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12 novembre 2024 2 12 /11 /novembre /2024 08:32

Nous publions ci-dessous une vidéo consacrée à un entretien avec l'essayiste  David Baverez. Au delà des critiques de formes et probablement des remarques inappropriées de la part de l'organisatrice  de l'entretien, il nous faut retenir les idées originales suivantes:

- La volonté américaine de dominer la nouvelle révolution industrielle (IA+semi-conducteurs+ quantique) se matérialise par des investissements gigantesques et probablement irrattrapables par le reste du monde.

- La valorisation financière du secteur de la nouvelle révolution industrielle  américaine  représente plus que les  PIB additionnés de la France et de  l'Allemagne . Les moyens financiers accordés à ladite industrie mobilisent une épargne planétaire assurant un dollar élevé et une confiance dans un déficit public américain durablement colossal. La confiance dans la dette publique américaine s'enracine aussi  dans la nouvelle révolution industrielle.  Les gains de productivité de demain seront beaucoup plus élevés  aux USA que dans le reste du monde. Situation durable et facilement mesurable au vu des entreprises déposantes de brevets de recherche: entre 2005 et 2023 le décrochage de l'UE par rapport aux USA est spectculaire. La vidéo n'aborde pas cette question mais on sait aujourd'hui que les principales entreprises déposntes aux USA relèvent toutes du numérique et que celles de l'UE sont en dehors de ce champ dactivité. 

Voilà pour les USA.

- La Chine maintiendra sa spécialisation dans les industries classiques en restant leader  de la  modernisation  :  électricité entièrement renouvelable par couplage de l'éolien, du solaire et des batteries, automobile électrique, Machines,Chimie et pharmacies ancrées sur des coûts énergétiques très faibles. 

- La Chine  connaîtra beaucoup de difficultés à gérer son déclin démographique et sa situation de pays à revenus intermédiaires l'empêchera de passer aisément aux économies de services. La difficulté est renforcée par le couplage naturel des services et d'une démocratie refusée. 

- La crise immobilière chinoise engendre une longue déflation avec blocage de la consommation  et probable récession rendue invisible par des statistiques de croissance manipulées. 

- La démocratie refusée en Chine se paie par la rupture entre capital privé et parti communiste, par le recul de l'investissement privé, par le maintien de subventions autorisant et oxygénant encore une industrie classique devenue trop importante. La crise de surproduction est probablement durable..

Voilà pour la Chine.

- La Chine tentera de faire payer sa déflation, non pas  à une Amérique qui se protège mais à l'Union Européenne. Ses surplus subventionnés devraient se déverser sur tous les pays européens. Une façon de sauver ce qui reste d'industries en Europe passe par le rétablissement des frontières avec la Chine et la taxation de toutes les importations.  La question du Carbone entre la Chine et l'Europe peut devenir centrale.

- En attendant, les forces centripêtes jouant en Europe seront difficilement contenues. Pour des raisons de calendrier l'entretien n'évoque pas centralement la question des droits de douanes européens sur les voitures électriques chinoises. Depuis, l'Allemagne a voté contre les droits et s'est trouvée remerciée par un déplacement de projet (usine Stellantis/Leapmotor) depuis la Pologne (qui a voté pour les droits) vers l'Allemagne. Beau geste de docilité,de la part du secteur privé,chinois, et pied de nez de la part d'une Allemagne qui se comporte en passager clandestin de l'UE.

Il y a sans doute beaucoup de points à éclaircir, voire des erreurs dans cet entretien. En particulier la coupure privé/public en Chine nous semble exagérée. Le capital privé cherche effectivement à échapper au totalitarisme en rusant sur des implantations nouvelles censées contourner la rupture aves les USA. Toutefois il reste complètement tenu par le contrôle des changes et obéira scrupuleusement aux injonctions du pouvoir. Ce qu'il vient de faire en remerciant l'amabilité  de l'Allemagne  dans l'affaire des droits de doaunes. Le capital privé chinois obéira à son marionnetiste public et  cherchera à développer les conflits à l'intérieur de l'UE. On notera aussi le relatif oubli des pays du sud qui seront handicapés par une épargne mondiale se dirigeant vers les USA et les,avantages,disparus d'un taux de salaire bas devenus largment inutile face aux aux installations industrielles imprégnées de robotique. L'industrialisation du sud ne sera pas aisée.

Nous recommandons toutefois une écoute qui permet aussi de voir le conflit en Ukraine sous un angle nouveau.  

Bonne réflexion. 

                                                                 Jean Claude Werrebrouck

 

 

 

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8 novembre 2024 5 08 /11 /novembre /2024 15:26

 Nous reproduisons ci-dessous un article publié le 7 mars dernier sur le blog. Au regard de l'élection américaine Il n'a pas perdu de son actualité. Bonne lecture.

La présente note n’aborde que la question de la réalisation matérielle d’une économie de guerre et laisse de côté les questions et décisions géopolitiques qui y mèneraient. Plus précisément encore,  elle s’intéresse strictement à la question du financement.

D’abord un peu d’histoire.

1 - On sait aujourd’hui que la monnaie métallique s’est progressivement imposée lors de la constitution des Etats premiers voici plusieurs milliers d’années. La monnaie est choisie par le pouvoir en formation et se trouve être moyen de paiement des services de guerriers et en même temps, moyen de règlement des premières ponctions fiscales sur les « sujets » du pouvoir, sujets qui deviennent des « endettés ». Ce choix se fait compte tenu des choix des autres Etats en formation. L’or monétaire -  fait politique naissant au terme d’un processus d’essais et d’erreurs-  est historiquement apparu comme moyen ultime de la liquidité et de règlement des dettes.

2 - Quelques milliers d’années plus tard, lors de la première guerre mondiale, le même phénomène va se reproduire non plus avec du métal mais avec du papier. Tout d’abord il faudra faire disparaître le métal en déclarant l’inconvertibilité des billets et donc le cours forcé. Cela sera fait en France dès le lendemain de la déclaration de guerre par la loi du 5 août 1914 qui va introduire le cours forcé des billets et la faculté d’émission de monnaie par la Banque de France, laquelle connait un quasi doublement (passage de 6,8 à 12 milliards de francs). La différence avec la situation créée par la naissance des premiers Etats est de taille : ces derniers furent prisonniers de la rareté de métal (les mines d’or sont naturellement limitées) alors que les Etats désormais solidement implantés peuvent – sans doute après beaucoup d’erreurs au cours des siècles précédents - se permettre une émission potentiellement illimitée de monnaie. A la création de l’illimitation monétaire pourra correspondre un projet d’illimitation de l’industrie et potentiellement illimitation de la guerre elle-même.

 Concrètement dès le mois de septembre 1914, il faudra mobiliser les épouses des soldats et les inviter à produire du matériel de guerre, dans des usines reconverties, et ce au service du front. Le matériel de guerre produit n’est pas une marchandise et se trouve payé par un Etat disposant de moyens monétaires illimités. Economiquement, l’offre globale diminue (les usines fabriquent moins de biens marchands) tandis que la demande globale ne faiblit pas : les revenus, notamment ceux des femmes travaillant dans les usines affectées à la guerre, sont toujours dépensés. Il en résulte logiquement une inflation que l’on essaiera, difficilement, de limiter avec des prélèvements sous forme d’emprunts, notamment emprunts perpétuels assortis de taux d’intérêt incapables de compenser la hausse des prix.

3 -  Aujourd’hui nous sommes dans une situation assez proche de celle des premiers Etats dont les efforts de guerre étaient aussi limités par la rareté du métal précieux. On ne peut passer concrètement à une économie de guerre car nous restons convaincus que nous n’en avons pas les moyens. De ce point de vue les hésitations  du Président de la République française face aux achats sur étagères de stocks d’obus répartis chez des Etats potentiellement vendeurs est intéressant : on est prêt à faire la guerre mais l’argent manque.

La Russie peut encore penser qu’elle est moins limitée en raison de sa maîtrise de  l’équivalent des mines d’or des premiers Etats , à savoir ses immenses ressources minières. Son passage en économie de guerre peut donc comme en 1914 en France correspondre à une diminution de l’offre globale. Mais  le marché national peut encore se nourrir, au moins partiellement,  d’une offre étrangère correspondant à une importation (augmentation de 20% des importations entre 2019 et 2023). D’où probablement une inflation plus faible que celle de 1914/1918 en France.  Avec toutefois des limites : la Russie peut-elle accumuler des roupies indiennes illiquides contre du pétrole ?

Illimitation monétaire pour une Europe en guerre ?

Tel n’est pas le cas pour une Europe sans véritable budget central, ses composantes, et en particulier la France, qui en raison de son arrangement institutionnel ne peut se permettre de retrouver la disponibilité illimitée de moyens monétaires pour produire du matériel militaire. Les budgets publics sont déjà très déséquilibrés et il est institutionnellement impossible de ne point en tenir compte. L’euro reste la muselière commune des Etats et la France - prête selon son président à se mobiliser bien davantage-  risque de voir sa note dégradée si son déficit public devait encore s’accroître pour actionner les usines de guerre. Et il est vrai que son déficit budgétaire exprimé en pourcentage du PIB  risque en 2024 d’être de loin le plus élevé de toute l’Union européenne. Encore grand pays sur le plan militaire, son talon d’Achille reste une finance extraordinairement dégradée.

Fort de ces considérations, quelles sont les stratégies possibles pour construire - face à l’éloignement américain et si telle était la volonté européenne -  une économie de guerre propre à contenir la poussée militaire russe ?

1 -  La première est celle suggérée précédemment, chaque pays tentant de se convertir en économie de guerre. Au-delà d’un accord de coopération très difficile à tenir, nous risquons des disparités gigantesques entre Etats, et seule l’Allemagne, en raison de sa situation toujours très excédentaire, pourrait se risquer à passer en économie de guerre avec un financement très élevé d’entreprises en reconversion vers la fabrication de matériel militaire. Les Etats financièrement très affaissés seraient bien incapables d’alourdir le poids de la dette. Un tel schéma entrainerait d’autres difficultés puisque les facilités de l’achat de matériel américain l’emporteraient sur les coûts de mise en place de la reconversion et de la mobilisation d’un personnel trop rare ( aujourd’hui 68% des achats européens se font déjà au profit d’entreprises d’armement américain). Au-delà l’Allemagne, jusqu’ici très tournée vers la Russie, apparaitrait comme la grande coupable d’un éventuel « containment »  de l’aventure russe.

2 -  La seconde serait  celle de se concentrer sur un achat commun de matériel américain sur la base d’un emprunt européen. Les capacités techniques en la matière sont considérables et permettraient de mobiliser d’énormes moyens militaires. Compte tenu de ce qui reste d’excédents de l’Union Européenne, il serait  encore possible d’emprunter plusieurs milliers de milliards d’euros, permettant de financer annuellement de l’ordre de 300 milliards d’euros de matériel de guerre supplémentaire. Compte tenu des dépenses militaires additionnées des divers pays de l’UE ( plus de 300 milliards d’euros) cela signifierait que le total des dépenses militaires européennes (300 +300= 600) commencerait à se rapprocher de celui des USA ( 886 milliards de dollars).  Cela signifie par conséquent un alignement, à terme, de moyens matériels sur le front ukrainien devant - compte tenu de la supériorité technologique du matériel occidental - faire réfléchir les autorités russes devenues incapables de contenir la puissance occidentale (Les dépenses annuelles deviendraient 5 fois supérieures à celle de la Russie).

Cette solution n’est toutefois pas facilement envisageable et un problème de remboursement de l’emprunt se pose. Si la règle de répartition des charges est celle des PIB, cela signifierait que le poids du service de la dette reposerait essentiellement sur l’Allemagne (probablement plus de 25% du total du service de la dette). De quoi reposer la question de l’Euro, celui des « pays sérieux », sanctionnés, et du « club med » avantagés. De quoi revenir aux années 2010. De quoi, au regard de l’ennemi, mettre en avant une Allemagne devenue ultime responsable d’un éventuel échec russe.

3 -  La troisième, qui ne serait qu’une variation de la seconde consisterait à ne pas glaner le matériel sur les étagères américaines et à se concentrer sur une authentique reconversion des usines européennes. Là encore le choix n’est pas simple et le déséquilibre entre la France et l’Allemagne serait mal vécu : pourquoi l’Allemagne ferait davantage survivre l’économie de guerre française et inversement, pourquoi la France serait moins généreuse vis-à-vis de l’économie de guerre allemande ? De quoi réanimer les vieilles querelles sur les chars, les sous-marins,  et les avions. Ajoutons que le NATO financé à 75% par les USA risquerait lui-aussi de poser quelque problème.

4 -  La quatrième solution serait celle de se débarrasser de l’arrangement institutionnel européen, à savoir mette l’euro hors du circuit de l’économie de guerre et mettre en place une monnaie numérique de banque centrale. Chaque pays serait libre d’imposer à la BCE l’émission monétaire le concernant au titre de sa propre mise en place de son économie de guerre. De quoi retrouver l’illimitation monétaire de 1914. De quoi aussi retrouver le circuit classique du Trésor puisqu’au final la totalité de la monnaie digitale se retrouve au bilan de la banque centrale. Le bilan de la banque centrale se trouve alourdi des dépenses au titre du passage à l’économie de guerre consenti par chaque pays. Bien évidemment, des déséquilibres vont se manifester entre offre globale et demande globale pour chaque pays. Plus un pays se lance dans son économie de guerre et plus le risque inflationniste est élevé. En effet, concrètement des revenus importants seront distribués si les journées de travail s’allongent, si un système de 3X8 se met en place, si des tensions se manifestent sur les intrants, etc. Sans compter, tous les effets de redistribution entre toutes les branches d’activité, effets provoqués par l’impact inflationniste. Le passage à une économie de guerre est donc nécessairement coûteux comme il l’était durant le premier conflit mondial.

Un tel système n’est évidemment pas sans inconvénient car il peut donner lieu à des comportements de passager clandestin et inviter les pays à distraire leur monnaie digitale allouée par la banque centrale vers d’autres objectifs en contravention avec, par exemple, les règles du marché unique. De ce point de vue, l’avantage de la monnaie digitale est sa traçabilité et donc la facilité du contrôle du respect des règles du jeu.

Une autre difficulté est évidemment celle des importations d’intrants voire de matériels complets. Soit les entreprises étrangères acceptent un compte en monnaie digitale, soit il faut  accepter la conversion en devises.

Il existe peut-être d’autres stratégies que celles susvisées. Toutefois il nous semble qu’au vu des contraintes d’un euro devenu, hélas, intouchable en raison du climat géopolitique présent, la stratégie de l’adoption d’une monnaie digitale de banque centrale domine les 3 autres.

Finalement, dans le brouillard géopolitique actuel, notons l’apparition d’une certaine ruse de la raison. C’est l’euro qui empêche la construction d’une économie de guerre, mais en même temps c’est ce même euro qui introduirait potentiellement son propre dépassement : la monnaie digitale de banque centrale, une monnaie tant vantée par les dirigeants de la BCE, risquerait  d’introduire à terme le temps de l’après euro.

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6 novembre 2024 3 06 /11 /novembre /2024 10:25

 

Peu de personnes connaissent, encore aujourd’hui, la nature de la monnaie et  encore moins les mécanismes de sa création. Les manuels d’économie expliquent sans doute que les crédits font les dépôts et qu’à ce titre les banques sont les grandes responsables de l’engendrement de la masse monétaire, mais en général ils ne vont guère plus loin. On pourrait pourtant se poser plus fondamentalement la question de la cause et de ses effets. Ainsi est-ce l’échange qui donne naissance au besoin de monnaie ou bien est-ce le besoin de monnaie qui crée l’échange ? Plus clairement est-ce la société marchande qui a engendré la forme monétaire ou est-ce la forme monétaire qui a engendré la société marchande ? De la même façon qu’on ne peut comprendre le monde physique qu’en identifiant clairement la chaîne de ses causes, on ne peut comprendre le monde humain, même celui d’aujourd’hui, sans en connaître son parcours depuis sa naissance. Et quand nous disons :  parcours, il ne s’agit pas de son histoire, mais de  sa logique de fonctionnement.

Un big bang monétaire éloigné de la circulation marchande[1].

Pendant un très grand nombre de dizaines de milliers d’années, l’ordre humain a reposé sur un fondement extra-humain qu’on ne peut qualifier d’ordre politique. Les grands défis de la vie : manger, se reproduire et se coordonner dépendaient d’un extérieur invisible, une structuration religieuse faisant de la vie une dette envers cet extérieur. L’ordre humain est devenu politique lorsque cet extérieur fut de plus en plus monopolisé par des humains devenant des relais intérieurs de l’extérieur. Cette politisation de l’ordre humain s’est déroulée, ici et là, il y a quelque 5000 ans, soit très récemment dans l’histoire de l’humanité. La dette de vie devient une dette entre les humains eux-mêmes et devient ce que l’on appellera un impôt. Dans ce contexte, le pouvoir qui devient un pouvoir humain choisit la forme du règlement de la dette de ceux qui deviennent des sujets. Cette forme sera le plus souvent du métal précieux apparaissant du point de vue du pouvoir comme la ressource politique la plus liquide, mais aussi la plus stockable, celle qui garantit sa domination. On comprend ainsi que ce qu’on appellera plus tard la monnaie ne s’identifie pas comme instrument de facilitation des échanges marchands à l’intérieur d’un monde qui devient économique. Ce qu’on appellera monnaie n’est qu’un simple instrument de domination politique, d’où les grandes batailles pour contrôler les mines de métal. La nature cachée de ce qui deviendra monnaie est ainsi rigide et complétement verticale.

Si le modèle de coordination des sujets reste sous l’emprise du vertical, les choses peuvent ne pas changer pendant des millénaires : le pouvoir contrôle le métal précieux, l’utilise en paiements des services que certains lui procurent ou exigent de lui et en voit le retour par la pression fiscale. Soit un cercle dont on voit un sommet moteur et une base induite. Toutefois les choses peuvent changer et se déformer.

La monnaie de la « société en forme de poire » et celle de la « société en forme de crêpe ».

Si maintenant la base prend de l’épaisseur et que des relations simplement contractuelles se développent, le cercle se déforme et des relations horizontales s’élargissent. On voit ainsi apparaître des échanges utilisant l’instrument politique monnaie, un instrument qui devient outil de l’échange marchand et instrument circulant  horizontalement dans l’espace correspondant. L’instrument politique de la verticalité devient instrument économique de l’horizontalité. Verticalité politique et horizontalité marchande utilisent le même outil. L’ordonnancement général de la société prend la forme d’une « poire » avec une monnaie politique verticale et une monnaie économique horizontale. Bien sûr, il s’agit de la même substance, le métal précieux en tant qu’objet le plus liquide et le plus stockable qui soit.

Sur plusieurs milliers d’années, la base de la poire va s’élargir car des mécanismes, non étudiés dans cette note, feront que l’existence collective passera moins par des principes transcendantaux et vont connaître une métamorphose progressive   accouchant au final de ce qui sera la nouvelle base fonctionnelle de la modernité, c’est-à-dire la liberté. Le résultat historiquement constaté est que l’extériorité qui structurait le monde des humains disparait et laisse émerger aujourd’hui - près de 5000 ans plus tard- un monde décomposé en « atomes de droits de l’homme », atomes appelés à se recomposer sur la base de la liberté contractuelle. Le résultat final est bien évidemment une société où le monde marchand est hégémonique. Les marchés s’étendent sans limite de profondeur, sans limite spatiale et sans limite temporelle. C’est dire en conséquence que la monnaie va tenir une place fondamentale, qu’elle cessera largement d’être regardée comme objet politique et que sa dimension économique sera hégémonique. Beaucoup plus récemment encore, l’euro apparaîtra comme instrument de disparition complète de la verticalité au profit de l’horizontalité : la forme de la société devient de plus en plus celle d’une crêpe. Non pas un disque qui suppose un centre spécifique mais une forme plate homogène et sans centre particulier.

Le faux combat entre les politiques et les marchands.

Bien avant l’euro, la monnaie est ainsi devenue instrument de circulation des marchandises, un instrument qui, lui-même, va se noyer dans la marchandise et devenir marchandise lui-même. Cet ancien outil du pouvoir va devenir outil d’une nouvelle profession, celle des marchands de monnaie. La verticalité politique est ainsi progressivement minée par l’horizontalité marchande : la verticalité se fracasse sur l’horizontalité. Une destruction qui sera progressive avec de nombreuses tentatives de résistance. Le politique devenu endetté - souvent pour des motifs de guerre - laissera se construire la toile des banques qui vont devenir créatrices de monnaies en utilisant de plus en plus sa forme simplement fiduciaire. La réaction du politique sera de construire lui-même des banques auxquelles seront accordées un monopole d’émission fiduciaire : les banques centrales naissent. Situation semblable à celle d’aujourd’hui où à priori les banques centrales veulent concurrencer les monnaies numériques privées en se réservant le droit de créer une monnaie digitale dite de banque centrale. Plus tard, les monnaies fiduciaires deviendront un monopole d’Etat et l’inconvertibilité des billets en métal sera au bout du chemin.

Le retour à la « société en forme de poire » ne sera pas durable et vers les années 1980, les banques centrales seront invitées à ne plus produire au profit des Etats et entreront au service de la seule horizontalité marchande : les banques centrales deviennent indépendantes. Désormais « la société en forme de crêpe » est garantie par les traités européens.

Il existe toutefois encore l’apparence d’un centre et la crêpe est encore un disque car il faut bien assurer la convertibilité de la monnaie bancaire hétérogène soumise aux risques de faillites de banques qui peuvent être victimes de fuites de monnaie vers d’autres banques plus réputées. D’où le rôle de régulation monétaire assuré par les banques centrales. L’apparition des nouvelles formes de monnaie complètement privées et complètement numériques risque de transformer ce qui est encore disque en crêpe. Nous sommes au bout de l’extension des droits de l’homme et les bitcoins se moquent de toute forme de centralité. Arrivés au bout du chemin Il existe un intérêt plus ou moins commun entre banques et Etats lesquels risquent un dépouillement monétaire complet.

Le périmètre minimal d’un accord politique.    

A l’échelle plurimillénaire on ne lit pas  très bien la chaîne des causes et il faut reconnaître que si le politique fut le premier décideur, la monnaie devait elle-même façonner le monde. Ainsi il est clair qu’aujourd’hui ses métamorphoses font le jeu de l’élargissement sans limite de l’économie. Certes, le matérialisme historique n’est pas satisfaisant, mais il n’est pas totalement faux. Si nous n’avons pas, dans cette courte note, analysé le mouvement de la société depuis un centre de gravité, plongé dans la transcendance vers un autre plongé dans l’illimitation des droits de l’homme et d’une réalité post politique, nous avons pu montrer les formes de sociétés associées aux formes d’utilisation de la monnaie : pyramide étroite, puis poire, puis disque, puis crêpe.

La nouvelle technologie monétaire, sa nouvelle forme fiduciaire, celle de sa numérisation, permet probablement un nouveau contrat de mariage entre le politique et le marchand. Ses anciennes formes sont en effet dépassées et la nouvelle monnaie numérique, de par son ADN technologique permet par un effort de centralisation de retrouver la loi des rendements continuellement croissants[2]. Modifier l’ADN de la monnaie c’est aujourd’hui lui restaurer sa dimension politique, exigée notamment pour ce que nous appelions  la reconstruction de la France[3]. Dans la forme pyramide, voire la forme poire, la création monétaire ne repose sur aucune dette et ne coûte rien. A l’inverse dans la forme disque ou crêpe, elle ne repose que sur de la dette et donc correspond à un coût. La croissance continue avec l’illimité de l’économique suppose une masse monétaire croissante qui ne correspond plus qu’à de la dette.  Plus trivialement expliqué, il faut passer de la forme crêpe, dépasser la forme disque et au moins retrouver la forme poire. Concrètement modifier l’ADN c’est au moins aller vers un scénario de négociation minimale, celui qui doit privilégier les intérêts contradictoires de l’Etat et du système bancaire. Si l’on reste dans la vision libérale du monde quel accord mutuellement avantageux est-il possible d’envisager ?

S’agissant de la France, il est impératif que ses entrepreneurs politiques au pouvoir retrouvent de l’Oxygène à peine de ruptures violentes. Il lui faut donc parvenir à imposer à la Banque de France un compte digital lui permettant de s’éloigner de l’ornière de la dette. S’agissant des banques, il faut leur trouver une garantie de non siphonnage de leur passif, mais aussi une disponibilité suffisante en dette publique et une rentabilité maintenue. L’accord potentiel doit aussi garantir le respect de tous les engagements au regard des tiers : entreprises, ménages, voire Shadow Banking. C’est dire aussi que la zone d’accord entre les deux protagonistes doit déboucher sur une création monétaire non inflationniste.

Architecture du scénario minimal.

-  Se mettre d’accord sur le volume de monnaie que les banques s’apprêtent à créer pour la période et décider d’un partage. Par exemple il serait décidé que, désormais, la moitié de la création proviendrait de l’abondement du compte du Trésor à la banque centrale. Une telle décision est sans doute difficile puisque cela revient à amputer les banques qui se nourrissent du monopole de la création monétaire. C’est la raison pour laquelle il faudra inventer une compensation à peine de rupture complète avec l’ordre européen et international.

- En toute logique le volume de monnaie numérique affecté sur le compte digital du Trésor correspond à de la dette publique nouvelle évitée - avec son coût correspondant c’est-à-dire les charges d’intérêt - ou/et une diminution de la pression fiscale.

- La monnaie digitale nouvelle, détenue par le Trésor, est mécaniquement transférée sur les comptes digitaux des ménages et des entreprises, au titre de la dépense publique. A déficit inchangé, Il en résulte une diminution des prélèvements fiscaux et de la dette publique nouvelle.

- Cette diminution se retrouve à l’euro près sur les comptes bancaires des entreprises et des ménages. Cela signifie que l’irruption de la monnaie digitale n’affecte en aucune façon le passif des bilans bancaires. En revanche, l’aisance plus grande de tous les agents favorise l’activité.

- La capacité de création monétaire n’est pas affectée puisque la liquidité des banques reste inchangée. Toutefois l’offre de titre par l’Agence France Trésor diminuant, une pression à la baisse s’exerce sur le taux de l’intérêt avec possible essaimage sur les dettes publiques étrangères, les banques se reportant sur des achats de dettes européennes ou extra européennes.

- En cas de résistance des banques face à une possible baisse de la rentabilité, des compensations peuvent être envisagées par modification des ratios prudentiels, par exemple ceux concernant l’évaluation des fonds propres, leur hauteur, ou la valeur des actifs (Bâle 3, FRTB[4], EDIS[5], etc.). Cela suppose une très grande compétence technique de la part des entrepreneurs politiques au pouvoir.[6]

- l’outil de gestion - du point de vue du Trésor - devient un choix face au déficit : on le réduit en minimisant la diminution des prélèvements fiscaux, ou on le maintient par transfert intégral de la monnaie digitale sur les comptes des agents.

Conclusion :

Le scénario proposé est le moins invasif sur l’ordre présent, ordre qui ne conçoit la hausse de la masse monétaire que par de la dette. Il le rogne certes puisque désormais se trouve organisé le retour d’un Etat souverain et donc - au moins très partiellement - un Etat qui redonne un caractère politique à la monnaie.

Il est urgent de profiter des études et débats qui ont lieu présentement au sein de la BCE et exiger que des représentants du gouvernement français puissent être invités à proposer des configurations susceptibles de rétablir un minimum de souveraineté. Le scenario ci-dessus proposé est souple, il invite à un repartage de la création monétaire et n’impose aucun monopole. Il met simplement fin à un abus historique trop complètement méconnu du grand public.

Un scénario de plus grande ampleur peut être envisagé et sera esquissé dans une note à venir.

                          


[1] Voir entre autres : http://www.lacrisedesannees2010.com/2024/10/l-etat-britannique-va-t-il-abandonner-la-livre-sterling.html

[2] Voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/2024/10/scenarios-de-la-bataille-des-monnaies-numeriques-1.html

[3] Voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/2024/10/trancher-le-noeud-gordien-de-l-euro-pour-reconstruire-la-france.html

[4] Dispositif règlementaire européen appelé : « Fondamental Review Of The Trading Book ».

[5] Norme Européenne concernant la garantie des dépôts.

[6] Au-delà des arguments d’autorité peuvent être évoqués, ainsi celui de la lutte contre les trafics de drogue qui verrait son efficacité décupler par l’interdiction du cash classique.

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1 novembre 2024 5 01 /11 /novembre /2024 08:39

 

                                         

La présente note fait suite à la première qui développait le contenu de ce qu’on appelait « monnaie numérique de banque centrale »[1]. Après avoir évoqué les potentialités de ce qu’on appelait une technologie de rupture, le texte qui suit s’interroge sur l’incapacité d’une Assemblée nationale qui continue à raisonner dans un contexte aujourd’hui dépassé.

Il s’agit dans cette nouvelle note de prendre conscience du caractère hors-sujet des débats budgétaires de cet automne. Ces débats sont à L’Assemblée Nationale des tentatives de difficile navigation entre dette et impôt à l’intérieur d’un territoire balisé par des normes ou barrières. Parmi ces dernières, on notera plus particulièrement la notation de la dette publique par des agences (Fitch, Standard § Poor’s, Moody’s, etc.), ou le « spread de taux » au regard notamment de la dette allemande, ou du risque de sanctions européennes pour non-respect des règles.

C’est au final par le biais de ces menaces ou sanctions que le débat se trouve totalement « ancré » dans un cadre que l’on juge à priori indépassable. On peut certes discuter des modalités de l’impôt en imaginant par exemple, par le biais d’une foule d’amendements, de nouveaux outils voire continents fiscaux. On peut certes aussi imaginer des réductions de dépenses par le même biais. On peut même davantage tirer la corde et imaginer l’allongement de la dette jusqu’à la faire devenir perpétuelle… Mais il est impensable pour tous les parlementaires de raisonner en dehors du cadre et ce à priori sans exception.

Ce cadre est lui-même une base épistémologique pour ce qu’on appelle la science économique, laquelle formulera, à partir de modèles, les conséquences de tel ou tel choix à l’intérieur du dit cadre. L’ancrage dans l’espace ainsi défini devient le lieu d’exercice de la raison que les députés, quel que soit le parti, sont censés respecter et pratiquer. De la même façon qu’à l’époque du système de Ptolémée, il n’était guère question d’accepter des astronomes faisant tourner la terre autour du soleil, il n’est pas question de voir à l’Assemblée Nationale des députés mettant en doute la nature de ce qu’on appelle « la dette » ou « l’impôt ».

C’est dire qu’au travers des discussions existe un certain unanimisme avec des débats souvent  improductifs. Ils sont mêmes devenus totalement inutiles car les modèles basés sur l’épistémologie sus visée révèlent qu’ils auront pour effet des prises de décision faisant disparaître la très faible croissance, et donc faire disparaître toute idée d’amélioration du rendement d’un impôt devant réduire l’ampleur de la dette[2]. L’exercice de la raison à l’intérieur du cadre permet de mettre en doute le cadre lui-même.

Un « ancrage » fort ancien

Ces débats improductifs sur la dette et l’impôt sont évidemment très anciens. Pensons, par exemple, à notre dix-huitième siècle avec les dettes publiques laissées depuis la fin du règne de Louis XIV, dettes ingérables qui vont marquer le siècle, très loin au-delà de la Révolution de 1789. Si, à l’époque, cet Etat puissant qu’était la France, avait eu encore la possibilité de battre monnaie à partir de mines d’or totalement contrôlées, l’enfantement de la dette pouvait devenir impensable… à la réserve près que le royaume de France pouvait aussi dériver vers le simple bullionisme espagnol, ce qui suppose un projet réel de développement et l’abandon de la rente. En clair, une réalité anthropologique adaptée à ce qui sera plus tard la croissance, un contexte très éloigné de cette réalité dans le royaume espagnol (cf l’expulsion des juifs de 1492), et contexte beaucoup plus favorable dans l’ancien régime français y compris après l’abolition de l’Edit de Tolérance (1685).

 

Dans ce cadre ou ce type d’ancrage , celui de l’émission monétaire par l’Etat, il n’y a pas de dette publique et le statut de l’impôt se trouve métamorphosé. Dette et impôt ont un certain sens dans un monde où la centralité monétaire est perdue. Ils en disposent d’un autre dans un monde où l’Etat  bénéficie de la centralité monétaire. Tout est question d’ancrage et il serait bon que les parlementaires en aient conscience.

La dette publique disparait tout simplement parce que l’Etat est aussi banque centrale : il gère sa dépense publique à partir de la monnaie qu’il crée et à partir de la monnaie qu’il capte par voie fiscale. Maintenant, l’impôt reste bien sûr un prélèvement mais son montant est fixé par le volume de la base monétaire que l’Etat entend établir compte tenu de la volonté de briser tout risque inflationniste. L’impôt est bien davantage qu’un prélèvement, il est aussi instrument de siphonage des excès de liquidités impulsés par une dépense publique possiblement excessive…un tout autre monde que celui dans lequel nos députés raisonnent. Et un tout autre monde en terme de maîtrise ou de construction d’un avenir politiquement décidé.

Hélas, la France de l’ancien régime, avait perdu depuis très longtemps, comme la plupart des autres Etats, la centralité monétaire. L’Etat, créancier par nature, (il taxe ses sujets) était devenu lui-même endetté depuis fort longtemps car il était historiquement devenu incapable de créer la base monétaire qu’il imposait à ses sujets. Il était, très longtemps auparavant (cités grecques par exemple), banque centrale. Il n’était plus dès le grand siècle et n’est plus aujourd’hui qu’Etat devant, comme tous les agents, tenir une comptabilité de ses recettes et de ses dépenses. Travail que font les députés aujourd’hui, à l’intérieur du cadre dont ils ne perçoivent pas qu’il repose sur une base monétaire qui pourrait être aujourd’hui fort opportunément radicalement dépassée.

Un nouvel ancrage plus sérieux que dans les expériences passées

Les députés de notre Assemblée ne savent pas qu’ils disposent aujourd’hui d’un outil monétaire potentiel autrement plus sérieux que le « système de Law » de la Régence de Philippe d’Orléans ou que les « Assignats » de la Révolution. Cet outil est la monnaie numérique de banque centrale. Si les députés étaient davantage au courant des travaux de la Banque de France, travaux portant sur des expérimentations de monnaie numérique devant remplacer la monnaie fiduciaire, ils seraient probablement invités à réfléchir sur ce qui est une opportunité historique. En particulier, il serait intéressant que les parlementaires tentent de faire évoluer le dispositif en réflexion vers au moins un début de recentralisation monétaire. Bien évidemment, cela suppose de bien connaître les dispositifs européens chargés d’interdire radicalement toute tentative de recentralisation… pour bien les contourner….

Les députés doivent se saisir de la technologie monétaire de rupture

 L’Ancrage actuel des débats parlementaires ne laisse aucun espoir sur les moyens d’une diminution de la dette, sur ceux du rétablissement des services publics, ceux du sauvetage de la nature, ceux d’une réelle politique industrielle, etc. Il en va de même pour la plupart des Etats du monde[3]. Ce même ancrage parce que purement comptable (diminuer les dépenses et augmenter les recettes par tous moyens et bien sûr en respectant l’article 40 de la Constitution… sans trop se soucier de principes de bonne gestion) ne permet pas de se poser sérieusement des questions fondamentales : Comment favoriser le capital productif ? Comment orienter une épargne qui, en France, veut fondamentalement rester liquide ? Comment faire naître des fonds de pension de capacités mondiales ? Comment ranger ce qui relève plutôt de l’endettement et ce qui relève plutôt de l’impôt ? Comment cesser de favoriser des produits de taux ? etc.

Il serait temps de faire basculer l’ancrage des débats parlementaires en profitant de la rupture technologique offerte par la perspective d’une monnaie digitale de banque centrale. Bien évidemment, ce basculement doit se faire par étapes, mais il est fondamental de voir le parlement s’équiper d’une réflexion de fonds : le rétablissement de la centralité monétaire. Aujourd’hui, aucun parlementaire ne se risque vers ce basculement d’ancrage. Les causes sont probablement nombreuses et seront évoquées dans une prochaine note. Toutefois, l’une d’entre elles parait essentielle : la construction européenne a éloigné tous les décideurs du champ de la réflexion monétaire. Pour le législatif comme pour l’exécutif, il n’y a plus à s’intéresser à la banque centrale devenue jalousement indépendante ; il n’y a plus à s’intéresser au taux de change, réalité devenue hors du champ politique ; il n’y a plus à s’intéresser au robinet monétaire des banques devenues dépendantes de règles extérieures au champ politique ; il n’y a plus à s’intéresser à la finance qui se régule à Bâle ou à Bruxelles, etc. En sorte que le travail de construction de la loi budgétaire n’est plus qu’une très étroite affaire de recettes et de dépenses en principe sous contrainte d’optimisation et de bonne gestion… Avec probablement les applaudissements et rires de ceux des acteurs qui, dans un tout autre monde, se sont construits leur propre centralité monétaire, à côté des Etats, et qui sont devenus de gros Etats au-dessus des Etats classiques : les géants du numérique… en train de se construire un parc nucléaire… objectif inaccessible pour le budget français… Avec aussi probablement les applaudissements et rires d’Etats en résurrection (BRICS) qui cherchent, même très difficilement, à mettre en place une nouvelle centralité monétaire sur la base de monnaie digitale commune. De ce point de vue nous invitons le lecteur à suivre les décisions du sommet de Kazan avec la mise en place de "BRICS Clear" qui prévoir la naissance  de monnaie numérique tenue par la Nouvelle Banque de Développement.

Le retour vers au moins un début de centralité monétaire ne sera pas chose facile et il faudra d’abord que les parlementaires aient une claire vision de la puissance de la résistance qui s’y opposera. Cela passe par une bonne connaissance de l’objet monnaie, de fait sa nature profonde, jamais évoquée par les économistes, et réalité  que nous tenterons de présenter dans une prochaine note. Son titre sera : « Un combat politique pour corriger l’ADN méconnu de la monnaie ».

 

                                                                                         Jean Claude Werrebrouck

 

[2] Le multiplicateur budgétaire en France est aujourd’hui de 0,7. Cela signifie qu’une diminution de déficit de 2 points de PIB signifiera une réduction de croissance de 1,4 points…soit une totale disparition de la croissance avec ses effets sur les rentrées fiscales…A moins qu’une réduction de l’épargne vienne surcompensée l’effet récessif de la diminution du déficit. Rester à l’intérieur de l’ancrage est donc catastrophique.

[3] Le cas américain est emblématique. Le Congressional Budget Office (CBO) Considère que la trajectoire de la dette américaine va rapidement entrainer des charges d’intérêts dépassant les plus gros postes budgétaires du pays. Ils dépassent déjà en 2024 le budget de la défense : 882 milliards de dollars contre 874 pour la défense.

 

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24 octobre 2024 4 24 /10 /octobre /2024 16:25

Nous publions à partir de cette première note un ensemble de réflexions concernant l’avenir du système financier. Le monde est aujourd’hui aux prises avec un immense désordre. Il rencontre potentiellement aussi une rupture technologique monétaire susceptible de contribuer à le transformer fondamentalement.

Le système financier est composé d’acteurs à identifier, et des acteurs qui vont être confrontés à ce qu’on appelle la monnaie numérique. Dans le cadre de cette première note, nous allons présenter la rupture technologique comme si elle pouvait se déployer sans limite c’est-à-dire indépendamment des acteurs dont certains seront amenés à résister et dont d’autres verront une opportunité à saisir. Il s’agit donc simplement d’identifier sa puissance transformatrice potentielle.

Pioches, esclaves, ordinateurs… comme outils de centralité monétaire.

Auparavant, il est utile de voir comment s’est imposé un premier système technologique monétaire : celui de l’or. De ce point de vue nous assistons peut-être avec les monnaies numériques à la reproduction d’un moment historique : celui de la naissance des Etats. Ces derniers ont pris racine à partir de la transformation d’une matière première devenant outil de centralité politique. En s’appuyant sur le métal dit précieux, les premiers détenteurs du pouvoir politique vont d’abord renforcer un système créancier/endettés à l’intérieur de ce qui deviendra un espace de souveraineté, et simultanément établir la protection du dit espace. Très simplement les premiers accapareurs de pouvoir vont choisir le métal comme règlement de la dette de ceux qui deviennent des sujets et comme règlement d’éventuelles dettes de guerre. Après probablement des milliers d’années d’essais et d’erreurs, l’interaction sociale accouche d’un mode de règlement de la dette prenant ce qu’on appellera plus tard la forme monétaire. Ce mode de règlement accouchant lui-même d’une double centralité, politique d’une part, monétaire d’autre part.

La présente situation est un peu la même avec toutefois une différence, celle d’un politique déjà constitué et d’un espace monétaire devenu complètement hégémonique, même si, comme expliqué plus loin, la centralité monétaire n’existe plus et se trouve dispersée en de très nombreux morceaux.

La nouvelle matière première potentiellement candidate à un retour de centralité monétaire est ce qui est devenu la monnaie numérique. Cette monnaie peut être accaparée par les Etats qui deviendraient, comme leurs ancêtres du big bang, des monopoleurs de sa production. Et cette monopolisation est d’une certaine façon « naturelle » puisque les autres candidats à sa production ne disposent pas du monopole de la violence. C’est donc « spontanément » que ce monopole pourrait émerger comme ce fut le cas lors du big bang.

La fin de l’ère des diligences monétaires

Le présent système monétaire est, malgré ses apparences de modernité, complètement dépassé. Son architecture est celle d’un réseau aux connections difficiles, dangereuses et coûteuses. Pour bien saisir la situation, il faut comprendre que la circulation monétaire qui sous-tend l’univers de l’économie est équivalente à la circulation des marchandises sur un réseau ferroviaire dont la largeur des rails serait différente de région à région. Si un tel contexte ferroviaire existait, on imagine la nécessité des « transbordements » et les difficultés supplémentaires engendrées par les déséquilibres quantitatifs entre les zones « exportatrices » et les zones « importatrices ». Cette réalité faite de mille morceaux est hélas ce qui constitue le souci quotidien de la réalité monétaire d’aujourd’hui. Les Banques chargées de réaliser les opérations de circulation de la monnaie sont les « transbordeurs » et doivent veiller, outre à la bonne et rapide circulation, à ce que l’argent fuyant de chaque banque vers toutes les autres soit compensé par un argent arrivant dans chaque banque. Avec en cas de déséquilibre l’endettement, voire le défaut et la déroute. Un peu comme si dans notre réseau ferroviaire il y avait incapacité à réaliser le « transbordement » en raison de déséquilibres. Les économistes parlent du marché monétaire pour très mal évoquer cette réalité d’un paysage monétaire fait de mille morceaux et qui est au cœur de la dette, du taux de l’intérêt, des risques de bank run, etc. Cette réalité jamais expliquée dans les manuels d’économie est faite de choix technologiques qui peuvent être aujourd’hui complètement déclassés…et qui, au final, rappelle le temps des diligences à l’époque du moteur à explosion.

Rationalité et modernité de l’ère de la monnaie digitale.

Faire disparaître les mille morceaux avec ses coûts et ses risques, avec aussi ses très nombreux réparateurs de diligences- pensons aux néo-banques, aux spécialistes du virement instantané, à Swift, aux innombrables régulateurs, aux banques centrales elles-mêmes,  etc…-  consiste simplement à ce que le monopoleur historique qu’est l’Etat reprenne les choses en main avec la grâce de la nouvelle technologie. Il suffit pour cela que le Trésor ouvre un compte digital au profit de chaque acteur situé dans l’espace de souveraineté. Comme à l’époque du big bang il crée la monnaie, cette fois monnaie digitale, assure les dépenses publiques, fixe le montant de l’impôt, exige que tous les comptes bancaires soient transférés sur les comptes digitaux. Dans ce nouveau contexte, l’espace de circulation de la valeur est garanti pour tous les acteurs. Il n’y a plus de dette publique, sauf si le monopoleur le décide pour éponger des dépenses qui pourraient matérialiser un risque inflationniste. S’agissant du système monétaire et financier il n’y a aucune raison de l’amputer au-delà de ce qui est encore sa fonction de simple circulation sécurisée de la valeur. Les banques peuvent encore mobiliser une épargne sur leur compte numérique tenu par le Trésor et donc leurs fonctions, au-delà de l’interdit de créer de la monnaie, sont maintenues. Le shadow banking reste ce qu’il est. La banque centrale en sa qualité de « sparadrap » ressoudant les mille morceaux peut disparaître. Les anciennes institutions bancaires désormais devenues non monétaires ressemblent de plus en plus à celles du shadow banking. Le passif de leur bilan comptable ne comporte plus de comptes de clients puisque ces derniers disposent d’un compte numérique au Trésor assurant la totalité des transactions imaginables. Le passif est donc composé de la contrepartie des actifs vendus aux ménages et aux entreprises. L’actif est composé de valeurs achetées à partir de l’épargne des clients. Tous les mouvements, qu’ils soient résultats de la réalité de celui des marchandises ou résultats des opérations financières, sont désormais lisibles dans les comptes numériques tenus par le Trésor. Ce dernier ne fait que respecter les volontés de tous les acteurs, et volontés qui s’expriment au moyen d’un portemonnaie numérique sur smartphone.

Les échanges internationaux sont également gérables au niveau des comptes numériques. Une exportation correspond à une écriture de crédit en devises numériques au profit du titulaire de ladite exportation. Une importation correspond à une écriture de débit sur compte numérique. Bien évidemment la monnaie numérique est aussi définie par un taux de change fixé par l’Etat redevenu siège de la centralité monétaire.

La rationalité peut évidemment aller plus loin et on peut imaginer un Etat mondial dont le Trésor aurait en charge la totalité des relations entre tous les citoyens et entreprises de la planète.

Le monopoleur retrouvant la centralité numérique peut évidemment être un dictateur implacable comme il peut être respectueux d’une réelle démocratie. C’est dire aussi que le retour de la centralité monétaire peut ne pas signifier la mort du libéralisme économique. Il n’est potentiellement que l’optimisation et la rationalité des échanges avec la fin de ses inutiles et lourdes charges fixes de l’irrationalité du système financier présent. Bien évidemment dictature ou démocratie dépendront du mode de concrétisation des immenses possibilités du nouveau modèle technologique concernant la monnaie. Ce qui sera abordé dans les prochaines notes.

Bilan des apports potentiels de la rupture technologique dans le système monétaire.

-La monnaie numérique est plus liquide que la monnaie bancaire et chaque titulaire voit son droit de propriété complètement respecté ce qui n’est pas le cas du titulaire d’un compte classique.

-Les transactions s’effectuent à la vitesse de la lumière pour un coût beaucoup plus faible.

-L’Etat monopoleur est seul créateur de monnaie en fonction de critères qu’il fixe soit en qualité de dictateur implacable, soit en qualité d’exécutant loyal de la démocratie.

-Le taux de change est fixé par l’Etat monopoleur.

-Les banques redécouvrent leur métier de base en tant que simples transformatrices d’une épargne en investissements. Les taux de l’intérêt se fixent en fonction des marchés correspondants.

-Tous les métiers consacrés à la bonne circulation sur l’actuel réseau complètement éclaté deviennent inutiles et disparaissent. Pour la France cela concerne probablement plusieurs dizaines de milliers d’emplois qualifiés.

-La spéculation sur les actifs peut théoriquement se poursuivre sans jamais atteindre les « nœuds » (les banques) de la circulation de la valeur : la nouvelle technologie est potentiellement sécurisante.

-L’Etat monopoleur peut conserver le nom et les caractéristiques de l’ancienne monnaie.

-La nouvelle technologie rétablit une centralité monétaire associée à une centralité politique. Elle resitue la dette publique comme réalité institutionnelle dépassable.

-l’impôt peut apparaître comme « instrument d’épongeage » de la dépense publique. Il peut augmenter lorsque la dépense devient excessive par rapport aux objectifs d’inflation et baisser dans le cas contraire.

 

La nouvelle technologie monétaire, pourtant apporteuse d’importants gains de productivité, ne se déploiera pas dans le monde fort théorique que nous venons de décrire. La réalité humaine est faite d’acteurs regroupés dans des organisations, et organisations exprimant des logiques d’intérêts. La prochaine note tentera d’introduire ces acteurs aux fins d’explorer les scénarios possibles d’une future réalité monétaire.

 

 

 

 

 

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17 octobre 2024 4 17 /10 /octobre /2024 05:08

L’Etat Britannique va-t-il abandonner la Livre Sterling?

Les Etats se sont toujours intéressés à la monnaie, un objet qui, en très longue durée, fut l’outil indispensable de leur naissance, de leur construction… et aussi  de leur béquille. Contrairement à ce qu’on enseigne dans les écoles et universités, la monnaie est beaucoup plus qu’un instrument d’échange ou de réserve de valeur : elle est ce qui permet à l’entité Etat d’exister. La nature de ce dernier - jamais étudiée dans les instituts d’études politiques ou autres facultés de Droit- est la relation d’appropriation de ce qui constitue le  collectif d’un ensemble humain par un individu ou groupe d’individus. Derrière l’idée d’Etat existe déjà un rapport entre endettés et créanciers. Un rapport entre exploiteurs et exploités diraient les marxistes, le produit de cette exploitation spécifique s’appelant « impôt ». Bien entendu les formes de ce dernier furent historiquement variables et iront de l’esclavage de jadis au simple taux de TVA d'aujourd’hui. Bien entendu aussi, l’ADN des Etats s’est modifié au cours du temps et ces derniers sont devenus, en régime  démocratique,  une organisation où une majorité  peut, au détriment d’une minorité, utiliser ce qui est devenu les outils de la  puissance publique. Identifier la nature profonde des Etats aujourd’hui suppose de comprendre les mécanismes de son Big Bang voici plusieurs milliers d’année, évènement qui passe par l’apparition de la monnaie.

Le Big Bang des Etats est le moment où un objet - qui s’appellera plus tard monnaie-  est devenu un outil technologique permettant aux endettés de régler leur dette envers le pouvoir censé protéger la collectivité. Cet outil technologique de règlement d’une dette, et donc aussi outil de pérennisation d’un ordre social naissant, ne peut avoir n’importe quelle forme et c’est l’Etat et ses dirigeants qui vont la définir. Concrètement, on voit mal un pouvoir accepter n’importe quelle valeur d’usage ( arcs, flèches, nourriture, animaux, etc.)  au titre du règlement de la dette de ses sujets. C’est lui qui, autoritairement, par essais et erreurs, vient en fixer la forme. On comprend que cette forme soit, d’un point de vue utilitaire, la plus universelle possible, donc la plus liquide. Historiquement, l’objet qui devait s’imposer au titre de la domination, donc au titre de l’utilisation des moyens de production du collectif à des fins  de pouvoir, fut le métal précieux. L’or devait ainsi devenir la forme primitive de ce qu’on appellera la monnaie.

Historiquement, on comprend que l’émission monétaire fut d’abord le travail d’esclaves dans des mines d’or. Une production d’or permettant pour le pouvoir d’obtenir les liquidités assurant la reproduction du dit pouvoir, y compris et surtout contre les pouvoirs concurrents. On comprend déjà les premières formes de la circulation monétaire : distribution de morceaux de métal (Assyrie) devenant progressivement pièces d’or (Grèce) à des mercenaires qui feront la guerre aux pouvoirs concurrents, mercenaires qui échangeront ces pièces contre des biens de subsistances auprès d’individus qui deviendront progressivement des marchands…lesquels assujettis à l’impôt feront circuler le métal vers le pouvoir qui lui-même se renforcera par des productions de métal supplémentaires. L’Etat solide est celui qui arrive à faire tourner son « circuit du Trésor ». Les autres sont fragiles. L’enjeu est considérable et le reste encore aujourd’hui : il est au cœur de la problématique de l’euro et peut-être même de celle du dollar.

Les mines de métal n’étant pas nécessairement bien réparties, la guerre deviendra une activité régulière …mais aussi coûteuse. Historiquement, ces créanciers que seront les Etats vont devenir eux-mêmes endettés auprès de nouveaux agents qui deviendront des banquiers. D’où les premières formes de dettes publiques et autres bricolages comme la baisse de la teneur en métal des pièces.

Derrière toutes ces configurations historiques, il faut comprendre que les Etats sont aussi menacés par ce qu’on pourrait appeler la perte de la centralité monétaire. Si d’autres agents peuvent produire de la monnaie et si ces mêmes Etats ne sont plus capables d’en produire, ils ne leur restent plus que l’impôt et la dette. On comprendra par conséquent que cette centralité sera brutalement récupérée lors des grandes guerres en particulier mondiales. On impose alors le billet que l’on fabrique sans limite (planche à billets) pour payer ces nouveaux mercenaires que sont les modernes matériels de  guerre.

L’euro est précisément un moment historique de perte de la centralité. Sans doute pour la première fois depuis très longtemps, les Etats ont perdu toute possibilité de créer leur monnaie et sont potentiellement réduits à devenir des débiteurs alors qu’ils étaient naguère des créanciers purs. Curieusement, et sans doute en allant un peu vite, des organisations financières peuvent obtenir des Etats une « licence bancaire »…portant autorisation de créer de la monnaie…laquelle finance les anciens créanciers purs...contre paiement d’un intérêt…Les Etats décapitent ainsi ce qui faisait leur puissance. Curieux moment d’une histoire dont les plis ne sont guère sérieusement interrogés.

La centralité monétaire est - au-delà de l’euro - menacée de tous côtés. C’est ainsi qu’au-delà de monnaies privées sur lesquelles les Etats ont encore un droit de regard (les monnaies des  banques) se créent aujourd’hui, à la faveur d’une révolution technologique, des monnaies numériques entièrement privées. Si la pioche était l’outil de recherche et de production de l’or et donc de la monnaie, l’ordinateur est aujourd’hui l’outil de production du bitcoin. Un outil qui n’est en aucune façon maitrisé par l’Etat et peut l’affaisser dans ses fonctions traditionnelles. Les Etats sont ainsi de potentielles victimes de la fragmentation des espaces monétaires. On sait qu’ils s’apprêtent par l’intermédiaire de leurs banques centrales à réagir et à restaurer ce qui leur reste de centralité. Une restauration qui, potentiellement, pourrait aller très loin et qui sera probablement l’objet d’une très grande bataille dont nous ne connaissons pas encore les résultats.

Le combat centralisation/fragmentation monétaire n’en est qu’à ces débuts et tout dépendra des formes de pilotage et de gestion des conflits  à l’intérieur et entre les grands acteurs de l’écosystème politico monétaire : Etats/Trésors, banques centrales, Banque des Règlements Internationaux, banques classiques, « shadow banking », régulateurs mondiaux, européens, nationaux. Sans oublier bien sûr les entreprises dont celles qui fabriquent les innombrables monnaies numériques et les ménages qui verraient d’un bon œil la possibilité d’alléger  leur « statut d’endetté » par le biais de la monnaie numérique privée.

Grand soir des Etats ou retour à leurs formes primitives ? Disparition des Etats ou retour à leur Big Bang ? Retour au nid douillet de la centralité monétaire ou évaporation de toutes les institutions ? Pérennisation des bavardages sur la dette publique française ou réflexion sérieuse sur l’anormalité de sa taille et de sa configuration, ses liens avec l’abandon de la centralité monétaire, ou celui de ses rapports avec une réalité anthropologique française si spécifique? Le débat centralisation/fragmentation monétaire peut-il être laissé aux seuls économistes ?

Le contexte britannique ne semble pas favorable au rétablissement de la centralité monétaire et les forces de la fragmentation sont sur le point d’établir un partenariat d’un type nouveau avec le Trésor. C’est ainsi que le « Debt Management Office » ( le petit frère de notre Agence France Trésor) s’apprête à lancer de la dette britannique sur la blockchain[1]. C’est dire que le Trésor Britannique, si l’opération se concrétise, s’apprête à utiliser des bitcoins au titre de la dépense publique… A moins que lesdits bitcoins soient simplement considérés comme un actif permettant par le jeu de la spéculation d’enrichir le Trésor britannique… A moins que le Trésor britannique joue un rôle de valorisation du bitcoin, actif digital devenu - depuis quelques mois - possible sous-jacent de produits structurés. On ne sait plus « qui aide qui ?» tant les acteurs et institutions correspondantes s’adonnent à une intrication difficile à analyser. Nous invitons simplement le lecteur à réfléchir sur l’étrangeté de la situation. On avait déjà vu des « Etats faillis » utiliser d’autres monnaies…légales…mais jamais un Etat réputé solide recourir à des monnaies strictement et jalousement privées.

A suivre sous un nouveau titre à paraître : « Scénarios de la bataille des monnaies numériques »

                                           

                                                                                         Jean Claude Werrebrouck

 

 

[1] Cf l’article de Nicolas Madeleine dans Les Echos du 8 octobre dernier.

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14 octobre 2024 1 14 /10 /octobre /2024 06:40

 La conflictualité qui est au cœur du modèle anthropologique français - modèle lui-même engendreur des Lumières et de ses principes : universalité, égalité, progrès- ne peut aisément optimiser sa régulation que par la maîtrise politique de la monnaie. Affirmation qu’il faut démontrer.

Concrètement, la concurrence au sein du bloc au pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite, débouche sur la multiplication incontrôlée de produits politiques nouveaux matérialisant la croissance continue d’un Etat-Providence. Simultanément la concurrence sur les marchés économiques interdit l’élargissement de cet Etat- providence. Le conflit majeur qui en résulte caractérisait le fonctionnement quotidien du capitalisme français depuis la fin de la seconde guerre mondiale et en assurait sa spécificité. D’une certaine façon un modèle de capitalisme parmi d’autres, Anglo- saxon, Rhénan, etc. Soulignons une fois de plus que ce type de modèle repose sur des valeurs anthropologiques fondamentales caractérisant la France depuis très longtemps.  

 Traditionnellement, le conflit -beaucoup plus important dans ce modèle que dans d’autres- fût historiquement bien résolu par la fin de la « loi  d’airain de la monnaie » (disparition de l’étalon-or), et la possibilité d’ assurer la maitrise monétaire par le politique. Régulièrement, les externalités provoquées par la concurrence sur les marchés politiques - la multitude infinie des produits politiques - se trouvaient effaçables par la dévaluation.

Une autre façon de soulager le fonctionnement des marchés économiques pouvait être les aides publiques aux entreprises. D’où cette curieuse architecture de l’Etat- Providence à la française où les financeurs (les entreprises) sont eux-mêmes financés. D’où cette critique brutale du monde libertarien vis-à-vis du capitalisme français et de la société correspondante : « un monde où tout le monde peut voler tout le monde ».

Singulièrement,  ce mode de résolution du conflit ne prive pas d’oxygène le monde économique : la compétitivité est maintenue et la croissance bénéficie de l’ouverture des marchés mondiaux. Clairement, le régime de la dévaluation répétée est une garantie de demande globale continuellement croissante qui autorise les investissements, la modernisation et donc la croissance. Cela s’appelait aussi les « trente glorieuses »… beaucoup plus puissantes en France que partout ailleurs.

L’irruption de la monnaie unique met fin au mode de fonctionnement du capitalisme français et va venir troubler le fonctionnement de la société correspondante. Désormais, il n’est plus possible de dévaluer et le conflit doit être rigoureusement internalisé, concrètement  payé par les divers acteurs… ou recourir à l’endettement. Les solutions du bloc au pouvoir sont politiquement complexes : recul des dépenses régaliennes, y compris les dépenses militaires et les aides à l’étranger, recul du périmètre des services publics (aspect quantitatif) ou  dégradation qualitative des dits services. Ces différents reculs doivent être compensés par des gains de productivité peu aisés à se manifester dans les activités de services,  elles-mêmes embouteillées par la multiplication et empilements des marchés politiques. Un autre type de recul doit se manifester : celui du coût du travail, avec ses diverses modalités comme la  baisse de sa protection ( indemnités de chômage), ou l’augmentation de sa durée (temps de travail et temps de vie active).

Très curieusement,  la traditionnelle aide aux entreprises ne peut guère diminuer, ces dernières étant les premières confrontées à un taux de change non manipulable. D’où ce travail de gribouille du bloc au pouvoir qui doit activement dégrader les services publics tout en augmentant l’aide aux entreprises. Travail de gribouille spectaculairement visible dans les comptes depuis 10 ans au moins.  En démocratie le résultat global ne peut être que mitigé et l’internalisation de la conflictualité ne peut être que difficile. Ces difficultés s’accroissent avec l’irruption de ruptures anthropologiques nouvelles et le passage de la lutte de classes aux luttes identitaires, l’ apparition de l’individu désirant au détriment  du citoyen, la prise de conscience des dégâts environnementaux, les nouvelles ruptures géopolitiques, etc... D’où l’impression de vivre sur un volcan et le risque d’un dépassement possible de la démocratie.

Cependant,  la difficile internalisation de la conflictualité à la française trouve encore une issue de secours avec la dette publique croissante. Cette dette publique croissante correspond bien à la résistance de la valeur égalité que les machés politiques doivent accepter par le développement sans limite de l’Etat social qui devient un Etat Providence pour tous. Cette dette publique croissante va  dans certaines limites retarder la fin de la croissance. Logiquement l’irruption de la monnaie unique bloque le développement de la demande globale et l’impossibilité de restaurer une compétitivité par dévaluation invite aux délocalisations : tout devient trop cher, que ce soit la charge des prélèvements publics, les taux de salaires ou le coût des exportations alourdies par un taux de change irréaliste. La résultante est un affaissement de la croissance et un tassement des ressources fiscales : on cesse progressivement de produire en France, l’assiette fiscale diminue et la demande globale stagne.

 

Le processus peut être cumulatif  jusqu’à épuisement et c’est bien ce qui se passe pour les années 2023 et 2024. Parce que la production stagne, la consommation comme l’investissement se trouvent bloqués. En sorte  que seule la dépense gouvernementale couverte par de la dette sera responsable d’une croissance de demande globale… assurant moins de 1% de croissance. Dans le même temps les rentrées fiscales sont bloquées. Il en résulte une dérive de la dette et seule la dette en 2023 comme en 2024 assure un minimum de croissance…purement comptable…. D’où l’étonnement : seul un accroissement de 100 milliards de la dette publique pour une croissance inférieure à 1% ! 3 euros d’endettement supplémentaire pour produire 1 euro de richesse produite, disions nous dans une note précédente: du jamais vu dans l’histoire. Avec un bloc au pouvoir qui ne prend pas conscience des limites atteintes et construit un budget 2024 comportant une estimation de déficit de 4,4 points de PIB pour  une dérive concrète à plus de 6 points. Du jamais vu dans l’histoire.

Arrivé aux limites, le fonctionnement récent des marchés politiques aboutit encore avec une belle inconscience à la continuation de l’impasse radicale. Comment oser diminuer la dépense publique sans se rendre compte qu’il y aurait immédiatement récession ? Comment oser alourdir la fiscalité sans immédiatement provoquer l’exode des capitaux et des patrimoines, voire le recul des IDE ? Comment oser ne rien faire sans provoquer une attaque sur le spread de taux ?

Face à un tel blocage la solution proposée est celle du contournement : une monnaie parallèle, quasiment  introduite par effraction. Puisque les marchés politiques sont incapables de saisir la violence réelle de l’euro, puisque ce dernier reste un objet tabou, il faut prendre le risque de le contourner et profiter du projet d’euro numérique de banque centrale pour organiser une nouvelle régulation à partir de ce qu’on a appelé un trou de souris[1].

Le trou de souris semble d’ailleurs lui-même devenir une réelle opportunité tant les chantiers de monnaie numérique de banques centrales semblent partir dans tous les sens… voire même les plus inattendus… Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, le Trésor britannique ne semble pas attendre les travaux de sa banque centrale et propose de se lancer par le biais de son agence le « Debt Management Office » ( l’équivalent de notre Agence France Trésor) dans la vente de dette publique par achats de monnaie numérique (probablement le Bitcoin) sur la blockchain. De quoi, pour un Trésor public, s’ouvrir un compte numérique de monnaie privée afin d’effectuer des dépenses publiques dans ladite monnaie….

Certes il faut gérer les urgences, mais il est grand temps de passer à autre chose.

(A suivre)

 

                                                                               Jean Claude Werrebrouck

 

                                                                                               

 

 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2024/10/trancher-le-noeud-gordien-de-l-euro-pour-reconstruire-la-france.html

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5 octobre 2024 6 05 /10 /octobre /2024 08:34

Il ne s’agit pas comme le veut la légende de se rendre maître de l’Asie, il s’agit simplement pour la France, mais aussi pour d’autres pays, de se libérer de la situation tragique dans laquelle elle se trouve. Inutile ici de rappeler que notre très faible croissance est improductivement suralimentée par une gigantesque béquille budgétaire brûlant 100 milliards de dettes supplémentaires tous les ans. Concrètement, il faut s’endetter de 3 euros pour enfanter une production matérielle de 1 euro, situation probablement jamais rencontrée dans l’Histoire.

Le présent texte cherche à proposer un chemin permettant de ne plus subir la force dévastatrice de l’objet « monnaie unique » tout en le respectant. Nous ne revenons pas sur sa force dévastatrice essentiellement concentrée sur un taux de change non maitrisé, non maitrisable, et complètement irréaliste. On sait que la surévaluation de la monnaie unique au regard de l’économie française entraîne une insupportable attrition de cette dernière, un phénomène qui devrait être compensé par des transferts issus de l’extérieur mais transferts totalement interdits et totalement irréalistes.

Pourquoi des transferts de ressources ?

Comprenons bien cette logique de transfert. Lorsque, dans un Etat Nation, un déséquilibre entre régions se manifeste, il n’est guère pensable que la région déficitaire se réanime par une dévaluation autorisant une meilleure compétitivité et le rétablissement d’un équilibre. Cette impossibilité résulte du fait que dans un Etat-Nation classique existe une seule et même monnaie. Le rééquilibrage passe donc tout simplement par un transfert de ressources organisé centralement.  Par exemple, la fermeture des houillères en France a entrainé des difficultés pour les régions correspondantes, difficultés au moins partiellement compensées par l’Etat central qui va créer un « Fonds d’Industrialisation du Bassin Minier » assurant des transferts de ressources.

Des transferts impensables à l’intérieur de la zone euro.

Cette logique fort simple et fort classique est impensable entre pays de la zone euro. Si la France a accepté un taux irréaliste en abandonnant le Franc, elle s’est créée un déséquilibre potentiel qui ne pouvait plus être compensé par une dévaluation ultérieure.  Désormais, un transfert est impensable et on ne voit pas pourquoi l’Allemagne financerait la France. La seule solution est donc la dévaluation interne et donc faire pression sur les coûts, en particulier exiger les sempiternelles réformes structurelles. La non réussite de ces réformes - difficultés à faire baisser la pression fiscale, difficultés à baisser le coût du travail, difficultés à réduire l’éventail des services publics et de l’Etat-Providence,  se paie d’un déficit budgétaire, se répétant, et engendrant un déficit incontrôlable….A moins d’abandonner l’euro et de procéder à une massive dévaluation permettant le rééquilibrage.

Il est interdit d’en parler…ni même d’y penser.

On sait tous qu’il faudrait retrouver quelque chose comme une monnaie nationale permettant de retrouver la maîtrise d’un taux de change, éventuellement à l’intérieur du cadre d’une monnaie commune. On sait aussi que plus aucune entreprise politique ne propose de sortir de la contrainte de l’euro. La monnaie unique a cessé d’être un enjeu politique depuis très longtemps et donc il est inutile de continuer à répéter qu’il faut en sortir. Le choix de la servitude volontaire est inconscient et admis par l’immense majorité des acteurs. Sa réalité est sublimée dans les sempiternelles réformes structurelles, faces cachées de la dévaluation interne remplaçant la nécessaire et impossible dévaluation externe. Le prix du refus collectif de la dévaluation interne se lit dans ce qui est devenu l’invraisemblable déficit budgétaire d’aujourd’hui.

Comment s’en sortir ?

Bien sûr, le présent texte ne cherche évidemment pas à justifier l’euro. Il ne cherche pas non plus à le vilipender une fois de plus. A l’inverse, il tente d’imaginer une solution de contournement et de déraillement progressif permettant de sortir d’une impasse historique majeure. Et si possible le contournement doit se faire de façon souple, coordonnée et consensuelle. Il n’est pas raisonnable d’ajouter un désordre supplémentaire à un monde déjà fort troublé et fort dangereux.

  Couper le nœud gordien est ici plus simplement entrer en dissidence masquée avec les règles du jeu de la finance - règles sacralisées dans les Traités européens - et de rétablir l’autorité de l’Etat. On trouvera dans le présent texte les propositions pratiques autorisant la fin d’une servitude volontaire…. et le départ d’une  « politique de l’offre » qui va au-delà du simple discours. Ces propositions s’énoncent en quelques points, parfois un peu techniques, mais nécessaires pour en assurer la complète compréhension.

Un long chemin difficile mais qui n’est pas  « chemin de croix ».

1 - Passer par un « trou de souris » et profiter des travaux actuels de modélisation de l’euro numérique de banque centrale (MDBC) pour accélérer sa mise en place expérimentale au sein de la banque de France.

2 - Ouvrir rapidement des comptes numériques au passif de la banque au profit de tous les agents : ménages, entreprises, institutions financières, administrations privées, Etat.

3 - Le compte numérique de chaque agent devient un actif librement utilisable au titre des règlements, économiques et financiers. Les agents qui disposent déjà d’un compte classique à la banque centrale (Trésor et banques) en détiennent désormais un second désigné « compte digital ».

4 - La banque de France est chargée de la circulation de la valeur digitale exactement comme RTE est chargé de la circulation de l’électricité. Toute circulation de la valeur digitale entre les agents passe par des opérations de débit et de crédit laissant inchangé le total du passif de la Banque centrale.

 

5 - La banque centrale devient, dans ces conditions, un monopole naturel assurant la garantie des opérations et le respect complet des droits de propriété. Les situations de « bank-run » deviennent impossibles et le compte numérique n’est pas juridiquement une dette de la banque envers son titulaire. Parallèllement, la confidentialité des opérations doit être juridiquement garantie. 

6 - La Banque centrale est créatrice de monnaie digitale selon des règles et quantités politiquement définies et autorisées. Constitutionnellement, l’instance politique est chargée de maintenir la valeur de la monnaie. A ce titre le montant de création monétaire digitale suit logiquement la variation du PIB. Un gonflement du total du bilan non décidé par le pouvoir politique devient impossible. Il en résulte un frein à l’inflation des actifs financiers et immobiliers avec leurs effets nocifs sur la structure et la répartition des patrimoines entre les agents.

7 - L’Etat créateur de monnaie peut aussi, dans le respect strict de l’objectif de stabilité des prix, décider de la répartition de la création monétaire digitale entre les agents : subvention, baisse d’impôt, aide à l’investissement, etc. Cette répartition est le fait de la banque centrale soumise aux ordres de l’Etat. La banque crédite les comptes numériques des agents visés.

8 - La monnaie digitale n’est pas directement convertible en monnaie classique et réciproquement la monnaie classique n’est pas directement convertible en monnaie digitale. Cette inconvertibilité ne donne lieu à aucune spéculation type loi de Gresham puisque les deux monnaies disposent strictement des mêmes caractéristiques et des mêmes utilités.

9 - L’inconvertibilité ne signifie pas un impossible pont de communication et par exemple l’achat d’un titre de la dette publique en monnaie digitale suivie d’une revente en monnaie classique est évidemment possible : la monnaie digitale reste l’euro avec toutes ses caractéristiques.

10 - Le système bancaire classique demeure – au moins temporairement- ce qu’il est en tant que créateur de monnaie classique : renoncement à l’idée de monnaie pleine, report  des délais d’application des nouvelles régulations (FRTB, « output floor »), etc. L’émission monétaire totale est donc l’addition de celle des banques et de celle de la Banque centrale, cette dernière étant elle-même créatrice des 2 monnaies.

11 - Le double compte du Trésor mérite une attention particulière. Son compte classique fonctionne selon la règle traditionnelle : il est le lieu de l’enregistrement des dépenses et recettes fixées dans le cadre de la loi de finance. Son compte digital suppose au moins à terme un appui sur une loi de finance digitale. Bien évidemment s’imposera ultérieurement une loi de finance consolidée, et ce dans la mesure où la monnaie digitale renforcera la puissance de l’Etat, un Etat désormais armé pour lutter contre les effets pervers de l’Euro.

12 - La création monétaire au profit du Trésor vient alléger le poids de la dette publique de marché. On pourrait sans doute aller plus loin et supprimer la totalité du marché de la dette publique mais ici la rupture avec l’orthodoxie serait trop grande et la finance serait totalement déstabilisée. On peut donc se contenter d’une création de monnaie digitale dont le flux viendrait alléger le mur de la dette. De quoi restreindre progressivement le champ d’activité de l’Agence France Trésor (AFT) face à ses « primary dealers » qui, en France, sont les «Spécialistes en Valeurs du Trésor » (SVT).

13 - Désormais existeraient 2 sources au flux d’achats de bons du Trésor : les achats traditionnels par les « Spécialistes en Valeurs du Trésor» ( eux-mêmes pouvant mobiliser leur avoir en monnaie digitale) et plus strictement les achats sur seule monnaie digitale ( entreprises, ménages).

14 - La baisse de pression sur le déficit public connait plusieurs causes : recours affaibli aux SVT, création monétaire digitale au profit des agents (entreprises, banques, ménages). Il devrait en résulter une baisse des taux sans doute contrariée par des opérations de « Carry Trade » qu’il faudrait juguler. Ce qui suppose à terme une régulation restrictive sur les « paris » sur fluctuations de prix.

15 - L’opération monnaie digitale est probablement indolore pour le système financier : il est pleinement associé à l’émission de monnaie digitale et la dette publique, qui est sa matière première de base, ne disparait pas. La spéculation reste assise sur une grande disponibilité de « collatéral » en titres publics.

16 - De fait, la monnaie digitale est d’abord conçue pour suppléer au nécessaire transfert entre pays excédentaires et pays déficitaires et transfert rendu tout aussi bien indispensable (taux de change inadapté) qu’interdit par l’architecture de l’euro zone. Ce faux transfert de « réparation » ou de « compensation » doit être imaginé pour rétablir la compétitivité et donc rétablir l’équilibre de la balance extérieure. Ce transfert nécessaire - pourtant impossible- représente probablement plus de 10 points de PIB, ce qui donne une première idée du périmètre de la monnaie digitale à créer. Bien évidemment la restauration de la compétitivité pourra mettre fin – mais à terme- à la nécessaire monnaie digitale correspondante. A pleine puissance, ce transfert de réparation devrait dépasser le seuil de 300 milliards d’euros de monnaie digitale.

17 - La monnaie digitale est aussi conçue pour réparer un environnement qui ne peut être financé par un endettement porteur d’un intérêt. Classiquement, l’intérêt n’est pensable que parce que l’actif mobilisé est porteur de richesse (investissement en machines et équipements divers), ce qui n’est pas le cas de l’environnement en général. La monnaie digitale est donc aussi la possibilité de créer un financement sans dette. La création de monnaie digitale correspond donc aussi aux lourds travaux de réparation de l’environnement. Le même raisonnement peut être invoqué à propos du financement de la guerre.

18 - L’émission de monnaie digitale passe par une phase expérimentale visant à ne pas brutaliser les « faucons » de l’organisation de Bruxelles : « minage » (au sens du bitcoin) par la banque de France, porte-monnaie électronique distribué à tous les agents et pour un même montant (ménages, institutions financières, entreprises administrations privées, Trésor) sur la base de 100 euros, comptabilité hors-bilan. Le « minage » est établi dans un cadre temporel : 3 mois ? 6 mois ? 1 an ? Vu le nombre total d’agents (environ 30 millions de comptes) cela correspond à une création expérimentale sans dette de 3 milliards d’euros (A comparer avec une masse monétaire actuelle de 3500 milliards d’euros laquelle est contrepartie d’une dette ).

19 - La phase d’expérimentation est suivie dans ses effets : modes de circulation des 100 euros, lieux de concentration/accumulation, élasticité fiscale de la dépense, etc.

20 - Une montée en puissance peut-elle passer par un transfert du « minage » sur le seul Trésor ? Un tel choix, géopolitiquement plus difficile, est techniquement facilité par la puissante et très efficace infrastructure numérique des services fiscaux. Elle est également facilitée par l’utilisation d’une application devenant porte-monnaie sur téléphones portables. Le passage éventuel de l’émission de la banque centrale vers le Trésor change l’architecture générale telle que présentée dans les 7 premiers points de la présente note, mais ne change en aucune façon le résultat. On peut même penser que l’actuel et très officiel travail de réflexion sur un modèle de monnaie digitale de banque centrale (MDBC) devrait associer les services de la banque de France et ceux des services fiscaux.

 21 - A échéance sans doute plus lointaine, la très probable concentration du stock de monnaie digitale sur les entreprises, ouvre des pistes de transformation du système productif devant conduire au rétablissement des comptes extérieurs avec comme objectif final la fin d’une dépense nationale issue de revenus qui n’ont pas été produits. Avec l’espoir d’un effacement progressif des effets sociétaux négatifs associés à cet historique décalage et en particulier le rapport des individus au travail. Elle ouvre également des pistes sur la transition environnementale.

22 - Un outil de politique économique concret du transfert de la consommation vers la production est la dévaluation des stocks accumulés de monnaie digitale au détriment des entreprises très importatrices et la réévaluation des stocks de monnaie digitale au profit des entreprises autocentrées ou exportatrices. Le jeu des dévaluations/réévaluations doit mettre fin aux externalités négatives de la mondialisation sous contrainte de l’euro.

23 - Globalement la concentration de monnaie digitale depuis les ménages vers les entreprises doit atteindre plus particulièrement la Grande Distribution, composante sans doute importante de la désindustrialisation. Sans stratégie de recentrage clairement pratiquée, son stock de monnaie digitale devrait être dévalué. La Grande Distribution devra désormais mieux mesurer le coût d’opportunité de l’extension des chaînes de la valeur. A l’opposé, l’industrie de la défense beaucoup plus autocentrée et néanmoins très exportatrice devrait bénéficier de la réévaluation de son stock de monnaie digitale.

24 - L’efficience de l’outil dévaluation/réévaluation est régulièrement questionnée : périmètre et hauteur des dévaluations/réévaluations, mesure du rendement, rythme des opérations et de leur planification, mesure des effets pervers, solutions apportées, etc. A terme, peut-il émerger un dispositif automatique permettant d’éclairer en continu les choix stratégiques des entreprises au profit de la reconstruction du pays ?

25 - Une telle irruption de monnaie parallèle, d’abord à titre expérimental, puis probablement institutionalisé, doit être communiquée et faire l’objet d’une grande attention pédagogique. Plus fondamentalement, il serait important que, dans les Universités et écoles, les économistes mettent fin à la colonisation mentale de la jeunesse et, à ce titre, revoient fondamentalement et en urgence l’enseignement de la théorie monétaire.

26 - Les chances d’institutionnalisation du dispositif dépendent aussi de l’attitude des « faucons » face à l’exploitation d’un « trou de souris » par la France. Ces derniers auront à mesurer le coût d’opportunité de l’utilisation du dispositif de sanction européen. Faut-il renouveler sur une base très élargie le « Next Generation EU » que l’on découvre dans le nouveau plan Draghi, plan jugé inacceptable par les « faucons », ou bien laisser monter un dispositif qui fondamentalement rend l’euro fonctionnel. Précisément, le trou de souris pourrait s’élargir dans le cadre des débats qui semblent s’ouvrir à propos du diagnostic qui fonde le rapport Draghi.

Un peu de lumière au bout du chemin.

  • Il est à l’interne politiquement acceptable car l’Etat peut jouer le jeu de la défense d’une finance qui, jusqu’ici, semble vivement s’inquiéter de l’énorme risque de la MDBC telle qu’elle semble se construire aujourd’hui. La monnaie digitale est en effet une rupture technologique potentiellement révolutionnaire de toute l’organisation bancaire, avec potentiellement la possibilité de remplacer toutes les banques par un monopole celui de la banque centrale. Situation plus ou moins comparable avec ce qui s’est passé après la seconde guerre mondiale dans l’industrie de l’électricité avec la disparition de centaines d’entreprises au profit d’un EDF fonctionnant à rendements croissants. Idéologiquement, la finance menacée par une technologie disruptive peut rechercher la béquille d’un Etat bienveillant. Le projet peut donc apparaître rassurant et ne pas « soulever les marchés ». Bien évidemment la rupture technologique suppose une grande attention à certains de ses effets en particulier toutes les entreprises  directement liées à la logistique monétaire: Cartes Bancaires, infrastructures de marché,etc.), mais aussi les risques associés en termes de cyberattaques qui justifient parfois un nouvel intérêt pour le cash ( par exemple les pays nordiques qui craignent l'impérialisme russe). 
  • Il est au niveau bruxellois acceptable : l’euro reste la monnaie de la zone et les faucons n’ont plus à se battre contre des emprunts européens risquant de devenir des transferts réels de ressources depuis les fourmis vers les cigales. De quoi aussi rétablir un climat de confiance au niveau de la finance mondiale. Mais aussi de quoi intéresser la finance européenne et le régulateur européen qui ne verrait (sauf accompagnement d’une mesure brutale par l’Etat français type imposition d’une monnaie pleine) aucune limite à la capacité des banques à prêter.
  • Il est au niveau géopolitique d’un intérêt majeur : il permet un financement sans dette des investissements de réparation/conservation de l’environnement, des investissements d’infrastructures nécessaires au développement et des investissements dans le domaine de la défense et des réparations de guerre. Dans un futur sans doute plus lointain, le dispositif pourrait devenir instrument de « géofinance » à l’instar de l’utilisation du dollar américain dans la politique internationale américaine.
  • Il est au final la solution à la grande contradiction historique au cœur d’une culture française : celle de l’articulation du fonctionnement des marchés politiques d’une part, à celle des marchés économiques, d’autre part. De façon quasiment pluriséculaire, le fonctionnement des marchés politiques - animé autour de la sacralité de l’Etat- élargit le périmètre de l’Etat-Providence, tandis que celui des marchés économiques tend à le comprimer. Historiquement, la contradiction était levée par la dévaluation externe régulièrement répétée (Quatrième République et une bonne partie de la cinquième, marquée  à sa naissance par 2 dévaluations massives). L’euro vient interdire ce mode de régulation et le fonctionnement contradictoire des deux marchés se solde dans l’attrition de la production, la dégradation des services publics, et la fuite vers une dette à élargissement continu. Le « mode de vie français » - sous le régime de la monnaie unique- débouche mécaniquement sur un étranglement des entreprises et une dette abyssale. La solution de monnaie parallèle numérique réintroduirait le premier type de régulation avec le retour de la « production », la fin de la « dette », et l’acceptation de la « culture française ».

 

                                                                                                          

 

 

 

 

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25 septembre 2024 3 25 /09 /septembre /2024 08:15

1 - Les choses deviennent plus claires et il est intéressant de constater que les entreprises politiques et leurs  franchisés ou animateurs cessent d’utiliser ou de se cacher derrière les vieux produits politiques de toujours : « République», « intérêt général », « intérêt de classe », « intérêt collectif », « émancipation », « progressisme », « laïcité » etc. A quelques exceptions près, seul l’intérêt personnel de chaque entrepreneur apparait en pleine lumière. De quoi éloigner un peu plus le citoyen.

2 -  L’utilisation du terme « gouvernement de droite » dans une France droitisée n’a guère de sens et révèle simplement la perte des repères. L’entreprise politique RN dite « d’extrême droite » est difficilement qualifiable  dans la mesure où elle met en avant des produits politiques  réputés de gauche parmi des produits politiques réputés de droite. L’éloignement du signifiant   vis-à-vis du signifié risque de rendre peu prévisible les stratégies de motions de censure de ce lourd passager clandestin qu’est le RN.

3 -  On notera  la grande rationalité des entrepreneurs politiques de premier rang, qui déjà dans la lumière n’ont pas envie de la perdre dans un gouvernement qui risque de les enfermer dans un trou noir. Ces entrepreneurs, aux prises avec de grandes ambitions personnelles, sont même prêts à attendre voire à contribuer à l’aggravation du réel pour se positionner sur le marché de l’élection présidentielle. L’intérêt privé se préserve, voire se nourrit  de la poursuite de la dégradation collective.

4 - Cette réalité est particulièrement vérifiée   pour  l’entrepreneur politique central qu’est  le Président de la République.

5 -  Au-delà de quelques exceptions notables, le gouvernement est constitué de franchisés qui, vivant jusqu’à présent dans l’ombre, espèrent prendre un minimum de lumière dans ce qui est le trou noir. D’où un grand nombre d’inconnus et de franchisés démunis qui font le pari risqué de gagner quelque chose.

6 -  Les entreprises politiques qui se nichent dans les rangs de l’Assemblée nationale constituent des oligopoles de moins en moins coordonnés. En particulier, l’oligopole central  - parce que constitué de franchisés dépendant d’entrepreneurs politiques restés à l’extérieur -  ne peut que très difficilement devenir oligopole coordonné, ce que les politistes aimeraient appeler « coalition ». En effet les branches de l’oligopole central sont constituées de marionnettes n’obéissant qu’à leur marionnettiste qui, lui, appartient au groupe des entrepreneurs politiques extérieurs… lesquels sont en concurrence sur le marché de l’élection présidentielle.

7 -  La multiplication des situations d’incoordination à l’intérieur des oligopoles politiques et en particulier l’oligopole central ne développe pas comme sur les marchés économiques une concurrence saine. Dans ces derniers la multiplication des acteurs peut créer un marché fait d’un  tissu solide à l’instar de celui  d’une Italie devenue quatrième exportateur mondial. A l’inverse, la multiplication des entreprises politiques n’enfante qu’un marché fait d’un tissu désordonné. Alors que le marché économique de pleine concurrence peut être un guide, les marchés politiques de pleine concurrence deviennent un danger. Le marché politique français s’enkyste  probablement dans cette situation de désordre et de blocage.

8 -  Il est difficile dans un tel contexte de voir le premier ministre se substituer aux marionnettistes et se transformer lui-même en marionnettiste. Ce type de stratégie se heurterait à l’opposition des marionnettistes reconnus de l’oligopole gouvernemental et surtout devrait affronter avec radicalité l’oligopole NFP et le duopole RN. La stratégie dominante du premier ministre est donc de tenter d’assurer sa simple survie.

9 - Les stratégies de censure vont s’organiser à partir de l’évaluation de leurs coûts d’opportunité. Sachant qu’une censure entrainerait le risque d’une pression croissante sur le départ du Président de la République, quel avantage  -pour l’un et l’autre des oligopoles - retirer d’une élection présidentielle anticipée ? Sachant en outre que le président ne renoncera en aucune façon à son intérêt personnel :  Quel paysage gouvernemental ? Nous entrons ici dans un espace particulièrement complexe.

10 - L’asymétrie de la relation entre l’oligopole NFP  et le duopole RN  perturbe la logique de cartellisation. Il y a  asymétrie en ce sens que NFP est moins passager clandestin que RN : le premier ne peut qu’observer les produits politiques lancés par l’oligopole central et ne peut bénéficier d’une offre de censure qu’avec l’accord de RN. En pratique, l’occurrence de la cartellisation sera très contenue par l’oligopole gouvernemental qui évitera au maximum les produits engendrant la  cartellisation : réformes dites structurelles touchant l’économie, entrées de la réglementation européenne dans l’espace national, modernisation/rationalisation des services publics, etc.  En revanche, la règlementation accumulée depuis 2017 sera autant que possible vigoureusement  protégée par l’évincement de la loi au profit du décret.

11 - Le RN, en sa qualité de gros passager clandestin sortant visiblement de sa clandestinité, doit logiquement choisir une stratégie de déstructuration des 2 grands oligopoles qui lui font face. Le passage à la fragmentation puis à l’émiettement de ce qu’on appelle encore les partis sera pour  le RN le plus sûr moyen de mener à la victoire. L’outil de la fragmentation est la multiplication de « lignes rouges » sur les produits politiques proposés par l’oligopole gouvernemental : plus une proposition est tenue (par le RN) de monter vers des exigences élevées et plus la dislocation est assurée. Tel le travail des bucherons il s’agit pour le RN d’enfoncer des coins dans l’oligopole pour obtenir sa dislocation.  Cette stratégie suppose évidemment la mobilisation de nouveaux franchisés qu’il faudra former.

 

 

 

 

 

 

 

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17 septembre 2024 2 17 /09 /septembre /2024 07:23

 

Au regard de la réalité de la situation de la France, le nouveau pouvoir reprendra les mêmes thèmes et les mêmes slogans en particulier celui d’un « euro protecteur ». La France ne va pas bien mais heureusement « l’euro nous protège ». Au moment où la question budgétaire va se poser dans l’hémicycle, la présente note se propose de montrer qu’il existe plus qu’un lien entre la dette ou le déficit et le choix de la monnaie unique.

Pour cela, il nous faut d’abord expliquer que le fonctionnement normal de l’euro suppose des transferts importants de ressources entre zones excédentaires et zones déficitaires.

Transferts entre régions au sein d’un Etat-Nation

 Soit un Etat-Nation composé de deux régions, l’une très productive, l’autre beaucoup moins. Logiquement, les échanges entre les deux régions seront déséquilibrés. Appelons RE la région excédentaire et RD la région déficitaire. Logiquement viendra un moment où la circulation des moyens de paiement se bloquera : RD devient insolvable. Plusieurs réactions sont envisageables :

1 – L ’Etat central décide de subventionner/moderniser RD à partir de l’impôt.

2 - Le même Etat décide d’introduire une monnaie spécifique dans RD, monnaie dévaluée par rapport à celle de l’Etat central et monnaie rétablissant la compétitivité de RD.

3 - L’Etat central mobilise autoritairement sa banque centrale et lui donne l’ordre de créer de la monnaie nationale au profit de RD.

En termes classiques les deux dernières solutions ne sont guère envisagées et ne sont que peu envisageables[1]. Toujours très classiquement, parce qu’un Etat est aussi chargé de produire de « l’homogénéité », la solution fiscale est envisagée. Constatons que c’est la solution que l’on trouve dans les pays de la zone euro. Ainsi en France les régions en difficulté bénéficient de transferts publics financés par la fiscalité.

Transferts impossibles en zone Euro

Cette solution n’est guère envisagée au niveau de la zone euro. Les divers pays sont naturellement très différents et très naturellement, pour toute une série de causes, les structures productives sont très variées. La monnaie unique fige les taux de change et donc nous aurons durablement des régions (ici des pays) excédentaires et des régions déficitaires. Il existe déjà des politiques européennes de mise à niveau, mais ces dernières sont quantitativement très limitées en raison du fait que le total de budget européen ne représente que 1% de son PIB. Le rééquilibrage doit donc se faire sans transfert et bien sûr une dévaluation est impossible pour les pays les moins productifs.

C’est dire que les pays déficitaires doivent reporter sur eux-mêmes la charge de la modernisation de l’outil de production alors même que le déficit vient les étrangler. Un peu comme si la région des houillères des Hauts de France avait été tenue de financer elle-même sa reconversion, alors que les marchés politiques produisent quasi automatiquement une solidarité.

Les coûts de l’interdiction des transferts

Sans revenir sur l’histoire de l’avènement de l’euro, il est clair que, pour la France, mais également pour d’autre pays, les difficultés vont commencer très vite après l’introduction de la monnaie unique. Ainsi l’indice de la production industrielle, régulièrement croissant à l’époque du franc, va stagner à partir de l’an 2000 (base 100 en 2000) puis décroître jusqu’à 90 en 2024. Ainsi le solde du commerce extérieur plus ou moins équilibré jusqu’en 2000, s’effondre à partir de 2004 pour atteindre le niveau historique de 200 milliards d’euros en 2023. Simultanément, cette sous-production assortie d’une sur importation ne peut être contenue malgré des aides publiques colossales au secteur productif. Articulée autour d’une multitude d’outils fiscaux budgétaires et socio fiscaux, cette aide est passée de 20 milliards d’euro en 2004, à 80 milliards en 2008 pour atteindre la somme faramineuse de 170 milliards aujourd’hui. Soit un passage de 1 point de PIB à 5,5 points aujourd’hui.

La disparition de la question du taux de change à l’intérieur de la zone euro accroit la pression concurrentielle sur le système productif français moins adapté. Il est plus facile d’internationaliser avec la disparition des coûts de la couverture de change mais cette disparition se réalisant pour tous, l’économie la moins compétitive voit son exposition renforcée. L’affermissement de l’internationalisation est donc globalement moins avantageux pour la France.

Vivre au-dessus de ses moyens

Ainsi, les français dépensent un revenu qui, quantitativement et qualitativement, n’est pas assis sur une production satisfaisante. Quantitativement la dépense est supérieure au revenu issu de la production, la différence correspondant au déséquilibre extérieur. Qualitativement cette production insuffisante est partiellement artificielle car sur vitaminée par des subventions ahurissantes. Il s’agit d’une tentative de soutien du secteur productif gravement handicapé par un taux de change de plus en plus irréaliste.

Cette dépense d’un revenu qui n’est pas produit, se lit également dans les dépenses sociales au profit de personnes qui restent durablement éloignées du tissu productif. Il est d’ailleurs difficile de distinguer clairement l’imputation des dépenses publiques globales entre celles affectées directement au monde de l’économie et celles au secteur des ménages. On sait toutefois que l’élargissement des dépenses sociales a mobilisé 1 million de fonctionnaires supplémentaires depuis l’introduction de l’euro, soit une hausse de 21% des effectifs de la fonction publique. Réalité qui ne peut se justifier que par l’étranglement du système productif : quand une économie est malade il lui faut mobiliser beaucoup de médecins.

La conclusion de ce raisonnement est extrêmement simple.

Côté dépenses publiques, l’Etat est venu compenser l’étranglement de l’économie productive. Il ne peut que poursuivre son effort à peine de crise économico/sociale majeure. Les entrepreneurs politiques sont tenus d’aider et les entreprises et les ménages. La bataille entre entrepreneurs politiques se déroulant autour des modalités du partage de l’aide, modalités censées distinguer une droite d’une gauche. L’étranglement est croissant si, comme constaté depuis plusieurs années, la productivité baisse.

Côté recettes publiques, il y a blocage en raison d’une liberté de circulation du capital qui est l’une des conditions d’existence de la monnaie unique. L’Etat ne peut davantage taxer les entreprises à peine de renforcer le flux des délocalisations. Il ne peut non plus davantage taxer les ménages en particulier les plus aisés à peine de renforcer le flux des exilés fiscaux.

Le vote du budget 2025.

Il existe par conséquent une tendance fondamentale à l’élargissement d’un déficit public croissant dont l’une des causes essentielles est l’inadaptation du taux de change. Le nouveau pouvoir qui se met en place, malgré sa sympathie pour le Gaullisme, se trouve très loin des conditions de la naissance de la Cinquième République où pouvait être voté, en 1959, un budget en équilibre… après une dévaluation anticipée de 20% en juin 1958, suivie d’une autre de 17,55% le 29 décembre de la même année…. A l’époque, la dévaluation massive permettait une hausse de la production et donc une situation où les acteurs dépensaient un revenu réellement produit.

La solution aujourd’hui supposerait que les déficits soient pris en charge par la zone euro, ce qui nous renvoie à la logique des transferts entre régions déficitaires et régions excédentaires. Il est difficile d’évaluer ces transferts depuis Bruxelles mais compte tenu des quelques chiffres sus mentionnés il s’agirait probablement d’un montant très supérieur à 10 points  de PIB…soit plus de 350 milliards l’an…On voit mal les marchés politiques s’orienter vers ce type de « mesure structurelle »….Le rapport de la France à l’Euro zone n’est en aucune façon le rapport du bassin houiller des hauts de France vis-à-vis de son autorité de tutelle. Il n’y aura jamais l’équivalent du « Fonds d’Industrialisation du Bassin Minier » (FIBM) mis en Place par François Mitterrand. L’Etat central se devait de payer et il n’a jamais été demandé aux houillères de mettre en place des « mesures structurelles » si galvaudées aujourd’hui.

Le projet de budget 2025 sera évidemment débattu autour des immenses besoins régaliens, ou des dépenses sociales voire, plus marginalement, sur la fiscalité. Les entreprises politiques de L 'Assemblée Nationale n’ont pas vraiment conscience de la réalité de la situation. Celles qui savent doivent imaginer le rapport coût/avantage résultant de la dénonciation de la monnaie unique. Ce rapport, vu le niveau moyen de connaissance économique dans l’élite française, est extrêmement négatif et les quelques députés qui savent se tairont. Au-delà, ces mêmes députés savent aussi que le coût géopolitique d’une telle dénonciation serait tout simplement colossal. D’où bien sûr, à peine d’inéligibilité radicale, aucun débat sur un financement strictement monétaire, aucun débat sur l’irruption d’une monnaie parallèle. Les débats concrets seront bien sûr agités mais ne porteront pas sur l’essentiel et très peu auront conscience que les choix techniques sont l’équivalent des marionnettes vis-à-vis du marionnettiste : c’est l’euro qui impose et guide les choix de politique budgétaire.

 La masse des entrepreneurs politiques de base, n’aura heureusement pas la charge de voter sur un sujet qu’ils ne connaissent pas et tout sera réglé par la magie du 49/3.

 

[1] Sauf le cas particulier de l’Argentine qui - depuis quelques mois - voit se redévelopper des monnaies régionales. Précisons toutefois que le problème n’est pas ici un déséquilibre entre régions mais plus fondamentalement une question de politique monétaire globale.

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