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1 décembre 2021 3 01 /12 /décembre /2021 17:32

L’élection présidentielle est importante en France dans la mesure où elle confie d’immenses pouvoirs à l’élu. Ces pouvoirs sont la possibilité d’agir sur les outils traditionnels de ce qu’on appelle la puissance publique. Sachant que, dans toute communauté humaine, ces outils sont en position de capture par ceux qui y ont accès, le but de l’action politique en démocratie est la montée de la qualité d’un vivre ensemble, sans doute proche de celui proposé par le philosophe politique John Rawls[1]. Ce but peut se traduire en objectifs hiérarchisables.

 

Les objectifs fondamentaux

1- Parmi les facteurs fondamentaux du bien vivre ensemble, il y a l’importance de la classe moyenne. Plus cette dernière est large, en position quasi hégémonique, et plus l’ensemble est apaisé :  confiance entre agents, confiance en l’avenir, confiance et respect dans la démocratie, émancipation visible, recul du communautarisme, avec au final entropie faible et « capital social » élevé. Plus la classe moyenne est en position quasi hégémonique et plus le risque du passage de la société multi-culturelle à l’ethnicité rigoriste recule.

2 - Le dirigeant politique idéal est celui à qui sont confiés les outils de la puissance publique, et ce en vue de la reconstruction d’une classe moyenne aujourd’hui en déshérence. Cela concerne la France et au-delà l’ensemble de l’Occident, mais aussi l’ensemble des pays « émergés » victimes de ce qu’on appelle aujourd’hui l’impossible « moyennisation ».[2]

3 - L’immense classe moyenne à reconstruire n’est pas celle d’hier. Elle est celle de demain et à ce titre doit faciliter l’épanouissement des nouvelles aspirations : émancipation, autonomie, inventivité, dynamisme, conception nouvelle de l’Universel, etc. Sans renier les anciennes : méritocratie, égalité, solidarité, etc.

4- L’objectif de reconstruction d’une immense classe moyenne doit tenir compte de ce nouveau logiciel dans lequel le futur ne s’enracine plus dans les grands paradigmes narratifs, mais  se contente de quête de bien-être matériel et immatériel. Ce bien-être se conçoit au regard de plusieurs paramètres :

  • La dimension environnementale qui déplace le combat pour la patrie de naguère en  combat pour l’habitabilité de la maison commune d’aujourd’hui c’est-à-dire  la nature. Ce  combat doit aussi  assurer la subordination de l’économie aux fonctions régulatrices assurées par le milieu naturel. 
  •  La valeur liberté qui, s’enracinant dans un cadre protecteur, cherche pourtant à s’en affranchir (fin de la modernité, fin des pyramides hiérarchiques, corrosion de toutes les institutions, développement du « pair à pair » radical et rejet des « tiers »). 
  •  La valeur égalité qui, avec l’objectif d’une hégémonie de la classe moyenne, devient simple conséquence et donc indicateur du résultat d’une politique. Cette valeur est combinaison complexe de l’idée de « justice-résultat » associée à celle d’une « justice procédurale »[3].

Les moyens principaux

1 – Mettre fin à tous  les programmes de réformes dites « structurelles » qui détruisent l’identité fondamentale de la France. Cela suppose selon le mot de Braudel d’accepter que la « main du passé sculpte encore le présent » et qu’à ce titre soit respectée la tradition pluri-séculaire de la concentration politique et administrative. Il s’agit d’arrêter le processus d’affaissement de la loi, celui de la promotion de la norme foucaldienne ou de la règle ordo-libérale , la dérive des autorités dites indépendantes, l’engloutissement de l’Etat dans la marchandisation généralisée, la « déconstruction » généralisée, le suivi de prétendus modèles, etc. En résumé, il s’agit d’arrêter les agressions contre l’identité culturelle du pays.

1 - Les outils de la puissance publique doivent tout d’abord être maîtrisables, ce qui passe par le retour de la pleine souveraineté, sans laquelle le « Démos » se trouve contesté et emprisonné. Contesté aussi bien par l’extérieur (Union européenne) que par l’intérieur (haine de la Nation dans certaines nouvelles communautés), la souveraineté du pays s’exerce dans le cadre du respect de la souveraineté de tous les autres.

2 - Considérant que le revenu de citoyenneté et autres primes d’affaissement[4] de la valeur travail sont  peu engendreuses de lien social (risque d’entropie élevée et capital social faible), il faut admettre que la valeur travail - même revisitée par des aspirations nouvelles (autonomie, réalisation de soi, etc.)-  reste aujourd’hui encore l’instrument fondamental de la socialisation. La valeur travail ainsi associée à celle de liberté plaide pour une société à économie de marché, ce qui est différent d’une société de marchés. La reconstruction d’une immense classe moyenne passe par le rétablissement d’un plein emploi productif de qualité. Plein emploi autorisant une croissance inclusive forte, la fin du déséquilibre extérieur du pays et le souci de l’équilibre extérieur des autres pays.

3 - Dans une réalité qui confirme que le monde restera celui de la cohabitation concurrentielle entre Etats-Nations, l’arme financière, dans sa dimension « taux de change », est un outil fondamental au rétablissement du plein emploi : elle est – par l’architecture du système de prix qui en découle- un filtre entre un dedans maîtrisable et un dehors à maîtriser. La maîtrise relative d’un taux de change est ainsi la clé qui permet l’ajustement entre des mondes différents et ouverts à la cohabitation concurrentielle.

4 - Parce que la cohabitation entre Etats-Nations est fondamentalement concurrentielle, l’arme financière permet d’éviter les catastrophiques dévaluations internes pratiquées par les pays du sud de la zone euro (recul du salaire réel, de la demande interne et de l’emploi, et pratique non généralisable en raison de ses effets externes négatifs sur les autres pays). Le rétablissement à court terme de la compétitivité passe donc par le taux de change et jamais par la baisse des salaires. Ce taux de change est directement travaillé par la valeur externe de la monnaie ou indirectement par des limites au libre-échange, par exemple des barrières douanières.

5 – A moyen et à long terme, la compétitivité porteuse du rétablissement des classes moyennes et du bien vivre ensemble passe aussi par des choix privilégiés en termes de branches d’activité. Pour la France, toutes les activités porteuses de croissance régulière de la productivité, croissance aux effets externes positifs sont à privilégier. Il faut ainsi privilégier l’industrie, mais aussi l’agriculture, l’écologie, les technologies numériques, toutes activités qui, de par leur nature, peuvent concourir au rétablissement de l’équilibre extérieur. Les activités non porteuses de rendements potentiellement croissants -celles imaginées aux fins du soulagement du poids de la crise, non susceptibles de contribuer à l’équilibre extérieur- ne sont à privilégier que dans la mesure où elles contribuent de façon indirecte à la valeur égalité (services et en particulier services à la personne).

6 - Le rétablissement de la souveraineté monétaire est d’abord un coût élevé (dévaluation ou/et barrières douanières) pesant sur les classes moyennes dont on veut, pourtant, rétablir la place centrale. Le maintien de la confiance durant la difficile phase de reconstruction suppose une dimension spectaculaire, celle de la promptitude et de la non-limitation des moyens de l’investissement.

7- La non-limitation de l’investissement est ce qui permet de sortir à moyen terme du plafond très bas de la croissance potentielle (à peine 1% aujourd’hui), plafond bloquant la création d’emplois et donc le rétablissement de la classe moyenne. Cette non-limitation concerne aussi fondamentalement le combat sur le climat. Il est donc fondamental d’élever rapidement les taux d’activités dans toutes les classes d’âge par une embauche massive et rapide autour des moyens investis (environnement, climat, SNCF, Energie, infrastructures, etc.). Non seulement le chômage apparent doit disparaître très rapidement mais la population en activité doit croître dans d’importantes proportions (importance du critère du taux d’activité en équivalent temps plein comme seul outil de mesure du chômage réel).

8- Le risque de fuite considérable des investissements sous la forme d’importations massives doit être combattu par leur sélection : d’abord par la requalification la plus rapide possible de ceux qui sont devenus « inutiles au monde » et porteurs de la dérive ethnique, parfois depuis plusieurs générations (requalification d’abord sociale et comportementale, puis professionnelle) ; ensuite par l’adoption d’un processus sélectif de l’investissement limitant la forte pression sur les importations.

9- Les contraintes de requalification et de fuite vers les importations sont les seules pouvant être qualifiées d’objectives. Tel n’est pas le cas des moyens financiers. A ce titre, la mise sous tutelle de l’ensemble des institutions monétaires et financières est requise et il est mis fin à l’indépendance de la Banque de France. Et il n’y a rien à négocier avec la finance : le souverain - surtout si au-delà de la simple légalité il est aussi un souverain légitime- est celui qui est le seul à pouvoir légitimement bousculer l’ordre normatif et juridique financier.

10 - Une arme privilégiée de l’investissement est le rachat de dette publique à échéance par la Banque de France. Le cas échéant, cette arme peut aussi être celle de l’émission directe par la Banque de France, émission rétablissant le seigneuriage[5] sur l’ensemble de la monnaie scripturale émise par les banques. Bien évidemment, les nouvelles technologies sont mobilisées avec en pratique l’accélération de la mise en place d’une cryptomonnaie de banque centrale, à l’instar de ce qui se passe en Chine.

 Les moyens correspondants sont redistribués :

           - aux banques chargées d’une mission de service public,

          - aux agents économiques sous la forme d’une baisse des prélèvements publics obligatoires,

          - à la puissance publique elle-même,

    - aux éventuels litiges avec les victimes (non-résidents) de la perte de change résultant du rétablissement de la souveraineté monétaire.

Ces décisions stratégiquement majeures doivent faire l’objet d’un habillage politique sincère et habile : la France ne met pas fin à l’euro, elle décide simplement de se servir de la monnaie commune pour le rétablissement de sa souveraineté. Politiquement, ce n’est que si l’Allemagne se manifeste en décidant de quitter l’Eurosystème que la fin de l’euro pourra être actée. Ce qui suppose de grands et sans doute longs débats entre les rentiers et les industriels allemands porteurs d’intérêts fondamentalement différents. Durant toute cette période le pouvoir français devra se montrer inflexible : il n’y a rien à négocier, et il y a surtout à mettre en lumière la fausse monnaie déversée par le QE de la BCE aux fins de maintenir le pouvoir de la finance. Simultanément il y a la volonté éthique de transformer cette fausse monnaie  en monnaie productive au profit de l’économie réelle.

11 - La mission de service public du système bancaire concerne notamment l’aide au rétablissement de l’équilibre extérieur : relocalisations, investissements substitutifs d’importations, agriculture de proximité privilégiant l’autosuffisance alimentaire, dé-carbonisation, aide au développement aux fins de contenir les flux migratoires, etc.

12 - Les considérables moyens nouveaux de la puissance publique doivent privilégier l’avenir : formation, recherche, coopération inter-étatique -en particulier européenne et africaine- sur grands projets, investissements stratégiques, etc.

Conclusion : 

 La fin des QE de l’actuelle BCE - qui a augmenté la base monétaire et non le crédit et donc l’investissement - et son remplacement par l’achat direct de dette publique participe à une véritable économie de l’offre rétablissant la confiance : l’aisance monétaire nouvelle n’est plus l’aisance monétaire improductive des QE de la BCE, elle consacre à l’inverse le retour à des investissements massifs, eux-mêmes encouragés par la baisse des prélèvements publics obligatoires. Parallèlement, les banques et en particulier, celles dites « Spécialistes en Valeurs du Trésor » (« SVT »), sont mécaniquement invitées à construire des produits financiers dont la contrepartie correspond à un investissement réel (et non plus une dette publique dont la contrepartie est une dépense publique courante). Les autorités monétaires perdent leur statut de faussaires et se mettent au service d’une volonté nationale et d’une géopolitique soucieuse du bien commun de l’humanité.

 Une croissance forte aux effets de reconstruction d’une classe moyenne large est ainsi enclenchée.

NOTE : Les développements que nous venons de mener ne sont évidemment pas un programme pour une élection présidentielle. En revanche ils en constituent un canevas. On peut hélas souligner que les candidats restent éloignés d’une réflexion profonde et courageuse : le fonctionnement normal des marchés politiques ne s’y prête guère. En particulier aucun entrepreneur n’est  en situation d’ aborder la question de la finance laquelle est pourtant le paramètre central de tout projet de refondation sérieux.

 


[1] Pour John Rawls, la bonne société est faite d’une articulation de la liberté et de la contrainte aboutissant à ce qu’un certain niveau d’inégalités sociales soit  tolérable s’il concourt à l’édification du bien être le plus grand possible pour les citoyens les plus défavorisés. Ancrée dans un univers culturel différent de celui de la France, ce point de vue correspond pourtant à un certain idéal français.

[2] Il s’agit de la très difficile construction d’une classe moyenne dans les pays dits émergés : Chine, Brésil, etc.

[3] Les résultats  d’un jeu économique classique peuvent donner lieu à une interprétation en termes de justice sociale. Les décideurs politiques pourront ainsi par une politique de redistribution redessiner les résultats du jeu. Les néolibéraux n’acceptent pas cela et considèrent que les résultats du jeu économique sont justes et incontestables si les procédures contractuelles menant au résultat sont respectées. C’est ce qu’ils appellent la « justice procédurale ». Dans le monde concret ces 2 types de justices ne s’opposent pas nécessairement et peuvent être complémentaires.

[4] Cela concerne l’ensembles des primes dites Macron ou d’activité ou d’inflation etc. qui toutes correspondent à une prise en charge d’une partie du coût du travail par la société.

 

[5] De tradition antique le seigneuriage correspond à un prélèvement public sur la monnaie produite par l’Etat. La monnaie n’est plus produite par les banques mais se trouve vendue aux banques par un Etat souverain.

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30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 10:42
Le nouvel Echiquier: le Monde, l'Europe, la France.

Voici la page de couverture de l'ouvrage qu'avec une équipe sous la direction de Jean Claude Empereur et Charles Zorgbine nous venons de publier chez VA Editions. Il s'agit d'un regard collectif sur le monde tel qu'il se dessine aujourd'hui. Ce regard se porte sur plusieurs axes: Le basculement vers l'indo-Pacifique, le dépassement de la simple guerre économique par un conflit technologique de haute intensité entre la Chine et les USA; l'apparition de nouveaux types d'acteurs qui ne sont plus simplement des Etats; l'affaiblissement de l'Europe. 

Au moment où les français s'apprêtent à choisir un nouveau président  cet ouvrage apporte un regard inédit sur les nouveaux cadres de la géopolitique. Un éclairage indispensable pour comprendre le dessous des cartes internationales.

Dans cet ouvrage j'interviens sur les questions posées par l'irruption des nouvelles formes de monnaie et l'impact géopolitiques qu'elles autorisent. 

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 10:52

La première partie de l’article portant sur un « coût de la vie » directement pris en charge par la monétisation de la dépense publique a pu montrer que le coût salarial véritable devenait de plus en plus partagé entre l’Etat et les entreprises. C’était le cas de diverses primes dont  celles dites d’activité ou d’inflation directement prises en charge par un Etat impécunieux. Cette prise en charge par la simple monétisation est aujourd’hui une opportunité pour les entreprises, et une opportunité représentant entre 15 et 20% du coût du travail de qualification moyenne ou faible. Elle correspond aussi à une fragilisation du rapport salarial avec effets pervers pour les entreprises, effets évoqués rapidement dans la première partie de l’article.

Il existe une source plus ancienne de fragilisation, celle résultant d’une baisse des charges patronales qui, jusqu’ici, n’ont concerné que les rémunérations les plus faibles. De fait, depuis la création de l’euro, les baisses de cotisations patronales sont devenues majeures pour les rémunérations proches du SMIC (4,5% du salaire brut). Cette baisse est de fait cofinancée par des charges fiscales nouvelles, des avances budgétaires relevant de la monétisation, ou des dettes sociales aboutissant elles aussi dans le trou noir de la monétisation. Comme elle concerne, vu le nombre de salariés concernés, des montants considérables, ces baisses se sont jusqu’ici cantonnées aux rémunérations les plus proches du SMIC. Dès que lesdites rémunérations quittent la zone plancher, les cotisations patronales deviennent importantes voire très importantes. Ainsi,  avec des rémunérations qui passent de 1 puis à 1,3 puis 1,5 et 1,6 SMIC -  des rémunérations encore relativement modestes -  les taux de cotisations passent respectivement de 4,5 à 20, puis 25 et enfin à 35%. Cela signifie qu’il existe un taux marginal très fortement croissant des prélèvements.

On comprend ainsi qu’il est très difficile pour les salariés de négocier une hausse des rémunérations. Pour celles d’entre-elles se situant entre 1 et 1,5 SMIC une hausse de 10% correspondrait à une augmentation de la charge salariale de 18 à 19%. Cela n’est guère envisageable pour les employeurs des salariés correspondants, lesquels sont massivement impliqués dans des branches à faible valeur ajoutée et aux gains potentiels de productivité très faibles ( services à la personne, hôtels/ restaurants, hôpitaux, secteur médicosocial, etc.) Et même, pour des activités supposant traditionnellement des rémunérations plus élevées, par exemple 2,5 Smic, une hausse très modeste de 2% se traduirait par une hausse de la masse salariale de 7%, ce qui est loin d’être négligeable dans des secteurs (ici probablement l’industrie) très soumis à la concurrence internationale.

Cette situation est spécifique à la France, pays dans lequel le consensus s’est matérialisé par un taux marginal fortement croissant des cotisations. Partout ailleurs, et en particulier dans les pays de l’UE, les taux sont simplement proportionnels, voire décroissants. Cela signifie clairement que dans ces pays les négociations salariales concernant la hausse des rémunérations sont plus aisées : une hausse de 10% des rémunérations aboutit à une hausse de 10% du coût du travail…et non à 18 ou 19% comme dans le cas de la France.

Au-delà, cette situation de taux marginaux fortement croissants aboutit à des réalités déjà entrevues dans la première partie de l’article : difficulté pour une stratégie d’ascension sociale et maintien d’une foule d’activités mal rémunérées et sans véritable espoir d’en changer. Clairement, l’emploi ne se développe relativement bien que dans les branches où le travail est peu qualifié. Avec bien évidemment, un sentiment de déclassement pour les jeunes diplômés de plus en plus nombreux à obtenir des contrats très mal rémunérés. Mais ce déclassement est aussi celui des entreprises qui sont pénalisées en se lançant vers des activités risquées et porteuses d’avenir : le coût du travail qualifié voire très qualifié devient rapidement inabordable. Enfin ce déclassement est aussi celui du pays tout entier : productivité comparée en baisse, perte de parts de marché à l’international comme à l’interne, et bien évidemment balance extérieure de plus en plus déficitaire. Avec un effet de retour : si le pays produit peu le taux d’activité chez les plus jeunes et les plus âgés se trouve durablement faible, d’où les éternels débats sur l’âge de la retraite ou le trop d’assistanat.

Quelle solution ?

 

 

 

 

 

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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 13:22

La gestion politique de la pandémie et des diverses mesures prises récemment en faveur des revenus des ménages, semble marquer une dissociation de plus en plus grande entre ce que gagnent les agents au titre de leur travail et ce qu’ils perçoivent réellement. Avec cette impression générale que ce qu’on appelle le coût de la vie est partiellement pris en charge par l’Etat. Plus simplement encore, les agents auraient de moins en moins besoin de travailler pour vivre. Au-delà des mécanismes de la sécurité sociale qui reposent essentiellement sur le travail, il y aurait un Etat bienveillant qui assurerait des rémunérations hors travail. C’est le sens qu’il faut donner à la rémunération du chômage de confinement, à l’ancienne prime pour l’emploi souvent revalorisée,  à la prime d’activité régulièrement revalorisée, à l’indemnité d’inflation, etc. En se cantonnant aux rémunérations les plus proches du Smic, et hors politique sociale directe, c’est aujourd’hui entre 15 et 20% des revenus qui, normalement  rattachés à l’emploi, sont aujourd’hui supportés par l’Etat.

N'abordons pas ici les grandes théories macroéconomiques et contentons-nous du simple bon sens. Dans un capitalisme classique, l’argent des salariés  -directement ou indirectement perçu- provient tout entier du collectif entreprises. Globalement, cet argent est un revenu correspondant à ce qu’on appelle un coût de la vie, lequel est socialement et historiquement déterminé. Ce dernier aspect est important car le salaire « coût de la vie » est chargé de valeur individuelle et sociale considérable : il est contrepartie d’un travail dont le titulaire est fier, et preuve d’une insertion de l’individu dans la société. Mais cet argent qui est un coût pour les entreprises devient simultanément un chiffre d’affaires pour ces mêmes  entreprises. Globalement, le salaire est un coût mais aussi un débouché de même montant. Bien sûr existe une épargne mais celle-ci se trouve sur des actifs bancaires, immobiliers ou financiers qui, logiquement, en longue période, vont alimenter l’économie réelle, donc les entreprises.

Le fait qu’une partie du coût de la vie soit désormais prise en charge directement par l’Etat, et ce en dehors des contraintes du travail, entraîne mécaniquement une hausse de la rentabilité des entreprises à la seule condition que cette prise en charge ne relève pas d’un impôt nouveau censé la couvrir. Dans ce cas, les entreprises ne supportent plus que partiellement le coût du travail mais sont censées percevoir sa contrepartie sous forme de chiffre d’affaires. Mieux, et c’est le cas du chômage de confinement, au-delà du maintien du cadre juridique, elles n’emploient plus réellement les salariés qui cessent de produire, alors même que le chiffre d’affaires global se maintient. Cette contradiction se lève bien sûr par le canal des importations : le chiffres d’affaires devient celui d’entreprises étrangères. Le pays produit moins mais les revenus étant maintenus, l’écart est comblé par un supplément d’importations. Empiriquement, l’espace de circulation de la valeur reste inchangé (les échanges sont importants), tandis que celui de la production s’étiole.

D’où déjà des conclusions partielles concernant cette politique nouvelle : cadeau empoisonné fait aux entreprises nationales qui ne sont pas incitées à élever la productivité et peuvent parfois s’assoupir sur des logiques rentières ; cadeau réel fait aux entreprises du reste du monde qui peuvent plus facilement exporter vers la France (déficit français de plus de 85 milliards d’euros pour 2021). Cadeau empoisonné fait aux salariés qui, peu encouragés à la recherche d’emplois de meilleure qualité, constatent tristement que leur travail n’est pas reconnu correctement par leur employeur. De quoi les éloigner de toutes les valeurs symboliques rattachées au travail. Circonstance aggravée avec parfois l’ajout d’un télétravail aux propriétés potentiellement désocialisantes.

Mais aussi une conclusion plus globale :  A partir du moment où une partie du coût de la vie est pris en charge par un Etat qui monétise sa dette avec la complicité d’une banque centrale qui garantit des taux négatifs, la ronde de la circulation générale des marchandises n’est en aucune façon entamée et d’une certaine façon « tout va bien ». Cette circulation est même accélérée par nombre de start-up spécialisées dans les seuls gains à l’échange. Les entreprises, mêmes les plus douteuses ne se portent pas mal et peuvent faire face à leurs engagements financiers (peu de dépôts de bilan). Les banques ne craignent rien car l’Etat garantissant les débouchés, et la banque centrale garantissant des prêts colossaux à taux négatifs (plusieurs centaines de milliards d’euros à -0,1%), les échéances concernant leurs engagements sont couvertes. Les financiers sont eux-mêmes rassurés par des actifs dont les cours peuvent monter jusqu’au ciel et sont en permanence gonflés par un excès de liquidité créé par la banque centrale soucieuse de ne pas gêner la politique économique…. et de  ne pas voir l’édifice financier s’effondrer…

Globalement, les intérêts privés sont bien garantis. Même les salariés pauvres peuvent avoir le sentiment qu’ils ne sont pas oubliés alors qu’ils notent par ailleurs que le travail insuffisamment rémunéré leur fait toucher du doigt qu’ils ne sont pas reconnus. D’où l’affaissement de ce qu’on appelait la loyauté vis-à-vis de l’entreprise, le manque d’implication et la recherche d’un ailleurs davantage porteur de valeurs. Dans cette affaire, si les intérêts privés sont relativement protégés, le pays, lui, continue de s’effondrer :  la production nationale ne fait que s’étioler et laisse une place croissante à des entreprises étrangères qui raflent la mise. Un effet d’aubaine qui provient directement de l’extérieur sous la forme d’importations massives, mais aussi de l’intérieur sous la forme d’investissements directs attirés par l’aisance apparente du pays, et investissements qui vont être vécus comme victoire d’une politique économique : la France est devenue attractive !

De quoi faciliter la vie de tous les marchands de programmes politiques qui, dans un complet brouillard, seront avec une belle assurance fiers de révéler leur complète ignorance de la réalité.

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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 09:34

Résumé : Le monopole public EDF fut longtemps moteur et catalyseur d’une économie de marché performante. La construction d’une politique tarifaire intelligente fut le principe actif de cette performance pendant des décennies. Le passage à un système de prix violant les règles élémentaires de ce qu’on appelle un marché, a détruit une architecture institutionnelle et technologique dont la France pouvait être fière. Les débats concernant la  prochaine élection présidentielle devraient être l’occasion d’un retour au bon sens et une invitation à  la fin de turpitudes par ailleurs trop méconnues

Sans reprendre ici les travaux complexes des économistes qui ont longuement réfléchi sur les prix de l’électricité qu’il fallait pratiquer à la naissance d’EDF en 1946, on peut résumer en quelques points les grandes lignes doctrinales qui vont organiser l’entreprise jusqu’au début des années 2000.

1 - L’électricité est un bien commun accessible à tous. A ce titre, il n’est pas une marchandise et se trouve hors commerce.

2 - L’électricité doit obéir à un principe de « MiniMax » garantissant, au- delà de l’accessibilité à tous, un intérêt général. Il s’agit pour un assemblage de facteurs de production donné d’assurer un maximum de satisfaction pour les utilisateurs. La préoccupation fondamentale d’EDF est donc celle du rendement maximal de son activité.

3 - La traduction concrète de ce principe fait que les prix doivent indiquer aux utilisateurs, de façon aussi précise que possible, la rareté de la ressource. Dit autrement l’utilisateur doit savoir par le montant payé, ce qu’est le coût exact de la ressource. Cette stratégie n’est possible que pour des monopoles publics, et ne convient pas à des monopoles privés lesquels peuvent par segmentation du marché parvenir à une maximisation de la rente de monopole et entrainer une limitation des quantités offertes. Ce qu’on appelle dans les manuels d’économie le malthusianisme du monopoleur privé.

4 - Consommateurs et utilisateurs en général sont des agents libres effectuant des choix libres sur les marchés. L’objectif de rendement maximal passe par cette liberté de choix. Si le prix est inférieur à la dépense pour produire le KWh acheté, nous ne sommes pas dans la logique du rendement maximal et l’utilisateur ne dispose pas d’une information objective lui permettant d’effectuer lui-même des choix rationnels. A l’inverse si le prix est supérieur à la dépense pour produire le KWh acheté, l’utilisateur n’est pas non plus correctement informé et se prive de choix qu’il aurait pu envisager à prix moindre. Le lecteur avisé sait que ce type de réflexion mènera à la tarification au coût marginal, c’est-à-dire le cout de production du KWh supplémentaire.

5 - Dans la pratique fort complexe de la gestion du parc de production du monopole, la tarification au coût marginal doit se comprendre de façon large. Elle ne peut se ramener à un prix nul en raison du fait que sur une même unité de production un KWh supplémentaire ne coûte que les charges variables supplémentaires soit une quantité infiniment faible de matière première. Le tarif retenu du KWh deviendra alors le coût de la réadaptation, sur le long terme, du parc productif à la production au moindre coût du KWh supplémentaire. La réadaptation est ainsi optimisée, ce qui veut dire que le monopole est aussi rationnellement guidé dans sa politique d’investissement par la tarification au coût marginal. Bien évidemment ce principe de tarification ne peut être rigoureusement tenu en raison de la complexité du réel, la réadaptation continue du parc, la non stockabilité de l’électricité, la gestion des pointes de consommation, etc.

6 - La logique du rendement maximal de la production d’électricité – production en amont de toutes les activités, toutes les combinaisons productives mais aussi la consommation des ménages et la production d’autres biens communs (éclairage public par exemple) - est aussi celle qui permet les bons choix dans le cadre de toutes ces activités.

7 - La logique du bien commun et de l’intérêt général ne sont pas des principes de redistribution et EDF ne devait que se soucier de ces quelques règles. En ce sens, le monopole public recevant sa mission d’organiser un « Minimax » aux conséquences à la fois micro et macroéconomiques n’a pas à se préoccuper de politiques industrielles ou sociales. Ces dernières politiques devraient donc être assurées par l’Etat lui -même en laissant au monopole le travail quotidien de la tarification aux fins du respect du principe du rendement maximal. On sait bien évidemment que ce principe fut historiquement quelque peu contrarié.

La libéralisation du marché de l’électricité - exigé par Bruxelles- devait faire disparaitre ces principes organisationnels qui avaient fait d’EDF l’entreprise la plus efficiente du monde dans son secteur.

La fin du monopole et l’irruption de la concurrence devait fondamentalement changer la politique de tarification.

Le principe du bien commun, notamment dans sa dimension hors commerce est maintenu. Le consommateur peut rester client de l’ex-monopoleur lequel appliquera en principe une tarification hors marché, ce qu’on appelle encore le tarif réglementé.

Par contre, la réorganisation institutionnelle va développer des changements majeurs avec au final irruption de prix qui vont davantage se rapprocher de préoccupations mercantiles éloignées d’un intérêt général.

La réorganisation institutionnelle porte sur la fin du monopole public, son démantèlement avec séparation entre les divers stades de la vieille intégration verticale : production, transport, distribution, mais aussi l’irruption des marchands d’électricité (une quarantaine aujourd’hui). Il convient bien sûr de détailler cette transformation.

Tout d’abord, la commission bruxelloise reconnait que l’électricité n’est pas une marchandise comme les autres, qu’elle est probablement un bien commun voire un bien de souveraineté économique. Il convient donc de marier des acteurs dont certains seront soumis à des contraintes publiques et d’autres soumis à de simples engagements contractuels. La logique d’un « Minimax » se trouve ainsi quelque peu ébranlée. EDF peut  se charger d’un intérêt public avec maintien de politiques tarifaires spécifiques, mais il doit laisser une place majeure à de prétendues entreprises d’électricité qui, bien évidemment, incapables de concurrencer les coûts du nucléaire vont devenir agents parasites à l’intérieur du dispositif appelé ARENH (Accès Réglementé à L’Energie Nucléaire Historique).  Ce dispositif lui-même très règlementé donne accès à 25% de la production nucléaire à des prix inférieurs aux coûts unitaires. EDF ne peut donc obéir à ses   règles lui permettant de construire -au-delà de celles constitutives du bien commun- l’intérêt général. En particulier l‘actuel prix de l’ARENH -42 euro/MWh-est très inférieur au cout marginal en développement du nucléaire (EPR). Les marchands d’électricité de plus en plus nombreux engendrent parfois des situations ubuesques. Ainsi celle du groupe Total qui rebaptisé en « Total Energie » se transforme en marchand d’électricité pour connaitre un accès à l’ARENH. Face à un tel désordre de prétendu marché, on peut se demander avec humour  si en contrepartie EDF dispose de droits d’accès aux énergies fossiles produites par le groupe Total. Des situations finalement peu éloignées de celles que l’on connaissait en URSS à la veille de son effondrement.

 La multiplicité des acteurs aux intérêts divergents et le mélange privé/public complexifie les choses à l’extrême et l’on comprend que si EDF sans bureaucratie excessive dans sa gestion rationnelle devait simplement être surveillée par la puissance publique, il faudra maintenant passer au stade de la régulation bureaucratique d’un ensemble beaucoup plus vaste. Ce sera la mission d’une autorité administrative indépendante- véritable fragment de «  Gosplan »- la Commission de Régulation de l’Energie, (CRE) peuplée de 250 fonctionnaires travaillant quotidiennement avec des centaines d’autres fonctionnaires notamment bruxellois, et des acteurs de marché improductifs donc largement inutiles au monde.

L’interconnexion entre les réseaux nationaux devrait logiquement permettre, grâce à des bourses d’échanges d’électricité, la formation d’un prix de gros européen. En particulier les prix qui devraient s’y former sont assez naturellement ceux du coût marginal. La raison en est simple : les acteurs qui se présentent sur les bourses sont peu efficients et n’échangent que des quantités d’électricité produites à partir d’unités coûteuses (énergies fossiles). Logiquement il n’y a pas d’électricité nucléaire échangeable sur les bourses de gros, les possesseurs voulant la conserver pour la revente sur le marché du détail, et les candidats acheteurs sont surtout attirés par les seuls contrats ARENH. Le marché de gros est donc bien ancré sur les coûts marginaux eux-mêmes constitués pour l’essentiel par les prix de marché des énergies fossiles…qu’il faut décarboner…. en utilisant aussi  les bourses d’échange de carbone…. la spéculation sur la transition écologique faisant grimper les cours des uns et des autres.

Pour les consommateurs français, la belle histoire de la tarification au coût marginal perd tout le sens qu’elle avait au temps du monopole public. Le prix égal au coût marginal révélait bien la rareté de la ressource électricité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où il ne fait que révéler une rareté qui se trouve ….dans les autres pays européens, et rareté aggravée par le capitalisme spéculatif constructeur de rentes. Sans décision majeure concernant un marché de l’électricité complètement inventé et allant contre les intérêts supérieurs de la France, les usagers seront contraints par des prix anormalement élevés, eux-mêmes  animés de mouvements erratiques au gré de la spéculation sur les bourses. De quoi déstabiliser une économie qui a tant besoin d’un approvisionnement stable autorisant des investissements éclairés.

Il n’y a pas encore de véritables prix de marché européen car les contraintes techniques sont encore loin d’être levées : non homogénéité du marché en raison d’une interconnexion imparfaite, et imperfection augmentée des surcharges en cascades, des écroulements de tension ou de fréquences, etc.  Le capitalisme spéculatif est donc encore entravé par des frontières que la commission de Bruxelles continue à vouloir faire disparaitre.

Pour la France qui est victime d’une institution qui vilipende son avance technologique, il existe une solution rapide : celle de ne plus respecter les règles d’une concurrence artificiellement construite. En clair, mettre fin à L’ARENH et donc probablement provoquer la disparition des prétendues entreprises marchandes d’électricité. Une telle décision permettrait déjà à EDF de récupérer, du jour au lendemain, 25% de sa puissance  et de  diriger immédiatement un morceau de sa contrepartie financière vers des installations gérant les pointes. Un autre morceau pourrait être consacré à la reprise de contrats des marchands d’électricité déchus, reprise assortie d’une substantielle baisse de prix représentant les coûts inutiles et la marge des dites entreprises. Un troisième morceau pourrait servir d’appui à une baisse des tarifs classiques. 

Dans un second temps, il faudra bien encore accepter de payer des  pointes devenues plus rares avec des coûts marginaux très élevés mais qui ici ne seront plus représentatifs de la réalité massive de l’entreprise.   Le monopole public reconstitué pourra proposer des tarifs sur des coûts reflétant davantage la réalité d’un nucléaire compétitif dont l’économie nationale a tant besoin. La réforme proposée ne coûte rien, ne suppose aucune transformation des infrastructures de production, de transport et de distribution, et peut par conséquent être très rapidement menée. Peut aussi être très rapidement menée la disparition des structures bureaucratiques qui tant à Bruxelles qu’en France et  dans l’entreprise EDF elle-même  ne sont que les échafaudages permettant de faire tenir debout un marché artificiel. La contrepartie de cet échafaudage pouvant apparaitre comme élément de réduction du cout de fonctionnement des administrations publiques. La réforme n’est donc qu’un simple retour à la raison et l’éloignement d’une idéologie mortifère.

 Il n’y a aucune raison de voir le prix de l’électricité flamber en France. Beau sujet pour les candidats à la prochaine élection présidentielle.

 

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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 15:36

Jusque dans les années 90,  l’entreprise EDF était de très loin l’entreprise d’électricité la plus moderne et la plus efficiente du monde. A cette époque, l’électricité était un service public ou plus exactement  un bien commun au sens de celui que   la commission Rodotà définira beaucoup plus tard : « utilité fonctionnelle à l’exercice des droits fondamentaux », « protection au bénéfice des générations futures », « participation à la gestion » et système tenu « hors commerce »[1].

La bonne gestion du monopoleur qu’était EDF consistait à mettre en activité les quelques centaines de centrales selon un ordre décroissant : d’abord les unités les plus performantes et, selon l’appel de la demande, les unités de moins en moins performantes. S’il n’était que monopoleur classique sur un simple marché, EDF aurait poussé  sa production jusqu’au moment où la recette marginale (le prix de vente) serait égale au coût marginal , c’est-à-dire le coût de production de la centrale la moins compétitive mise en activité pour répondre à une hausse de demande. Comme le prix était « hors commerce » et qu’il convenait de répondre positivement à tous les aspects de ce qu’on appelle un bien commun, EDF pratiquait une politique tarifaire soucieuse à la fois du dit bien commun et de l’efficience. Ainsi les tarifs pouvaient être modulés afin de répartir l’appel et éviter des pointes de demandes exigeant des mises en activités de centrales trop peu performantes.

Une France honteuse de sa réussite.

Toujours en terme de bonne gestion et de respect du bien commun, le gouvernement français aurait pu résister à ce que Bruxelles  a appelé au début des années 2000, la nécessaire « libéralisation du marché de l’électricité ». Clairement on pouvait -fort de la sur-compétitivité d’EDF- proposer l’élargissement à l’échelle de l’Europe du principe du bien commun et cela, associé à une gestion rationnelle. On peut ainsi imaginer l’implantation de filiales d’EDF sous forme de centrales nucléaires dans nombre de pays, ce qui aurait autorisé partout en Europe un accès à une électricité beaucoup moins coûteuse que sur les autres continents. Bien évidemment, il fallait imaginer l’interconnexion des réseaux nationaux et bénéficier d’une mutualisation ou d’une solidarité dans la gestion des pointes de la demande. Très simplement, plutôt que de réserver nationalement des centrales complémentaires au titre des pointes, on pouvait envisager un lissage à l’échelle européenne, lissage facilité par les différences climatiques entre pays, par les horaires différents, des modes de vie différents, etc. A l’échelle d’une dizaine d’années l’Europe aurait pu ainsi bénéficier de l’électricité la plus compétitive du monde, mais aussi d’une grande indépendance énergétique et tout ceci dans le cadre « hors commerce » constitutif de la réalité « bien commun ».

La France n’a pas cru bon de participer à une construction européenne un peu sérieuse et ne s’est pas opposée dans les négociations qui devaient aboutir à l’édification d’un prix, cette fois de marché, dont le « coût » devait être la destruction d’EDF. Comme il fallait à l’interne (nationalement) maintenir la fiction d’un bien commun, et à l’externe (au niveau européen) respecter un ordre de marché, on aboutira à l’édification d’un monstre bureaucratique.

La construction d’un monstre bureaucratique

Cet ordre commence par la séparation des différentes pièces de l’édifice : production, transport, distribution. Avec toutefois pour des raisons évidentes de rationalité le maintien de l’infrastructure de réseau sous forme de monopole. Mais puisqu’il faut passer à un ordre de marché il fallait aussi construire une concurrence au niveau production ce qui était extrêmement difficile en raison de la sur- compétitivité d’EDF. Aucun producteur ne pouvant en permanence - c’est-à-dire quel que soit le niveau de la demande d’électricité- concurrencer EDF, il fallait imaginer une vente forcée d’électricité nucléaire à des prix extrêmement bas à de simples marchands de kilowattheures. Cette vente forcée était d’autant plus nécessaire que l’interconnexion du réseau à l’échelle européenne interdisait la possibilité pour un marchand de proposer un tarif plus élevé aux consommateurs. Ce point mérite explication : Il est clair que l’inter-connection devait aboutir, à l’échelle européenne, à la formation d’un prix européen. Comme dans le cas de la situation d’avant la libéralisation, le prix devait refléter le coût marginal. Il ne peut être supérieur car - en régime de concurrence- des producteurs marginaux ont intérêt à produire et donc l’offre augmente avec un coût marginal qui rejoint le prix. Mais il ne peut être inférieur car il y a perte sur les producteurs marginaux lesquels arrêtent de produire ce qui fait à nouveau coller prix et coût marginal. Dans de telles conditions, il est impossible pour les marchands -que l’on souhaite faire naître - contre tout bon sens- au nom de la concurrence - de connaître une quelconque rentabilité sans tordre le bras à EDF. Ce qui fût fait après de difficiles négociations avec la création du monstre bureaucratique appelé ARENH[2]. Parce que les marchands veulent gagner leur vie sur un marché qu’ils ne maîtrisent pas et à partir d’un métier qu’ils ne pratiquent pas, il fallait construire une marge sur le dos de la valeur ajoutée EDF. Bien évidemment, les quantités d’électricité nucléaire négociées entre les marchands et EDF n’ont rien à voir avec la logique de l’échange marchand traditionnel. Ici point d’automaticité des marchés et plutôt autorité brutale prise sous la forme de règlements ubuesques : prix et quantités imposés selon des règles précises, répartition du gâteau électricité nucléaire entre les marchands selon des règles tout aussi précises, réglementation concernant la gestion des conflits, la formation des prétendus contrats, etc. De quoi construire des programmes de travail pour une multitude de fonctionnaires bruxellois, de quasi-fonctionnaires d’autorités administratives indépendantes comme ceux de la CRE[3], de salariés d’EDF, de cabinets d’avocats et de conseils, voire de syndicats comme l’ANODE[4] et de lobbystes contestant tel ou tel arrêté concernant les modalités de fonctionnement de l’ARENH.

Des circonstances aggravantes.

Mais il faut aller plus loin, car l’électricité n’étant pas stockable les bourses de marché[5] utilisées dans les échanges ne peuvent se contenter d’un « prix spot » logiquement aligné- heure par heure- sur le coût marginal. Les marchands spéculent en effet sur le devenir des prix, d’abord en spéculant sur la demande à venir mais aussi en fonction d’une foule d’autres critères, d’où des marchés à termes lesquels vont utiliser toute la panoplie des instruments financiers au titre des couvertures[6]. Tant que les situations économiques, climatiques, géopolitiques, sont relativement stables les marchands d’électricité peuvent contrôler leurs marges. Ils sont d’ailleurs aidés en cela par l’accès à L’ARENH qui peut -moyennant rémunération- autoriser des différences entre l’appel négocié (demande programmée d’électricité) et l’appel réalisé (électricité nucléaire réellement achetée).

Tel n’est plus le cas si les coûts marginaux fluctuent de manière incontrôlée, par exemple avec la pandémie qui va voir le prix des énergies fossiles s’effondrer et, à l’inverse, s’envoler avec la reprise et surtout le risque climatique.

Durant la pandémie, les marchands d’électricité ont pu accroître leurs marges en spéculant à la baisse sur les prix de gros. Outre l’approvisionnement ARENH, on pouvait gonfler les contrats octroyés aux consommateurs avec un accès à très bon marché de l’électricité dont le coût marginal baissait en raison de centrales qui, désormais, connaissaient elles-mêmes un accès bon marché aux énergies fossiles. La pandémie perdurant, les marchands d’électricité pouvaient même prendre le risque de ne pas se protéger sur les marchés de couverture. Tout change avec la brutale et forte reprise : la spéculation à la baisse est devenue catastrophe et les marges disparaissent… alors même que l’accès à l’ARENH demeure inchangé. Les solutions sont logiques : des marchands doivent disparaître - éventuellement en ne respectant plus leurs propres engagements avec les consommateurs d’électricité- ce qui veut dire que malgré toutes les précautions, la clause du « hors commerce » qui caractérise le bien commun n’existe plus. L’autre solution consiste alors - lobbying  aidant- à tordre un peu plus le bras d’EDF et à exiger un déblocage de l’ARENH aux fins  d’obtenir des quantités croissantes d’électricité nucléaire[7].

Nous sommes de plus en plus loin… et du marché et du bien commun…. pour se rapprocher d’un ordre de plus en plus bureaucratique et complètement illégitime.

Les choses ne pourront que s’aggraver en enkystant le prix de l’électricité à un niveau durablement élevé.

Le coût d’un retour à la raison

En effet, la gestion de la transition climatique se base sur un marché du carbone dont on connait des limites finalement assez peu éloignées de celui de l’électricité. Sans exhaustivité on peut citer quelques difficultés majeures : difficulté de définir ce qu’on appelle les gaz à effet de serre, difficulté de définir la certification de l’émission carbone évitée ou échangée, manipulation du marché par des effets d’annonce tel celui du Green Deal de la Commission européenne ou de la taxe carbone, à venir aux frontières de l’UE, financiarisation excessive avec irruption des hedge funds dans le cadre de « l’Emission Trading System »[8], fraudes et comportements de passagers clandestins,  etc[9]. Cette gestion devenue parfois panique vient considérablement et durablement relever le coût marginal puisque les dernières centrales électrique mises en activité au titre des besoins de la relance sont pénalisées par la spéculation sur la transition climatique. Parce que ces centrales sont animées par de l’énergie fossile elles contribuent - marché du carbone oblige- à augmenter considérablement le prix de l’électricité, mais aussi ses fluctuations et ainsi à transformer l’énergie électrique  en bien marchand complètement instable : Prix élevés et instables qui handicapent et désorganisent une partie de l’industrie.

Ainsi l’ensemble de l’industrie sidérurgique[10] est profondément touchée par le phénomène, d’où le nouveau bricolage qui consiste à prévoir dans la partie décarbonation du plan de relance français une aide au profit de l’industrie victime des nouveaux prix de l’électricité. Au final la fin d’une électricité comme bien commun handicape gravement une industrie qui voit dans la montée de ses coûts une barrière aux investissements de décarbonation.

La France peut-elle rompre avec le processus de libéralisation du prix de l’électricité ? En théorie, en acceptant de tordre le bras de la réglementation, il est possible d’en revenir au modèle antérieur. Il est donc possible de retrouver un prix permettant de renouer avec l’idée de bien commun, un prix entre le coût du nucléaire et celui des centrales classiques. Cela suppose la fin de l’interconnexion du réseau au sein de l’espace européen et de retrouver le monopole national sur les frontières de l’hexagone. Mais là aussi existe un prix à payer. Il faudrait en effet prévoir rapidement la construction de centrales nouvelles permettant de faire face aux pointes de demande que la mutualisation permettait d’aborder plus aisément. Contrairement à ce qu’a affirmé le président de la CRE, il ne faudrait pas construire 40 centrales au gaz mais probablement quelques unes qui en toute hypothèse viendraient amoindrir la compétitivité. La très grave erreur de la France qui n’a pas été capable de résister à l’aube des années 2000 aux pressions bruxelloises, ne se réparera pas facilement. Ajoutons à cela que la critique permanente du nucléaire français a fait disparaître des générations d’ingénieurs et d’étudiants qui se sont investis ailleurs. Des générations remplacées- au-delà des marchands sans boussoles- par des fonctionnaires à cheval sur le monstre « marché de l’électricité », fonctionnaires aidés par des prédateurs financiers  armés de juristes et prétendus gestionnaires,  qui ne produisent que du désordre. Comme quoi une politique économique sérieuse ne peut être laissée à des amateurs.

 


[1] Rodotà S ; « Vers les biens communs. Souveraineté et propriété au 21ième siècle » Tracés, 2016.

[2] Accès Réglementé à l’Energie Nucléaire Historique.

[3] Commission de Régulation de l’Energie. Nous invitons le lecteur à se rendre sur le site de CRE pour qu’il puisse se rendre compte du caractère proprement ubuesque des décisions prises par ce type d’instance qui dans son idéologie officielle est préoccupée par la transparence du marché.

[4] Association Nationle des Opérateurs Détaillants en Energie.

[5] Epexspot, Nordpool, Omel.

[6] Puisque le marché à terme est aussi un pari sur un prix futur il faut se couvrir financièrement sur le risque correspondant et donc la couverture est l’opération financière qui permet de limiter  le risque pris.

[7] C’est très exactement ce que demande l’ANODE auprès de tous les bureaucrates qui tournent autour de l’ARENH.

[8] Bourse mise en place par La Commission Européenne.

[9] Sur toutes ces questions on pourra consulter l’excellent ouvrage de Benjamin Coriat : « Le bien commun, le climat et le Marché, Réponse à Jean Tirole » ; Les liens qui libérent ; 2021.

[10] Cf Le Monde du 27 octobre 2021 : « Pour les aciéries, la facture d’électricité » flambe » ; Laurie Monier.

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 06:22

Olivier Passet , comme d'habitude présente ici une fine analyse sur les cryptomonnaies. Bonne lecture.

Les cryptomonnaies c’est un peu comme un film de science-fiction. On ne comprend pas grand-chose au verbiage pseudo-scientifique qui sous-tend l’intrigue. Ce qui compte c’est de rejouer à plus soif le grand combat des forces du bien et du mal et de créer un vertige métaphysique sur la vulnérabilité de la condition humaine. Les cryptomonnaies ont leurs savants fous qui veulent devenir les maîtres du monde, leurs armées invisibles de mineurs, mercenaires de la cause, leur univers parallèle du Dark Web qui gangrène de façon rampante l’ordre établi. Elles ont leurs guerres hégémoniques, celles que livrent les FinTech pour évincer demain les banques et avec elles tout le système de supervision pyramidal des banques centrales et des États. Celles que se livreront demain les grandes puissances pour imposer leur crypto-devise au reste du monde. La presse regorge de papiers sur le combat de titan que fourbit la Chine avec son Crypto-Yuan, qu’elle verrouille à débauche de brevets, pour prendre de vitesse le crypto-dollar encore à l’ébauche au MIT et à la banque centrale de Boston. Mais on le sait aussi, le monde opaque du Web s’enflamme régulièrement de façon virale sur des mots magiques, qui doivent en l’espace de quelques années transfigurer le monde avant que le soufflet ne retombe, l’histoire logue reprenant ses droits. Il en fut ainsi du big data, de l’impression 3D,  de l’IE.

Revenons déjà au terme de cryptomonnaie. Si l’on accorde un sens au mot, quelles sont les qualités qu’elles devraient posséder ?  1/crypto, cela veut dire qu’il s’agit d’un instrument virtuel qui opère de façon décentralisée, traçable, pratique, non manipulable, grâce à la blockchain, court- court-cuitant, les banques et les gouvernements. La fiabilité digitale est telle que l’on accepte une crypto monnaie, avec autant de confiance qu’une pièce ou qu’un billet, en dépit de sa non matérialité. Sans tiers de confiance, sans tout l’édifice pyramidal qui sous-tend le fonctionnement des monnaies classiques, même électroniques, qui fait que chaque transaction au plan micro se matérialise bien en bout de chaîne  par le changement de la position débitrice de la banque A et créditrice de la banque B auprès de la banque centrale. C’est ce que l’on appelle la compensation, essentiel à la cohérence et à la robustesse du système des paiements 2/ monnaie, cela veut dire que cet actif virtuel est désiré comme unité de compte, c’est-à-dire comme étalon stable de valeur, comme instrument de transaction largement accepté et comme instrument de réserve, pour conserver sans risque son épargne. Fiable, traçable, pratique, référent lisible de la valeur, instrument de transaction et de conservation de la richesse… c’est lorsque toutes ces propriétés sont réunies que l’on peut parler de cryptomonnaie. Autant dire alors qu’il n’existe encore aucune cryptomonnaie. Prenons le Bitcoin aujourd’hui, qui capitalise 60% des cryptomonnaies, sa volatilité est telle qu’il ne peut servir ni d’unité de compte, ni d’instrument fiable de transaction, pouvant se transformer en monnaie de singe d’une seconde, d’un jour à l’autre, et encore moins de support de conservation de la valeur. Le Bitcoin est peut-être crypto, mais il n’est pas monnaie.

Derrière ce terme sans contenu véritable, on finit par y mettre tout et n’importe quoi. Les portes monnaies électronique par exemple, ne sont que des avatars de nos porte-monnaie physiques et se greffent sur l’édifice des monnaies traditionnelles. Autre exemple les crypto-devises, qui elles sont bien de la monnaie banque centrale, pilotée par l’émetteur souverain, sans faire appel à la décentralisation de la blockchain. Ce que tentent les banques centrales à travers cela c’est d’inventer un substitut numérique aux espèces, la monnaie fiduciaire donc. Pour la Chine, il ne s’agit pas de mener une guerre hégémonique contre les États-Unis, mais d’abord une guerre contre-elle-même. Tracer les transactions, affaiblir les cryptomonnaie qui constituent des failles en termes de souveraineté, d’anonymat et de permissivité pour faire évader les capitaux. Rien de crypto la dedans. On devrait parler d’espèces digitales.

Alors, si derrière le terme fourre-tout des cryptomonnaie, il n’y a pas toujours du crypto et encore moins de la monnaie, qu’y a-t-il ? Une nouvelle gamme d’actif au rendement et au risque d’une ampleur inconnue. Qui les place aux antipodes de la monnaie. Pour les addicts de la spéculation c’est de la drogue puissance 10. Il suffit de comparer les cours du Bitcoin avec ceux de l’or, ou des actions américaines même les plus risquées avec le Nasdaq, pour comprendre que les gains et pertes potentielles sont d’un autre ordre. Contrairement à l’or ou aux actions, il n’y a aucun fondamental, aucun référent ultime qui empêche les arbres de monter jusqu’au ciel. Dans les années 2000, face à la pénurie d’actifs sans risque, la finance avait inventé des actifs sans risque artificiels à travers la titrisation. Dans les années 2010, elle a inventé leur antimatière, de super-actifs risqués, tout aussi artificiels mais qui permettent d’élargir la palette de diversification pour les plus riches. 97% des Bitcoins sont aujourd’hui entre les mains de 4% des adresses. Ce qui signifie que quelques acteurs en jeu peuvent avoir une influence massive sur le marché du Bitcoin : un jouet pour quelques privilégiés, comme une œuvre de Jeff Koons, les œuvres digitales sujet d’un fol engouement, qui deviennent de super-ascenseurs pour faire de l’argent avec de l’argent, sur un mode autoréférentiel, dès lors que la petite caste qui en maîtrise les cours décide qu’il en soit ainsi.

 

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 08:24

Jusqu’en 1996, l’approvisionnement de la France en électricité se déroulait selon la règle générale du monopole : peu d’interconnexions avec les réseaux étrangers, producteur monopoleur, transporteur unique et distributeur tout aussi unique. Aucun marché avec simple mission de service public et système de prix administrés. La tarification pouvait s’opérer au coût marginal : le prix de vente est égal au coût de production de l’unité productrice la plus coûteuse, mise en service pour alimenter la demande. Le même monopoleur optimisait l’emploi des diverses unités productives par une variabilité des prix en fonction des variations des demandes horaires. Réalité directement lisible, gestion simple et absence relative de bureaucratie.

Tout va changer avec la volonté bruxelloise d’inventer un véritable marché de l’électricité : réseaux  démonopolisés et interconnectés, démantèlement des monopoles, séparation des grandes fonctions (production, transport, distribution, fourniture) concurrence entre producteurs privés et publics. Seule l’infrastructure de réseau restera sous le contrôle d’un gestionnaire unique. Comme dans le monde économique classique, il n’est plus besoin d’être producteur pour devenir marchand et au cours des années 2000 nous verrons apparaître de très nombreuses « entreprises » qui ne seront que  des grossistes achetant sur les bourses de marché de gros pour revendre de l’électricité à des utilisateurs finaux. Ces « entreprises » sont aujourd’hui au nombre d’une petite trentaine en France. 3 bourses européennes vont naître pour fluidifier le marché et le rendre efficient : « Epex Spot », « Nordpool » et « OMEL ». Les Etats devant idéologiquement et réellement s’éloigner du marché, ils n’interviennent plus que par le biais « d’Autorités Administratives Indépendantes ». Ainsi, en 2000, sera créée  en France la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) dont la fonction sera, avec l’aide de ses quelque 250 collaborateurs,  de bien vérifier que les prix qui se forment sur les bourses, obéissent strictement aux principes généraux de tous les marchés et en particulier la bonne transparence des échanges.

La France présentait toutefois des caractéristiques particulières avec un poids et une compétitivité du  nucléaire très avantageuse qui - sauf à fermer ou à vendre des centrales électronucléaires-  empêchait le marché de l’électricité de s’ouvrir à de nombreux acteurs. C’est ainsi que, contre toute logique économique sérieuse, il fut décidé d’obliger EDF à vendre à des prix très inférieurs au coût de l’électricité nucléaire à de simples marchands voulant s’installer sur le nouveau marché. C’est ce qu’on appelle l’ARENH (Accès Règlementé à l’Electricité Nucléaire Historique). Ainsi les marchands d’électricité peuvent théoriquement accéder à 25% du total de l’énergie électrique d’origine nucléaire produit par EDF et venir concurrencer cette même EDF en vendant à des particuliers à des prix inférieurs. Comme si un producteur/ distributeur était administrativement obligé de vendre à très bon marché ce qu’il produit à un acheteur décidé à le tuer. Parce qu’il était très difficile voire impossible de démanteler le producteur nucléaire, l’Etat français, obéissant à la règle bruxelloise de libéralisation du marché de l’électricité, se devait d’organiser le pillage de l’entreprise qu’il possédait.

Ce marché européen de l’électricité -avec ses bourses d’échange- fonctionne évidemment selon la règle du coût marginal et le prix européen s’établit donc selon le coût de production de l’unité marginale, celle qui doit être activée pour répondre à la demande alors qu’elle est moins compétitive que toutes les autres qui fonctionnent à pleine puissance. Sur le marché n’intervient pas que des marchands soucieux d’obtenir de véritables contrats d’électricité réelle. Au nom de la fluidité et de la liquidité, de très nombreux autres acteurs interviennent et négocient au comptant ou à terme des contrats simplement financiers. De telle sorte que, sur les marchés de l’électricité comme sur les autres marchés de la spéculation, on rencontre des acteurs qui n’ont rien à voir avec la valeur d’usage réelle. Et parce que les contrats financiers comportent des risques qu’il faut couvrir, on verra de nombreux produits financiers incorporant le sous-jacent électricité. Ces acteurs spéculent beaucoup actuellement sur ce que l’on croit être les producteurs de l’électricité marginale à savoir le gaz et le charbon. Il en résulte une hausse des prix de l’électricité en France qui n’a rien à voir avec les coûts moyens réels.

L’invention d’un marché de l’électricité par les autorités bruxelloises et son acceptation par l’Etat français entraîne 3 conséquences extraordinairement négatives pour la France. Les 2 premières sont connues : un prix de marché qui ne correspond pas à des coûts de production beaucoup plus faibles que partout ailleurs et un transfert administratif de valeur depuis les centrales nucléaires vers des « fournisseurs » simples accapareurs et consommateurs de la rente nucléaire.

La troisième est plus méconnue et sans doute plus difficile à évaluer. Il s’agit de l’énorme bureaucratie engendrée pour faire « tenir debout » le marché inventé : Contrôle du respect de l’ARENH ; organismes de contrôle et de régulation tels que la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), le Groupe de Régulateurs Européens de l’électricité et du gaz (ERGEG), le Conseil des Régulateurs Européens de l’Energie (CEER) etc..,. A cette bureaucratie, il faut ajouter celle qui conçoit et surveille de loin le marché, par exemple la bureaucratie bruxelloise qui a inventé les directives comme celle relative à  la réglementation concernant la transparence du marché ou celle surveillant la bonne séparation - y compris comptable-  à l’intérieur d’EDF du gestionnaire du réseau de transport (RTE) ou le gestionnaire du réseau de distribution (ENEDIS). Bien évidemment, il ne faut pas oublier dans le catalogue la bureaucratie financière qui concerne les bourses, leurs acteurs, mais aussi les juristes, les économistes, voire les modélisateurs. Et cette bureaucratie financière se doit d’avoir l’œil sur la bureaucratie financière rattachée à la spéculation sur le prix du carbone. Il ne faut pas oublier en effet que le prix de l’électricité devient aussi en quelque sorte le produit d’une double spéculation : les spéculateurs sur les bourses doivent avoir l’œil sur le marché à terme du carbone qui intervient sur les coûts des producteurs, coûts sur lesquels la spéculation s’enracine. 

Au total, non seulement le prix de l’électricité en France ne reflète plus l’extraordinaire compétitivité de l’entreprise historique c’est-à-dire EDF, mais sa transformation artificielle en prix de marché entraine 2 conséquences gravissimes.

 La première est la consommation du talent de milliers de personnes de très haut niveau sur le plan professionnel, personnes dont l’activité est complètement inutile voire nuisible. Un exemple : les auteurs de la très sérieuse étude sur « la sensibilité du prix de l’électricité aux publications d’informations relatives aux disponibilités des moyens de production en France »…. Comme quoi de grands talents dans le domaine de l’économétrie peuvent être affectés à des « bullshits jobs » dont la seule production est celle de rester les gardiens probablement inconscients d’un temple idéologique.

La seconde est la consommation d’une énorme quantité d’épargne ou de création monétaire, celle « brûlée » dans les bourses directes (les bourses du marché de l’électricité) ou indirectes (les marchés du carbone). Des moyens financiers qui pourraient être affectés de façon plus efficiente.

Il est grand temps de voir la France se réapproprier les outils d’une production qui avaient contribué à bâtir sa grandeur dans les années 70/80.

 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 08:32

Dans un article précédent nous avons constaté que les grandes questions du pays (social, économique, environnemental, géopolitique) supposait de disposer de moyens colossaux qu’une finance - majoritairement abonnée à de simples jeux spéculatifs protégés par monétisation abusive de la  banque centrale- ne peut rassembler. Le préalable à la question des programmes au titre de l’élection présidentielle est donc la construction de la matière première de base de la reconstruction du pays c’est-à-dire la finance.

Et parce que toute reprise en mains de la finance est faite d’opérations techniquement risquées et politiquement extrêmement dangereuses, il convient d’aborder la question avec une extrême prudence. Au-delà de l’objectif de reconstruction du pays, le respect de l’épargnant doit-être garanti. Cela passe par une infrastructure financière complètement arrimée aux objectifs de reconstruction, concrètement un outil de circulation de la valeur d’abord rationalisé, mais aussi complétement sécurisé, et apportant de la visibilité aux diverses étapes d’une reconstruction politiquement  planifiée.

Rationalisation :

Une circulation de la valeur rationalisée passe par l’observation d’un existant devenu très peu fiable. Notre infrastructure financière est composée d’un système bancaire chargé - au-delà du simple stockage de monnaie- de l’essentiel des échanges d’argent que ce soient des paiements, des crédits, de la circulation nationale et internationale des capitaux, etc. Dans ce système, ou cette infrastructure, circule de la monnaie comme dans le réseau électrique circule de l’électricité. Aujourd’hui la circulation monétaire - essentiellement depuis la crise de 2008- se déroule de façon dangereuse avec des banques dont la solvabilité n’est pas clairement assurée. Un peu comme si les pylônes du réseau de circulation de l’électricité étaient d’une fragilité inquiétante. Qui plus est, la monnaie circulante peut être source de thrombose, avec une Union Bancaire qui reste enlisée et un marché fragmenté. Elle peut être également source de fuites y compris sous la forme de retraits massifs de billets, retraits  qui consacrent la méfiance au regard du système. Cette méfiance est elle-même justifiée par des ratios inquiétants avec une cotation qui, malgré les récentes hausses et les rachats d’actions, représentent une valeur toujours inférieure à la valeur comptable nette. De ce point de vue, l’idéal de rationalisation serait la généralisation de la monnaie numérique de banque centrale qui ferait de cette dernière l’infrastructure moderne de la circulation de la valeur. Tous les acteurs disposeraient d’un compte sous forme numérique à la banque centrale, ce qui rendrait obsolète, aussi bien le marché monétaire, que  la circulation des billets. Sa mise en place moderniserait bien davantage les systèmes de paiements qui se manifestent aujourd’hui avec les néo-banques et la forte accélération de la numérisation des processus. La rationalisation passe donc par l’édification d’une infrastructure nouvelle de circulation de la valeur passant par la monnaie numérique de la  Banque de France et faisant de cette dernière son acteur principal. Bien évidemment cette rationalisation entrainera de considérables résistances de la part d’un système bancaire qui deviendra - au moins partiellement- inutile et qui devra, comme il y a plusieurs dizaines d’années avec les produits assurantiels, découvrir de nouvelles frontières , ce qu’on appelle le « Beyond Banking » ou « l’au-delà de la banque »  . Mais on sait que les marchands de chandelles n’ont pas facilement accepté l’apparition de l’ampoule électrique.

Sécurisation :

Politiquement il conviendra dans un projet présidentiel de ne voir la rationalisation que dans la mesure où elle va apporter une sécurisation complète à toute circulation de la valeur. En effet, il faudra bien expliquer que le vieux système que nous connaissons est d’autant plus dangereux qu’un compte bancaire n’est qu’une créance sur une banque qui peut faire défaut. Circonstance renforcée par  la menace grandissante de la préférence pour un « Bail-in » plutôt qu’un « Bail-Out ». A l’inverse, un avoir en monnaie numérique de banque centrale, est un actif sûr puisqu’une banque centrale ne peut faire défaut. Et un actif sûr qui peut être rémunéré par décision administrative aux seules fins de respecter l’épargnant.

La sécurisation viendra aussi pour l’Etat si la grande transformation proposée inclue l’extinction progressive d’un marché de la dette publique toujours soumis aux jeux spéculatifs sur les spreads de taux. Cela passe par un système bancaire chargé d’une mission de service public avec en particulier l’achat obligatoire de bons du Trésor. La dépense publique nourrit des comptes qui assurent un retour vers le Trésor. Cette extinction progressive apportera une sécurisation nouvelle : voir réduire progressivement la grande dépendance vis-à-vis du  reste du monde et aboutir à la  situation de celle du Japon où 90% de la dette publique est interne. A noter que cette extinction est également porteuse de sécurisation pour les autres pays européens et l’Europe toute entière. En effet les investisseurs des pays frugaux (Allemagne, Pays-Bas, etc.) n’auront plus à craindre de voir leurs capitaux exposés dans un pays à solvabilité menacée. De la même façon, Bruxelles n’aura plus à imposer de politiques restrictives entrainant une croissance anormalement faible pour toute la zone et une balance extérieure courante dont l’excédent (plus de 3% de PIB) est un boulet pour le reste du monde. Notons enfin que globalement la sécurisation vient raboter les jeux spéculatifs qui se nourrissent d’une insécurité par le biais de juteuses opérations de couverture de risques. Des risques qu’il faut reporter sans fins sur un marché du risque devenu tentaculaire, avec en particulier des produits dérivés, des positions nues, etc., et qui devra devenir politiquement maitrisé.

Visibilité :

Les banques, comme l’Etat, désormais sécurisées reçoivent la mission de fournir les moyens de la reconstruction dans tous les domaines définis par le législateur : décarbonisation planifiée et mesurée, respect d’objectifs de réindustrialisation et de transformation de l’agriculture, indicateurs de contraction des chaines de la valeur, indicateurs de recul de la polarisation, respect des objectifs de reconstruction et d’élargissement du complexe militaro-industriel, amélioration mesurée du système de formation et du système de santé, réintégration du pays dans le peloton de tête de la recherche mondiale, disparition du chômage avec augmentation générale du taux d’activité, indicateurs de santé sociale et sociétale,   etc. Cette visibilité suppose un contrôle strict de l’activité des banques et des administrations qui coopèrent avec les acteurs de base de la reconstruction : entreprises privées, entreprises publiques, associations, etc.

Chacun des objectifs est négocié avec les acteurs de base et le suivi de chacun d’entre eux donne lieu à des débats publics.

Rationalisation, sécurisation, et visibilité doivent permettre de nourrir des investissements dont la seule limite n’est en aucune façon financière mais la faisabilité matérielle. Dispose-t-on des compétences et de la capacité matérielle au redéploiement d’un très grand volume de travail humain, soit probablement celui de plusieurs millions de personnes ?

La réponse est bien entendu dans la remobilisation de tous les acteurs autour du projet de refondation, projet  évitant à la France de rejoindre la culture anglosaxonne et de rester dans la sienne tout en répondant aux grands enjeux de demain.

Principaux points du message à diffuser durant la campagne.

Le candidat réellement soucieux des questions financières s’engage à permettre à tous les français, mais aussi à tous les utilisateurs de monnaie, d’ouvrir un portefeuille feuille numérique à la banque de France. Cette nouvelle liberté est celle de la fin de la monnaie simple créance. Elle est aussi la possibilité d’échapper à l’ancienne circulation des billets et pièces devenue incompatible avec les nouvelles exigences sanitaires. Le candidat présente la mesure comme modernisation, sécurisation et simplification du réseau de circulation de la valeur. La banque de France doit ainsi devenir la banque sécurisée de tous les français. Le candidat insiste beaucoup sur le fait que déjà les projets de création de monnaie numérique de banque centrale sont à l’étude au niveau de la BCE et de nombreuses autres banques centrales. Il précise simplement qu’il veut aller au-delà et prendre appui sur ces monnaies nouvelles pour nourrir un projet ambitieux de reconstruction du pays. Il insiste également beaucoup sur le fait qu’il s’agit d’une entorse à l’indépendance de la Banque de France, entorse qui de fait sera acceptée par Bruxelles en raison des solutions qu’elle apporte au risque d’un éclatement de l’euro. C’est évidemment la partie la plus difficile dans la communication du projet.

 

Le candidat s’engage en contrepartie à interdire les cryptomonnaies privées sources de déstabilisation des comptes bancaires classiques mais aussi d’activités spéculatives et délictueuses. Il insiste sur le fait que déjà plusieurs milliards d’euros ont disparu des comptes bancaires français et se sont transformés en crypto-monnaies privées insaisissables.

 Il s’engage également à limiter le déplacement de fonds  des comptes bancaires classiques vers les portefeuilles numériques. Il s’engage toutefois sur une montée en puissance des portefeuilles numériques dont le contenu, à terme,  deviendra la monnaie de base entièrement sécurisée et rémunérée par un taux de l’intérêt administrativement décidé. Les comptes classiques deviendront progressivement des comptes d’épargne rémunérés, sur lesquels se fondera des financements au titre de la reconstruction. Dans ce cadre les banques se verront confiées une mission de service public. Le candidat, toujours prudent, proposera une enveloppe de 5 année pour aboutir à la mutation  progressive du système bancaire.

La protection temporaire apportée au système bancaire sera toutefois assortie de nouvelles contraintes. Les dépenses publiques au titre de la reconstruction qui se déverseront sur les comptes bancaires seront pour partie le support de bons du Trésors obligatoirement  achetés par les banques. Ce retour obligatoire vers le Trésor permettra à court terme de réduire, puis à plus long terme de faire disparaitre le marché de la dette publique. Le terme proposé par le candidat sera lui aussi fixé à 5 ans. En contrepartie et toujours dans le cadre du respect strict des objectifs généraux de reconstruction, les banques pourront bénéficier de contrats de création monétaire fixés conjointement par la banque de France et l’Etat au titre des investissements programmés.

Le projet général de reconstruction développera des externalités favorables aux pays frugaux (excédentaires). Le redressement favorise le mouvement général des dépôts européens vers la France, ce qui vient soulager les soldes Target 2 et rassurer tous les pays excédentaires. De quoi assurer certes, à partir d’un non-respect de l’indépendance de la Banque centrale, une union des transferts que la zone refuse avec obstination….De quoi aussi retarder sinon gommer la question des taux de change et donc celle de l’Euro…. Comme quoi la généralisation d’une monnaie numérique de banque centrale peut soulager les erreurs de cheminement dans la construction européenne. Techniquement cette union artificielle des transferts est difficilement communicable dans une campagne électorale, mais le candidat peut simplifier les choses en parlant d’une correction des négligences dans le processus historique de la construction européenne.

Le candidat insistera sur la séparation qu’il introduit dans la réforme entre les activités de marché (spéculation) et les activités de service public considérablement renforcées par la nouvelle infrastructure monétaire. S’agissant des premières il n’existe pas d’opposition fondamentale à ce que les activités de haut de bilan se maintiennent. Simplement elles tiendront compte des objectifs généraux de la reconstruction. Par contre les secondes seront progressivement limitées par la volonté de diminuer le périmètre des jeux spéculatifs consommateurs d’une épargne elle-même  carburant de la reconstruction. A titre d’exemple le candidat doit s’engager à supprimer le marché de l’électricité qui au-delà d’un gaspillage de moyens humains, technologiques et financiers ( débats invraisemblables sur la « taxonomie » ou réalité institutionnelle tout aussi invraisemblable appelée  «ARENH ») a eu pour résultat un prix de l’électricité déconnecté de son coût unitaire moyen et des retards dans les technologies de demain (EPR, SMR, réacteurs à sels fondus, etc.)

Remarques conclusives

Il est bien évident qu’un tel projet risque de développer un effet contagion à l’échelle de la zone. Avec des effets pervers, par exemple celui pour des Etats imprévoyants de jouer pleinement le jeu de la théorie monétaire moderne reposant sur la fausse souveraineté permise par un Euro bizarrement devenu protection. Par exemple la Grèce pourrait en revenir aux choix festifs qui étaient les siens avant la crise de 2015. A terme cela suppose probablement de revoir les traités.

Une question très importante est celle de la gouvernance de la banque de France devenue surpuissante. A cet égard une telle réforme doit impérativement refonder le code monétaire et financier avec l’objectif général d’un contrôle authentiquement démocratique garant des libertés fondamentales. On ne peut en effet oublier que la nouvelle « technologie monétaire » met fin à « l’argent liberté » contenu dans des billets disparus.

Plus généralement la grande question sera de savoir si l’effet contagion pourra corriger les effets de polarisation entre excédentaires et déficitaires ou s’il finira par faire disparaitre l’euro.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:49

Vu de haut, une élection présidentielle est d’abord le moment d’un débat sur les grands problèmes du pays. Toujours vu de haut, il semble qu’existe 4 grandes séries de questions. D’abord et peut-être les plus importantes celles concernant l’environnement naturel devenu menaçant et le milieu géopolitique tout aussi menaçant  dans lequel le pays baigne ; ensuite  celles  concernant le social, le sociétal et l’économique, là aussi thèmes chargés de menaces.

Ces questions sont traditionnellement abordées sous un angle économiciste. C’est globalement par les mécanismes du marché - même corrigé ou orienté- que l’on cherche à résoudre les questions posées par la désindustrialisation. C’est aussi par ceux du marché - ici marché du travail et de la formation- que l’on envisage de résoudre les problèmes du vivre ensemble, de l’emploi, de la socialisation ou de l’assimilation. C’est également par une industrie de la défense que l’on imagine se protéger contre un monde qui fait renaître ici ou là des tendances impériales voire agressives. C’est enfin par le recours aux règles du marché - certes corrigées- que l’on envisage de s’affranchir des contraintes environnementales (climat, biodiversité, etc.).  

Et puisque le choix épistémologique pour aborder ces multiples problèmes passe par une vision économiciste  du mouvement du monde, les candidats à l’élection présidentielle développent une montagne de propositions qu’ils présentent par des évaluations financières dont la matière première c’est-à-dire l’argent ne semble pouvoir provenir que des mécanismes du marché. S’il s’agit de l’industrie de l’agriculture ou des services il faudra des montagnes d’investissements. S’il s’agit de refaire société il faudra là encore de quoi faire face à  des dépenses pharaoniques adossées directement ou indirectement sur les marchés. S’il s’agit de la défense, de la sortie ou du maintien dans l’OTAN, de la protection de notre souveraineté dans l’indopacifique, il faudra des investissements militaires considérables obtenus par prélèvement sur le marché. S’il s’agit du milieu naturel, il faudra là encore mobiliser énormément de moyens financiers issus in fine des mécanismes du marché.

Dans cette vision des choses, ces moyens relèvent soit de l’investissement public ou privé à partir d’une épargne, soit d’une dépense publique qui, elle aussi, relèverait d’une épargne - ici forcée- sous la forme de prélèvements publics obligatoires.

Il nous faut constater que les chiffres qui vont bientôt s’aligner et s’empiler dans des programmes politiques  ne sont pas couverts par une réalité substantielle. Ainsi l’épargne en particulier privée ne cherche pas à s’investir dans des moyens de production pour le retissage de l’économie, dans ceux  de la restauration de la  socialisation, dans ceux de l’équipement militaire ou ceux de la protection de la nature. Ainsi une bonne partie de cette épargne sert à des achats d’actifs spéculatifs. Par exemple - non pas à l’échelle de la France mais à celle du monde- c’est plus de 1000 milliards de dollars d’épargne qui sont utilisés à l’achat de bitcoins. Toujours à l’échelle mondiale la monnaie massivement émise par les banques centrales ne se retrouve qu’assez marginalement dans la protection de l’environnement voire dans le capital productif puisque d’une part, le premier continue de se dégrader, et que d’autre part le second laisse se dégrader la productivité globale. Et l’explication est simple : la monétisation affaisse le rendement des actifs financiers productifs et invite les épargnants à ne plus accepter des obligations dont le taux est anormalement faible. Pourquoi acheter des obligations d’entreprises se transformant en investissement matériel si le rendement est proche de 1%, un rendement imposé par une politique monétaire expansionniste aux seules fins de nourrir des Etats déficitaires ? Il est donc logique qu’une part considérable de l’épargne se détourne des seuls véritables problèmes (l’économie, le social et le sociétal, les menaces géopolitiques, l’environnement naturel) au profit de la seule spéculation sur actifs spéculatifs. Avec parfois des abus relevant de véritables délits : de la valeur ajoutée réelle disparait dans la spéculation financière par le biais de rachats d’actions. Et ce déplacement gigantesque vers la spéculation se mesure par des variations de prix de plus en plus importantes sur à peu près toutes les marchandises. Comme le disent les initiés les « positions non commerciales » sur tous les marchés sont devenues essentielles dans les échanges . Ce qu’on appelle économie est partiellement devenue  un univers de parieurs sur fluctuations de prix de marchandises qu’ils ne connaissent pas, et n’est plus un monde de parieurs sur la matérialité d’un monde à construire.

Les candidats à l’élection présidentielle savent bien qu’ils ne peuvent échapper à la matérialité du monde : les usines, la terre, l’emploi, le tissus social et sociétal, l’environnement naturel, la sécurité extérieure. Ils savent aussi probablement que l’économie étant devenue largement spéculative, ils ne peuvent trouver dans cette dernière les instruments d’une réelle résilience du pays : les matières premières propres à cette dernière n’existent pas. Et donc avant de parler de cette matérialité du monde dont il faudrait corriger tel ou tel aspect par le biais de programmes politiques, il faut s’attaquer à la spéculation généralisée, donc la financiarisation.

C’est sur ce point essentiel qu’il faudrait entendre les réflexions des uns et des autres candidats. Comment définanciariser pour avoir accès aux matières premières de la reconstruction ? Quels sont les risques associés à l’édification d’un chantier de dé-financiarisation ? Autant de questions qui, hélas, ne seront pas abordées durant la campagne qui s’ouvre.

 

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