1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 08:27

 Résumé:                  

Le présent texte propose un principe d'explication du monde. A partir de postulats simples, il permet de comprendre et de resituer les grands évènements qui semblent mobiliser l'actualité : l'économie comme puissance hégémonique, la décomposition/recomposition des Etats dans la mondialisation, la crise du politique, l'étiolement de la démocratie représentative au profit d'une oligarchie politico-financière, l'individualisme radical, l'effacement progressif des droits sociaux dans les anciens pays développés,etc.

Autant de faits constatés à la "surface des choses", mais faits qu'il convient de relier dans un système global d'explications. Comme tout modèle, il  doit être confronté à la réalité. Aux lecteurs de s'y livrer.                             

Le monde dit post-moderne semble s'annoncer sous l'étendard du marché généralisé et de la démocratie représentative. Pour l'essentiel, il comprend 3 catégories d’acteurs : le groupe des entrepreneurs politiques, celui des entrepreneurs économiques et celui des citoyens/ salariés/ consommateurs/ épargnants ( « CSCE »).

Les producteurs de l’universel

Le premier groupe est constitué d’acteurs en concurrence  pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animés par un intérêt privé -pour l'essentiel le goût du pouvoir - ils professionnalisent une fonction et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre institutionnel et juridique général.

A ce titre, il y a  utilisation classique d'outils de la contrainte publique à des fins privées. L’objectif privé est la conquête ou la reconduction au pouvoir, utilité pour laquelle il faut supporter et reporter un ensemble de coûts : programmes se transformant en textes, se transformant eux-mêmes en impôts/dépenses publiques, ou se  transformant en redistribution des niveaux de satisfaction des divers agents relevant du monopole étatique.

La démocratie ne change pas fondamentalement les données du problème puisque la puissance publique ne peut-être que ce qu’elle a toujours été : un monopole. Il y a simplement concurrence à partir d’un appel d’offres : quels entrepreneurs auront la charge de la promulgation des textes qui s’imposent à tous et sont donc bien œuvre d’une entreprise monopolistique à savoir l’Etat ?

Un probable  moyen de limiter l’utilisation de la contrainte publique à des fins privées serait l’interdiction de la professionnalisation de la fonction politique. Un interdit passant par un texte, on voit mal pourquoi les entrepreneurs politiques adopteraient une stratégie allant contre leur intérêt de reconduction sans limite,  au pouvoir. En démocratie représentative la professionnalisation  de la fonction politique est ainsi devenue un fait quasi hégémonique, avec une nouveauté qu’il convient de souligner par rapport à la forme antérieure de l’aventure étatique : les entrepreneurs politiques de l’âge démocratique cessent de masquer l’accaparement de la contrainte publique à des fins privées par la figure du divin, ou celle du héros souvent tyrannique, et ne sont plus que de simples et paisibles  gestionnaires d’une entreprise profane appelée Etat.

D’où -en terme de vocabulaire- le glissement du « politique » en « bonne gouvernance » et l’idée associée selon laquelle il n’y aurait plus besoin d’un Etat pesant,  surplombant tous les acteurs. L'Etat devient idéologiquement une entreprise qu'il faut gérer comme telle.

Les biens ainsi produits par l’entreprise-Etat, les « règles du jeu social », parce qu’universelles par nature, peuvent ainsi apparaitre comme porteuses d’un "intérêt général". Et la confusion est vite établie : les entrepreneurs politiques auraient ainsi la lourde mission de produire de l’intérêt général, alors qu’ils doivent surtout veiller à un programme de conquête du pouvoir ou de reconduction au pouvoir. De fait,  les textes sont toujours des compromis entre acteurs ou groupes d’acteurs aux intérêts divergents, le pouvoir étant donné à ceux pour qui ces compromis concernent positivement, réellement ou imaginairement,  une majorité d’électeurs.

N'en déplaise aux juristes,nul intérêt général, impossible à définir, ne peut être lu dans un texte, qui par nature, fixant le champ des possibles, est nécessairement fait de contraintes que beaucoup voudraient enjamber et dépasser. Ce qui est réel dans l'intérêt général, c'est la croyance dont il est l'objet.

 

Les producteurs de biens économiques

Le second groupe est constitué d’acteurs en compétition entre eux sur le marché des biens économiques. Les entrepreneurs économiques ont plus de difficulté que les entrepreneurs politiques à s’exprimer avec conviction sur l’idée d’un intérêt général dont ils seraient les producteurs. C’est que les biens économiques ne surplombent pas la société comme le fait son « système juridique ». La baguette de pain du boulanger ne surplombe pas les acteurs comme le fait le Code Civil.

Pour autant, ils disposent d’un outil théologique exprimant la fiction d’un intérêt général : la théorie économique.

Cette dernière prétend enseigner que, mus par des intérêts particuliers, les entrepreneurs économiques fabriqueraient un intérêt général : la fameuse main invisible de Smith. Certains en déduisent d’ailleurs que le paradigme de l’économie, s’il était  suffisamment répandu, permettrait  de se passer de cet universel qu’est l’Etat. Le monde pouvant ainsi passer de son âge politique à son âge économique. Et avec lui, le passage de l’Etat-Nation à la mondialisation…, l’Universel ultime - celui de la fin de l’histoire  qui fût si difficile pour le genre humain - étant l’économie, comme instance bienfaitrice et réconciliatrice de toute l’humanité.

La compétition sur le marché des biens économiques passe aussi par des interventions sur le monopoleur qui fixe les règles du jeu : il faut « capturer »  la règlementation et se faire aider par les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs d’une «  haute fonction publique » pour gagner des parts de marché, être protégés contre des agresseurs économiques, voire pour créer de nouveaux marchés ( 1). 

Le politique  devient l’art de continuer le jeu de l’économie par d’autres moyens : A charge du politique, de bien vendre la règlementation sur le marché politique où il rencontre, en démocratie,  régulièrement les électeurs. Ce qu’il faut simplement constater à ce niveau c’est que d’autres intérêts privés, ceux des entrepreneurs économiques utilisent à l’instar des entrepreneurs politiques, les outils de la contrainte publique aux fins de satisfaire leurs intérêts.

 

Les citoyens/salariés/consommateurs/épargnants

Le troisième groupe est peut être davantage hétérogène. Il s’agit de tous les acheteurs de biens politiques d’une part, et de biens économiques, d’autre part.

Porteurs de statuts multiples et pour l’essentiel : citoyens plus ou moins engagés dans des valeurs ou croyances, salariés, consommateurs, épargnants, (on les appellera dorénavant les « CSCE »), ils peuvent être en compétition entre eux (groupes d’intérêts), voire connaitre des conflits de statuts, lesquels ne sont pas toujours réductibles à un ensemble de cercles concentriques.

La même personne étant le plus souvent appelée à valider/supporter des rôles différents, Il peut exister  des temps historiques où les CSCE connaissent une grande dissociation : l’intérêt du salarié est dissocié de celui du consommateur ;  l’intérêt du citoyen est dissocié de celui de l’épargnant ; la vision du citoyen est dissociée de celle du consommateur ou de l'épargnant,etc. Mais il peut être des temps historiques où plusieurs de ces intérêts, voire tous vont dans le même sens(2). Bien évidemment les valeurs et croyances du citoyen, variables selon les espaces, apportent des colorations spécifiques à l'Universel : la représentation qu'un Allemand se fait de l'Etat est très différente de celle du citoyen Français. Il en découle des modes de fonctionnement différents des marchés politiques.

La conjonction présente du marché et de la démocratie représentative fait des CSCE un groupe apparemment aussi important que les deux premiers. Parce que clients sur le double marché politique et économique, les entrepreneurs qui leur font face  doivent en principe les satisfaire. La réalité est toutefois infiniment plus complexe : les CSCE peuvent comme les entrepreneurs politiques « capter » la réglementation en achetant avec leurs voix des dispositifs avantageux comme salariés ou consommateurs, ce que certains appelleront  le « social- clientélisme ».

En ce sens, ils sont comme les autres acteurs (entrepreneurs politiques et économiques) attirés par l’utilisation de l’universel afin de satisfaire leurs intérêts privés. L’universel, donc le monopoleur ou l’Etat, est ainsi un champ de bataille important entre les 3 groupes d’acteurs.

Dans un monde dit "postmoderne", faisant valoir ou masquant des intérêts privés, ils cessent d’entrer en conflit sur la base d’idéologies pour ne s’engager que sur des arguments issus de la raison.

D’où la très forte  odeur de  théorie économique dans les discours et débats qui animent le monde. Chacun réduisant l’analyse de l’interaction sociale à une physique sociale, les simples corrélations entre faits - inflation, croissance, chômage, échanges extérieurs, salaires , productivité, etc. - devenant d’indiscutables causalités sur les tables de négociations- avec de possibles moments « TINA » (« There Is No Alternative »). En sorte que si, jadis, le marxisme pouvait selon Jean Paul Sartre  être « l’horizon indépassable de notre temps » la théorie économique, dite orthodoxe, semble pouvoir aujourd’hui lui être substituée.

Mais le jeu social se complexifie aussi en raison de l'évolution des intérêts et rôles affectant les 3 statuts évoqués. Au delà de l'hétérogénéïté des intérêts à l'intérieur de chaque catégorie -dissociation entre entrepreneurs de l'économie réelle et entrepreneurs de l'économie financière par exemple- des conflits ou/et communautés d'intérêts peuvent déboucher sur des stratégies d'alliances ou de rupture,  générant une lente dégradation de la démocratie en oligarchie.

Toutes choses qui méritent davantage d’explications.

 

Mouvement des intérêts et bouleversement des compromis

L’articulation des trois groupes précédemment définis est nécessairement instable en raison du caractère toujours éphémère des compromis passés.

Le groupe des entrepreneurs économiques est probablement le plus éclaté en raison de cette guerre de tous contre tous qu’est la concurrence économique. Par nature, il est plus ouvert, car  les marchés se sentent parfois à l’étroit à l’intérieur d’une structure qui s’est souvent constituée comme Etat-nation hérissé de frontières. Les entrepreneurs économiques sont ainsi amenés à discuter de ces barrières à l’entrée/ sortie que sont  les frontières. Certains - trop faibles- veulent être protégés, d’autres -notamment la finance- souhaitent le grand large. Les négociations qui s’ensuivent avec les entrepreneurs politiques ne peuvent laisser de côté la question monétaire  que le sous-groupe des entrepreneurs de la finance ont historiquement toujours disputé aux entrepreneurs politiques : faut-il privatiser le bien public monétaire

Historiquement, le groupe des entrepreneurs économiques souhaitant l’ouverture et la fin de l’Etat-Nation, l'a emporté. Dans un vieil Etat-Nation comme la France, il affronte durement les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la « haute fonction publique » et exige une modification globale des règles du jeu : diminution des droits de douane, adoption des standards internationaux en tous domaines, libre convertibilité monétaire et libre circulation du capital, abandon des pouvoirs monétaires détenus par l’Etat, indépendance de la banque centrale, etc.

Autant d’exigences qui ne peuvent être satisfaites si les entrepreneurs politiques en paient le prix sur les marchés politiques : la non reconduction au pouvoir… Sauf s’il y a bien dissociation des intérêts chez les CSCE d’une part, et passage aisé du statut d’entrepreneur politique à celui d’entrepreneur économique, d’autre part. Passage devenant communauté d'intérêt qu’il nous faut brièvement étudier.

La forme démocratique de l’Etat charrie encore les vestiges de sa forme antérieure, où la figure du divin ou du héros est devenue  « patrie » encore suffisamment sacralisée, pour engluer le citoyen dans une infinité de devoirs, dont parfois celle du sacrifice suprême.

Le passage du politique à la simple « bonne gouvernance » fera muter  le citoyen supportant des devoirs au profit de l’individu cherchant à « capturer » la règlementation à son avantage. Devenu "individu désirant", Il copie ainsi les entrepreneurs économiques, même si le « capital social » dont il dispose en fait un lobbyiste moins performant.(3)

Parce que moins citoyen, la réalité lui apparait plus émiettée. Et parce que moins citoyen d’un « bloc Etat-Nation » dont il  conteste la légitimité, il ne se représente plus le système économique comme le ferait un keynésien, c'est-à-dire un circuit. Même dépourvu de culture économique, pour lui l’économie est moins un circuit qu’un ensemble de marchés. Changer de statut et passer du citoyen à l’individu c’est aussi changer la vision que l’on a sur le monde.(4)

Le citoyen devenu individu, peut lui aussi vouloir l’ouverture sur le monde, il apprécie les marchandises étrangères moins coûteuses, une épargne assortie d’un taux de l’intérêt positif, etc. Et s’il existe une contradiction entre l’intérêt du salarié et celui du consommateur, il peut capter une réglementation compensatrice de celle qui sera accordée aux entrepreneurs économiques mondialistes.(4)

Dans un monde qui génère des gains de productivité tout en restant fermé dans l’Etat- Nation, la dissociation entre le statut de salarié et celle de consommateur n’est guère envisageable durablement. Historiquement, la crise de 1929 est celle d’une dissociation que les entrepreneurs politiques ont dû réduire en édifiant la sociale-démocratie.

Il est probable que le citoyen devenu individu désirant" ait une grande conscience de la dissociation majeure qui existe entre le statut de salarié et celle de consommateur en recherche de toujours plus de "low cost". Peut-être fait-il aussi un lien, entre l’emploi qu’il trouve trop rare ou trop mal rémunéré et une finance gigantesque, qui élargit l’éventail des rémunérations et développe l’approfondissement des situations rentières. Mais ces prises de conscience ne l’inviteront pas à acheter aux entrepreneurs politiques un dispositif réglementaire rétablissant davantage de cohérence. Et ce, d’autant qu’il est lui-même bénéficiaire d’une rente  – le social-clientélisme – qui se nourrit lui aussi de la rente : la dette publique. La théorie/théologie économique orthodoxe est là pour lui confirmer, si nécessaire, l'effacement de la cohérence du circuit au profit de l'infini éparpillement des marchés auto-régulés. Le moment "TINA" s'épanouit dans le logiciel intellectuel de "l'individu désirant".

Les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la haute fonction publique,  restent des personnages fondamentaux malgré la contestation des autres groupes qui, eux-mêmes, sont en conflit entre eux. « L’universel » se trouve sans doute de plus en plus décentré et souffre de déficit de cohérence, ce que certains appelleront la crise de l’Etat, il reste pour autant le lieu d’affrontement qu’il a toujours été et le demeurera. L’ Etat et ses entrepreneurs sont toujours présents et ce, même si dans le monde des apparences leur retrait semble constaté. Ainsi, parce que le citoyen est progressivement devenu individu dissocié, les entrepreneurs politiques -même idéologiquement démonétisés- ne paient pas nécessairement le prix électoral des nouvelles réglementations achetées par les entrepreneurs économiques.

 

Bouleversement des compromis et émergence d’une forme oligarchique d’Etat

 Un autre argument peut intervenir : la grande porosité qui va se créer entre les 2 groupes d’entrepreneurs, et grande porosité qui va dégrader la démocratie au profit de l’oligarchie. Si la capture de la règlementation, par exemple celle qui autorisera la mondialisation, se fait souvent par le harcèlement du régulé sur le régulateur, par exemple celui des 15000 lobbyistes de Bruxelles sur les instances de décision correspondantes, elle peut aussi s’opérer de façon plus radicale : la fusion du régulateur et du régulé.

Ici, le producteur/détenteur de l’universel, c'est-à-dire l’entrepreneur politique, « part avec la caisse » et devient entrepreneur économique. La France constitue un modèle de cette fusion. Mais le même résultat peut être obtenu en parcourant le chemin inverse : le régulé devient le régulateur et  ainsi « ouvre la caisse » au profit de toute une profession. Les USA constituent un modèle de ce second type de fusion.

C’est bien évidemment dans ce qui a toujours constitué le point d’intersection entre intérêts politiques et intérêts économiques que ces fusions sont les plus emblématiques et les plus fondamentales : le système monétaire et financier. Ainsi,  grandes banques et Banque centrale sont en France dirigées par de hauts fonctionnaires. Ainsi aux USA, le Trésor lui-même et la Banque centrale sont généralement dirigés par un banquier. Le résultat de cette fusion est bien évidemment l'ascension vertigineuse de la finance dans le total des PIB avec des entreprises financières dont le total du bilan dépasse couramment le PIB du pays- hôte.

Porosité par harcèlement, ou mieux par fusion, permet aux deux groupes d’entrepreneurs de se dégager partiellement et progressivement des contraintes de l’âge démocratique de l’aventure étatique. C’est que le coût politique de la capture de la réglementation, déjà diminué en raison de la dissociation du groupe des CSCE, diminue encore si les entrepreneurs politiques peuvent connaitre un prolongement de carrière dans l’aventure économique : la perte des commandes de l’universel, une perte qui n'en est pas une puisque simplement confiée à des collègues, peut être point de départ d’une activité autrement rémunératrice. D’où la naissance d’un groupe social en apesanteur, groupe aidé dans ce nouveau statut par le développement du mondialisme, avec, en conséquence, le passage du stade démocratique vers un stade plus proche de l'oligarchie. Ce que certains évoquent en utilisant l’expression de   « surclasse ».

Bien évidemment, le fonctionnement des marchés politiques s’en trouve transformé. Souvent duopoles avec barrières à l’entrée très élevées, la quête de l’électeur médian avait déjà rétréci la distance entre les programmes des deux grandes entreprises que l’on trouvait souvent dans l’âge démocratique des Etats.

La porosité puis la fusion ne peuvent que renforcer l’étroitesse de l’éventail de l’offre politique, avec une difficulté de plus en plus grande à distinguer une droite d’une gauche, et au final le sentiment de grande confusion… avec toutefois alignement général sur les impératifs de l’économie. Alignement qui n’est que la conséquence logique du processus de fusion en cours : entrepreneurs politiques et entrepreneurs économiques qui étaient en même temps citoyens ne sont plus que des « individus désirants » pataugeant dans mille conflits d’intérêts ou délits d’initiés . Et aussi, alignement qui développe des effets pervers : les CSCE les plus éloignés d’une possible intégration dans le groupe des oligarques s’organisent en dehors du duopole classique -les partis ayant vocation à gouverner- et deviennent clients d’entreprises politiques nouvelles, étiquetées sous le label de partis contestataires, ou « populistes ».

En mondialisation, les Etats et leurs entrepreneurs ne disparaissent pas, Il y a simple transformation de leur rôle. (6)

 Cette altération passe par une certaine fin de l’âge démocratique au profit de l’émergence d’un stade oligarchique avec une utilisation de la contrainte publique à des fins privées davantage réservé à un petit groupe d’individus.

Pour l’immense majorité, les droits de l’homme semblent se rétrécir à leur définition libérale : vie, liberté, propriété , en abandonnant doucement des droits sociaux que l’âge démocratique avait permis d’engendrer.

Le présent texte se veut  simple grille de lecture du réel ou  contribution à la connaissance d’un monde qui ne cesse de se transformer : non, monsieur Fukuyama, l’histoire n’est pas terminée.

 

(1) Ce que certains appellent le capitalisme de connivence.

(2) Par exemple il est clair que le consommateur d'un pays développé aimera les marchandises en "low-cost" issues de pays émergents...marchandises venant contester son salaire et son emploi. Il est tout aussi clair que l'épargnant préférera l'euro qui le protège contre des dévaluations dangereuses, alors même que son statut de salarié lui indique des intérêts autres. etc.

(3) c'est probablement de cette façon qu'il faut comprendre la dislocation de certains vieux Etats-Nation se heurtant à la modialisation. Par exemple les Ecossais deviennent étrangers à la "Britannité"  et contestent l'entrepreneuriat politique britannique. Chez les Catalans il n'y a pas de patrie espagnole, etc.                                             

(4) Par exemple les français veulent l'euro et refusent les réformes structurelles qui lui sont obligatoirement attachées. On exige sa dimension "drogue" et on refuse sa dimension "poison".

(5) D'où l'ambiguïté d'un socialisme fasciné par les marchés.

(6) Il est pourtant des cas de figure où historiquement l'Etat étant jeune, mal constitué, voire imposé de l'extérieur, le passage à la mondialisation peut devenir dramatique. C'est le cas de tous les "failed states". C'est aussi parfois le passage aux formes pré-étatiques de la prédation ( Etat Islamique?).

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 09:27

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:58

Des réformes structurelles peuvent-elles être  avantageuses pour tous les acteurs du jeu?

Poser une telle question, c'est percevoir qu'il y aurait, d'une part, des réformes modifiant la répartition du bien-être, sans en modifier le périmètre global (réformes qui ne débouchent pas sur une croissance du PIB) et, d'autre part des réformes qui élargiraient ce dernier car porteuses de croissance..

Corrélativement, poser une telle question c'est déplacer le raisonnement sur le territoire macro-économique.

Des réformes structurelles  porteuses du couple compétitivité/dévaluation interne..

Des réformes structurelles -celles exigées par Bruxelles, le patronat, les grandes organisations internationales,.....- et qui déboucheraient sur un allègement du coût du travail (baisse des salaires,directs et indirects, flexibilité, fin des 35 heures, etc). aboutiraient à une diminution de la demande interne. A priori,dans ce cas, elles modifient la répartition du bien-être mais aussi en réduisent l'enveloppe : le PIB diminue.

Toutefois, si une telle stratégie est mise en vedette, c'est en raison d'une hypothèse d'exportations supplémentaires  ( sans oublier l'attendu d'une diminution des importations) surcompensant la diminution de la demande intenre. Dans ce cas, la répartition du bien-être est modifiée en faveur des entreprises.  La situation est pourtant plus complexe et plusieurs cas peuvent se présenter :

1- les entreprises captent le bénéfice de la nouvelle répartition et y ajoutent cellei de la croissance. Dans ce cas, les salariés sont pénénalisés par une masse salariale plus réduite...à répartir le cas échéant sur un plus grand nombre (hypothèse de réduction du chômage consécutif à la croissance). L'avenir d'un pays embrassant ce type de réforme est celui d'une petite Chine.

2- Les entreprises captent le bénéfice de le nouvelle répartition, sans y ajouter celle de la croissance. Dans ce cas, la condition d'une élévation de la masse salariale distribuée est une baisse du taux de salaire, inférieure à la hausse du niveau de l'emploi. Concrêtement, si nous avons 100 emplois pour une masse salariale de 1000 et qu'une baisse du taux de 10% la ramène à 900, seule une croissance supérieurse à 10% du nombre d'emplois permet le développement de la masse salariale ( dans notre exemple si les exportations permettent de créer 12 emplois nous passons à une mase salariale de 112X9= 1008).

Soulignons l'irréalisme d'une telle proposition, laquelle passe par un saut gigantesque des exportaions et donc une élasticité de la demande étrangère tendant vers l'infini. Ains,i pour un pays comme la France, compte tenu de sa population active, une baisse du coût direct et indirect du travail de 10% signifierait la création de plus de trois millions d'emplois essentiellement liés à l'exportation... Soit le plein emploi pour  une diminution de 10% du coût du travail : Impensable. Quels sont les pays qui accepteraient une telle exportation du chômage français ?

La conclusion qui s'impose est alors que les réformes structurelles basées sur la baisse du coût du travail ne sont que fort peu réalistes en terme de croissance et ne servent qu'à  masquer le sens et l'intérêt de ses promoteurs. Simplement exprimé, ce type de réformes structurelles se classe dans la rubrique  "dévaluations internes".

Il se peut toutefois que des réformes structurelles aboutissent à l'émergence directe ou indirecte de gains de productivité.

Des réformes structurelles porteuses de gains de productivité.

Comme celles qui masquent une dévaluation interne, elles correspondent aussi à une redéfinition de répartition des niveaux de bien-être. C'est le cas de l'hypothèse de la fin des professions réglementées, de la réorganisation de la formation professionnelle et de l'apprentissage, de la concurrence dans les transports, etc.

Elles ne correspondent toutefois pas toutes à une authentique redistribution du bien-être.

C'est notamment le cas de la supression des seuils en termes de représentation syndicale. Prenons cet exemple et imaginons le scénario suivant : Les entreprises, libérées des effets de seuils, embauchent des salariés et achètent des machines pour élaborer une valeur d'usage satisfaisant des besoins identiques à ceux offerts par la concurrence , mais assorties de  conditions de coût beaucoup plus avantageuses (innovation de productivité).

Quels sont les effets attendus?

Il ya constitution de revenus nouveaux autour de la nouvelle technologie, et baisse des revenus associés à la perte de débouchés de la technologie en voie de déclassement. Les deux effets ne se compensent pas et il ya production nette de valeur globale,  valeur dont le montant est égal à la différence de coûts entre les deux technologies.

Cette différence peut apparaître sous la forme d'une combinaison de revenus supplémentaires : hausse des profits, hausse des salaires, baisse des prix. Les modalités de cette combinaison dépendent naturellement de la politique de répartition des gains de productivité.

Nous sommes ici en présence d'une réforme structurelle globalement positive puisqu'elle permet de produire la demande associée à l'offre nouvelle.

L'exemple pris est naturellement simple, pour ne pas dire simpliste : il néglige le temps consommé à l'élaboration d'une technologie nouvelle, et se trouve choisi dans un cadre qui ne correspond pas à une redéfinition initiale du bien-être.

La réalité est souvent plus complexe, surtout lorsque l'on aborde des réformes de grande ampleur, comme cela est souvent évoqué pour le système éducatif. On peut certes imaginer, en France, une réforme de l'Education Nationale qui serait porteuse de gains de productivité en raison d'une meilleure formation de la jeunesse, mais cela consomme énormément de temps ...pendant lequel la demande globale reste inchangée.

Il faut donc en conclure qu'en situation de crise - situation dont on sait sur le blog qu'elle est immanente à la forme prise par la mondialisation- seules sont socialement acceptables les réformes structurelles qui garantissent la parfaite congruence de l'offre et de la demande.

Elles passent toutes par des gains de productivité dont certains ( Edmund Phelps ou Robert Gordon) pensent qu'ils seraient aujourd'hui en voie d'extinction. Sans entrer dans un débat complexe, il faur reconnaitre que les réformes structurelles proposées passent le plus souvent par le mode "dévaluation interne" que par celui de la productivité.

Il serait évidemment difficile de dresser un tableau complet des réformes classées selon les rubriques "dévaluation interne" ou "productivité". les promoteurs de ces réformes préfèrent parler de compétitivité, un signifiant qui ne désigne pas de signifié précis, ce qui permet de masquer la réalité de la gestion la crise, une crise qui est l'occasion de mettre fin à un modèle social en choisissant massivement la dévaluation interne.

Les lecteurs de ce blog savent que ce choix aggrave chaque jour la puissance destructrice de la crise.

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:07

Les " réformes structurelles" - expression très à la mode-  semblent devenir la solution miracle pour extirper une France engluée dans la crise. Le texte suivant tente d'en définir le contour, la portée, et surtout les potentialités qui peuvent s'en dégager.

Ces réformes si souvent évoquées relèvent manifestement de la politique économique et non des aspects sociétaux ou culturels concernant par exemple le mode d'exercice des religions, l'âge de la majorité ou le code de la route.

Par contre, il est  toujours question d'agir sur un corpus de règles, donc des textes qui font évoluer  les modalités d'une inter-action sociale s'exerçant dans le jeu de ce qu'on appelle l'économie.

A ce titre, ces règles qu'il faudrait réformer, sont infiniment nombreuses puisqu'elles constituent l'ancrage sur lequel s'établit le marché. Sans être exhaustif, on peut citer un nombre très important de champs d'application, chacun d'entre-eux étant constitué de règles élémentaires très nombreuses. Citons quelques-uns de ces champs : Etat, Collectivités locales, Assurance maladie, Assurance chômage, organisation du territoire, Code du travail, règlementation professionnelle, fiscalité, monnaie, finance, fonction publique, logement, aide sociale,etc.

Chaque modification de règle élémentaire -chaque réforme structurelle- constitue une modification d'arbitrage dans les décisions des acteurs (salariés, entrepreneurs, épargnants, consommateurs, entrepreneurs politiques et puissance publique elle-même). Il s'agit donc de modifier des comportements. Par exemple, l'actuel débat sur les seuils sociaux concernant les entreprises, repose entièrement sur l'espérance d'une modification du comportement des entrepreneurss de PME qui pourraient être moins frileux à l'embauche.

Parce que les structures (règles) déterminent les comportements, leur modification (réformes structurelles) les modifie. Les sociologues diraient en retour que les comportements nouveaux sont diffciles à imaginer et modéliser, et surtout introduisent de nouvelles aspirations débouchant sur de nouvelles structures... Ce qu'on appelle la dialectique des structures et des comportements.

Les libertariens - tel  Hayek -  qu'il ne faut pas confondre avec les ultra-libéraux, se méfient de tout le constructivisme règlementaire porté notamment par le grand vent en provenance de Bruxelles. Leur discours est simple: la société dépasse l'entendement et les hommes de l'Etat - que nous appellons dans ce blog les "entrepreneurs politiques"  - ne peuvent pas construire une société comme l'on construit une machine. En clair, la portée d'une modification d'un taux de TVA est autrement complexe à imaginer que le remplacement d'une soupape sur un moteur à explosion.

Les ultra-libéraux qui, encore une fois, ne sont pas des libertariens, aiment l'Etat et lui demandent de produire des règles qui produisent une société...une société de marché....à l'abri de l'Etat. Pour eux, l'Etat doit simplement garantir le bon fonctionnement du marché et si d'aventure des catastrophes se produisent - et elles sont devenues régulières en raison de la finance de marché- il doit répondre présent pour en éponger les effets.....au risque de ne plus porter un respect absolu aux droits de propriété..

.Clairement, oui la société reste un mystère et on ne peut la fabriquer comme une machine,- la société dépasse l'entendement- et lorsque le marché  disfonctionne, il faut une autorité protectrice.

Cette digression éclaire déjà un peu ce qu'il faut alors entendre par réforme structurelle. Mais il faut aller plus loin.

Le jeu social n'est pas fait que d'entrepreneurs économiques et il existe des hommes, par exemple des salariés, des consommateurs, des épargnants  ou des locataires, voire des acteurs de professions dites réglementées,  qui, eux-aussi, aiment l'abri de l'Etat et considèrent que leurs intérêts ne sont pas nécéssairement les mêmes que ceux des entrepreneurs économiques. Ils utilisent aussi, ou demandent aussi aux entrepreneurs politiques, des règles du jeu qui ne sont pas nécessairement celles qui accouchent de la cahotique société de marché.

De ceci  découle qu'une organisation juridique est nécéssairement un compromis  entre groupes d'individus. C'est ce compromis que l'on désigne par l'expression  " intérêt général", simple idéalité à laquelle il convient de croire - et idéalité qui est le produit phare des entrepreneurs politiques- pour autoriser le vivre ensemble. C'est dire que tout changement de règle modifie la répartition du bien-être que cette dernière fixait en édifiant des comportements associés.

Promouvoir une réforme structurelle correspond  ainsi à promouvoir une modification du partage du bien être entre les acteurs du jeu économique.

Et c'est ici que les choses peuvent devenir d'une grande complexité : les hommes ne peuvent connaitre toutes les conséquences de leurs actions. En clair : Hayek a raison.

Ainsi il est vrai qu'une règle allant dans le sens des intérêts des locataires ( blocage des loyers par exemple) entraine une diminution de l'offre, une pénurie de logement, un marché noir...qui se retourne contre l'intention de la règle.

Ainsi le code français ou italien du travail, en rigidifiant les contrats, exclut dans un même geste les jeunes et vient diminuer la demande : délocalisation, refus de l'investissement,etc. Le jeu est ici particulièrment complexe puisqu'il met en place trois groupe d'acteurs, l'un (les employeurs ) pouvant utiliser un autre (les jeunes en quête d'emploi) pour cacher ses propres intérêts en terme de diminution de coût du travail. Décidément les problèmes de société sont plus complexes que ceux d'un moteur à explosion....

La crise est de ce point de vue une opportunité pour les employeurs : elle permet de justifier, avec toutes les preuves nécéssaires, notamment statistiques, qu'il faut des réformes structurelles libérant le marché, la société correspondante étant une construction idéale.

Mais il est possible d'envisager un autre élément de réflexion.

Sans tomber dans l'idéologie de l'intérêt général existe-t-il des réformes structurelles pour lesquelles  tous les acteurs seraient  gagnants ?

Nous pensons naturellement ici au "grand progamme de libération de la croissance" envisagé par Jacques Attali en 2008, un grand programme constitué de 316 décisions qui étaient autant de réformes structurelles. Ces réformes peuvent- elles réellement engendrer de la crossance.?

C'est ce que nous verrons dans un prochain texte.

(A suivre)

 

 

 

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 08:53

La prévision budgétaire de la France pour 2014 avait pour cadre des paramétres de croissance et d'inflation respectivement de 1 et 1,2%. Il en découlait compte tenu de la loi de finances adoptée un déficit public de 3,8 points de PIB.

La stratégie gouvernementale est un échec inscrit dans la réalité des chiffres

les chiffres viennent d'être corrigés en raison d'une  hausse de prix de seulement 0,5% et d'une croissance plafonnant à 0,4%. Sans toucher à la dépense publique, les recettes fiscales adossées au PIB seront inférieures aux prévisions.

Et le calcul à mener est fort simple:

la croissance nominale passant de 2,2 ( 1% de croissance en volume +1,2% de hausse des prix) à 0,9 ( 0,5+ 0,4), il en résulte une assiette fiscale se réduisant de 1,3% (2,2 - 0,9 . Sachant que 1% de croisance en moins entraine une détérioration budgétaire de près de 0,5 point de PIB ( les prèvements publics représentent un peu moins de la moitié du PIB), il résulte de la nouvelle situation une aggravation du déficit budgétaire de 0,65 point de PIB, soit environ 13 milliards d'euros.

Globalement le deficit public prévu (3,8) sera réellement d'un peu plus de 4,4 points de PIB.

Il serait aisé de reprendre ce raisonnement, pour aborder la question du Budget 2015 en cours d'élaboration et constater l'énormé difficulté à venir. L'année 2015 s'annonçait avec une croissance nominale de 3,2 points, elle ne sera au mieux que de 1,9 point. Il en résultera là encore mécaniquement un accroissement du déficit de 0,65 points.

La stratégie des "réformes structurelles" aboutirait à un échec plus retentissant encore.

Bien évidemment les tenants des réformes structurelles diront qu'il fallait diminuer les dépenses publiques en volume.

Une telle hypothèse aurait entrainée pour 2014 les résultats suivants:

En considérant les chiffres de l'INSEE sur l'évolution du total de la dépense publique depuis 2009, il apparait que le glissement moyen fut, depuis cette date, de 26 milliards d'euros (total de 1100,6 en 2009 et de 1207,5 pour 2013). Sans même réduire le volume de la dépense, et en se bornant à son seul maintien nominal, cela signifierait pour 2014 une diminution probable de la dépense publique de 26 milliards d'euros par rapport à la réalité qui sera probablement constatée début janvier  2015.

Sur la base d'un multiplicateur budgétaire de 1,2 (FMI) et non de 0,7 (MESANGE), cela signifie une contraction de croissance de 31,2 milliards d'euros soit 1,5 point de PIB. C'est dire que l'année  2014 serait autrement plus difficile sur le terrain de l'emploi:  une élévation considérable du chomage serait constatée.

Quand serait-il du solde public? Au delà du financement du chomage supplémentaire et autres dépenses de guichet associés, désormais gelés par la politique de blocage de la dépense, il resterait pourtant à enregistrer les baisses de recettes fiscales engendrées par la chute de l'activité. Les estimations sont difficiles, mais compte tenu du taux de prélèvement obligatoire, les 31,2 milliards de croissance en moins se traduisent mécaniquement par une diminution de 15 milliards de recettes publiques .

Si l'on fait le bilan, le solde budgétaire est travaillé par moins de dépenses (26 milliards) et moins de recttes (15 milliards), soit une réduction du déficit d'environ 11 milliards, ou un peu plus de 0,5 points de PIB.

Que conclure?

 la stratégie gouvernementale  de relative non austérité empêche la baisse du PIB avec toutes ses conséquences, y compris en terme d'aggravation du poids de la dette (passage selon Bercy de 91,8 points én 2013 à 95 en 2014), mais elle aggrave un solde budgétaire déjà très déficitaire (passage de 3,8 à 4,4 points de PIB).

L'autre stratégie, celle des réformes structurelles, produit l'effondrement du PIB avec toutes ses conséquences, y compris en termes d'aggravation  du poids de la dette, mais réduit le déficit budgétaire ( passage de 3,8 à 3,3 points de PIB). Cette stratégie, accroit moins la dette en terme de flux, mais autant en terme de poids que la première.

Si approximativement équivalentes en termes d'évolution du poids de la dette,  la présente stratégie gouvernementale de relative non austérité, domine celle des réformes structurelles, puisque la "casse économique et sociale" se trouve davantage contenue. Elle n'est pourtant pas une solution perenne en raison de l'accroissement de la dette

La conclusion est qu'il n'existe pas de solution - dans le cadre du paradigmen ordo-libéral que s'est imposée la France- à la résolution de la crise.

Les deux stratégies qui sont, de plus près ou de plus loin, celle de la servitude volontaire au regard de l'organisation monétaire et financière en place, entrainent  l'effondrement du modèle économique et social du pays.

 

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 05:50

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 12:52

Elie Cohen dans un article du 27 août dernier publié dans le Monde se réjouit de voir une gauche "dépensophile" et ruineuse de notre compétitivité, se trouver enfin écartée. Il n'est évidemment pas question ici de contester la réalité de gaspillages publics bien identifiés et dont chacun pourrait  dresser une impressionnante liste. Le problème est pourtant largement ailleurs et il faut bien s'en expliquer.

Compétitivité ou productivité?

Ne portant qu'une attention modérée au fait que la zone euro est désormais en croissance zéro  dans un bain de quasi stagflation, la grande presse internationale se félicite des succès croissants des pays de l’Europe du sud qui rétablissent parfois de façon spectaculaire leur balance extérieure et contribuent ainsi à la levée des doutes sur la possible pérennité de l’euro.

Toute la zone euro serait ainsi sur le chemin d’une nouvelle compétitivité. Il faut pourtant noter que cette compétitivité nouvelle n’est pas celle de la productivité physique du travail. Ce ne sont pas les investissements de modernisation, qui en Espagne, en Italie, ou ailleurs encore, effacent les déséquilibres extérieurs ou relancent les excédents. C’est à l’inverse, -dévaluation interne et réformes structurelles largement utilisées- la compression de la demande intérieure qui en est responsable : hausse de la TVA et des prélèvements publics en général, baisse des salaires et flexibilité salariale, stagnation ou diminution des prestations sociales (retraites, soins médicaux, etc.). Cette compression développe 2 effets : une baisse des importations même sans diminution de la propension à importer, et une hausse des exportations reflétant la diminution du coût du travail.

La cohérence  de l'Etat-Nation: le salaire est aussi un débouché

A l’époque de l’Etat-Nation, donc avant la mondialisation telle qu’elle s’est manifestée, une telle stratégie était peu concevable tant le marché intérieur constituait l’essentiel des débouchés pour la plupart des producteurs. Il existait même un Etat providence, qui veillait au bon développement du marché intérieur et venait quasiment garantir les débouchés. En sorte que la recherche de compétitivité par chacun, passait par un développement de la productivité physique du travail, laquelle découlait d’investissements massifs de modernisation et d’innovation.

Et, les gains de productivité régulièrement générés  étaient partagés entre les principaux acteurs, afin de lisser la demande intérieure le long d’un trend croissant : entreprises sous la forme de profits supplémentaires, salariés bénéficiant de hausses de salaires, et Etat dont le Trésor;directement branché sur la croissance, bénéficiait à taux inchangés d’une manne fiscale croissante.

La partie la plus importante de la demande intérieure, correspondait à la masse salariale comme coût complet du travail (charges sociales incluses). Ainsi à l’époque de l’Etat-Nation, la masse salariale, vrai coût de production, était symétriquement une aubaine : un marché, et donc un débouché. De quoi développer la Grande Distribution dans sa configuration nationale.

 

La mondialisation mal pensée: le salaire n'est plus qu'un coût

 

A l’époque de la mondialisation, le marché intérieur est remplacé par le marché mondial. La masse salariale comme débouché n’est plus une variable décisive. Par contre elle reste un coût qu’il faut comparer aux autres coûts salariaux des pays partenaires à la mondialisation.

En mondialisation, la double qualité coût/débouché disparait progressivement. Dans le même temps, le coût d’opportunité des investissements d’innovation et de modernisation, monte en raison des taux de salaire très faibles rencontrés dans ce qui va devenir les pays émergents : il vaut mieux fabriquer en Chine plutôt que de se lancer dans la robotisation.

La concurrence devenue mondiale, ramène ainsi progressivement la productivité à la seule dimension compétitivité par les coûts. A l’échelle planétaire, la production peut augmenter, mais les demandes internes de chaque nation doivent être comprimées pour se maintenir à flot dans l’océan de la concurrence.

La demande mondiale, ne peut augmenter au rythme de l’offre mondiale, et donc nous sommes entrés, dès le début de la mondialisation, dans une crise potentielle de surproduction. Cette dernière n’est pas immédiatement visible : Les vieux Etats moins gavés de ressources fiscales, s’endetteront auprès de plus jeunes jouissant de la loi d’airain des salaires ; les salariés de ces mêmes vieux Etats verront leur pouvoir d’achat maintenu, d’abord par la baisse de prix des importations maitrisée par la Grande Distribution mondialisée, mais aussi par le recours à l’endettement.

 

La finance se nourrit sur l'incohérence mondialiste

Simplement cet endettement public et privé sera pris pour ce qu’il n’est pas : une fête à laquelle il faudrait mettre fin, car selon un solide adage de vieux bon sens, nul ne saurait durablement vivre au-dessus de ses moyens. La finance qui a fait de la dette son miel , en devient victime, et la crise financière annoncerait ainsi qu’il faut siffler la fin de la récréation.

Cette « erreur de lecture » est précisément ce qui accélère la recherche éperdue de compétitivité et le suicide collectif. Face à l’incendie qui n’existe pas, mais auquel tout le monde croit, il faut tous se précipiter dans un mouvement mimétique vers la même sortie : la « porte compétitivité ». Les plus habiles s’en sortiront peut-être mieux que les autres ( Allemagne ? Chine ? France demain avec son nouveau gouvernement? ). Mais le désastre de la mondialisation sera une dure réalité collective.

Il est aujourd’hui fait pression sur la France, toujours trop lente, dit-on, dans des réformes dont on ne dit pas facilement qu’elles sont pour l’essentiel une réduction du coût du travail. La France était ainsi - avant son nouveau gouvernement- encore plus suicidaire que les autres,  eux qui tentent leur chance dans la lutte pour atteindre la sortie, et ne pas mourir dans l’incendie.

La France – insuffisamment véloce - risque donc de mourir dans l’emballement et la précipitation mimétique vers la « porte compétitivité ». Mais la France est  aussi le siège de quelques mauvais esprits capables de poser de grosses questions naïves.

 

Réformes structurelles : de mauvais esprits peuvent poser de grosses questions naïves

En restant simple -  et sans introduire le multiplicateur budgétaire trop compliqué lorsque l'on est pas économiste - que se passerait-il, par exemple, si la « fête » dépensière s’arrêtait vraiment dans le monde ?

Que se passerait-il si le budget fédéral américain était rééquilibré en dépensant moins comme le souhaitent les républicains du Congrés?

Comment vivraient les fournisseurs de denrées alimentaires (wall-Mart aux USA) qui se rémunèrent des « food- stamps » distribués à 47 millions de personnes ?

Comment vivrait le complexe militaro-industriel américain, ses milliers d’entreprises et ses millions de salariés ? Qu’en serait-il pour Lockeed Martin ,Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, Raytheon, United Technologies, etc. ?

Que fera t-on des médicaments qu’on ne pourra plus produire en France ou ailleurs, faute de déficit de la Sécurité Sociale ou de la suppression américaine du "médicaid et du "médicare" ? Qu’en sera-t-il pour Pfizer, Roche, Novartis, Sanofi, Bayer, etc. ?

Que deviennent les grands groupes tels Générale de Santé, Vitalia, Médi-partenaires,etc. dont le chiffre d'affaires est, en France, constitué à 90% des versements de l'Assurance maladie lourdement déficitaire?

Que deviennent ces acteurs essentiels du soin aux personnes agées tels Orpéa, Korian ou Medica dont le chiffre d'affaires est constitué des versements des caisses de retraites largement insolvables?

Comment vivront les médecins français dont chaque consultation génère une dette nouvelle de 2,5 euros ?

Comment la Grande Distribution Française vivrait cette chute des revenus de substitution payés sur de la dette publique et qui fait parfois l’essentiel du chiffres d’affaires de certaines  grandes surfaces ?

Toujours en France, que deviennent les industries de défense tels MBDA, Thalès , Dassault, SAFRAN, Nexter System, DCNS, etc. sans oublier les 4000 PME partenaires, si une nouvelle loi de programmation militaire ajoute sa pierre dans l'interdit des déficits budgétaires?

Comment dans un univers devenu aussi déprimé, l’industrie allemande pourrait-elle continuer à engendrer plus de 6 points de PIB de surplus extérieur ? Qu’en serait-il pour BMW, Daimler, Wolkswagen, Bosch, Siemens, Basf, etc. ?

La liste pourrait s’allonger à l’infinie. Mais il est possible d’aller plus loin dans la naïveté.

Comment ne pas s’étonner que dans les vieux pays, les infrastructures de base (ponts, routes, voies ferrées, etc.) bénéficient d’un investissement net négatif, les dépenses d’entretien ne couvrant pas l’amortissement nécessaire, (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande Bretagne, etc.) alors même que les moyens matériels de les entretenir sont abondants, non utilisés (carnets de commandes dégarnis, sous-emploi, etc.), voire même font l’objet de plans sociaux (sidérurgie) ?

Il est donc vrai, que la dette publique et privée sert à maintenir la production (croissance proche de zéro) mais qu’il faudrait qu’elle soit encore bien plus importante, pour assurer l’investissement porteur de croissance.

Oui, la dette devenue insupportable, et pour les créanciers et pour les débiteurs, est toutefois très insuffisante pour assurer la croissance. Et cette dette n’est bien que le produit de la mondialisation qui transforme toute la demande intérieure en simple coût à réduire.

Et si le raisonnement est vrai, toujours très naïvement, il faut se poser la question, de l’avenir des émergents eux aussi en concurrence, et qui devront eux-mêmes rapidement freiner leur demande intérieure avant même son épanouissement. La Chine devient un pays beaucoup trop cher du point de vue de nos importations. Alors la Chine s'est aussi appuyée sur sa propre machine à fabriquer de la dette pour maintenir une activité qui se heurte à l'univers déprimé de l'occident. Que dire des BRICS dont la croissance s'évapore? Que dire des Etats Africains dont la croissance rapide, dit-on, repose aussi sur une dette publique qui explose et ne sert que marginalement l'investissement?

 De quoi être moins enthousiaste sur l’avenir des croissances miraculeuses des émergents.

Et, au terme de la simple évocation de ces quelques grosses questions naïves, on pourrait peut-être se dire que la fête reste belle grâce à la dette et à sa belle croissance, et qu’elle pourrait encore être plus belle si sa croissance était encore plus rapide, si la machine à fabriquer de la dette était encore plus puissante.

Hélas, cette dernière manque de carburant faute de créanciers suffisamment hardis. Alors il faudra en finir avec la forme prise par notre mondialisation.

Malheureusement, pour paraphraser Einstein, nous pensons probablement collectivement comme un marteau, et tous les problèmes, dans ce contexte, y prennent la forme d’un clou. Ici, étrange logiciel qui fait apparaitre une production excédentaire, comme des dépenses trop importantes.

Pourquoi continuer de penser à l’envers ?

La France, avec son nouveau gouvernement, a peut-être – au moins en théorie -autre chose à faire que de se précipiter vers les « Portes de la compétitivité » devant lesquelles s’amoncellent les cadavres.

Et là encore, on pourrait poser de grosses questions naïves à ceux qui veulent- à l'instar des porteurs du projet de budget 2015 - davantage encore comprimer la demande intérieure de la France : que deviendraient les nouvelles – et si éblouissantes - exportations espagnoles, Irlandaises, italiennes, grecques, etc ? Oui, il est possible de construire un autre monde, mais comment s’extirper d’une mondialisation source de tant de dislocations planétaires ?

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 10:06

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 17:11

Le Président de la République vient de choisir plus ouvertement la dévaluation interne étudiée dans notre article du 20 Août dernier(1). Les réformes structurelles vont donc l'emporter comme autant de tentatives de remèdes à la croissance disparue. Au delà des considérations économiques largement développées sur ce blog, il serait intéressant de réfléchir au mode de vivre ensemble qu'elles induisent.

La régulation fordiste mise en place à l'issue de la seconde guerre mondiale s'est aussi nourrie de réformes structurelles capables de participer à une formidable croissance que la crise de 1929 avait fait disparaitre.

Cependant, ces réformes étaient socialement inclusives, incorporaient l'idée de progrès continu, et consolidaient l'idée de communauté souveraine, maitresse d'un destin démocratiquement négocié.

Bien évidemment, elles étaient aussi et surtout un procédé de réevaluation interne du travail, un travail désormais mieux rémunéré et surtout protégé. La liste des réformes structurelles de l'époque est trop considérable pour la mentionner en quelques lignes ; disons simplement qu'elles provenaient notamment, directement ou indirectement, des idées du Conseil National de la Résistance.

Le fordisme finissant des années 70 avait déjà épuisé l'apport des réformes structurelles de l'après guerre - lesquelles devenaient contre-productives- lorsque ce même fordisme s'est mis à vivre par d'autres moyens : celui de la mondialisation(2). Parce que l'appareil de production du fordisme s'est fondamentalement transformé, la lente démonétisation des réformes structurelles s'est aussi déroulée sans l'hostilité décisive de ceux qui en bénéficient encore, parfois sur la base d'une dette publique croissante....donc à crédit...

Le salarié qui était aussi consommateur et citoyen, devient un être beaucoup plus éparpillé: sa citoyenneté s'évanouit dans la fin de la souveraineté de l'Etat-Nation et son intérêt de consommateur l'amène à fragiliser son emploi. Devenu "individu désirant", il consomme des droits liberté et s'illusionne dans l'économie mondialisée et numérisée(3).

Il est donc aujourd'hui politiquement possible d'aller plus loin et de proposer des réformes structurelles d'une toute autre nature : la loi dans sa rigidité n'est plus exigée, elle ne libère plus. Le contrat dans sa flexibilité lui est préféré. Dérégulation, simplification, ouverture, libre choix, fluidification, deviendront l'axiomatique du nouveau vivre ensemble.

Le prix économique de ces transformations est considérable et nous ne cessons de montrer sur ce blog qu'il est le principe explicatif de la grande crise des années 2010(4). Ce prix est pourtant jusqu'ici globalement accepté : le progrès ayant disparu avec l'effacement de la nation qui lui donnait du sens, il semble que les contraintes et efforts collectifs qu'il imposait, sont rejetés au profit de toujours plus de liberté formelle.

La voie est libre pour des réformes structurelles d'une toute autre nature. La France, qui était l'un des derniers pays à résister, accepte avec son nouveau gouvernement, toutes les conséquences de la dévaluation interne porteuses de l'ajustement à la mondialisation.

Désormais, les réformes structurelles ne seront plus inclusives mais chargées de poursuivre la déliaison sociale.

Désormais, les réformes structurelles ne seront plus porteuses d'un progrès continu et le temps bien orienté, devient futur écrasé par la gestion du présent (5).

Enfin, désormais, les réformes structurelles pousées par l'exigence des marchés, effaceront davantage encore l'idée de nation souveraine encadrant une démocratie.

La France dans son exceptionnalité avait jusqu'ici mieux résisté à la crise, ce qui faisait dire qu'elle ne connaissait pas les plans d'austérité. Absence à partir de laquelle les autres pays de la zone euro pouvaient soulager les douleurs de leur propre dévaluation interne par des exportations vers la France...protocole médical qui va s'achever.

Désormais elle va  entrer dans l'austérité et va profondément transformer son vivre ensemble. Ce dernier - historiquement toujours diffcile à construire(1789,1830,1848,1970,1940,1958,) - va se défaire de façon plus accélérée.....sans qu'une solution soit aujourd'hui repérable. C'est que, jadis, les mesures structurelles rassemblaient, alors qu'aujourd'hui elles éparpillent dans une joyeuse noyade collective. Et les "candidats" à la noyade sont nombreux, tant l'ignorance de la réalité économique et sociale est grande. Quand les repères s'effondrent, la raison s'efface. Bien sûr, la prétendue liberté de la presse apporte sa pierre dans l'édification du brouillard intellectuel et la joyeuse noyade.

Les entrepreneurs politiques qui ont la malchance d'exercer le pouvoir ne peuvent même plus brandir l'idéologie de l'intérêt général et  risquent de comprendre qu'ils ne sont plus que les marionettes de la "surclasse" chère à Jacques Attali. Les représentants de cette dernière,  à l'abri de la noyade collective,  marionettistes des premiers, peuvent exercer partout un lobbyisme prétendu vertueux : le logiciel intellectuel de formation qui leur a été proposé dans les écoles de commerce ne leur permet pas de déchiffrer "le monde tel qu'il est" (6).

Les réformes structurelles à venir : une gigantesque automutilation.

 

Note: Pour un approfondissement de ce billet nous invitons les lecteurs, à lire avec attention les textes évoqués en notes de bas de page.

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(1)http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/08/fin-de-l-euro-et-fin-de-la-privatisation-des-monnaies.html

(2)Cf. Jean Claude Werrebrouck;"Banques centrales, Indépendance ou soumission, un formidable enjeu de société"; Editions Yves Michel, 2012.

(3) Pour l'explication de la grande crise nous renvoyons à nombre d'articles du blog "Lacrisedesannees2010.com". Le lecteur intéressé en trouvera la liste à partir de son moteur de recherche.

(4) Les lecteurs interéssés par le processus correspondant pourront trouver des éléments de réflexion dans le texte suivant que nous recommandons:http://www.lacrisedesannees2010.com/article-grande-crise-printemps-francais-theorie-du-genre-122562078.html

(5)http://www.lacrisedesannees2010.com/article-un-futur-ecrase-par-le-present-ou-l-actualite-d-un-texte-ancien-114031997.html

(6)http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-monde-tel-qu-il-est-78572081.html

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 14:41

Résumé:

La monnaie unique ne disparaitra pas au terme d'un renoncement négocié mais, à l'inverse, selon un mode panique. Le retour d'un ordre stable réintroduisant des monnaies nationales ne pourra se faire que sur la base d'une garantie publique de tous les contrats, financée par émission monétaire de banques centrales devenues obéissantes.

La fin des dévaluations internes au profit de dévaluations externes ne règlera pas spontanément et rapidement les questions de croissance, d'emploi et d'équilibre des échanges extérieurs. Par effet de contagion, une guerre des monnaies à l'échelle mondiale posera la question de l'ordre international à reconstruire. Extraire la monnaie de l'emprise mondiale de la finance deviendra l'outil majeur du rétablissement des souverainetés.

Les conditions concrètes de la disparition de l'euro ont déjà été étudiées. Il est ainsi plus que probable que le changement s'effectuera en mode panique, c'est- à- dire sans concertation entre les pays concernés.

Cette panique dont la manifestation peut être rapidement décrite ne pourra s'éteindre que par le retour de la répression financière (partie 1). Sur la base de cet ordre nouveau probable, seront ensuite examinées les conséquences à plus long terme de la fin de l'euro (partie 2).

Partie 1 - PANIQUE et MESURES IMMEDIATES

On peut imaginer que la panique proviendra de la nouvelle crise de la zone euro, celle correspondant à l'échec des dévaluations internes mises en place dans la plupart des pays de la zone(1).

Des marchés affolés vont brutalement enclencher un "flight to quality" avec effondrement d'actifs souverains de pays de la périphérie au profit d'achat de dette publique allemande. D'énormes perturbations bilantaires, d'abord au niveau des banques, produiront l'évaporation des fonds propres, l'insolvabilité immédiate, et la disparition de la liquidité.

Une telle situation peut rapidement devenir incontrôlable et débouchera probablement sur le retour d'un Etat souverain renouant avec sa monnaie comme productrice d'un ordre social maitrisé.

A - DEMANTELEMENT CONTRE GARANTIE PUBLIQUE DU RESPECT DES CONTRATS

Au-delà du protocole technique qui ne soulève guère de problèmes (maintien du système des prix internes par définition d’une unité de compte ayant valeur légale et correspondant à un euro, surcharge d’un tampon sur chaque billet avant impression de nouveaux billets par la Banque Centrale nationale, échange rapide des pièces, etc..), une garantie juridique est promulguée par le ou les dirigeants politiques ayant pris la décision : garantie portant sur le maintien nominal de la valeur de tous les actifs au moment où est prise la décision.

La prise de décision vaut par conséquent gel de toutes les positions et peut-être fermeture momentanée de la Bourse . Il est d’ailleurs évident que décision de sortie et décision de garantie publique se trouvent dans le même acte juridique. C'est dire que les pays pouvant procéder de manière autoritaire, par simple ordonnance de l’exécutif, disposent d’un avantage. Ce qui pose la question du déclenchement de la panique dans les pays qui ne peuvent agir ou réagir avec la célérité qui s’impose (2).

La garantie de la valeur nominale suppose la définition d’un point fixe qui n’est autre que la définition de la nouvelle parité, laquelle doit être déclarée intangible bien au-delà de la période de temps nécessaire à une réorganisation générale aux effets neutres sur tous les bilans et contrats. Le champ de la garantie offerte à tous les agents économiques du pays sortant concerne les détenteurs d’actifs étrangers : ménages, entreprises, institutions financières, Etat lui-même. Il s’étend aussi aux non-résidents et étrangers détenteurs d’actifs nationaux.

La notion d’actif doit aussi être précisée. Il s’agit bien sûr de tous les titres financiers : actions, obligations privées et publiques, produits structurés, produits d’épargne et comptes bancaires, etc. Pour ces titres la garantie repose sur la seule variation (perte ou gain) mécanique de valeur, calculée sur la base du nouveau taux de change. La valeur sur laquelle s’applique le nouveau taux étant celle correspondant à l’heure fixée dans l’acte juridique de décision de sortie. Mais il s’agit aussi de tous les contrats de l’économie réelle et ce, y compris, les contrats de travail des travailleurs frontaliers.

La garantie publique est le point fixe qui se substitue à l’Euro, une sorte de SAS permettant le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces même taux sont politiquement définis. La garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. A titre d’exemple, si des français titulaires de contrats d’assurance-vie incorporant des titres publics grecs ne peuvent être victimes du rétablissement de la Drachme, ces mêmes français titulaires de contrats semblables incorporant de la dette publique allemande ne peuvent bénéficier du rétablissement du Mark. La garantie correspond donc bien à la volonté de neutralité sur les bilans des agents vis-à-vis d’une sortie de l’Euro. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. Le déclenchement des CDS est lui-même interdit en ce que la sortie ainsi envisagée n’est en aucune façon un « incident de crédit » .

La garantie de l’Etat sortant est autrement plus rigoureuse que les garanties offertes par les Etats, qui, en Octobre 2008, ont dans un même geste bloqué tout effet de panique chez les déposants des banques dont on pouvait anticiper l’effondrement. Alors qu’à l’époque, le risque n’était que potentiel et qu’un effet d’annonce pouvait suffire à bloquer la panique, dans le cas présent d’un démantèlement, il faut aller plus loin et effectivement payer les victimes. Et le prix à payer est d’autant plus important que le pays sortant est lui-même impécunieux. On voit ainsi mal l’Etat Grec sortant sur la base d’une dévaluation massive être à la hauteur de sa garantie. Et on voit aussi mal les Etats gagnants d’une sortie, redistribuer les gains aux perdants. Outre, qu’encore une fois la sortie n’est pas coopérative ni négociée, les gagnants sont aussi des agents privés pour lesquels la réévaluation est un profit qui devrait rester privé. Concrètement une entreprise allemande dont les débiteurs sont français doit logiquement bénéficier de la réévaluation du mark, et on ne voit pas comment ce bénéfice pourrait être utilisé pour assurer les garanties de l’Etat Grec. Pour autant, s’il est aisé de bloquer les bénéfices au nom du respect intégral de tous les contrats (cela ne coûte rien), il faut bien trouver les moyens financiers susceptibles de dédommager les victimes d’une sortie de l’Euro.

B - LE RESPECT DES CONTRATS PAR DES BANQUES CENTRALES QUI MONETISENT

Si le respect intégral et rigoureux des contrats implique un dédommagement des perdants sans que les gagnants ne puissent aider, il faut trouver un tiers chargé d’assurer le passage de l’ancien au nouveau monde, si possible sans destruction du projet européen. Il faut en effet avoir en tête l’énorme effet destructif d’une explosion non contrôlée de l’Euro. Dès lors, la solution qui s’impose est le recours aux banques centrales nationales qui sont réquisitionnées dès l’annonce de la sortie(3).

De fait, il ne s’agit que d’accélérer un processus déjà engagé avec la BCE, qui aujourd’hui tente de maintenir la fiction de l’Euro avec des interventions massives sur les dettes publiques du sud. La présente action de la BCE est déjà bien une tentative d’endiguement de la panique déstabilisatrice avec des « spreads » qu’il faut contenir pour l'éviter, un krack obligataire, et un « Bank-run »(4).

La procédure est donc simple : Pour les pays qui quittent la zone en dévaluant, l’ordonnance de réquisition stipule que la Banque centrale de l’Etat sortant, crédite le compte du Trésor correspondant, à hauteur des engagements de ce dernier au titre de la garantie du respect de tous les contrats. Les fonctionnaires du Trésor fixent le montant des dédommagements et ordonnent à la Banque les paiements correspondants. Le cas échéant des magistrats et commissaires au compte attestent de la bonne exécution des garanties . L’unité de compte retenue pour le dédommagement peut être la nouvelle monnaie nationale. Ainsi l’exportateur allemand de marchandises vers la Grèce – si ce dernier pays quitte la zone- se voit payé par son client dans la monnaie dont il dispose, auquel il faut ajouter le prix de la dévaluation, prix exprimé en Drachmes, et au final supporté par la Banque centrale de Grèce. Toujours s’il s’agit d’une sortie grecque, La Société Générale voit, à l’actif de son bilan, ses obligations publiques grecques transformées en drachmes, valeurs augmentées du montant de la dévaluation. On pourrait multiplier les exemples. Bien évidemment s’élèvent d’immenses balances en Drachmes que le « bateau des passagers clandestins » cachait si bien, et que le dispositif « Target 2 » cachait plus difficilement. Il faut donc imaginer que ces balances en Drachmes sont acheminées vers les Banques centrales des Etats correspondants (dans notre exemple celle d’Allemagne pour l’exportateur allemand, et de France pour la Société Générale) et transformées en nouvelles monnaies nationales.

Au final la monnaie émise (dont la quantité est égale au produit de la dévaluation par le total des engagements) se trouve stockée dans les pays qui sont dans une situation favorable : peu ou pas de dévaluation, peu de dette extérieure, dette publique faible ou nationalisée. De quoi provoquer une hausse des prix plus rapide que dans les pays ayant massivement monétisés. Le dispositif, retenu, sans doute trop brièvement exposé, et ne réglant pas toutes les situations (comment traiter les CDS même s’il n’y a pas juridiquement « accident de crédit » ?) évacue complètement l’idée de défaut, de soutien au système bancaire, de surveillance des spreads de taux etc.

Partie 2 - LES CONSEQUENCES A PLUS LONG TERME DE LA FIN DE L'EURO

A - L'EFFACEMENT DU GRAND BOND EN ARRIERE IMPULSE PAR L'EURO

La première forme du grand retour en arrière imposé par la mise en place de la monnaie unique était le développement de divergences que devaient précisément faire disparaitre l'euro : déséquilibres croissants des échanges extérieurs entre pays, désindustrialisation accélérée dans le sud contre maintien de positions industrielles dans le nord, économie de consommation ou de rente dans le sud, contre économie de production dans le nord, etc. Le tout dans un contexte de croissance beaucoup plus faible que celle du reste du monde.

La seconde forme du grand retour en arrière était plus grave. Induite par les politiques de dévaluation interne, elle allait considérablement accroitre les divergences et des stratégies non coopératives suicidaires.

La dévaluation interne, toujours présente à l'heure où ces lignes sont écrites, ne pouvait en effet passer que par une pression sur les coûts directs et indirects du travail : baisse de la quantité et/ou de son coût. Une telle baisse à des effets favorables au niveau micro-économiques en ce qu'elle pouvait augmenter les marges et /ou la compétitivité des entreprises. Toutefois le PIB n'étant que la contrepartie de la somme des demandes internes et externes de chaque pays, la pression sur le coût du travail n'est macro économiquement efficace que si la chute de la demande interne est surcompensée par un accroissement plus élevé de la demande externe.

Hélas, l'histoire concrète a montré que pour tous les pays, depuis 2010/2011, la surcompensation était impossible, et ceci pour au moins deux raisons :

La première est que le prix du travail n'est pas suivi dans sa baisse par celle parallèle de tous les autres prix. En particulier il y a rigidité pour un certain nombre de services et surtout , le poids de la dette va croître par augmentation de sa part relative dans le budget des ménages. La chute de la demande de consommation est ainsi devenue considérable ( plus importante en pourcentage que celle du taux de salaire) dans un certain nombre de pays, ce qui explique la baisse des PIB correspondants sur plusieurs années (Grèce, Portugal, Espagne, etc.).

Par ailleurs, et il s'agit d'une seconde cause de l'impossible surcompensation, la demande externe est elle- même appauvrie par la politique de dévaluation interne de tous les autres pays. Il n'est pas non plus question de bénéficier d'une élasticité prix des exportations puisque la déflation est beaucoup plus faible que la baisse du coût du travail. Ainsi pour faire diminuer les prix de moins de 5% en Grèce, il a fallu diminuer les revenus de plus de 20%. Par contre, il est vrai qu'à la marge, la considérable chute de la demande interne entraine mécaniquement par effet d'élasticité des importations au PIB, une baisse mécanique des importations, donc de la propension à importer. Ce fait est fortement constaté pour l'Espagne. Mais ce même fait bloque les espérances des autres pays pratiquant également une politique de dévaluation interne

La politique de dévaluation interne devait aussi entrainer d'autres effets:

- La hausse du chômage laquelle découle directement de la contraction de la demande globale.

- L'impossible amélioration des soldes publics avec au-delà d'un faible rendement de l'impôt, l'effet de ciseau découlant d'un taux d'intérêt réel nettement supérieur au taux de croissance du PIB, ce qui signifie une aggravation inexorable du service de la dette (5),

- Enfin, la ré- industrialisation impossible puisque dans le contexte établi, rien ne vient justifier l'investissement (6). La politique de l'offre - au delà des interrogations sur son fondement théorique ( le sens de la relation profit-investissement fait toujours l'objet de passionnantes discussions académiques) - qui est la finalité des politiques de dévaluation interne n'a que peu de sens dans un univers aussi dépressif.

Bien évidemment, les premières mesures, avec notamment les décisions financières d'urgence et le passage de la dévaluation interne à la dévaluation externe effacent complètement le lugubre paysage antérieur.

B - UNE SIMPLE DEVALUATION MONETAIRE SERA-T-ELLE SUFFISANTE ?

La réanimation de l'outil taux de change constitue bien sûr un avantage puisque les dévaluations externes sont en théorie autrement plus efficaces que les dévaluations internes.

A l'inverse de la dévaluation interne, tous les prix sont affectés par le changement de parité et la demande interne n'est affectée négativement que si les importations - en supposant que les exportateurs étrangers ne changent pas leurs politiques de prix - sont incompressibles, soit une élasticité nulle. En revanche, la hausse de la demande externe est infiniment plus probable. La France est concernée par cette hausse de la demande externe dans la mesure où elle se situe dans des productions moyennes assez sensibles aux prix. Sa demande interne est aussi assez bien concernée par une modification de parité car elle importe davantage pour consommer que pour produire (7).

De ceci, il résulte que la dévaluation par réintroduction d'un taux de change, correspond à la mise en place d'un processus infiniment préférable à la dévaluation interne. En la matière, tout dépendra de la valeur des élasticités prix des importations et des exportations, ce qui nous renvoie au théorème dit des "élasticités critiques" de Marshall-Lerner. Et ce processus est en principe le retour de la croissance puisque les demandes aussi bien interne qu'externe peuvent logiquement augmenter.

Ce jugement doit pourtant être nuancé.

Tout d'abord, il convient d'introduire dans le raisonnement, des coûts de risque de change que l'euro avait fait disparaitre. Il est possible d'en diminuer l'importance en adoptant des taux de change fixes. Il n'est toutefois pas possible de les faire disparaitre. Ces coûts resteront proportionnels à la longueur des chaines de valeur et impulseront peut-être sa réduction et donc un processus de relocalisation pour les pays qui dévalueront. Un tel processus ne s'enclenche que dans la durée et ne produit pas de résultats immédiats.

En second lieu, l'élasticité prix de la demande d'importations peut entrainer un effet revenu négatif comprimant la demande interne. C'est le cas lorsque la dévaluation entraine une hausse des valeurs importées (pétrole). Auquel cas la demande interne entraine la chute du PIB, chute qui ne peut être compensée que par une forte élasticité prix des exportations.

En supposant qu'il n'existe pas d'effet revenu négatif, la hausse de la demande interne peut toutefois être bloquée par une inélasticité de l'offre: la non substituabilité des importations par des productions nationales s'expliquant par l'impossibilité de produire localement. C'est malheureusement la situation présente, notamment pour la France: les biens importés peuvent techniquement être substitués par des productions domestiques en cas de dévaluation . Malheureusement des décennies de désindustrialisation ont fait table rase de compétences techniques et de savoirs faire, voire même d'outils de formation, capital qui exige de nombreuses années pour se reconstituer.

Une autre difficulté résulte du risque de guerre des monnaies. Les dévaluations internes étaient non coopératives et développaient des externalités: l'exportation possible du chômage. Les dévaluations externes ne le sont pas moins. L'ensemble de la zone euro dispose d'un Excédent de 2,6% de son PIB avec un euro dont le taux de change est probablement plus élevé que la moyenne des taux qui se formerait sur la base des anciennes monnaies reconstituées (8). C'est dire que l'excédent global pourrait s'élever davantage encore et géner les pays émergents. C'est dire aussi qu'au delà de possibles guerres des monnaies à l'intérieur de l'ex-zone, une réelle guerre des monnaies peut se matérialiser avec des nations (Chine en particulier) qui, jusqu'à présent, disposaient de solides possibilités exportatrices au regard de pays du sud (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, etc.)

La fin de l'euro c'est assurément la fin des politiques suicidaires et donc la fin du grand bond en arrière. Elle n'est pourtant pas un bond en avant automatique (9).

C - L'EXIGENCE D'UN ORDRE MONETAIRE ET ECONOMIQUE NOUVEAU

La zone euro est encore aujourd'hui un modèle réduit de mondialisation malheureuse : une offre potentielle excède une demande muselée par les politiques de dévaluation interne. D'où un surplus exportable et une demande qui, tout en étant muselée, est artificiellement gonflée par la croissance de la dette (10).

La mondialisation vit encore sur ce modèle initié dans les années 70 du siècle dernier. A l'époque, il s'agissait de délocaliser des productions comme solution aux premières formes d'un fordisme déclinant. Les gains de productivité qui s'affaissaient étaient compensés par la dévaluation du travail : les salaires des pays périphériques étaient autrement avantageux que ceux du centre. Les débouchés des implantations délocalisées n'étaient pas locales et correspondaient à des exportations vers le centre: la fameuse alliance de Wal-Mart et du parti communiste chinois. Simultanément, centre et périphérie doivent contenir les salaires: le centre pour ne pas être envah, et la périphérie pour rester compétitive alors que le poids et le nombre de ses acteurs en concurrence entre-eux ne cesse de s'élargir.

La mondialisation devient ainsi "malheureuse" en ce qu'elle va correspondre à un déséquilibre croissant entre offre et demande globale, déséquilibre masqué par une montée des dettes publiques et privées plus spécifiquement au centre.

La zone euro toute entière est ainsi devenue le modèle réduit de cette mondialisation malheureuse avec une Allemagne devenue Chine de l'Europe en raison de son surplus exportable et donc de sa demande interne très insuffisante, et un sud, dont la France, jouant le rôle des USA importateurs.

La disparition de l'Euro ferait peut-être disparaitre le modèle réduit de mondialisation malheureuse mais ne ferait pas disparaitre le modèle global. Et si d'aventure le surplus exportable de ce qui serait devenu l'ex-zone euro devait s'accroitre en raison des dévaluations externes, la situation deviendrait insupportable pour l'ex- périphérie devenue ensemble de pays émergents connaissant toujours une demande interne largement insuffisante. Clairement l'euro leur permettait de ne point dévaluer. Sa disparition est donc probablement la naissance d'une guerre mondiale des monnaies dont l'origine repose sur une demande mondiale inférieure à l'offre.

La disparition de l'euro militerait ainsi pour un nouvel ordre monétaire basé sur un principe général de coopération et non de concurrence entre les nations. Une coopération visant à la recherche d'un équilibre extérieur de chaque nation. Cela passe bien sûr par un contrôle politique négocié des parités et la fin du processus de privatisation des monnaies commencé dans les années 70 du siècle dernier.

En finir avec l'euro c'est aussi la possibilité et la tentation de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la privatisation des monnaies (11). C'est enfin le possible cheminement vers une forme renouvelée de l'Etat-Nation.

C'est en conséquence le possible rétablissement d'une démocratie confisquée. Un mouvement dont le cheminement et les contours sont difficiles à imaginer aujourd'hui.

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(1) Les derniers chiffres publiés le 14 aout dernier, avec un T2 de +0 de croissance pour la zone après un T1 de +0,2 sont là pour attester de l'échec. La déflation en cours avec le recul de la vitesse de circulation de la monnaie sont un autre signe de l'échec.

(2) De ce point de vue la France, avec sa Constitution de 1958 dispose d'un avantage comparatif énorme sur l'ensemble de la zone.

(3) Il s'agit du premier acte de la répression financière avec comme point d'aboutissement probable la soustraction de la monnaie à l'emprise de la finance ou la fin de la "loi d'airain "de la monnaie, idée déjà défendue par l'auteur dans le N° 34 de MEDIUM (janvier, février, mars 2013).

(4) C'est tout le sens qu'il fallait donner au "Longer-Term Refinancing Opérations" (LTRO) qui permettait au final en 2012 et 2013 le refinancement des Etats. C'est aussi celui de son prolongement: le "Target Longer- Term Refinancing Operations" qui, lancé dans quelques semaines pour un autre objectif, pourra servir à refinancer l'ancien LTRO pour lesquelles les banques italiennes et espagnoles restent débitrices après avoir trop financé leur Etat respectif.

(5) Ajoutons que la baisse des dépenses publiques, qui est une composante de la dévaluation interne, connait des effets dévastateurs en raison de la sous-estimation du multiplicateur budgétaire: 0,7 pour le modèle MESANGE de l'INSEE, alors que le FMI l'annonce à 1,2 et que des estimations sur la zone Sud évoquent des multiplicateurs encore plus élevés.

(6) Selon EUROSTAT, la FBCF de la zone euro diminue globalement et passe de 19,4 à 17,7% de son PIB de 2009 à 2013. celle des pays du sud s'effondre: passant de 19,9 à 12,1 pour la Grèce, de 23,6 à 17,7 pour l'Espagne, de 19,4 à 17,3 pour l'Italie, de 20,5 à 14,8 pour le Portugal, etc. Moins d'investissements, c'est moins de croissance de la productivité, et en mondialisation, c'est moins de marge. Il est très difficile d'imaginer par la violence de la dévaluation interne en Grèce ou en Espagne l'émergence de petites Chines européennes.

(7) L'Allemagne - dont l'une des caractéristiques est de beaucoup importer pour beaucoup produire et exporter en raison des typologies de ses chaines de la valeur - serait gagnante dans une reconstitution du mark : élasticité faible en raison du caractère haut de gamme de son industrie (0,3 selon NATIXIS), et baisse du coût de ses consommations intermédiaires.

(8) Un taux de change moyen des monnaies reconstituées inférieur au taux de change de l'euro est possible si la réévaluation du mark est relativement modérée. Du point de vue du solde extérieur de l'ex-zone euro, l'abaissement du premier supposerait une hausse très élevée du second.

(9) A ces difficultés il faudrait ajouter que le rôle de l'Etat dans le contexte du vingt et unième siècle n'est plus celui des trente glorieuses. L'innovation par les grands programmes publics laisse aujourd'hui la place à des innovations de conception reposant davantage sur des PME et innovations centrées sur les process, l'organisation et le marketing.

(10) La spirale dépressive fait aussi que la demande est muselée par le comportement des ménages, lesquels se mettent à épargner davantage tout en refusant d'investir. D'où, par exemple en France, un taux d'épargne qui passe de 14,7% du revenu disponible en 2013 à 15,9 au premier trimestre 2014, épargne qui s'accumule selon le baromètre de la Banque de France sur des comptes bancaires. Il est vrai que le risque de déflation développe celui de la "trappe à liquidités".

(11) Avec la possibilité de frapper les monnaies à bon escient . Cf à cet égard un texte étonnant : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-107637-frapper-monnaie-a-bon-escient-1034473. On pourra aussi se tourner vers nombre d'articles déjà publiés sur ce blog.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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