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1 septembre 2024 7 01 /09 /septembre /2024 17:23

 

En cette fin d’été, le pays semble s’enfoncer dans une crise politique majeure et il est à craindre que l’annonce d’un premier ministre pour les jours à venir ajoutera de nouvelles difficultés. Le texte suivant se propose de dépasser les débats et d’analyser les stratégies des différents acteurs du jeu politique.

 

Le Président

Le Président ne peut concéder que le strict minimum de puissance à peine de disparition de tout avenir politique. Ses préférences individuelles portent davantage sur la conquête future de nouveaux pouvoirs que sur un enrichissement économique ou des fonctions politiques de second rang. C’est dire que de son point de vue il ne peut envisager un plan de carrière ni dans le monde des affaires ni dans des situations intermédiaires type présidence du FMI ou de la Banque mondiale. Le seul objectif restant est la Présidence d’un Etat fédéral européen, objectif de long terme compatible avec la jeunesse de son porteur. Toute son activité est donc orientée vers ce seul objectif et ce quel qu’en soit le prix.

 

Traditionnellement habitué à détenir l’intégralité de l’exécutif et du législatif, il n’a pu accepter son échec de 2022 et la disparition d’une Assemblée Nationale faite d’acteurs ayant fait le choix intéressé de la servitude volontaire. 2022 marque sa perte de toute puissance sur le législatif avec déjà son incapacité à nouer une coalition dans laquelle il ne pouvait disposer de place hégémonique : plutôt le 49.3 qu’une coalition. 2024 consacre une perte absolue sur le législatif, avec tentative du maintien du pouvoir exécutif. Une perspective de cohabitation est a priori insupportable pour le Président. D’où le rejet impératif d’une candidate issue du NFP, qui serait également potentiellement destructrice du projet européen  et .....  du projet de carrière du Président.

 

Les députés

Les entrepreneurs politiques de base c’est-à-dire les députés ont bien évidemment pour objectif de produire un travail positivement sanctionné sur le marché politique de base qu’est la circonscription de chacun. Deux facteurs peuvent guider leur attitude : une possible dissolution en 2025 et la perspective d’un changement de loi électorale introduisant la proportionnelle.

 

Sans proportionnelle, la menace de dissolution est extrêmement peu probable, car elle entraînerait - la candidate du NFP étant exclue - le grand risque de quasi disparition des députés restés porteurs d’un exécutif encore largement tenu par le Président. L’immense majorité des électeurs ne pourrait accepter le non-respect de la sanction de juillet 2024 ni la poursuite, même modérée, d’un macronisme sans Macron. En clair, si le Président veut retrouver la plénitude de son pouvoir cela ne passe pas par une nouvelle dissolution. Avec la proportionnelle, la menace de dissolution est tout aussi peu probable parce qu’elle ne pourrait qu’entraîner la quasi disparition d’Ensemble et de LR. Les élections de juillet sont à cet égard riches d’enseignements. Avec 28% de voix, la gauche obtient 31% des députés, Ensemble avec 23% de voix fait 28% des députés, et RN avec 34% des voix fait 25% des députés. C’est dire que l’introduction de la proportionnelle serait défavorable à la gauche qui selon les calculs (non vérifiés) du ministère de l’intérieur obtiendrait 162 députés contre 193, à Ensemble qui ne ferait que 130 députés contre 163. Par contre RN aurait obtenu 199 députés contre 143.

 

Dans le contexte présent dire qu’il est possible, grâce à l’introduction de la proportionnelle, de débaucher des députés socialistes élus par la bienveillance intéressée de LFI, pour constituer une majorité présidentielle et donc rétablir la plénitude des pouvoirs du Président de la République, est très dangereux. Chaque circonscription est spécifique et nul ne peut dire combien de socialistes arriveraient à sortir de l’orbite LFI avec l’introduction de la proportionnelle. Au-delà, cette introduction suppose le vote d’ une loi, laquelle au vu des chiffres sus visés ne peut être envisagée. Resterait alors l’hypothèse du ralliement des quelques députés socialistes qui pensent être assurés de se reconduire au pouvoir sans ou contre les voix LFI. Sans chiffrage possible, il est difficile de conclure mais le groupe correspondant ne peut dépasser quelques dizaines de personnes.

 

Au total, il n’y aura ni proportionnelle ni risque de dissolution. Les députés présents bénéficient d’un contrat beaucoup plus durable. Cela signifie que RN comme NFP disposent d’une puissance de feu durable et considérable face à un exécutif potentiellement très minoritaire. La motion de censure sera ainsi une arme courante débouchant sur la ruine de tout exécutif contrôlé par le Président de la République. Cette puissance de feu durable (NFP+RN) se situe vraisemblablement entre 300 et près de 340 voix à l’Assemblée nationale.

 

Un premier Ministre ?

 

Dans ce contexte il est très difficile pour le Président de trouver un entrepreneur politique déjà intégré sur de grands marchés politiques (présidents de région, anciens grands ministres, anciens premiers ministres ou président de la République). Le risque est colossal en termes d’avenir et la dimension économique est dérisoire, un Premier Ministre déchu par une motion de censure ne bénéficiant que d’une prime de licenciement ridicule par rapport à ce qui existe sur les marchés économiques. Ces arguments sont toutefois de second ordre par rapport à l’essentiel : celui du statut d’un tel premier ministre au regard du président. Face aux arguments de second ordre un tel premier ministre ne peut accepter l’emploi que dans un strict respect de cohabitation et donc d’indépendance par rapport au Président. C’est dire qu’il ne peut signer la lettre de démission non datée qui traditionnellement appartient à son statut de simple cadre licenciable à tout moment. Cette lettre jamais évoquée est essentielle pour les Présidents de la Cinquième République qui cumulent traditionnellement (hors période de cohabitation) les fonctions de garant des lois, de patron d’un exécutif et de patron d’un législatif. Sans une telle lettre, cela signifierait que le premier ministre deviendrait l’équivalent d’un cadre inamovible, ce qui est impensable puisqu’il deviendrait ainsi  un contre- pouvoir potentiel.

Si, par conséquent, le Président embauche un premier ministre issu des rangs classiques des marchés politiques, cela signifiera que l’embauché ne signera probablement pas de lettre de démission non datée susceptible de nuire à sa future carrière. Il se voudra titulaire d’un contrat à durée indéterminée et non sanctionnable par le Président : nous sommes en pleine cohabitation que le Président ne peut accepter.

 

C’est dire qu’il n’est pas impossible mais qu’il est peu probable de trouver un exécutif classique car il n’y a pas de potentiel d’échange mutuellement avantageux entre Président et Premier Ministre du milieu classique. Le seul espace d’échange mutuellement avantageux serait la non signature de lettre de démission non datée contre une promesse d’avancée dans la construction européenne…une hypothèse irréaliste en raison de l’alliance objective -et toujours cachée- entre NFP et RN et donc la menace de licenciement par l’Assemblée Nationale.

 

Il faut par conséquent trouver une personne plus malléable, sans doute plus éloignée des marchés politiques de premier rang, mais  qui verrait une prise de lumière avantageuse sur une carrière restée jusqu’ici assez terne. Le coût serait élevé parce qu’ici le Président imposerait la lettre de démission devenue véritable garantie de non cohabitation, mais les avantages de la prise de lumière sont certainement très supérieurs à la dépendance introduite par la signature. Vraisemblablement, la liste des candidats crédibles est donc importante.  Notons que le Premier Ministre en question serait au cœur d’un conflit de légitimité, l’une devenue très faible, l’autre très puissante et peu maîtrisable. Existe-t-il dans un tel contexte des espaces d’échanges mutuellement avantageux pour les acteurs ?

 

Les partis politiques

Resterait à introduire les partis ou groupes d’acteurs politiques. Très largement démonétisés par la disparition du citoyen au profit de l’individu désirant, ils sont majoritairement des fossiles faisant office d’enveloppes pour des stratégies poussives de recherche de pouvoirs par les entrepreneurs politiques de tous niveaux. Leur cartellisation -historiquement perçue comme mutuellement avantageuse- (libéralisme économique croissant et irréfléchi contre Etat-Providence pout tout et pour tous) eut pour prix la montée asymptotique d’une dette et une désocialisation sans limite. Externalités résultant d’un échange privé désastreux diront les économistes sérieux. De quoi faire naître ou grossir de nouvelles entreprises politiques et au total faire naître un marché complètement émietté donc incompatible avec le bipartisme de la Cinquième République. Des parts de marché en réduction qui restent pourtant des  points d’appui pour des stratégies individuelles. Globalement, il n’est pas dans l’intérêt de dirigeants -eux-mêmes affaiblis-  de mener une stratégie d’alliance avec un pouvoir en grande difficulté.

 

Face à cette situation de blocage généralisé et de guerre de position, il est pourtant clair que le président dispose de davantage de munitions. Son pouvoir de nomination même affaibli par une lettre de démission non datée, elle-même peu puissante et peu utilisable, reste un avantage compétitif : il pourra -pour quelque temps encore- faire prévaloir son intérêt privé au détriment des intérêts collectifs.

Il y a certes des limites que l’on ne peut anticiper car nul ne peut sauter par-dessus son temps. Toutefois fusiller des premiers ministres incapables de construire un pacte de non censure avec l’Assemblée Nationale n’aura qu’un temps. Enfin la stratégie de violence du Président se heurtera sur le mur de la dissuasion : il ne peut pas brandir l’article 16 de la Constitution sans se suicider. Le « coup de majesté » ne correspond pas au temps présent.

 

Le lecteur aura noté que nous sommes très loin de l’exposé d’un programme politique. Il est des périodes historiques où la réalité se lit à livre ouvert.

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26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 07:35

 

Sans entrer dans le débat constitutionnel, la réalité du pouvoir s'incarnait, jusqu’en juillet dernier, d'abord dans un représentant de ce qui fait l'Etat (Gardien des lois et des institutions), un patron de l'exécutif et un organe législatif. Traditionnellement, le Président de la République cumulait ces pouvoirs : gardien des lois, « patron » d'un ensemble de « cadres » et de leur dirigeant  premier ministre, « patron » d'une majorité parlementaire. D'une certaine façon, la séparation des pouvoirs restait un principe parfois malmené, mais l'efficacité était relativement garantie. De quoi retrouver certaines caractéristiques du bonapartisme. 

La cinquième République au temps du fordisme triomphant

Cette réalité supposait parallèlement une matière première anthropologique où la citoyenneté restait un ciment de qualité : La République était unanimement respectée et empêchait la dissolution des acteurs dans le grand marché de l'économie. Concrètement, il pouvait exister des entreprises politiques appelées partis[1], mais les élections législatives, à l’inverse de ce qui se passait sous la quatrième république, ne pouvaient que produire une majorité et une opposition. Le résultat n’étant que la victoire ou l’échec du camp présidentiel. La difficulté ne se manifestait que lorsqu'une majorité nouvelle venait contester la majorité du président. D'où des cohabitations.

Globalement, dans l’enfance de la cinquième République, le marché politique était simple, il s’agissait d’un duopole (socialisme contre libéralisme) ne comprenant que peu de variétés, car l’essentiel des exigences s’inscrivait dans  la question de la gestion du social et du périmètre de l’Etat providence. La question centrale n’était au fond  que le partage des énormes  gains de productivité engendrés par le fordisme triomphant. La citoyenneté ne laissait percevoir que le couple traditionnel socialisme/libéralisme dans ses versions les moins détaillées et les plus enracinées dans l’histoire.

Ajoutons que les duopoles politiques aboutissaient traditionnellement à une offre globale peu variée en raison de l’impératif de la captation de l’électeur médian : chaque entreprise politique se devait de capter l’électeur médian pour obtenir la victoire et donc très simplement le RPR devait de plus en plus ressembler au PS, et réciproquement ce dernier devait de plus en plus ressembler au RPR, constatation bien conforme à ce que prédisait le théorème de l’électeur médian[2]. De la même façon qu’aux USA le parti démocrate devait de plus en plus ressembler au parti républicain. Ce ne sera qu’avec les effets massifs de la mondialisation sur le statut des individus que l’électeur médian deviendra très difficile à découvrir, ce qui provoquera en réaction de la variété dans les offres politiques.

 La production politique, de l’époque, était face à un marché de masse mais comme dans l’économie à l’époque de la naissance du fordisme, peu de produits étaient offerts…comme le modèle T de couleur noire... chère à Henri Ford en 1912… modèle produit en masse mais sans variétés possibles.  Les problèmes étaient sociaux et l'infinie complexité du sociétal restait congelée dans la citoyenneté. Des marchés politiques qui, plus tard, vont exploser avec la décongélation et explosion elle-même facilitée par les errances d’une mondialisation sans doute fort mal gérée. Quelle entreprise politique - au-delà des mots et slogans vides de sens type « libre-échange » contre « protectionnisme » - s’était intéressée sérieusement au mode d’articulation de la France, de son industrie et de son agriculture, au marché mondial ?

Un président très jeune et très moderne… refusant le changement de notre monde

Aujourd'hui, les choses sont très différentes et la réalité anthropologique est devenue celle du « consommateur souverain »[3]. C’est dire que le citoyen, comme l’électeur médian, s’est effacé[4]. Que l’on soit cadre de l’industrie, dealer, médecin, gilet jaune, périurbain, immigré, fonctionnaire, etc. on est d’abord - très riche ou très pauvre - « individu désirant ».   D'où la multiplication, face à un marché de masse, des produits des entreprises politiques. D’où aussi l'abondance des produits  issus des grandes usines de « l’Etat providence pour tout et  pour tous ». Bien évidemment, le marché devenant agité, le bipartisme disparait et laisse la place à des blocs multiples et fragmentés. Et des ensembles incapables de générer des offres de produits politiques cohérents. L’incohérence programmatique devient une réalité asymptotique et commune à tous les partis.

La fragmentation et la dislocation potentielle s’est plus clairement manifestée au cours du présent été en France. Une réalité complètement inadaptée aux règles de la cinquième République. Le président ne peut plus disposer d'une majorité présidentielle et ne peut plus être le patron réel, ni de l'exécutif, ni du législatif. Au surplus, il a sans doute accéléré le processus de fragmentation et d’élargissement du spectre politique par une stratégie du « en même temps ». La réalité est qu’il devient simple arbitre, une réalité qu’il ne peut accepter.

Bien évidemment, cette réalité va contre son projet de carrière future dans les instances européennes et il ne peut accepter et n'acceptera pas l'apparition et la mise sur le marché de produits politiques affaissant le projet européen. Le premier ministre ne sera plus un simple collaborateur mais il devra respecter le plan de carrière privé du président de la République. Le Président n'est plus patron du législatif mais il ne peut en accepter les conséquences qui, au-delà de l'Europe, détruirait son projet personnel de carrière. Il ira jusqu’au bout de sa logique d’entrepreneur politique schumpetérien au service d’un grand Etat fédéral européen qu’il veut chevaucher[5]. Et si le parlement résiste, il ira probablement plus loin et n'hésitera pas à recourir à une certaine forme de violence saluée par Bruxelles Il s’agit pour lui d’une question de survie.

Une violence qui en appellera une autre avec déjà la mise en avant de l'article 68 de la Constitution. Il est difficile d'aller plus loin pour le moment et constatons qu'il y a simplement conflit de légitimité. Dans le monde des apparences, monde repris par la majorité de la grande presse, le Président se veut fort d’une légitimité présidentielle même si l’élection de 2022 est venue brutalement l’affaisser. Toujours dans le monde des apparences, L’Assemblée Nationale est également légitimement constituée. Mais les entrepreneurs politiques et les dirigeants qui l’anime, pensent silencieusement que le vrai problème est l’éviction rapide du Président. Il ne s’agit donc pas de respecter les règles d’un jeu devenu impossible, mais de précipiter un départ…qui risque de ne rien régler si le futur président reste accroché à des dispositifs institutionnels ne pouvant s’emboiter à la réalité anthropologique.  

Autrefois les conflits de légitimité se réglaient de manière brutale et efficace. Pensons par exemple au « coup de majesté » du jeune Louis 13 face à une régence légitime mais abusive. Sauf effacement de « l’individu désirant » qui constitue la réalité anthropologique dominante, la cinquième République ne peut plus correctement fonctionner et il faudra un jour acter le retour au statut de simple arbitre des présidents. Si possible, sans « coup de majesté ».

                                                                                         Jean Claude Werrebrouck – 25 Aout 2024-

 

[2] Rappelons toutefois que le théorème de l’électeur médian n’est valable que si les préférences des agents sont unimodales

[4] En termes savants nous dirons que nous sommes en plein paradoxe de Condorcet.

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25 août 2024 7 25 /08 /août /2024 17:15

 

Sans entrer dans le débat constitutionnel, la réalité du pouvoir s'incarnait, jusqu’en juillet dernier, d'abord dans un représentant de ce qui fait l'Etat (Gardien des lois et des institutions), un patron de l'exécutif et un organe législatif. Traditionnellement, le Président de la République cumulait ces pouvoirs : gardien des lois, « patron » d'un ensemble de « cadres » et de leur dirigeant  premier ministre, « patron » d'une majorité parlementaire. D'une certaine façon, la séparation des pouvoirs restait un principe parfois malmené, mais l'efficacité était relativement garantie. De quoi retrouver certaines caractéristiques du bonapartisme. 

Cette réalité supposait parallèlement une matière première anthropologique où la citoyenneté restait un ciment de qualité : La République était unanimement respectée et empêchait la dissolution des acteurs dans le grand marché de l'économie. Concrètement, il pouvait exister des entreprises politiques appelées partis, mais les élections législatives, à l’inverse de ce qui se passait sous la quatrième république, ne pouvaient que produire une majorité et une opposition. Le résultat n’étant que la victoire ou l’échec du camp présidentiel. La difficulté ne se manifestait que lorsqu'une majorité nouvelle venait contester la majorité du président. D'où des cohabitations.

Globalement, dans l’enfance de la cinquième République, le marché politique était simple, il s’agissait d’un duopole (socialisme contre libéralisme) ne comprenant que peu de variétés, car l’essentiel des exigences s’inscrivait dans  la question de la gestion du social et du périmètre de l’Etat providence. La question centrale n’était au fond  que le partage des énormes  gains de productivité engendrés par le fordisme triomphant. La citoyenneté ne laissait percevoir que le couple traditionnel socialisme/libéralisme dans ses versions les moins détaillées et les plus enracinées dans l’histoire.

Ajoutons que les duopoles politiques aboutissaient traditionnellement à une offre globale peu variée en raison de l’impératif de la captation de l’électeur médian : chaque entreprise politique se devait de capter l’électeur médian pour obtenir la victoire et donc très simplement le RPR devait de plus en plus ressembler au PS, et réciproquement ce dernier devait de plus en plus ressembler au RPR, constatation bien conforme à ce que prédisait le théorème de l’électeur médian. De la même façon qu’aux USA le parti démocrate devait de plus en plus ressembler au parti républicain. Ce ne sera qu’avec les effets massifs de la mondialisation sur le statut des individus que l’électeur médian deviendra très difficile à découvrir, ce qui provoquera en réaction de la variété dans les offres politiques.

 La production politique, de l’époque, était face à un marché de masse mais comme dans l’économie à l’époque de la naissance du fordisme, peu de produits étaient offerts…comme le modèle T de couleur noire... chère à Ford en 1912… modèle produit en masse mais sans variétés possibles.  Les problèmes étaient sociaux et l'infinie complexité du sociétal restait congelée dans la citoyenneté. Des marchés politiques qui, plus tard, vont exploser avec la décongélation et explosion elle-même facilitée par les errances d’une mondialisation sans doute fort mal gérée. Quelle entreprise politique - au-delà des mots et slogans vides de sens type « libre-échange » contre « protectionnisme » - s’était intéressée sérieusement au mode d’articulation de la France au marché mondial ?

Aujourd'hui, les choses sont très différentes et la réalité anthropologique est devenue celle du « consommateur souverain ». C’est dire que le citoyen, comme l’électeur médian, s’est effacé. Que l’on soit cadre de l’industrie, dealer, médecin, gilet jaune, périurbain, immigré, fonctionnaire, etc. on est d’abord - très riche ou très pauvre - « individu désirant ».   D'où la multiplication, face à un marché de masse, des produits des entreprises politiques. D’où aussi l'abondance des produits  issus des grandes usines de « l’Etat providence pour tout et  pour tous ». Bien évidemment, le marché devenant agité, le bipartisme disparait et laisse la place à des blocs multiples et fragmentés. Et des ensembles incapables de générer des offres de produits politiques cohérents. L’incohérence programmatique devient une réalité asymptotique et commune à tous les partis.

La fragmentation et la dislocation potentielle s’est plus clairement manifestée au cours du présent été en France. Une réalité complètement inadaptée aux règles de la cinquième République. Le président ne peut plus disposer d'une majorité présidentielle et ne peut plus être le patron réel, ni de l'exécutif, ni du législatif. Au surplus, il a sans doute accéléré le processus de fragmentation et d’élargissement du spectre politique par une stratégie du « en même temps ». La réalité est qu’il devient simple arbitre, une réalité qu’il ne peut accepter.

Bien évidemment, cette réalité va contre son projet de carrière future dans les instances européennes et il ne peut accepter et n'acceptera pas l'apparition et la mise sur le marché de produits politiques affaissant le projet européen. Le premier ministre ne sera plus un simple collaborateur mais il devra respecter le plan de carrière privé du président de la République. Le Président n'est plus patron du législatif mais il ne peut en accepter les conséquences qui, au-delà de l'Europe, détruirait son projet personnel de carrière. Il ira jusqu’au bout de sa logique d’entrepreneur politique schumpetérien au service d’un grand Etat fédéral européen qu’il veut chevaucher. Et si le parlement résiste, il ira probablement plus loin et n'hésitera pas à recourir à une certaine forme de violence saluée par Bruxelles Il s’agit pour lui d’une question de survie.

Une violence qui en appellera une autre avec déjà la mise en avant de l'article 68 de la Constitution. Il est difficile d'aller plus loin pour le moment et constatons qu'il y a simplement conflit de légitimité. Dans le monde des apparences, monde repris par la majorité de la grande presse, le Président se veut fort d’une légitimité présidentielle même si l’élection de 2022 est venue brutalement l’affaisser. Toujours dans le monde des apparences, L’Assemblée Nationale est également légitimement constituée. Mais les entrepreneurs politiques et les dirigeants qui l’anime, pensent silencieusement que le vrai problème est l’éviction rapide du Président. Il ne s’agit donc pas de respecter les règles d’un jeu devenu impossible, mais de précipiter un départ…qui risque de ne rien régler si le futur président reste accroché à des dispositifs institutionnels ne pouvant s’emboiter à la réalité anthropologique.  

Autrefois les conflits de légitimité se réglaient de manière brutale et efficace. Pensons par exemple au « coup de majesté » du jeune Louis 13 face à une régence légitime mais abusive. Sauf effacement de l’individu désirant qui constitue la réalité anthropologique dominante, la cinquième République ne peut plus correctement fonctionner et il faudra un jour acter le retour au statut de simple arbitre des présidents. Si possible, sans « coup de majesté ».

                                                                                         Jean Claude Werrebrouck – 25 Aout 2024-

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16 août 2024 5 16 /08 /août /2024 14:42

La logique présidentielle fera émerger dans quelques jours un exécutif proche du bloc dit « central ». Ce nouveau pouvoir devrait être fort contraint par le risque d’une proposition de censure   initiée soit depuis le bloc de gauche soit depuis le RN. Des vagues pouvant additionner jusqu’à 335 voix au moins. Dans le même temps, il doit pour exister répondre aux exigences fondamentales des anciens citoyens devenus aussi groupes de simples consommateurs  non pas  de programmes politiques auxquels plus personne ne croit  mais de produits politiques adaptés à des ensembles plus ou moins solidaires mais aussi plus ou moins antagonistes. Il est facile de dresser la liste de ces exigences - certaines probablement fondamentales d’autres moins -   qui, là aussi, s’additionnent et se trouvent représentées dans des partis devenus entreprises politiques largement incapables d’offrir, face à leurs marchés émiettés, un programme cohérent : SMIC et pouvoir d’achat, réforme des retraites, pauvreté et inégalités, fiscalité, services publics (école, santé, etc.) immigration et sécurité. Cette liste qui figure dans tous les sondages est confirmée par la dernière enquête IPSOS de juillet.

Curieusement, ce même bloc central sera dominé par une ex majorité présidentielle, contestée depuis très longtemps sur les sujets que nous venons d’énumérer. Ajoutons que ce bloc est extrêmement hétérogène avec des fractures importantes sur des dossiers décisifs, comme celui de la fiscalité ou du libre-échange. C’est dire que ce bloc central ne peut, curieusement, tenir que s’il est puissamment épaulé par les 2 autres. Probablement incapable d’assurer sa cohérence interne, il ne peut survivre que par la contribution de son environnement. Il doit par conséquent être beaucoup plus qu’encadré et bénéficier d’une aide de ses adversaires. Il s’agit d’un important paradoxe.

Selon les modalités de son action il devrait tantôt s’appuyer sur la gauche, tantôt sur le RN et tantôt sur les deux. Sur le plan de la réforme des retraites, il n’aura guère le choix et devra impérativement obéïr aux exigences conjuguées de la Gauche et du RN, exigences qui vont peser très lourd dans l’adoption ou non du budget 2025, et donc dans la survie du nouvel exécutif. Pour le reste, il lui faudra compter sur une aide indispensable du RN.

Et cette aide devra s’envisager quel que soit le domaine législatif ou règlementaire.

Les propositions du nouvel exécutif ne peuvent être que fort modestes dans ce qui impacte le fonctionnement de l’économie et on verrait mal ce bloc central partir en guerre contre les règles du jeu du néolibéralisme de marché, règles surveillées étroitement par la holding européenne. Qu’il s’agisse de la hausse du SMIC, du chômage, voire du prix de l’électricité, et de tant d’autres sujets, les marges de manœuvres seront de plus en plus réduites Dans ce registre, il devra affronter de façon violente la gauche qui exigera de nouveaux impôts et il ne pourra être sauvé que par une bienveillance ou une neutralité du RN. En cas de motion de censure lancée par la gauche, il devra négocier une simple abstention de celui qui reste officiellement son adversaire.

Dans le registre des textes portant sur l’amélioration des services publics, l’impact économique est lui aussi non neutre et à court terme risque de peser sur le déficit et la dette. On ne pourra rétablir le service public hospitalier en misant sur les seuls gains de productivité. Même chose pour l’école ou l’Université. C’est dire que le nouvel exécutif va rencontrer d’énormes difficultés dans la volonté attendue de dominer les questions budgétaires. Si, en ce domaine, le risque de censure par la gauche est probablement plus faible, le bloc central ne pourra l’emporter qu’avec au moins la neutralité bienveillante du RN.

S’agissant maintenant des réformes touchant la sécurité, les frontières et les flux migratoires, le bloc central sera lui-même intrinsèquement faible en ce domaine et il est très clair qu’il faudra largement dépasser la négociation d’une simple bienveillance du RN et donc collaborer directement avec lui.

Quels  que soient les projets,  textes, voire les amendements discutés , l’onction du RN sera fondamentale. C’est dire que l’usine Assemblée Nationale fonctionnera largement sous haute influence RN.

 

 

 

 

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9 août 2024 5 09 /08 /août /2024 15:29

 

La présente note se propose de montrer qu’il sera difficile à court terme comme à moyen terme de construire un exécutif stable en France. Loin des questions constitutionnelles et organisationnelles trop souvent mises sur le devant de la scène, cette réalité est le résultat d’une confrontation entre identité anthropologique nouvelle et une architecture économico-financière inadaptée.

Le "pacte du chameau"

Nous commencerons par discuter d’un modèle amusant présenté il y a plus de 10 ans par le philosophe Jean- Pierre Dupuy à la suite des travaux de Jacques Lacan : le pacte du Chameau. Expliquons. Soit un univers composé d’un propriétaire de 11 chameaux  souhaitant transférer son patrimoine auprès de ses trois enfants. Le transfert obéit à des règles a priori non négociables : La moitié du patrimoine pour le premier enfant, le quart pour le second et le sixième pour le dernier. Une autre règle est que le transfert se réalise en laissant vivants les animaux.

Concrètement ces règles bloquent le transfert, lequel s’avère impossible et va susciter désordre et peut-être violence. La solution consiste donc à transformer les règles du jeu (la loi si l’on tente de se représenter les choses dans une société concrète) ou bien de recourir à des tiers facilitateurs. Si la loi n’est pas modifiable, prévenir la violence suppose que le propriétaire de chameaux emprunte un chameau à l’extérieur de la communauté, ce qui fera  que le transfert respecte les règles à partir d’un patrimoine non plus de 11 mais de 12 chameaux. Dans ce cas, nous obtenons un transfert respectant les règles et donc sa bonne réalisation : 6 chameaux (règle des 50%) pour le premier, 3 pour le second (règle du quart) et 2 pour le dernier (règle du sixième). Le transfert s’effectue sans difficulté et laisse un chameau non transféré aux héritiers lequel pourra être rendu au prêteur extérieur.

Par analogie avec notre monde ce modèle est très riche. Sans l’autorité du propriétaire, il n’y avait aucune chance de voir se réaliser le transfert dans le respect complet des règles. Avec cette même autorité il n’y a même pas besoin d’emprunter un chameau : il suffit de l’imaginer comme une réalité qui n’existe pas. C’est donc une fiction collective qui seule permet la transaction et donc établit une sorte de pacte social. Le marché donc la libre négociation entre les enfants ne pouvait aboutir sans le viol des règles. Comme disent les économistes, il n’y avait pas de possibles échanges mutuellement avantageux.

Il faut  aller plus loin encore et la fiction collective est elle-même issue du caractère intangible des règles du jeu, caractéristique technique qui interdit radicalement le transfert : Le modèle Dupuy/Lacan fait des règles sociales une extériorité radicale : les humains ne peuvent y toucher. La loi ne se discute pas et se trouve indépendante de leur volonté. Sans doute s’agit-il d’une aliénation empêchant de se rendre compte que la loi n’est qu’une convention humaine. Mais c’est précisément parce qu’il y a aliénation qu'il faut inventer le pacte social, ici le pacte du chameau.

La France et son peuple d’individus désirants

 Globalement, le fonctionnement d’une société passe par une extériorité qui surplombe la communauté. Une extériorité qui crée du collectif et produit une réalité anthropologique c’est-à-dire selon le langage de Bruno Latour un « mode d’existence ». Si cette extériorité s’affaisse progressivement - pensons à la naissance d’un droit naturel, puis d’un droit construit par les hommes comme purement conventionnel, affaissement pouvant donner naissance à une simple foule d’individus désirants, c’est-à-dire un autre « mode d’existence » -  alors il est probable que ce qui reste du champ politique s’affaisse tout doucement dans un même mouvement. Et c’est précisément ce que nous constatons depuis longtemps en France, et sa mise en pleine lumière aujourd’hui, avec un rejet/émiettement des entreprises politiques censées produire du pacte social. Avec l’émergence du simple individu désirant, ce que nous avons souvent appelé le « consommateur souverain » ; avec la contestation de plus en plus radicale de la règle en tant qu’extériorité qui lui est associée, la France est susceptible de  connaître de grandes ruptures institutionnelles. Et des ruptures qui risquent de rester tempêtes dans un verre d’eau si les consommateurs souverains s’avèrent insusceptibles de retrouver une extériorité porteuse de collectif.

Concrètement, la crise politique que nous vivons est un peu la perte du pacte du chameau et la tentative pour le retrouver, d’abord sous la forme d’un exécutif stable. Parce que tout exécutif risque d’être minoritaire, les citoyens disparus au profit de consommateurs souverains se retrouvent dans la situation des héritiers du propriétaire des chameaux...sans le pacte du chameau.  Concrètement peu de négociations possibles et vote rapide de la censure parlementaire. Sans le pacte, l’héritage était bloqué. Aujourd’hui, sans extériorité qui donne du sens à une foule errante, le jeu politique est bloqué.

Ce qu’il faut donc faire naître est un consensus relatif, une véritable majorité (289 voix) laquelle ne peut se construire… qu’en donnant la plus grande satisfaction individuelle aux participants de la foule. Si l’on revient au modèle, sans l’intangibilité des règles et donc sans la fiction du chameau emprunté sur un extérieur, les héritiers se seraient accordés par le biais d’un non- respect des règles : soit le nom respect des quotas de partage, soit le découpage des chameaux, soit les deux. Sans pacte du chameau, il n’y a plus que le bricolage des règles. Qu’en est-il pour une France qui ne connait plus que la foule ?

La foule invite les marchés politiques à surproduire un cadre réglementaire incohérent

Bien évidemment, le nombre de règles du jeu social est infiniment plus important que dans le cas du partage des chameaux. Toutes ces règles sont discutables et aucune n’est intangible. Elles n’expriment même plus un universel tant elles sont adaptées aux situations les plus particulières et les plus individuelles. La disparition de l’extériorité au profit de la foule se lit aussi dans la surproduction de l’usine qui fabrique le droit : le Journal Officiel ne cesse de s’épaissir et le secrétariat général du gouvernement comme le Conseil d’Etat sont en suractivité. De surcroit ,on ne connait pas de façon précise les effets collectifs d’une évolution de la montagne des règles, ce que l’on traduit par les nombreuses critiques sur l’insuffisance des outils d’évaluation des politiques publiques. Ce que dans un autre vocabulaire nous avons appelé « incohérences programmatiques ». Parvenir à une majorité de 289 voix consistera donc à donner satisfaction à une multitude d’acteurs aux intérêts opposés.

Dans un tel contexte est-il possible de retrouver un pacte du chameau ? Du point de vue du Président de la République, l’effacement progressif de l’extériorité devient le problème que ne rencontrait pas le propriétaire des chameaux. Avec la crise politique il n’est plus -au mieux- que simple patron tentant de construire une holding politique produisant des règles du jeu favorables aux consommateurs souverains. De quoi accumuler des marchandises plutôt que de la lumière. L’intangibilité d’un corpus juridique n’a plus aucun sens dans un monde devenu complètement opportuniste. Nous ne sommes plus à l’époque où un Pierre Cot pouvait se proposer de « balayer les escaliers au service de la France » : il suffisait, en ces temps de guerre, de balayer pour faire réapparaître un pacte du chameau. Reconstruire la France était l’équivalent du pacte du chameau. Aujourd’hui les choses sont infiniment plus difficiles. Signalons aussi qu’il n’est pas dans l’agenda du Président de la République de chercher un premier ministre qui serait en dehors du paraître et de la course aux médias : la foule des consommateurs souverains tant droguée à la publicité et la communication ne comprendrait pas. Les entreprises politiques complètement déboussolées ne peuvent plus proposer de programmes et se contentent de multiplier des produits politiques insignifiants pour, comme dans la distribution, attirer l’acheteur englué dans la marchandise.

Vers la « tragédie des communs ».

Concrètement, l’Etat devrait encore grossir avec de nouvelles dépenses exigées par les consommateurs souverains débarrassés de toute forme d’extériorité venant encadrer et canaliser leurs exigences. Et ces dépenses seront concentrées sur ce sur quoi les députés ont la charge, à savoir tout ce qui relève de l’Etat-providence, lui-même élargi à une composante sociétale non limitée (les minorités bruyantes). Ce grossissement sera enclenché par des votes rassemblant une coalition d’intérêts politiques à L’Assemblée Nationale. Bien évidemment, les tentatives pour limiter les déficits publics correspondants (hausses de pressions fiscales diverses) seront, dans un monde ouvert, peu efficaces : fuite des gros revenus à l’étranger, fuite de l’épargne, chute de l’investissement dans un contexte de rentabilité affaiblie, hausse du coût de la dette publique, etc.

Globalement parce que le monde est devenu foule de consommateurs souverains et que les limites à la dépense reculent en raison de la nécessaire et très difficile fabrication d’une majorité à L’Assemblée nationale, nous nous retrouvons, plus que jamais, dans ce que les économistes appelaient « la tragédie des communs » laquelle devrait inclure celle de l’environnement. De la même façon que la concurrence entre pêcheurs dans un monde non régulé entraîne un sur-prélèvement et l’appauvrissement des océans, la crise politique entraîne un processus semblable que nous proposons d’appeler « surexploitation du PIB » (la bataille sur les marchés politiques favorisera une foule dépensant un revenu qui n’est pas produit). C’est l’extériorité radicale qui, dans le modèle de Dupuy, permettait les transactions entre héritiers. C’est sa disparition qui aggravera en France la surexploitation du PIB (et probablement de l’environnement) par ce qui est devenu la foule. Avec une conséquence évidente et oubliée : un déficit extérieur abyssal.  Avec bien évidemment des conséquences sur les marchés financiers et au niveau bruxellois sous la forme de procédures de surveillance voire de sanctions diverses jusqu’ici jamais appliquées.

 Un « mode d’existence » travaillé par la fiche d’identité monétaire

Dans le modèle social-démocrate français antérieur, celui d’avant la monnaie unique, le risque existait déjà, mais la sanction était rapide : toute surexploitation du PIB se payait d’une dévaluation. Cette dernière faisant office d’externalité. Cette surexploitation du PIB était moins le produit d’un consommateur souverain encore embryonnaire que celle de la lutte des classes que l’on régulait par de l’inflation. Finalement, il fallait respecter les règles du jeu et donc la monnaie nationale était un peu l’équivalent de la fiction du chameau dans le modèle de Dupuy. Au fond la monnaie nationale empêchait que le citoyen ne se transforme plus complètement en consommateur souverain. Plus encore, la monnaie nationale protégeait le modèle anthropologique, le « mode d’existence » de Latour. Dans la présente situation, cette surexploitation du PIB est plus durable et comme les entrepreneurs politiques le disent stupidement ou malhonnêtement : l’euro protège. Plus sérieusement il prolonge une tragédie des communs. Plus concrètement encore la monnaie unique élargit l’espace d’errance de la foule et entretient son ADN : l’euro est une liberté nouvelle pour les consommateurs souverains. Il entretient un nouveau « mode d’existence ». Que deviendraient ces millions de français qui pratiquent tant le tourisme à l’étranger avec une monnaie surévaluée par rapport à ce que serait la monnaie nationale ?

Un Président de la République marchant sur un fil

Le président de la République est ainsi amené à poursuivre sa dangereuse marche sur un fil. Pour conserver le pouvoir, il ne peut qu’aller dans le sens de la foule des consommateurs souverains qui sont aussi, pour certains, défenseurs de la souveraineté absolue du capital, donc de son errance. Une errance que l’on va tenter de réduire avec la prise de conscience du drame de la désindustrialisation. Mais, en même temps, il doit veiller à ne pas affoler ses collègues bruxellois dont il espère la reconnaissance future dans sa candidature à la présidence d’une fédération d’Etats européens. Le choix du futur premier ministre dépendra de la seule capacité de ce dernier à accompagner le parcours privé du Président de la République sur le très haut câble aérien qui doit le mener jusqu’à Bruxelles pour y saisir un gain politique nouveau. Simple contrainte  de carrière toute personnelle.

 Observons pour terminer  que ce choix est en rupture avec l’idéal néo-libéral. Ce dernier fabrique un nouveau modèle anthropologique, mais un modèle ancré dans l’intangibilité d’un corpus juridique très responsabilisant : consommateur oui, mais foule errante attirée par les cadeaux offerts sur les marchés politiques, non. D’une certaine façon, il est censé reproduire le modèle de Dupuy. A l’inverse, notre présent monde refuse le pacte du chameau et généralise l’irresponsabilité de tous les acteurs. Ce modèle anthropologique a-t-il de l’avenir ?

 

 

 

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1 août 2024 4 01 /08 /août /2024 05:27

Il est logique que la disparition de la société (évoquée dans notre article précédent [1]) entraîne - pour les entrepreneurs politiques assis sur les bancs de l’Assemblée Nationale -l’unique souci de la gestion du seul présent. Les lois votées ou leurs amendements n’entraînent plus que de simples modifications dans la répartition du bien-être entre les anciens citoyens  devenus consommateurs souverains selon le terme retenu dans l’article précédent. La disparition de la croissance confirme que le jeu politique devient effectivement, au mieux, jeu à somme nulle. Les députés, entrepreneurs politiques en concurrence, souvent simples franchisés d’entreprises plus vastes -les partis- et rarement entrepreneurs politiques individuels, se battent sur des textes produisant des rentes de marchés, ou de bien être pour certains et des coûts pour d’autres. Ces déplacements entraînent des rentes politiques pour ceux des députés qui auront gagné au jeu du déplacement : satisfaction de la clientèle électorale (consommateurs souverains) et espérance de reconduction/ prise du pouvoir. Avec la disparition de la croissance, les gains potentiels se réduisent pour les consommateurs souverains d’où l’absentéisme croissant lors des élections (le jour du marché) et le rejet croissant des entrepreneurs politiques. Un peu comme dans la grande distribution et le rejet de ses formes les plus anciennes.

Au niveau de l’usine Assemblée Nationale le déplacement de bien-être obéit à la règle de la majorité (289 voix). Cette même usine étant devenue plus émiettée avec l’éclatement de la société, il n’existe plus de duopole (droite/ gauche) et Il faut construire un cartel politique – une « coalition » dans le langage courant - pour obtenir une loi participant à la redistribution du bien-être.

En abandonnant  momentanément la question du LR, 3 grandes entreprises ou groupes d’entreprises sont aujourd’hui présentes : NFP, ex majorité, RN. Dans une logique majoritaire, celle qui permet la naissance d’un produit politique et du gain correspondant, 3 figures de Cartel peuvent se constituer : NFP/ex-majorité ; Ex-majorité/RN ; NFP/RN. Il est clair que dans un ordre spontané de marché (en dehors d’un grand régulateur type Président de la République) la figure de Cartel qui doit l’emporter est celle qui maximisera les gains pour les entrepreneurs politiques gagnants, ceux qui encaisseront les gains politiques en termes de fidélité d’électeurs devenus consommateurs souverains. Ces gains peuvent théoriquement se manifester dans les niches du grand marché : le régalien (armée, justice, etc.), l’économie (globalement tout ce qui peut maximiser la réussite entrepreneuriale), le social (santé retraite, logement, etc.), enfin le sociétal (globalement tout ce qui concerne le rapport à l’altérité). Toutes ces niches sont un peu déprimées avec la déconstruction de la société mais elles existent encore, non plus comme pièces à emboiter dans un projet de monde collectivement enviable, mais comme outil de réalisation du moi, ce qu’attendent les consommateurs souverains des marchés politiques.

Quels sont les gains selon les types de cartellisation ?

Le cartel NFP/ex-majorité ne produit aucun gain pour aucun participant : pas de majorité possible ni pour le régalien,  ni pour le social ou l’économique. La seule niche serait éventuellement le sociétal où le cartel pourrait produire quelques rentes politiques obtenues auprès des minorités bruyantes. D’où parfois ce parfum de Mélanchonisme dans le Macronisme ou de Macronisme dans le Mélanchonisme. Globalement parce que  cette figure ne produirait rien (aucun texte ne serait adopté, donc aucun gain politique entre les divers partenaires) l’usine Assemblée Nationale ne saurait mobiliser un tel rassemblement d’entrepreneurs politiques. Le marché politique qui devrait comme tout marché produire des gains à l’échange ne fonctionne pas.

Le cartel ex-majorité/RN ne procure aucune rente et ce pour tous les acteurs : pas de majorité possible que ce soit dans le régalien, l’économique, le social, ou le sociétal. Là encore l’usine Assemblée Nationale ne produirait rien et le marché politique ne peut fonctionner.

Le cartel NFP/RN ne produit évidemment aucun gain sur les marchés du régalien, probablement rien sur l’économique et encore moins sur le sociétal. Par contre, il peut produire de très gros gains sur la niche sociale. Ainsi on parle déjà d’une loi d’abrogation de la réforme des retraites qui serait validée, non par un cartel constitué, ce qui serait impensable, mais par le biais d’une stratégie de passager clandestin de la part du RN. Une telle stratégie, celle du cartel caché, régulièrement rencontrée dans le monde économique – pensons au cartel pétrolier jusqu’en 1970 - permettrait de retrouver sans le dire quelque chose comme la sociale-démocratie d’avant le néolibéralisme.  

Compte tenu des résultats électoraux, ce type de cartel caché est spontanément le résultat le plus probable. Avec bien évidemment des gains, puisqu’au moins dans un premier temps les entrepreneurs politiques qui y gagnent sont à l’abri de toute motion de censure (l’addition des entrepreneurs politiques du NFP et du RN dépasse les 330 députés). Bien évidemment, l’incohérence programmatique est au rendez-vous d’un tel scénario, avec élévation très rapide de la barrière de la finance (dette publique incontrôlable, hausse des taux, sanctions bruxelloises, etc…). Il n’est toutefois pas dit que la violence de la crise qui en résulterait mettrait fin à la cartellisation cachée car la France est un vrai poids lourd dans la finance mondiale. La dite barrière pourrait en effet aboutir à une solidarité plus forte entre les 2 partenaires et à une modification radicale de l’architecture monétaire et financière du pays et au moins de l’ensemble de la zone euro. De quoi aboutir à un durcissement du pouvoir politique, une vraie révolution et peut-être une guerre civile.

Le vote des parlementaires à l’intérieur de l’hémicycle est-il plus puissant que celui des investisseurs et des spéculateurs dans le parlement virtuel des marchés financiers ? S’il est difficile de répondre à la question il est pourtant essentiel de bien la poser[2].

Si l’on compare les diverses stratégies de cartel il est clair que le jeu du marché libre à l’intérieur de l’hémicycle devrait aboutir à un accord caché entre NFP et RN, le second devenant passager clandestin de celui qui pourra afficher les gains politiques d’une coopération masquée. Il est donc de l’intérêt de NFP de précipiter l’avènement de ce type d’accord - spontané mais masqué - en proposant un premier ministre. De quoi précipiter le résultat du marché libre à l’intérieur de l’hémicycle.

C’est la raison pour laquelle ce mouvement spontané vers une cartellisation cachée entre NFP et RN sera interdit par ce grand régulateur du marché qu’est le président de la République, lui-même consommateur souverain ayant comme projet très personnel et très privé sa nomination à la présidence d’une Europe devenue fédérale. Ce n’est que près de 70 années après sa création que l’on se rend compte que La Constitution de la cinquième République peut, potentiellement, établir un marché régulé dans l’hémicycle, avec au final des entreprises politiques filiales d’un patron de holding qui peut dans certaines limites jouer au mécano.  Le cartel caché sera donc interdit fin Août au profit d’un cartel plus complexe : Ex majorité présidentielle/LR/ quelques autres députés ? Le régulateur du grand marché politique jouera au mécano et imposera si possible sa cartellisation bien davantage tournée vers le succès de sa future carrière professionnelle.

 Il est très difficile d’envisager les chances et modalités de ce type de scénario qui sera assurément retenu. Il sera pourtant internationalement soutenu et en particulier par le parlement virtuel  des marchés financiers qui verront, dans ce type de cartel imposé la seule et dernière voie de salut. Le risque est évidemment interne puisqu’il sera considéré comme irrespectueux des résultats de la dissolution et donc sera probablement rapidement détruit par une motion de censure… La Constitution permet de jouer au mécano… encore faut-il que les pièces soient bien ajustées…

 

A moins d’aboutir à un cartel tellement large que la rente politique qui en résulterait, aboutirait à un ruissellement considérable sur les consommateurs souverains les plus éloignés. En toute logique un cartel très large, susceptible de rassembler jusqu’à 289 députés travaillant sur des marchés forts différents, se paie d’incohérences programmatiques lourdes débouchant sur un Etat encore plus obèse : probablement un peu plus de recettes fiscales (ISF ?) et beaucoup plus de dépenses publiques. Ce que les juristes/politistes/constitutionnalistes ne voient guère dans l’idée souvent avancée de coalition, laquelle suppose des échanges mutuellement avantageux entre partis. Au détriment de qui ? Un cartel élargi aux fins d’aboutir à une majorité entrainerait probablement de nouveaux déficits[3].   La réalité est donc plutôt complètement inverse et respecter les contraintes Bruxelloises  et des marchés suppose aujourd’hui un ruissellement à l’envers, ruissellement qu’on peut lire dans la dernière note du Conseil d’Analyse Economique. Ainsi il est proposé une diminution des aides à l’apprentissage, de supprimer les exonérations de cotisations sociales au dessus de 2,5 smic, de réduire les dispositifs d’exonération sur les droits de succession, de réduire le crédit d’impôt recherche, de sous indexer les dépenses et tranches d’imposition, etc. Un dispositif aux effets de réduction d’une croissance déjà nulle  depuis quelques mois. Les gains politiques pour les entrepreneurs politiques qui se risqueraient à produire de telles nouvelles règles à l’Assemblée Nationale, seraient des plus ténus. Les modifications de répartition du bien-être devenant production de mal-être au détriment d’une majorité de consommateurs souverains et au profit d’une finance obscure arguant de la souveraineté du capital.

Même en supposant qu’elle puisse fonctionner, la production future de l’usine Assemblé Nationale ne satisfera en aucune façon les anciens citoyens devenus consommateurs souverains. De quoi les éloigner encore davantage de l’idée de démocratie, un concept il est vrai devenu obsolète dans un monde où la société disparait.


[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2024/07/notre-naufrage-politique-simple-effet-de-la-disparition-de-la-societe.html

 

[2] De ce point de vue, il serait très intéressant d’examiner le travail des anthropologues, philosophes et sociologues qui,  tel celui d’un Jean-Pierre Dupuy, étudie la transformation brutale de la non société, la foule désordonnée, (ici approximativement l’individu souverain) en ordre social ultra contraignant par un processus de panique. On ne peut que regretter de ce point de vue que les économistes et juristes en particulier travaillent en silo et désertent le champ des autres disciplines.

[3] De ce point de vue la distinction entre coalition gouvernementale et Cartel est importante. Dans une coalition les partenaires se livrent à des négociations mutuellement avantageuses dans le respect d’un cadre les dépassant réellement ou idéologiquement. C’est peut-être encore le cas dans les pays qui se livrent à ce type de pratique. La société se défait mais on croit encore à un intérêt général. La négociation à l’intérieur de la coalition ne peut se nourrir de ce que l’on croit être la richesse commune. Ainsi en Allemagne on ne saurait négocier des gains allant contre la stabilité monétaire.

 Quand le monde est plus complètement déconstruit, ce qui est plus particulièrement le cas de la France, les entreprises politiques peuvent devenir plus radicales et on passe à la logique du donnant/donnant sans trop se soucier d’un extérieur commun : le cartel va plus loin que la coalition et devient la nouvelle pratique. Cet extérieur commun oublié peut encore être l’armature monétaire et financière : la finance se nourrit encore de la dette. On peut donc penser que la France ira jusqu’au bout de son endettement et que le grand régulateur qu’est le président de la République continuera, le plus longtemps possible, de marcher sur un fil.

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4 juillet 2024 4 04 /07 /juillet /2024 16:15

La réponse de chat GPT à la question de la nature de l’entrepreneuriat politique que l’on trouve dans la première partie de la présente note était très intéressante. On peut en reprendre les termes :

Les entrepreneurs politiques sont des individus ou des groupes qui cherchent à influencer le processus politique pour atteindre des objectifs spécifiques, comme l’adoption de lois ou des politiques publiques favorables à leurs intérêts. Ils peuvent utiliser des stratégies de lobbying, de plaidoyer ou de campagnes pour atteindre leurs objectifs.

Cette réponse qui est dans la « tête de Chat GPT » ne fait que refléter la culture ambiante du moment. Ainsi, on est surpris de constater que le personnel politique n’est pas directement mentionné, que le mot « démocratie » est absent et surtout qu’il n’est guère question de l’idée d’un « intérêt général » comme horizon du « processus politique ». Cet oubli de l’IA se vérifie naturellement dans les faits. Quels sont, au-delà de l’intérêt privé très légitime, les objectifs globaux d’une entreprise politique, « démocrate chrétienne », « centre-droit », « gaulliste », etc. ? Bien sûr on ne saurait contester la réalité de « l’utilisation de la puissance publique à des fins privées » donc la réalité d’une « capture de ladite puissance » mais il est aujourd’hui surprenant que les idées des entrepreneurs politiques aient disparu au profit de l’affichage de la simple compétence technocratique et de ses outils. Alors que naguère l’entrepreneur politique était porteur d’un idéal rassembleur, parfois grandiose comme le marxisme, il est aujourd’hui simple émetteur d’une pensée vide. Le plein – parfois trop plein- est devenu le vide.

Ce passage du plein vers le vide n’est que le respect de la congruence avec celui d’une économie qui s’est complètement transformée. Proposition à démontrer.

Nous n’allons pas reprendre toutes les circonstances qui ont entrainé la fin de l’entreprise fordienne de naguère. Elles sont longuement argumentées sur le Blog : émergence d’un capitalisme spéculatif à partir de la fin de Bretton Woods, fin des taux de change fixes, liberté de circulation du capital, dérèglementation généralisée, boursouflure financière, développement de la concurrence, fin de l’entreprise institution sécurisée et sécurisante, fin de la complémentarité organisée par les entrepreneurs politiques entre capital et travail et « troisième voie gaullienne », prise du pouvoir par les actionnaires qui vont transformer l’entreprise institution en simple objet de paris financiers, abandon de la production de richesse au profit de la simple valeur, rémunération du capital par rachats d’actions et simple hausse des cours, développement sans limite des indicateurs et du reporting transformant le travail d’un encadrement devenu taylorisé, priorité du court terme sur l’investissement de long terme etc. Toute cette mutation fut accompagnée par les entrepreneurs politiques de l’époque qui, par effet d’imitation,  vont se concurrencer pour avancer plus vite vers le marché généralisé, ce que nous avons appelé le passage de l’âge institutionnel de l’Etat à son âge relationnel. Courses entre entrepreneurs politiques qui, au final,  fera que la gauche sera de droite et  la droite sera de gauche, d’où ultérieurement- 2017- l’arrivée d’une cartellisation/rachat  dite « macroniste ».

Les entrepreneurs politiques, prenant la tête de la course à la grande transformation souhaitée par les entrepreneurs économiques, se concurrencent non plus par des idées mais des pratiques technocratiques tels les « nudges » censés faciliter le bon graissage des rouages du marché. Le tout n’étant plus guidé par des grands principes sur l’ordre du monde à construire mais par la seule théorie économique qui devient la nouvelle théologie de l’humanité en voie de mondialisation.  L’entreprise fordienne se liquéfie dans le grand marché et donc la société elle-même doit se dissoudre dans ledit marché.

Il appartiendra aux entrepreneurs politiques de faciliter la révolution anthropologique impulsée par les nouvelles réalités économiques. Exercice difficile dans un pays comme la France qui reste attachée à la valeur égalité et à la puissance d’un Etat s’étant construit sur plus de 1000 ans et Etat devenu enfin sécurisant. Une sécurité qui, tel un lego, s’emboitait dans l’entreprise fordienne

Depuis plusieurs dizaines d’années, les entrepreneurs politiques français se sont épuisés à tenter de remédier aux effets dont ils chérissaient les causes. Et parce que baignant dans la rationalité de la théorie économique propre à produire l’adhésion au nouveau monde, ils se sont attachés à réguler les aspects accessoires, à savoir ce qui est de l’ordre du sociétal. Parce qu’il était devenu impossible dans l’entrepris nouvelle - trop tournée vers son élite actionnariale mondialisée sécessionniste - de produire de l’émancipation économique et sociale, les mêmes entrepreneurs politiques se sont tournés vers l’émancipation sociétale. D'où une nouvelle classe de produits politiques à offrir sur le marché. L’égalité ne pouvant plus passer par un combat central sur l’économie, il faudra passer par des combats secondaires tel le genre, ou la couleur de la peau. Le paradigme peut rester le même mais l’égalité ne passe plus dans la transformation des « rapports sociaux  de production », mais dans celle de la fin de discriminations, d’injustices sociétales, de mépris réels ou supposés, la quête de libertés nouvelles, etc. Ce faisant ils travaillent pour un changement culturel et aident la culture narcissique qui est le complément de la spéculation généralisée : l’attention extrême du marketing aux singularités et à la mise en avant du moi.

L’entrepreneur politique du marché mondialisé n’a plus la hauteur de celui qui naguère pouvait produire un intérêt général. Certes, il était comme tout entrepreneur animé par l’intérêt, ici le pouvoir et ses avantages essentiellement symboliques, mais il pouvait se cacher derrière un intérêt général, reconnu comme tel car consacré par le résultat du marché politique. Parce que le collectif semble avoir disparu avec la puissance du moi, l’entrepreneur politique perd l’essentiel de sa légitimité : son discours est celui du vide, et sa position est au mieux rentière. Curieusement, sur plusieurs dizaines d’années il fut amené à scier la branche sur laquelle il était assis. Sa réalité bancale est désormais en pleine lumière. Et si demain devait émerger une nouvelle réalité anthropologique il serait balayé.  

En attendant les entrepreneurs politiques de l'âge de la mondialisation se concurrencent non plus en construisant et en développant un projet commun, mais en fragmentant toujours un peu ce qui reste de société par la multiplication de produits politiques dérisoires et aux  effets délétères sur les anciens citoyens devenus simples consommateurs. Il suffit de jeter un regard sur l'industreie de la publicité et des produits qui y sont engendrés pour s'en rendre compte. De quoi faire exploser les violences mimétiques chères à René Girard et répandre une culture de la haine prenant la place de l'ancien conflit de classes.

 Le Président de la République française est hélas le modèle le plus parfait de ce type d’entrepreneurs politiques.

 

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2 juillet 2024 2 02 /07 /juillet /2024 09:23

Face aux résultats des élections législatives on peut aujourd’hui « saisir à livre ouvert » la nature profonde de ce qu’est devenu l’entrepreneuriat politique français. Nous tenterons prochainement de faire l’analyse d’une mutation. En attendant nous proposons la relecture d’un texte relativement ancien, ainsi qu’une réponse laconique proposés par Cap GVT sur nos questions concernant la nature de l’entrepreneuriat politique.

 Voici ce que nous écrivions il y a maintenant une quinzaine d’années (27 novembre 2012) :

« Les entreprises politiques sont des organisations  en concurrence pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animées par des intérêts privés : le goût du pouvoir, la recherche d'avantages matériels ou symboliques, elles utilisent la puissance idéologique d'un "intérêt général",  et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre juridique général.Ces organisations sont peuplées d'acteurs validant une certaine division du travail dans l'exercice de leurs fonctions: militants, élus ou éligibles, dirigeants. 

Si les militants peuvent être assimilés à des actionnaires soucieux de bénéficier idéologiquement ou matériellement de l'activité des entreprises politiques, les élus ou éligibles peuvent difficilement être comparés aux salariés ou aux entrepreneurs du monde économique. A titre d'exemple, un député de démocratie parlementaire n'est pas salarié de l'entreprise politique à laquelle il est rattaché. De fait, il est bien plutôt un entrepreneur politique individuel qui a signé un contrat de franchise avec son parti de rattachement. Situation qui peut, à la limite et selon certaines configurations, être assimilée à de la servitude volontaire. (commentaire 2024 : en cas de difficulté de l’entreprise politique dans son marché les franchisés passent de la servitude volontaire au sauve qui peut)

Pour un entrepreneur politique individuel, il semble en effet évident que les coûts et "barrières à l'entrée" des marchés politiques sont hors de portée. Comme le sont par exemple les barrières à l'entrée du marché mondial de l'aviation civile pour un ingénieur aéronautique décidé à concurrencer directement BOEING ou EADS. Le passage par l'adoubement d'un parti, pouvant devenir passage en situation de servitude volontaire, est ainsi une démarche quasi obligatoire pour gagner un mandat sur les marchés politiques.  (Commentaire 2024 : Notons ici que Macron a réussi un tour de force : sans doute a- t-il été aidé, mais il est parvenu en 2017 à briser les barrières à l’entrée du marché politique)

 

   Le contrat de franchise est réellement asymétrique puisqu'il oppose une offre oligopolistique (les entreprises politiques sont souvent peu nombreuses ou cartellisées) à une demande atomistique (les candidats à l'entrepreneuriat politique sont nombreux). C'est du reste le dirigeant - lui-même plus ou moins élu- ou son entourage immédiat, qui distribue les contrats. Les entreprises politiques sont ainsi des organisations qui abritent des entrepreneurs politiques, lesquels sont aussi en concurrence pour l'accès à la distribution ou renouvellement des contrats. On comprend ainsi que les fonctions dirigeantes sont à la fois globales et singulières: elles font de son bénéficiaire un entrepreneur politique individuel, mais aussi un sélectionneur des autres entrepreneurs politiques qu'il franchise, contre redevance, prélevée sur la rémunération publique de l'entrepreneur politique individuel, ayant gagné sur les marchés son accès aux outils de la puissance publique.

   Dans le cadre général de la franchise, franchiseurs et franchisés s'adonnent à un travail   classique d’utilisation de la puissance publique à des fins privées. L’objectif privé est la conquête ou la reconduction au pouvoir, utilité pour laquelle il faut supporter et reporter un ensemble de coûts : programmes politiques se transformant en textes porteurs de réglementations, se transformant eux-mêmes en impôts/dépenses publiques , ou se transformant en redistribution des niveaux de satisfaction des divers agents relevant du monopole étatique. Dans le cadre de cette dernière activité,  ils se heurtent à d'autres organisations du monde économique ou de la société civile, lesquelles se rassemblent souvent en lobbys. De ceci se dégage - notamment en démocratie- un compromis assurant la conquête ou la reconduction au pouvoir.  

 La démocratie ne change pas fondamentalement les données du problème et - de fait -  la puissance publique ne peut-être que ce qu’elle a toujours été : un monopole. Il y a simplement concurrence à partir d’un "appel d’offres" appelé "élection" : quels entrepreneurs auront la charge de la promulgation des textes qui - sous couvert du corpus idéologique "intérêt général"- s’imposent à tous, et sont donc bien œuvre d’une entité monopolistique à savoir l’Etat ? 

A ce stade, les idéalistes, en quête de perfection, se poseront la question de savoir si cet univers de fonctionnement des marchés politiques - notamment en démocratie- peut être amendé.

Un probable moyen de limiter l’utilisation de la puissance publique à des fins privées serait l’interdiction de la professionnalisation de la fonction politique. Un interdit passant par un texte, on voit mal pourquoi les entrepreneurs politiques et les entreprises qui les franchisent adopteraient une stratégie allant contre leur intérêt de reconduction, sans limite, au pouvoir. En démocratie représentative, la professionnalisation de la fonction politique est ainsi devenue un fait quasi hégémonique, et ce dans l'immense majorité des pays.

Avec une nouveauté, qu’il convient de souligner par rapport à la forme antérieure de l’aventure étatique : les entrepreneurs politiques de l’âge démocratique, cessent de masquer l’accaparement de la puissance publique à des fins privées par la figure du divin, ou celle du héros souvent tyrannique, et ne sont plus que de simples et paisibles gestionnaires d’une entité profane appelée Etat. D’où le glissement du « politique » en « bonne gouvernance » et l’idée associée, selon laquelle il n’y aurait plus besoin d’un Etat pesant surplombant tous les acteurs. (Commentaire 2024 : Notons que de ce point de vue le président Macron représente la pointe avancée de cette grande transformation)

 La crise de l'entrepreneuriat politique est un phénomène spécifique. Il peut exister des crises politiques en ce sens que, telle ou telle entreprise politique, est évincée du marché. Il peut aussi exister des crises de régime, avec passage d'une forme à l'autre de l'Etat. En revanche le « produit politique », en tant que « marchandises » aux formes infiniment variées, ne peut disparaitre. Comme si le marché de l'acier ou celui de l'automobile était éternel. La raison en est simple : le politique est une réalité humaine indépassable. »

Fin du texte de 2012.

Cette partie d’un texte déjà ancien, aurait pu être enrichie à partir de ce qu’on appelle aujourd’hui l’économie des plateformes. Il reste pourtant très  actuel et pour nous rassurer nous avons interrogé Chat GPT sur la nature de l’entrepreneuriat politique.

 Voici la réponse :

Bonjour ! Les entrepreneurs politiques sont similaires aux entrepreneurs car ils doivent également faire preuve de compétences en leadership, en gestion des ressources et en prise de décision. Cependant, ils opèrent dans un environnement politique spécifique qui peut influencer la façon dont ils gèrent leur entreprise.

A cette autre question posée à l’IA: « peut-on comparer les entrepreneurs politiques aux entrepreneurs économiques , voici la réponse :

Bien sûr ! Les entrepreneurs politiques et les entrepreneurs économiques partagent quelques similitudes, mais ils opèrent dans des domaine différents.

Les entrepreneurs politiques sont des individus ou des groupes qui cherchent à influencer le processus politique pour atteindre des objectifs spécifiques, comme l’adoption de lois ou des politiques publiques favorables à leurs intérêts. Ils peuvent utiliser des stratégies de lobbying, de plaidoyer ou de campagnes pour atteindre leurs objectifs.

D’un autre côté, les entrepreneurs économiques sont des individus qui lancent et gèrent des entreprises dans le but de réaliser des profits. Ils prennent des risques et investissent dans des idées novatrices, en créant des produits ou des services, et en cherchant à satisfaire les besoins du marché.

En fin de compte, les deux types d’entrepreneurs partagent des traits tels que la prise de risques , la vision, la persévérance et la capacité à mobiliser des ressources pour atteindre leurs objectifs, même si les objectifs sont eux-mêmes différents.

 

Ces réponses de l’Intelligence Artificielle nous paraissent beaucoup plus modernes que notre texte de 2012. On y observe en effet la disparition de toute référence à la démocratie et l’intérêt général. En sorte qu’il semble que les entrepreneurs politiques d’aujourd’hui se servent encore du manteau d’un intérêt général mais n’y croient guère.

Et de ce point de vue ce qui se présente aujourd’hui est très révélateur de la fin  réelle des idéologies politiques susceptibles d’enthousiasmer les foules :  un président qui déclenche un « coup d’Etat soft » en comprimant le temps de l’organisation et de la réflexion ; des entrepreneurs politiques qui tentent désespérément de ne pas se noyer dans le marché et n’ont plus le temps de soigner une offre crédible, d’autres qui tentent de rester dans le marché en procédant à des pillages de programmes, et surtout une majorité d’entre eux qui restent peu soucieux de leurs  incohérences programmatiques.

Reste à expliquer sérieusement le pourquoi d’une telle situation. Ce que nous tenterons de faire dans une prochaine note.

Jean Claude Werrebrouck

 

 

 

 

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1 juin 2024 6 01 /06 /juin /2024 10:00

Le Rassemblement National est encore souvent qualifié d'organisation prorusse et  Il est vrai que son passé relativement proche peut encore justifier de telles alllégations. Il est encore probablement exact que certains de ses défenseurs restent prorusses. S'il parvient au pouvoir il sera probablement très sollicité par les agents du pouvoir russe qui tenteront une déstabilisation au détriment du nouveau gouvernement français. De ce point de vue le Rassemblement National pourrait se trouver intellectuellement en difficulté en raison d'une très grande méconnaissance de la réalité politique et anthropologique russe. A cet égard nous invitons les dirigeants du Rassemblement National à bien mûrir la  réflexion  que nous avons mené voici quelques temps et qui a fait l'objet d'un texte publié à la fin de l'hiver dernier. La Russie restera géographiquement proche de l'Europe mais il est illusoire d'imaginer que le type de relation à établir soit du même ordre que celles classiquement vécues entre nations démocratiques. 

Il est évident qu'une arrivée au pouvoir du Rassemblement National entrainerait un développement considérable de la propagande prorusse et donc un risque de déstabilisation. Il est même probable que le "despotisme oriental" qui sévit en Russie soit une opportunité dans son combat contre l'occident. De quoi se reproduire au pouvoir par la perspective potentielle d'un effondrement européen tant souhaité par ce même pouvoir.  Certes, le RN arrivé au pouvoir sera combattu  par de considérables forces d'opposition en matière financière, mais il aurait tort de négliger la propagande russe. Raison de plus pour bien saisir la nature profonde de l'Etat Russe.

27 mars 2024

La présente note s’intéresse moins à l’analyse de la faiblesse de l’impact des sanctions occidentales sur l’économie russe que sur la spécificité d’un modèle anthropologique jusqu’ici peu défriché. On peut en effet s’étonner de caractéristiques sociétales a priori assez éloignées de ce que l’on trouve dans l’occident classique : un Etat laissant très peu de place à la société civile, un demos davantage objet que sujet, un repli sur soi contrarié par une interaction sociale souvent brutale et violente, une très difficile émergence des droits de l’homme dont celui du respect de la vie. Ces caractéristiques sont elles-mêmes des qualificatifs divers d’une même réalité : la faculté d’un pouvoir très éloigné, à nier toute autonomie réelle à une population, simple moyen de sa propre fin, à savoir sa reconduction au pouvoir.

 1 - Anatomie de l’Etat Russe.

En Russie comme ailleurs, l’aventure étatique fût probablement la cristallisation d’une évolution qui selon l’expression de Pierre Clastres devait aboutir à ce que ce dernier appelait « un coup d’Etat fondant l’Etat ». Partout dans le monde le « big bang » des Etats fut l’appropriation du « commun » d’une société, ce que l’on appellerait dans le langage moderne les biens publics. L’histoire assez classique des Etats fut le passage d’un âge patrimonial plus ou moins long (le groupe au pouvoir gère le commun comme son bien propre), à un âge institutionnel (le groupe au pouvoir reconduit sa domination par un partage et la reconnaissance de droits attribués à un demos). Dans certains cas, l’âge institutionnel peut se déliter avec passage à un âge relationnel où l’Etat lui-même semble s’affaisser devant le marché (démocratie puis mondialisation). L’âge relationnel qui semble être le moment présent des Etats de l’UE délègue au marché et aux économistes l’édification d’un intérêt général. Le marché devenant la nouvelle patrie à défendre. Signalons qu’il n’existe aucune théorie de l’histoire et rien ne dit qu’il existe un passage ordonné entre les âges : des retours ou des ordres inversés sont toujours possibles. Rien ne dit non plus que la réalité correspond à des âges complètement séparés et complètement distincts. Ainsi il n’est pas impossible de penser que l’UE pourrait évoluer, après son âge plus ou moins relationnel  vers un stade intermédiaire que certains appellent déjà la marche vers « l’étaticité ».

Ce qui semble caractériser l’histoire de l’Etat russe est l’importance de l’âge patrimonial, la difficulté du passage à l’âge institutionnel et, plus récemment, sa greffe sur un âge relationnel qui lui reste fondamentalement étranger.

2- Une construction impériale sans équivalent.

L’âge patrimonial s’est parfaitement adapté à la construction d’un empire où - à l’inverse de ce qui se passait en occident (Grande-Bretagne et France arrimées depuis longtemps à l’âge institutionnel) - la métropole n’est pas géographiquement séparée des colonies. Alors que la France se distingue de l’Algérie par une frontière naturelle, il n’existe pas de barrière physique entre la colonie et l’Etat patrimonial russe. Et comme l’âge patrimonial est celui où les sujets sont dépourvus de l’essentiel de ce qu’on appelle les droits de l’homme, voire le simple respect de la dignité humaine, le colonisateur peut utiliser ses sujets comme matière première de la colonisation. Parce que dépourvus de droits de propriété qui n’existent que pour les dominants, les sujets peuvent être instruments de la colonisation et être déportés en masse vers de nouveaux lieux. D’où la multitude de groupes russophones dans des espaces a priori très éloignés mais jamais séparés de la métropole par une barrière naturelle qui n’existe pas. Phénomène que nous n’avons pas constaté avec les autres colonisations où, même en Algérie, il n’y avait pas de réelles déportations et où ce qu’on appelait les pieds noirs étaient des volontaires très autonomes au regard de l’Etat central. Les cas contraires - sauf l’énorme exception que fût le commerce triangulaire -  étaient marginaux et concernaient surtout une déportation des colonisés récalcitrants vers d’autres colonies, donc des personnes dépourvues des droits de propriétés de l’âge institutionnel de la métropole.

Dans le cas de la Russie, les moyens de production de la colonisation et de l’expansion de l’âge patrimonial, doivent historiquement rester ce qu’ils sont à peine d’effondrement de l’empire en expansion : les déportés doivent conserver leur rang et ne doivent jamais accéder aux droits de l’homme classiques. Il en résulte une distance réduite entre le colon et le colonisé, ce qui n’était pas le cas des empires coloniaux occidentaux. Dans le cas inverse, une stratégie d’accès aux classiques droits de l’homme entrainerait un effondrement de l’empire, ce que « Catherine la Grande » tentait d’expliquer aux philosophes des lumières et en particulier Diderot. Constatons qu’aujourd’hui encore les déportations restent une pratique assumée : enfants et familles ukrainiennes, minorités des espaces de l’Asie centrale, etc.

3 -  Un point d’appui sur des structures anthropologiques à privilégier.

 Les deux paramètres classiques des droits de l’homme : vie, liberté, reposent sur un troisième qui devient le point d’appui des deux premiers : la propriété. C’est dire que l’âge patrimonial de l’Etat russe ne permet pas l’arrimage à la notion classique de propriété : vie et liberté seront toujours sous la dépendance du pouvoir. D’où la difficulté de faire naître un âge institutionnel allant jusqu’à la démocratie. Au mieux, on aboutira à une citoyenneté qui restera bloquée sur le patriotisme ou le nationalisme alors qu’en Occident il sera possible d’aller plus loin. D’où l’asymétrie fondamentale dans une situation de guerre : un coût de la vie très élevé dans un cas ( l’Occident dépassant l’âge institutionnel et déjà plongé dans l’âge relationnel), et très faible dans l’autre (Russie dont l’âge institutionnel reste enkysté dans un âge patrimonial). Dans un cas nous avons la doctrine du zéro mort dans la guerre et dans l’autre il sera naturel d’extirper de l’univers carcéral des personnes que l’on enverra sur le front.

D’une certaine façon l’Etat russe se trouve très aidé par des structures familiales qui selon la classification d’Emmanuel Todd relèvent du type souche, voire communautaire, avec des caractéristiques culturelles qui restent éloignées de celles de l’occident classique où la valeur égalité l’emporte. Le poids de l’autorité indiscutable s’impose avec ses conséquences sur des droits de l’homme qui n’ont pas la même signification qu’en Occident. La dimension âge patrimonial de l’Etat Russe est ainsi en relative congruence avec des structures familiales qui ne vont pas contester frontalement la violence du pouvoir.  La perspective d’une révolution a ainsi beaucoup plus de chance de se réaliser par le haut que par le bas.

4 -  Un  point d’appui récent sur des Etats vivant l’âge relationnel.

Mais l’Etat russe qui passe déjà difficilement le cap de l’âge institutionnel est retenu, voire confirmé dans son âge patrimonial par sa greffe sur les Etats de l’âge relationnel (Occident). Les richesses de l’immense empire peuvent être valorisées auprès des Etats devenus vassaux d’un mercantilisme privé. C’est bien évidemment le cas -véritablement caricatural- de l’Allemagne dont le  mercantilisme permettra d’alimenter une rente gazière gigantesque accaparée par les détenteurs/défenseurs de l’âge patrimonial russe. De quoi nourrir- non pas avec des droits mais avec des marchandises- les dépendants du pouvoir russe. De quoi, par conséquent, légitimer la forme patrimoniale du pouvoir par une population qui reste à l’écart des agitations du post-modernisme occidental. Mieux : de quoi distribuer des salaires considérables et du capital qui l’est davantage encore, à ceux qui s’engagent dans la machinerie militaire. C’est dire que malgré une démographie très difficile l’Etat patrimonial russe peut encore alimenter la machine de guerre par une offre suffisante de personnel : les chaînes d’inscription à la guerre sont le point de départ d’un changement radical de niveau de vie pour nombre de familles de colons mais plus encore de colonisés dans l’immense empire. Au final de quoi connaître l’équivalent de la société de consommation occidentale dans un monde carcéral. Les immenses espaces de la Grande Distribution peuvent cohabiter avec ceux  des colonies pénitentiaires.

5 -  Un Etat sans limite territoriale

L’empire lui-même ne peut connaître de limite. Dans le cas de la colonisation occidentale, des barrières naturelles permettaient la distinction entre des colonies et des métropoles, elles-mêmes déjà marquées par les frontières des célèbres traités de Westphalie (1648). Simultanément, l’âge institutionnel et son débouché sur l’idée de citoyenneté et de droits de l’homme, délégitime rapidement le fait colonial occidental, lequel débouchera sur l’apparition de très nombreux Etats en formation au vingtième siècle. Historiquement, l’affaire ne fut pas facile et aurait pu l’être beaucoup moins encore en l’absence de barrières naturelles entre colonies et métropoles. Imaginons par exemple les difficultés supplémentaires- pourtant déjà  considérables- dans le cas de la France et de l’Algérie si cette dernière avait été directement accolée à la métropole.  Le cas de la Russie, au regard de l’idée de décolonisation est très différent. Parce que l’âge patrimonial peut se pérenniser et que la colonisation s’est accompagnée de déportations, il est très difficile de connaître une décolonisation. La violence naturelle de l’âge patrimonial s’y oppose, et surtout il est facile de compter sur ce qui est devenu les minorités russophones réparties sur l’immense territoire. C’est ce qui est présentement vécu avec un mouvement complexe de décolonisation/recolonisation. En occident parce que le colon était très différent du colonisé, la décolonisation s’en finit pas de se radicaliser y compris et surtout dans les anciennes métropoles. En Russie, colons et colonisés sont peu différents et le colonisé ne rejette pas la culture du colon. A priori impensable en occident, la recolonisation se trouve envisageable dans l’ordre Russe. Avec toutefois une limite : une colonisation vers des espaces fondamentalement étrangers à  l’espace russe (l’Afrique actuelle) se heurtera à des déboires majeurs. Il sera moins difficile de se réinstaller dans les ex territoires de l’Union Soviétique que d’occuper le sahel après évincement de la présence française.

6 -  Un Etat menaçant menacé ?

Et pourtant l’empire est plus ou moins menacé car les droits de l’homme frappent à la porte et les espoirs - fondés ou non - de l’âge relationnel s’affirment. Non pas nécessairement par le canal démocratique car une grande partie des droits de l’homme peut se vivre en dehors de la liberté démocratique, mais bien plutôt par le canal économique. L’économie prédatrice et rentière monopolisée par les tenants du pouvoir peut faire l’objet d’une contestation grandissante, voire se transformer en luttes de clans débouchant sur de possibles fragmentations. Et déjà, au quotidien, une difficulté croissante à gérer les conflits d’intérêts entre groupes de décisions et la peur qui, finalement, empêche toute innovation au niveau des microdécisions. Davantage encore, la digitalisation de l’économie et les espoirs du monde numérique favorisent la fuite hors de l’empire des plus modernes. De quoi accélérer la crise démographique. Au-delà des apparences nous sommes vraisemblablement dans la crise des Etats figés dans l’âge patrimonial.

7 -  Conclusions.

- Les réalités d’aujourd’hui sur le théâtre russe paraissent confirmer ce qui précède : le « sultanat électoral » que vient de vivre le pays ne semble guère embarrasser ce que chacun peut considérer comme une distraction dominicale où l’on est invité au jeu du plébiscite comme on peut l’être au jeu de monopoly. C’est dire que la liberté au sens occidental n’a encore que peu de sens.

- La guerre est coûteuse, et même avec une croissance ,  il deviendra de plus en plus difficile de jouer le jeu de la société de consommation avec des moyens de production qui se sont reconvertis en usines de guerre. La croissance peut certes s’accélérer  avec la généralisation d’une économie de guerre, mais elle ne pourra masquer durablement une perte des niveaux de vie.

-La guerre , elle-même, est un moyen de conserver un âge patrimonial menacé par des périphéries dissidentes qui pourraient déboucher sur  des exemples de réussite légitimant un âge relationnel : un succès économique et politique de l’Ukraine n’était pas acceptable. Une guerre qui soude une communauté est donc utile pour le pouvoir mais son coût devra se reporter sur les dépendants, plutôt sur les colonisés que sur les colons.

- Cette même guerre ne pourra que se limiter aux anciens espaces et La Russie, cruellement contestée dans sa volonté de devenir chef d’orchestre d’un Sud global,  devra probablement se retirer de l’Afrique.

- Enfin cette guerre développe ce qu’elle combat : le passage de l’Etat ukrainien d’un âge patrimonial à un âge institutionnel flirtant avec l’âge relationnel européen. Plus simplement exprimé, l’Etat Russe engendre à sa périphérie ce qu’il n’est pas,  et que classiquement on appelle « l’Etat Nation souverain ». Si le marché généralisé de l’âge relationnel connait quelque peine à souder une société,  La guerre de l’Etat Russe resté  patrimonial, ne permettra pas davantage de souder et développera  des risques de rupture.

 

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28 mai 2024 2 28 /05 /mai /2024 16:30

La reconstruction du pays doit aussi donner la priorité à l'indépendance énergétique et en particulier sa composante électricité dont  on sait que la part de marché devrait s'accroître considérablement au cours des prochaines années. La question est difficile et la confusion est entretenue par des candidats aux élections européennes qui visiblement maitrisent très mal le sujet. Nous avons beaucoup publié de notes concernant cette question et il nous parait utile de republier un texte de synthèse que l'on trouvera ci-dessous.

10 mai 2024

A un moment où les prix de l’énergie à l’échelle planétaire laissent hors course une Europe qui prend conscience de son handicap au regard des grands ensembles géopolitiques, il est intéressant d’examiner la position du Rassemblement National.

Il nous faut tout d’abord, au regard de l’extrême complexité de l’économie de l’énergie,  tenter de simplifier et donner au grand public accès à la réalité du problème.

Les spécificités de l’énergie en général et de l’électricité en particulier.

1 - D’une manière générale ce qu’on appelle économie n’est rien d’autre que de l’énergie transformée : Quelle que soit l’activité ou la spécialisation, rien ne peut se faire sans appel à l’énergie, ce qui potentiellement lui donne un statut d’universel comme l’est un bien public.

2 - L’électricité est la forme d’énergie qui devient quasi hégémonique : il s’agit d’une forme secondaire connaissant une très forte croissance issue de la transformation d’une énergie dite primaire.

3 - L’électricité devient ainsi potentiellement un bien public sous forme de réseau comme il existe un réseau routier, monétaire, ou ferroviaire.

4 - Simultanément,  cette énergie présente des caractéristiques très spécifiques : homogénéité (un KWH est partout un KWH), et non stockabilité (il faut produire et répondre de façon instantanée qualitativement et quantitativement à l’appel). Ces caractéristiques ne se retrouvent pas dans les biens marchands classiques.

Les modèles d’organisation de l’infrastructure électricité.

En simplifiant on peut retenir plusieurs types d’organisation de l’infrastructure électrique :

1 - autoproduction et autoconsommation (exemple : maison ou usine avec éolienne) ;

2 - réseau local ou régional de production et consommation (exemple : France d’avant la nationalisation de 1945) ;

3 - réseau organisé en marché (exemple : France d’aujourd’hui avec de nombreux offreurs et une infrastructure interconnectée nationalement et internationalement) ;

4 - réseau interconnecté et monopole de la production (exemple : France de 1945 jusqu’à la naissance d’un marché de l’électricité au début des années 2000).

La réalité est plus complexe encore et correspond parfois à une combinaison ou articulation de plusieurs types d’organisation.

Du point de vue politique, mais aussi du point de vue technologique, la question est de savoir quel modèle organisationnel il convient de retenir. C’est sans doute la question que semble aborder le Rassemblement National et ce, en rupture avec la présente organisation d’inspiration européenne. Curieusement, très peu de candidats aux élections européennes s’intéressent à la question essentielle de l’électricité.

Les déterminants d’un choix de modèle organisationnel

1 - Auto production et auto consommation ne semblent pas devoir poser de problème sauf à imaginer un raccordement à un réseau plus large pour gérer les excédents et déficits inhérents au dispositif. On peut d’ailleurs raisonnablement penser qu’il s’agit d’un modèle d’avenir en raison des techniques nouvelles qui posent de manière centrale la question de l’intermittence (solaire/éolien).

2 - Les réseaux locaux et régionaux sont économiquement dépassés puisqu’ils supposent des coûts anormalement élevés. Sans interconnexion large, chaque pôle doit être équipé pour les dates  de pic de consommation, ce qui suppose des capacités globales excédentaires et donc des coûts qui, à l’échelle macroéconomique, sont excessifs. L’infrastructure électrique du pays ne permet pas d’ approvisionner ce dernier de façon efficiente. Certes, on peut imaginer des contrats d’effacement pour libérer des capacités mais le jeu est trop limité. En clair, si les partis politiques travaillent pour un intérêt général, ils doivent s’éloigner de ce type organisationnel. On notera que c’est pourtant ce qui existait naguère dans nombre de pays dont la France d’avant EDF.

3 - Le réseau large, donc interconnecté à l’échelle nationale et internationale et surtout organisé en marché, correspond à la réalité européenne d’aujourd’hui. C’est ce type d’organisation que le Rassemblement National semble vouloir mettre en cause. S’il existe un vrai marché pour cette marchandise non stockable qu’est l’électricité, cela suppose que des entreprises contractent des accords afin de permettre le bon approvisionnement sans gaspillage de ressources. Ces accords doivent bien sûr se négocier autour d’un indicateur qui ne peut-être qu’un prix. Telle entreprise ne produit pas assez pour satisfaire ses clients et doit par conséquent trouver une entreprise sœur/concurrente qui accepte de lui fournir de l’électricité. Symétriquement, telle autre entreprise se trouve en excédent et essuie des pertes si elle ne trouve pas une entreprise sœur/concurrente qui lui achète ledit excédent. A quel prix doit se fixer la transaction ? L’entreprise excédentaire risque une perte marginale correspondant au coût de l’électricité potentiellement gaspillée si aucun acheteur ne se présente. L’entreprise déficitaire risque une perte marginale correspondant aux recettes sur clients qui, au final, ne paieront pas s’ils ne sont pas approvisionnés en électricité. Ce petit raisonnement nous permet de comprendre deux choses : La première est que ce qu’on appelle prix de l’électricité doit tourner autour du coût marginal. La seconde est que la puissance publique doit intervenir pour surveiller la réalité des transactions et garantir que le réseau ne dysfonctionne pas. Si l’électricité est un bien public, il faut surveiller un marché qui risque de ne pas fonctionner en cas de désaccords entre les entreprises offreuses d’électricité, toutes handicapées par la grave question de non stockabilité de la marchandise. La réalité est d’autant plus complexe s’il existe une volonté politique d’imposer la décarbonation par le biais d’un usage massif des techniques porteuses d’intermittence (éolien et solaire). Dans ce cas, il faut imposer une priorité à l’énergie intermittente ce qui suppose des pertes marginales des autres producteurs et imposent un surdimensionnement de l’ensemble de l’infrastructure. Ce type d’organisation est extrêmement complexe puisque les entreprises fournisseuses d’électricité sont à la fois isolées et en concurrence… et en même temps ont besoin de coopérer. D’où deux séries de prix qui matérialisent, l’un le mode de coopération totalement décentralisé pour accéder à la matière première, l’autre qui matérialise la concurrence au niveau de l’accès au consommateur final. On comprend que ce modèle d’organisation repose aussi sur la financiarisation : face à un modèle aussi risqué le recours à des bourses et produits de couvertures s’impose.   Au total, rien ne permet de dire que l’infrastructure qui ravitaille l’ensemble est optimale. D’où une bureaucratie de marché inhérente au modèle d’organisation retenu. Pour mieux percevoir l’étrangeté d’un tel modèle, il suffit de le comparer à un modèle classique par exemple celui de l’automobile. Pourrait on imaginer qu’une production de voitures en quantité insuffisante par rapport à la demande s’adressant à un producteur puisse être compensée par l’achat d’un excédent de voitures produites par un autre en vue de les céder aux clients finaux ?  Peut-on penser que Citroën - incapable de livrer les voitures achetées - demande à Renault de lui fournir des voitures excédentaires qu’il pourra livrer à ses propres clients ? Dans les marchés classiques, la régulation se fait par les prix et les stocks et surtout les marchandises ne sont pas homogènes, ce qui n’est pas le cas de l’électricité. N’entrons pas dans le détail de ce labyrinthe mais signalons que l’Etat français sera dans le cadre européen amené à ajouter une couche de complexité en détruisant le monopole public EDF et ce dans le cadre d’une belle unanimité des marchés politiques : fin du monopole (Chirac/Jospin) ; création d’une ponction permanente par le biais de l’ARENH laquelle permettra  de financer des concurrents qui ne produisent pas et se contentent de spéculer (Sarkozy) ; fermeture programmée de centrales (Hollande/Macron). De quoi détruire un outil de production avec savoirs et savoirs faire pour le faire entrer dans le marché. De quoi aussi ajouter à la bureaucratie de marché.

Dans ce type d’organisation très complexe si une crise d’offre se produit, le coût marginal peut se développer sans limite et ne plus correspondre à la réalité des coûts. C’est ce qui s’est passé avec la crise ukrainienne et la fin du gaz russe : globalement les entreprises se trouvent très nombreuses à être en déficit de production et donc les prix peuvent exploser. En même temps, les Etats qui ne peuvent que s’inquiéter de la nature bien public de l’électricité, ne peuvent en aucune façon maitriser les prix. Ils ajouteront à la complexité en inventant des boucliers tarifaires.                                                                                                                                                                                                                                                                     

4 - Le réseau interconnecté assorti d’un monopole de l’offre est le dernier dispositif organisationnel que nous avons mentionné. Il correspond à la situation de la France avant le passage au marché que nous venons très brièvement de déchiffrer. Ici il n’y a qu’un producteur (EDF) qui garantit une production adaptée aux fluctuations de la demande d’électricité. Disposant de plusieurs centaines d’unités de production dont les coûts d’exploitation sont divers, le monopoleur s’engage auprès de ses clients en activant les unités les moins coûteuses pour ne mettre en activité les plus coûteuses qu’aux pics de la demande. Avec l’interconnexion croissante au niveau européen, EDF peut encore compter sur des producteurs étrangers et ainsi comparer le coût marginal français et le coût européen. Si EDF se comportait en monopoleur privé, il pourrait fixer un prix égal au coût marginal croissant. Sans davantage préciser sa politique tarifaire, EDF n’a jamais récupéré de rente de monopole et pouvait essuyer des pertes marginales (coûts sur les dernières unités supérieurs au prix de vente) en les finançant sur les gains infra marginaux. Le plus important est ici de comprendre qu’EDF est totalement maître du jeu et ne fait pas négocier ses unités de production pour faire naître un prix comme dans le cas antérieur. La coopération entre les unités de production ne passe pas par le marché avec construction d’un prix, mais par une autorité chargée d’optimiser les coûts à tout instant. Clairement, il n’y a pas de marché de l’électricité et il n’y a pas à craindre d’accident de marché à surveiller par le biais d’une bureaucratie. Tout aussi clairement EDF peut pratiquer des prix proches des coûts de production, ce qui n’est pas le cas dans le modèle de marché qui doit suivre les coûts marginaux. Ce modèle fait de la centralité une souplesse alors que le modèle de marché développe incertitude et bureaucratie. Globalement, le Rassemblement National a raison de dire que sans le marché il eut été possible de ravitailler la France à des prix plus réduits lors de la crise russe.

Ce que devrait dire le Rassemblement National.

Pour autant, en hésitant sur l’idée de contrôle des prix, de mise à l’index d’un marché de l’électricité voire de retour au monopole public, le Rassemblement National révèle sa relative méconnaissance de la réalité. De ce point de vue on ne saurait trop le critiquer tant il est vrai que cette méconnaissance est répandue. D’un point de vue pratique éclairer les électeurs suppose plusieurs points à aborder :

1 - Reconnaître une responsabilité collective de destruction partagée d’un modèle qui assurait une partie de l’excellence française.

2 - Bien expliquer les énormes dysfonctionnements et difficultés de la réalité présente. Insister sur les bureaucraties inutiles, l'invraisemblable dossier de la fiscalité des rentes infra marginales, etc.

3 - Reconnaître que la reconstruction du monopole ne sera pas simple en raison d’une destruction programmée depuis près de 25 années.

4 - Ne pas attaquer le marché européen mais s’en séparer progressivement en maintenant voire en enrichissant les interconnexions qui permettent l’optimisation d’une infrastructure globale.

5 - Acheter et vendre à l’international au prix de marché par la seule EDF, les avantages et inconvénients très fortement liés à la décarbonation porteuse d’un accroissement de l’intermittence vont se poursuivre.

6 - Proposer la disparition des fausses entreprises fournisseuses d’électricité gavées à l’ARENH. Reconnaitre que cela posera des problèmes spécifiques pour Total Energie et ENGIE et que des négociations devront être conduites pour trouver une solution pour ces entreprises.

7 - Reconnaître qu’il faudra du temps pour faire rejoindre le prix de l’électricité sur le coût de production : reconstruire l’outil de production sur une base élargie ne sera pas simple et il faudra encore faire  gérer par EDF les difficultés liées à la situation géopolitique du monde sur de nombreuses années.

              

                                                                                                       Jean Claude Werrebrouck

 

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