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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 14:46
Published by Jean Claude Werrebrouck - dans conférences et débats
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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 09:57

 

L’euro a déjà ruiné l’Europe.....

Il est inutile de rappeler qu’une homogénéisation financière dépourvue de puissance souveraine constitue la matière première fondamentale du fonctionnement de la zone euro. Sans totale liberté de circulation des capitaux et sans indépendance des banques centrales il n’y avait pas de monnaie unique possible. Et c’est cette homogénéisation qui fut à l’origine de l’aggravation de l’hétérogénéité économique entre Etats. C’est bien  le système financier homogénéisé qui va permettre l’implantation massive de banques françaises et allemandes en Grèce, et va autoriser la ruine de ce pays : développement du crédit public et privé, destruction d’une industrie locale au profit de la grande distribution et d’importations massives…aves ses conséquences en termes de diminution de la production, d’élévation de la demande globale, et au final la ruine, y compris celle des banques qu’il faudra réellement sauver derrière le mythe du sauvetage de la Grèce. Parce que les impérieux ingrédients du bon fonctionnement de l’euro produisent de l’homogénéisation financière, ils produisent aussi ce que l’on ne voulait peut-être pas, à savoir de l’hétérogénéité économique avec, selon l’expression de Charles Gave, « trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en Grèce et trop d’usines en Allemagne »[1]. Ce dernier auteur aurait pu ajouter : « trop de braconnage fiscal au Luxembourg ».

Mais les sauvetages et rapiéçages successifs initiés depuis 2010 ne font qu’aggraver la marche vers la ruine de l’Europe. Une ruine économique croissante, mais aussi une ruine politique.

Une ruine économique croissante car les transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire sont légitimement inacceptables pour l’Allemagne. L’Europe n’est pas un Etat Nation porteur d’incontestables et incontestées solidarités internes, et l’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945, porteuse d’une idée régionale ou mondiale : elle ne peut initier un quelconque plan Marshall[2].

Parce que les soldes TARGET 2 du sud figurent au bilan de la banque centrale Allemande, qu’ils matérialisent le déficit du sud et sont la marque de son insolvabilité, ils sont repoussés par une Allemagne qui exigera de Bruxelles la mise en place de politiques d’austérité porteuses d’une aggravation continue de la ruine. Le taux de change ne pouvant être modifié, le déséquilibre est censé devoir être combattu par la dévaluation interne, d’où un multiplicateur négatif générant une contraction de la demande globale, une chute de l’investissement public et privé, elle-même porteuse de la ruine aggravée future…. L’austérité exigée prévalant sur l’ensemble des pays du sud, c’est bien évidemment la totalité de la zone qui en sera affectée.

Une ruine politique croissante car c’est dans l’urgence que l’on devra adopter un ensemble de règles techniques porteuses d’une prétendue régulation. Une urgence qui, à ce titre, ne peut passer par des débats démocratiques dans chaque pays concerné. D’où des débats budgétaires nationaux qui doivent s’inscrire dans un cadre imposé de l’extérieur. D’où des législations nationales, de fait toutes celles portant sur les réformes dites « structurelles », imposées par l’extérieur. Autant de règles qui stipulent que les élections ou référendums doivent déboucher sur des résultats bien délimités, à l’exclusion de tous les autres…D’où l’idée de démocratie et de souveraineté limitée. D’où au final la démonétisation de gouvernements jugés compradores et la contestation grandissante de la légitimité des pouvoirs en place.

Mais la BCE va aider à quitter le champ de ruines........

En quittant d’abord doucement puis plus vivement le champ de ses activités traditionnelles, la BCE flirte déjà avec les prémices de la fin de l’euro.

L’irruption du QE fut déjà une première entorse puisque de fait il s’agir d’un outil qui contourne l’interdit de l’achat direct de dette publique. Il ne s’agit pas d’une monétisation et le volume de dette publique ne diminue pas. Par contre il en allège considérablement sa gestion et a fait disparaitre les spreads de taux….de quoi maintenir l’homogénéité financière…et donc la survie de l’euro. En poursuivant, cette même BCE a sécurisé la dette publique jusqu’à la transformer en « service de coffre-fort » : les taux négatifs sont le prix d’un tel service. La gestion de la dette publique s’en trouve considérablement allégée, un peu comme au temps du circuit du Trésor français au cours de la période de reconstruction[3]. Et il est vrai que le QE peut donner des idées : pourquoi ne serait-il pas aux mains des Etats qui eux ne se contenteraient pas d’assurer la solvabilité et la liquidité bancaire dont on sait qu’elle ne débouche pas sur de l’investissement ?

Beaucoup plus intéressante est la perspective de « l’helicopter money » (HM). La résistance allemande sera en principe très forte tant elle remet en question un ordo- libéralisme jusqu’ici sacralisé. Et ici l’innovation est radicale puisqu’à l’inverse du QE, il s’agit d’une monétisation pure : de la monnaie serait émise sans contrepartie d’une dette….comme au bon vieux temps des « avances non remboursables » que le Trésor Français obtenait de la banque de France . De surcroit, si un tel débat devait s’enclencher on s’apercevrait très vite que la BCE ne dispose pas des autorisations nécessaires pour se lancer dans une telle politique, mais surtout on constaterait la radicale opposition du système financier qui verrait sa part de marché considérablement diminuée. Au-delà encore quelle légitimité aurait une organisation pour sélectionner les agents économiques bénéficiaires, distinguer la part du HM pour l’investissement public , l’investissement privé, la consommation des ménages, etc. 

On sent ici que si le scénario du HM devait, malgré les multiples oppositions se manifester, il resterait système assis entre 2 chaises : interventionnisme accru et donc plus de surveillance, plus de règlements, plus de barrières, plus de décisions et moins de marché….sous la houlette d’un acteur- la BCE- situé en dehors du champ politique… une BCE devenue sorte d’Autorité Administrative Indépendante à l’instar de toutes les autres qui ont tant fait pour la marginalisation du débat démocratique. Parce qu’une telle réalité deviendrait politiquement difficilement gérable,Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales…surtout si le dispositif devait- comme la simple logique le voudrait-  être décentralisé au niveau des banques centrales nationales….

A ce niveau, si le monde a déjà changé, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et prendre la corde que la BCE tend aux Etats pour la pendre ? La question est donc de savoir qui, quel Etat, poussera un peu plus la BCE dans sa chute en prenant directement les commandes, une prise qui correspondra de par ses conséquences à une possible fin de l’euro zone. Il est impossible de décrire le scénario de cette « pendaison » et le rétablissement de la souveraineté qui va lui correspondre. Il est simplement recommandé aux acteurs politiques les plus conscients de la future élection présidentielle française de saisir opportunément cette corde et de s’en servir comme arme de guerre pour changer les règles du jeu. Les choses sont évidemment très limpides : déclarer qu’en cas de victoire électorale il sera proposé à l’Allemagne de mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale, c’est entrer dans un combat clair qui l’empêchera de fuir : accepter la proposition française au prix du renoncement à l’ordo- libéralisme , ou quitter le terrain de jeu et accepter la responsabilité politique de la fin de la zone euro. La France n’a aucun intérêt à conserver la « patate chaude », et les acteurs politiques non compradores doivent courageusement et durablement la céder à l’Allemagne qui doit légitimement et moralement supporter l’intégralité des conséquences de son carcan idéologique.

Si l’on se place dans le scénario d’une victoire de forces politiques non compradores en France en 2017, victoire associée au refus de l’Allemagne de toute modification du statut de la BCE, il est clair que l’on se dirige vers un rétablissement des taux de change….à l’échelle de l’Europe toute entière à l’exception probable d’un « groupe Mark ».

 Le rétablissement des taux de change peut ne pas être ruineux....

Au-delà du protocole technique qui ne soulève guère de problèmes (maintien du système des prix internes par définition d’une unité de compte ayant valeur légale et correspondant à un euro, surcharge d’un tampon sur chaque billet avant impression de nouveaux billets par la Banque Centrale nationale, échange rapide des pièces, etc..), une garantie juridique est promulguée par le ou les dirigeants politiques ayant pris la décision : garantie portant sur le maintien nominal de la valeur de tous les actifs au moment où est prise la décision.

La prise de décision vaut par conséquent gel de toutes les positions et peut-être fermeture momentanée de la Bourse et des banques. Il est par ailleurs évident que décision de sortie et décision de garantie publique se trouvent dans le même acte juridique. C'est dire que les pays pouvant procéder de manière autoritaire, par simple ordonnance de l’exécutif, disposent d’un avantage. Ce qui pose la question du déclenchement de la panique dans les pays qui ne peuvent agir ou réagir avec la célérité qui s’impose.

La garantie de la valeur nominale suppose la définition d’un point fixe qui n’est autre que la définition de la nouvelle parité, laquelle doit être déclarée intangible bien au-delà de la période de temps nécessaire à une réorganisation générale aux effets neutres sur tous les bilans et contrats. Le champ de la garantie offerte à tous les agents économiques du pays sortant concerne les détenteurs d’actifs étrangers : ménages, entreprises, institutions financières, Etat lui-même. Il s’étend aussi aux non-résidents et étrangers détenteurs d’actifs nationaux.

La notion d’actif doit aussi être précisée. Il s’agit bien sûr de tous les titres financiers : actions, obligations privées et publiques, produits structurés, produits d’épargne et comptes bancaires, etc. Pour ces titres la garantie repose sur la seule variation (perte ou gain) mécanique de valeur, calculée sur la base du nouveau taux de change. La valeur sur laquelle s’applique le nouveau taux étant celle correspondant à l’heure fixée dans l’acte juridique de décision de sortie. Mais il s’agit aussi de tous les contrats de l’économie réelle et ce, y compris, les contrats de travail des travailleurs frontaliers.

La garantie publique est le point fixe qui se substitue à l’Euro, une sorte de SAS permettant le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces mêmes taux sont politiquement définis. La garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. A titre d’exemple, si des français titulaires de contrats d’assurance-vie incorporant des titres publics grecs ne peuvent être victimes du rétablissement de la Drachme, ces mêmes français titulaires de contrats semblables incorporant de la dette publique allemande ne peuvent bénéficier du rétablissement du Mark. La garantie correspond donc bien à la volonté de neutralité sur les bilans des agents vis-à-vis d’une sortie de l’Euro. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. Le déclenchement des CDS est lui-même interdit en ce que la sortie ainsi envisagée n’est en aucune façon un « incident de crédit ».

Un helicopter money maitrisé par le souverain....

Le respect intégral et rigoureux des contrats ne peut évidemment s’établir par une compensation directe entre gagnants et perdants. Il faut par conséquent trouver un tiers chargé d’assurer le passage de l’ancien au nouveau monde, si possible sans destruction du projet européen. Il faut en effet avoir en tête l’énorme effet destructif d’une explosion non contrôlée de l’Euro. Dès lors, la solution qui s’impose est le recours aux banques centrales nationales qui sont réquisitionnées dès l’annonce de la sortie. Et pour un travail d’importance car il faut se rendre compte que pour un pays comme la France l’empilement des actifs et dettes externes des entreprises, des banques et de l’Etat représente en 2016 620% du PIB[4]. Si donc La France devait dévaluer sa monnaie de 20%, nous sommes en présence d’un redéploiement approximativement égal au PIB du pays – environ 22OO milliards d’euros- ce qui est proprement colossal. C’est la raison pour laquelle une garantie publique s’impose.

La procédure est donc simple : Pour les pays qui quittent la zone en dévaluant, l’ordonnance de réquisition stipule que la Banque centrale de l’Etat sortant, crédite le compte du Trésor correspondant, à hauteur des engagements de ce dernier au titre de la garantie du respect de tous les contrats. Les fonctionnaires du Trésor fixent le montant des dédommagements et ordonnent à la Banque les paiements correspondants. Le cas échéant des magistrats et commissaires au compte attestent de la bonne exécution des garanties. L’unité de compte retenue pour le dédommagement peut être la nouvelle monnaie nationale. Ainsi l’exportateur allemand de marchandises vers la Grèce – si ce dernier pays quitte la zone- se voit payé par son client dans la monnaie dont il dispose, auquel il faut ajouter le prix de la dévaluation, prix exprimé en Drachmes, et au final supporté par la Banque centrale de Grèce. Toujours s’il s’agit d’une sortie grecque, La Société Générale voit, à l’actif de son bilan, ses obligations publiques grecques transformées en drachmes, valeurs augmentées du montant de la dévaluation. On pourrait multiplier les exemples. Bien évidemment s’élèvent d’immenses balances en Drachmes que le dispositif « Target 2 » cachait  difficilement. Il faut donc imaginer que ces balances en Drachmes sont acheminées vers les Banques centrales des Etats correspondants (dans notre exemple celle d’Allemagne pour l’exportateur allemand, et de France pour la Société Générale) et transformées en nouvelles monnaies nationales.

 

Au final la monnaie émise (dont la quantité est égale au produit de la dévaluation par le total des engagements) se trouve stockée dans les pays qui sont dans une situation favorable : peu ou pas de dévaluation, peu de dette extérieure, dette publique faible ou nationalisée. De quoi provoquer une hausse des prix plus rapide que dans les pays ayant massivement monétisés. Le dispositif, retenu, sans doute trop brièvement exposé, et ne réglant pas toutes les situations (comment traiter les CDS même s’il n’y a pas juridiquement « accident de crédit » ?) évacue complètement l’idée de défaut, de soutien au système bancaire, de surveillance des spreads de taux etc.

Quitter la monnaie unique pour reconstruire.....

La réanimation de l'outil " taux de change " constitue bien sûr un avantage puisque les dévaluations externes sont en théorie autrement plus efficaces que les dévaluations internes.

A l'inverse de la dévaluation interne, tous les prix sont affectés par le changement de parité et la demande interne n'est affectée négativement que si les importations - en supposant que les exportateurs étrangers ne changent pas leurs politiques de prix - sont incompressibles, soit une élasticité nulle. En revanche, la hausse de la demande externe est infiniment plus probable. La France est concernée par cette hausse de la demande externe dans la mesure où elle se situe dans des productions moyennes assez sensibles aux prix. Sa demande interne est aussi assez bien concernée par une modification de parité car elle importe davantage pour consommer que pour produire.

De ceci, il résulte que la dévaluation par réintroduction d'un taux de change, correspond à la mise en place d'un processus infiniment préférable à la dévaluation interne. En la matière, tout dépendra de la valeur des élasticités prix des importations et des exportations, ce qui nous renvoie au théorème dit des "élasticités critiques" de Marshall-Lerner. Et ce processus est en principe le retour de la croissance puisque les demandes aussi bien interne qu'externe peuvent logiquement augmenter.

Ce jugement doit pourtant être nuancé.

Tout d'abord, il convient d'introduire dans le raisonnement, des coûts de risque de change que l'euro avait fait disparaitre. Il est possible d'en diminuer l'importance en adoptant des taux de change fixes. Il n'est toutefois pas possible de les faire disparaitre. Ces coûts resteront proportionnels à la longueur des chaines de valeur et impulseront peut-être sa réduction et donc un processus de relocalisation pour les pays qui dévalueront. Un tel processus ne s'enclenche que dans la durée et ne produit pas de résultats immédiats.

En second lieu, l'élasticité prix de la demande d'importations peut entrainer un effet revenu négatif comprimant la demande interne. C'est le cas lorsque la dévaluation entraine une hausse des valeurs importées (pétrole). Auquel cas la demande interne entraine la chute du PIB, chute qui ne peut être compensée que par une forte élasticité prix des exportations.

En supposant qu'il n'existe pas d'effet revenu négatif, la hausse de la demande interne peut toutefois être bloquée par une inélasticité de l’offre : la non substituabilité des importations par des productions nationales s'expliquant par l'impossibilité de produire localement[5]. C'est malheureusement la situation présente, notamment pour la France : les biens importés peuvent techniquement être substitués par des productions domestiques en cas de dévaluation. Malheureusement des décennies de désindustrialisation ont fait table rase de compétences techniques et de savoirs faire, voire même d'outils de formation, capital qui exige de nombreuses années pour se reconstituer.

Une autre difficulté résulte du risque de guerre des monnaies. Les dévaluations internes étaient non coopératives et développaient des externalités : l'exportation possible du chômage. Les dévaluations externes ne le sont pas moins. L'ensemble de la zone euro dispose d'un Excédent de 2,6% de son PIB avec un euro dont le taux de change est probablement plus élevé que la moyenne des taux qui se formerait sur la base des anciennes monnaies reconstituées. C'est dire que l'excédent global pourrait s'élever davantage encore et gêner les pays émergents. C'est dire aussi qu'au-delà de possibles guerres des monnaies à l'intérieur de l'ex-zone, une réelle guerre des monnaies peut se matérialiser avec des nations (Chine en particulier) qui, jusqu'à présent, disposaient de solides possibilités exportatrices au regard de pays du sud (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, etc.)

La fin de l'euro c'est assurément la fin des politiques suicidaires et donc la fin du processus menant à la ruine de l’actuel projet européen. Elle n'est pourtant pas un bond en avant automatique.

Miser sur un ordre monétaire respectueux des nations….

La zone euro est encore aujourd'hui un modèle réduit de mondialisation malheureuse : une offre potentielle excède une demande muselée par les politiques de dévaluation interne. D'où un surplus exportable et une demande qui, tout en étant muselée, est artificiellement gonflée par la croissance de la dette .

La mondialisation vit encore sur ce modèle initié dans les années 70 du siècle dernier. A l'époque, il s'agissait de délocaliser des productions comme solution aux premières formes d'un fordisme déclinant. Les gains de productivité qui s'affaissaient étaient compensés par la dévaluation du travail : les salaires des pays périphériques étaient autrement avantageux que ceux du centre. Les débouchés des implantations délocalisées n'étaient pas locales et correspondaient à des exportations vers le centre : la fameuse alliance de Wal-Mart et du parti communiste chinois. Simultanément, centre et périphérie devaient contenir les salaires : le centre pour ne pas être envahi, et la périphérie pour rester compétitive alors que le poids et le nombre de ses acteurs en concurrence entre-eux n’a cessé de s'élargir.

La mondialisation devenait ainsi "malheureuse" en ce qu'elle allait correspondre à un déséquilibre croissant entre offre et demande globale, déséquilibre masqué par une montée des dettes publiques et privées plus spécifiquement au centre.

La zone euro toute entière est ainsi devenue le modèle réduit de cette mondialisation malheureuse avec une Allemagne devenue Chine de l'Europe en raison de son surplus exportable et donc de sa demande interne très insuffisante, et un sud, dont la France, jouant le rôle des USA importateurs.

La disparition de l'Euro ferait peut-être disparaitre le modèle réduit de mondialisation malheureuse mais ne ferait pas disparaitre le modèle global. Et si d'aventure le surplus exportable de ce qui serait devenu l'ex-zone euro devait s'accroitre en raison des dévaluations externes, la situation deviendrait insupportable pour l'ex- périphérie devenue ensemble de pays émergents connaissant toujours une demande interne largement insuffisante. Clairement l'euro leur permettait de ne point dévaluer. Sa disparition est donc  la possible naissance d'une guerre mondiale des monnaies dont l'origine repose sur une demande mondiale inférieure à l'offre.

La disparition de l'euro militerait ainsi pour un nouvel ordre monétaire basé sur un principe général de coopération et non de concurrence entre les nations. Une coopération visant à la recherche d'un équilibre extérieur de chaque nation. Cela passe bien sûr par un contrôle politique négocié des parités et la fin du processus de privatisation des monnaies commencé dans les années 70 du siècle dernier.

En finir avec l'euro c'est aussi la possibilité et la tentation de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la privatisation des monnaies[6] . C'est enfin le possible cheminement vers une forme renouvelée de l'Etat-Nation.

C'est en conséquence le possible rétablissement d'une démocratie confisquée. Un mouvement dont le cheminement et les contours sont encore difficiles à imaginer aujourd'hui.

.....Mais miser aussi massivement sur l’industrie

S’agissant de la France, la fin de l’euro, certes avec les difficultés sus visées, serait le point de départ à d’une authentique réindustrialisation du pays, réindustrialisation sous l’égide d’un Etat qui impulse et qui coordonne. On sait en effet que le taux de change imposé par l’euro fut particulièrement catastrophique pour l’industrie française laquelle fut la plus touchée par le phénomène de désindustrialisation qui a affecté tous les pays de la zone à l’exception de l’Allemagne.

 La fin de l’indépendance de la banque centrale et la possibilité de rè-initier l’équivalent de ce qui fut naguère le circuit du Trésor, permettraient le retour d’investissements massifs vers le cœur de l’industrie, c’est-à-dire l’ensemble des industries militaires, spatiales, aéronautiques, du transport et de l’énergie, auxquelles il faudrait ajouter aujourd’hui celles liées à l’environnement. Parce que ces branches sont le cœur de la Recherche/Développement d’un pays, qu’elles apportent l’essentiel des gains de productivité, et qu’elles sont aussi la pièce centrale de ses exportations, elles doivent recevoir la priorité des investissements engendrés par la nouvelle souveraineté monétaire.

 


[1] http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2015/09/IDL-Transfert.png

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/04/gestion-de-l-euro-l-helicopter-money-peut-il-remplacer-le-necessaire-deversement-des-excedents-allemands-vers-le-sud-il-est-inutile

[3] On trouvera un bon exposé du circuit du Trésor chez Benjamin Lemoine : « l’ordre de la dette ; enquête sur les infortunes de l’Etat et la prospérité du marché », La Découverte, mars 2016.

[4] Natixis : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90392

[5] C’est globalement le point de vue des économistes de Natixis pour qui les taux de change dans un monde de très fort émiettement des chaines de la valeur n’ont plus qu’une opérationnalité limitée.

[6] Curieusement la Suisse avec son projet très spécifique et très doux « d’helicopter money » appelé « ration monétaire »st un pays qui réfléchit beaucoup à cette fin de privatisation des monnaies. Cf l’article de Michaël Malquarti : « La Suisse, pionnière de la monnaie par hélicoptère » dans Le Monde du 27 avril 20016.

Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 15:08

 

Il est maintenant unanimement accepté qu’il existe sur l’ensemble du monde une offre d’épargne largement supérieure à la demande d’investissements[1]. Cet excédent récurrent depuis le début du siècle est la première cause d’un affaissement progressif des taux de l’intérêt. Mais il est aussi la marque d’un déséquilibre plus fondamental entre offre globale et demande globale, et si l’incitation à investir est devenue si faible, c’est en raison de débouchés limités par le freinage des salaires.

Une hausse coordonnée et planétaire des salaires est pourtant impensable en mondialisation en raison de la liberté de circulation des marchandises et des capitaux qui font que les salaires ne sont plus un débouché fondamental mais seulement un coût[2]. La mondialisation se nourrissant de différences, la régulation d’ensemble s’est dans un premier temps manifestée par une hausse de l’endettement privé et public : ce fut le cas américain avec un achat de dette publique par une Chine excédentaire, mais aussi le cas français qui va par endettement venir combler les charges sur salaires devenues inadaptées au nouvel ordre du monde. Et ce fut aussi le cas de nombreux pays où la spéculation immobilière est venue nourrir une dette privée censée abonder des rémunérations jugées insuffisantes.

Plus on mondialise et plus le divorce fondamental entre offre et demande se renforce, et plus un excédent d’épargne viendra nourrir une dette publique ne passant plus par un investissement croissant, lequel venant nourrir une croissance qui ne sera plus celle des trente glorieuses. Le maintien relatif de cette dernière se fera sur la base de l’explosion des dettes publiques : la croissance très rapide de la Chine suppose celle des dettes publiques occidentales. Et à l’intérieur de ce modèle réduit de mondialisation que sera la zone euro, les croissances des pays périphériques seront le produit d’une véritable explosion des dettes privées et publiques (Espagne, France, Grèce, etc.)

C’est cette explosion qui a fait naitre en Europe ce que l’on a appelé la crise de la dette avec en particulier la montée des taux d’intérêt.

Les modalité concrêtes de construction de l’Euro ont interdit et interdisent encore toute forme de fédéralisme et ont débouché sous la houlette de l’Allemagne vers le développement de politiques de rigueur.

Les effets dépressifs de ces politiques se devaient d’être compensés par des politiques monétaires d’un type nouveau ce qu’on a appelé le QE déjà utilisé aux USA. De fait, l’objectif n’était pas une compensation de la rigueur économique mais un soutien au système bancaire et aux Etats victimes de taux insupportables, soutien permettant lui-même de renouer avec le financement des investissements.

Le bilan des QE se révèle aujourd’hui très limité[3]. Si l’explosion des dettes privées et publiques compensaient plus ou moins des salaires qui ne suivaient pas la croissance (cas américain) elles semblaient plus efficaces en Europe du sud où les salaires ont rapidement augmenté aves la naissance de la zone euro. D’où des forces dépressives plus importantes avec l’irruption des politiques d’austérité. D’où un QE bienvenu mais seulement compensateur des effets dépressifs, et donc ne venant pas résoudre durablement la question des débouchés des investissements potentiels.

Parce que le QE ne vient pas directement impacter l’équilibre macro-économique par une hausse directe de la demande globale , il n’augmente pas l’incitation à investir malgré des taux directeurs historiquement très faibles. De ce point de vue, la zone euro ne peut que stagner  sur un parking à l’écart de la croissance. Le QE ne fait que calmer la spéculation sur les spreads de taux , il ne débouche pas sur une dynamique d’investissements et de salaires. Le QE n’est donc pas en prise directe sur l’économie réelle.

« L’Helicopter money » (HM) évoqué par le président de la BCE sera-t-il en prise directe et si oui à quel prix ?[4]

Au-delà de sa répartition entre pays, la question est de savoir quelle est la modalité la plus efficiente : Investissements, ou « for the people » c’est-à-dire la consommation des ménages ?

Si effectivement les banques centrales deviennent organisatrices, directement ou indirectement,  de la distribution des dons ou crédits, nous nous heurtons à la question de l’éloignement du marché quant à la sélection et le périmètre  des projets. Très vaste débat que l’ultralibéralisme avait cru pouvoir régler  il y a bien longtemps. Rappelons les antiques polémiques entre Lerner, Lange et Dickinson d’un côté et Mises et Hayek de l’autre : Même si l’on est favorable à une économie de marché , ce dernier n’est pas un lieu d’ajustement passif (ce que pensaient les premiers) , mais un processus de création, lieu de toutes les innovations (ce que pensaient les seconds). Et de ce point de vue il est vrai que le choix loin du marché (règlement) brise l’innovation[5] On peut aussi se poser des questions plus juridiques : que devient le droit de la concurrence sur lequel s’appuie nombre de décisions européennes ?

Si maintenant, les banques centrales distribuent directement ou indirectement des revenus complémentaires aux ménages, il n’est pas sûr que l’on aboutisse à un schéma macroéconomique vertueux : Les ménages grecs importeront davantage et l’effet sur l’investissement porteur d’emplois se fera attendre….sauf si l’on renonce à la concurrence libre et non faussée…..ce qui réintroduit le règlement au détriment du marché….

Investissement ou consommation,  le HM est porteur d’un changement de paradigme.

Et si l’on raisonne aux limites, on peut très bien imaginer un HM « portant » l’intégralité de la masse salariale : A la banque centrale de supporter le coût du travail et à l’entreprise de bénéficier d’un surprofit équivalent à la masse salariale. Cela signifierait probablement une hausse des prix mais surtout une inflation sur les actifs car la masse salariale n’ayant pas augmenté les débouchés, les profits se trouvent moins dans l’investissement que dans la spéculation. D’où là aussi une question concernant la justification d’une intervention publique.

Le raisonnement aux limites ne fait que confirmer le changement de paradigme. Parce que la mondialisation qualifiée probablement à tort d’ultralibérale débouche sur la vieille question de l’incitation à investir, elle se heurte au mur de la tendance mondiale à la stagnation[6]. Sans doute faudra-il un jour passer par le HM, particulièrement en Europe, mais il faut se rendre compte qu’un tel passage se fera dans la douleur des résistants du libéralisme en vigueur. Et pas simplement dans la seule zone euro.

 


 

[1] Ce que Mario Draghi vient de rappeler le 2 mai dernier dans son discours à Francfort.

[2] Cf http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/08/l-intensification-de-la-crise-planetaire-de-surproduction.html. Cf également : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-mir-acles-de-l-offre-competitive-et-aggravation-de-la-crise-planetaire-de-surproduction-123382311.html

[3] Cf : http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/04/questions-autour-de-l-euro-qe-helicopter-money-ou-reconstruire-le-circuit-du-tresor.html

[4] On aura une vue globale du HM en consultant : http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/04/gestion-de-l-euro-l-helicopter-money-peut-il-remplacer-le-necessaire-deversement-des-excedents-allemands-vers-le-sud-il-est-inutile

[5] Sans revenir aux fondamentaux de la théorie on pourra lire le très court article de Sofiane Aboura dans les Echos du 9 mai : « Gouvernement ou marché : qui gère le mieux l’économie ? ». l’auteur s’amuse ainsi à montrer que la cigarette électronique est une innovation de marché autrement efficace que la lutte contre le tabagisme…..il reste à démontrer que la gestion  d’EDF est plus satisfaisante depuis son immersion dans le marché… ce que beaucoup récusent ( cf Notamment Rémy Prudhomme)

[6] Keynes s’est longuement penché sur la question de l’incitation à investir. Il pensait toutefois que la répression financière, l’euthanasie des rentiers et des taux faibles permettraient de restaurer l’incitation à investir. C’était vrai dans un monde plus ou moins fermé. Ce n’est plus le cas dans la présente forme de mondialisation.

Published by Jean Claude Werrebrouck - dans monnaie et banques
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:48

 

Il est inutile de rappeler qu’un réel âge d’or de l’Europe et de l’euro passe par le recyclage des excédents et   de ceux de l’Allemagne en particulier[1].

L’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945

Un certain âge d’or du capitalisme avait été ouvert après la seconde guerre mondiale par une Amérique qui, soucieuse de ses intérêts de long terme, recyclait son considérable surplus commercial en exportant aide et investissements directs vers l’Europe et le Japon. Dans un cadre de guerre froide, un tel transfert correspondait au « containment » de l’Union Soviétique et au maintien de l’hégémonie américaine[2].

Dans un monde que l’on prétend mondialisé, L’Allemagne et son personnel politico-administratif ne mettent en avant que des intérêts strictement nationaux, en particulier ceux d’électeurs rentiers. Il est donc logique et parfaitement justifié, de voir l’Allemagne refuser de construire un grand projet Européen, comme naguère les USA construisaient un projet mondial. Les grecs ne bénéficieront ainsi jamais d’un plan Marshall, et ce d’autant plus que le reste du monde accepte, jusqu’ici, d’absorber le surplus Allemand.

Allons plus loin et ajoutons de la fantaisie au raisonnement. Historiquement, les USA se sont trouvés très vite, après la période de reconstruction, en position débitrice, un peu comme les pays du sud de la zone euro aujourd’hui. Pour autant, le débit fut, comme on le disait dans les années 60, un déficit « sans pleurs ». La raison est simple : les acteurs excédentaires du reste du monde acceptent tous des actifs, quels qu’ils soient, libellés en devise américaine, c’est-à-dire le dollar. Parce que le dollar, en particulier la dette publique américaine, est la liquidité ultime ou absolue, aucun agent n’est venu jusqu’ici exiger un quelconque paiement : être payé en dollars est le mode de règlement le plus universellement accepté. Ce qui n’est évidemment pas le cas des soldes TARGET grecs que la banque centrale allemande ne peut accepter. Les actifs grecs des soldes correspondants n’ont pas la qualité des dollars….même si ceux-ci sont imprimés par des banques américaines sur l’ensemble de la planète. Les USA ont pu poursuivre jusqu’ici à crédit, par déficit régulier et croissant, leur expansion et leur domination mondiale. La Grèce restera bloquée par son déficit. L’Allemagne n’a pas les mêmes intérêts que les USA et ne remplacera jamais ceux-ci sur cet espace réduit qu’est la zone Euro.

La zone euro restera donc, en principe, le parking de ceux qui sont en panne de croissance, parking visité par le meccano BCE qui tente, avec les moyens du bord, de réanimer ce qui est paralysé.

Parmi ces moyens du bord, il y a l’helicopter money. Si les USA poursuivent leur expansion grâce à la création continue de dollars[3], pourquoi la BCE ne pourrait-elle pas réanimer la croissance de la zone euro par le biais d’un déversement de monnaie sur les zones déficitaires ? Le déficit américain nourrit la demande mondiale, ce qui est interdit à l’échelle de la monnaie unique, mais pourquoi alors ne pas remplacer ce déficit interdit, par de l’injection monétaire nourrissant directement la demande dans la zone ? Ce qu’on appelle « l’helicopter money ».

On sait l’opposition radicale du personnel politico-administratif allemand au regard d’un tel projet. Mais on sait aussi que cette opposition s’inscrit dans une représentation du monde qui est l’ordo libéralisme. Si on dépasse cette pure vision pour se plonger vers une argumentation, si possible, plus objective, quels sont les avantages et inconvénients du recours à l’helicopter money  (HM) pour l’Allemagne ?

Le bricolage d’un « ersatz » de transfert.

Nous pouvons pour cela construire un tableau présentant les avantages et inconvénients en fonction des diverses modalités imaginables de l’helicopter money ( HM).

Type de HE et clé de répartition

En % du PIB de chaque pays

En % du PIB de chaque pays

En faveur du sud (grèce)

En faveur du sud (Grèce)

 

Utilisation

Résultats

Utilisation

Résultats

Etat

-Remboursement dette publique

 

-Investissements

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Répression financière

-Remboursement dette publique

 

 

-Investissements

-Avantageux pour la Grèce

-Sécurisation relative de l’épargne allemande

-Répression financière

Entreprise

-Remboursement dette privée.

 

-Investissement

 

-Achat de dettes

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Répression financière

-Remboursement dette privée.

 

 

-Investissements

-Avantageux pour la Grèce

-Sécurisation relative de l’épargne allemande

-Répression financière

Ménages

-Epargne

 

-Consommation

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Epargne

-Consommation

-Avantageux pour la Grèce

 

 

L’examen du tableau appelle plusieurs remarques:

Si on considère comme résolue la question de l’acceptabilité par l’Allemagne d’une clé de répartition du HM en faveur des pays du Sud[4], une question très brûlante est celle de ses conséquences sur la finance.

Finance en berne et répression financière

De ce point de vue, il faut considérer que le HM est d’abord une forte exception au principe classique de la création monétaire  : la monnaie est jusqu’ici, dans sa totalité, la contrepartie d’une dette, ce que certains appellent « l’argent dette ». Le HM met fin à ce monopole, et introduit l’idée qu’il est possible de créer de la monnaie, bien sûr à coût nul, sans la rémunération qui lui est associée, c’est-à-dire le taux de l’intérêt. Une première conclusion est que l’on entre ainsi dans un mécanisme de répression financière avec, d’une part des risques inflationnistes, et d’autre part le rétrécissement du marché de la création monétaire jusqu’ici réservé aux seules banques. De ce point de vue, le rentier, allemand ou non, peut se poser de légitimes questions concernant la rentabilité de son épargne, question abordée sous un autre angle dans le point qui suit.

Car une autre question complètement liée au mécanisme de la répression est celle de l’affectation du HM entre Remboursements de dettes privées ou publiques, Investissements privés ou publics et épargne. De ce point de vue le HM est un mécanisme d’aggravation des effets déjà constatés sur le QE, à savoir la baisse des coûts donc des taux d’intérêt sur les dettes publiques et les obligations d’entreprises[5]. Là aussi il faut s’attendre à une répression financière accrue et donc une rémunération très faible de l’épargne.

On peut certes imaginer un interdit juridique d’utilisation du HM au remboursement de la dette, et donc une surveillance active de sa bonne utilisation au profit de l’économie réelle. Et il est vrai que sans cet interdit, le HM peut aussi ressembler au QE et à ses inconvénients , à savoir la montée de la spéculation avec tous ses risques. Mais alors, on entre dans un processus d’interventionnisme croissant et à la répression financière s’ajoute un interventionnisme qui n’est même plus couvert par l’idéologie d’un intérêt général lequel n’est concédé qu’aux Etats : en Quoi la BCE est-elle légitime pour surveiller les entreprises et ce de manière très procédurière ? Et en quoi serait -elle garante de la bonne affectation des ressources ?

Une hétérogénéité enfin combattue ?

Une autre question est celle de la capacité d’un HM à réduire l’hétérogénéité entre le nord et le sud . Il est en effet évident que le HM sur les ménages grecs, ne peut que développer les importations à court terme, alors que ce même HM sur les entreprises grecques développera aussi les importations de court terme, pour n’autoriser les exportations que dans le long terme. C’est dire que le processus est beaucoup plus consommateur de temps, qu’une modification d’un taux de change, ce qui nous renvoie à la monnaie unique. Et la comparaison peut être faite avec ce qui était le « QM » américain de l’après-guerre : la reconstruction a certes exigé du temps, mais à l’époque il y avait des barrières douanières et donc des productions nationales en voie de reconstruction, relativement protégées.   

Si l’on dresse un bilan relativement à notre question de savoir si un HM peut produire les effets d’un transfert refusé et pourtant exigé pour le fonctionnement normal d’une zone monétaire, nous disposons des conclusions suivantes :

Un ersatz qui fait des gagnants et des perdants

Parmi les perdants d’un HM nous avons :

- d’abord la finance dont le périmètre d’activité se réduit par la fin du monopole de « l’argent dette » le risque d’inflation, la baisse des taux, et le probable interventionnisme d’une banque centrale ou des Etats, cherchant à limiter la transformation le HM en QE, lequel fut d’emblée matière première de la spéculation.

- Les rentiers victimes d’une finance réprimée qui n’a pas plus les moyens de proposer des produits hautement rentables à sa clientèle. Les pays où la rente est la plus importante, sont aussi ceux où les régimes de retraites par répartition sont les plus fragiles et où le vieillissement démographique est le plus accentué. De ce point de vue l’Allemagne est de loin le pays le plus touché. D’où déjà les réactions indignées des entrepreneurs politiques allemands et responsables des grandes institutions d’épargne, comme les Sparkassen face à la politique de la BCE. A cela il faut ajouter que la baisse de l’euro normalement associée à un HM , ne joue pas non plus en faveur des rentiers et retraités allemands.

Parmi les gagnants, nous aurons vraisemblablement tous les agents qui vont bénéficier du transfert que les règles bruxelloises interdisaient. La fiction d’un transfert par ce tiers qu’est la BCE, deviendra, au moins provisoirement réalité pour les déficitaires : Etats et entreprises, voire ménages du sud.

A noter que pour la nation la plus importante à savoir l’Allemagne, les entreprises notamment exportatrices- donc l’ensemble du secteur industriel- ne sont pas nécessairement défavorables à un HM qui produit de nouveaux marchés dans des conditions de rémunérations non dégradées : la baisse de l’euro joue en défaveur de la valeur ajoutée dégagée par les intrants importés, mais en faveur de la valeur ajoutée à l’exportation. Cette spécificité joue, on le sait, à plein dans une chaine de la valeur très émiettée et ce qu’on appelle une production « by germany ».[6]

Ces conclusions restent très globales et doivent être nuancées en fonction des modalités concrètes du HM que la BCE pourrait théoriquement organiser : déversement plutôt sur les Etats ? plutôt vers les entreprises ? plutôt vers les ménages ?  Et au-delà quelles modalités concrètes de répartitions : PIB ? Niveau de déficit ? importance de la population ? Combinaison de plusieurs paramètres ?

Mais un ersatz qui est aussi un acide destructeur

Il est de ce point de vue évident que l’Allemagne pourrait atténuer son opposition radicale si le HM prenait pour critère l’importance du PIB : les risques associés qui se conjuguent au détriment des rentiers peuvent être compensés par des garanties : suppression de la hantise du défaut du sud et de la hausse des impôts correspondante, amélioration des régimes de retraites, avec indexation sur l’inflation, etc. Plus globalement, prise de conscience qu’il faut choisir entre cette mauvaise solution, et celle de porter le poids de ce qui pourrait apparaitre comme un peuple responsable d’une troisième catastrophe européenne…

De fait l’opposition radicale viendrait plutôt du système financier qui fera tout pour éviter la diminution radicale de son poids dans l’économie.

Si toutefois le scénario du HM devait, malgré les multiples oppositions, se manifester il resterait système assis entre 2 chaises : interventionnisme accru et donc plus de surveillance, plus de règlements, plus de barrières, et moins de marché[7]….sous la houlette d’un acteur- la BCE- situé en dehors du champ politique… Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales….

L’euro ne peut se maintenir qu’avec de gigantesques transferts réels du nord vers le sud. Parce que Politiquement impensable, un substitut, un ersatz de transfert appelé HM, peut être envisagé. Mais la « consommation productive de l’ersatz » fonctionnera comme acide et détruira la clé de voûte du système euro à savoir l’indépendance de sa banque centrale, une destruction qui entrainera l’ensemble de l’édifice euro zone.

 


 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/02/bien-comprendre-la-logique-devastatrice-de-l-euro.html

[2] On pourra ici s’appuyer sur l’ouvrage de Yanis Varoufakis : « le minotaure planétaire », Enquêtes et perspectives, 2015 .

[3] Et une expansion qui permet aussi l’expansion de biens d’autres pays, le déficit américain nourrissant une demande planétaire croissante

[4] De fait l’opposition Allemande sera forte sur le principe et modérée sur son application car le maintien de l’ouverture des frontières permettrait, en cas de privilège accordé au sud, aux entreprises allemandes d’aller bénéficier, en se délocalisant, des faveurs de la BCE.

[5] Selon le flash eco : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90851 et le modèle construit à ce effet, l’actuel QE confirme ce point de vue et ajoute une hausse des primes sur titres risqués aboutissant à une réduction de la production.

[6] Nous retrouvons ici l’idée que l’économie allemande est relativement moins  concernée que d’autres  par la question du taux de change.

[7] Comment en effet construire/reconstruire le sud en le laissant au grand vent d’une concurrence assortie d’un taux de change irréaliste ?

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 07:51

 

Dans ce court papier nous nous proposons de comparer l’actuelle politique des banques centrales et leurs effets avec celle du Trésor français, au cours de la reconstruction de l’après- guerre. Nous envisageons également l’hypothèse d’un « helicopter money ».

Lorsqu’aujourd’hui la BCE se livre au QE, elle achète encore essentiellement de la dette publique. Il s’agit même de dette domestique puisque le QE est le fait de chacune des banques centrales de l’euro –système. De ce point de vue, elle achète des obligations du Trésor, comme naguère les banques nationalisées achetaient des bons du Trésor afin de respecter les « planchers » de l’époque[1].

Quelles sont les différences ?

La première réside dans l’initiative : Banque Centrale du côté du QE et Trésor du côté des « planchers ». D’un côté un souverain, de l’autre un patron non élu d’une entité formellement indépendante.

La seconde est que du côté du QE il s‘agit bien d’une monétisation, au moins temporaire, qui va accroitre le bilan de la Banque Centrale, tandis que du côté des planchers il s’agit d’éviter la monétisation pure. En effet le Trésor à l’époque pouvait recourir aux avances directes de la Banque de France laquelle n’était pas indépendante. Les « planchers » évitaient ainsi au gouvernement l’accusation de recourir à la « planche à billets »[2].

La troisième concerne l’objectif : dans le cas des « planchers » il s’agit de parfaire le circuit du Trésor, et de libérer l’Etat des contraintes d’une dette à des fins de développement. Le projet est clair : reconstruire le pays et tout faire pour disposer d’un outil de maximisation des investissements réels. Dans celui du QE le projet est flou : interdire la déflation, mais aussi améliorer le bilan des banques, limiter le coût de l’endettement public, et au final interdire une prochaine crise financière. L’idée d’investissements réels n’est pas absente mais elle n’est pas centrale. Au-delà il développe des effets pervers aujourd’hui bien analysés[3].

Il existe une quatrième différence, celle des taux : la BCE ne maîtrise pas le taux de la dette alors que dans le cas du circuit du Trésor l’État fixait autoritairement le taux de l’intérêt.

Manifestement, en première lecture, l’achat obligatoire de dette publique est une stratégie autrement performante que l’achat sur un marché secondaire par une entité non désignée pour tracer un projet de société. Ajoutons qu’on voit mal comment cette nouvelle innovation que serait « l’helicopter money » pourrait aujourd’hui fonctionner -sous réserve de l’accord de l’Allemagne- aussi bien que les planchers. Nous y reviendrons.

Peut-on aujourd’hui revenir aux « planchers » ?

La question la plus importante serait de savoir s’il est possible aujourd’hui d’en revenir au circuit du Trésor. Que se passerait- il en cas de rétablissement de la répression financière qui accompagne une telle politique ?

Quels comportements de la part des divers acteurs en cas de rétablissement du circuit ?

On peut tout d’abord penser que les titres gelés détériorent la qualité du bilan du système bancaire : la dette publique cesse d’être liquide.

On peut en déduire que la notation et le cours sont altérés d’où des difficultés sur le marché monétaire et celui de l’endettement bancaire privé dont les fonds monétaires.

La conséquence en sera une perte de productivité globale et de compétitivité au regard de l’extérieur : les taux demandés aux clients seront plus élevés, d’où leur fuite vers des zones non concernées par un circuit du Trésor, en clair l’étranger, avec en bout de chaine déplacement des comptes clients vers des espaces non soumis à la répression financière. S’agissant des comptes clients les choses sont complexes : fuite directe en raison d’une opinion de sécurité plus grande de la valeur de la monnaie étrangère, fuite indirecte pour bénéficier de crédits libellés en monnaie étrangère à l’étranger (mais avec risque de change à incorporer dans les taux).

De tout ceci il est imaginable de penser que le rétablissement du circuit dans un seul pays n’est pas sans risques…..et suppose le rétablissement d’outils que l’on croyait obsolètes.

La seule façon d’éviter tout jugement par le marché de la qualité du bilan du système bancaire est de l’extirper dudit marché. Cela passe par la nationalisation intégrale de la totalité du système bancaire.

Ce qui pose la question du traitement des banques étrangères, et de l’ensemble des outils financiers non-résidents. Peut-on nationaliser des entreprises étrangères même de droit français sur le sol national ?

Nous ne prétendons pas ici répondre à cet ensemble de questions. Nous voulons simplement mettre en avant les difficultés qui surviendraient après la fin de l’euro, c’est-à-dire le nécessaire et fort brutal rétablissement de la répression financière.

Poursuivons ce court papier en revenant sur « l’helicopter money ».

L’illusion du maintien de l’euro grâce à « l’helicopter money »

Il n’est guère besoin d’insister sur l’opposition radicale de l’Allemagne vis-à-vis d’un tel projet. Les actuels débats dans ce pays montrent que la cohorte croissante des retraités pose de réels problèmes politiques. Si un tel projet devait se concrétiser il semble clair que l’Allemagne quitterait  la monnaie unique,  et donc l’helicopter Money signifierait la fin de l’Euro. Notons qu’une telle décision pourrait se nourrir d’arguments relativement sérieux concernant l’inflation. Il est clair que l’helicopter Money est une monétisation pure, c’est-à-dire une création monétaire ne reposant pas sur l’achat d’un actif. On peut donc penser que le risque inflationniste est beaucoup plus important que celui engendré par un QE classique[4]. Or ce risque est intolérable du point de vue de la cohorte des retraités allemands qui verrait son   épargne fondre.

Même en admettant l’hypothèse très irréaliste d’un maintien de l’Allemagne dans la zone il reste que l’helicopter money développe un ensemble d’effets pervers que l’on peut brièvement présenter

Tout d’abord il signifie une marginalisation du système bancaire lequel ne peut réagir que fort négativement au regard d’un tel projet. De fait l’helicopter Money correspond à une réduction massive de parts de marché du système bancaire.

Au-delà il faut souligner les effets pervers des deux formes possibles de l’hélicoptère Money soit une création monétaire au titre de l’investissement soient une création monétaire au titre de la consommation.

Au titre de l’investissement on peut imaginer un helicopter Money au profit d’une banque européenne d’investissement chargée de répartir les montants alloués entre divers utilisateurs : branches professionnelles , Etats, collectivités locales , etc. Cette procédure pose de multiples problèmes : comment répartir le flux de monnaie nouvelle entre pays ? entre branches professionnelles et Etats ? Quels décideurs finaux ? quelle logique d’affectation des ressources ? les montants distribués seront -ils affectés au désendettement ou à l’investissement réel ? etc.

S’agissant de la consommation que certains appellent le « QE for the people » on peut également se poser de très importantes questions ; quel effet d’épargne supplémentaire ? quel impact sur l’équilibre extérieur ? quel impact sur la demande interne ? et au final quelle réduction de l’hétérogénéité intra européenne que la monnaie unique n’a cessé de renforcer ?

Autant de questions qu’il est utile de se poser mais  le vrai problème de l’helicopter Money est le refus obstiné de l l’Allemagne.(A suivre...)

 


 

[1] A partir d’octobre 1948 les planchers contraignent les banques à détenir dans leurs bilans un volume de dette du Trésor. Ce volume est un pourcentage des disponibilités totales détenues par les banques. Très élevé dès son lancement ce pourcentage était encore de 25% en 1960. Il diminuera largement ensuite pour disparaitre à la fin des années 60.

[2] Cette différence est toutefois ténue car dans les deux cas il y a renoncement à la monétisation pure, l’émission de monnaie s’effectuant avec la contrepartie d’un achat d’actifs. De fait cette monétisation ne diminue pas dans l’un et l’autre cas la dette publique. La différence résulte plutôt dans le fait que dans le cas de la BCE, il est supposé que l’achat est temporaire alors que dans le cas des « planchers » elle est durable.

[3] Cf Patrick Artus et Marie Paule Virard ; « La folie des banques centrales » ; Fayard ;2016.

[4] Rappelons que Milton Friedman avait employé l’image de l’hélicoptère pour illustrer la théorie quantitative de la monnaie et l’idée associée de voile monétaire : une quantité supplémentaire de monnaie n’affecte en aucune façon l’économie réelle.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 17:08

 

Le N° 343 de Flasheconatixis est intéressant à plus d’un titre[1] : il donne des arguments relativement solides face à ce que ses auteurs pensent être le cout du démantèlement de la monnaie unique.

3 arguments sont ainsi analysés et mis en valeur : un mix d’actifs et dettes externes pesant jusqu’à 6 à 7 fois le PIB de certains pays, une segmentation des chaines de la valeur devenue peu recomposable, enfin un effet d’accumulation et de concentrations  sur des zones constituant planétairement des trous noirs industriels.

Le premier argument part de la constatation qu’une modification souveraine de parité serait aujourd’hui porteuse d’effets financiers autrement considérables qu’à l’époque des Etat-Nations.

S’agissant de la France l’addition des actifs et dettes externes des entreprises, des banques et de l’Etat ne représentait que 60% du PIB en 1990. Cette même addition représenterait en 2016 620% de PIB. C’est dire que dans ces conditions le simple effet mécanique d’une dévaluation de 20% développerait des conséquences gigantesques. Une répartition nouvelle des patrimoines des acteurs considérés représenterait un montant proche du PIB….

Certes, il y aurait en théorie, à l’échelle macroéconomique un large effet de compensation entre acteurs, mais à l’échelle microéconomique nous aurions- répudiation des dettes ou pas- un tsunami colossal.

Le second argument part de la constatation que la montée continue des importations européennes depuis l’ensemble des pays émergents (en pourcentage du PIB, multiplication selon les pays de la zone entre 3 et 5) a eu pour effet de supprimer les concurrents domestiques candidats à la greffe sur les chaines de la valeur. Clairement, une dévaluation ne serait d’aucun effet sur la composition des dites chaines. Dit autrement, l’élasticité/prix à l’importation serait proche de zéro pour l’ensemble des composants importés. Un indice d’une telle réalité serait selon Natixis la poursuite de la montée des importations en volume malgré la récente baisse du taux de change de l’euro.

La conclusion serait alors que toute dévaluation ne ferait que provoquer une hausse de prix des importations, avec ses effets en termes de baisse de revenus domestiques, donc de baisse de pouvoir d’achat, et au final de baisse de la demande intérieure.

Le troisième argument, argument qui ne fait que renforcer le second, repose sur la quasi-impossibilité d’obtenir des relocalisations industrielles. La mondialisation, avantages comparatifs obligent, a abouti à l’émergence de zones à très forte concentration industrielle : Asie du Sud Est, Mexique, etc. Les effets de taille ont ensuite permis un ravitaillement quasi planétaire avec une relative désindustrialisation du reste du monde et même de certains pays émergents. Ces mêmes effets de taille supposent aussi de très grands marchés homogénéisés par le libre- échange et la relative absence de risque de change. On verrait donc mal des relocalisations sur des marchés dont l’étroitesse résulterait aussi du rétablissement d’une souveraineté monétaire.

Au total la dévaluation n’entrainerait que des désavantages.

Il n’est pas douteux que le retour de la souveraineté monétaire sera un chemin difficile. La monétisation envisagée dans le blog[2] dans le cadre du respect de tous les contrats, est la solution la moins périlleuse, mais il est clair que le problème du retour vers davantage d’auto centrage des activités industrielles et agricoles consommera beaucoup de temps, le frein le plus important n’étant pas les capitaux en recherche de valorisation, mais la disponibilité d’une main d’œuvre compétente dans nombre de métiers disparus dans la mondialisation des chaines de la valeur.

Pour autant, les couts sans doute considérables d’un retour à la souveraineté doivent être comparés à ceux du maintien d’un système monétaire aux effets catastrophiques en termes économiques, sociaux et politiques[3]. Entre le rétablissement difficile d’un ordre et la marche vers la barbarie, il faudra choisir.

 

[1] http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90392

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/08/fin-de-l-euro-et-fin-de-la-privatisation-des-monnaies.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/02/bien-comprendre-la-logique-devastatrice-de-l-euro.html

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 17:40

 

Il y a peu, La Voix du Nord, rappelait son passé de "Journal né de la Résistance".
N'y aurait-il plus aujourd'hui de raisons pour que ce passé soit toujours vivant ? N'y a t- il aucune raison, aucun motif, aujourd'hui,  pour résister et appeler à Résister. Et pourtant, nous pourrions évoquer la désinformation généralisée, l'abrutissement télévisuel  et tant d'autres...
Prenons un exemple chez notre  "Journal né de la Résistance". 

 Le samedi 19 mars, paraissait sur une pleine page (43) un article qui permettait à des économistes d'une école de commerce nordiste, l’EDHEC, d'asséner sans aucune démonstration leurs  vérités.
 La situation économique de notre pays plonge dans la paupérisation,  pas seulement financière, une part de plus en plus grande de la population. Un "Journal né de la Résistance" se devrait de publier différents points de vue pour permettre à chaque citoyen de se faire une opinion et peut être de résister ou non d'ailleurs, aux choix politico-économiques actuels.
Toujours se reposer sur un comportement passé ne peut en aucune manière justifier la passivité d'aujourd'hui. Pire encore, se référer à un passé pour influencer les esprits est difficilement qualifiable.
RÉSISTER AUJOURD'HUi c'est faire connaître les différents points de vue, c'est expliquer de façon non partisane, c'est INFORMER . Alors Chiche La Voix du Nord........

Et d’abord informer c’est expliquer de quoi l’on parle…

L’ensemble de l’article du 19 mars tourne autour des résultats chiffrés d’un « modèle nouveau ».

Qu’est-ce que ce « premier modèle français de simulation économique sur les conséquences d’une dévaluation du nouveau franc en cas de sortie de l’euro »  qui démontre en toute rigueur mathématique des effets catastrophiques : une baisse du pouvoir d’achat, une forte augmentation des prix, une croissance nulle, une chute de compétitivité, etc?

Les lecteurs de la « Voix du Nord » sont en droit de savoir qu’un modèle, pour les économistes, est un ensemble d’équations comportant des paramètres et des variables. Les équations reposent sur des hypothèses théoriques, des à priori en termes de relation entre croissance et emploi, entre production et exportation, entre salaires et demande, etc. Ces relations  elles- mêmes introduisent d’autres relations, d’autres paramètres fort complexes et toujours discutables. Le tout dépend ensuite du point de vue du chef du modèle qui, tel un chef de cuisine, en combine les innombrables ingrédients. L’ensemble structuré  est ensuite « avalé » par un ordinateur qui en fonction des paramètres introduits « crache » les résultats.

Les modèles sont d’autant plus nombreux que l’on est affamés de chiffres, mais ils sont comme dans la gastronomie un ensemble d’ingrédients dont les proportions, qualités et façon de les combiner font la réalité du met : agréable ou détestable.

Le modèle des économistes de l’EDHEC produit un résultat détestable : toute sortie de l’Euro est une catastrophe. Si les journalistes de la Voix du Nord s'étaient donné la peine d’aller voir d’autres chefs de modèles, et ils sont nombreux, ils apprendraient que la sortie, sans être agréable, est pourtant une nécessité quasi vitale….Pourquoi ne pas laisser parler les 11 prix Nobels d’économie dont certains, disparus, ont pourtant laissé des traces : M Allais, M Friedman,F Hayek, P Kruugman, J Mirrlees, R Mundell, C Pissarides, T Sargent, A Sen, C Sims, J Stiglitz. ? Et si la Voix du Nord les trouve trop savants pourquoi ne pas consulter les centaines d’économistes universitaires, voire d’entreprises et même de banques qui aimeraient aussi s’exprimer, mais qui se heurtent au mur du système politico-médiatique ?

Mais le problème n’est pas là. Il est plutôt dans le fait qu’une posture disons scientifique aurait d’abord exigé de comprendre dans le détail pourquoi l’Euro ne fonctionne pas, pourquoi il disloque et crée une hétérogénéité croissante entre les nations, pourquoi il commence à introduire de la méfiance dans la construction européenne, pourquoi - plus grave encore- il produit de la suspicion voire de la haine entre les peuples. Mais les économistes de l’EDHEC invités par la Voix du Nord, plutôt que de produire une analyse sérieuse, fouillée et argumentée de la réalité,  préfèrent dire que l’Euro ne marche pas à cause de l’absence de réformes structurelles….C’est tellement évident !

Philippe Pétain en visitant Paris en Avril 1944 ne disait-il pas, en bon connaisseur, et devant un peuple apparemment soudé derrière lui, que les malheurs venaient de ces bombardements génocidaires de la part des alliés ?

 Allons messieurs les journalistes de la Voix du Nord, ressaisissez-vous !

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 14:11

Plan de mon intervention au colloque de la Sorbonne consacré à l’idée de Nation  au XXIe siècle

11 Mars 2016- Amphi Cauchy.

                  Les métamorphoses de la nation et de la monnaie

1) La monnaie comme outil de construction de la souveraineté

               - La monnaie comme enfant du sacré et de l’Etat

                              - Religions primitives comme dette de vie

                              - « Big bang » des l’Etats ou la capture de la dette sacrée

                              - De l’endettement envers les dieux à l’endettement envers la puissance souveraine.

                              - la monnaie comme instrument du règlement de la dette

               - La monnaie dans la dialectique de l’économie et de la puissance souveraine.

                              - L’Etat prisonnier de sa création : liquidité et illiquidité.

                              - Partage du pouvoir : entre la « verticalité » et « l’horizontalité ».

                              - Capture partielle de la monnaie par des banquiers

                              - Dette publique portant intérêt comme marqueur de délitement de la souveraineté

                              - Banques centrales et fin de la loi d’airain de la monnaie

                              - Pleine souveraineté parmi d’autres souverainetés.

                              - La répression de la finance

2) La monnaie comme outil de déconstruction de la souveraineté

               - Le taux de change n’est plus un choix politique mais un prix.

                              - la conférence de la Jamaïque (1976)

                              - la libre circulation du capital

                              - la libération financière comme cession de la puissance souveraine

               - l’indépendance des Banques centrales

                              - Un souverain interdit bancaire

                              - Renaissance et avenir radieux d’un marché de la dette publique

                              - Répression des Etats et souveraineté limitée.

               - Une monnaie sans Etat mais pas sans souverain

                              - Transferts impossibles et « usinage » du délitement social et politique

                              - Réformes structurelles comme destruction des nations

                              - Articulation impossible de la souveraineté limitée dans la démocratie

                              - Délitement généralisé et reconstruction de la haine entre les peuples

                              - Affaissement des Etats (politique) et crise générale de surproduction (économique).

 

               -

 

 

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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 10:52

 

Nous avons souligné dans notre dernier texte[1] qu’une réaction possible des banques, au taux de dépôt négatif imposé par la BCE sur les excédents de réserves obligatoires ( 0,3% encore aujourd’hui), était le report des charges sur des tiers.

Ainsi pouvait-on envisager un taux négatif sur les dépôts des clients, lesquels manifesteraient leur « préférence pour la liquidité » et transformeraient tout ou partie de leurs dépôts en billets de banque. Et c’est cet effet pervers potentiel qui serait à la base de l’idée de la suppression de la liquidité : il n’y aurait plus de monnaie disponible dans les poches des citoyens, les banques devenant leur souverain maitre.

La BCE a raison de s’intéresser aux effets pervers car le marché découvre toujours d’autres occasions possibles de résister à sa politique jugée calamiteuse par les banques. Si « l’impôt » n’est – pas trop élevé- puisque selon les « Echos », la charge annuelle du taux négatif sur réserves ne représente que moins de 10% du profit des banques européennes qui y sont assujetties[2]- il faut néanmoins le contourner. Et si on peut partiellement en reporter les charges sur des clients démunis de billets désormais interdits, il serait possible simultanément de  contourner les dites charges en transformant les réserves excédentaires en billets déposés dans des coffres forts…..C’est ce que propose le groupement bavarois des caisses d’épargne, prêt à louer un service de coffres-forts pour un coût global évalué à 0,18%....soit moins que le coût imposé par la BCE….

Les banques deviendraient ainsi schizophrènes : elles souhaitent la suppression des billets pour les clients  mais par pour elles-mêmes. On peut faire confiance à la BCE : elle n’acceptera pas un tel détournement de son pouvoir et interdira pour les banques elles-mêmes les liquidités. La BCE restera un Etat surplombant la montagne de cadavres des vrais Etats qui n’ont plus rien à dire sur la monnaie, un outil qui fut naguère l’une des pièces centrales de leur pouvoir.

 Les petits jeux sur la monnaie ne concernent que les banquiers entre-eux lesquels continueront à se battre avec les outils de l’idéologie d’un intérêt général totalement invisible. Une bataille dont le sol est jonché de cadavres étatiques.

 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/03/peut-on-accepter-le-projet-europeen-de-fin-de-l-argent-liquide.html

[2] Cf « Les Echos » du 7 mars 2016  qui croit pouvoir préciser que le taux négatif n’aurait couté jusqu’ici que  1,25 milliards aux banques et ne représenterait annuellement que 2,9 milliards si le taux devait passer à -0,5%.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 09:40

 

Nous avons souvent évoqué ici les difficultés des QE censés relancer la croissance. Parce qu’ils ne débouchent pas sur des investissements réels, ils correspondent aussi à un alourdissement des comptes des banques à la banque centrale que cette dernière taxe vient frapper sous la forme d’un taux d’intérêt négatif (-0,3% pour La BCE). En dehors des activités spéculatives dont le périmètre peut se développer,  les banques cherchent logiquement à sortir de la taxation par des achats par exemple de devises, ou en tentant de reporter sur d’autres acteurs les effets de la taxation.

Les comptes clients constituant près de 80% du passif bancaire, ces derniers peuvent devenir une cible privilégiée.

L’idée de faire payer la tenue de comptes sous la forme d’une taxation quelconque,  un taux d’intérêt négatif par exemple, peut être séduisant si toutefois il y a capture de la clientèle. Celle-ci peut en effet réagir soit en fuyant vers des banques plus complaisantes, soit,  face à la cartellisation souvent vérifiée, utiliser davantage d’argent liquide : la préférence pour la liquidité. L’idée est alors d’emprisonner les clients, donc les citoyens, en faisant disparaître la monnaie classique. Idée semblant devenir projet et se trouvant curieusement soutenue par les banquiers centraux qui proposent tout simplement de supprimer les liquidités en circulation….

Les lecteurs du blog savent que lorsque cet objet très politique appelé monnaie est historiquement apparu, il s’agissait aussi, pour le pouvoir, d’emprisonner ses débiteurs : le prince choisit le signe qui permettra à ses dépendants, assujettis à l’impôt de régler leur dette envers lui. Il s’agissait là d’un des tout premiers gestes de la souveraineté en formation. Si le projet des banquiers centraux devait aboutir, il s’agirait d’un curieux retour au début de l’aventure monétaire.

Certes, les acteurs des échanges du XXIème   ne sont plus vraiment dans un rapport de maitre à serviteur, toutefois il existe une certaine parenté.

Ils n’auraient  plus la possibilité juridique de s’affranchir du système bancaire et ils ne pourraient  plus être créanciers vis-à-vis de ce prêteur en dernier ressort qu’est la Banque centrale. Ils pourraient aussi comme naguère avec le Roi faussaire être victimes de la « refonte des monnaies ». Ce ne serait plus dans les ateliers des monnaies que l’aloi serait diminué mais dans la banque qui prendrait ainsi la place du souverain. Avec toutefois une curiosité : le nouveau souverain ne règne plus sur un territoire et un Démos, mais sur un espace sans limites et dénué d’identité. L’Etat-nation déjà déliquescent subirait une nouvelle descente aux enfers avec cette disparition de la monnaie liquide.

On peut toutefois penser qu’il s’agit d’une utopie tant les réactions risquent d’être sévères.

La monnaie liquide fait en effet partie des traditions et se trouve élément du vivre ensemble. Certains pays en font un usage très important et, notamment, l’immense majorité des paiements courants domestiques en Allemagne s’opère sous forme liquide.

Plus grave sans doute, est le risque de bank run, de panique, et d’effondrement monétaire. Des risques qui vont rendre prudents ces faux souverains que sont les banques centrales. A la crise récurrente de l’Euro, il n’est vraiment pas nécessaire d’ajouter de nouveaux risques.

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