30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 13:43

 

Résumé : Le présent texte fait suite à celui publié le 1er octobre dernier (« Pour bien comprendre le monde d’aujourd’hui »). Il approfondit la notion de mondialisation en y intégrant l’idée d’Etats désormais réquisitionnés par un nouveau groupe dominant. Il en résulte que la durabilité de la grande crise est l’effet d’une volonté qui ne connait pas de réelle opposition : il n’existe pas d’issue prévisible à la crise. En tant qu'avant garde de la mondialisation, la zone euro est la locomotive de l'approfondissement de la crise planétaire.

Dans "Pour bien comprendre le monde d'aujourd'hui"[1] nous avons longuement insisté sur l'apparition d'incohérences:

-une nouvelle forme de capture de l'Etat détruisant les bases de sa force prédatrice de toujours au profit d'une "sur classe" déterritorialisée. Nouvelle forme faisant disparaitre les frontières pour le plus grand profit d'une oligarchie. L'Etat est toujours présent mais son fonctionnement nouveau met en cause des principes qui jusqu'ici lui étaient complètement rattachés: il ne dispose plus d'une pleine souveraineté sur un territoire bien délimité.

- la séparation radicale entre statuts sociaux qui jusqu'ici étaient plus ou moins reliés dans une relative cohérence d'intérêts. Les intérêts du consommateur ne sont plus ceux des salariés, qui ne sont plus ceux des épargnants, Les acteurs que l'on appelait les "CSCE" connaissent un grand éparpillement de leurs intérêts.

- Le citoyen s'évaporant  dans l'émergence de "l'individu désirant" et avec lui le lien qui le reliait à l'Etat et assurait le service de ce dernier.

-Enfin, résultat d'une perte de cohérence de la réalité, la fin radicale d'une représentation du monde comme un tout organisé, un tout intégrant des parties organiquement reliées les unes aux autres. La conception keynésienne de la réalité économique s'efface au profit d'une théorie de l'éparpillement : le circuit laisse la place au déploiement d'un nombre toujours plus grand de marchés.

C'est bien évidemment la première incohérence, celle qui atteint les Etats qui est motrice et va expliquer les autres et au final l'impression qu'une sortie de crise est hors de portée.

La mondialisation ne détruit pas les Etats: elle les réquisitionne

La nouvelle forme de capture des Etats est innovante en ce qu'elle l'entraine à redéfinir la souveraineté, un concept si commode pour les premiers occupants des machines prédatrices soucieuses de garder un monopole territorial. Jusqu'alors, les utilisateurs de la contrainte publique à des fins privées, étaient fort centralement des entrepreneurs politiques (rois, empereurs, dictateurs, etc.) "Nationaux" ou "étrangers", du territoire lieu d'exercice de la prédation. Parce que ce territoire se devait d'être gardé, il fallait adjoindre aux Etats des frontières et des peuples  à administrer/soumettre/prédater. La souveraineté était d'abord un titre de propriété privée, cachée le cas échéant par la fiction d'un droit public.

Les choses vont évoluer lorsque les entrepreneurs politiques seront amenés à partager leur monopole d'utilisation de la contrainte publique: des pactes avec d'autres groupes permettront de maximiser une prédation à partager. Ainsi des entrepreneurs économiques pourront  exprimer des injonctions, à l'adresse  des entrepreneurs politiques, et exiger des règles, par exemple plus favorables  à l'ouverture des frontières. Telle sera le cas de la doctrine du libre-échange, d'une finance autorégulée, etc. Il ne s'agit pas encore d'incohérence mais de complexification d'un système. La souveraineté n'est pas encore vidée de son contenu.

Par contre, lorsque les entrepreneurs politiques ne sont plus que de simples mandataires ou de simples exécutants de groupes qui dictent les règles de ce que nous appelions "l'Universel", les choses changent fondamentalement. Le territoire cesse d'être en pleine cohérence avec l'Etat correspondant. Certes, la souveraineté ne disparait pas réellement puisque la réalité étatique est indépassable, par contre son contenu et son périmètre  sont redéfinis.

En mondialisation, les groupes dominants - les entrepreneurs économiques mondialisés- se nourrissent des "différences d'universel" qu'ils concourent à développer ou entretenir (différences de règles fiscales, sociales, environnementales ,etc.). La souveraineté reste fondamentale pour les paradis fiscaux, par contre les "vieux souverains" c'est à dire les entrepreneurs politiques n'ont plus qu'à confirmer les règles du jeu du marché mondialisé et différencié. Naguère,  acteurs essentiels  de la capture de l'Etat, ils ont progressivement partagé puis cédé la captation à d'autres groupes pour progressivement endosser la situation de servitude volontaire.

En termes concrets,  les paradis  - micro-Etats- qui captent une partie de la richesse générée en d'autres lieux, n'ont rien à craindre des Etats et de leurs entrepreneurs politiques plus puissants, si ces derniers Etats sont  eux-mêmes en situation de servitude volontaire, au regard de leur classe dominante mondialisée. Une servitude volontaire qui les amène à respecter et valoriser les règles de l'économie mondialisée et différenciée.

En termes plus concrets encore, même les dirigeants des grandes entreprises d'armement d'un Etat puissant n'exigeront pas l'élimination des paradis fiscaux par la voie des armes.

Les Etats, qui naguère organisaient une cohérence interne et formaient un système relativement simple, sont désormais invités -par la puissance de la surclasse mondialiste-  à être le support d'un système plus complexe. Ce dernier est fait d'un universel partiel, peuplé des seules règles du marché, et évacuant les autres cadres d'une vie sociale qui peut rester nationale.

Les Etats ne sont pas tous au même stade de capture dans le système mondialisé plus complexe qui s'est mis progressivement en place.

Les Etats européens -effet logique de la construction européenne- sont les plus atteints par la servitude volontaire et la mise en valeur de la seule cohérence des règles du marché mondial. La zone euro est de ce point de vue l'avant-garde de la mondialisation libérale, avec un fort recul de ses entrepreneurs politiques et une domination sans partage des groupes économiques et financiers qui dictent les règles du jeu par le biais de l'énorme - et inégalée dans le monde- puissance du lobbying bruxellois.

En dehors des "failed states"[2] (une partie de l'Afrique et du Moyen-Orient) les autres Etats sont le plus souvent à un autre stade, celui où la capture est partagée entre groupes d'intérêts, où donc la notion de nation existe encore. C'est bien évidemment le cas de l'Asie avec l'exercice d'une souveraineté plus classique : Le jeu de la mondialisation en Chine est le fait majoritaire de ses entrepreneurs politiques, avec partage de la rente avec des entrepreneurs économiques toujours dominés et soumis à l'inconvertibilité de la monnaie nationale. C'est bien sûr le cas des Etats-Unis avec le fait particulier qu'ici une monnaie nationale est aussi une monnaie mondiale avec partage de son "seigneuriage" (capture) entre entrepreneurs politiques et économiques mondialistes. Dans ces deux cas, mais sans doute d'autres encore, l'extraversion économique qui résulte de la mondialisation (surproduction côté chinois, désindustrialisation côté américain) ne met pas fin à la cohérence d'un système : un Etat politiquement organisé avec un peuple qui donne encore du sens à l'idée de nation.

Au -delà de cette réserve, La substance du monde d'aujourd'hui est ainsi faite d'Etats - qui fondamentalement transformés- restent essentiels pour le fonctionnement du marché mondialb : ils sont les relais locaux du strict respect des règles fondamentales du marché (imposition du respect des droits de propriété par exemple) et murs de protection au regard de toute tentative de nivellement des différences....murs aboutissant à une mondialisation, à la fois réelle mais aussi limitée ou contenue. Parce que la surclasse se nourrit de différences, le nivellement mondialiste serait un obstacle qu'il lui faut repousser ou contrôler.

D'une certaine façon,  la mondialisation en tant qu'émergence potentielle d'un système cohérent et plat, est ce qui doit être repoussé avec force par  la surclasse mondialiste qui, pour cela, est amenée à prendre le pouvoir dans les Etats en maintenant les entrepreneurs politiques dans une posture très affaiblie: ils sont réquisitionnés à peine de disparaitre. Situation qui correspond bien à l'entrepreneuriat politique de l'avant-garde de la mondialisation : l'Europe.

La réquisition permet de construire la durabilité de la grande crise

Ayant édifié des différences durables, il est désormais possible de les relier entre elles - ce que nous avons appelé les autoroutes de la mondialisation- et d'en épouser les avantages: construire un modèle organisationnel d'entreprise en congruence avec les dites différences.

Nous avons déjà longuement expliqué sur ce blog ce que l'on entendait par autoroutes de la mondialisation : une parfaite convertibilité des monnaies, une libre circulation du capital, une libre circulation des marchandises rangées dans des contenants numérisés et normalisés, c'est à dire des containers. Autoroutes qui exigent des infrastructures sérieuses : la dépolitisation des taux de change et la privatisation des monnaies, ce qui implique l'indépendance des banques centrales.

Réquisitionnés pour maintenir des différences, les entrepreneurs politiques sont aussi invités à ne pas taxer les autoroutes de la mondialisation: ils sont libres d'accès. Ce qui passe aussi par la crédibilité de leurs politiques budgétaires....d'où une  normalisation quasi-planétaire...et la confirmation d'une situation de servitude.

Equipée de telles voies de circulation, l'entreprise économique peut se mondialiser en optimisant les différences toujours maintenues par des Etats désormais chargés de  faire le lit de la mondialisation.

Jadis système cohérent et bien articulé sur un territoire ou des territoires, elle se désarticule et se livre à un démembrement de plus en plus fin, ce que l'on appelle allongement des chaines de la valeur. Plus la mondialisation édifie de différences, et plus la chaine de la valeur peut s'étirer pour optimiser tout ce qui peut l'être. Ce démembrement explique l'essentiel de la surcroissance du commerce international par rapport à la croissance économique mondiale depuis 30 ans.

Cette nouvelle cohérence est celle de l'offre mondiale compétitive....qui hélas doit logiquement se heurter à une demande mondiale que dans un même geste on a amoindrie...L'addition des offres nouvelles des entreprises mondialisées et éclatées le long des chaines de la valeur, est plus élevée que l'addition des demandes correspondantes. Nous avons longuement discuté de toutes ces questions dans nombre d'articles sur le blog notamment ceux classés sous la rubrique "Critiques des raisonnements"[3].

Le résultat est que la mondialisation devient un étouffoir en termes de débouchés, et plus on mondialise, plus on émiette la production et plus l'étau se resserre. Pour la classe mondialisée, la solution est toujours plus de mondialisation, toujours plus de recherches de différences, toujours plus de mise en valeur de nouveaux pays émergents, toujours plus de bas salaires, toujours plus de déréglementation, toujours plus de réformes structurelles, etc.. La solution à la crise s'annonce ainsi comme engendrement des conditions de son approfondissement. En termes simples  le carburant de la crise c'est elle-même...avec son sous-produit une dette publique et privée gigantesque à l'échelle planétaire.

Une durabilité de la crise renforcée par l'émiettement des intérêts des CSCE

Il est clair que la fraction financière de la surclasse mondialiste est celle qui se gave le mieux dans l'étouffoir de la mondialisation : spéculation planétaire pour assurer la "sécurité" sur les autoroutes (risques de change par exemple), prélèvements sur la circulation du capital, sur les dettes publiques , etc. Avec des Etats réquisitionnés en cas de difficulté, ou des banques centrales complaisantes, tout ce qui aggrave la crise est bon à prendre.

La fin de la crise ne serait peut-être pas trop grave pour les acteurs de l'économie réelle mondialisée , elle serait dramatique pour les entrepreneurs de la finance : le marché disparaitrait. Que deviendrait le système financier si les Etats retrouvant leurs occupants traditionnels, les seuls entrepreneurs politiques, déclaraient la fin de l'indépendance des banques centrales, la fin de la libre circulation du capital, des taux de changes fixes, l'interdiction de la spéculation sur compte propre,  voire l'émission du crédit selon la règle du 100% monnaie? Les entrepreneurs de la finance ne sont pas prêts d'accepter une quelconque fin de crise et se battront pour la maintenir.

Curieusement les bénéficiaires de la crise ne se heurtent pas frontalement aux CSCE.

Si la mondialisation est l'octroi d'un droit liberté pour les entrepreneurs économiques mondialisés, elle l'est aussi pour le citoyen qui n'a plus à se sacrifier pour une patrie disparue et qui ne s'est pas encore rendu compte que, l'entreprise numérique planétaire devenue son souverain maitre, le transforme progressivement en élément d'un troupeau qu'il faut élever et surveiller[4]. Devenu simple "individu désirant" sa surveillance par des algorithmes permet comme pour les vrais troupeaux de deviner ses "vrais" besoins et son comportement futur. De ce point de vue l'entreprise numérique est plus efficace que l'Etat dans sa version primitive.

Cet individu désirant, qui ignore son embrigadement dans l'entreprise numérique, est certes inquiet pour son emploi, mais il y a longtemps qu'il ne comprend plus grand chose à la théologie économique.

C'est dans l'avant- garde de la mondialisation libérale, c'est à dire la zone euro que cet ex-citoyen est le plus désabusé. Il est bien en peine pour comprendre que la citoyenneté européenne résultant de la mise en place d'un Etat européen est anthropologiquement impossible[5].

Mais il est encore plus en peine pour comprendre un discours européiste gommant les différences entre Etats, alors même que la classe dominante mondialiste s'y oppose avec radicalité.

Comment expliquer à cet individu désirant devenu élément du troupeau numérisé, que le discours officiel sur l'Europe (marcher vers toujours plus d'intégration et moins de différences) ne correspond pas aux volontés de la classe dominante mondialisée?

Comment expliquer que ce discours issu de la théologie économique serait – dans son application- une catastrophe pour ceux qui ont intérêt à la pérennisation de la crise?

Comment expliquer que cela ferait disparaitre les paradis fiscaux à l'intérieur même du continent européen?

Comment expliquer que cela mettrait en cause toutes les optimisations sur les chaines de la valeur?

Comment expliquer que la disparition de l'euro détruirait les avantages de l'industrie allemande bénéficiant d'une garantie de non dévaluation de la part de partenaires d'autant plus intéressants qu'ils sont moins productifs? (Europe du sud)

Comment expliquer que la classe dominante financière serait pénalisée par la disparition d'une BCE qui leur est soumise de par la vertu des traités?

Autant de questions qui font de l’ex-citoyen des anciens Etats, un être complètement désarmé et désorienté tentant de se réfugier dans le cocon de la sphère privée de la vie.

Mais cet "individu désirant" intellectuellement désarmé n'est pas simplement figé, il est aussi partie prenante. Nombre d'ex-citoyens sont devenus épargnants et de fait se rangent du côté de ceux qui entretiennent la crise. Il est du reste exact qu'ils ont pu prendre leur essor avec la mondialisation,  laquelle engendrant la généralisation de l'indépendance des banques centrales, a permis la protection de l'épargne au regard du danger inflationniste.

L'épargne, est aujourd'hui devenue une marchandise prisée, constituant une part importante dans le budget des ménages (plus de 15% chez les ex-citoyens des Etats européens). Les épargnants - même très petits ou très importants- sont globalement du côté de ceux qui bénéficient de la crise.

En cela les consommateurs suivent les épargnants: si l'épargne est une marchandise prisée pour "l'individu désirant", le low-cost boosté par la mondialisation ne l'est pas moins. Il est inutile de reprendre ici des développements d'évidence.

Au total , le citoyen ayant disparu, l’épargnant et le consommateur bénéficiant de la crise, il ne reste que le salarié qui,  lui, est en opposition radicale avec les différences de salaires que l'on entretient par la mise en valeur de nouveaux émergents. De fait, les chaines de la valeur pouvant toujours s’optimiser, il doit en permanence apporter la preuve de son employabilité à peine de disparaitre dans l’océan du chômage. Warren Buffet a raison de dire que la « lutte de classes existe, nous l’avons gagné ».

 

 

 

 

 


[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/10/pour-bien-comprendre-le-monde-d-aujourd-hui.html

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-etats-effondres-failed-states-dans-la-mondialisation-120988085.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/tag/critique%20des%20raisonnements/

[4] Sur la question du numérique comme forme nouvelle de prédation on pourra se référer à Pierre Bellanger (« La souveraineté numérique », Stock, 2014) ou les travaux de Bernard Stiegler, voire les réflexions proposées par le nouvel Institut de la Souveraineté Numérique que dirige Bernard Benhamou. Concernant la fin de la citoyenneté on pourre lire l'ouvrage d'Etienne Pataut: "La nationalité en déclin",Odile Jacob,2014. Nous recommandons également le N°181 de la revue "Le Débat", septembre -octobre 2014, Gallimard.

[5] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-peut-on-fonder-un-ordre-europeen-rawlsien-114879217.html

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 10:18

Résumé: Les tests de résistances bancaires publiés le 26 octobre  rassurent la zone euro. Pourtant  les taux très faibles organisés par la BCE développent le risque d'un tsunami financier alors même qu'ils sont censés lui faire barrage.

La BCE rassure sur l'état de santé global des banques européennes. Il est vrai que l'examen de la méthodologie retenue est sérieux. Au delà d'une revue rigoureuse de la qualité des actifs (AQR), les tests de résistances ont intégré 5 grands risques (crédit, marché, titrisation, taux, souverain), dans deux scénarios ( actuel et adverse ou stressé), d'états macro-économiques ( croissance, chômage, taux longs, situation de l'immobilier, inflation).

Pour autant,il apparait que le risque de valeur des actifs est fort mal apprécié dans le modèle retenu, en raison de la politique de taux anormalement bas, développée par  une BCE en grande difficulté dans sa volonté de relancer le crédit. C'est cette insuffisance qui fait l'objet de ce très bref billet.

Partons de la relation inverse entre taux et cours, propriété qui fait partie de l'outillage de base propre à la compréhension du fonctionnement des marchés financiers.

Prenons le cas de la dette publique en général.

Une émission de bons du Trésor à 5% signifie que si le titre bénéficie d'une valeur inscrite de 100, son acquéreur se verra octroyer un rendement de 5. Si le marché secondaire n'accorde pas sa confiance au titre, sa valeur boursière va se détacher de la valeur inscrite. Si l'on suppose que le cours passe ainsi de 100 à 50, cela signifie que l'acheteur sur le dit marché secondaire bénéficiera d'un coupon de 5 sur un titre qui ne vaut que 50, soit parconséquent une rentabilité de 10%. Un marché qui boude ainsi une dette publique, obligera l'Etat correspondant à offrir - au titre de ses nouvelles émissions- un taux de 10%  et non plus de 5%, pour continuer à alimenter son Trésor. La conclusion figure dans tous les manuels d'économie : lorsque les taux baissent les cours montent et inversement, lorsque les taux augmentent les cours baissent.

Bien évidemment les actifs des bilans bancaires sont affectés par une montée des taux et, si par hypothèse extrême ils sont gorgés de dettes publiques, leur insolvabilité est vite assurée. D'où une crise systémique. D'où aussi l'utilité de stress-tests commençant par l'évaluation des actifs pondérés des banques, la célèbre AQR.

Tentons de reproduire le raisonnement dans la situation, encore présente aujourd'hui, où les taux sont durablement et depuis plusieurs années très faibles. Une défiance des marchés, par exemple concernant les dettes publiques de la zone sud de l'Europe, peut entrainer un passage de 1 à 2% des taux. Cela signifie que la valeur inscrite qui était par exemple de 100 ne vaut plus que 50, d'où la difficulté de recourir à des émissions nouvelles.

Pour autant, dans ce nouvel exemple la chute des cours (division par 2) ne résulte que d'une variation de seulement 100 points de base (1%) alors que dans l'exemple précédent la variation se montait à 500 points de base (passage de 5 à 10%.

La conclusion de ce petit exemple est simple : la sensibilité de la valeur des actifs bancaires est beaucoup plus importante dans les périodes où les taux sont durablement faibles. Corrélativement, elle l'est beaucoup moins lorsque les taux sont élevés. Cette sensibilité ne semble pas avoir été prise en compte dans l'évaluation des risques de taux par les organisateurs des stress-tests dont la publication vient d'intervenir.

C'est dire que, malgré les efforts passés de recapitalisation, et efforts à venir pour les banques mauvaises élèves, qui ne respectent pas encore les ratios CETI de 8% pour l'AQR et de 5% pour le stress test ,  la probabilité de risque systémique est beaucoup  plus importante aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a 10 ans.

 

 

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 08:27

 Résumé:                  

Le présent texte propose un principe d'explication du monde. A partir de postulats simples, il permet de comprendre et de resituer les grands évènements qui semblent mobiliser l'actualité : l'économie comme puissance hégémonique, la décomposition/recomposition des Etats dans la mondialisation, la crise du politique, l'étiolement de la démocratie représentative au profit d'une oligarchie politico-financière, l'individualisme radical, l'effacement progressif des droits sociaux dans les anciens pays développés,etc.

Autant de faits constatés à la "surface des choses", mais faits qu'il convient de relier dans un système global d'explications. Comme tout modèle, il  doit être confronté à la réalité. Aux lecteurs de s'y livrer.                             

Le monde dit post-moderne semble s'annoncer sous l'étendard du marché généralisé et de la démocratie représentative. Pour l'essentiel, il comprend 3 catégories d’acteurs : le groupe des entrepreneurs politiques, celui des entrepreneurs économiques et celui des citoyens/ salariés/ consommateurs/ épargnants ( « CSCE »).

Les producteurs de l’universel

Le premier groupe est constitué d’acteurs en concurrence  pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animés par un intérêt privé -pour l'essentiel le goût du pouvoir - ils professionnalisent une fonction et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre institutionnel et juridique général.

A ce titre, il y a  utilisation classique d'outils de la contrainte publique à des fins privées. L’objectif privé est la conquête ou la reconduction au pouvoir, utilité pour laquelle il faut supporter et reporter un ensemble de coûts : programmes se transformant en textes, se transformant eux-mêmes en impôts/dépenses publiques, ou se  transformant en redistribution des niveaux de satisfaction des divers agents relevant du monopole étatique.

La démocratie ne change pas fondamentalement les données du problème puisque la puissance publique ne peut-être que ce qu’elle a toujours été : un monopole. Il y a simplement concurrence à partir d’un appel d’offres : quels entrepreneurs auront la charge de la promulgation des textes qui s’imposent à tous et sont donc bien œuvre d’une entreprise monopolistique à savoir l’Etat ?

Un probable  moyen de limiter l’utilisation de la contrainte publique à des fins privées serait l’interdiction de la professionnalisation de la fonction politique. Un interdit passant par un texte, on voit mal pourquoi les entrepreneurs politiques adopteraient une stratégie allant contre leur intérêt de reconduction sans limite,  au pouvoir. En démocratie représentative la professionnalisation  de la fonction politique est ainsi devenue un fait quasi hégémonique, avec une nouveauté qu’il convient de souligner par rapport à la forme antérieure de l’aventure étatique : les entrepreneurs politiques de l’âge démocratique cessent de masquer l’accaparement de la contrainte publique à des fins privées par la figure du divin, ou celle du héros souvent tyrannique, et ne sont plus que de simples et paisibles  gestionnaires d’une entreprise profane appelée Etat.

D’où -en terme de vocabulaire- le glissement du « politique » en « bonne gouvernance » et l’idée associée selon laquelle il n’y aurait plus besoin d’un Etat pesant,  surplombant tous les acteurs. L'Etat devient idéologiquement une entreprise qu'il faut gérer comme telle.

Les biens ainsi produits par l’entreprise-Etat, les « règles du jeu social », parce qu’universelles par nature, peuvent ainsi apparaitre comme porteuses d’un "intérêt général". Et la confusion est vite établie : les entrepreneurs politiques auraient ainsi la lourde mission de produire de l’intérêt général, alors qu’ils doivent surtout veiller à un programme de conquête du pouvoir ou de reconduction au pouvoir. De fait,  les textes sont toujours des compromis entre acteurs ou groupes d’acteurs aux intérêts divergents, le pouvoir étant donné à ceux pour qui ces compromis concernent positivement, réellement ou imaginairement,  une majorité d’électeurs.

N'en déplaise aux juristes,nul intérêt général, impossible à définir, ne peut être lu dans un texte, qui par nature, fixant le champ des possibles, est nécessairement fait de contraintes que beaucoup voudraient enjamber et dépasser. Ce qui est réel dans l'intérêt général, c'est la croyance dont il est l'objet.

 

Les producteurs de biens économiques

Le second groupe est constitué d’acteurs en compétition entre eux sur le marché des biens économiques. Les entrepreneurs économiques ont plus de difficulté que les entrepreneurs politiques à s’exprimer avec conviction sur l’idée d’un intérêt général dont ils seraient les producteurs. C’est que les biens économiques ne surplombent pas la société comme le fait son « système juridique ». La baguette de pain du boulanger ne surplombe pas les acteurs comme le fait le Code Civil.

Pour autant, ils disposent d’un outil théologique exprimant la fiction d’un intérêt général : la théorie économique.

Cette dernière prétend enseigner que, mus par des intérêts particuliers, les entrepreneurs économiques fabriqueraient un intérêt général : la fameuse main invisible de Smith. Certains en déduisent d’ailleurs que le paradigme de l’économie, s’il était  suffisamment répandu, permettrait  de se passer de cet universel qu’est l’Etat. Le monde pouvant ainsi passer de son âge politique à son âge économique. Et avec lui, le passage de l’Etat-Nation à la mondialisation…, l’Universel ultime - celui de la fin de l’histoire  qui fût si difficile pour le genre humain - étant l’économie, comme instance bienfaitrice et réconciliatrice de toute l’humanité.

La compétition sur le marché des biens économiques passe aussi par des interventions sur le monopoleur qui fixe les règles du jeu : il faut « capturer »  la règlementation et se faire aider par les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs d’une «  haute fonction publique » pour gagner des parts de marché, être protégés contre des agresseurs économiques, voire pour créer de nouveaux marchés ( 1). 

Le politique  devient l’art de continuer le jeu de l’économie par d’autres moyens : A charge du politique, de bien vendre la règlementation sur le marché politique où il rencontre, en démocratie,  régulièrement les électeurs. Ce qu’il faut simplement constater à ce niveau c’est que d’autres intérêts privés, ceux des entrepreneurs économiques utilisent à l’instar des entrepreneurs politiques, les outils de la contrainte publique aux fins de satisfaire leurs intérêts.

 

Les citoyens/salariés/consommateurs/épargnants

Le troisième groupe est peut être davantage hétérogène. Il s’agit de tous les acheteurs de biens politiques d’une part, et de biens économiques, d’autre part.

Porteurs de statuts multiples et pour l’essentiel : citoyens plus ou moins engagés dans des valeurs ou croyances, salariés, consommateurs, épargnants, (on les appellera dorénavant les « CSCE »), ils peuvent être en compétition entre eux (groupes d’intérêts), voire connaitre des conflits de statuts, lesquels ne sont pas toujours réductibles à un ensemble de cercles concentriques.

La même personne étant le plus souvent appelée à valider/supporter des rôles différents, Il peut exister  des temps historiques où les CSCE connaissent une grande dissociation : l’intérêt du salarié est dissocié de celui du consommateur ;  l’intérêt du citoyen est dissocié de celui de l’épargnant ; la vision du citoyen est dissociée de celle du consommateur ou de l'épargnant,etc. Mais il peut être des temps historiques où plusieurs de ces intérêts, voire tous vont dans le même sens(2). Bien évidemment les valeurs et croyances du citoyen, variables selon les espaces, apportent des colorations spécifiques à l'Universel : la représentation qu'un Allemand se fait de l'Etat est très différente de celle du citoyen Français. Il en découle des modes de fonctionnement différents des marchés politiques.

La conjonction présente du marché et de la démocratie représentative fait des CSCE un groupe apparemment aussi important que les deux premiers. Parce que clients sur le double marché politique et économique, les entrepreneurs qui leur font face  doivent en principe les satisfaire. La réalité est toutefois infiniment plus complexe : les CSCE peuvent comme les entrepreneurs politiques « capter » la réglementation en achetant avec leurs voix des dispositifs avantageux comme salariés ou consommateurs, ce que certains appelleront  le « social- clientélisme ».

En ce sens, ils sont comme les autres acteurs (entrepreneurs politiques et économiques) attirés par l’utilisation de l’universel afin de satisfaire leurs intérêts privés. L’universel, donc le monopoleur ou l’Etat, est ainsi un champ de bataille important entre les 3 groupes d’acteurs.

Dans un monde dit "postmoderne", faisant valoir ou masquant des intérêts privés, ils cessent d’entrer en conflit sur la base d’idéologies pour ne s’engager que sur des arguments issus de la raison.

D’où la très forte  odeur de  théorie économique dans les discours et débats qui animent le monde. Chacun réduisant l’analyse de l’interaction sociale à une physique sociale, les simples corrélations entre faits - inflation, croissance, chômage, échanges extérieurs, salaires , productivité, etc. - devenant d’indiscutables causalités sur les tables de négociations- avec de possibles moments « TINA » (« There Is No Alternative »). En sorte que si, jadis, le marxisme pouvait selon Jean Paul Sartre  être « l’horizon indépassable de notre temps » la théorie économique, dite orthodoxe, semble pouvoir aujourd’hui lui être substituée.

Mais le jeu social se complexifie aussi en raison de l'évolution des intérêts et rôles affectant les 3 statuts évoqués. Au delà de l'hétérogénéïté des intérêts à l'intérieur de chaque catégorie -dissociation entre entrepreneurs de l'économie réelle et entrepreneurs de l'économie financière par exemple- des conflits ou/et communautés d'intérêts peuvent déboucher sur des stratégies d'alliances ou de rupture,  générant une lente dégradation de la démocratie en oligarchie.

Toutes choses qui méritent davantage d’explications.

 

Mouvement des intérêts et bouleversement des compromis

L’articulation des trois groupes précédemment définis est nécessairement instable en raison du caractère toujours éphémère des compromis passés.

Le groupe des entrepreneurs économiques est probablement le plus éclaté en raison de cette guerre de tous contre tous qu’est la concurrence économique. Par nature, il est plus ouvert, car  les marchés se sentent parfois à l’étroit à l’intérieur d’une structure qui s’est souvent constituée comme Etat-nation hérissé de frontières. Les entrepreneurs économiques sont ainsi amenés à discuter de ces barrières à l’entrée/ sortie que sont  les frontières. Certains - trop faibles- veulent être protégés, d’autres -notamment la finance- souhaitent le grand large. Les négociations qui s’ensuivent avec les entrepreneurs politiques ne peuvent laisser de côté la question monétaire  que le sous-groupe des entrepreneurs de la finance ont historiquement toujours disputé aux entrepreneurs politiques : faut-il privatiser le bien public monétaire

Historiquement, le groupe des entrepreneurs économiques souhaitant l’ouverture et la fin de l’Etat-Nation, l'a emporté. Dans un vieil Etat-Nation comme la France, il affronte durement les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la « haute fonction publique » et exige une modification globale des règles du jeu : diminution des droits de douane, adoption des standards internationaux en tous domaines, libre convertibilité monétaire et libre circulation du capital, abandon des pouvoirs monétaires détenus par l’Etat, indépendance de la banque centrale, etc.

Autant d’exigences qui ne peuvent être satisfaites si les entrepreneurs politiques en paient le prix sur les marchés politiques : la non reconduction au pouvoir… Sauf s’il y a bien dissociation des intérêts chez les CSCE d’une part, et passage aisé du statut d’entrepreneur politique à celui d’entrepreneur économique, d’autre part. Passage devenant communauté d'intérêt qu’il nous faut brièvement étudier.

La forme démocratique de l’Etat charrie encore les vestiges de sa forme antérieure, où la figure du divin ou du héros est devenue  « patrie » encore suffisamment sacralisée, pour engluer le citoyen dans une infinité de devoirs, dont parfois celle du sacrifice suprême.

Le passage du politique à la simple « bonne gouvernance » fera muter  le citoyen supportant des devoirs au profit de l’individu cherchant à « capturer » la règlementation à son avantage. Devenu "individu désirant", Il copie ainsi les entrepreneurs économiques, même si le « capital social » dont il dispose en fait un lobbyiste moins performant.(3)

Parce que moins citoyen, la réalité lui apparait plus émiettée. Et parce que moins citoyen d’un « bloc Etat-Nation » dont il  conteste la légitimité, il ne se représente plus le système économique comme le ferait un keynésien, c'est-à-dire un circuit. Même dépourvu de culture économique, pour lui l’économie est moins un circuit qu’un ensemble de marchés. Changer de statut et passer du citoyen à l’individu c’est aussi changer la vision que l’on a sur le monde.(4)

Le citoyen devenu individu, peut lui aussi vouloir l’ouverture sur le monde, il apprécie les marchandises étrangères moins coûteuses, une épargne assortie d’un taux de l’intérêt positif, etc. Et s’il existe une contradiction entre l’intérêt du salarié et celui du consommateur, il peut capter une réglementation compensatrice de celle qui sera accordée aux entrepreneurs économiques mondialistes.(4)

Dans un monde qui génère des gains de productivité tout en restant fermé dans l’Etat- Nation, la dissociation entre le statut de salarié et celle de consommateur n’est guère envisageable durablement. Historiquement, la crise de 1929 est celle d’une dissociation que les entrepreneurs politiques ont dû réduire en édifiant la sociale-démocratie.

Il est probable que le citoyen devenu individu désirant" ait une grande conscience de la dissociation majeure qui existe entre le statut de salarié et celle de consommateur en recherche de toujours plus de "low cost". Peut-être fait-il aussi un lien, entre l’emploi qu’il trouve trop rare ou trop mal rémunéré et une finance gigantesque, qui élargit l’éventail des rémunérations et développe l’approfondissement des situations rentières. Mais ces prises de conscience ne l’inviteront pas à acheter aux entrepreneurs politiques un dispositif réglementaire rétablissant davantage de cohérence. Et ce, d’autant qu’il est lui-même bénéficiaire d’une rente  – le social-clientélisme – qui se nourrit lui aussi de la rente : la dette publique. La théorie/théologie économique orthodoxe est là pour lui confirmer, si nécessaire, l'effacement de la cohérence du circuit au profit de l'infini éparpillement des marchés auto-régulés. Le moment "TINA" s'épanouit dans le logiciel intellectuel de "l'individu désirant".

Les entrepreneurs politiques et leurs collaborateurs de la haute fonction publique,  restent des personnages fondamentaux malgré la contestation des autres groupes qui, eux-mêmes, sont en conflit entre eux. « L’universel » se trouve sans doute de plus en plus décentré et souffre de déficit de cohérence, ce que certains appelleront la crise de l’Etat, il reste pour autant le lieu d’affrontement qu’il a toujours été et le demeurera. L’ Etat et ses entrepreneurs sont toujours présents et ce, même si dans le monde des apparences leur retrait semble constaté. Ainsi, parce que le citoyen est progressivement devenu individu dissocié, les entrepreneurs politiques -même idéologiquement démonétisés- ne paient pas nécessairement le prix électoral des nouvelles réglementations achetées par les entrepreneurs économiques.

 

Bouleversement des compromis et émergence d’une forme oligarchique d’Etat

 Un autre argument peut intervenir : la grande porosité qui va se créer entre les 2 groupes d’entrepreneurs, et grande porosité qui va dégrader la démocratie au profit de l’oligarchie. Si la capture de la règlementation, par exemple celle qui autorisera la mondialisation, se fait souvent par le harcèlement du régulé sur le régulateur, par exemple celui des 15000 lobbyistes de Bruxelles sur les instances de décision correspondantes, elle peut aussi s’opérer de façon plus radicale : la fusion du régulateur et du régulé.

Ici, le producteur/détenteur de l’universel, c'est-à-dire l’entrepreneur politique, « part avec la caisse » et devient entrepreneur économique. La France constitue un modèle de cette fusion. Mais le même résultat peut être obtenu en parcourant le chemin inverse : le régulé devient le régulateur et  ainsi « ouvre la caisse » au profit de toute une profession. Les USA constituent un modèle de ce second type de fusion.

C’est bien évidemment dans ce qui a toujours constitué le point d’intersection entre intérêts politiques et intérêts économiques que ces fusions sont les plus emblématiques et les plus fondamentales : le système monétaire et financier. Ainsi,  grandes banques et Banque centrale sont en France dirigées par de hauts fonctionnaires. Ainsi aux USA, le Trésor lui-même et la Banque centrale sont généralement dirigés par un banquier. Le résultat de cette fusion est bien évidemment l'ascension vertigineuse de la finance dans le total des PIB avec des entreprises financières dont le total du bilan dépasse couramment le PIB du pays- hôte.

Porosité par harcèlement, ou mieux par fusion, permet aux deux groupes d’entrepreneurs de se dégager partiellement et progressivement des contraintes de l’âge démocratique de l’aventure étatique. C’est que le coût politique de la capture de la réglementation, déjà diminué en raison de la dissociation du groupe des CSCE, diminue encore si les entrepreneurs politiques peuvent connaitre un prolongement de carrière dans l’aventure économique : la perte des commandes de l’universel, une perte qui n'en est pas une puisque simplement confiée à des collègues, peut être point de départ d’une activité autrement rémunératrice. D’où la naissance d’un groupe social en apesanteur, groupe aidé dans ce nouveau statut par le développement du mondialisme, avec, en conséquence, le passage du stade démocratique vers un stade plus proche de l'oligarchie. Ce que certains évoquent en utilisant l’expression de   « surclasse ».

Bien évidemment, le fonctionnement des marchés politiques s’en trouve transformé. Souvent duopoles avec barrières à l’entrée très élevées, la quête de l’électeur médian avait déjà rétréci la distance entre les programmes des deux grandes entreprises que l’on trouvait souvent dans l’âge démocratique des Etats.

La porosité puis la fusion ne peuvent que renforcer l’étroitesse de l’éventail de l’offre politique, avec une difficulté de plus en plus grande à distinguer une droite d’une gauche, et au final le sentiment de grande confusion… avec toutefois alignement général sur les impératifs de l’économie. Alignement qui n’est que la conséquence logique du processus de fusion en cours : entrepreneurs politiques et entrepreneurs économiques qui étaient en même temps citoyens ne sont plus que des « individus désirants » pataugeant dans mille conflits d’intérêts ou délits d’initiés . Et aussi, alignement qui développe des effets pervers : les CSCE les plus éloignés d’une possible intégration dans le groupe des oligarques s’organisent en dehors du duopole classique -les partis ayant vocation à gouverner- et deviennent clients d’entreprises politiques nouvelles, étiquetées sous le label de partis contestataires, ou « populistes ».

En mondialisation, les Etats et leurs entrepreneurs ne disparaissent pas, Il y a simple transformation de leur rôle. (6)

 Cette altération passe par une certaine fin de l’âge démocratique au profit de l’émergence d’un stade oligarchique avec une utilisation de la contrainte publique à des fins privées davantage réservé à un petit groupe d’individus.

Pour l’immense majorité, les droits de l’homme semblent se rétrécir à leur définition libérale : vie, liberté, propriété , en abandonnant doucement des droits sociaux que l’âge démocratique avait permis d’engendrer.

Le présent texte se veut  simple grille de lecture du réel ou  contribution à la connaissance d’un monde qui ne cesse de se transformer : non, monsieur Fukuyama, l’histoire n’est pas terminée.

 

(1) Ce que certains appellent le capitalisme de connivence.

(2) Par exemple il est clair que le consommateur d'un pays développé aimera les marchandises en "low-cost" issues de pays émergents...marchandises venant contester son salaire et son emploi. Il est tout aussi clair que l'épargnant préférera l'euro qui le protège contre des dévaluations dangereuses, alors même que son statut de salarié lui indique des intérêts autres. etc.

(3) c'est probablement de cette façon qu'il faut comprendre la dislocation de certains vieux Etats-Nation se heurtant à la modialisation. Par exemple les Ecossais deviennent étrangers à la "Britannité"  et contestent l'entrepreneuriat politique britannique. Chez les Catalans il n'y a pas de patrie espagnole, etc.                                             

(4) Par exemple les français veulent l'euro et refusent les réformes structurelles qui lui sont obligatoirement attachées. On exige sa dimension "drogue" et on refuse sa dimension "poison".

(5) D'où l'ambiguïté d'un socialisme fasciné par les marchés.

(6) Il est pourtant des cas de figure où historiquement l'Etat étant jeune, mal constitué, voire imposé de l'extérieur, le passage à la mondialisation peut devenir dramatique. C'est le cas de tous les "failed states". C'est aussi parfois le passage aux formes pré-étatiques de la prédation ( Etat Islamique?).

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 09:27

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:58

Des réformes structurelles peuvent-elles être  avantageuses pour tous les acteurs du jeu?

Poser une telle question, c'est percevoir qu'il y aurait, d'une part, des réformes modifiant la répartition du bien-être, sans en modifier le périmètre global (réformes qui ne débouchent pas sur une croissance du PIB) et, d'autre part des réformes qui élargiraient ce dernier car porteuses de croissance..

Corrélativement, poser une telle question c'est déplacer le raisonnement sur le territoire macro-économique.

Des réformes structurelles  porteuses du couple compétitivité/dévaluation interne..

Des réformes structurelles -celles exigées par Bruxelles, le patronat, les grandes organisations internationales,.....- et qui déboucheraient sur un allègement du coût du travail (baisse des salaires,directs et indirects, flexibilité, fin des 35 heures, etc). aboutiraient à une diminution de la demande interne. A priori,dans ce cas, elles modifient la répartition du bien-être mais aussi en réduisent l'enveloppe : le PIB diminue.

Toutefois, si une telle stratégie est mise en vedette, c'est en raison d'une hypothèse d'exportations supplémentaires  ( sans oublier l'attendu d'une diminution des importations) surcompensant la diminution de la demande intenre. Dans ce cas, la répartition du bien-être est modifiée en faveur des entreprises.  La situation est pourtant plus complexe et plusieurs cas peuvent se présenter :

1- les entreprises captent le bénéfice de la nouvelle répartition et y ajoutent cellei de la croissance. Dans ce cas, les salariés sont pénénalisés par une masse salariale plus réduite...à répartir le cas échéant sur un plus grand nombre (hypothèse de réduction du chômage consécutif à la croissance). L'avenir d'un pays embrassant ce type de réforme est celui d'une petite Chine.

2- Les entreprises captent le bénéfice de le nouvelle répartition, sans y ajouter celle de la croissance. Dans ce cas, la condition d'une élévation de la masse salariale distribuée est une baisse du taux de salaire, inférieure à la hausse du niveau de l'emploi. Concrêtement, si nous avons 100 emplois pour une masse salariale de 1000 et qu'une baisse du taux de 10% la ramène à 900, seule une croissance supérieurse à 10% du nombre d'emplois permet le développement de la masse salariale ( dans notre exemple si les exportations permettent de créer 12 emplois nous passons à une mase salariale de 112X9= 1008).

Soulignons l'irréalisme d'une telle proposition, laquelle passe par un saut gigantesque des exportaions et donc une élasticité de la demande étrangère tendant vers l'infini. Ains,i pour un pays comme la France, compte tenu de sa population active, une baisse du coût direct et indirect du travail de 10% signifierait la création de plus de trois millions d'emplois essentiellement liés à l'exportation... Soit le plein emploi pour  une diminution de 10% du coût du travail : Impensable. Quels sont les pays qui accepteraient une telle exportation du chômage français ?

La conclusion qui s'impose est alors que les réformes structurelles basées sur la baisse du coût du travail ne sont que fort peu réalistes en terme de croissance et ne servent qu'à  masquer le sens et l'intérêt de ses promoteurs. Simplement exprimé, ce type de réformes structurelles se classe dans la rubrique  "dévaluations internes".

Il se peut toutefois que des réformes structurelles aboutissent à l'émergence directe ou indirecte de gains de productivité.

Des réformes structurelles porteuses de gains de productivité.

Comme celles qui masquent une dévaluation interne, elles correspondent aussi à une redéfinition de répartition des niveaux de bien-être. C'est le cas de l'hypothèse de la fin des professions réglementées, de la réorganisation de la formation professionnelle et de l'apprentissage, de la concurrence dans les transports, etc.

Elles ne correspondent toutefois pas toutes à une authentique redistribution du bien-être.

C'est notamment le cas de la supression des seuils en termes de représentation syndicale. Prenons cet exemple et imaginons le scénario suivant : Les entreprises, libérées des effets de seuils, embauchent des salariés et achètent des machines pour élaborer une valeur d'usage satisfaisant des besoins identiques à ceux offerts par la concurrence , mais assorties de  conditions de coût beaucoup plus avantageuses (innovation de productivité).

Quels sont les effets attendus?

Il ya constitution de revenus nouveaux autour de la nouvelle technologie, et baisse des revenus associés à la perte de débouchés de la technologie en voie de déclassement. Les deux effets ne se compensent pas et il ya production nette de valeur globale,  valeur dont le montant est égal à la différence de coûts entre les deux technologies.

Cette différence peut apparaître sous la forme d'une combinaison de revenus supplémentaires : hausse des profits, hausse des salaires, baisse des prix. Les modalités de cette combinaison dépendent naturellement de la politique de répartition des gains de productivité.

Nous sommes ici en présence d'une réforme structurelle globalement positive puisqu'elle permet de produire la demande associée à l'offre nouvelle.

L'exemple pris est naturellement simple, pour ne pas dire simpliste : il néglige le temps consommé à l'élaboration d'une technologie nouvelle, et se trouve choisi dans un cadre qui ne correspond pas à une redéfinition initiale du bien-être.

La réalité est souvent plus complexe, surtout lorsque l'on aborde des réformes de grande ampleur, comme cela est souvent évoqué pour le système éducatif. On peut certes imaginer, en France, une réforme de l'Education Nationale qui serait porteuse de gains de productivité en raison d'une meilleure formation de la jeunesse, mais cela consomme énormément de temps ...pendant lequel la demande globale reste inchangée.

Il faut donc en conclure qu'en situation de crise - situation dont on sait sur le blog qu'elle est immanente à la forme prise par la mondialisation- seules sont socialement acceptables les réformes structurelles qui garantissent la parfaite congruence de l'offre et de la demande.

Elles passent toutes par des gains de productivité dont certains ( Edmund Phelps ou Robert Gordon) pensent qu'ils seraient aujourd'hui en voie d'extinction. Sans entrer dans un débat complexe, il faur reconnaitre que les réformes structurelles proposées passent le plus souvent par le mode "dévaluation interne" que par celui de la productivité.

Il serait évidemment difficile de dresser un tableau complet des réformes classées selon les rubriques "dévaluation interne" ou "productivité". les promoteurs de ces réformes préfèrent parler de compétitivité, un signifiant qui ne désigne pas de signifié précis, ce qui permet de masquer la réalité de la gestion la crise, une crise qui est l'occasion de mettre fin à un modèle social en choisissant massivement la dévaluation interne.

Les lecteurs de ce blog savent que ce choix aggrave chaque jour la puissance destructrice de la crise.

 

 

 

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:07

Les " réformes structurelles" - expression très à la mode-  semblent devenir la solution miracle pour extirper une France engluée dans la crise. Le texte suivant tente d'en définir le contour, la portée, et surtout les potentialités qui peuvent s'en dégager.

Ces réformes si souvent évoquées relèvent manifestement de la politique économique et non des aspects sociétaux ou culturels concernant par exemple le mode d'exercice des religions, l'âge de la majorité ou le code de la route.

Par contre, il est  toujours question d'agir sur un corpus de règles, donc des textes qui font évoluer  les modalités d'une inter-action sociale s'exerçant dans le jeu de ce qu'on appelle l'économie.

A ce titre, ces règles qu'il faudrait réformer, sont infiniment nombreuses puisqu'elles constituent l'ancrage sur lequel s'établit le marché. Sans être exhaustif, on peut citer un nombre très important de champs d'application, chacun d'entre-eux étant constitué de règles élémentaires très nombreuses. Citons quelques-uns de ces champs : Etat, Collectivités locales, Assurance maladie, Assurance chômage, organisation du territoire, Code du travail, règlementation professionnelle, fiscalité, monnaie, finance, fonction publique, logement, aide sociale,etc.

Chaque modification de règle élémentaire -chaque réforme structurelle- constitue une modification d'arbitrage dans les décisions des acteurs (salariés, entrepreneurs, épargnants, consommateurs, entrepreneurs politiques et puissance publique elle-même). Il s'agit donc de modifier des comportements. Par exemple, l'actuel débat sur les seuils sociaux concernant les entreprises, repose entièrement sur l'espérance d'une modification du comportement des entrepreneurss de PME qui pourraient être moins frileux à l'embauche.

Parce que les structures (règles) déterminent les comportements, leur modification (réformes structurelles) les modifie. Les sociologues diraient en retour que les comportements nouveaux sont diffciles à imaginer et modéliser, et surtout introduisent de nouvelles aspirations débouchant sur de nouvelles structures... Ce qu'on appelle la dialectique des structures et des comportements.

Les libertariens - tel  Hayek -  qu'il ne faut pas confondre avec les ultra-libéraux, se méfient de tout le constructivisme règlementaire porté notamment par le grand vent en provenance de Bruxelles. Leur discours est simple: la société dépasse l'entendement et les hommes de l'Etat - que nous appellons dans ce blog les "entrepreneurs politiques"  - ne peuvent pas construire une société comme l'on construit une machine. En clair, la portée d'une modification d'un taux de TVA est autrement complexe à imaginer que le remplacement d'une soupape sur un moteur à explosion.

Les ultra-libéraux qui, encore une fois, ne sont pas des libertariens, aiment l'Etat et lui demandent de produire des règles qui produisent une société...une société de marché....à l'abri de l'Etat. Pour eux, l'Etat doit simplement garantir le bon fonctionnement du marché et si d'aventure des catastrophes se produisent - et elles sont devenues régulières en raison de la finance de marché- il doit répondre présent pour en éponger les effets.....au risque de ne plus porter un respect absolu aux droits de propriété..

.Clairement, oui la société reste un mystère et on ne peut la fabriquer comme une machine,- la société dépasse l'entendement- et lorsque le marché  disfonctionne, il faut une autorité protectrice.

Cette digression éclaire déjà un peu ce qu'il faut alors entendre par réforme structurelle. Mais il faut aller plus loin.

Le jeu social n'est pas fait que d'entrepreneurs économiques et il existe des hommes, par exemple des salariés, des consommateurs, des épargnants  ou des locataires, voire des acteurs de professions dites réglementées,  qui, eux-aussi, aiment l'abri de l'Etat et considèrent que leurs intérêts ne sont pas nécéssairement les mêmes que ceux des entrepreneurs économiques. Ils utilisent aussi, ou demandent aussi aux entrepreneurs politiques, des règles du jeu qui ne sont pas nécessairement celles qui accouchent de la cahotique société de marché.

De ceci  découle qu'une organisation juridique est nécéssairement un compromis  entre groupes d'individus. C'est ce compromis que l'on désigne par l'expression  " intérêt général", simple idéalité à laquelle il convient de croire - et idéalité qui est le produit phare des entrepreneurs politiques- pour autoriser le vivre ensemble. C'est dire que tout changement de règle modifie la répartition du bien-être que cette dernière fixait en édifiant des comportements associés.

Promouvoir une réforme structurelle correspond  ainsi à promouvoir une modification du partage du bien être entre les acteurs du jeu économique.

Et c'est ici que les choses peuvent devenir d'une grande complexité : les hommes ne peuvent connaitre toutes les conséquences de leurs actions. En clair : Hayek a raison.

Ainsi il est vrai qu'une règle allant dans le sens des intérêts des locataires ( blocage des loyers par exemple) entraine une diminution de l'offre, une pénurie de logement, un marché noir...qui se retourne contre l'intention de la règle.

Ainsi le code français ou italien du travail, en rigidifiant les contrats, exclut dans un même geste les jeunes et vient diminuer la demande : délocalisation, refus de l'investissement,etc. Le jeu est ici particulièrment complexe puisqu'il met en place trois groupe d'acteurs, l'un (les employeurs ) pouvant utiliser un autre (les jeunes en quête d'emploi) pour cacher ses propres intérêts en terme de diminution de coût du travail. Décidément les problèmes de société sont plus complexes que ceux d'un moteur à explosion....

La crise est de ce point de vue une opportunité pour les employeurs : elle permet de justifier, avec toutes les preuves nécéssaires, notamment statistiques, qu'il faut des réformes structurelles libérant le marché, la société correspondante étant une construction idéale.

Mais il est possible d'envisager un autre élément de réflexion.

Sans tomber dans l'idéologie de l'intérêt général existe-t-il des réformes structurelles pour lesquelles  tous les acteurs seraient  gagnants ?

Nous pensons naturellement ici au "grand progamme de libération de la croissance" envisagé par Jacques Attali en 2008, un grand programme constitué de 316 décisions qui étaient autant de réformes structurelles. Ces réformes peuvent- elles réellement engendrer de la crossance.?

C'est ce que nous verrons dans un prochain texte.

(A suivre)

 

 

 

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 08:53

La prévision budgétaire de la France pour 2014 avait pour cadre des paramétres de croissance et d'inflation respectivement de 1 et 1,2%. Il en découlait compte tenu de la loi de finances adoptée un déficit public de 3,8 points de PIB.

La stratégie gouvernementale est un échec inscrit dans la réalité des chiffres

les chiffres viennent d'être corrigés en raison d'une  hausse de prix de seulement 0,5% et d'une croissance plafonnant à 0,4%. Sans toucher à la dépense publique, les recettes fiscales adossées au PIB seront inférieures aux prévisions.

Et le calcul à mener est fort simple:

la croissance nominale passant de 2,2 ( 1% de croissance en volume +1,2% de hausse des prix) à 0,9 ( 0,5+ 0,4), il en résulte une assiette fiscale se réduisant de 1,3% (2,2 - 0,9 . Sachant que 1% de croisance en moins entraine une détérioration budgétaire de près de 0,5 point de PIB ( les prèvements publics représentent un peu moins de la moitié du PIB), il résulte de la nouvelle situation une aggravation du déficit budgétaire de 0,65 point de PIB, soit environ 13 milliards d'euros.

Globalement le deficit public prévu (3,8) sera réellement d'un peu plus de 4,4 points de PIB.

Il serait aisé de reprendre ce raisonnement, pour aborder la question du Budget 2015 en cours d'élaboration et constater l'énormé difficulté à venir. L'année 2015 s'annonçait avec une croissance nominale de 3,2 points, elle ne sera au mieux que de 1,9 point. Il en résultera là encore mécaniquement un accroissement du déficit de 0,65 points.

La stratégie des "réformes structurelles" aboutirait à un échec plus retentissant encore.

Bien évidemment les tenants des réformes structurelles diront qu'il fallait diminuer les dépenses publiques en volume.

Une telle hypothèse aurait entrainée pour 2014 les résultats suivants:

En considérant les chiffres de l'INSEE sur l'évolution du total de la dépense publique depuis 2009, il apparait que le glissement moyen fut, depuis cette date, de 26 milliards d'euros (total de 1100,6 en 2009 et de 1207,5 pour 2013). Sans même réduire le volume de la dépense, et en se bornant à son seul maintien nominal, cela signifierait pour 2014 une diminution probable de la dépense publique de 26 milliards d'euros par rapport à la réalité qui sera probablement constatée début janvier  2015.

Sur la base d'un multiplicateur budgétaire de 1,2 (FMI) et non de 0,7 (MESANGE), cela signifie une contraction de croissance de 31,2 milliards d'euros soit 1,5 point de PIB. C'est dire que l'année  2014 serait autrement plus difficile sur le terrain de l'emploi:  une élévation considérable du chomage serait constatée.

Quand serait-il du solde public? Au delà du financement du chomage supplémentaire et autres dépenses de guichet associés, désormais gelés par la politique de blocage de la dépense, il resterait pourtant à enregistrer les baisses de recettes fiscales engendrées par la chute de l'activité. Les estimations sont difficiles, mais compte tenu du taux de prélèvement obligatoire, les 31,2 milliards de croissance en moins se traduisent mécaniquement par une diminution de 15 milliards de recettes publiques .

Si l'on fait le bilan, le solde budgétaire est travaillé par moins de dépenses (26 milliards) et moins de recttes (15 milliards), soit une réduction du déficit d'environ 11 milliards, ou un peu plus de 0,5 points de PIB.

Que conclure?

 la stratégie gouvernementale  de relative non austérité empêche la baisse du PIB avec toutes ses conséquences, y compris en terme d'aggravation du poids de la dette (passage selon Bercy de 91,8 points én 2013 à 95 en 2014), mais elle aggrave un solde budgétaire déjà très déficitaire (passage de 3,8 à 4,4 points de PIB).

L'autre stratégie, celle des réformes structurelles, produit l'effondrement du PIB avec toutes ses conséquences, y compris en termes d'aggravation  du poids de la dette, mais réduit le déficit budgétaire ( passage de 3,8 à 3,3 points de PIB). Cette stratégie, accroit moins la dette en terme de flux, mais autant en terme de poids que la première.

Si approximativement équivalentes en termes d'évolution du poids de la dette,  la présente stratégie gouvernementale de relative non austérité, domine celle des réformes structurelles, puisque la "casse économique et sociale" se trouve davantage contenue. Elle n'est pourtant pas une solution perenne en raison de l'accroissement de la dette

La conclusion est qu'il n'existe pas de solution - dans le cadre du paradigmen ordo-libéral que s'est imposée la France- à la résolution de la crise.

Les deux stratégies qui sont, de plus près ou de plus loin, celle de la servitude volontaire au regard de l'organisation monétaire et financière en place, entrainent  l'effondrement du modèle économique et social du pays.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance er Etats
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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 05:50

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 12:52

Elie Cohen dans un article du 27 août dernier publié dans le Monde se réjouit de voir une gauche "dépensophile" et ruineuse de notre compétitivité, se trouver enfin écartée. Il n'est évidemment pas question ici de contester la réalité de gaspillages publics bien identifiés et dont chacun pourrait  dresser une impressionnante liste. Le problème est pourtant largement ailleurs et il faut bien s'en expliquer.

Compétitivité ou productivité?

Ne portant qu'une attention modérée au fait que la zone euro est désormais en croissance zéro  dans un bain de quasi stagflation, la grande presse internationale se félicite des succès croissants des pays de l’Europe du sud qui rétablissent parfois de façon spectaculaire leur balance extérieure et contribuent ainsi à la levée des doutes sur la possible pérennité de l’euro.

Toute la zone euro serait ainsi sur le chemin d’une nouvelle compétitivité. Il faut pourtant noter que cette compétitivité nouvelle n’est pas celle de la productivité physique du travail. Ce ne sont pas les investissements de modernisation, qui en Espagne, en Italie, ou ailleurs encore, effacent les déséquilibres extérieurs ou relancent les excédents. C’est à l’inverse, -dévaluation interne et réformes structurelles largement utilisées- la compression de la demande intérieure qui en est responsable : hausse de la TVA et des prélèvements publics en général, baisse des salaires et flexibilité salariale, stagnation ou diminution des prestations sociales (retraites, soins médicaux, etc.). Cette compression développe 2 effets : une baisse des importations même sans diminution de la propension à importer, et une hausse des exportations reflétant la diminution du coût du travail.

La cohérence  de l'Etat-Nation: le salaire est aussi un débouché

A l’époque de l’Etat-Nation, donc avant la mondialisation telle qu’elle s’est manifestée, une telle stratégie était peu concevable tant le marché intérieur constituait l’essentiel des débouchés pour la plupart des producteurs. Il existait même un Etat providence, qui veillait au bon développement du marché intérieur et venait quasiment garantir les débouchés. En sorte que la recherche de compétitivité par chacun, passait par un développement de la productivité physique du travail, laquelle découlait d’investissements massifs de modernisation et d’innovation.

Et, les gains de productivité régulièrement générés  étaient partagés entre les principaux acteurs, afin de lisser la demande intérieure le long d’un trend croissant : entreprises sous la forme de profits supplémentaires, salariés bénéficiant de hausses de salaires, et Etat dont le Trésor;directement branché sur la croissance, bénéficiait à taux inchangés d’une manne fiscale croissante.

La partie la plus importante de la demande intérieure, correspondait à la masse salariale comme coût complet du travail (charges sociales incluses). Ainsi à l’époque de l’Etat-Nation, la masse salariale, vrai coût de production, était symétriquement une aubaine : un marché, et donc un débouché. De quoi développer la Grande Distribution dans sa configuration nationale.

 

La mondialisation mal pensée: le salaire n'est plus qu'un coût

 

A l’époque de la mondialisation, le marché intérieur est remplacé par le marché mondial. La masse salariale comme débouché n’est plus une variable décisive. Par contre elle reste un coût qu’il faut comparer aux autres coûts salariaux des pays partenaires à la mondialisation.

En mondialisation, la double qualité coût/débouché disparait progressivement. Dans le même temps, le coût d’opportunité des investissements d’innovation et de modernisation, monte en raison des taux de salaire très faibles rencontrés dans ce qui va devenir les pays émergents : il vaut mieux fabriquer en Chine plutôt que de se lancer dans la robotisation.

La concurrence devenue mondiale, ramène ainsi progressivement la productivité à la seule dimension compétitivité par les coûts. A l’échelle planétaire, la production peut augmenter, mais les demandes internes de chaque nation doivent être comprimées pour se maintenir à flot dans l’océan de la concurrence.

La demande mondiale, ne peut augmenter au rythme de l’offre mondiale, et donc nous sommes entrés, dès le début de la mondialisation, dans une crise potentielle de surproduction. Cette dernière n’est pas immédiatement visible : Les vieux Etats moins gavés de ressources fiscales, s’endetteront auprès de plus jeunes jouissant de la loi d’airain des salaires ; les salariés de ces mêmes vieux Etats verront leur pouvoir d’achat maintenu, d’abord par la baisse de prix des importations maitrisée par la Grande Distribution mondialisée, mais aussi par le recours à l’endettement.

 

La finance se nourrit sur l'incohérence mondialiste

Simplement cet endettement public et privé sera pris pour ce qu’il n’est pas : une fête à laquelle il faudrait mettre fin, car selon un solide adage de vieux bon sens, nul ne saurait durablement vivre au-dessus de ses moyens. La finance qui a fait de la dette son miel , en devient victime, et la crise financière annoncerait ainsi qu’il faut siffler la fin de la récréation.

Cette « erreur de lecture » est précisément ce qui accélère la recherche éperdue de compétitivité et le suicide collectif. Face à l’incendie qui n’existe pas, mais auquel tout le monde croit, il faut tous se précipiter dans un mouvement mimétique vers la même sortie : la « porte compétitivité ». Les plus habiles s’en sortiront peut-être mieux que les autres ( Allemagne ? Chine ? France demain avec son nouveau gouvernement? ). Mais le désastre de la mondialisation sera une dure réalité collective.

Il est aujourd’hui fait pression sur la France, toujours trop lente, dit-on, dans des réformes dont on ne dit pas facilement qu’elles sont pour l’essentiel une réduction du coût du travail. La France était ainsi - avant son nouveau gouvernement- encore plus suicidaire que les autres,  eux qui tentent leur chance dans la lutte pour atteindre la sortie, et ne pas mourir dans l’incendie.

La France – insuffisamment véloce - risque donc de mourir dans l’emballement et la précipitation mimétique vers la « porte compétitivité ». Mais la France est  aussi le siège de quelques mauvais esprits capables de poser de grosses questions naïves.

 

Réformes structurelles : de mauvais esprits peuvent poser de grosses questions naïves

En restant simple -  et sans introduire le multiplicateur budgétaire trop compliqué lorsque l'on est pas économiste - que se passerait-il, par exemple, si la « fête » dépensière s’arrêtait vraiment dans le monde ?

Que se passerait-il si le budget fédéral américain était rééquilibré en dépensant moins comme le souhaitent les républicains du Congrés?

Comment vivraient les fournisseurs de denrées alimentaires (wall-Mart aux USA) qui se rémunèrent des « food- stamps » distribués à 47 millions de personnes ?

Comment vivrait le complexe militaro-industriel américain, ses milliers d’entreprises et ses millions de salariés ? Qu’en serait-il pour Lockeed Martin ,Boeing, Northrop Grumman, General Dynamics, Raytheon, United Technologies, etc. ?

Que fera t-on des médicaments qu’on ne pourra plus produire en France ou ailleurs, faute de déficit de la Sécurité Sociale ou de la suppression américaine du "médicaid et du "médicare" ? Qu’en sera-t-il pour Pfizer, Roche, Novartis, Sanofi, Bayer, etc. ?

Que deviennent les grands groupes tels Générale de Santé, Vitalia, Médi-partenaires,etc. dont le chiffre d'affaires est, en France, constitué à 90% des versements de l'Assurance maladie lourdement déficitaire?

Que deviennent ces acteurs essentiels du soin aux personnes agées tels Orpéa, Korian ou Medica dont le chiffre d'affaires est constitué des versements des caisses de retraites largement insolvables?

Comment vivront les médecins français dont chaque consultation génère une dette nouvelle de 2,5 euros ?

Comment la Grande Distribution Française vivrait cette chute des revenus de substitution payés sur de la dette publique et qui fait parfois l’essentiel du chiffres d’affaires de certaines  grandes surfaces ?

Toujours en France, que deviennent les industries de défense tels MBDA, Thalès , Dassault, SAFRAN, Nexter System, DCNS, etc. sans oublier les 4000 PME partenaires, si une nouvelle loi de programmation militaire ajoute sa pierre dans l'interdit des déficits budgétaires?

Comment dans un univers devenu aussi déprimé, l’industrie allemande pourrait-elle continuer à engendrer plus de 6 points de PIB de surplus extérieur ? Qu’en serait-il pour BMW, Daimler, Wolkswagen, Bosch, Siemens, Basf, etc. ?

La liste pourrait s’allonger à l’infinie. Mais il est possible d’aller plus loin dans la naïveté.

Comment ne pas s’étonner que dans les vieux pays, les infrastructures de base (ponts, routes, voies ferrées, etc.) bénéficient d’un investissement net négatif, les dépenses d’entretien ne couvrant pas l’amortissement nécessaire, (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande Bretagne, etc.) alors même que les moyens matériels de les entretenir sont abondants, non utilisés (carnets de commandes dégarnis, sous-emploi, etc.), voire même font l’objet de plans sociaux (sidérurgie) ?

Il est donc vrai, que la dette publique et privée sert à maintenir la production (croissance proche de zéro) mais qu’il faudrait qu’elle soit encore bien plus importante, pour assurer l’investissement porteur de croissance.

Oui, la dette devenue insupportable, et pour les créanciers et pour les débiteurs, est toutefois très insuffisante pour assurer la croissance. Et cette dette n’est bien que le produit de la mondialisation qui transforme toute la demande intérieure en simple coût à réduire.

Et si le raisonnement est vrai, toujours très naïvement, il faut se poser la question, de l’avenir des émergents eux aussi en concurrence, et qui devront eux-mêmes rapidement freiner leur demande intérieure avant même son épanouissement. La Chine devient un pays beaucoup trop cher du point de vue de nos importations. Alors la Chine s'est aussi appuyée sur sa propre machine à fabriquer de la dette pour maintenir une activité qui se heurte à l'univers déprimé de l'occident. Que dire des BRICS dont la croissance s'évapore? Que dire des Etats Africains dont la croissance rapide, dit-on, repose aussi sur une dette publique qui explose et ne sert que marginalement l'investissement?

 De quoi être moins enthousiaste sur l’avenir des croissances miraculeuses des émergents.

Et, au terme de la simple évocation de ces quelques grosses questions naïves, on pourrait peut-être se dire que la fête reste belle grâce à la dette et à sa belle croissance, et qu’elle pourrait encore être plus belle si sa croissance était encore plus rapide, si la machine à fabriquer de la dette était encore plus puissante.

Hélas, cette dernière manque de carburant faute de créanciers suffisamment hardis. Alors il faudra en finir avec la forme prise par notre mondialisation.

Malheureusement, pour paraphraser Einstein, nous pensons probablement collectivement comme un marteau, et tous les problèmes, dans ce contexte, y prennent la forme d’un clou. Ici, étrange logiciel qui fait apparaitre une production excédentaire, comme des dépenses trop importantes.

Pourquoi continuer de penser à l’envers ?

La France, avec son nouveau gouvernement, a peut-être – au moins en théorie -autre chose à faire que de se précipiter vers les « Portes de la compétitivité » devant lesquelles s’amoncellent les cadavres.

Et là encore, on pourrait poser de grosses questions naïves à ceux qui veulent- à l'instar des porteurs du projet de budget 2015 - davantage encore comprimer la demande intérieure de la France : que deviendraient les nouvelles – et si éblouissantes - exportations espagnoles, Irlandaises, italiennes, grecques, etc ? Oui, il est possible de construire un autre monde, mais comment s’extirper d’une mondialisation source de tant de dislocations planétaires ?

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 10:06

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