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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 10:04

C’est dans l’urgence que les dirigeants de la Banque centrale européenne se sont réunis le mercredi 15 juin afin d’apporter une réponse aux spreads de taux sur les dettes publiques des pays de la zone euro. On se rappelle qu’il y a un peu plus d’une dizaine d’années ce sont ces spreads qui avaient mis en réel danger la monnaie unique.

La décision adoptée le 15 juin est à priori intéressante : les dettes publiques arrivant au quotidien à échéance- dettes qui figurent  à l’actif du bilan  de la BCE- seront réinvestis vers des achats d’obligations dont le taux à l’émission est jugé trop élevé. Il s’agit donc de maintenir la fiction d’un taux unique pour l’ensemble de la zone et ainsi d’empêcher les dérives spéculatives risquant d’aboutir à un défaut pour les pays les plus en difficulté ( Italie, Grèce, Espagne, France).

Ce travail d’homogénéisation fut essentiel durant toutes les années 2010 et s’est poursuivi avec des outils aux libellés divers mais aboutissant en toute circonstances à l’achat massif de dette publique et donc à une augmentation colossale de la taille du bilan de la banque centrale. On se rappelle aussi que ces QE se devaient d’obéir à une certaine proportionnalité afin de ne point être coupable d’inéquité : La Grèce ne peut  davantage bénéficier des largesses de la banque centrale que l’Allemagne. C’est dire que le QE doit être proportionné à la taille du pays, taille estimée par le PIB. Si donc un pays de taille 10 reçoit 1 au bénéfice du QE, un pays de taille 100 doit recevoir 10. Si maintenant le pays de taille 10 dispose d’un Etat très endetté et très déficitaire alors que le pays de taille 100 dispose d’un budget relativement équilibré, cela signifie que la règle de l’équité, donc celle de la proportionnalité, fera que le second pays recevra beaucoup de largesses monétaires alors même qu’il n’en pas vraiment besoin. Globalement le pays de taille 10 et très endetté recevra relativement peu alors que le pays de taille 100 et budgétairement équilibré recevra beaucoup.

Cette particularité explique l’anomalie des statistiques de la BCE concernant les proportions de dettes publiques détenues par la BCE. On apprend ainsi que l’Allemagne voit  43,6 points de sa dette publique détenue par la BCE, alors que l’Italie ne voit que 27,3 points de sa dette publique détenue par cette même BCE. L’Italie est très endettée (150 points de PIB) alors que l’Allemagne l’est moins (66 points de PIB). Et donc- sachant que le PIB italien est la moitié du PIB allemand- le résultat est que pour faire baisser les taux italiens, la BCE doit acheter de la dette italienne en quantité suffisante pour le marché et acheter beaucoup trop de dettes allemande…qui fait baisser anormalement les taux d’outre Rhin. Plus précisément le rapport des PIB étant de 1 à 2, la BCE achètera 2 fois plus de dette allemande que de dette italienne. La conclusion est qu’il n’est pas facile de limiter les spreads de taux , donc bloquer la fragmentation.

Les circonstances actuelles rappellent le risque de fragmentation à un moment où pour raison d’inflation les QE doivent cesser. La BCE propose ainsi « d’utiliser les restes » : les ressources issues de  l’échéance des vieux QE seront mobilisées et transformées en nouveaux achats en direction des dettes dont les taux s’envolent. Comme la matière première est pour l’essentiel des euros du nord, il faudra transformer les vieilles dettes du nord en nouvelles dettes du sud. Sauf à ne plus respecter les règles d’équité et de proportionnalité, on ne voit pas là une arme nouvelle de lutte contre la fragmentation, et ceux d’autant plus que cette matière première est issue d’une mine peu productive : seulement 17 milliards d’euro mensuels  sont disponibles au titre des échéances.  Certes il est précisé dans le communiquer de la BCE que le conseil des gouverneurs va s’activer à l’édification d’un « nouvel instrument anti-fragmentation ». Il s’agit là d’un exercice de simple communication car on ne voit pas comment il est – sans modification complète de l’architecture européenne- possible de gommer de telles asymétries au sein de la zone euro.

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 15:16

                                                 

On peut bavarder à l’infini sur la situation du monde d’aujourd’hui. On peut s’inquiéter de ce qu’il est en train de devenir avec la montée des totalitarismes. Pour autant on ne fait le plus souvent que décrire des situations sans généralement apporter un principe explicatif. Depuis longtemps nous cherchons sur ce blog à s’éloigner des subjectivités et tentons des analyses qui se veulent plus rigoureuses. Dépassant le strict cadre de l’économicité traditionnelle nous tentons de présenter les réalités humaines à partir d’une axiomatique simple : la réalité macrosociale est faite d’un ensemble d’acteurs qui inter réagissent selon la règle de l’intérêt. A ce titre elle produit et  reproduit inconsciemment un ordre en perpétuel mouvement. Historiquement cette interaction répétée sur des dizaines de milliers d’années devait aboutir au monde de Fukuyama. Dans ce monde, La règle de l’intérêt s’y déploie dans un marché généralisé devenu la grande piscine des acteurs et des interactions qui s’y nouent. Dans un texte intitulé « Le monde tel qu’il est » texte publié sur le blog le 4 juillet 2011, nous avons tenté d’exposer la réalité intime de son fonctionnement et de ces possibles évolutions. Nous reproduisons çi dessous ce texte et laissons au lecteur le soin de regarder l’actualité planétaire d’aujourd’hui à partir du cadre proposé. Il pourra en conclure que la grande piscine du marché généralisé peut voir son niveau baisser dangereusement. Bonne lecture.

Le monde du marché généralisé et de la démocratie représentative tel qu’imaginé par Fukuyama comprend 3 catégories d’acteurs : le groupe des entrepreneurs politiques, celui des entrepreneurs économiques, et celui des citoyens/ salariés/ consommateurs/ épargnants (le « CSCE »).

Les producteurs d’un universel

Le premier groupe est constitué d’acteurs en concurrence  pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animés par un intérêt privé : le goût du pouvoir, ils professionnalisent une fonction et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre institutionnel et juridique général. A ce titre, il y a travail classique d’utilisation de la puissance publique à des fins privées. L’objectif privé est la conquête ou la reconduction au pouvoir, utilité pour laquelle il faut supporter et reporter un ensemble de coûts : programmes se transformant en textes, se transformant eux-mêmes en impôts/dépenses publiques ou se transformant en redistribution des niveaux de satisfaction des divers agents relevant du monopole étatique. La démocratie ne change pas fondamentalement les données du problème puisque la puissance publique ne peut-être que ce qu’elle a toujours été : un monopole. Il y a simplement concurrence à partir d’un appel d’offres : quels entrepreneurs auront la charge de la promulgation des textes qui s’imposent à tous et sont donc bien œuvre d’une entreprise monopolistique à savoir l’Etat ? Un probable  moyen de limiter l’utilisation de la puissance publique à des fins privés serait l’interdiction de la professionnalisation de la fonction politique. Un interdit passant par un texte, on voit mal pourquoi les entrepreneurs politiques adopteraient une stratégie allant contre leur intérêt de reconduction, sans limite,  au pouvoir. En démocratie représentative la  professionnalisation  de la fonction politique est ainsi devenue un fait largement répandu. Avec une nouveauté, qu’il convient de souligner par rapport à la forme antérieure de l’aventure étatique : les entrepreneurs politiques de l’âge démocratique cessent de masquer l’accaparement de la puissance publique à des fins privées par la figure du divin, ou celle du héros souvent tyrannique, et ne sont plus que de simples et paisibles  gestionnaires d’une entreprise profane appelée Etat. D’où le glissement du « politique » en « bonne gouvernance » et l’idée associée selon laquelle il n’y aurait plus besoin d’un Etat pesant  surplombant tous les acteurs.

Les biens ainsi produits par l’entreprise Etat, les « règles du jeu social », parce qu’universelles par nature, peuvent ainsi apparaitre comme porteuses d’un intérêt général. Et la confusion est vite établie : les entrepreneurs politiques auraient ainsi la lourde mission de produire de l’intérêt général, alors qu’ils doivent surtout veiller à un programme de conquête du pouvoir, ou de reconduction au pouvoir. De fait,  les textes sont toujours des compromis entre acteurs ou groupes d’acteurs aux intérêts divergents, le pouvoir étant donné à ceux pour qui ces compromis concernent positivement, réellement ou imaginairement,  une majorité d’électeurs. Nul intérêt général, impossible à définir, ne peut être lu dans un texte, qui par nature, fixant le champ des possibles, est nécessairement fait de contraintes que beaucoup voudraient enjamber et dépasser.

Les producteurs de biens économiques

Le second groupe est constitué d’acteurs en compétition entre eux sur le marché des biens économiques. Les entrepreneurs économiques ont plus de difficulté que les entrepreneurs politiques à s’exprimer avec conviction sur l’idée d’un intérêt général dont ils seraient les producteurs. C’est que les biens économiques ne surplombent pas la société comme le fait son « système juridique ». La baguette de pain du boulanger ne surplombe pas les acteurs comme le fait le code civil. Pour autant ils disposent d’un outil théologique exprimant la fiction d’un intérêt général : la théorie économique. Cette dernière, prétend enseigner que mus par des intérêts particuliers, les entrepreneurs économiques fabriqueraient un intérêt général : la fameuse main invisible de Smith. Certains en déduisent d’ailleurs que le paradigme de l’économie, s’il était suffisamment répandu, permettrait  de se passer de cet universel qu’est l’Etat. Le monde pouvant ainsi passer de son âge politique à son âge économique. Et avec lui le passage de l’Etat- nation à la mondialisation… L’Universel ultime - celui de la fin de l’histoire, une histoire qui fût si difficile pour le genre humain - étant l’économie comme instance bienfaitrice, et réconciliatrice de toute l’humanité.

La compétition sur le marché des biens économiques passe aussi par des interventions sur le monopoleur qui fixe les règles du jeu : il faut « capturer »  la règlementation et se faire aider par les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs d’une «  haute fonction publique » pour gagner des parts de marché, être protégés contre des agresseurs économiques, voire pour créer de nouveaux marchés.  Le politique  devenant l’art de continuer le jeu de l’économie par d’autres moyens. A charge du politique de bien vendre la règlementation sur le marché politique où il rencontre, en démocratie,  régulièrement les électeurs. Ce qu’il faut simplement constater à ce niveau c’est que d’autres intérêts privés, ceux des entrepreneurs économiques utilisent à l’instar des entrepreneurs politiques les outils de la puissance publique aux fins de satisfaire leurs intérêts.

Les citoyens/salariés/consommateurs/épargnants

Le troisième groupe est peut être davantage hétérogène. Il s’agit de tous les acheteurs de biens politiques d’une part, et de biens économiques d’autre part. Porteurs de statuts multiples et pour l’essentiel : citoyens, salariés, consommateurs, épargnants, (on les appellera dorénavant les « CSCE »), ils peuvent être en compétition entre eux (groupes d’intérêts), voire connaitre des conflits de statuts, lesquels ne sont pas toujours réductibles à un ensemble de cercles concentriques. La même personne étant souvent appelée à valider/supporter des rôles différents, Il peut exister  des temps historiques où les CSCE connaissent une grande dissociation : l’intérêt du salarié est dissocié de celui du consommateur ;  l’intérêt du citoyen est dissocié de celui de l’épargnant ; etc. Mais il peut être des temps historiques où plusieurs de ces intérêts, voire tous vont dans le même sens.

La conjonction présente du marché et de la démocratie représentative fait des CSCE un groupe apparemment aussi important que les deux premiers. Parce que clients sur le double marché politique et économique, les entrepreneurs qui leur font face  doivent en principe les satisfaire. La réalité est toutefois infiniment plus complexe : les CSCE peuvent comme les entrepreneurs politiques « capter » la réglementation en achetant avec leurs voix des dispositifs avantageux comme salariés ou consommateurs, ce qu’on appelle le « social- clientélisme ». En ce sens ils sont comme les autres acteurs (entrepreneurs politiques et économiques) attirés par l’utilisation de l’universel afin de satisfaire leurs intérêts privés. L’universel, donc le monopoleur ou l’Etat, est ainsi un champ de bataille important entre les 3 groupes d’acteurs. Dans un monde dit postmoderne, faisant valoir ou masquant des intérêts privés, ils cessent d’entrer en conflit sur la base d’idéologies pour ne s’engager que sur des arguments issus de la raison. D’où la très forte  odeur de  théorie économique dans les discours et débats qui animent le monde. Chacun réduisant l’analyse de l’interaction sociale à une physique sociale, les simples corrélations entre faits - inflation, croissance, chômage, échanges extérieurs, salaires , productivité, etc. - devenant d’indiscutables causalités sur les tables de négociations. Avec de possibles moments « TINA » (« There Is No Alternative »). En sorte que si, jadis, le marxisme pouvait selon Jean Paul Sartre  être « l’horizon indépassable de notre temps » la théorie économique semble pouvoir aujourd’hui lui être substituée.

Mais le jeu social se complexifie aussi en raison des processus de dissociation entre les 4 statuts évoqués. Et dissociation qui fera le miel des entrepreneurs politiques et économiques. Avec la possibilité de passer d’une relation marchande toujours  éphémère, à celle d’une collaboration plus poussée, ce qui se traduira par une forme dégradée de démocratie : l’oligarchie. Toutes choses qui méritent davantage d’explications.

Mouvement des intérêts et bouleversement des compromis

L’articulation des trois groupes précédemment définis est nécessairement instable en raison du caractère toujours éphémère des compromis passés. Et instabilité aussi déterminée par le manque d’homogénéité des intérêts à l’intérieur de chacun d’eux. Le groupe des entrepreneurs économiques est probablement le plus éclaté en raison de cette guerre de tous contre tous qu’est la concurrence économique. Par nature, il est plus ouvert, car  les marchés se sentent parfois à l’étroit à l’intérieur d’une structure qui s’est souvent constitué comme Etat- nation hérissée de frontières. Les entrepreneurs économiques sont ainsi amenés à discuter de ces barrières à l’entrée/ sortie que sont  les frontières. Certains voulant être protégés, d’autres souhaitant le grand large. Les négociations qui s’ensuivent avec les entrepreneurs politiques ne peuvent laisser de côté la question monétaire que ces derniers ont historiquement toujours disputée aux entrepreneurs économiques. Si le sous groupe des entrepreneurs économiques souhaitant l’ouverture et la fin de l’Etat- nation l’emporte, il affronte durement les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la « haute fonction publique », et exige une modification globale des règles du jeu : diminution des droits de douane, adoption des standards internationaux en tous domaines, libre convertibilité monétaire et libre circulation du capital, abandon des pouvoirs monétaires détenus par l’Etat, etc. Autant d’exigences qui ne peuvent être satisfaites si les entrepreneurs politiques en paient le prix sur les marchés politiques : la non reconduction au pouvoir… Sauf s’il y a bien dissociation des intérêts chez les CSCE d’une part, et passage aisé du statut d’entrepreneur politique à celui d’entrepreneur économique d’autre part.

La forme démocratique de l’Etat, charrie encore les vestiges de la forme antérieure où la figure du divin ou du héros, est devenue  « patrie » encore suffisamment sacralisée, pour engluer le citoyen dans une infinité de devoirs, dont parfois celle du sacrifice suprême. Le passage du politique à la simple « bonne gouvernance » fera transmuter  le citoyen supportant des devoirs au profit de l’individu cherchant à « capturer » la règlementation à son avantage. Il copie ainsi les entrepreneurs économiques même si le « capital social » dont il dispose en fait un lobbyiste moins performant.

Parce que moins citoyen, la réalité lui apparait plus émiettée. Et parce que moins citoyen d’un « bloc Etat- nation » dont il  conteste la légitimité, il ne se représente plus le système économique comme le ferait un keynésien, c'est-à-dire un circuit. Même dépourvu de culture économique, pour lui l’économie est moins un circuit qu’un ensemble de marchés. Changer de statut et passer du citoyen à l’individu c’est aussi changer la vision que l’on a sur le monde. Le citoyen devenu individu, peut lui aussi vouloir l’ouverture sur le monde, il apprécie les marchandises étrangères moins couteuses, une épargne assortie d’un taux de l’intérêt positif, etc. Et s’il existe une contradiction entre l’intérêt du salarié et celle du consommateur, il peut capter une réglementation compensatrice de celle qui sera accordée aux entrepreneurs économiques mondialistes. Dans un monde qui génère des gains de productivité tout en restant fermé dans l’Etat- nation, la dissociation entre le statut de salarié et celle de consommateur n’est guère envisageable durablement. Historiquement la crise de 1929 est celle d’une dissociation que les entrepreneurs politiques ont dû réparer en édifiant la sociale démocratie. Il est probable que le citoyen devenu individu ait une grande conscience de la dissociation majeure qui existe entre le statut de salarié et celle de consommateur. Peut-être fait-il aussi un lien entre l’emploi qu’il trouve trop rare et une finance gigantesque qui élargit l’éventail des rémunérations et développe l’approfondissement des situations rentières. Mais ces prises de conscience ne l’inviteront pas à acheter aux entrepreneurs politiques un dispositif réglementaire rétablissant davantage de cohérence. Et ce d’autant qu’il est lui-même bénéficiaire d’une rente – le social- clientélisme – qui se nourrit encore de la rente : déficit public, CADES, ACCOSS, etc. Les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la haute fonction publique  restent des personnages fondamentaux malgré la contestation des autres groupes qui eux-mêmes sont en conflit entre eux. « L’universel » se trouve sans doute de plus en plus décentré et souffre de déficit de cohérence, ce que certains appelleront la crise de l’Etat, il reste pour autant le lieu d’affrontement qu’il a toujours été et le demeurera. L’ Etat est ses entrepreneurs sont toujours présents et ce même si dans le monde des apparences leur retrait semble constaté. Ainsi parce que le citoyen est progressivement devenu individu dissocié, les entrepreneurs politiques ne paient pas nécessairement le prix électoral des nouvelles réglementations achetées par les entrepreneurs économiques.

Bouleversement des compromis et émergence d’une forme oligarchique d’Etat

Mais un autre argument peut intervenir : la grande porosité qui va se créer entre les 2 groupes d’entrepreneurs, et grande porosité qui va dégrader la démocratie au profit de l’oligarchie. Si la capture de la réglementation, par exemple celle qui autorisera la mondialisation, se fait souvent par le harcèlement du régulé sur le régulateur, par exemple celui des 15000 lobbyistes de Bruxelles sur les instances de décision correspondantes, elle peut aussi s’opérer de façon plus radicale : la fusion du régulateur et du régulé. Ici le producteur/détenteur de l’universel, c'est-à-dire l’entrepreneur politique, « part avec la caisse » et devient entrepreneur économique. La France constitue un modèle de cette fusion. Mais le même résultat peut être obtenu en parcourant le chemin inverse : le régulé devient le régulateur et  ainsi « ouvre la caisse » au profit de toute une profession. Les USA constituent un modèle de ce second type de fusion. C’est bien évidemment dans ce qui à toujours constitué le point d’intersection entre intérêts politiques et intérêts économiques que ces fusions sont les plus emblématiques et les plus fondamentales : le système monétaire et financier. Ainsi  grandes banques et banque centrale sont en France dirigées par de hauts fonctionnaires. Ainsi aux USA, le Trésor lui-même et la banque centrale sont généralement dirigés par un banquier.

Porosité par harcèlement, ou mieux par fusion, permet aux deux groupes d’entrepreneurs de se dégager partiellement et progressivement des contraintes de l’âge démocratique de l’aventure étatique. C’est que le coût politique de la capture de la réglementation, déjà diminué en raison de la dissociation du groupe des CSCE, diminue encore si les entrepreneurs politiques peuvent connaitre un prolongement de carrière dans l’aventure économique. D’où la naissance d’un groupe social en apesanteur, groupe aidé dans ce nouveau statut par le développement du mondialisme. Avec en conséquence le passage du stade démocratique vers un stade plus proche de l’oligarchie. Ce que certains appellent émergence d’une  « surclasse ».

Bien évidemment le fonctionnement des marchés politiques s’en trouve transformé. Souvent duopoles avec barrières à l’entrée très élevées, la quête de l’électeur médian avait déjà rétréci la distance entre les programmes des deux grandes entreprises que l’on trouvait souvent dans l’âge démocratique des Etats. La porosité puis la fusion ne peuvent que renforcer l’étroitesse de l’éventail de l’offre politique, avec une difficulté de plus en plus grande à distinguer une droite d’une gauche, et au final le sentiment de grande confusion… avec toutefois alignement général sur les impératifs de l’économie. Alignement qui n’est que la conséquence logique du processus de fusion en cours : entrepreneurs politique et entrepreneurs économiques qui étaient en même temps citoyens ne sont plus que des « individus désirants » pataugeant dans mille conflits d’intérêts ou délits d’initiés . Et alignement qui développe aussi des effets pervers : les CSCE les plus éloignés d’une possible intégration dans le groupe des oligarques s’organisent en dehors du duopole classique- les partis ayant vocation à gouverner- et deviennent clients d’entreprises politiques nouvelles, étiquetées sous le label de partis contestataires, ou « populistes ».

En mondialisation les Etats et leurs entrepreneurs ne disparaissent pas. Il y a simple transformation de leur rôle. Et cette altération passe par une certaine fin de l’âge démocratique au profit de l’émergence d’un stade oligarchique avec une utilisation de la contrainte publique à des fins privées davantage réservée à un petit groupe d’individus. Pour l’immense majorité, les droits de l’homme semblent se rétrécir à leur définition libérale : vie, liberté, propriété , en abandonnant doucement des droits que l’âge démocratique avait permis d’engendrer.

Le présent texte se voulait simplement analytique et ne propose aucune voie ni aucune solution. Il se veut simple grille de lecture du réel. Ou simple contribution à la connaissance d’un monde qui ne cesse de se transformer : non, monsieur Fukuyama, l’histoire n’est pas terminée.

Jean Claude Werrebrouck - Villeneuve d'Ascq - le 4 juillet 2011.

 

 

 

 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 19:09

Le pouvoir en cours d’installation évoque l’idée de planification écologique et plus encore d’un Conseil National de la Refondation. Faut-il y voir le retour d’un Conseil National de la Résistance ou de celui de la planification de la quatrième république et des débuts de la cinquième ?

Nous tenterons ici de montrer qu’une telle  orientation suppose de renoncer aux institutions mises en place pour la mondialisation et, qu’au-delà, elle impliquerait une véritable contradiction avec le modèle anthropologique qui s’est progressivement constitué au cours de ces trente dernières années.

Historiquement, la planification à la française s’est échafaudée   sur la nécessité de reconstruire dans un environnement de rareté. D’où un enracinement dans la production essentiellement industrielle et agricole et non dans le simple échange. Plus particulièrement il s’agira, sans épargne préalable, de produire des moyens de production permettant une production dont on envisagera ultérieurement le partage entre partenaires sociaux. Dans cette configuration, le monde que l’on construit est largement vertical, avec un principe organisationnel et des outils tel que celui produit par l’INSEE, qui va imaginer une « matrice des échanges interindustriels » (TEI) et des « coefficients techniques de production »  dont la valeur devient un indice de résilience du pays tout entier. Le plan concerne ainsi bien plus que ce qu’on appelle l’économie : il est l’instrument de production et de protection d’une société qui cherche comme par le passé à sécuriser sa vie dans la cohérence et les meilleures conditions possibles. Et parce que la cohérence est produite dans un univers de ressources rares, elle se déploie davantage dans la verticalité, dans la hiérarchie, ou dans un ordre obéissant à un principe directeur, que par le recours au marché libre. Cela signifie la domination du principe de coordination autour d’un projet partagé sur celui d’une confrontation entre compétiteurs. Dans ce monde, la puissance des lobbys est relativement limitée.

 On est loin de l’idéologie d’une création de valeur par l’échange libre au sein d’un système ouvert. Ce n’est que plus tard (années 60)  que l’on veillera à l’efficience dans un cadre d’ouverture des frontières et de libéralisation financière. Et c’est la mondialisation ultérieure qui affaissera la figure du producteur au profit de celle du consommateur et de l’épargnant.

La réflexion sur la planification avec le retour d’un commissariat du plan, un ministre de la transition écologique, un plan de relance « France 2030 » etc. devrait imaginer un univers complètement étranger à celui qui s’est progressivement édifié au cours des trente dernières années.

Cet univers qu’il faudrait quitter rapidement en raison de contraintes climatiques et de nouvelles raretés comme l’énergie, l’eau, certains métaux voire des granulats ou des terres cultivables, etc. fonctionne, lui, selon des principes organisationnels forts différents. Les acteurs ou pièces du système ne sont plus des ensembles agrégés à coordonner, les fameux corps intermédiaires, mais des individus en compétition sur des marchés infiniment vastes (le monde) et infiniment nombreux. Le système était naguère compliqué et sans doute bureaucratique mais il était relativement contrôlable. Il est aujourd’hui complexe c’est-à-dire constitué d’une infinité d’acteurs nouant une infinité d’interactions sur la base d’un principe simple : la concurrence sur le marché. Selon les économistes, le système complexe d’aujourd’hui produit, par la multiplication infinie des échanges, de la valeur. Et une valeur qui n’est pas planifiable car le système dépasse tous les participants lesquels doivent lui obéir.

Dans la mondialisation, le système complexe permet de dépolitiser toutes les interactions et il n’est plus question pour ce qui reste de l’ordre politique de contester la supériorité du système complexe sur le système compliqué de naguère. Le consommateur et l’actionnaire devenus rois sont les seuls à pouvoir définir l’ordre de la production. D’où la naissance de machines bureaucratiques propres à générer le marché là ou sa naissance était difficile, c’est-à-dire les autorités dites de régulation sous la forme d’une multitude d’Autorités Administratives Indépendantes. Pensons par exemple à la Commission de Régulation de l’Energie dont l’objet était d’assurer au final la protection du consommateur…. en faisant naitre une multitude d’échangistes sur des bases très artificielles….les fameux « marchands d’électricité » dont la survie dépend d’un large financement public. Ces autorités de régulation sont aussi des proies chassées par de puissants lobbys. Nous sommes loin de la coordination entre branches d’activités pour lesquelles un objectif de « noircissement » de la matrice des échanges interindustriels serait collectivement planifié…Cette pression pour engendrer le système complexe sur la seule base d’une règle simple, celle de la force concurrentielle, fut généralisée à toutes les activités et va aboutir à la l’évaporation de l’ancien système trop simplement compliqué. On peut citer, à titre d’exemple, le cas du CNES (Centre National de Etudes Spatiales) fondé en 1961 dans ce qui était à l’époque la planification et l’ordre compliqué. Cet organisme est aujourd’hui détaché du ministère de la recherche pour un rattachement direct à Bercy en vue de faciliter le passage au « new space » et accélérer la naissance des start-up de l’espace, lui-même perçu comme marché à promouvoir dans le cadre de « France 2030 ». La conquête spatiale n'est plus un projet dans l’imaginaire collectif mais une simple affaire d’approfondissement et de perfectionnement des marchés obtenue par subventions distribuées par des personnalités qualifiées proches des marchés. On passe de la verticalité idéologiquement chargée à l’horizontalité marchande.

Bien sûr, la sublimation du système compliqué en système complexe n’est pas parfaite. D’où les déboires et dérives d’un Etat devenu actionnaire alors que sa fonction stratégique reste en mémoire : injonctions contradictoires en direction  des patrons  du secteur public (Air- France, EDF, SNCF, etc.) , contradictions entre une agence de participations de l’Etat en recherche de rente dans le soucis de protéger la dette publique et une Banque Publique d’Investissements soucieuse d’entrepreneuriat et d’innovation , emballement du manège des « portes tournantes » chez les hauts fonctionnaires  etc.

Le retour d’une planification qui se mettrait en place, est une grande transformation qui dépasse de loin les dispositifs technocratiques qui pourraient s’établir à la hâte. Une première grande résistance est d’ordre anthropologique et les acteurs ne sont plus des groupes intégrés dans des corps en négociation autour d’un projet. Fondamentalement, l’attachement aux nouvelles formes de liberté engendre  une préférence pour un système complexe au détriment d’un système compliqué. On veut bien se rapprocher des fontaines à subventions mais on se méfie d’un ordre possiblement resté vertical. Une seconde résistance provient du problème lui-même : une rareté nouvelle - devenant  véritable mur -  que la logique du fonctionnement du marché ne peut que très difficilement réduire. Il s’agit de ce qu’on appelle « l’effet rebond » provoqué par une efficience accrue : une technologie plus efficiente concernant la production d’une ressource rare permet d’en utiliser davantage ou/et  introduit un report sur d’autres ressources rares. Nous avons typiquement ici le cas de la voiture électrique qui introduit plus de difficultés que de solutions au problème posé dans l’utilisation des ressources rares. On pourrait multiplier les exemples et on sait qu'historiquement les énergies ne furent pas substituables: la production croissante de charbon s'est accompagnée d'une multiplication des moulins à vent, celle du pétrole s'est accompagnée d'une consommation croissante de charbon pour produire l'acier des voitures, etc.

La première résistance est sans doute partiellement atténuable   par des comportements d’adaptation qui, petit à petit, réduisent la compétition et la concurrence au profit de la coopération. C’est le cas des entreprises qui collaborent pour sécuriser la gestion des stocks, ou pour reproduire localement de façon partagée. L’effet rebond dans toute sa complexité est sans doute  plus difficile à gérer. Comment lutter contre l’effet pluriel des pénuries qui elles - mêmes sont aggravées par de nouveaux risques de type sociaux (migrations) ou géopolitiques (guerres) ?

Avant de mettre en place un Conseil National de la Refondation, il serait intéressant d’interroger   les questions fondamentales : Un retour à la verticalité même décentralisée est-il possible ? Est-il possible de réintroduire une vision collective du futur avec la charge symbolique qui lui correspond? Comment limiter er répartir les contraintes de la nouvelle coopération  à engager ? Comment réduire la pression concurrentielle et introduire les logiques coopératives ? Peut-on mesurer les effets écosystémiques des décisions aussi facilement qu’au temps des trente glorieuses ? Comment encadrer le principe d’efficience dans ses effets pervers ? Quelle reconversion pour les milliers de salariés affectés jusqu’ici à la seule promotion du système complexe dans des autorités de régulation ? Etc…

Autant de questions qu’on ne voit pas émerger sur lede s marchés politiques.

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 08:32

Olivier Passet ( XERFY) affiche dans le texte ci-dessous une interprétation très innovante du ralentissement des gains de productivité. Loin d’être technique comme nombre d’explications économicistes, ce ralentissement serait fondamentalement d’essence politique et correspondrait aux effets sans doute inattendus d’une prise de pouvoir par une nouvelle catégorie d’élites. Le caractére simplement descriptif de la thèse développée ne permet toutefois pas de conclure que la corrélation vérifiée entre nouvelle élite et productivité correspond à un lien causal réellement démontrée.  

C’est le paradoxe de notre époque. Nos économies concurrentielles déploient une armada de stratèges, de spécialistes en optimisation des organisations ou des flux, de plus en plus de cerveaux chargés de connaissances managériales ou marketing, placent les entreprises sous la tutelle d’actionnaires guettant le moindre faux pas en matière de profitabilité, font planer la menace ultime de l’intrusion de fonds activistes pour les groupes tentés par la mollesse, et cette mise sous pression débouche sur une érosion lente et sûre de la productivité horaire du travail. Ce constat peut être fait en France, mais aussi en Allemagne. Il est moins vrai pour les États-Unis qui sont engagés depuis plus longtemps sur un sentier de faible croissance de la productivité, partant d’un niveau plus haut que l’Europe. Mais au fond, lorsque l’on prend du recul, plus nos productivités européennes se rapprochent du niveau américain, plus elles s’essoufflent. Comme si en « américanisant » nos modes de  régulation, nous avions américanisé notre productivité.


Cette érosion donne lieu à de multiples interprétations. La plupart se focalisent sur les carences des moins qualifiés. Trop faible mobilité de ces populations laborieuses qui se doivent d’être malléables. Défauts de formation, de compétences, évaporation des emplois de fabrication, et explosion concomitante des petits jobs de services à faibles productivité, émiettement et inefficience du tissu productif, en manque d’ETI, déficit de R&D etc… Si l’on débarrasse ces analyses de leur vernis technique, force est de constater qu’elles contiennent en creux une forme de procès du bas par le haut de la pyramide sociale. C’est le peuple et le petit patron réfractaire qui pèche par résistance à l’adaptation et qui ralentit l’ascension de nos économies. Les intelligents ne font jamais le procès de l’intelligence. Les universitaires et experts en appellent à toujours plus de moyens pour l’enseignement, la fabrication de diplômés et la R&D autrement dit pour eux-mêmes.


En 2013, l’anthropologue David Graeber a jeté un pavé dans la mare et bousculé la bien-pensance en créant le concept de « bullshit jobs », qui prolonge une réflexion de plus longue haleine sur la bureaucratie d’entreprise. A travers ce terme, Graeber pointait la prolifération dans nos sociétés de jobs qualifiés bien payés à l’utilité contestable et peu objectivable. Ces jobs dont la mise à l’arrêt n’aurait de conséquence ni immédiate ni catastrophique sur le cours de l’économie, contrairement aux infirmières, éboueurs, dockers etc. Comme l’ont bien révélé les premiers confinements de 2020. Son intention n’était pas de fournir une explication au paradoxe de la productivité. Mais elle en offre bien en creux une interprétation.


Je passe sur la taxinomie amusante de Graeber, en 5 types de « bullshit jobs », des « sbires » (qu'une entreprise recrute pour faire comme la concurrence), « aux sparadraps » (chargés de résoudre un problème qui n'existe pas), en passant par les « petits chefs » (supervisant des gens qui se débrouillent très bien tout seuls) etc., bref, ces boulots de cols blanc qui se légitiment sur la productivité des autres et ajoutent in fine des process aux process déjà existants. Ce que pointe Graeber, c’est la propension des organisations à produire des rituels de travail, souvent superflus voire néfastes, comme si tout le système s’ingéniait à faire échec à la prophétie de Keynes, selon laquelle les progrès technologiques permettraient d’ici la fin du XXe siècle de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Par crainte de cette vacuité, les cercles d’élites les plus formées, prospéreraient, privilégiant les complaisances de réseau, l’esprit de corps. Ils capteraient une part croissante de la valeur, trusteraient les plus hauts salaires, reportant la pression sur les rangs inférieurs, démultipliant les tâches pour absorber leur propre coût. Vraie ou fausse, cette thèse a au moins le mérite de questionner autrement la productivité.
Sans trancher la question de savoir si ces métiers sont la réponse incontournable à une complexité croissante, sans lesquels nos organisations ne seraient plus pilotables, ou une couche superflue, force est de constater qu’ils montent en puissance dans nos économies. Il suffit de regarder l’évolution de la part des cadres ou professions intellectuelles dans l’emploi en France pour s’en convaincre. Ou celle des services scientifiques et techniques les plus chargés en ce type de compétences, de gestion, de conseil, de contrôle, d’ingénierie, de R&D, de marketing. Il suffit aussi de regarder la productivité intrinsèque de ces services en comparaison des secteurs de fabrication. Ces mesures sont certes très imparfaites. Et à vrai dire contestables. Mais elles posent bien la question de l’efficacité de ces métiers. Si leur principale fonction est d’accroître l’efficacité des autres, alors pourquoi la productivité d’ensemble de l’économie tend à se tasser ? Approche trop stéréotypée du management, trop livresque, trop top down, teintée de la méconnaissance intime des tâches et des organisations à gérer. La question doit être soulevée. Et elle a au moins le mérite d’expliquer pourquoi le sentiment de mise en pression permanente des individus ou de la sous-traitance, les pathologies au travail montent, sans que la productivité horaire en porte la trace.

 

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 10:00

Ce bref billet que Charles Gave vient de publier est, au-delà d’un vocabulaire sans doute un peu rude, en parfaite harmonie avec les thèses défendues sur notre blog. Bonne lecture et bonne réflexion.

Il y a trois mois, la Russie envahit l’Ukraine et tout a été dit sur les origines du conflit et les responsabilités de chacun dans son déclenchement.

Mais ce qui a été assez peu analysé fût la réponse au conflit des autorités européennes proprement dite (Bruxelles), mais aussi de certains pays comme la France et l’Allemagne.

Ce sont ces réponses que je vais analyser, pour en tirer la conclusion que les effets de cette guerre seront graves, mais beaucoup moins sérieux que les conséquences des décisions imbéciles qui furent prises par nos autorités à l’occasion de ce conflit.

Par exemple .

  1. Le ministre de l’économie française (si, si, il y en a un),  annonce avec un très joli coup de menton que « Nous allons provoquer l’effondrement économique rapide de la Russie. », le « nous » signifiant sans doute les services de Bercy, qui ayant déjà foutu en l’air l’économie française dans les dernières décennies avaient reçu l’ordre de s’attaquer maintenant à l’économie de la Russie et de la mettre au tapis le plus rapidement possible. A moins que ce « nous « ne signifie l’armée européenne partant en guerre contre la Russie, unie comme un seul homme sous le commandement de …(je cherche, mais le commandement de l’armée européenne n’est pas encore précisé, puisqu‘il n’y a pas d’armée européenne, à ma connaissance tout au moins ). Ou alors, il s’agissait d’un « nous » de majesté, Bruno Lemaire se prenant pour Louis XIV et parlant de lui à la première personne du pluriel ?
  2. Le président Français pour confirmer les dires de son ministre de l’économie, nous informe que l’économie Russe est « en état de cessation de paiement » et qu’elle va s’effondrer très rapidement puisque l’Europe allait cesser tout achat de matières premières (gaz pétrole, charbon, métaux, etc..) à la Russie et que la Russie n’aurait plus accès au système de paiement international Swift. Et le même président de nous annoncer que des mesures fortes allaient être prises contre la Russie et qu’elles avaient déjà commencé, puisque les réserves de change Russes en Euro ou en dollar étaient confisquées aussi bien à la BCE qu’à la banque centrale américaine. D’après le ministre des Finances Américain, madame Yellen,  qui était auparavant la Présidente de la Fed, ces confiscations étaient parfaitement illégales puisqu’elles ne pouvaient avoir lieu qu’après une autorisation donnée par les Nations -unies. On attend toujours…
  3. Et les mesures d’interdiction de tout commerce avec la Russie furent prises dans la foulée et entérinées dans des accords solennels passés à Bruxelles, ce centre de la démocratie mondiale, où seule règne la Loi et la recherche du bien commun.

Résultats.

Le rouble, au moment où le Président Français et son ministre disait que l’économie Russe allait s’effondrer était en forte baisse contre l’Euro étant passé de 75r/$ a 150r/$ et les journalistes français de nous décrire un Poutine, errant dans un palais solitaire et glacé comme le disait le poète, en parlant de quelqu’un d’autre sans doute…

Hélas, la réalité vint rapidement doucher toutes ces belles attentes.

D’abord, de nombreux pays, en Europe même, ne peuvent tout simplement pas se passer d’acheter du gaz, du pétrole ou du charbon à la Russie sans que leurs économies ne s’effondrent immédiatement.  Sans énergie, pas d’économie, puisque l’économie n’est que de l’énergie transformée. Et je ne parle pas de la Grèce,  ou du Portugal, mais de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Hongrie… Et ces pays ne peuvent pas en acheter ailleurs puisqu’il n’y en a pas de disponible , personne n’ayant investi depuis quinze ans dans la recherche de combustible fossile, sauf en Russie. Et donc, des dérogations « temporaires » à l’achat de produits russes furent instaurées, ces pays jurant, qu’avant l’aout, foi d’animal, ils cesseraient tout achat de gaz , de pétrole ou de charbon en Russie, promis, juré.

Mais là, coup de théâtre : le Président Russe exige que les acheteurs paient en roubles, puisqu’il est interdit de dollar et d’euro. On voit mal en effet pourquoi il vendrait ses matières premières en recevant des monnaies qu’il n’aurait pas le droit d’utiliser.

Fureur générale en Europe, qui refuse « cette rupture de contrat unilatérale », complètement attentatoire au droit international ,ce qui n’empêche pas toutes les compagnies importatrices de gaz ou de pétrole de payer en roubles leurs achats, comme le demandaient les russes, faute de quoi les économies allemandes, hongroises, autrichiennes etc… et seraient déjà à l’arrêt.  De fait, toutes les grandes sociétés en Europe semblent se contrefoutre complètement des recommandations, des ordres ou des interdictions de madame Von der Leyen. Mais selon certaines informations que je n’ai pas pu vérifier, ceux qui achèteraient le plus en roubles, et de très loin, seraient les Italiens et personne ne comprend tres bien pourquoi. Mais la rumeur qui court est que ces achats seraient pour le compte des clients allemands des sociétés de trading Italiennes. En quelque sorte, les Allemands qui ne veulent pas acheter aux Russes pour ne pas fâcher les écolos qui font partie de la coalition au pouvoir outre Rhin ne voient aucun inconvénients à acheter à des Italiens ou à des Suisses, ce qui montre un sens aigu de la solidarité que chaque européen ressent envers les Ukrainiens.

Résumons-nous : l’idée de cesser d’acheter des matières premières énergétiques en Russie pour la mettre à genoux en quinze jours a échoué de façon grotesque et humiliante et pour l’Europe et pour chacune des Nations qui en fait partie. En fait, l’Europe institutionnelle a géré cette crise aussi mal que celle du Covid , mais le pire est que ce n’est pas fini : non seulement, il va nous falloir acheter nos hydrocarbures en rouble, mais en plus il va falloir acheter, toujours avec des roubles, les matières premières alimentaires et les engrais pour que nous puissions nourrir nos populations. et ce d’ici à la fin de l’année

Depuis la fin 2019, le cours du pétrole est monté de 81 %, mais le prix du blé a été multiplié par 2.6. Et les récoltes s’annoncent mauvaises en Inde, aux USA,  au Canada, peut-être en France (sécheresse, inondations, manques d’engrais)…

Et c’est ici qu’il faut se souvenir que la Russie et l’Ukraine assurent environ 40 % des exportations mondiales de grain (3/4 Russie, ¼ Ukraine) et que seule la Russie pourra assurer ces contrats à l’exportation, tous les ports Ukrainiens étant fermés.

Et comme je sais que 100 % des importations de blé égyptiennes ou tunisiennes venaient d’Ukraine ou de Russie, je me dis que la machine migratoire d’Afrique du Nord va se remettre en route et que la Méditerranée va être encombrée cet automne.

Il me semble donc tout à fait évident que les Russes seront prêts à exporter vers les pays en Europe ou ailleurs, à condition bien sûr que le paiement ait lieu …en rouble encore une fois.

Les Russes ne verront aucun inconvénient à prêter des roubles aux Egyptiens ou aux Tunisiens,  contre quelques menus services rendus en Libye, mais certainement pas aux Européens.

Et ce qui est en train d’émerger grâce à l’inénarrable incompétence de l’Europe institutionnelle est un monde où nous aurons besoin de roubles pour pouvoir acheter les matières premières dont nous aurons besoin dans le futur, et nous nous sommes interdits toutes les issues pour pouvoir acquérir ces roubles.

Par exemple, nous ne pouvons plus vendre de voitures et d’avions ou de machines-outils aux Russes, pas plus que je ne peux leur vendre ma maison à Avignon et les Russes cette année vont passer leurs vacances en Turquie et non pas à Saint Tropez.

La question essentielle qui se pose est donc : d’où vont venir les roubles pour acheter et notre énergie, et notre nourriture, et nos engrais et nos grains ?

La seule réponse est qu’il nous faudra livrer tout ou partie de nos réserves d’or et que le rouble n’a pas fini de monter tandis que l’euro, lui, n’a pas fini de baisser et avec lui notre niveau de vie.

Ce qui m’amène à ma conclusion.

Medvedev, dans une de ses dernières communications officielles, a dit que les autorités européennes avaient fait preuve « d’un crétinisme institutionnel » remarquable pendant toute la période, ce qui est surprenant dans une communication officielle, mais ne m’étonne pas, tant je suis d’accord.

Je dis que cette crise était parfaitement évitable, mais que le personnel européen dans la gestion des problèmes, a été d’une nullité comparable à celle du personnel politique français en 1939 , et que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Un tel désastre diplomatique, économique, politique  devrait amener à des sanctions, madame Von der Leyen et ses deux acolytes devraient être virés toutes affaires cessantes, la commission ramenée à ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un simple secrétariat, tandis que la BCE devrait cesser d’exister avec l’Euro, la cour de justice et la cour des droits de l’homme, ce qui permettrait à une nouvelle génération d’élus nationaux d’arriver au pouvoir partout en Europe.

Voilà qui permettrait de sauver ce qui peut encore être sauvé de la construction européenne, la tour de Babel ayant une fois de plus été détruite en temps utile.

Faute de quoi l’Allemagne et d’autres peuples européens, en particulier les Italiens (qui vont voter bientôt), les Hongrois et les Grecs, et qui sait les français tous habillés en jaune, vont vouloir sortir de la construction européenne comme l’ont fait les Britanniques pour pouvoir redevenir des nations «souveraines » dont les élus auront comme mission de défendre les peuples qui les ont élus et non pas les intérêts de l’OTAN.

Quant au Président nouvellement élu par les Français, on peut espérer qu’il cessera de nous parler de Souveraineté Européenne, qui n’a jamais existé et qu’ayant échoué dans tous les domaines, il fera ce que tout homme d’honneur ferait dans ce cas, démissionner et disparaître.

Mais en ce qui concerne ce dernier point, j’ai comme un doute.

Charles Gave

 

 

 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 15:29

On ne peut qu'appuyer le point de vue d'Olivier Passet XERFY) qui se trouve exprimé dans ce très court billet.

 

Voici comme à chaque grand soubresaut du monde depuis 20 ans, que ressurgit la thématique de la bascule dans une nouvelle ère du capitalisme. Ce fut le cas après la dégringolade des bourses entre 2000 et 2003 qui semblait sonner le glas d’une économie de bulle surestimant les promesses d’un monde plat, hyper-fluide ayant aboli les distances et dont les technologies de l’information et communication ouvraient un horizon de croissance dématérialisée infinie ; le monde d’après devait se recentrer sur l’industrie, rebâtir de vrais moteurs de productivité et cesser de mythifier l’entreprise sans usine et sans frontière. Ce fut encore le cas après 2007, qui devait mettre un terme à une financiarisation débridée ayant conduit le monde au bord d’une faillite systémique. Le monde d’après serait celui de la régulation et d’un retour des États. C’est à nouveau le cas avec la pandémie, où l’on nous promet une ère de revalorisation de la proximité, de la traçabilité, des circuits courts et l’avènement d’un capitalisme responsable au plan social et environnemental. Et c’est à nouveau le cas avec la guerre en Ukraine, qui annoncerait une nouvelle régionalisation et sécurisation des échanges, une accélération des agendas climatiques au nom de l’indépendance. A chaque crise, le mot relocalisation revient comme un leitmotiv.


Et à chaque fois cette idée, nourrit l’espoir d’un retour au réel après plusieurs décennies d’exubérance, qui ressemblerait à un grand Kondratieff, mais exclusivement financier, patrimonial, déconnecté de l’économie réelle et qui se serait même développé à son détriment, sur la base d’une dégradation des conditions de travail (précarisation, polarisation entre non qualifiés et qualifiés, panne de l’ascenseur social, affaiblissement syndicats etc.) ; qui aurait concentré les gains patrimoniaux sur une infime minorité ; qui aurait relégué au second plan les enjeux de bien-être, chargeant le panier de consommation de dépenses contraintes qui n’auraient qu’une faible portée libératrice (contrairement à l’automobile ou à l’équipement ménager des années d’après-guerre) : prolifération des astreintes et notamment des dépenses afférentes au logement, à la communication addictive, à l’assurance, à la sécurité etc. ; coup d’arrêt au mouvement de baisse séculaire de la durée du travail, qui était vécu avant l’ère de la financiarisation comme constitutive du progrès. Sans parler du plafonnement, voire de la baisse de l’espérance de vie dans les pays avancés, de populations gavées au-delà de la satiété et exposées aux risques sanitaires.


Et il est vrai que si l’on reste sur le registre du logico déductif, plus que jamais la transmutation du capitalisme parait inéluctable.


Nous croyions que l’inflation était définitivement vaincue… Que la boucle prix salaire était reléguée aux oubliettes compte tenu du déséquilibre de rapport de force entre capital et travail…et voici que l’inflation et les conflits de partage reviennent au premier plan. La phase de désinflation, puis de grande modération à taux zéro, créant des opportunités de levier considérable pour la finance serait donc arrivée à son terme. La finance va devoir réapprendre à vivre avec des taux d’intérêts positifs. Voici aussi qu’au même moment, sur fond de déclin démographique, le travail redevient une ressource rare. Le rapport de force inégal entre travail et capital se rééquilibre, créant aussi un nouveau potentiel de conflictualité au sein des entreprises et recréant un besoin d’instances médiatrices pour en pacifier la résolution. Nous pensions que la globalisation des échanges de marchandises et de capitaux était un phénomène peu réversible, et voici que pour des raisons de sécurité des approvisionnements concernant des matériaux critiques, et non plus seulement par vertu sociale ou écologique, les entreprises doivent prendre au sérieux les enjeux de déglobalisation, de relocalisation, de circuits courts, d’économie circulaire. Les grands fonds d’investissement nous promettaient jusqu’ici la prise en charge de la réorientation des investissements pour opérer la transformation climatique, et voici que partout, les États reprennent la main face à l’urgence. Déglobalisation, planification, revalorisation du travail, sobriété semblent la seule issue pour sortir de l’impasse.


Oui mais, comme je l’ai dit d’entrée, ce n’est pas la première fois depuis 20 ans que nous caressons l’idée d’une nouvelle ère. Et chaque fois ce pronostic vire au fiasco. A tel point que la véritable question à ce jour est la suivante : par quelle nouvelle ruse de l’histoire une crise qui devrait porter un coup fatal aux folles dérives du capitalisme peut virer en nouveau tremplin d’une hyper mondialisation financière et digitale étanche aux enjeux climatiques ? Il suffit alors de scruter les énormes profits réalisés par les grands énergéticiens, la démultiplication des chantiers dans ce domaine, la formidable cash machine que peut constituer l’épisode d’inflation pour les géants du numérique à coût fixe, d’envisager demain l’effet du reflux du prix des matières premières et des taux d’intérêt sur des  bourses qui redémarreraient en fanfare. Pour comprendre  que ni les géants de la gestion de fond,  ni ceux du numérique ne sont proches de lâcher la main sur le façonnage d’un monde qui doit se conformer à leurs phantasmes avant de répondre à l’intérêt commun. 

 

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 15:41

Les pays de l’Union Européenne réglaient jusqu’ici les achats en énergies fossiles en Euros ou en Dollars. Les exportateurs correspondants, essentiellement les agents des pays du golfe et de la Russie, pouvaient convertir le chiffre d’affaires en monnaies locales mais une bonne partie restait sous la forme d’obligations publiques sur les Etats de l’Union et surtout sur les USA. Il en était de même plus globalement pour l’ensemble des achats que l’Occident effectuait au reste du monde dont en particulier la puissante Chine. L’acceptation des devises occidentales par les grandes zones excédentaires (Chine , Russie, Emirats) était ainsi très favorable au taux de change de ces monnaies et en particulier cette devise clé qu’est le dollar.

Le scénario d’une stratégie de « dédollarisation » montée par la Russie et la Chine

De ce point de vue la décision de la Russie concernant l’obligation de payer le gaz en roubles constitue une réelle menace d’un possible changement radical de l’ordre monétaire international. Si l’on imagine un scénario général de « dédollarisation » qui serait imaginé par une alliance impériale entre Russie et Chine, il faudrait que les pays occidentaux financent leurs déficits commerciaux en achetant des devises (roubles et yuans) voire de l’or. Les pays connaissant les plus lourds déficits sont les USA (environ 900 milliards de dollars) le Royaume-Uni (210 milliards de dollars) et la France (110 milliards de dollars).  En dehors de l’hypothèse d’un achat direct en or, cela signifierait,  sur le marché mondial des changes une offre accrue de devises occidentales (essentiellement Dollars, Livres, et Euros) pour plusieurs milliards de dollars journaliers, et une demande accrue de roubles et de yuans pour un même montant. Il s’ensuivrait une hausse d’autant plus considérable des cours de ces deux dernières  monnaies que les excédents russe et chinois sont élevés (80 milliards de dollars pour la Russie et 478 milliards pour la Chine). Si ces 2 pays vendaient en devises nationales et achetaient en dollars, les pays occidentaux pourraient les inviter à acheter leurs importations depuis l’occident en devises nationales, de quoi trouver sur le marché des changes davantage de ces monnaies et donc d’en limiter la hausse du cours. Mais aussi de quoi  mettre fin à ce qu’on appelle la force des devises clé, donc assister à l’affaiblissement durable du rôle du dollar.

Quelle que soit la solution retenue, dans la mesure où pour les trois grands pays occidentaux envisagés existe  un déficit considérable, il est clair que les forces de rééquilibrage seraient énormes. En raison des élasticités-prix sur les offres et demandes internationales USA, Grande-Bretagne, France seraient amenés à connaître un flux d’importations décroissant et un flux d’exportation croissant.

Quelles conclusions tirer de ce scénario ?

Sans forces contraires ou compensatrices :

 - Les coûts des importations occidentales vont devenir durablement plus élevés et les termes de l’échange pour les 2 empires en voie de constitution vont s’améliorer. Ceux des pays occidentaux vont se détériorer.

- Les avantages d’une mondialisation impulsée par l’Occident disparaissent et les chaines de la valeur vont connaitre un périmètre plus réduit.

- Les déficits publics des grands pays déficitaires ne seront plus comblés par l’achat d’obligations publiques par les 2 empires en voie de constitution. Par effet de coût plus élevé de la dette publique, Il en résulte une baisse directe de l’Etat social (France) ou une pression sur les dépenses souveraines, en particulier militaires (Etats-Unis). Globalement l’Occident ne peut plus vivre au-dessus de ses moyens.

- La pression à l’auto centrage des économies s’accroit (Allemagne, et Chine notamment). La fonction « usine du monde » s’estompe pour ces deux derniers pays.

- L’incertitude sur la fonction "réserve de la valeur" de la monnaie augmente : quelle devise clé peut remplacer sécurité et  liquidité extrême offerte par le Dollar ? Quelle conséquence sur l’énorme château de cartes financier mondial dont l’indispensable lubrifiant/ciment est la trilogie fluidité/sécurité/profondeur de marché garantie par le Dollar? Pensons par exemple à la montée vertigineuse des coûts de couverture du risque de change qui résulterait d’un tel scénario.

- Si les 2 empires en voie de formation proposent comme  vient de le faire la Russie un achat d’or contre les devises nationales (Rouble et Yuan) la baisse du taux de change des devises occidentales ne serait pas limitée par le paiement d’une partie du déficit en or. En effet la demande mondiale d’or augmentant, son prix serait en hausse et donc la contre partie en devises occidentales baisserait. Ce phénomène déjà enclenché par des achats massifs de métal par les banques centrales, résultant de l’application des nouvelles règles de « Bâle 3 » ne pourrait que se développer au grand avantage des empires en quête de puissance. Il vaut mieux disposer dans le bilan de ces empires, d’actifs en or à valeur croissante que d’obligations publiques occidentales de valeur douteuse.

Quelle occurrence pour un tel scénario ?

Les deux empires qui cherchent à se définir comme tels connaissent des fragilités :

- Une fragilité commune qui est celle d’une faiblesse démographique extrême handicapant lourdement les projets impériaux . En particulier la Chine va payer très longtemps et très lourdement  sa politique de l’enfant unique ayant abouti à un déséquilibre extrême de son sexe ratio en faveur des naissances masculines.

- Une fragilité résultant de situations économiques, culturelles et sociales très opposées entrainant toute possibilité de construction d’une stratégie collaborative durable. La Russie est une structure en déclin cherchant à pérenniser une puissance en voie de disparition par recherche de déstabilisation de l’ordre international. A ce titre la tentation impériale consiste à s’en remettre à une stratégie de simple sabotage. A l’inverse la Chine est un empire en réémergence dont la stratégie de puissance et de conquête s’appuie sur l’ordre international tel qu’il l’est encore. Il s’agit ici moins de saboter que de se substituer à l’Occident. Les nouvelles routes de la soie constituent le signe le plus évident de cette volonté. Et cette incompatibilité stratégique résulte d’une vision différente de l’histoire et de son interprétation. Les deux empires ne vivent pas leur passé de la même façon : la Russie le ressasse pour cracher du venin alors que le second y prend appui pour dépasser les performances occidentales.

- Une fragilité résultant d’un effet d’entrainement douteux : quels avantages peuvent retirer les autres Etats d’une évaporation du dollar sachant que pour nombre d’entre-eux la réalité historique peut s’accomoder de l’ordre occidental (Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc), tandis que pour d’autres la réalité vécue est pour l’essentiel simple  rente captée sur l’ordre existant (pays du golfe, Etats pétroliers, etc.) ?

Le rôle politique d’un Occident qui chercherait  à se protéger collectivement, est donc de limiter les mauvaises relations avec chacun des deux empires, et d’élargir les incompatibilités stratégiques entre-eux. Les diplomates seraient invités au travail correspondant. La spécificité historique et culturelle de la France est dans ce jeu un atout essentiel qui n’est hélas jamais perçu.

 

Jean Claude Werrebrouck le 4 mai 2022

 

 

 

 

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1 mai 2022 7 01 /05 /mai /2022 07:42

Peu de commentateurs se sont posés la question des exigences russes en matière de paiement des énergies fossiles. On sait pourtant que 2 décisions ont été prises : le paiement en rouble d’une part et l’engagement d’acheter de façon non limitée de l’or au prix de 5000 roubles le gramme.

Pour bien comprendre la démarche, il est intéressant d’effectuer la comparaison entre la Russie d’aujourd’hui et les USA au terme de la seconde guerre mondiale. A l’époque, l’Amérique est le grand magasin de la planète au beau milieu d’un monde détruit par la guerre. Logiquement, la reconstruction devait mobiliser le grand magasin et donc les USA vont bénéficier d’un excédent extérieur considérable. Le pays a tout à offrir tandis qu’il n’y a rien à acheter dans les pays détruits. Cet excédent a pour contrepartie une circulation monétaire déséquilibrée. Les USA ne peuvent accepter en paiement les monnaies étrangères, ces dernières n’offrant aucune contrepartie en marchandises. On connait la suite en termes d’organisation financière internationale : un dollar théoriquement convertible en or sur demande des seules banques centrales, les autres devises étant adossées au Dollar sur la base d’un taux de change fixe. C’est finalement la situation d’excédent américain qui vient justifier les règles : les USA n’ont que faire des devises étrangères en guise de paiement et veulent vendre en dollars. Ils ne peuvent pas non plus accepter un taux de change flottant qui mènerait à des dévaluations permanentes des monnaies partenaires.

Historiquement, on sait que l’on passera progressivement d’un « dollar gap » ( le dollar est trop rare pour ceux qui ne peuvent exporter et sont tenus d’importer) durant la période 1944/ 1952, à un « dollar glut » (le dollar deviendra surabondant lorsque la compétitivité des partenaires sera rétablie et que les USA vont commencer à connaître des déficits) durant la fin des années 50 et les années 60.Et c’est ce « dollar glut » qui mènera à la fin de l’organisation monétaire de l’après -guerre : le président Nixon décidera en 1971 de l’inconvertibilité du dollar, décision suivie de la fin des taux de change fixes.  

Cette histoire est intéressante pour comprendre les évènements actuels concernant le rouble. Nous sommes en raison des décisions prises par le président russe dans une phase de « rouble gap ». En effet, d’une certaine façon, la Russie est devenue le grand magasin du monde (énergies fossiles, matières premières agricoles, minerais divers, etc.) et le solde de ses échanges internationaux est très excédentaire. Demander le paiement du gaz en roubles est donc l’équivalent de l’exigence des paiements en dollars des marchandises américaines dans les années 40.

On peut présenter la décision russe comme simplement technique : GAZPROM accepte les paiements en dollars qu’il transforme en roubles, ce qui permettrait de soutenir le cours du rouble et empêcherait son effondrement. C’est ce que l’on entend en Occident. Hélas, la décision est plus importante et relève d’un choix complètement géopolitique. Puisqu’il y a embargo sur les devises détenues par la Russie, cette dernière ne peut accepter un paiement du gaz dans un actif devenu largement illiquide, donc de valeur proche de zéro. De la même façon, les USA ne pouvaient accepter en paiement des monnaies dont le pouvoir d’achat était à peu près nul dans les années 40. Commercer à l’époque et donc trouver des débouchés pour l’énorme industrie américaine supposait l’élection du dollar comme moyen de paiement et surtout une politique de transfert (plan Marshall) permettant de procurer, aux pays dévastés par la guerre, les moyens de paiement au profit de leur reconstruction.

Transposée à la question du gaz aujourd’hui, il est clair que la Russie ne va pas proposer un plan Marshall à l’Europe, et donc le « rouble gap » est une situation dont la solution est la fin des énergies fossiles, de la même façon que la reconstruction était, dans l’après-guerre, la solution à la question du « dollar gap ».

Toujours par effet de transposition, on peut imaginer que l’achat d’or en roubles par la Russie est l’équivalent du plan Marshall de l’après-guerre. Il existe toutefois une différence fondamentale : le plan Marshall était un transfert de richesse, tandis que l’achat d’or est le moyen d’exiger le paiement authentique du gaz russe. Ce serait le paiement en euros ou en dollars qui serait l’équivalent d’un généreux plan Marshall : un don de gaz contre un actif devenu illiquide en raison de l’embargo. Bien sûr, l’achat d’or n’a rien d’automatique et tant qu’il est possible, comme le fait aujourd’hui la Hongrie, de trouver des roubles contre de simples euros ou dollars le commerce peut se maintenir. Mais comme nous sommes en « rouble gap », il est clair que son prix (celui du rouble) ne peut que croître et que rapidement, il vaudra mieux acheter de l’or que l’on cédera à la Russie pour acquérir des roubles autorisant les achats de gaz. Le pari géopolitique de la Russie est d’exiger  un paiement authentique : du gaz contre des roubles que l’on ne peut acquérir qu’en achetant de l’or. Si rien ne change, la contrepartie de l’excédent d’une Russie devenue grand magasin sera donc de l’or. On pensait sanctionner la Russie par le gel de ses avoirs en devises occidentales elles-mêmes grossies quotidiennement par des achats de gaz . La réalité est que la Russie veut dorénavant être payée en or. La suite de l’histoire est simple : les acheteurs de gaz vont devoir se procurer des roubles en vendant massivement des devises occidentales contre de l’or échangé en rouble. Si d’autres pays excédentaires, pensons à la Chine, ont l’idée d’emprunter le modèle russe, il y a quelques soucis à se faire : l’occident va perdre son or et les devises occidentales vont connaître un effondrement de leur valeur. Bien évidemment, ce n’est qu’une tendance ou un simple scénario concernant le futur de notre monde. De nouvelles et peu prévisibles réactions occidentales sont en attente.

                                                           Jean Claude Werrebrouck le 29 avril 2022.

 

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 05:43

Voici ce que nous avions publié en mars 2017 sur le blog. A l'époque il était déjà question d'une élection présidentielle. Globalement cet article reste d'actualité avec toutefois une réserve: il conclue sur le risque de guerre civile et il faudrait ajouter aujourd'hui le risque de guerre tout court.

Il y a le monde facile des apparences et des faits, et il y a le monde plus difficile de la mise en cohérence au travers de l’interprétation.

Au niveau des apparences, le désastre est partout présent : entrepreneurs politiques embarqués dans un mouvement brownien car dépourvus du GPS révélant le meilleur chemin de la conquête du pouvoir, partis politiques méprisant les résultats des primaires et donc le principe même de souveraineté, juristes discutant savamment de la réalité d’un coup d’Etat ou d’une séparation des pouvoirs légitimant la délinquance la plus crue, lobbyistes peu discrets mobilisant la grande presse pour développer la terreur sur l’euro, électeurs éclairés pris de vomissements mais d’autres complètement dépolitisés entrant en servitude volontaire au profit de candidats joueurs de flûte, programmes constitués d’histoires à dormir debout avec chiffrages au doigt mouillé, tireurs de ficelles bruxelloises affolés, etc.

Constatons pour se rassurer que les USA n’ont pas connu une situation si différente pour l’élection présidentielle de 2016, et que les débats concernant le Brexit n’étaient pas non plus très enthousiasmants.

Tentons de prendre un peu de hauteur par rapport aux évènements afin de saisir toute la substance de ce qui se passe. Et pour cela reprenons certains développements accessibles sur le présent blog.

 

Notre article consacré à la spécificité des crises de l’entrepreneuriat politique débutait ainsi :

« Les entreprises politiques sont des organisations en concurrence pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animées par des intérêts privés : le goût du pouvoir, la recherche d'avantages matériels ou symboliques, elles utilisent -et parfois en sont victimes - la puissance idéologique d'un "intérêt général", et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre institutionnel et juridique général. [1]»

 

Bien évidemment les faits qui se manifestent dans le marigaud électoral ne démentent pas cette hypothèse. Allons plus loin dans l’observation.

 

Sauf disparition, hypothèse que l’on ne peut à priori exclure – phénomène qui serait sans doute fort étranger à la thèse de la « fin de l’Etat » des marxistes – les Etats restent en raison de leur nature même une structure monopoliste. Et il est très difficile d’aller contre cette nature ainsi qu’en témoigne la crise de l’institution européenne.

Si d’aventure cette structure monopoliste se brise, on obtient assez logiquement plusieurs monopoles (pensons à l’URSS). Seules les modalités de la capture de l’Etat[2] évoluent et se transforment. Pendant très longtemps les modalités historiques de cette dernière purent développer la grande croyance en un bien commun appelé intérêt général.

 

Etat-Nation et grandeur d’un intérêt général

 

L’Etat-Nation résultait le plus souvent de la sublimation des ordres anciens, l’intérêt général étant le dernier substitut des dieux ou des conceptions organicistes de la société. Et un substitut fondamental, les hommes du stade historique correspondant ayant besoin de croire en lui, et devant affirmer bruyamment son existence, dans le cadre d’entreprises politiques pouvant elles-mêmes s’appuyer, plus tard, sur une science : celle de l’économie. Jadis il fallait impérativement croire en Dieu. Après l’éloignement de ce dernier il fallait croire en la nation, en la patrie enfin en un intérêt général. Plus tard encore cet intérêt général sera théorisé et légitimé par ces grands prêtres appelés économistes

Les formes de la capture de ce nouvel universel qu’est l’Etat-Nation par les différents acteurs – entrepreneurs économiques, citoyens validant plusieurs rôles, parfois simultanément, (salariés, consommateurs, épargnants)[3], et bien sûr entrepreneurs politiques - s’inscrivent toutes dans la ferme croyance de cet intérêt général, à construire et à reconstruire en permanence sur les marchés politiques. Ce qu’on appellera par exemple le « compromis social-démocrate » en France ou « l’ordo libéralisme » en Allemagne.

 

Le succès de cette forme s’est le plus souvent affirmé dans le cadre du développement de l’économie de marché, système produisant lui-même - selon Montesquieu et plus tard Albert Hirschman et tant d’autres - la « sublimation des passions vers les seuls intérêts ». Pourtant, et assez contradictoirement cette montée favorise celle de l’individualisme et l’effacement progressif de l’idéologie de l’intérêt général. Ainsi, en dehors de la science économique qui va maintenir son formidable ascendant sur une humanité consentante ou simplement résignée, les ersatz de Dieu comme la nation ou la patrie seront progressivement contestés.

 

Intérêt général et multiplication des produits politiques

 

Pendant très longtemps la montée de l’abondance sur les marchés économiques (trente glorieuses de l’occident et trente glorieuses des émergents) était en correspondance avec celle des marchés politiques. Correspondance logique, l’Etat n’étant qu’une extériorité à capturer, les grandes entreprises politiques et leurs acteurs franchisés que sont les entrepreneurs politiques, se devaient d’offrir comme sur les marchés économiques, l’abondance de produits, ici des produits politiques. Au fond, l’inondation de la société par l’économie était souhaitée par tous,elle était la forme concrète par laquelle devait passer l’intérêt général. Souvent ce qui ne pouvait être gagné sur les marchés économiques passait par la manipulation politique de ces derniers : élévation du taux de salaire, règles de protection ou de concurrence, taux de change, mise en place d’infrastructures, etc. Entrepreneurs politiques, entrepreneurs économiques et citoyens construisaient ainsi une interaction sociale adaptée à une formidable montée de l’économie mesurable par un taux de croissance.

 

Longtemps, il fût - pour les entreprises politiques - possible d’offrir comme au début du fordisme économique des produits politiques standards : perfectionnement des droits de l’homme, démocratisation croissante des institutions, droits sociaux généraux etc. Mais avec l’inondation de l’économie et l’émergence de produits de plus en plus personnalisés, les entreprises politiques, comme celles de l’économie, furent saisies de revendications multiples et de plus en plus personnalisées : fin du « nous » au bénéfice du seul « moi », fin du carcan des devoirs au seul profit des « droits liberté » et des « droits créances », fin de la loi comme générale abstraite et impersonnelle au profit d’une réglementation de niches qui vont proliférer, montée des agences de réglementation avec curieuse émergence d’une « soft Law », etc. Autant d’inflexions qui bien évidemment en arriveront au refus du destin partagé et jusqu’à la contestation radicale de l’impôt, d’où par exemple la multiplication de niches fiscales.

Cette réalité de la multiplication des produits politiques les plus divers et les plus variés est bien ce que nous constatons dans les multiples programmes jetés aujourd’hui au visage des citoyens comme des catalogues de la Grande distribution. Avec bien évidemment la grande difficulté de s’y retrouver puisque les produits se comptent par centaines, voire milliers. Derrière ces catalogues se profilerait encore l’idée selon laquelle les différents entrepreneurs politiques travailleraient à la construction d’un intérêt général, hypothèse hélas aujourd’hui magistralement contestée.

 

Le coût de production croissant de l’idéologie d’un intérêt général

 

Le manteau idéologique de l’intérêt général qui était le produit symbolique fondamental des grandes entreprises politiques laisse apparaitre , avec la tournure prise par la campagne électorale, la réalité cachée : les entrepreneurs politiques, qui ont depuis si longtemps et fort banalement, professionnalisé ce qui ne pouvait l’être, ne sont peut-être pas, (ou plus) altruistes et dévoués à la Nation. Plus brutalement encore, pour employer un langage libertarien, ces « coûts de la production de l’idéologie de l’intérêt général[1] » que sont les dépenses publiques pour augmenter la productivité des citoyens (leur plus grande efficacité augmente la matière première taxable), pour homogénéiser les populations et produire un « nous », c’est-à-dire une identité commune que l’on va célébrer (école), pour produire le respect des règles (police, gendarmerie, justice) pour légitimer l’obéissance et contrôler les croyances (dépenses sociales), vont se faire croissants. Ils deviennent asymptotiques avec les derniers évènements de la présente campagne.

Lorsque le coût de production de l’idéologie de l’intérêt général est faible, la nation est forte car le coût de se rebeller est élevé : les « barrières à l’entrée du désordre » sont élevées. Si maintenant les entrepreneurs politiques se démonétisent, les dépenses de production de l’idéologie de l’intérêt général deviennent hors de portée et les espaces de désordre ne feront que croître[2].

Ce que nous constatons bien évidemment aujourd’hui aussi bien en France que dans nombre d’Etats.

 

Marx expliquait, sans doute maladroitement qu’en capitalisme, le marché masquait la réalité de l’exploitation en transformant le coût du travail en un simple prix (le salaire), ce qui n’était pas le cas des modes de production antérieurs, où la réalité de l’exploitation se lisait brutalement à livre ouvert (esclavagisme, féodalisme, etc.). La fin de l’Etat-Nation serait ici un processus inverse : la réalité de l’Etat - un universel ou une extériorité accaparée et utilisée à des fins privées- n’apparait qu’avec la généralisation du marché, lorsque l’idéologie d’un intérêt général ne peut plus être facilement reproduite et à l’inverse a tendance à se trouver contestée. Le marché cachait la réalité du capitalisme, il découvre aujourd’hui la réalité de l’Etat. Avec toutefois un constat d’impuissance : capitalisme et Etat semblent être des réalités indépassables : par quoi remplacer le marché ? Par quoi remplacer l’Etat ?

 

Intérêt général démasqué et démonétisation de l’entrepreneuriat politique

 

De façon moins savante et à la « surface des choses » cela signifie le grand déclin des grandes entreprises politiques et de leurs franchisés, c’est-à-dire les entrepreneurs politiques eux-mêmes. Ces citoyens devenus simples consommateurs de produits politiques connaissent désormais la partie cachée du réel. Ils veulent de la transparence. Ils veulent de la participation. Ils pensent confusément que désormais, la démocratie telle qu’elle est, se révèle possiblement être un système qui permet à chacun de voler tous les autres. Mieux ils constatent l’affaissement de la démocratie avec des traités européens qui musellent concrètement les résultats du jeu démocratique. Ils pensent confusément que l’impôt est largement illégitime et ne s’émeuvent de l’exil fiscal que lorsqu’il est pratiqué par les grandes entreprises. Etc.

Mieux, ils contournent -comme dans la distribution- la chaine logistique de l’approvisionnement et créent des groupes de pression négociant directement avec les administrations. L’ivresse individualiste fera des anciens citoyens des révolutionnaires d’un type nouveau[3] avec volonté d’abattre toutes les structures intermédiaires qui faisaient aussi le miel des entrepreneurs politiques : syndicats, ordres, corps, etc. On sait aujourd’hui que le développement du numérique permet le plein épanouissement/aliénation de « l’individu désirant », et l’intelligence artificielle permet par connexion généralisée de le greffer en permanence sur le marché. Ce même numérique permet aussi de supprimer les tiers (Block-Chain) dans des transactions qui se feront toutes « pair à pair » et rendent ainsi la puissance publique inutile. « Libération de l’homme » et impérialisme du marché marchent ainsi main dans la main sur les chemins ouverts de la Silicone Valley. Comment encore respecter l’entrepreneur politique, qui, non seulement devenu inutile par l’efficience partout proclamée du marché - un marché qu’il vante sans se rendre compte qu’il scie la branche sur laquelle il est assis- se révèle être un délinquant ordinaire, ce que révèle l’actuelle campagne électorale?

 

Le grand démantèlement de l’Etat.

 

Toujours à la « surface des choses » on semble assister au grand affaissement de l’Etat. Ainsi pour ne parler que de la France on a vu apparaitre des agences indépendantes (« Autorités administratives indépendantes »), chargées de la régulation d’un secteur, par exemple l’AMF pour la régulation financière[4]. Bien évidemment on a vu apparaitre l’indépendance des banques centrales, ce que nous avons appelé « l’écrasement de la verticalité »[5]. On a vu également des institutions, théoriquement au service de l’Etat, telles le Conseil Constitutionnel ou la Cour de Comptes dépasser un simple contrôle de régularité (mission officielle) pour en arriver à émettre des injonctions. On a pu aussi voir des entreprises étrangères accaparer une procédure d’exception de Constitutionnalité, qui elle-même n’existait pas il y encore peu de temps. On voit aussi apparaitre des traités portant sur le libre -échange, traités interdisant ex-anté toute forme d’intervention étatique.

Il est vrai que cet Etat contesté est devenu lui-même squelettique, n’en déplaise aux critiques qui le voient imposants et briseurs de libertés individuelles. Ainsi, au sens comptable le bilan des Etats est devenu léger en termes d’actifs et lourd en termes de passif, ce qui laisse un actif net continuellement décroissant. Les causes en sont simples : les entrepreneurs politiques n’ont eu de cesse de privatiser et laisser au marché nombre d’entreprises publiques, alors même qu’ils endettaient considérablement la puissance publique pour grossir la capture du secteur privé (entrepreneurs politiques, et citoyens devenus « individus désirants », notamment d’un Etat-social toujours plus « nounou » ). Cette baisse de l’actif net fut un puissant outil de la reconduction au pouvoir ou de la conquête du pouvoir. Bien sûr, en retour, le bilan du secteur privé s’est lui considérablement amélioré : dette publique devenue matière première d’une épargne beaucoup plus importante avec la montée de l’économie[6]. Inutiles, les entrepreneurs politiques sont aussi devenus d’une certaine façon « pauvres »…tout au moins en moyens publics mobilisables…

Inutiles, délinquants, et de toutes façon pauvres….Comment encore les respecter ?

 

Bref, l’interaction sociale qui – il y a très longtemps et probablement plusieurs milliers d’années -avait généré puis sacralisé l’Etat, est aujourd’hui force de sa désacralisation. Et cette dernière ne peut évidemment pas servir des constructions supra-étatiques telle l’Europe : les Etats ne se déconstruisent pas au profit d’une identité européenne laquelle souffre au même rythme que ses participants. L’euro est le produit phare de la contestation de l’Etat-Nation, mais simultanément, de par ses effets destructeurs il détruit l’idée même d’un futur supra-étatique[7]. Il apparait ainsi impossible de construire le « supra » si « l’infra » est devenue matière première en décomposition. Dominique Reynié a ainsi tort de s’étonner que le désaveu européen ne corresponde pas à un regain de confiance de l’Etat-Nation.

Les entrepreneurs économiques ne sont sans doute pas en reste et sont les premiers à échafauder de puissants lobbys. Ils rêvent, avec la mondialisation d’un monde sans Etat et considèrent parfois ceux-ci comme des contraintes inutiles voire nuisibles au bon épanouissement du marché, d’où les procédures de contournement facilitées par l’immatérialité de leurs activités liées à Internet, et l’apparition d’entreprises dites « sans Etat » (Google, Amazone, etc.).

Beaucoup veulent aller plus loin et - pensant que l’économie est un ciment social plus honnête que celui offert par les marchés politiques- ils se précipitent dans l’utopie du Zéro impôt ou de la monnaie privée. Ainsi le « Bitcoin » , non pas en tant que monnaie locale, mais en tant qu’étalon monétaire classique devrait, pense-t-on, se substituer aux étalons classiques en perte de crédibilité. Utopie bien sûr, puisque la monnaie – désormais éloignée d’un Etat qui ne l’émet plus et que l’on dit pourtant « équivalent général »- suppose la règle de la loi et donc la violence de l’Etat. Utopie donc, mais parfois rationalité prudente, et toujours sur le plan monétaire, face à l’insécurité grandissante sur les monnaies des Etats, utilisation de plus en plus massive des matières premières comme instrument de réserve des valeurs : blé, sucre, pétrole, or, etc.

A un niveau plus concret ces croyances et comportements plus ou moins libertaires déconstruisent le monde hiérarchisé de toujours pour plébisciter un monde plat : la société devient hall de gare ou d’aéroport pour reprendre l’expression de Finkielkraut. Le « vivre ensemble », question qui ne se posait pas, devient problème quotidien en ce qu’il désigne un mot signifiant la désintégration de la réalité qui lui correspond. Mais précisément, c’est cette désintégration qui propulse sur l’avant- scène d’autres forces souvent parfaitement contraires à celles du jusqu’auboutisme de « l’individu désirant ».

Que conclure de tout ceci ?

Les entrepreneurs politiques – dont on sait mieux aujourd’hui qu’ils sont de petites PME fonctionnant sur argent public- et les entreprises politiques dont ils sont les franchisés tentent au travers de l’élection présidentielle de maintenir la fiction d’un intérêt général dont ils seraient les porteurs. Jusqu’ici les grandes entreprises politiques classiques se devaient d’adopter des comportements de plus en plus mimétiques : Aucune ne pouvait résister sérieusement face à la puissance du marché fait de libéralisme économique et de libéralisme culturel. D’où la confusion croissante entre une gauche et une droite. D’où aussi l’acceptation du grand mouvement de dé- démocratisation notamment impulsé par les entrepreneurs politiques de l’Union européenne.

Précisément face à ce mimétisme pouvant aller jusqu’à la confusion avec le « macronisme » en France ou à la grande coalition en Allemagne, une résistance s’organise et repose le principe de souveraineté de la période antérieure.

La résistance est ici le fait d’acteurs se disant encore citoyens et ne voyant dans l’effritement de la souveraineté, qu’une manipulation des entrepreneurs politiques qui, associés à des entrepreneurs économiques, détruiraient la Nation de toujours. Nous avons là l’émergence des entreprises politiques dites populistes, notamment celles que l’on rencontre aujourd’hui dans nombre de vieux Etats européens (Autriche, Pays-Bas, Slovaquie, Finlande, Hongrie, Grèce, France, etc.). Parce que résistante cette forme est évidemment moins pacifiste, et l’on y retrouve la logique violente de la recherche de boucs émissaires. Cette opposition nourrie par les perdants de la mondialisation se cache derrière un certain nombre de traits caractéristiques : valorisation du « nous » comme « descendants d’un âge d’or », rejet de l’autre (« Altérophobie ») et en particulier des élites coupables, conception organiciste du monde, évidemment rejet de la mondialisation.

Simultanément l’accélération de la marchandisation du monde, encore une fois la mondialisation, inquiète les plus éloignés des nouvelles réalités. Ainsi les changements technologiques majeurs, qui agitent le monde supposent de nouvelles formes d’apprentissage, d’amortisseurs sociaux, de nouvelles infrastructures, de nouvelles formes d’homogénéisation que les entrepreneurs politiques classiques disqualifiés sont incapables de proposer[8] .

Parce que la France est un vieil Etat-Nation et que ce pays est le plus résistant à l’ordre du marché, il est clair que l’entreprise Front National est porteuse d’avenir.

Constatons du même coup que les marchés politiques vont se faire plus violents, car l’élection présidentielle de 2017 ne concerne pas une alternance douce entre projets que l’inondation économique acceptée voire souhaitée, rendrait semblables. Le débat droite/gauche qui n’en était plus un depuis si longtemps est maintenant remplacé par le débat souveraineté/mondialisation et ce débat, autrement plus rude, pourra mener aux portes de la guerre civile.

Jean Claude Werrebrouck- mars 2017

 

 
 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-crise-de-l-ump-et-la-specificite-des-crises-de-l-entrepreneuriat-politique-123808610.html

[2] Cf: http://www.lacrisedesannees2010.com/article-que-signifie-l-idee-de-capture-de-l-etat-106249731.html

[3] Cf. http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-monde-tel-qu-il-est-78572081.html

[1] Et il faut bien comprendre ici que les entrepreneurs politiques ne font pas que tromper, ils se trompent eux même car la tromperie est le ciment social qui se passe de générations en générations.

[2] On parlera par exemple de zones de non droits , d’espaces où la République a disparue.

[3] Cf : l’essai de Gaspard Koening : « Le Révolutionnaire, l’Expert et le Geek ; combat pour l’autonomie » Plon 2015.

[4] Il existe aujourd’hui près de 1000 agences dites de régulation émettrices de ce qu’on appelle la « soft law ».

[5] Cf. « regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir », Economie Appliquée, tome LXVI, octobre 2013).

[6] Thomas Piketty note ainsi que dans les années 60 le patrimoine public net représentait environ 100% du RN. Il est aujourd’hui dans nombre de pays européens proche de 0. Cf : « Capital public, Capital privé » dans Le Monde du 11 mars 2017.

[7] Les dévaluations internes imposées par Bruxelles dans les Etats du sud, font que les niveaux de vie entre le nord el le sud connaissent des écarts tels qu’il n’est plus imaginable d’habiter une maison commune. Qui à t-il de commun entre le Bade Wurtemberg et le Péloponnèse ?

[8] Cf le très intéressant ouvrage de Thomas friedman : « Merci d’être en retard » ; Saint Simon ; 2017.

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 07:03
 

Emmanuel Macron reste notre Président.

Les forces qui le soutenaient ont encore une fois gagné.

Mais hélas, une fois de plus, la France a perdu.

Une Constitution inique, couplée à un système électoral encore plus injuste a interdit au Peuple de s’exprimer.

Explication.

La France aujourd’hui est scindée en trois groupes

  1. Au centre, la bourgeoisie des grandes villes qui représente environ 35 % des voix, qui contrôle les médias, qui a monopolisé le pouvoir politique et qui occupe toutes les places du pouvoir intellectuel depuis des lustres.
  2. Aux deux extrémités, d’un côté, les banlieues (20% des votes), qui votent pour Mélenchon (par crainte de Zemmour?), et de l’autre la « France de la périphérie » (30% cf. les analyses de Christophe Guilluy), qui votent RN.

Il y a donc à peu près cinquante pour cent de français qui s’opposent, et depuis longtemps, au gouvernement par la bourgeoisie des villes. Et pourtant, les représentants de cette bourgeoisie sont élus à chaque fois et continuent à dominer la vie politique Française.

Pourquoi ?

  • La première explication se trouve dans ce qu’il est convenu d’appeler le « piège de Mitterrand » qui fonctionne grâce à la diabolisation de la droite soi-disant  « fasciste », diabolisation puissamment relayée par tous les media contrôlés d’une main de fer par les supporters de la bourgeoisie technocratique qui les contrôlent.  En excluant environ 30 % des votes en France,  et en fusionnant les deux partis de gouvernement en un seul parti sous l’égide de monsieur Macron,  voilà qui a permis au parti de l’étranger de garder le pouvoir la dernière fois, avec un peu moins d’un tiers des votes. Le succès de monsieur Macron ne s’explique au fond que par la coalition entre Juppé et Fabius pour se débarrasser du Peuple, qui les gêne beaucoup.
  • La deuxième raison qui explique le maintien au pouvoir de cette minorité est simplement l’insigne médiocrité de l’ancienne droite de gouvernement qui a accepté il y a bien longtemps l‘excommunication Mitterrandienne de la droite populaire et qui partage quasiment l’ensemble du programme de la droite technocratique . De ce fait, cette droite, qui a trahi la France, est en train de disparaître. Elle ne peut plus être élue,  et elle le sait, mais elle peut encore empêcher la droite populaire de gagner, et se glorifie de cette capacité, ce qui est curieux. C’est sans doute ce qu’elle a encore fait cette fois-ci.
  • La troisième cause est la trahison du peuple par la Gauche, qui a embrassé les valeurs internationalistes du centre technocratique plutôt que de maintenir ses valeurs populaires et nationales.  Qui plus est, cette gauche a présidé à l’écroulement de notre système d’éducation qui, du meilleur du monde, est passé en quelques décennies à une fabrique de crétins (Brighelli). Et ceux qui sortent de cette machine à décerveler ne sont pas des citoyens, mais des sujets, ce qui était sans doute le but à atteindre. Mais voilà aussi qui a tué l’ascenseur social, en panne depuis des décennies et interdit l’assimilation des nouveaux immigrants.

Le Président nouvellement élu, est donc certainement légal mais il n’est en rien légitime puisqu’il représente à peine trente pour cent des électeurs inscrits et que tout a été fait pour diviser les 65 % restants.

La question que l’on peut légitimement se poser est donc la suivante : Comment un homme aussi limité intellectuellement et humainement (voir son attitude pendant le débat avec madame Le Pen) et que plus de la moitié au moins de ses compatriotes haïssent passionnément, pourrait-il demander les sacrifices aux français que le futur va exiger ?

L’évolution du monde ne va en effet pas faciliter la tâche du nouvel élu.

Revenons sur quelques-uns des défis que notre pays va devoir relever.

  1. Une guerre en Europe qui est intrinsèquement reliée à la crise énergétique majeure qui va nous frapper, puisqu’une grande partie de notre énergie venait de Russie et qu’il va falloir, soit s’en passer, soit ne plus la payer en Euro, mais en rouble (indexé sur l’or) ou en dollar. Dans les deux cas, cela veut dire une baisse profonde de notre niveau de vie et de nos capacités d’action en tant que Nation. Toute hausse du prix de l’énergie se répercute automatiquement sur l’inflation,  à la hausse, et sur le niveau de vie, à la baisse et frappera le plus violemment les plus démunis des Français.
  2. Cette guerre amène inéluctablement à une césure du monde en deux camps et donc à une nouvelle guerre froide, tout cela demandant des augmentations des dépenses militaires alors que nous n’en avons pas le premier sou.
  3. Des fractures profondes en France entre les banlieues, la France périphérique et la France des grandes métropoles. Monsieur Macron a amplement montré dans le passé le mépris qu’il avait envers la France de la périphérie et l’on peut craindre de nouvelles jacqueries semblables a celles que nous avons eu au moment des gilets jaunes.
  4. Une fracture entre les banlieues et le reste du pays dont rien ne laisse présager que le Président saura la traiter, bien au contraire.
  5. Un changement profond du système monétaire mondial qui va rendre beaucoup plus difficile le financement de notre dette par les pays ayant des comptes courants positifs, puisque nous pourrions leur piquer leurs réserves s’ils venaient à nous déplaire, ce qui implique que nous allons souffrir de taux d’intérêts beaucoup plus élevés que par le passé, ce qui va rendre le poids de notre dette rapidement insupportable.
  6. Un poids de l’Etat absolument démentiel, 61 % contre 55 % quand monsieur Macron a été élu pour la première fois. La seule façon de faire baisser ce poids serait que nous retrouvions une croissance du secteur privé supérieure à 2 % , ce qui paraît bien difficile puisque nous savons déjà que compte tenu de la hausse des prix de l’énergie depuis quelques trimestres, nous allons connaître tres bientôt une nouvelle récession.  Et comme notre production industrielle en volume est inférieure de plus de 10 % à ce qu’elle était en 1998, moment où nous sommes entrés dans l’Euro, nous serions bien incapables de répondre à une augmentation de la demande venant de ces pays. Nos déficits extérieurs (80 % dus à nos importations d’énergie) vont donc exploser à la hausse, alors même que nous serons en récession et avec une inflation galopante. Et donc, nos déficits budgétaires vont encore une fois grimper, amenant la dette à plus de 150 % du PIB.

7.Des systèmes sociaux et de retraite à l’agonie et non financés, qui mettent en péril notre solvabilité tant ils sont incompréhensibles et mal gérés.

Le futur qui nous attend, c’est ce qu’a connu la Grèce depuis plus de dix ans.

Aucun de ces problèmes ne pourra être réglé sans que la population comprenne les mesures qu’il faudra prendre et y adhère.

Toute l’histoire des cinq dernières années semble montrer que le Président essaiera une fois de plus de passer en force et que des graves troubles sociaux en seront la conséquence.

Quand je lis la liste des problèmes qui nous attendent, je me dis que madame Le Pen a bien de la chance d’être battue puisque je suis certain que cet homme que nous venons d’élire et les gens qui l’entourent ne pourront effectuer la moindre réforme tant ils sont haïs.

Ce qui m’amène au troisième round qui devrait avoir lieu à l’occasion des élections législatives.

Et là encore, je n’ai aucun doute.

Ce qui reste de la droite de gouvernement va achever de se déshonorer en rejoignant la République en Marche, tandis que monsieur Mélenchon fera campagne un peu comme Bayrou en son temps pour gouverner avec monsieur Macron.

Voilà qui va rendre la campagne extrêmement difficile pour les candidats de la France périphérique, qui vont avoir bien du mal d’abord à se mettre d’accord entre eux et ensuite à faire entendre leurs voix puisqu’ils seront interdits d’antenne.

Cette droite de la France périphérique va devoir se présenter lors de triangulaires , où, à chaque fois, le « pacte Républicain » entre LREM et les insoumis sera mis en œuvre pour les battre (Voir les risettes de Mélenchon à Macron).

Je serais heureusement surpris si la droite périphérique avait plus de 15 députés lors des prochaines élections (soit moins de 3 % des députés) alors même qu’elle représente plus de 40 % de l’électorat comme on vient de le voir.

Dans l’ensemble, je persiste et je signe : ce résultat est le pire parmi tous ceux qui pouvaient se produire et tout cela risque de se terminer fort mal.

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  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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