% des recettes de l’Etat) rente qui se cache aussi par des prélèvements opérés directement par les « actionnaires » dont bien sûr la nébuleuse « Khatam al-Elbyia ». la rente pétrolière est le ciment ultime du groupe et donc la force centripète la plus importante. De ce point de vue le blocus est sans doute un outil essentiel mais un outil dont les effets pervers sur  l'économie mondiale sont considérables. 

Jean Claude Werrebrouck- 17 Avril 2026.

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12 avril 2026 7 12 /04 /avril /2026 06:10

Dans une lettre adressée au Commissariat européen  une certain nombre de pays invitent Bruxelles à opérer un prélèvement sur les superprofits pétroliers. Le contexte de la guerre a bien évidemment permis l’émergence de rentes sou la forme de prix à la distribution calculés non pas à partir du cout de la matière première acquise avant le début des hostilités mais à partir du cours immédiatement ascendant qui se constituait dès le premier jour de la guerre. Bien évidemment cette rente qui émerge dans la distribution avec le conflit devait logiquement s’affaisser avec un réel cout de la matière première en rapide ascension : les produits à l’importation voient leurs prix en ascension rapide et de plus en plus ce qui est distribué devient couteux. Il reste toutefois que les premiers jours de la guerre constituent une poule aux œufs d’or et il est logique que les Etats s’inquiètent d’une telle situation qui fait des utilisateurs et consommateurs finaux des victimes.

Très curieusement des études ont déjà été menées sur le sujet et déjà Gabriel Zucman et son équipe au sein de l’Observatoire International de la Fiscalité semblent montrer que les superprofits s’échappent vers les paradis fiscaux. Plus particulièrement les entreprises utilisent encore bien davantage les paradis fiscaux en cas de hausse rapide des cours. D’où la conclusion pessimiste d’une difficulté administrative à capter la rente pétrolière résultant de la guerre et la proposition de fonder une taxation sur les profits mondiaux des entreprises. Une conclusion qui bien évidemment peut être appuyée sur le développement fantastique, à Genève,  d'entreprises de trading et de leurs établissements associée, soit près de 900 entreprises regroupant plus de 10000 emplois spécialisés y compris et surtout dans le domaine du droit fiscal. 

On peut s’étonner de conclusions finalement sans réelle portée en raison de la situation géopolitique. Pourtant l’écrémage de la rente peut s’opérer simplement à partir des statistiques d’importations des divers produits. On en connait les prix et on en connait les quantités. On connait aussi les identités des quelques importateurs finalement fort peu nombreux : grandes compagnies, et grands distributeurs, soit au total moins de 25 entreprises engagées sur la grande place du théâtre pétrolier. Il semble évident qu’à partir de telles données l’écrémage de la rente devient aisée. Il suffit d’imposer une déclaration des importations (dates et quantités des divers produits) et de relever les prix au niveau de la distribution. Mécaniquement la hausse des prix non assise sur des hausses de couts devient superprofit lequel peut être immédiatement écrémé- partiellement ou totalement- par la puissance publique.

 Et il est bien évident qu’une telle politique ne développerait guère d’effets pervers significatifs. On voit mal en effet les flux importés diminuer sous l’effet du mur fiscal. En période de paix la fiscalité française déjà non alignée sur  la fiscalité internationale reste ce qu’elle est. Et en période de déclenchement de la guerre, les entreprises ont le choix, soit celui d’engendrer une rente par hausse des prix … rente finalement captée par l’Etat, soit maintenir les prix antérieurs et ne pas être victime de la taxation. Pas d’effet pervers et au contraire maintien de la stabilité…bien évidemment pour un temps limité puisque la matière première importée deviendra rapidement plus couteuse avec la crise.  Il est donc toit à fait possible de taxer une rente pétrolière brutalement engendrée sous l’effet d’une guerre. Au-delà le schéma proposé peut aussi s’envisager pour nombre de matières premières victimes d’un effet de rente.

Jean Claude werrebrouck – 10 avril 2026.

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 07:11

Il est difficile de connaître les statistiques précises de la balance énergétique américaine. Il est néanmoins possible de produire des estimations à partir de quelques grands produits énergétiques qui connaissent les hausses de prix provoquées par la guerre en Iran. Si l’on s’en tient au pétrole brut, aux condensats et au gaz, les exportations 2025 sont estimées à une recette de 300 MDS. Les importations pour ces mêmes produits atteignent 235 MDS. Cela signifie donc une balance énergétique excédentaire pour un montant de 65 MDS, soit par conséquent un surplus mensuel moyen d’un peu plus de 5 MDS.

Une balance énergétique porteuse de rente.

Si l’on considère que, depuis le 28 février dernier, les prix moyens mondiaux se sont accrus d’au moins 50%, cela signifie que, potentiellement, l’excédent mensuel moyen passe à au moins 8 MDS  : Un supplément de revenu pour les acteurs de l’exportation dont bien sûr les grandes compagnies pétrolières, mais aussi une baisse de revenu disponible pour l’ensemble des utilisateurs et consommateurs. Toutefois cette baisse des revenus est réellement beaucoup plus considérable car, si elle  est partiellement issue des produits énergétiques importés, elle est surtout issue des produits énergétiques nationaux.

Une guerre qui développe une redistribution du revenu national américain

Ce qu’il faut surtout comprendre est que la présente révolution des prix de l’énergie est un accaparement de  rente produite par les producteurs, les distributeurs -voire les « purs players"  et les propriétaires fonciers -,  rente payée par des utilisateurs et consommateurs. Avant la révolution des prix les dépenses intérieures totales des USA se montaient à environ 1000 MDS pour les produits pétroliers, 200 MDS pour le Gaz et 40 MDS pour les condensats. Soit un total de 1240 MDS (simple estimation car il n’existe pas de statistiques officielles de la dépense intérieure totale pour ces 3 catégories de produits). Si l’on greffe sur cette estimation la balance énergétique - qui elle-même relève d’une estimation- on aboutit à ce que les producteurs et distributeurs internes au territoire américain,  prélèvent et vont prélever une rente de 470 MDS sur les utilisateurs et consommateurs (calcul mené sur une hausse de 50% de prix qui, de fait, sont un cadeau de la guerre en Iran, soit 940 MDS de dépenses internes sur lesquels on ajoute 50% de hausse des prix résultants de la guerre). Ces 470 MDS représentent une redistribution du revenu national américain directement imputable à la guerre. Comparé au revenu national américain (25700 MDS) il s’agit d’une redistribution non négligeable dont la réalité est directement causée par la guerre. Cette rente est lourdement payée par les consommateurs. Avec un effet prix à la pompe américaine plus lourd qu’en Europe en raison de la faiblesse des taxes américaines comparée à la lourdeur des taxes européennes. D’où présentement un prix à la pompe aux USA qui augmente de plus de 30% (15 à 20% en France) alors même que les USA sont très largement excédentaires en hydrocarbures.

Rente spéculative et rente de rareté ou le nouveau miracle américain ?

A ce niveau, il faut bien comprendre que cette rente américaine est de nature complétement financière et ne correspond nullement à une rente de rareté, c’est – à- dire une offre devenue subitement insuffisante. Ce qui n’est pas le cas des pays européens et de la plupart des pays d’Asie. Certes, durant les premiers jours de la guerre, ces pays furent victimes d’une rente financière puisque les produits vendus correspondaient à des stocks de brut acquis antérieurement à la guerre. On sait par exemple que pour la plupart des groupes il existe un délai de 2 mois entre le moment de l’achat du brut au gisement et le raffinage. C’est du reste dans cet intervalle que peut se jouer beaucoup d’opérations de trading avec les gigantesques opérations sur papiers (« barils papier ») en particulier les prises d’option en « call » et « put », opérations menées directement par les filiales des grands groupes ( Total Oïl Trading SA pour Total) ou des « purs players » ( Vitol, Gunvor, Trafigura, etc.). En revanche la réduction considérable de la production de brut au Moyen-Orient (probablement 12 millions de B/j) crée désormais une rente de rareté, donc des conditions difficiles complètement inconnues aux USA. Une rente de rareté qui fût la matière première de la construction de l’immense rente spéculative et des rumeurs qui vont l’animer autour de fabuleux achats et négoces papiers dans les premières heures de la guerre. Si les rentes de papiers peuvent se poursuivre, en revanche la rareté devient de plus en plus sévère avec la réduction durable de l’offre physique.

Cette situation correspond à un avantage considérable pour les USA si ces derniers arrivent à s’extirper d’au moins une partie de la gangue financière qui entoure les hydrocarbures. De fait le gouvernement américain peut théoriquement rétablir l’ordre en écrémant la rente et en la redistribuant aux utilisateurs. Il peut en effet taxer la production interne qu’elle soit d’usage intérieur ou exportée et il n’existe pas de risque de réaction d’évitement ou de contournement de la part des producteurs. Il peut même procéder à un blocage de prix assorti de quotas d’exportation. Privilège que ne possède pas les pays non producteurs dont les offreurs peuvent choisir de bénéficier de la rente de rareté en d’autres cieux.  Par exemple, s’il est interdit à Total Energie de bénéficier de sa rente de rareté en France il distribuera ses produits finis en d’autres lieux.

L’exécutif américain dispose donc d’un avantage considérable. Il peut écrémer la totalité de la rente et la redistribuer intégralement aux utilisateurs privés, par exemple en permettant un retour complet du prix à la pompe d’avant la guerre. Au-delà une telle redistribution qui, bien évidemment, n’est pas dans la culture américaine laisse un reste, à savoir la partie de la rente écrémée sur les exportations nettes d’hydrocarbures, soit potentiellement la somme de 150 MDS pour l’année 2026 ( 300 MDS exporté devenus 450 du fait de la hausse des prix et sur lesquels un prélèvement de 150 MDS est opéré par le Trésor au titre de l’écrémage de la rente). Cette somme doit être toutefois diminuée de la rente payée à l’importation et que le Trésor US devrait en principe prendre en charge dans le cadre du subventionnement propre au retour du prix antérieur du gallon à la pompe, soit environ 117 MDS. D’où un gain net de 33 MDS

Miracle américain : Une guerre qui fabrique de la rente pour reconstruire le pays ?

Certes 33 MDS ne correspond qu’à moins de 4% du budget militaire américain, mais le tout doit être resitué dans un contexte mondial où les grandes zones industrielles sont étranglées dans l’étau de la rente de rareté ( UE et continent asiatique). De quoi retarder le déclassement américain si souvent évoqué.

Le schéma proposé risque bien sûr de ne pas se réaliser tant il est vrai qu’il mettrait en cause les idéologies américaines qui, aujourd’hui, se caractérisent par un néo- réactionnisme complexe fait de libertarisme, de la tech mélangé à du conservatisme religieux (Yarvin, Thiel, etc.) …le tout aboutissant  au  retour des « barons voleurs » de la première révolution industrielle américaine ( Carnegie, Rockefeller, Morgan, etc.). Resterait alors à comparer le coût d’un « rétablissement » de l’Etat de droit américain à celui du maintien d’une nation à hégémonie planétaire…Très difficile de répondre.

Jean Claude Werrebrouck- 4 avril 2026.

 

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1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 12:17

Ce sont finalement les marchés à court terme qui vont largement décider des modalités de l’aventure militaire américaine. Outre la baisse des cours sur les titres financiers et la hausse des taux sur les obligations de la dette publique,  ce sont  surtout les prix à la pompe qui orientent les décisions de l’exécutif.

Nous avons à ce titre déjà signalé l’étrangeté d’une situation où un pays très largement excédentaire en énergie fossile se trouve dans une situation comparable à celles de nombreux pays qui eux sont très déficitaires en matière pétrolière. Les arguments présentés pour expliquer cette anomalie sont partiellement convaincants.

Ils consistent à introduire l’inadaptation de l’outil de raffinage américain conçu pour traiter des huiles lourdes alors que le pétrole US est plus léger. Il en résulterait que le brut léger américain se commercialise à l’échelle mondiale et qu’il est nécessaire d’importer des huiles lourdes pour les raffineries américaines. Il est difficile d’expliquer cette inadaptation technique sans connaitre le détail des réalités économiques : cout de transformation de l’outil de raffinage  trop élevé au regard des couts de transport d’un brut lointain ? cout international d’un brut plus lourd plus avantageux que celui d’un brut plus léger ? Il est très difficile de répondre à ves questions. Quoi qu’il en soit, et plus simplement, les USA ont exporté en 2025 4 millions de barils/jour et ont importé 2,3 millions de barils/jour. Les acteurs qui aujourd’hui continuent d’exporter bénéficient naturellement des nouveaux prix du pétrole, soit par conséquent une rente approximative de 40 dollars de baril et donc en perspective une rente totale à l’exportation de 160 millions de dollars au quotidien soit annuellement environ 60 milliards de dollars. Réciproquement une même évaluation prospective nous fait constater que le brut importé pour les raffineries américaines est handicapé par une rente négative de 4O dollars le baril, ce qui représente un handicap annuel d’environ 32 milliards de dollars payable par les automobilistes américains. Ces chiffres ne sont qu’une estimation mais sont très vraisemblables et ne tiennent pas compte des échanges de gaz dans lesquels les USA sont très largement des exportateurs net.

Si le président des USA était conscient d’une telle réalité et si surtout il devenait réellement interventionniste sur les marchés il adopterait une législation écrémeuse de la rente : fiscalité sur les exportations de pétrole et subventionnement des produits finis sortant des raffineries américaines. Le solde positif potentiel (différence entre la taxation d’écrémage et le subventionnement, soit environ 28 milliards de dollars) permettrait de payer une petite partie du cout de la guerre contre le régime iranien.

Bien évidemment une telle solution supposerait la prise de conscience que les marchés peuvent faire l’objet d’une surveillance, que l’on ait conscience qu’il existe des profiteurs des réalités géopolitiques, et surtout que ces mêmes réalités géopolitiques puissent être abordées avec un minimum de bagage culturel.  L’avenir sérieux des USA n’est pas décidable dans le prix du gallon mais dans le bon décryptage des stratégies des empires nouveaux ou anciens. Des problématiques très éloignées du niveau de conscience de l’exécutif américain.

Jean-Claude Werrebrouck- 1er Avril 2025.

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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 08:15

Nous n’avons pas fini de parler d’un prix du pétrole qui handicaperait sérieusement les promesses d’un Donald Trump. On peut pourtant s’étonner d’un tel problème dans le cas d’un pays qui est devenu la station-service de la planète (plus de 20% de la production planétaire de pétrole s’opère en territoire strictement étatsuniens). Les lignes suivantes tentent d’apporter une explication en insistant sur la transformation de l’écosystème pétrolier mondial. Un écosystème qui aujourd’hui rend impossible la volonté du président américain de maintenir les prix à la pompe.

Pendant près d’un siècle les prix du pétrole sont restés parfaitement stables alors même que le monde connaissant parfois des crises de très grande intensité. Par exemple, durant la crise  de Cuba, laquelle pouvait directement déboucher sur un cataclysme nucléaire,  le prix mondial du pétrole est resté complètement stable autour de 1,5 dollars/baril.

Nature de l’écosystème pétrolier depuis 1859 jusqu’au début des années 1970.

Dès sa naissance le système pétrolier fut très largement de nature monopoliste. La raison essentielle reposait sur la nature des couts de production : beaucoup de charges fixes (recherche, forage, etc.) et cout marginal nul (la production d’une quantité supplémentaire ne repose que  sur une « pression sur un robinet »). Un tel contexte de rendements continuellement croissants -que l’on retrouve aujourd’hui dans les nouvelles technologies et ses présentes tendances monopolistes- entrainait une concurrence catastrophique ( l’offre devient naturellement excédentaire et les prix s’effondrent jusqu’à ne plus couvrir les charges fixes). D’où le regroupement et l’apparition dès la fin du 19Ième siècle d’un oligopole coordonné devenant au vingtième siècle le règne des « 7 sœurs » dans lequel on comptera la Compagnie Française des Pétroles (TOTAL) et Elf-Aquitaine. La coordination fût telle que le prix du pétrole devenait mondial, un prix affiché dans le golfe du Mexique (« Bâton rouge » et « corpus christi »). En chaque point du monde le « prix de marché » était ainsi le prix affiché aux USA auquel était ajouté le cout du fret depuis le golfe du Mexique jusqu’aux lieux de consommation. Bien évidemment cela donnait lieu à des phénomènes de rentes dont l’une des plus célèbre fût celle des « frets fantômes » ( un pétrole produit et consommé au Moyen-Orient était payé au prix américain auquel on ajoutait un fret qui n’existait pas….).

Au-delà, L’oligopole coordonné était aussi naturellement composé d’entreprises complètement verticalement intégrées depuis la recherche jusqu’à la distribution en passant par la production, le raffinage, et le transport.

Un tel dispositif de collaboration externe et de verticalité interne na laissait que très peu de place à un réel marché. Curieusement, ce dispositif devait même se renforcer avec la naissance de l’OPEP (1960) que l’on pouvait considérer au cours de ses premières années d’existence comme un nouvel oligopole coordonné – les pays producteurs et propriétaires des gisements – et oligopole « absorbé » dans celui des 7 sœurs. De ce point de vue, ce que l’on a appelé la révolution pétrolière du début des années 70 ne fut qu’une redéfinition du partage de la rente pétrolière avec accaparement de la rente marginale sur les autres formes d’énergie primaires et transformées . En ce début des années 70, avec un prix qui passe d’environ 2  à 11,65 dollars le baril au premier janvier 1974,  Les pays de l’OPEP deviennent réellement riches, les 7 sœurs maintiennent leur aisance et seuls les consommateurs paieront la rente marginale jusqu’alors laissées en jachère sous la forme d’un prix bas de l’énergie… mais aussi prix restés artificiellement bas en raison de l’absence d’un réel marché de l’énergie. Tout cela va changer radicalement à la fin du siècle dernier.

Nature de l’écosystème pétrolier aujourd’hui.

Le monde pétrolier s’est complètement transformé avec pour réalité finale l’apparition  de prix de marché difficilement contrôlables. Une réalité si complexe qu’aucun décideur politique n’osera s’y attaquer.

Tout d’abord le nombre et la qualité des acteurs de l’écosystème s’est considérablement transformé. De nouveaux pays producteurs sont apparus, mais surtout le nombre des acteurs  s’est considérablement accru. On est ainsi passé d’une bonne dizaine d’entreprises à plus de 400 aujourd’hui. Les «7 sœurs » - évidemment sous formes transformées – subsistent et restent des acteurs majeurs, mais elles baignent dans un environnement concurrentiel intense. La collaboration externe entre grands du pétrole devient d’autant plus impossible que la verticalité s’est au moins partiellement effondrée. Ainsi on trouvera désormais souvent des entreprises spécialisées : celles de l’extraction ne seront plus nécessairement les mêmes que celles que l’on trouvera dans le raffinage, le transport ou la distribution. L’ensemble jadis monopoliste devient émietté et va laisser le passage à la formation de prix de marché. A chaque niveau de la chaine peut maintenant s’opérer des choix. Ainsi un raffineur peut désormais construire une stratégie de marge à partir de bruts différents et de possibilités diverses de ventes de produits finis. Et si les prix peuvent varier alors nécessairement la spéculation va s’immiscer avec l’apparition de marchés à termes, de stratégies de couverture…etc. le tout dans un environnement où les prix des autres énergies deviendront des paramètres dont il faut évidemment tenir compte. Le trading devient ainsi une activité fondamentale dessinant et redessinant en permanence- au travers d’indices complexes peu compréhensibles pour les décideurs politiques-  l’écosystème.

Des prix élevés dans une offre surabondante ?

De tout ceci il résulte que si le système pétrolier américain est particulièrement sécurisé en raison d’une offre surabondante, il n’en demeure pas moins que le prix américain du brut peut s’envoler en cas de crise géopolitique. C’est ce qui se produit actuellement même s’il reste encore une différence importante entre le prix du baril américain et le prix des barils du reste du monde (entre 15 et 20 dollars « entre le « West Texas Intermediate » et le « Broon Rannoch Etive Ness et Tarbert »). Cette différence qui - au-delà des qualités techniques de chaque brut (degré API) - reste le signe de la sécurité du pétrole américain est devenue fragile. Elle peut logiquement s’effacer dans la mesure où le pétrole américain est devenu une marchandise faisant l’objet d’un réel marché compétitif, ce qui n’était pas le cas lors de la crise de Cuba au siècle dernier. Un producteur américain peut ainsi vendre librement à l’étranger, raffiner là où les marges sont plus élevées, jouer pleinement sur les prix de gros, etc. Il est donc normal que les prix américains augmentent alors que l’abondance interne règne. On peut même s’étonner, au vu de la puissance de l’actuelle crise géopolitique, que la différence aujourd’hui constatée ne soit pas plus faible.

Le président Trump peut ainsi s’inquiéter de l’élévation des prix à la pompe et de leurs effets électoraux. Et une inquiétude d’autant plus grande qu’il ne peut, compte tenu d'un contexte géologique américain, revenir sur les règles classiques du marché. Tout au plus il peut accroitre la libération de réserves stratégiques, ou mettre en place des taxes sur les exportations voire plus difficilement encore imaginer un embargo. De fait les producteurs américains bénéficient d’une rente nouvelle liée à la guerre et il est technologiquement très difficile d’imaginer un écrémage de la rente (taxation des « windfall profits ») en maintenant par voie d’autorité le prix à la pompe sur le sol américains.

Les USA sont de très loin la première puissance pétrolière, mais le nouvel écosystème pétrolier ne peut plus protéger le consommateur comme le faisait l’ancien. De ce point de vue la crise iranienne d’aujourd’hui est plus grave que la très ancienne  crise de Cuba.

Jean Claude Werrebrouck – 23 mars 2026.

 

 

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14 mars 2026 6 14 /03 /mars /2026 16:59

L’idée selon laquelle l’épargne serait mal orientée, voire gaspillée reste à la mode. Avec une idée nouvelle autour d’une accélération industrielle qui - imposée par la Chine ou les USA- exigerait une transformation radicale de l’affectation de l’épargne européenne et tout particulièrement celle de la France.

Mettre fin au gaspillage de l’épargne ?

 Sans détailler, on sait par exemple que 33% de l’épargne des ménages français se trouvent sur de simples dépôts bancaires qui vont se transformer partiellement en consommation (23 à 24% qui deviennent en particulier du crédit à la consommation). Par ailleurs, 34% de cette même épargne devient de l’assurance vie laquelle se transforme pour plus de la moitié (70%) en dette publique par le canal des compagnies d’assurances. On sait aussi que cette  dette publique ne finance même plus l’Etat régalien -voire l’investissement public- et ce au profit de simples dépenses sociales. D’où l’idée qu’effectivement l’épargne est probablement mal allouée et qu’il faudrait la réorienter vers l’investissement productif en particulier industriel.

Bien sûr, on pourrait envisager une solution européenne par le biais d’un endettement mutualisé qui ne ferait qu’alourdir le coût de fonctionnement de l’UE et qui est donc rejeté par certains pays dont bien sûr l’Allemagne. La solution proposée par l’Europe est donc un dispositif de réorientation de la présente épargne sur la base de critères : poids de la valeur ajoutée industrielle européenne , poids des titres en actions et en investissements de long terme, fiscalité nulle sous condition d’une durée minimale de détention des titres. Cette réorientation pourrait techniquement s’opérer par création de comptes d’investissements.

Au-delà de la technique, il est intéressant d’apprécier la crédibilité macroéconomique d’un tel projet.

Un gaspillage contraint ?

De fait, l’apparente mauvaise orientation n’est pas dépourvue de rationalité. Si brutalement, l’épargne changeait d’orientation beaucoup de choses changeraient. Si une partie non négligeable de ce qu’on appelle épargne n’est qu’un outil différé de consommation, toute réallocation signifierait une baisse de la demande globale au titre de la consommation et une hausse de la demande globale au titre des biens de production. Pourquoi investir micro économiquement pour produire des biens de consommation si le marché macroéconomique s’affaisse ? Concrètement si un dispositif incitatif intervient en défaveur de l’épargne telle qu’elle se matérialise aujourd’hui, il y aura moins de crédit à la consommation car outil devenu trop cher, moins de dette publique devenue trop onéreuse pour le Trésor et donc restrictions budgétaires… et donc contraction du niveau de la demande globale. Bien sûr une telle réorientation développerait parallèlement une politique de l’offre, mais pourquoi fabriquer davantage de biens de production si les dits biens sont mécaniquement invités à produire davantage de biens de consommation eux- mêmes boudés par des consommateurs moins argentés ?

Les prétendus économistes qui devisent sur l’épargne révèlent leur   inculture économique de base. Il est ainsi souhaitable de rappeler quelques points essentiels :

Un peu de culture économique sérieuse.

1.  A l’échelle du monde, il doit être simplement constaté que la demande globale est gonflée par des déficits planétaires assurant pour 2026 une dette publique croissante  devant atteindre  un nouveau sommet (86% du PIB mondial). Cette dette - sans cesse croissante- assure des débouchés qui seraient, sans elle, mondialement insuffisants. Sans les déficits publics il y aurait récession planétaire. A noter que la forte croissance des dépenses d’armement contribue aussi à diminuer l’écart entre offre et demande solvable.

2.  Les pays les plus touchés par les déficits publics ( USA, France, etc.) sont une belle assurance pour l’offre des pays : Chine, Allemagne, etc., qui se voient garantis par des excédents commerciaux propres à limiter leur déficits publics spécifiques. Concrètement, le déficit public américain est une aubaine pour l’offre chinoise, notamment celle concernant les biens de consommation.

3. Les taux de change restent potentiellement un outil de redéfinition des écarts entre offres globales nationales  et demandes globales nationales. En particulier, la France avec un taux de change maitrisé (ce qui n’est plus le cas avec la monnaie unique) verrait sa demande globale augmentée par une forte dévaluation. Dévaluation lui permettant de substituer un déficit public par un solde extérieur devenu excédentaire. Derrière les inégalités en termes de déficits publics se cache une architecture de taux de change possiblement re visitable et potentiellement source de guerre des monnaies comme ce fût le cas dans les années 30 du siècle dernier.

4. Les dettes publiques mondiales sont le signe d’une insuffisance planétaire de débouchés. En mondialisation il n’est plus question, comme c’était le cas dans les fordismes nationaux  du vingtième siècle, d’assurer les débouchés d’une offre continuellement croissante par des rémunérations elles mêmes croissantes. Le passage à la mondialisation transforme la qualité du salaire lequel passe du statut de débouché payé par des gains de productivité à celui de simple coût à continuellement maitriser. Plus la mondialisation s’affermit, plus le déséquilibre macroéconomique s’élargit et plus les dettes publiques mondiales s’accroissent… dans un contexte d’affaissement général des taux de croissance...

5. L’épargne qui est devenue partiellement un outil de consommation cachée - essentiellement de la dette publique fort éloignée de l’investissement et transformée en salaires indirects - devient aussi support de la finance. Plus la mondialisation s’affirme et plus l’écart entre offre globale et demande globale devient dette et produits financiers. Une finance qui va aussi se nourrir de la fin des taux de change fixes. Plus la mondialisation s’affirme, plus le déséquilibre macroéconomique grandit, et plus la finance se développe. Cette dernière devient la grande industrie de l’époque de la mondialisation.

6. L’établissement d’un équilibre macroéconomique planétaire suppose une hausse planétaire des revenus salariaux. Scénario beaucoup plus difficile à imaginer que dans le cadre de l’espace national de la seconde moitié du vingtième siècle.

7.  Nous sommes très loin d’une problématique de mauvaise allocation de l’épargne….

Jean Claude Werrebrouck- 14 Mars 2026.

 

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