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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 19:47

Plan de la note:

1.  La guerre est banalement un prélèvement sur l'économie

2.  Un surplus extérieur est un ballon d'oxygène pour une économie de guerre

3.  Le  régime de sanctions est une tentative d'étouffement du surplus extérieur Russe.

4.  La tentative de dédollarisation est surtout la matérialisation de l'étouffement monétaire

5.  L'étouffement monétaire entraîne mécaniquement l'effacement du surplus extérieur russe.

6.  Il n'existe pas de magie des "comptes miroirs".

                                                    -------------------------------

On parle beaucoup du retour d'une économie de guerre sans en connaître les contraintes et conséquences nécessaires. Il est, par exemple, beaucoup question d'une économie de guerre en Russie avec des développements positifs bien documentés par des chiffres, économie qui consacrerait  une sorte de retour vers les trente glorieuses. Le présent papier se propose d'analyser davantage les choses à partir d'un modèles simple.

1.  La guerre est banalement un prélèvement sur l'économie

Soit un Etat disposant d'un PIB de 100 relevant d'une économie complètement marchande. Supposons un passage en économie de guerre consacrant une partie de PIB , 20 par exemple, figurant désormais sous la forme d'engins de guerre achetés par L'Etat. Le PIB achetable sous forme de biens de consommation ou de biens d'investissement n'est plus que de 8O. Sans échanges extérieurs et en maintenant un équilibre budgétaire, il est clair que le pouvoir d'achat  des citoyens va diminuer du montant de l'effort de guerre. Avec une précision supplémentaire : si les entreprises supposent une reconversion partielle de leur offre cela pose probablement des questions de nouvelle répartition du revenu national.  

2.  Un surplus extérieur est un ballon d'oxygène pour une économie de guerre

Mais les choses sont plus complexes dès que l'on introduit les échanges extérieurs. Si les échanges étaient déséquilibrés en temps  de paix, le passage à l'économie de guerre est difficile. A l'inverse, si les échanges étaient suréquilibrés, on peut imaginer un financement partiel des 20 points de PIB non marchands, non pas par l'impôt mais par l'utilisation de l'excédent extérieur. Concrètement, la pression fiscale augmente moins que prévu et le pouvoir d'achat récupéré peut servir à financer une consommation de biens non plus disponibles nationalement mais disponibles mondialement. Ce schéma ressemble assez bien à ce qui se passe en Russie. Concrètement le passage à une économie de guerre est plus aisé pour les pays disposant d'un excédent extérieur.

3. Le régime de sanctions est une tentative d'étouffement du surplus extérieur Russe.

Ce qu'on appelle sanctions est donc une tentative d'étouffement d'une  économie de guerre  en faisant payer son coût réel par les nationaux russes. Et 2 voies de sanctions sont possibles : l'une directe et l'autre indirecte.

La directe consiste à briser le surplus extérieur russe pour lui substituer un déséquilibre rendant extrêmement coûteux l'économie de guerre. Concrètement, cela peut supposer la destruction de l'outil industriel générateur de l'excédent :  Par exemple, la destruction des infrastructures gazières et pétrolières du pays. 

L'indirecte consiste à rendre beaucoup plus coûteuse la logistique permettant la bonne concrétisation financière de l'excédent extérieur. C'est la  voie choisie par l'Occident . 

4.  La tentative de dédollarisation est surtout la matérialisation d'un étouffement monétaire

Si l'on observe l'évolution des outils de paiement des échanges russes, nous observons globalement l'abandon relatif des devises les plus liquides (le dollar notamment) mais aussi celles qui le sont moins (le yuan) au profit des seuls roubles. Cela signifie que des importateurs étrangers effectuent massivement des paiements en roubles et que des exportateurs russes acceptent des paiements dans cette même monnaie. Selon les données rendues disponibles par la banque centrale de Russie, c'est aujourd'hui 44% des importations qui s'effectuent en roubles, tandis que les exportations vers l'Europe payées en devises nationales passent de 48% du total  en 2023 à 58% en 2024.  Situation qui rappelle l'économie américaine où tous les échanges se font en dollars. Il existe toutefois une grande différence puisque le rouble n'est pas liquide et n'est pas universellement accepté. 

Si le rouble devenait l'équivalent du dollar, il n'y aurait plus de limite monétaire à l'économie de guerre russe. L'excédent extérieur dont l'origine repose largement sur des exportations minières pourrait disparaître et laisser la place à un déficit accepté par l'ensemble des institutions en recherche de sécurité financière. Pour autant, une telle situation ne peut se produire en raison du poids beaucoup trop faible de l'économie russe. Même un large déficit accepté ne donnerait lieu à une liquidité et une profondeur de marché équivalent à celle du dollar. Le marché international du rouble restera infiniment plus petit que celui du dollar. Profondeur et liquidité resteront toujours insuffisantes. 

5.  L'étouffement monétaire entraîne mécaniquement l'effacement du surplus extérieur russe.

Mais plus grave encore, il ne saurait se développer dans le cas de la Russie l'équivalent des "balances dollars". C'est le gigantesque déficit américain qui nourrit la liquidité internationale avec sa profondeur incomparable. Dans le cas Russe, il y a excédent et donc il n'y a pas de "balance Rouble". Tout ce que peut faire la Russie au bénéfice d'importateurs étrangers qui ne peuvent payer en devises classiques sans crainte de sanctions, est de faire crédit aux importateurs étrangers afin de ne pas voir se plafonner l'excédent. 

La conclusion du raisonnement est donc que la montée des échanges en roubles ne fait que traduire une situation difficile. Le maintien de l'excédent russe ne peut que s'artificialiser par création monétaire. Le PIB ne peut augmenter que par monétisation et inflation. C'est dire que les sanctions internationales ont pour effet de faire payer par les seuls citoyens le passage à l'économie de guerre. 

Parce que les devises traditionnelles ( Dollar, Euro, Yen, Yuan, etc.) véhiculent les risques de sanction, les échanges sont de plus en plus libellés en monnaie nationale (Rouble). Cette montée de la devise Russe est la marque des difficultés croissantes de la montée d'une économie de guerre. Il est de moins en moins  question de profiter de l'excédent extérieur  pour acquérir du pouvoir d'achat international. Symétriquement les importateurs étrangers sont progressivement bloqués par l'impossibilité d'obtenir suffisamment de roubles pour assurer les paiements. Logiquement le surplus extérieur de la Russie devrait s'affaisser. 

6.  Il n'existe pas de magie des "comptes miroirs".

Bien évidemment, des manipulations comptables tentent d'éviter le risque de sanction et sont censées éviter l'affaissement du surplus Russe. Parmi ces outils on évoque le maintien des échanges à partir de "comptes miroirs" qui supposent une collaboration entre banques russes en Russie et banques chinoises en Chine. Ce jeu ne permet en aucune façon à la Chine  de disposer de nouveaux moyens de paiements internationaux aidant son économie et le dispositif des comptes miroirs correspond à un non paiement donc de fait une subvention de la Chine envers la Russie. Les comptes miroirs comme les autres manipulations ne sont pas une solution satisfaisante pour le maintien d'une économie de guerre en Russie non directement financée par les citoyens. Les chiffres, souvent mis en avant pour présenter une économie russe très prospère avec un véritable âge d'or de la société salariale, avec plein emploi et fort développement du pouvoir d'achat,  sont plus que contestables. 

"

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22 juillet 2025 2 22 /07 /juillet /2025 08:55

Le monde de la banque risque de voir s'achever une étape historique qui lui fût extrêmement favorable. Sous la protection de banques centrales - qui elles-mêmes étaient devenues indépendantes des Etats - elles ont pu se rendre maîtres de la gestion monétaire et en particulier de la production d'une monnaie juridiquement considérée bien public.

Le stable coin d'une part et la monnaie digitale de banque centrale d'autre part sont les facteurs nouveaux d'une possible dislocation de l'industrie bancaire traditionnelle. Ce risque d'un monde bien moins favorable aux banques résulte lui-même d'une crise politique majeure affectant le monde occidental dans sa globalité. Dans ce monde,  de nouveaux pouvoirs privés viennent contester toute idée d'Etat, nouveaux pouvoirs  qui en même temps affrontent des défenseurs de plus en plus impliqués dans sa renaissance. Au niveau des  banques et de la matière première appelée monnaie, il existe ainsi une confrontation entre privatisation des signes monétaires et renationalisation. 

Juillet 2025: La promulgation du "Genius Act"

Le "Genius Act" vient d'être voté par le congrès américain et  consacre de manière spectaculaire le processus de privatisation de la monnaie : émission complètement décentralisée ( même les GAFAM peuvent s'y consacrer), fin de l'utilisation des circuits bancaires au profit des blockchain, fin des gains sur risques de change, fin du contrôle par la SEC (Securities and Exchange Commission) en raison de leur nature monétaire (ce sont des titres de paiement, donc de la monnaie et non des titres financiers). Il s'agit par conséquent d'une monnaie complètement nouvelle produite par des acteurs nouveaux. les banques peuvent en produire mais ne peuvent en bénéficier comme elles pouvaient et peuvent encore bénéficier d'une création monétaire classique engendrant mécaniquement un taux d'intérêt. Comprenons qu'avec le stable coin il y a destruction de ce qui était le tissu commun à l'industrie bancaire c'est à dire l'effet de composition permettant une création monétaire collective portant intérêt. 

Si le stable coin s'impose, il consacre le rêve de l'économiste Hayek qui souhaitait la création d'un libre marché entre monnaies privées en concurrence, et bien sûr un marché où aucune banque centrale ne parviendrait à l'existence. Si dans l'univers intellectuel hayékien, des monnaies de banque disparaissent et que d'autres naissent c'est en raison de la libre concurrence. Bien évidemment, le contexte du "Genius Act et de ses possibles équivalents occidentaux  ( projet LUGH de Casino Group et Société générale Forge ou encore Monerium en Irlande) sont une grande difficulté pour les banques classiques qui tentent de réagir en produisant elles mêmes leur propre système de stable coin. 

Une privatisation... qui magiquement vient sauver  un Etat failli...?

Le caractère authentiquement monétaire des stable coin vient curieusement renforcer les Etats menacés et en particulier l'Etat américain. Ainsi on peut considérer que le "genius Act"- par l'obligation qui est faite de considérer que chaque Token émis est équivalent à un dollar liquide ou un dollar en dette publique américaine -  est aussi un outil de garantie de la domination du dollar et de sécurisation de la dette américaine. Curieusement nous serions revenus au 19ième siècle où la monnaie de banque émise était garantie par un poids d'or. Si effectivement un Token vaut un dollar de dette américaine - comme naguère  en régime d'étalon-or une monnaie nationale valait son poids en or - alors le genius Act produit une nouvelle version de l'étalon dollar, non pas en utilisant la force de l'Etat mais celle du marché...La monnaie redevient privée et garantit la puissance américaine.... Et si effectivement le monde du stable coin se développe la question de la dette publique américaine n'est plus d'actualité et le dollar comme l'or au dix-neuvième siècle devient la liquidité ultime...sans la crainte d'un pénurie de monnaie. Le nouvel étalon ne risque pas de connaître la rareté puisque le déficit américain viendra nourrir son abondance...Une réalité proprement magique devenue choix politique sous la pression des "broligarques" américains qui ne sont pas tous imprégnés de la théorie hayekienne des droits de propriété. Evidemment, les "broligarques" sont les ennemis d'un Etat fédéral renouant avec la puissance, mais ils utilisent les classiques entrepreneurs politiques pour servir leurs objectifs spécifiques. D'où une complexité qui explique au moins partiellement l'étonnante diversité du bloc au pouvoir aux USA : pas vraiment libertariens, pas vraiment libéraux, pas vraiment nationalistes, pas vraiment réactionnaires, pas vraiment illibéraux. 

La banque américaine n'est qu'à moitié blessée

On comprend mieux que ce pari américain s'accompagne dans un même geste de l'abandon fédéral de tout projet de lancement de monnaie numérique de Banque centrale. La Réserve fédérale ne pourra pas émettre de crypto monnaie tant il est vrai que dans ce nouveau monde un Etat ne peut venir concurrencer un marché de pleine concurrence. Le vote du Congrès donne ainsi l'ordre  à la Réserve fédérale d'abandonner ses travaux sur le dollar numérique. Promulgation du Génius Act et interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale furent l'objet de décisions  conjointes. La banque américaine peut encore voir dans sa blessure une opportunité, mais surtout elle conserve tout son poids en matière de création monétaire. Cela risque de ne pas être le cas en Europe. 

La double blessure des banques européennes

L'interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale n'existe pas, pour les autres pays et - partout où cela est possible -   les travaux de mise en place de la monnaie numérique de banque centrale se poursuivent. Il s'agit de l'autre danger pour les banques, non plus celui de la privatisation de la monnaie mais celui de son étatisation. Nous avons déjà développé cette question en insistant sur la grande résistance des banques qui craignent de voir une fuite monétaire depuis les dépôts de tous les clients vers la banque centrale. Techniquement, si le futur portefeuille numérique universel de la BCE ne connait pas de limitation de volume il est pratique pour tous les agents de vider les comptes classiques au profit de la banque centrale. Sans limitation du portefeuille numérique de monnaie centrale, la matière première de la rentabilité à savoir les dépôts qui nourrissent les crédits, serait en voie de disparition.  Dans un même geste, la création monétaire par les banques disparaitrait et la responsabilité des cette création par les seules banques centrales serait engendrée. De quoi là aussi autoriser sans pleurs un financement monétaire des Etats. Un 'Genius Act" européen s'ajoutant au projet de monnaie numérique de banque centrale viendrait ainsi consacrer l'obsolescence de l'industrie bancaire européenne. Privatisation comme renationalisation de la monnaie sont ici des dangers qui s'additionnent. On ne peut politiquement développer le marché et favoriser son interdiction. 

La bancarisation du monde à l'époque des trente glorieuses était une politique de développement fantastique des marchés. les dépôts nouveaux nourrissent massivement les crédits et l'évaporation de la monnaie de banque centrale (les salariés ne sont plus payés en liquide mais par virement de compte à compte) ne gène en aucune façon la puissance monétaire des Etats. En retour  du cadeau fait aux banques, ces mêmes Etats fixent des contraintes de politique publique ( gestion autoritaire des taux de l'intérêt, achats obligatoires de dette publique, etc.) A cette époque, développement et limites du marché ne sont pas en contradiction et une coopération se met en place. Une industrie bancaire très puissante s'engendre sous la surveillance des Etats. Une réussite spectaculaire pour la France des trente glorieuses.

 Toute autre est la réalité actuelle où les nouvelles technologies tuent les anciens marchés ( ce qui est naturel) mais  nourrissent en même temps le grand retour des Etats. Dans ce contexte, l'Amérique semble jouir encore d'un statut d'exception, ce qui n'est pas le cas de l'Europe. Sans faits nouveaux majeurs, l'obsolescence de l'industrie bancaire risque d'être plus criante en Europe. 

                            Jean Claude Werrebrouck -  22 juillet 2025

 

Excellente question, Jean ! 🌍 Elle touche à la fois la mécanique des cryptomonnaies et les fondements du système bancaire traditionnel. Voici une réponse en deux volets :

 

🏗️ Comment se crée concrètement un stablecoin ?

La création d’un stablecoin dépend de son type de collatéralisation. Il existe trois grandes catégories :

1. Stablecoins centralisés adossés à des monnaies fiat

  • Exemple : USDT (Tether), USDC (Circle)
  • Pour chaque token émis, l’émetteur détient 1 unité de monnaie fiat (ex. 1 USD) en réserve.
  • Ces réserves sont souvent placées dans des comptes bancaires, des bons du Trésor ou des actifs liquides.
  • L’émission se fait via une plateforme centralisée qui vérifie les dépôts et crée les tokens en conséquence.

2. Stablecoins décentralisés adossés à des cryptos

  • Exemple : DAI (MakerDAO)
  • L’utilisateur dépose des cryptos (ex. ETH) dans un smart contract.
  • Le protocole émet des stablecoins en surcollatéralisant (ex. 150% de garantie pour 100% de valeur émise).
  • Tout est automatisé et transparent sur la blockchain.

3. Stablecoins algorithmiques

  • Exemple : USDD (Tron) ou feu TerraUSD (UST)
  • Pas de collatéral direct : un algorithme ajuste l’offre en fonction de la demande pour maintenir la parité (ex. 1 USD).
  • Ce modèle est plus risqué et a connu des échecs retentissants.

 

🏦 Les stablecoins remettent-ils en cause le système bancaire ?

Oui, potentiellement, et voici pourquoi :

💸 Désintermédiation bancaire

  • Les stablecoins permettent de transférer de la valeur sans passer par une banque.
  • Cela réduit les dépôts bancaires, donc la capacité des banques à créer du crédit.

🔄 Création monétaire parallèle

  • Le système bancaire crée de la monnaie via le crédit.
  • Les stablecoins, eux, créent une monnaie numérique stable en dehors de ce circuit, souvent adossée à des réserves mais non réutilisée pour prêter.

🧱 Risque systémique

  • Si une part trop importante de la liquidité mondiale est convertie en stablecoins, cela peut affaiblir les banques, réduire leur effet de levier et limiter leur rôle économique.
  • Les régulateurs s’en inquiètent et cherchent à encadrer ces actifs.

 

En résumé : les stablecoins ne remplacent pas encore les banques, mais ils bousculent leur monopole sur la création monétaire et redéfinissent les règles du jeu financier. C’est une révolution silencieuse… mais puissante.

Tu veux qu’on explore comment les banques centrales réagissent à ça ? Ou comment les stablecoins pourraient coexister avec les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) ?

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16 juillet 2025 3 16 /07 /juillet /2025 03:39

Le plan Bayrou n'aborde pas la question de l'énergie pourtant fondamentale dans la question des prix et de la compétitivité. En particulier, il n'évoque en aucune façon la question du renouvelable abordée dans notre précédent papier. Nous voudrions aller plus loin en posant la question du modèle fondamental de marché, inaugurée par la loi NOME en 2010, modèle en opposition avec celui en vigueur à l'époque de Marcel Boiteux. 

Quand on dit qu'aujourd'hui une organisation dispose du choix entre le "make" et le "buy" ( le "faire" soi-même sous une autorité et une hiérarchie, ou le "faire- faire" par le biais de contrats discutés sur un marché) on retrouve la grande question des modalités de fonctionnement d' EDF. A l'époque de Marcel Boiteux, EDF était dans le make intégral et l'entreprise fixait administrativement le prix d'une électricité qu'elle produisait centralement. Aujourd'hui, nous avons une situation inverse et EDF est dans une logique de marché concurrentiel. L'électricité n'est plus un produit administrativement défini mais une marchandise classique.

Un grand économiste - Ronald Coase - posait la question , il y a près d'un siècle, de la nature des  modèles de fonctionnement : centralité ou marché ? Il en déduisait qu'à chaque étape de son développement une organisation  devait se poser la question du recours soit à la centralité soit au marché. Et la réponse devait provenir d'une comparaison de coût :  quel coût pour la centralité et quel coût pour le recours au marché. Concrètement, l'entreprise France qui veille à son approvisionnement électrique doit-elle choisir un modèle complètement centralisé (EDF de l'époque de Marcel Boiteux) ou un modèle de marché (celui introduit par la loi NOME de 2010). Ne trouvant rien dans la littérature académique (hormis quelques travaux concernant les obligations d'achat et le marché de capacité) nous avons mobilisé l'intelligence artificielle, mobilisation dont on trouvera ci-dessous le développement.

Question posée à l'IA COPILOT :

"A l'époque de Marcel Boiteux? EDF était un ensemble vertical complètement intégré depuis la production de l'électricité jusqu'à la distribution. Aujourd'hui, nous avons un ensemble éclaté avec des entreprises travaillant sur un marché. L'intégration présentait probablement un coût administratif et de gestion à évaluer. Aujourd'hui, le fonctionnement du marché suppose tout un ensemble de règles nouvelles dont le coût doit être évalué. Peux-tu me donner une comparaison entre les coûts de l'intégration de jadis avec les coûts de fonctionnement du marché aujourd'hui ?"

Réponse de l'IA COPILOT;

Tu poses une question passionnante, Jean, qui touche au cœur de l’évolution du modèle énergétique français. Voici une comparaison structurée entre les coûts de l’intégration verticale d’EDF à l’époque de Marcel Boiteux et ceux du fonctionnement du marché actuel :

 

⚙️ Modèle intégré d’EDF (époque Boiteux)

Caractéristiques principales :

  • Monopole public : EDF gérait la production, le transport, la distribution et la commercialisation.
  • Tarification au coût marginal : conçue pour refléter les coûts réels et optimiser les investissements.
  • Cohérence technique et économique : un seul acteur assurait la planification et la gestion du parc électrique.

Coûts associés :

  • Coûts administratifs réduits : une seule entité, peu de duplication des fonctions.
  • Investissements centralisés : économies d’échelle sur les infrastructures (centrales, réseaux).
  • Gestion simplifiée : pas de coûts liés à la concurrence ou à la régulation multiple.
  • Tarification transparente : les prix reflétaient les coûts de production et d’acheminement.

 

🧩 Marché éclaté actuel

Caractéristiques principales :

  • Multiplicité d’acteurs : producteurs, fournisseurs, distributeurs, régulateurs.
  • Marché de gros et de détail : échanges via bourses (EPEX Spot, Nord Pool), contrats bilatéraux.
  • Régulation complexe : Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), mécanismes comme l’ARENH.

Coûts associés :

  • Coûts de régulation élevés : surveillance, audits, mécanismes de compensation.
  • Coûts de transaction : négociation de contrats, gestion des flux, intermédiation.
  • Coûts de coordination : synchronisation entre acteurs, gestion des congestions réseau.
  • Effets de marché : volatilité des prix, distorsions liées aux subventions (ex. obligation d’achat pour les renouvelables).
  • Surcoûts liés à la concurrence : marketing, démarchage, marges commerciales.

 

📊 Comparaison synthétique

 

Aspect

Modèle intégré EDF (Boiteux)

Marché actuel

Nombre d’acteurs

Unique

Multiples

Coûts administratifs

Faibles

Élevés

Tarification

Coût marginal optimisé

Prix de marché (souvent volatiles)

Investissements

Planifiés et centralisés

Fragmentés, parfois spéculatifs

Coordination

Intégrée

Complexe

Transparence des coûts

Forte

Faible

Coûts de régulation

Limités

Importants

 

 

Ce qui est fascinant, c’est que Marcel Boiteux lui-même avait anticipé certaines limites du marché, notamment l’incapacité du coût marginal à couvrir les investissements à long terme sans cohérence tarifaire.

Souhaites-tu que je creuse l’impact sur les consommateurs ou sur les investissements dans le nucléaire et les renouvelables ?

Conclusion:

L'IA n'aborde pas la question des modalités d'un fonctionnement de marché qui reste très largement artificiel en raison de l'impossibilité technologique du stockage de l'électricité. L'IA n'évoque pas le très grand nombre de régulateurs et d'agences qui le font fonctionner ( Agence de Coopération de l'Energie, Commission de Régulation de l'Energie, Direction Générale de l'Energie et du Climat, Autorité de la Concurrence, etc.) Elle n'évoque pas les contrats exotiques que l'on ne rencontre nulle part ailleurs ( Contrats pour différence, Power purchase agreement, contrat d'allocation de de production nucléaire, versement nucléaire universel, Obligation d'Achat, certificat de capacité, contrats de partage de la modulation, contrats d'effacement, etc.) L'interaction sociale générée par ce monumental dispositif consomme près de 500 cadres chez EDF et probablement plusieurs milliers de fonctionnaires et collaborateurs au niveau de l'ensemble du marché. Il génère également tout un  dispositif attaché à la spéculation financière sur les marchés. 

On peut se féliciter de l'aide apportée par COPILOT, et Il est à tout le moins regrettable qu'aucune évaluation sérieuse n'ait été entreprise en utilisant les travaux et conclusions de Coase. Les modalités organisationnelles de l'approvisionnement électrique de la France sont elles efficientes? Les marchés politiques y ont répondu par l'idéologie de la loi NOME et les économistes semblent en avoir respecté les conclusions sans jamais creuser les véritables questions.

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10 juillet 2025 4 10 /07 /juillet /2025 14:00

Sans aucune analyse le quotidien les Echos informe ce jour que le solaire fut en juin la principale ressource d'électricité à l'échelle de l'UE. Très descriptif l'article figure en gros titre en première page. Nous avons de notre côté interrogé l'intelligence artificielle COPILOT à partir du prompt suivant:

"Le solaire était en juin la première source d'électricité en Europe. La consommation étant plus faible en été, on peut penser que la règle de la priorité a du obligé toutes les centrale pilotables à réduire leur production. Pour la France étant donné la grande part du nucléaire on peut donc penser que les centrales nucléaires françaises ont très fortement réduit leur production. Cela veut-il dire que finalement c'est le nucléaire français qui paie le prix du renouvelable? Est-ce juste? Car cela revient aussi à dire que le profit sur le solaire est payé par une dégradation de la situation économique d'EDF.

 

Réponse de COPILOT:

Tu mets le doigt sur une tension réelle dans la transition énergétique française : celle entre la montée en puissance des renouvelables et la place historique du nucléaire dans le mix électrique.

🔆 Ce qui s’est passé en juin 2025

  • Le solaire a représenté 22,1 % de la production électrique européenne, dépassant pour la première fois le nucléaire (21,8 %).
  • En France, le solaire a atteint un record avec près de 10 % de la production nationale.
  • La consommation étant plus faible en été, et les renouvelables bénéficiant d’une priorité d’injection sur le réseau, les centrales pilotables (dont le nucléaire) ont effectivement dû moduler leur production.

⚛️ Le nucléaire comme variable d’ajustement

  • En France, le nucléaire est hautement pilotable, mais cette modulation n’est pas sans coût : elle peut accélérer l’usure des réacteurs, réduire leur rentabilité, et compliquer la gestion du parc.
  • EDF, en tant qu’exploitant, voit ses revenus impactés quand elle doit vendre moins d’électricité ou à des prix plus bas, alors que les renouvelables bénéficient souvent de tarifs garantis ou subventions.

💸 Qui paie le prix ?

  • On peut dire que le nucléaire subit une forme de cannibalisation économique par les renouvelables, surtout quand ces dernières sont subventionnées et prioritaires.
  • Cela crée une situation paradoxale : EDF investit dans le nucléaire, mais doit parfois ralentir sa production pour laisser la place à des installations solaires souvent privées, parfois importées, et subventionnées.

⚖️ Est-ce juste ?

  • D’un point de vue économique, cela peut sembler déséquilibré, surtout si EDF doit absorber les pertes sans compensation.
  • D’un point de vue climatique, la priorité aux renouvelables est cohérente avec les objectifs de décarbonation.
  • Mais politiquement, le débat est vif : certains sénateurs et experts dénoncent le fait que le nucléaire devienne une variable d’ajustement, alors qu’il est censé être le pilier du mix décarboné français.

Tu soulèves donc une vraie question de justice énergétique. Faut-il revoir les règles de priorité ? Ou mieux intégrer le nucléaire dans la stratégie de transition ? On peut creuser ça ensemble si tu veux.

Nous laissons au lecteur le soin de réfléchir à la question déjà débattue dans le blog de la présence croissante du renouvelable sur l'avenir du nucléaire français et de l'industrie correspondante.

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5 juillet 2025 6 05 /07 /juillet /2025 09:47

On peut s'étonner des débats et conflits  actuels sur l'organisation de l'infrastructure concernant l'électricité (France en particulier) , l'organisation de l'infrastructure ferroviaire (Suède notamment) , l'organisation de l'infrastructure monétaire (Europe en particulier). Historiquement, ces infrastructures assurant la circulation - de l'énergie, des personnes, de l'argent, etc.-  étaient soit publiques  (sous la forme d'un monopole), soit éclatées sous la forme d'entreprises en concurrence  (par exemple le secteur bancaire chargé collectivement de la circulation de la valeur). Ces dernières décennies, ces infrastructures semblaient prendre la direction d'une voie commune, celle d'une dispersion ou d'un éclatement transformant les productions en marchandises achetables sur des marchés. C'était le cas de l'électricité qui devenait un produit spéculatif côté sur des marchés spot ou de gros. C'était aussi le cas du rail qui, un peu partout, devenait activité privée (Grande Bretagne, Suède, voire France). Bien évidemment,  l'Union Européenne devait chapeauter le processus. D'une certaine façon, ces infrastructures rejoignaient celle de la finance, éclatée depuis longtemps, avec même une impossible mutualisation des risques pourtant souvent exigée par Bruxelles.

Curieusement, les temps semblent changer avec ce qui apparait d'abord comme une réflexion mais aussi comme un très vaste mouvement de recentralisation plus ou moins clairement affirmé, voire plus ou moins mené clandestinement. C'est bien évidemment le cas du rail où l'on voit une renationalisation ( Grande Bretagne, Suède, mais aussi France avec une  SNCF peu disposée à la dispersion d'un outil monopoliste). C'est aussi le cas des infrastructures électriques et - plus curieusement, voire mystérieusement - monétaires sur lesquelles il convient de s'appesantir.

 

,,,,D'abord l'infrastructure électricité.

Il devient de plus en plus difficile de gérer correctement des électrons qui ne se transforment pas en marchandise classique. Sur un marché classique, l'ajustement entre offreurs et demandeurs se réalise certes par les prix mais aussi par des stocks qui peuvent en fonction des conjonctures s'accroître ou diminuer. De plus la réactivité de l'offre ajoute à la souplesse et il est généralement possible pour les divers offreurs d'augmenter ou de diminuer la production. De ce point de vue, l'électron est une exception qui peut devenir radicale : l'électricité n'est pas stockable et certaines de ses nouvelles usines de production sont peu fiables car intermittentes (éolien, solaire). Alors qu'un marché de  marchandises classiques  peut rester libre, un marché de l'électricité doit faire l'objet d'une organisation rigoureuse, et tellement détaillée qu'on se rapproche d'un système autoritariste voire dictatorial. D'où cette impression de faux marché difficilement maitrisé par des milliers de fonctionnaires ou quasi fonctionnaires devenus, bizarrement,  indépendants de l'Etat. Pensons par exemple à ceux de la CRE (Commission de Régulation de l'Energie).  Sans l'électricité renouvelable et sa non fiabilité, on peut encore imaginer un système décentralisé qui peut réagir aux fluctuations de la demande. On peut même penser que les prix de marché qui se formeraient, seraient dictés par la règle du coût marginal. Tel n'est plus le cas avec un potentiel productif qui devient de moins en moins fiable avec le développement du renouvelable. De ce point de vue, on commence à voir les drames se produire dès que le renouvelable trop présent ne permet plus aux centrales classiques- devenues collectivement trop faibles en puissance installée- de réagir aux fluctuations de la demande. Tel est le cas du black out de près d'une journée sur le continent ibérique en Avril dernier : Parce que les électrons issus du renouvelable ne pouvaient plus être massivement produits? les centrales pilotables se sont retrouvées en difficulté pour augmenter massivement leur production ;  D'où les variations de tension et les effets dominos de la panne généralisée. Dès que le non fiable prend du poids dans le mix énergétique, il doit prendre appui sur des unités fiables mais de force plus réduite en raison de sa propre prise de poids.  Clairement, ce qui vient de se passer sur le continent ibérique doit  se reproduire, sauf à faire appel à davantage de connexion avec une France - elle même fragilisée par la prise de poids de son renouvelable -  invitée à porter secours à un système dont la fragilité est l'effet inattendu des choix politiques espagnols. 

Plus clairement encore, le fait de transformer en marchandise les électrons est à l'origine d'un montage industriel d'une branche professionnelle qui ne peut satisfaire les besoins. Dans le monde industriel classique on ne saurait procéder à de tels montages. Ainsi une usine d'assemblage de voitures qui serait défaillante n'est pas compensée par la construction d'une autre usine du même type génératrice de surcoûts. Concrètement, l'outil défaillant est abandonné au profit d'un outil plus fiable. Dans le choix de la marchandisation de l'électron produit à partir de l'éolien on est dans l'irrationalité et on espère gagner en fiabilité en multipliant les éoliennes et leur interconnexion.

Plus grave est le fait que les industriels de l'éolien connaissant le caractère inéluctablement défaillant de leur outil, vont exiger des garanties pour investir. Un peu comme si à propos des chaînes d'assemblages de voitures, on demandait à l'Etat de garantir la rentabilité économique sur l'outil. C'est très exactement ce qui se produit dans l'infrastructure électrique où l'Etat garantit le prix d'achat des électrons éoliens et garantit le débouché en exigeant la priorité de l'électron éolien sur les réseaux...au prix de la modulation du nucléaire, c'est à dire au prix de la diminution autoritaire de la production nucléaire. Une telle garantie de la rentabilité de l'éolien revient alors à placer ladite industrie en position rentière.  D'où l'intérêt des rentiers de la finance avec la précipitation des edge funds et fonds de pension vers l'éolien. En sorte que la non fiabilité est payée plusieurs fois : par le contribuable, par EDF qui distrait une partie des agents des salles de contrôle au respect de la modulation et de la perte de production, par le consommateur victime potentielle des pannes et de prix artificiels. 

Réalité méconnue du grand public depuis la disparition du grand monopole EDF (Loi NOME de 2010) le débat est en train de renaître, divise toutes les entreprises politiques, et sera vraisemblablement tranché au cours des deux prochaines années. Bien évidemment cela supposera de grandes transformations sur les marchés politiques avec des ruptures idéologiques majeures. 

,,,,Ensuite l'infrastructure monétaire

Les choses sont ici encore plus complexes et peu d'acteurs de la branche sont conscients de la réalité et de ses forces transformatrices. De fait, l'actuelle infrastructure électricité avec ses centrales et ses réseaux de transport ressemble un peu à l'infrastructure monétaire. Nous avons des banques qui produisent de la monnaie et la font circuler dans un cadre décentralisé et marchandisé. Avec ici des risques de pannes consécutives aux comportements des usagers. Ainsi une banque qui voit ses dépôts circuler vers d'autres banques peut devenir victime d'un bank run aux effets indésirables sur d'autres banques. Un peu comme les variations de tension sur les réseaux électriques qui peuvent entrainer une panne globale, ici une crise bancaire.

La présente conjoncture fait que si dans l'industrie de l'électricité on devait se diriger vers des choix inappropriés dans un cadre de fragmentation ( transformer l'électron en marchandise) dans le cadre de l'industrie bancaire on se dirige possiblement vers des choix rationnels porteurs de centralisation voire de renationalisation. De ce point de vue le débat encore très secret sur l'infrastructure monétaire est assez comparable à celui de l'électricité. Mettre fin aux crises financières voire de dettes passe par une renationalisation comme mettre fin aux risques de black out consiste à mettre fin au faux marché de l'électricité. Les choses sont ici d'une grande simplicité mais politiquement encore beaucoup plus difficiles que ce qui se passe dans les débats sur l'électricité. Concrètement, et en simplifiant, il est proposé de créer un euro numérique de banque centrale censé moderniser les flux monétaires basés sur les billets. Les paiements en espèces disparaitraient au profit du smartphone et d'un porte feuille numérique reposant sur des comptes à la banque centrale.

Un tel dispositif n'est pas que technique et se trouve porteur d'une révolution inacceptable pour le système bancaire décentralisé d'aujourd'hui. Présentement encore, les banques portent les comptes des entreprises et  des particuliers à leur passif, une réalité qui constitue la matière première de leur activité, en particulier la création monétaire. Parce que les dépôts nourrissent des crédits qui eux mêmes nourrissent d'autres dépôts, les banques, mêmes celles numérisées appelées néo banques, ne peuvent accepter une menace sur la maitrise des dépôts. Or, de ce point de vue, en créant une monnaie numérique de banque centrale, le siphonage des comptes par la seule banque centrale devient une menace existentielle pour le système décentralisé. En effet, au nom de la simplicité, on ne voit pas pourquoi les comptes des entreprises, des particuliers, voire du Trésor lui-même ne se déplaceraient pas vers le passif d'une banque centrale redevenue banquier monopoleur... Comme EDF était le producteur monopoleur de l'électricité et la SNCF monopoleur du transport par rail...

Bien évidemment les débats - largement édulcorés dans les médias qui ne se rendent pas compte du formidable enjeu de recentralisation - font rage entre les banques et leurs représentants et les banquiers centraux. Ces derniers, souvent issus eux-mêmes du monde de la finance, savent à quel point les nouvelles technologies rendent probablement inéluctables la grande transformation de l'infrastructure monétaire. Et, de ce point de vue le débat apparent sur la limite qui pourrait être fixée au déménagement des comptes privés depuis les banques vers la banque centrale, n'est qu'un combat d'arrière garde. Ce sont en effet les clients qui eux-mêmes au nom de la rationalité et de la sécurité des transactions vont exiger quelque chose comme un monopole des banques centrales. 

Nous n'en sommes pas encore là et pour le moment les nouvelles technologies qui tournent autour de la blockchain semblent produire un double effet de privatisation et de renationalisation de la monnaie. Les banques qui se savent menacées, accélèrent le grand mouvement de la création des stable coin, y compris en l'intégrant dans les jeux de la finance et en se passant de la banque centrale. De quoi devenir autonome dans le service de livraison des titres qui jusqu'ici mobilise la monnaie centrale. Simultanément les banques centrales semblent vouloir accélérer la création de la monnaie numérique de banque centrale. Dès le troisième trimestre 2026 (Initiative Pontes) les transactions numériques pourront s'opérer à partir de la nouvelle monnaie numérique de banque centrale. De quoi bloquer la privatisation de la monnaie.

Derrière ces grands mouvements très parallèles, nous retrouvons bien sûr la problématique de la souveraineté et, bien au delà, de celle du sens à retrouver dans l'action collective. Les mouvements de décentralisation et d'émiettement allaient dans le sens de la fin de l'histoire: il n'y a plus rien à faire et à construire. Les débats actuels sur les infrastructures forgent peut-être celui du retour du sens. 

Jean Claude Werrebrouck le 7 juillet 2025 

 

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24 juin 2025 2 24 /06 /juin /2025 08:39

EDF peut claironner son rétablissement et publier des chiffres encourageants. Il est exact que la production d'électricité nucléaire a augmenté en 2024 pour atteindre 361TWH, soit une hausse de 13%. Cette hausse signifie aussi une forte amélioration de l'engagement de chaque centrale dans la production de KWH, ce que les spécialistes appellent le "facteur de charge". Ce qui distinguait jusqu'ici les centrales françaises des centrales étrangères et en particulier américaines était la faiblesse de l'engagement de l'outil de production, les centrales françaises avaient vu leur facteur de charge descendre jusqu'à moins de 60% alors que les quelques 90 centrales américaines ont pu monter jusqu'à 93%. L'an dernier avec une puissance disponible de 61GW, il a pu être mis à la disposition du marché 361 TWH, soit donc un taux d'utilisation de 67,5 %. Net progrès par conséquent que l'on doit probablement à la remise en activité des réacteurs arrêtés pour cause d'usures techniques dont la corrosion anormale sur certaines pièces. 

Pour autant avec un parc réparé et bien utilisé - malgré quelques inquiétudes sur la centrale de Civaux - il faut se poser la question d'un facteur de charge certes amélioré mais encore très loin de ce qui est techniquement possible, c'est - à - dire environ 90%

Il nous faut ici apporter quelques précisions.

Tout d’abord, il faut distinguer entre disponibilité et utilisation. Une centrale peut être disponible pour une production immédiate et non utilisée en raison d’une demande insuffisante. Il y a donc lieu de distinguer ces deux aspects dans ce qu’on appelle le facteur de charge. De façon plus détaillée encore il y lieu de voir dans quelle mesure une non utilisation correspond à une demande insuffisante ou au contraire à un choix économique d’EDF. En effet si en raison d’un prix trop faible ( beaucoup de vent , de soleil, d’eau disponible) il y a abondance de l'offre et baisse des prix, les coûts variables des centrales ne sont plus couverts par les prix de vente, il convient de baisser la production. RTE qui gère l’ajustement entre production appelée et production demandée ne peut donner d’informations journalières précises et donc finalement il est difficile de détailler les composantes du facteur de charge.

Le facteur de charge du nucléaire français s’est révélé historiquement  beaucoup plus faible que partout ailleurs dans le monde ( en moyenne 75% contre 90%). La raison résulte du choix d’une électricité largement nucléaire. Si en effet l’essentiel de l’électricité est produit avec du nucléaire -jusqu’à 80%- alors l’ajustement de la production à la demande est très largement porté par le nucléaire ; les centrales ne peuvent fonctionner en permanence à pleine puissance et doivent s’ajuster aux périodes de basse consommation. A l’inverse, aux USA malgré le grand nombre de centrales (90), le nucléaire ne représente qu’une faible part dans le total de l’électricité ( moins de 20%). Les centrales américaines peuvent donc fonctionner à pleine puissance tout au long de l’année, ce qui ne peut être le cas des centrales françaises. Concrètement c’est le matelas de l’électricité fossile qui permet l’ajustement facile entre énergie produite et énergie appelée. Si le matelas est peu épais en raison de la forte présence du nucléaire, alors ce dernier doit payer le prix de la modulation. Le mauvais classement des centrales françaises ne correspond donc nullement à des insuffisances techniques.

Par contre, ce que l’on sait est qu’une infrastructure énergétique composée d’une forte proportion d’unités intermittentes – donc non pilotables - doit être plus lourde qu’une infrastructure entièrement pilotable.

Prenons un exemple pour mieux comprendre. Soit une infrastructure électrique comportant une puissance de 80 de nucléaire et 20 de renouvelable. Si le pic de la demande est de 100, on aurait tort de croire que pour autant l’infrastructure est suffisante,  voire excessive lors des périodes de basse consommation. En effet le renouvelable étant aussi intermittent, il ne donne  que 20% de sa puissance disponible (périodes d’absence de vent ou de soleil). Selon les chiffres proposés,  l’électricité disponible se monte à 80 (le nucléaire pilotable) + 2 ( renouvelable) = 82. La panne est assurée. Pour garantir la sécurité du réseau il faut donc, soit augmenter le dispositif pilotable, soit augmenter le dispositif du non renouvelable. Si nous sommes dans un monde qui se bat contre le nucléaire et n’accepte plus le pilotable classique (énergies fossiles) il faut par conséquent multiplier par 5 la puissance émise par le vent et le soleil. En effet en disposant non plus de 20 mais de 100 de renouvelable, on dispose effectivement de 100 x 0,2 = 20. La conclusion est donc que plus on se dirige vers les énergies renouvelables et plus l’infrastructure électrique du pays doit être de grande dimension. Et les seules limites dans la course à la dimension sont les investissements de stockage et les politiques favorisant l’effacement lors des pics d’appels.

Si maintenant dans une infrastructure mixte ( nucléaire + Fossile + barrages+ renouvelable) existe clairement une politique favorisant le renouvelable, cette dernière doit être de grande dimension en raison de son rendement très faible. Favoriser le renouvelable c’est orienter très massivement les investissements vers ce type d’infrastructure.

Dans le même temps si on rejette les autres infrastructures pilotables ( fossiles ) le poids de la modulation se trouve reporté sur le nucléaire. Plus la masse d’énergie intermittente est grande et plus sa priorité sur le réseau doit se faire intense. En effet pour arriver à une moyenne de 20% de la puissance active il faut qu’en période de grand vent ou de grand soleil on réduise massivement la production du nucléaire. Dans notre exemple numérique si l’on veut bénéficier en totalité des faibles rendements du renouvelable, il faut des moments où la production du renouvelable soit de 200…et réduire à zéro la production nucléaire…décarbonée…

Cette réalité est un peu celle vécue par EDF. Et l'entreprise complétement immergée dans les questions de l'éolien et du solaire, ne peut évidemment guère évoquer un quelconque choix stratégique permettant l'effacement des ENT pour augmenter son taux de charge. D'où les choix du nouveau président en termes de diminution des frais généraux et au mieux des investissements sur l'hydraulique à priori plus faciles pour améliorer les stockages (stratégie des STEPS).  

D'où l'intérêt du moratoire sur l'éolien et le solaire voté par l'assemblée Nationale....

Jean Claude Werrebrouck -  24 juin 2025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 juin 2025 4 19 /06 /juin /2025 16:52

Le nombre d’étudiants en médecine est à nouveau en débat. Le numerus clausus  remplacé par le numerus apertus  ne donne pas davantage satisfaction et le ministre de la santé voudrait l’ouvrir davantage pour répondre aux besoins. C’est sans compter avec la conférence des doyennes et doyens des facultés de médecine qui considère que ces dernières ne peuvent accueillir davantage d’étudiants.

Un rapide historique s’impose pour saisir la réalité du paysage universitaire médical. Le numerus clausus, imaginé sous l’influence des professeurs de médecine de l’époque, a "permis" un effondrement de l’accès des étudiants en seconde année avec un passage de 8588 étudiants en 1972 à 3850 en 2000. Cet effondrement politiquement décidé, année par année au terme d’une rencontre entre Doyens, Ministère de la santé et Ordre des médecins devait se dérouler dans un contexte de forte croissance démographique (passage d’une population totale de 55 à 65 millions), de fort vieillissement, d’un grand élargissement et approfondissement des thérapies,  et d’un désir de diminution du temps de travail des jeunes médecins.

Cette baisse colossale des effectifs dans toutes les années du temps de formation ne s’est pas déroulée dans un cadre de diminution des moyens alloués aux Universités : augmentation continue du nombre  d’établissements qui vont passer de 28 à 34,  plein bénéfice du plan « Université 2000 » qui va autoriser une modernisation et un agrandissement des facultés, et surtout une augmentation de l’encadrement pédagogique. Ainsi au moment du choc du numerus clausus (1972) l’encadrement en termes de professeurs de médecine – les PU-PH - va monter tout doucement et passer de 2200 professeurs à environ 2600 alors que le nombre d’étudiants passe de 8588 à environ 6500. Plus tard encore, les choses vont encore s’améliorer et on disposera de 3200 professeurs pour 3850 étudiants accueillis. Cela signifie un taux d’encadrement qui, durant la période du numerus clausus, passe de 3,9 à 1,2. Les 20 dernières années du 20ième siècle furent ainsi l’âge d’or des facultés de médecine qui vont fonctionner à rendements décroissants (plus de moyens contre une production considérablement plus faible de médecins). Vu de plus loin et en termes plus économiques les facultés de médecine vont passer d'une production indicielle de 100 dans les années 70 à 44 dans les années 2000. Effondrement dans un cadre douillet où l'on verra des présidents d'Universités accueillir joyeusement des premiers ministres voire Présidents de la République au titre d'une inauguration de bâtiments et moyens nouveaux  chargés de produire de moins en moins. Nous laissons au lecteur le soin de réfléchir sur les rentes d'improductivité correspondantes.  Pour mieux percevoir encore, imaginons une industrie automobile dans laquelle les actionnaires multiplient le nombre de petites usines plus modernes et plus coûteuses pour produire moins. Il existe sans doute des rentes de productivité dans l'industrie automobile mais jamais de rente d'improductivité.  

Un nouveau monde sans doute moins confortable s’ouvre aujourd’hui pour les facultés de médecine.

La fin du numerus clausus et la courte vie de son successeur feront que le nombre d' étudiants va considérablement augmenter et ce,  même si on restera très loin de la période des années 60 du siècle passé. Avec 11341 étudiants en 2022 et 12000 en 2025, on restera - compte tenu du contexte déjà évoqué sur les questions démographiques -  en dessous du potentiel des années 60. Ajoutons que les médecins d’aujourd’hui sont  plus âgés et que les départs en retraite sont infiniment plus importants qu’au cours des années 60. Ajoutons aussi que des corpus réglementaires nouveaux « consomment » des effectifs non négligeables de médecins pour des missions relevant d’un élargissement de l’Etat-providence. Pensons par exemple  aux milliers de médecins coordonnateurs dans les Ehpad.

Par contre, cette augmentation rapide qui pourrait encore s’accroître avec un objectif de 16000 étudiants en 2027 est très combattue par la conférence des doyennes et doyens. Cette dernière affirmant que le potentiel d’encadrement dans les facultés n’est pas suffisant. Effectivement on observe que le nombre de PU-PH n’augmente que très peu avec probablement aujourd’hui moins de 3500 professeurs pour 12000 étudiants soit un taux d’encadrement qui tournerait à 3,5, donc  un chiffre qui marque la fin de l’âge d’or des facultés de médecine et le retour à l’avant numerus clausus.

Ce qu’il y a de singulier dans cette histoire est que le numerus clausus disparu n’a pas fini de faire mal au pays. C’est en effet cette  mesure très inappropriée - et que personne n’a contesté pendant près d’un demi-siècle – qui empêche durablement d’élargir la cohorte des professeurs de médecine. Le numerus clausus n’ a pas fait diminuer le nombre de professeurs en fonction mais il  a diminué la production de nouveaux médecins,  cohorte dans laquelle on devait trouver de nouveaux professeurs… qui vont tarder à arriver dans les amphithéâtres et ces lieux de formation que sont les chambres  des malades. Oui, comme le remarque certains, il sera difficile dans une petite chambre d’hôpital d’enseigner et de pratiquer en étant entouré de 20 internes. Le numerus clausus et sa pratique scandaleuse pendant plus de 30 ans n’a pas fini de développer ses effets pervers.

 

Jean Claude Werrebrouck

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16 juin 2025 1 16 /06 /juin /2025 03:32

Les diverses fédérations bancaires, regroupées autour d’une étude commandée à PwC sont unanimes : l’euro numérique de banque centrale est un projet beaucoup trop coûteux ( plus de 18 milliards d’euros) et génère des problèmes plutôt que des solutions. Cette information, détaillée dans les Echos du 11 juin, figure à côté d’une autre information concernant la Société Générale qui  - elle-même très opposée à la MNBC-  est fière de déclarer le lancement de son nouveau stable coin, l’USDCoinVertible. On notera que cette attitude du système bancaire français rejoint ce qui se déroule présentement aux USA avec un Wal Street qui mise sur les banques et établissements déployant une stratégie crypto ( Tether, Circle, etc.) et un Etat qui met fin au projet de dollar numérique.

Dans l’évaluation commandée à PwC par les fédérations bancaires, on ne parle que des coûts techniques de la mise en place de la MNBC. Par contre, reste sous silence la question fondamentale de l’avenir du système bancaire européen que les autorités de tutelle jugent probablement désuet sans jamais mettre le dossier sur la table. Et un dossier que les banquiers redoutent dans  le plus grand silence. Le système bancaire tel qu’il s’est historiquement construit est-il aujourd’hui obsolète ?

Les technologies nouvelles, en particulier la blockchain, rendent aujourd’hui inutiles les banques et permettent techniquement de les remplacer par la seule banque centrale européenne avec au surplus l’avantage d’assoir définitivement un euro qui cesserait d’être une difficulté pour nombre de pays.

En effet, on pourrait imaginer que la monnaie devienne celle de la banque centrale laquelle effectuerait sur son bilan toutes les opérations pour tous les agents européens y compris celles effectuées par les Trésors de chaque Etat. Bien évidemment, le risque de ce qu’on pourrait appeler l’avènement d’un authentique capitalisme de surveillance généralisée supposerait la mise en place d’une infrastructure démocratique évitant toute possibilité  de déraillement autocratique.

 

Bien évidemment les autorités de la BCE sont beaucoup plus prudentes, n’imaginent pas un instant que le système bancaire puisse disparaître et ne cessent de déclarer haut et fort que la MNBC ne serait au fond que la forme moderne du cash, les billets étant remplacés par le portefeuille électronique caché dans le téléphone portable. Plus simplement encore, la MNBC ne serait que la concurrente des néo-banques et des systèmes modernes de paiement. Il y a pourtant une très grande différence et la MNBC est potentiellement porteuse du risque de siphonage des dépôts bancaires. Si effectivement pour un agent (ménage voire entreprise) il est techniquement plus facile d’effectuer des paiements par voie numérique, ces mêmes agents vont réduire le périmètre de leurs dépôts classiques pour accroître celui de la MNBC. Soit des fonds qui quittent le passif des banques pour rejoindre celui de la seule banque centrale. On peut même imaginer un paiement de l’impôt qui verrait sur le passif de la BCE le débit des comptes des débiteurs (ménages et entreprises) et l’abondement du compte du Trésor. La centralisation est commode mais marginalise les infrastructures bancaires classiques.

Les banques ne peuvent accepter un risque de siphonage qui affecterait aussi lourdement la puissance du multiplicateur du crédit et les gains qu’elles enregistrent par le canal de la dette qu’elles génèrent. C’est bien la forme de l’architecture présente qui fait que les crédits accordés par une banque deviennent dépôts dans les autres banques…et matière première pour de nouveaux crédits produits dans lesdites banques. C’est donc cette architecture qui de façon automatique fait des banques les créatrices de monnaie sur la base de crédits portant intérêt. Jusqu’ici les seules limites étaient ce qu’on appelle le taux de conversion en billets (toute la nouvelle monnaie créée n’est pas que du dépôt bancaire et les usagers exigent du cash pour les petits achats). En ce sens, la capacité créatrice de monnaie est contenue par la conversion en billets. Une autre limite est bien sûr d’ordre réglementaire, par exemple – parmi tant d’autres - le « taux de réserve obligatoire » manipulé par la banque centrale soucieuse de réguler le crédit.

Si les banques sont si hostiles à la MNBC c’est bien parce qu’une nouvelle limite serait créée, un nouveau siphonage équivalent à ce qu’est la conversion en billets. Mais potentiellement les choses seraient plus graves car la conversion des dépôts en MNBC aurait tendance à se développer en raison de la demande des usagers, demande  qui risquerait de faire pression sur la BCE afin que la limite de conversion soit rapidement dépassée. Comprenons en effet qu’il n’est pas facile d’acheter un équipement par exemple une voiture avec des billets, et qu’il est beaucoup plus aisé d’utiliser un téléphone portable. Bloquer le volume de MNBC et affecter ce dernier à l’achat de la baguette de pain sans autoriser de gros volumes (achat d’une voiture) n'est pas rationnel et ce sont les usagers, donc les clients qui viendraient exiger le dépassement de toutes les limites en matière de volume de MNBC. C’est dire que les promesses de limite sur lesquels les débats sont engagés entre les banques et la BCE ne seraient probablement pas respectées. La pression des usagers serait trop forte. Les usagers se moquent des réserves obligatoires qui a priori ne concerne que les banques. Mais ces mêmes usagers au nom de la rationalité exigeront la totale liberté de transformer sans limite leurs dépôts bancaires en MDBC, plus confortable et aussi plus sûre : un dépôt bancaire n’est qu’une dette d’une institution qui peut faire faillite alors que la MDBC serait émise par une institution qui - par construction - ne peut connaître de difficulté.

Les banques considèrent par conséquent que leur combat contre la MNBC est tout simplement existentiel. Non à la monnaie numérique de banque centrale !

Tel n’est pas le cas de la crypto monnaie privée et en particulier les stable coin. Bien évidemment là encore il y a rupture avec l’architecture qui génère des crédits engendreurs de dépôts. La blockchain permet de se passer du système bancaire lequel finalement se retrouve dans la poche de chaque échangiste.  Il ne serait  donc plus question pour le système bancaire de   créer de la monnaie  sous forme  « d’argent -dette » portant intérêt. La blockchain et les stable coin détruisent la chaîne traditionnelle et donc mettent fin au multiplicateur du crédit. Toutefois si le stable coin n’est pas la monnaie de base il peut encore être contenu dans le cercle de la spéculation et des transactions éloignées de l’usage traditionnel. Au-delà, parce qu’articulé à de la dette publique et particulièrement sur les bons du Trésor américain, il peut donner lieu à des opérations de crédit comme peut le faire un compte classique. Créer des stabble coin sans matière première de base est peut-être moins intéressant que de créer de la monnaie à coût nul, mais le geste est quand même porteur d’opportunités.

Bien évidemment, le système bancaire aurait aimé se contenter de sélectionner les outils  adaptés à sa numérisation spécifique et donc se lover dans une digitalisation sans remise en cause fondamentale du système, ce qui est le cas du monde des néo-banques devenu la bonne réponse aux exigences de la clientèle jeune. Hélas il ne peut ignorer le changement complet d’une technologie qui vient contester sa réalité institutionnelle. Dans le même temps, il ne peut ignorer le monde libertarien qui conteste les monnaies d’Etat et ce, même si cette contestation utilise ces mêmes Etats. Le libertarisme est aussi un opportunisme et peut utiliser la force de son ennemi, réalité fondamentale constatée aux USA avec une Silicone Valley qui devient l’allié du nouveau pouvoir étatique. Le système bancaire ne peut donc contester frontalement les crypto-monnaies et tente un processus d’adaptation. Le oui à la crypto monnaie et sa possible maîtrise par les banques n’est pas exempte de craintes et de réserves, mais il est difficile d’y échapper.

Au total,  la résistance à l’avènement des crypto monnaies privées sera faible et tout le lobbying bancaire se portera sur  la contestation de la MNBC.

Jean Claude Werrebrouck – 14- 06- 2025.

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9 juin 2025 1 09 /06 /juin /2025 05:08

 

Résumé et points essentiels de la note :

1.  L’émission de stable coins n’est pas un processus de création de monnaie et affecte directement la rentabilité des banques.

2.  Les stable coins circulant sur une blockchain n’ont nullement besoin d'un support en forme de comptes bancaires.

3.  Les Stable coins sont une inquiétude pour une architecture bancaire qui, déjà menacée par le shadow banking grandissant et par les monnaies numériques de banques centrales, se doit de réagir.

4.  Les stable coins libérés d’une supervision par des banques centrales ont besoin de s’articuler  sur une  monnaie de réserve et surtout les titres de la dette publique qui lui correspondent.

5.  Les USA ont intérêt au développement des stable coins lesquels deviennent une espérance du maintien  de la  dollarisation du monde et une nouvelle autorisation de laxisme budgétaire américain.

6.  La dé bancarisation est une opportunité pour les pays pauvres, mais les stable coins ne permettent nullement de contourner les contrôles des changes.

Un tsunami dans la longue histoire monétaire

Nous constatons aujourd’hui que des banques se portent créatrices de stable coins. En France, on notera la décision de la Société Générale qui après avoir lancé sa filiale consacrée aux crypto monnaies (SG Forge) se lance dans l’aventure. Sans doute les banques ont-elles peur de ce qui apparait déjà comme une concurrence d’objets facilitant et sécurisant les transactions pour un coût plus faible (volatilité plus faible, rapidité, transparence, etc.). De façon plus discrète, elles voient dans la nouvelle forme privée un moyen de lutter contre la menace de monnaie numérique de banque centrale qui risquerait, dans sa configuration la plus extrême, d’engendrer un possible bank run. D’une certaine façon, on peut ainsi risquer l’hypothèse que le système bancaire est pris en tenaille entre les stable coins décentralisés et la monnaie numérique de banque centrale complètement centralisée (MNBC). Nous sommes tentés, dans ce qui suit, de tester cette hypothèse à partir de l’histoire de la forme monnaie de banque.

En émettant des certificats d’or dès la fin du moyen-âge en Europe, des organisations appelées banques vont déjà émettre l’équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui des stable coins. Il s’agit ici de papiers, contrepartie du métal qui ne va plus circuler et rester dans des coffres. La couverture est en principe complète et la convertibilité totale. La valeur est fixe puisqu’il n’est pas question de gager sur un cours de l’or mais sur un poids de métal. C’est aussi en principe le cas des stable coins garantis sur des titres de dette publique, en particulier le dollar. C'est en particulier le cas des 2 plus importants stable coins ( USDT émis par Tether et USDC émis par Circle) lesquels assurent 90% des volumes échangés dans le monde en 2024). Et plus l'émission grandira, ce qui est le pari des grands fonds d'investissements ( Blackrock, Arc invest, etc.) et plus la demande de dollars augmentera. Jadis, l’émission de billets devait en principe suivre la quantité d’or disponible tandis qu’aujourd’hui l’émission suppose un élargissement de la dette publique, circonstance intéressant à priori pour les Etats très endettés.

Infrastructure ferroviaire, infrastructure bancaire...  gares et banques...

Le système bancaire tel qu’il s’est érigé jusqu’à aujourd’hui est au fond la construction d’une infrastructure de circulation de la valeur un peu comme le réseau ferré est une infrastructure de circulation des personnes et des marchandises. Les banques sont des gares qui réceptionnent et  envoient de la valeur à partir de supports appelés comptes exactement comme les quais des gares qui accueillent et facilitent le départ ou l'arrivée de voyageurs. Cette construction du système bancaire ne s’est pas faite en un jour et il a fallu beaucoup de patience et aussi d’interventions publiques pour faire naître une gare de premier rang, la banque centrale qui permet et garantit la bonne circulation de la valeur entre des entités - des banques - qui, à l’inverse des gares sont fragiles. Une gare peut être en difficulté si elle réceptionne beaucoup de voyageurs et de convois et ne connait que peu de flux inverse. Plus grave pour une banque est de voir partir de la valeur sans en recevoir. En effet, si en raison de telle ou telle circonstance la Société Générale voit fuir de la valeur vers la BNP sans jamais en recevoir cela s’appelle une fuite  et les actifs de la Société Générale ne peuvent plus couvrir le passif. Les risques de la circulation de la valeur font que la puissance publique ne s’est jamais désintéressée des questions monétaires et qu’elle a fini par imposer des institutions de sécurité avec une réglementation très stricte. Faire circuler de la valeur c’est donc vivre à l’ombre d’un tiers qui est la puissance publique. Si les banques sont des institutions plus risquées que les gares elles peuvent à l’inverse multiplier leur puissance sans réellement investir car la logique de la circulation de la valeur est aussi magiquement créatrice de valeur : les banques produisent de la valeur. Ainsi, en octroyant un crédit, une banque fait circuler de la valeur vers une autre banque qui constatera davantage de réception de valeur sur ses comptes clients. Ainsi dans les manuels d’économie est expliqué que si les dépôts permettent des crédits, les crédits fabriquent des dépôts...qui permettront de nouveaux crédits... Comme si les gares voyaient leur capacité grandir magiquement sans investissements.

Cette présentation simplifiée et rapidement brossée était nécessaire pour comprendre ce qui se passe avec l’émergence des stable coins.

Se débarrasser des tiers inutiles

On sait que désormais les nouvelles technologies permettent d’échanger, sur des distributeurs spécialisés, de la valeur (qui normalement passait par l’infrastructure bancaire) contre des "tokens" appelés à circuler non plus par le canal bancaire mais par un nouvel instrument de circulation appelé Blockchain. Un peu comme si les marchandises et les passagers n’avaient plus besoin de trains et de gares pour voyager, ni même à emprunter un quelconque réseau routier. Il n’y a plus besoin de tiers pour faire circuler de la valeur laquelle circule de pair à pair. Pour être tout à fait précis rappelons quand même que les stable coins à l’inverse de crypto monnaies type bitcoin sont rattachés à un tiers qui est une monnaie de réserve et en particulier sa forme dette publique.

Se débarrasser de la toile bancaire

Beaucoup d’entreprises peuvent émettre des stable coins et les banques peuvent s’inquiéter d’une pratique  qui dévore leur substance. En effet la métamorphose de la valeur, depuis la monnaie classique sur un compte figurant au bilan des banques vers la monnaie stable coin, est d’abord un recul des dépôts et donc un phénomène de dé bancarisation. Pour reprendre notre image nous n’avons plus besoin de passer par des gares pour voyager. Bien évidemment, les banques réagissent et se proposent d’émettre aussi des stable coins. On pourra même imaginer des opérations de crédit en stable coins... mais ces derniers ne peuvent pas se multiplier par le canal classique - désormais disparu -  des échanges interbancaires.

La multiplication des stable coins n’est donc pas comme pour la monnaie classique une multiplication des petits pains qui sont encore le monopole du système bancaire. Aujourd’hui encore, la Société Générale bénéficie indirectement d’une opération de crédit accordée à un client de la BNP débiteur d’un partenaire client de la SG. En effet,  cette même SG peut à partir du nouveau dépôt correspondant offrir un crédit qui viendra abonder un compte tenu par la BNP. Cette magie de la circulation monétaire disparait avec le monde de crypto monnaies

Précisons ce point délicat. Quand une banque crée un stable coin son bilan est doublement affecté : en actif, inscription de la valeur en titres divers de la contrepartie du stable coin ; au passif, la dette comme promesse de remboursement du stable coin émis. Parce que le stable coin est aussi une garantie de stabilité, l’actif remis par le client est transformé en dollars, et mieux encore en dette américaine laquelle rapporte un intérêt. Nous reviendrons sur ce point très important. Toutefois lorsque le stable coin est créé, il se met à circuler par le canal de la blockchain en utilisant un simple téléphone et n’affecte aucune opération de bilan sur le système bancaire. Ces gares que sont les banques deviennent complètement inutiles. Alors qu’une création monétaire classique par crédit et abondement d’un compte depuis une banque affecte l’ensemble du système bancaire lequel grossit par le biais du multiplicateur du crédit, une création de stable coin se trouve complètement neutre. Une création de stable coin n’a donc pas du tout les mêmes conséquences qu’une création monétaire classique. En ce sens, il y a perte d’une grande opportunité pour les banques.

La toile bancaire se dérobe et les banques en position de victime doivent réagir

Pour autant les banques restent encore des établissements de crédit et elles peuvent assurer une rémunération sur les stable coins créés. Dans ce cas, les bilans sont affectés de la façon suivante. La banque inscrit à son actif la dette de l’agent à qui est octroyé des stable coins. Cette dette doit être couverte par une écriture de passif. Pour le reste, la dette du client est transformée en dollars et les stable coins figurent au passif. Le ou les bilans grossissent mais il n’y a pas multiplication de signes monétaires du fait de l’existence des stable coins. En revanche, sa capacité à créer a été transférée sur la blockchain laquelle n’est qu’instrument de circulation et non d’expansion monétaire. Cette nouvelle configuration favorise le transfert des capacités à épargner jusqu'ici assez bien  gérable par les banques vers  l'ensemble du shadow banking, des plateformes DeFi (finance décentralisée) et de la finance spéculative. Les banques sont ainsi invitées à se transformer et à ne plus se contenter - au titre de l'innovation et de la modernisation -  d'une passage à la néo-banque et à la fermeture accélérée des établissements de proximité. Le stable coin est ainsi un point de passage opportun sur la route de la numérisation du monde.

65 ans après la fin de Bretton Woods et la dollarisation du monde…une nouvelle dollarisation ?

Une caractéristique essentielle de cette vaste transformation est l’augmentation de la demande de dette publique notamment américaine. Quand on dit que le caractère stable des stable coins est garanti par son appui sur une monnaie de réserve et non plus sur une banque centrale, on se rend vite compte que la monnaie de réserve de référence ne peut être que le dollar en raison de sa liquidité et de sa profondeur de marché. En sorte que le développement des stable coins devient une possible garantie sur la dette publique américaine et  sur le développement parallèle du dollar dans le monde. Il s'agit là d'une étape décisive tout aussi risquée que celle du 15 Août 1971 qui voit le président Nixon mettre fin à la convertibilité des balances dollars en or. Déjà, à l'époque, le déficit américain était important et la décision de fin de la convertibilité de la devise américaine en or sur simple demande des banques centrales était une position risquée. Une décision qui toutefois fut un très grand succès puisque le monde devait accepter que la liquidité ultime devienne la devise américaine, laquelle allait se substituer à  l'or. Contre toute attente, la fin de Bretton Woods correspondait ainsi non pas à la fin du dollar mais à son couronnement. De ce point de vue, on peut risquer l'hypothèse d'une sorte de nouveau Bretton Woods : le dollar resterait la monnaie ultime et les stable coins sa représentation. Hypothèse très risquée que  seule l'histoire tranchera. 

Une autre question reste évidemment celle du contrôle avec la possibilité d'un achat insuffisant de dette publique par rapport à l'émission. De quoi rétablir la vieille querelle entre la "banking school" et la "currency school" à propos de la couverture métallique au dix-neuvième siècle.  D'où l'importance de la régulation qui se met en place pour contenir la croissance très rapide du système.

Une circulation de la valeur plus libre autour des indéboulonnables prisons de l'inconvertibilité.

En revanche, les pays toujours contraints par un contrôle de change strict ne peuvent desserrer l'étau qui emprisonne les citoyens. Certes un compte bancaire devient inutile mais les monnaies inconvertibles sont mal accueillies sur les plateformes de crypto monnaies. De ce point de vue l'épargne en monnaies inconvertibles sur les territoires marquées par l'inconvertibilité, ne tire aucun bénéfice des libertés offertes par la dé bancarisation. Concrètement l'épargne algérienne ne tire aucun bénéfice de la blockchain. Depuis l'Algérie, il est évidemment possible de voir sur un écran les merveilles offertes par les stable coins. Hélas, le Dinar algérien épargné par les ménages ne se transformera pas en dollars via l'achat de "tokens" , le chemin de la blockchain et l'accès à la sécurité de la monnaie ultime. 

 

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1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 05:22

Les débats continuent sur le coût de l'électricité et la justification du remplacement du nucléaire EDF par l'éolien ou le solaire. De ce point de vue, il est utile de retrouver les raisonnements qui furent à l'origine de l'entreprise et de les comparer avec ceux d' aujourd'hui lesquels ont transformé fondamentalement l'entreprise EDF

Quand on dit aujourd'hui qu'il faut laisser la priorité de circulation sur le réseau électrique à l'énergie la moins chère, on peut se justifier en annonçant que le supplément de production, par exemple de l'éolien ne coûte rien ( il est l'effet d'un don d'une nature plus venteuse à tel ou tel moment) et qu'à ce titre il doit se substituer à un coût du KWH nucléaire plus cher. Clairement, à consommation constante, il faut optimiser et si le coût de la dernière unité produite (ce qu'on appelle coût marginal) est inférieur -par utilisation de l'éolien disponible- au coût de la dernière unité produite par le nucléaire, alors il faut qu'EDF réduise sa production nucléaire et laisse la place à un éolien rendu disponible par davantage de vent. C'est ce qu'on appelle la règle de la priorité du non renouvelable. Ce serait donc cette notion de coût marginal qui devrait dicter les stratégies d'optimisation des infrastructures électriques. 

Quand on connait l'histoire d'EDF depuis sa naissance, on se dit qu'au fond rien n'a changé. Les ingénieurs économistes directement ou indirectement impliqués dans  l'entreprise depuis 1946 - Les élèves du prix Nobel Maurice Allais , dont bien sûr le grand PDG Marcel Boiteux, et tous les autres qui ont succédé et en particulier  Christian Stoffaes qui vient de nous quitter- n'ont fait que laisser les clefs du management aux plus jeunes. Il n'en est rien et la règle de la priorité sur la base du coût marginal n'a rien à voir avec celle existant à l'époque où  Marcel Boiteux dirigeait l'entreprise. (1967-1987).

Quand dans les années 50/60 les ingénieurs économistes parlent de service public efficient - un terme qui deviendra chez Stoffaes le concept d'utilité publique - ils s'intéressent à une tarification de l'électricité qui serait proche du coût marginal. Du point de vue de l'efficience, le coût marginal est un indicateur incomparable et le consommateur d'électricité doit en payer le vrai coût à peine d'inefficience contaminant  l'ensemble du système productif. En effet, si le tarif (devenu aujourd'hui prix de marché) est supérieur au coût marginal, les allocations du capital et du revenu sont  dirigées vers des ajustements non optimaux : on pourrait disposer de combinaisons plus efficientes si le tarif était plus faible. A l'inverse si le tarif est plus faible que le coût marginal, on se dirige là aussi vers des allocations non optimales et la société gaspille de l'énergie. Faire rencontrer le service public fort et la compétitivité , surtout pour ce secteur très en amont de l'économie, c'est  imaginer une politique tarifaire respectant le coût marginal comme indicateur prioritaire de gestion. Mieux, la politique de l'entreprise se doit d'orienter l'économie en tentant en permanence de travailler  en coûts marginaux les plus faibles  et si possible faire payer pour chaque niveau de puissance appelé le coût marginal correspondant. Compte tenu que l'entreprise EDF dispose de nombreuses et diverses unités de production, il convient - pour son dirigeant - de classer les dites unités dans l'ordre des coûts croissants et de  mettre en activité, d'abord les unités les plus efficaces pour n'engager les plus coûteuses qu'avec le développement de l'appel de puissance par le marché. C'est ce management stratégique qui devait faire naître des tarifs différenciés en fonction des coûts marginaux constatés.

Profitons en pour réaliser que cette politique de tarifs différenciés n'a rien à voir avec ce qu'on appelle aujourd'hui la "tarification dynamique" que l'on trouve notamment dans l'industrie du transport et qui a tendance à essaimer. Ce dernier type de tarification ne cherche pas une optimisation économique et industrielle globale (utilité publique) mais à capter et privatiser le maximum de valeur sur un marché. Ce qui est ici recherché, c'est la captation maximale d'une capacité à payer. On est donc très loin des préoccupations des ingénieurs économistes, de ce qui était l'EDF lors de sa montée en puissance. Et bien évidemment jamais EDF n'a utilisé son monopole pour se constituer une rente de marché alors même que les appels de puissance connaissaient une rapide croissance. 

Si l'on en revient au coût marginal tel qu'il est mis en avant aujourd'hui chez les énergéticiens, on s'aperçoit qu'on est très éloigné d'une quelconque utilité publique. Accepter et valider aujourd'hui le principe de priorité au nom de ce bon indicateur que serait le coût marginal, relève d'une tromperie et la substitution du nucléaire par l'éolien ne provient pas d'un principe d'efficience puisqu'il ne permet pas d'ajuster les infrastructures énergétiques globales en fonction des besoins.

Dans le cas du vieil EDF, les infrastructures sont limitées par les appels de puissance avec, sans doute, une certaine marge pour des raisons de sécurité. Si l'économie grandit, il faut plus d'unités de production mais en même temps le signal tarif reste à tout moment efficient. L'infrastructure globale répond toujours en respectant le mieux possible le coût marginal comme indicateur efficient de tarif.

Dans le cas de l'EDF nouveau, la taille de l'infrastructure se doit d'être très excédentaire puisque l'énergie renouvelable reste intermittente et donc non fiable au regard des besoins de la société. Et plus la taille du renouvelable augmente?  plus la priorité doit se faire implacable en utilisant l'énergie  classique comme un double indispensable. Plus on mettra en avant l'idée de coût marginal nul ou proche de zéro comme marche vers la décarbonation, et plus on consommera du capital que l'on pourrait utiliser ailleurs. la vieille notion de coût marginal n'est plus un indicateur et l'on se dirige ici vers des rendements décroissants. 

Philosophes et historiens s'amusent à  nous expliquer que la liberté des modernes n'a plus rien à voir avec celle des anciens en particulier celle de nos ancêtres athéniens. On pourrait dire la même chose du management stratégique des anciens dirigeants d'EDF et de celui des dirigeants d'aujourd'hui. L'EDF des anciens n'a rien à voir avec l'EDF d'aujourd'hui et les dirigeants actuels ne se rendent peut-être pas compte que renationalisée à 100%, l'EDF des moderne n'a plus la possibilité ni même l'autorisation de produire de l'utilité publique. Certes, on peut dire que, désormais, EDF doit obéir au marché mais l'entreprise dite moderne ira plus loin en s'infligeant la punition de créer un EDF renouvelable...sans doute au nom de la modernité... Créer une filiale dont l'efficience passe par sa contribution à l'effacement d'une partie de la production nucléaire, et donc participer à la diminution du facteur de charge des centrales françaises déjà  classées au dernier rang mondial (60% soit le taux le plus faible du monde) est une faute de stratégie managériale. Aujourd'hui, l'infrastructure électrique globale est en surcapacité et les choses s'aggravent avec le branchement de nouveaux acteurs aussi bien dans le renouvelable que dans ce qui ne l'est pas, pensons à  Gardanne par exemple. Cette surcapacité est payée par le nucléaire historique sous la forme d'un effondrement de son facteur de charge (passage de 80% dans les années 90 à 60% aujourd'hui). Les athéniens de l'époque de Périclès connaissaient leur aliénation et savaient que leur liberté était contenue par celle des dieux qui tiraient les ficelles. Les économistes de l'actuelle EDF ne savent pas que les règles d'aujourd'hui qu'ils se doivent de respecter sont la nouvelle forme de l'aliénation. Ce ne sont plus les dieux qui tirent les ficelles mais l'idéologie  massivement diffusée y compris dans les écoles d'ingénieurs.

On peut néanmoins espérer que les contradictions au sein de la  réalité viendront troubler le socle idéologique. Ainsi la filiale RTE aux prises avec des investissements de réseaux pharaoniques (100 Milliards d'euros d'ici 2030) n'ignore pas qu'une partie au moins de sa  prétendue nécessité résulte des coûts gigantesques des câbles reliant les éoliennes en mer  au réseau terrestre. Elle n'ignore pas non plus qu'elle devra probablement encore un peu plus effacer des électrons nucléaires sur le réseau. Mais aussi, les dirigeants actuels d'EDF et de Total Energies, n'ignorent pas que leur querelle sur les prix de "l'après ARENH" (Total est grand bénéficiaire de l'ARENH finissant) résulte tout simplement de choix passés qui font que l'électron nucléaire est devenu trop coûteux aussi bien pour EDF vendeur que pour Total acheteur. Nous sommes bien dans une logique énergétique à rendements décroissants. Qui se rappelle des enseignements de Maurice Allais justifiant le monopole aux fins de bénéficier collectivement de rendements continuellement croissants ? 

Jean Claude Werrebrouck le 29 mai 2025

 

 

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